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26 décembre 2016 1 26 /12 /décembre /2016 09:36
Tête dure de Francesco Pittau

                                               Une vie d’immigré

Francesco Pittau raconte avec beaucoup de talent, de verve, de justesse et de drôlerie, la vie d’un gamin dans une famille d’immigrés italiens en Belgique. Un livre que j’ai dégusté avec grand plaisir tant il sonne juste et rend un bel hommage à ces courageuses familles « bringuebalées » dans un monde qui n’était pas le leur.

 

 

                                      Tête-dure

Francesco Pittau – 1956 - ….)

 

 

«Tête-Dure», est le môme d’une famille d’immigrés italiens, famille qui est venue travailler en Belgique pour gagner quelques sous pour survivre. On appelle cet enfant «Tête-Dure», non parce qu’il a un mauvais caractère, une forte tête ou un tempérament irascible, seulement parce qu’il semble insensible à tout, son père lui a appris que lorsque l'on était un homme on ne pleurait pas, on n’avait pas mal, il suffisait de serrer les dents. Le gamin a vite compris que pour avoir la paix et éviter les roustes, il était préférable de la fermer et de se réfugier dans son monde, son monde à lui, celui des jouets qu’il fait vivre dans des univers qu’il crée sous la table, dans un angle de la pièce, dans n’importe quel coin que les adultes ne fréquentent pas ou peu.

 

L’histoire de ce garçon et de sa famille est tellement vraie, sonne tellement juste, le langage et le vocabulaire sont tellement savoureux, tellement en adéquation avec le récit qu’on croirait que l'auteur a réellement vécu dans cette famille ou dans une qui lui ressemblerait étrangement. Pittau nous raconte la vie de ce môme comme si c’était la sienne, il évoque un week-end en particulier, celui des 27 et 28 octobre 1962, resté célèbre dans la mémoire collective car c’est celui où les Américains et les Russes se sont dressés comme deux coqs au point de prendre le risque de déclencher une guerre nucléaire à propos des missiles installés à Cuba par les Soviétiques. En ce week-end, les nerfs étaient à vif, le père buvait des bières avec le voisin jusqu’à l’ivresse, se chamaillant à propos de politique, et la mère était en retard pour faire la cuisine, elle avait rencontré une voisine au marché. Le père a gueulé, la mère s’est rebiffée et les beignes sont parties, le père a claqué la porte et, lorsqu’il est revenu, il a emmené le gamin chez le coiffeur, artisan occasionnel et coupeur d’oreille par maladresse. Néanmoins, l'enfant ne pleure pas, c’est un homme. Pour ne pas rentrer trop vite à la maison, le père entreprend la tournée des bistrots en laissant le petit dans des familles à peu près semblables, des familles où les femmes la ferment, où les hommes travaillent comme des brutes et se comportent comme telles.

 

Résumée en un seul week-end, c’est toute la vie des immigrés italiens, qui ont quitté leur pays pour gagner une vie miséreuse en Belgique, qui nous est contée, mais cela aurait pu être celle d’immigrés d’autres origines, l’histoire aurait été peu différente. C’est l’existence d’une société de mâles exploités pour quelques sous qui tyrannisent leur femme comme pour se venger du traitement qu’ils subissent. Madame Giovanna a tout compris, elle sait ce qu'il advint en général dans un couple italien : « Lui, c’est l’homme, dit Madame Giovanna. Il travaille, il rapporte des sous, et moi je suis là pour la maison et les enfants. Il ne manquerait plus que je commande ! Non, non, moi à ma place et lui à la sienne. S’il met les mains sur une casserole, je l’assassine ! » Mais la voisine belge n’est pas d’accord, elle ne comprend pas que la mère encaisse les taloches et les beignes et qu’en plus elle culpabilise, « qu’un homme reste un homme malgré tout, et qu’il a le droit de, et qu’il peut se permettre de, et que, Chez Eux, ce sont les hommes qui commandent et que c’est mieux comme ça… » La voisine, elle ne supporte pas, elle hurle : « Tu es folle ! Tu es folle malade ! C’est lui qui lève la main sur toi, et tu vas dire qu’il a raison ? »

 

Quant au gamin, il souhaiterait qu’on ne s’occupe plus de lui, qu’on ne le mêle pas aux histoires des grands, qu’on ne le traîne pas dans des familles encore plus pénibles, qu’il puisse rester dans son monde à l’écoute de ses rêves.

 

Un texte extrêmement goûteux que j’ai dégusté, une écriture taillée sur mesure pour raconter la vie de cette société de travailleurs exploités, de femmes avilies, dominées et même battues et d'enfants qui s’élèvent seuls à l’écart des querelles des adultes.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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20 décembre 2016 2 20 /12 /décembre /2016 10:03
Laura Rabia conduisant le Choeur de Trouville - Rosette photos

Laura Rabia conduisant le Choeur de Trouville - Rosette photos

Il y a des moments extraordinaires dans la vie où « on goûte au pain des anges ». A peine refermé le livre de l’académicien François Cheng au titre prémonitoire « De l’âme », j’ai eu la chance et l’honneur  d’assister au concert de musique sacrée donné le 17 décembre en l’église  Notre-Dame des Victoires de Trouville, là où la petite Thérèse Martin, devenue Sainte Thérèse de l’enfant Jésus, aimait à se recueillir, par la merveilleuse soprano Laura Rabia et son Chœur lyrique. Un moment d’exception  qui vous emporte au-delà des contingences de l’existence terrestre et vous ouvre des  horizons insoupçonnés.  Oui, voilà que le beau et le pur viennent à notre devant, que nous décollons du banal et du superflu, que le ciel s’entrevoit et que l’émotion nous envahit. En cette avant-veille de Noël, le Chœur lyrique de Trouville nous offrait une célébration de la plus haute inspiration, celle que des compositeurs comme Vivadi, Pergolèse, Mendelssohn, Debussy, Mozart, Fauré, Rutter et Adolphe Adam ont élaborée pour grandir l’homme et lui permettre de concevoir l’inconcevable, l’ultime, l’absolu, en quelque sorte cette part d’invisible qui veille en secret au dedans en nous.

 

Au programme, le « Stabat Mater » d’Antoine Vivaldi chanté par Laura Rabia et la délicieuse contralto Magali Zabiholla, toutes deux donnant à cette œuvre dédiée à Marie, la mère du Christ, une tendresse douloureuse suivi par le « Stabat Mater » de Battista Pergolese,  œuvre musicale religieuse écrite en 1736, deux mois avant sa mort, par ce jeune musicien italien de 26 ans, en hommage aux souffrances de la Vierge au pied du Calvaire et que Laura Rabia et Magali Zabiholla ont su interpréter dans toute sa dimension de transcendance et de transparence, la douleur élevant l’être humain au degré le plus ultime de l’abandon et de la confiance. Deux voix à la tonalité cristalline qui étaient bien celles de anges et ne pouvaient manquer de toucher au plus vif une assistance nombreuse et recueillie. Fraîcheur intense préfigurant Mozart, musique ailée et qui sait aussi se faire fervente, tous ces dons et qualités font de Pergolèse un grand compositeur. Simple dans son expression, élevé dans son art, il laisse une forte empreinte musicale. Rarement une telle limpidité fut atteinte. La légende s'est emparée de son image et l’a enjolivée de l’aura particulière dont bénéficient ceux que la mort emporte trop tôt.

Laura Rabia et Magali Zabiholla - Rosette photosLaura Rabia et Magali Zabiholla - Rosette photos

Laura Rabia et Magali Zabiholla - Rosette photos

Vint un extrait de la messe basse de Fauré, un « Ave Maria » de César Frank et le « Lacrimosa » de Mozart que je considère comme l’un des plus grands chefs-d’œuvre de la musique universelle. Ce «Lacrimosa» est celui de Mozart mourant dans son jeune âge et éperdu de solitude et de douleur qui bouleverse le cœur des hommes. J’ai écrit à ce sujet un article que vous pouvez lire en cliquant  ICI )

 

Le chœur entonnait ensuite les « Motets » de Félix Mendelssohn, musicien juif converti au luthéranisme et considéré comme l’une des hautes figures de la musique spirituelle du XIXe siècle. Ces motets composés pour voix de femmes et orgue ont trouvé leur pleine réalisation avec le Chœur de Trouville et son accompagnatrice, l’excellente et talentueuse Marie-Pascale Talbot. Chantés en latin, ceux-ci sont empreints de grâce. Dans la lignée de ses prédécesseurs, Mendelssohn s’efface devant la parole divine et la met en musique avec humilité. Evincé par l’antisémitisme du XIXe siècle et l’interdiction par les nazis de jouer ses oeuvres, il est redécouvert aujourd’hui et considéré comme un compositeur majeur de l’ère romantique, grâce à Dieu ! Proche de Schubert et de Brahms, son lyrisme travaillé et coloré s’apparente à l’oraison.

 

Suivait un très joli « Noël des enfants qui n’ont plus de maisons » de Claude Debussy, une pièce musicale peu connue et d’un charme profond et d’autant plus d’actualité lorsque l'on pense à ce que vivent les enfants d’Alep. Coïncidence tragique, Claude Debussy composa cette pièce en décembre 1915 en plein cœur d’une guerre qui allait faire tant d’orphelins et d’enfants sans maisons. « Nous n’avons plus de maisons, les ennemis ont tout pris, jusqu’à notre petit lit » - chante le chœur plein d’une douceur et d’une spontanéité enfantines. Ce texte est une prière qui fait appel à Jésus pour qu’il remédie à leur désarroi et les venge de  la cruauté humaine.

 

Pour terminer, Laura Rabia et son Choeur lyrique nous ont offert un vibrant  « Minuit Chrétien » d’Adolphe Adam sur des paroles de Coppeau de Roquemaure, chant traditionnel qui fait partie intégrante de nos Noëls français, suivi de « A Clare Benecdition » de John Rutter, compositeur anglais, héritier de la tradition liturgique anglo-saxonne qui, sans rien perdre de son harmonie, unit  une inspiration classique à une rythmique plus moderne. Un tonnerre d'applaudissements concluait ce superbe concert qui appelait chacun à une réflexion plus profonde sur le sens de la vie, sur la communion des esprits, sur la quête d’un monde meilleur, sur le partage des valeurs essentielles. Merci à Laura Rabia d’élever si haut cette inspiration, merci à sa merveilleuse accompagnatrice Marie-Pascale Talbot, merci à cette Chorale qui nous rend si sensible les remarquables pouvoirs et les constantes ressources de la voix humaine. Oui, un grand merci de nous avoir mis en orbite avec la voix des anges.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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19 décembre 2016 1 19 /12 /décembre /2016 09:30
Le vampire de Clichy de Véronique Janzyk

Un vampire pour guide

Un recueil de nouvelles brèves qui racontent, en n’allant qu’à l’essentiel, des petites choses du quotidien qui finissent par déterminer l’existence de chacun. Un vampire, certainement un personnage réel ou virtuel, qui aurait eu une influence déterminante sur la vie de la narratrice.

 

                                    Le vampire de Clichy

                                    de Véronique Janzyk 

 

 

 « La dernière nuit de l’an dernier, j’ai été mordue  à la gorge par un vampire ». Cette morsure a bizarrement engendrée des rencontres « particulières » que l’auteure raconte dans ce recueil de vingt-trois textes que l’on peut présenter comme autant de nouvelles construites avec des phrases courtes, souvent même très courtes, qui toutefois n’accélèrent jamais le texte, lui conservant toujours le rythme approprié à l’intrigue et à l’intensité que Véronique Janzyk cherche à lui donner. Des phrases dépouillées contenant seulement l’essentiel, l’essentiel c’est  toutes les petites choses qu’on ne remarque pas forcément mais qui constituent le quotidien de la vie et qui finissent par déterminer notre l’existence. L’essentiel, ce sont aussi les mots car l’auteure a fait un vrai travail sur le langage choisissant avec beaucoup d’attention le terme le plus juste, le mieux approprié pour décrire les situations que le vampire lui impose tout en les revendiquant. L’essentiel, c’est aussi le corps qui fait l’objet de plusieurs textes, le corps qu’on exhibe, le corps réceptacle de la souffrance, le corps que le vampire mord.

 

J’ai bien aimé le procédé très adroit dont Véronique use afin d’introduire ses nouvelles qui  ne sont pas sans rappeler celles de son précédent recueil, la mise en scène d’un vampire qui serait comme un guide de sa vie mais aussi l’inspirateur de ses récits. Un être imaginaire qui aurait une double mission : inspirateur de la vie que l’auteure raconte et inspirateur des récits, un rôle dans l’histoire racontée et un rôle dans la rédaction de cette histoire. Mais si ce vampire est tellement impliqué dans la vie de la narratrice, une question se pose inéluctablement : qui est ce vampire ? Ou qui se cache derrière ce vampire ? Certains textes portent peut-être des indices, ceux notamment qui évoquent les grandes faillites de notre société, les monstres inhumains indignes de la vie qui leur a été donnée, les violences cruelles et inutiles, les douleurs et les souffrances injustes… La narratrice semble supporter de plus en plus mal le comportement de ses congénères et le vampire est celui qui intervient pour marquer une rupture, un changement, elle l’en remercie d’ailleurs dans le texte liminaire : « … je l’ai croisé, et qu’il en soit ici remercié ».  Le vampire pourrait être celui qui, avec la nouvelle année, apporte une nouvelle résolution, une autre façon de voir le monde et ses misères, une autre appréhension de la vie et de ses malheurs.

Les vampires ne sont peut-être pas tous des monstres !
 

Denis BILLAMBOZ

 

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16 décembre 2016 5 16 /12 /décembre /2016 10:30
De l'âme de François CHENG

Je viens de refermer un livre qui n’est ni un roman, ni un essai, mais une méditation sur l’âme, méditation sous la forme de lettres adressées à une âme sœur, à une bien-aimée lointaine. Cette méditation, à une époque où celle-ci est tombée en totale désuétude, a quelque chose de revigorant ou, mieux, de réconfortant. Quelqu’un, de nos jours, ose ainsi nous entretenir de ce vocable désuet qui n’est plus guère d’actualité en France, « ce coin de terre censé être le plus tolérant et le plus libre, où règne néanmoins comme une « terreur » intellectuelle, visualisée par le ricanement voltairien » – précise l’auteur.

 

Et quel est cet auteur qui prend la liberté de donner à son ouvrage un titre "De l'âme" qui n’est pas sans évoquer le traité d’Aristote et peut impressionner les éventuels lecteurs ? Que ceux-ci se rassurent : le livre se lit avec bonheur parce qu’il ravive en nous les souvenirs les plus purs, les aspirations les plus hautes, les sentiments les plus nobles. Les mots tombent sur nous pareils à une rosée et les phrases parlent comme une merveilleuse symphonie musicale pour la simple raison que l’écrivain, à qui l’on doit ces quelques 156 pages illuminantes, est d’abord un poète avant d’être un romancier, un philosophe, un essayiste et un critique d’art. Pas moins de 34 ouvrages à son actif et plusieurs prix à son palmarès dont le Grand prix de la francophonie de l’Académie française (2001), le prix Fémina (1998), le prix André Malraux (1998) et le prix Roger Caillois (1998).

 

Cet homme est Cheng Chi-Hsen, né à Nanchang en 1929 et naturalisé français en 1971 sous le nom de Cheng et le prénom de François, en hommage à St François d’Assise. Après des études commencées à l’université de Nankin, il suit ses parents à Paris, son père venant d’obtenir un poste à l’Unesco. Mais alors que sa famille émigre bientôt aux Etats-Unis, le jeune Cheng, définitivement séduit par la culture française, reste seul dans notre capitale afin de poursuivre, dans des conditions très difficiles, des études universitaires de lettre, tout en traduisant, de façon à subvenir à ses besoins, des poètes chinois en français et des poètes français en chinois ? Taoïste et chrétien, il est aujourd’hui membre d’honneur de l’Observatoire du patrimoine religieux, association multiconfessionnelle qui œuvre pour la préservation et le rayonnement "cultuel" français, à une époque où tant de nos ressortissants s’offusquent que l’on puisse encore installer une crèche dans un de nos lieux publics. De même qu’il est le premier asiatique à être élu à l’Académie française (juin 2002). Parcours exceptionnel et écrivain exceptionnel d’une œuvre qui saisit par sa profondeur, son élévation, sa délicatesse, alors que tout ce qui relève de la spiritualité est volontiers traité de ringard et relégué dans les oubliettes par une intelligentsia convertie à la seule dualité corps/esprit.

 

« Je ne voudrais surtout pas que vous vous mépreniez sur la portée de mes propos : je ne cherche en rien à diminuer l’importance de l’esprit. Disons qu’au niveau d’un individu, l’esprit est grand et l’âme essentielle, que le rôle de l’esprit est central et celui de l’âme fondamental ». Et plus loin, François Cheng poursuit : « L’âme ne peut être négligée ou mise en sourdine, escamotée voire ignorée par le sujet conscient, elle est là, entière, conservant en elle désir de vie et mémoire de vie, élans et blessures emmêlés, joies et peines confondues. »

 

De cette lecture, où l’on rencontre, pour n’en citer que quelques-uns, Gaston Bachelard, Krishna, Platon, Maître Eckhart, Léonard de Vinci, Hildegarde de Bingen le poète persan Attar, Pascal, Simone Weil, nous côtoyons en permanence les esprits les mieux à même de nous éclairer dans les catacombes que nous traversons. L’auteur n’oublie pas de souligner que corps et âme sont solidaires. Sans âme, le corps n’est pas animé ; sans corps, l’âme n’est pas  incarnée. Et il nous rappelle également les beaux vers de Pierre Emmanuel :

 

Toute âme ayant brisé la prison où la peur d’être aimée l’enferme

Est sur le monde comme un grand vent, une insurrection d’écume et de sel

Une haute parole de vie dans et contre le corps éphémère

(…)

Qui monte dans l’humilité triomphale comme une grappe de cieux superposés.

Je te laisse, dit Dieu. Tu es heureux. Je te laisse car tu es certain.

Toi, premier sauvé de Babel, non par verbe singulier

Mais simplement parce que tu aimes. »

 

Ainsi, avec François Cheng, naviguons-nous en altitude avec une vue panoramique sur les espérances humaines et ses constants prolongements spirituels, fouetté par un souffle qui nous libère de nos entraves provisoires et ranime au fond de nos âmes délaissées la lumière vacillante de « l’éternel désirant ». Puisque « l’esprit raisonne alors que l’âme résonne, que l’esprit se meut tandis que l’âme s’émeut, que l’esprit communique là où l’âme communie »

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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13 décembre 2016 2 13 /12 /décembre /2016 09:34
Ma lettre au Père Noël 2016

Cher Père Noël,

 

Il m'arrive de me demander si, par hasard, tu n'aurais pas pris ta retraite sans prévenir personne et  si, lassé de voir la planète se déchirer en permanence, tu ne te serais pas enfui vers des cieux plus cléments ? Néanmoins, je tente encore de t'écrire cette lettre que je confie à la bonne grâce de quelque pigeon voyageur, de quelque oie sauvage, de quelque oiseau migrateur qui connaissent mieux que moi les voies rapides du firmament. Vois-tu, j'avais une idée à te proposer cette année car tu sais bien qu'il n'est pas question que je charge davantage ta lourde hotte en te réclamant des cadeaux pour mes petits-enfants. Ma suggestion est simple, celle que tu refuses de gâter qui que ce soit, même le plus adorable, le plus tendre, le plus sage des enfants, tant que des bombes iront en tuer des milliers dans certains pays. Oui, pas de gâteries pour les uns alors que les autres voient tomber du ciel une mort cruelle !

 

Sans doute mon idée rejoint-elle la tienne et hoches-tu du chef en te disant intérieurement que prendre ta retraite signifierait que tu éteins la dernière étincelle de merveilleux qui subsiste dans l'univers ? Mieux vaut que tu te contentes de faire grève aussi longtemps que le bruit des armes retentira, semant la mort alentour. Trêve de Noël ou mieux que cela : sainte colère face à l'inadmissible cruauté qui inspire aux hommes des actes barbares. 

 

Ta hotte restera probablement vide en ce mois de décembre 2016. Je te suppose blême de rage et invitant tes rennes à un repos partagé jusqu'à nouvel ordre, confiant  aux parents le soin d'assumer eux-mêmes le Noël de leurs petits. "Où sont mes frères, mes amis, mes semblables" - te désoles-tu - "dans ce monde fracturé de toutes parts ?" Je ne doute pas qu'une larme de mélancolie glisse au long de ta joue. Cher Père Noël, je t'embrasse en souhaitant que le monde devienne meilleur et que tu nous reviennes l'an prochain avec la "petite espérance" blottie sur ton épaule.

 

Armelle

 

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Ma lettre au Père Noël 2016
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12 décembre 2016 1 12 /12 /décembre /2016 08:59
Call-boy de Ira Ishida

De la sexualité à la sensualité

 

Un livre qui raconte la vie d’un call-boy payé pour satisfaire les besoins particuliers de certaines femmes dans un texte plein de pudeur et de sensualité qui est plutôt une ode à la différence et au droit de chacun de conduire ses plaisirs selon sa nature et ses envies.

 

 

                                          Call-boy

Ira Ishida (1960 - ….)

 

 

« J’entends souvent résonner des bruits de pas dans mes rêves ». Un livre qui commence par une telle phrase ne pouvait que m’aspirer et je fus bien inspiré de le lire. Ces bruits de pas sont ceux de la mère de Ryô que celui-ci continue d’entendre, bien qu’il l'ait perdue à l'âge de dix ans. Ce bruit est associé à la douce main de sa mère qui effleurait son visage d’enfant en lui procurant des sensations liées aux prémices de ses premiers émois. Devenu jeune homme, Ryô entend toujours ces pas dans ses rêves même si sa sexualité est plutôt banale jusqu’à ce qu’il rencontre la femme qui va changer sa vie. Madame Midoh sent rapidement en ce jeune homme une sensibilité et une sensualité qui pourraient combler la libido de bien des femmes qui s’adressent à elle pour assouvir leurs désirs. Ryô devient ainsi un call-boy, un jeune homme qui se prostitue pour satisfaire les désirs de femmes souvent beaucoup plus âgées que lui.

 

Peu porté sur le sexe, il est surpris par la proposition de sa protectrice mais accepte tout de même de tenter l’expérience afin de gagner l’argent nécessaire pour payer les études qu’il ne suit pas assidûment faute de temps. Mais l’argent passe vite au second plan, derrière les découvertes qu’il fait au contact de ses « clientes » chez lesquelles il trouve des motivations diverses. Il comprend vite que la sexualité n’est pas associée aux seules relations sexuelles, qu’elle peut être également cérébrale, liée à une simple évocation du passé, à un souvenir sensuel ou à une première expérience particulièrement marquante. Il devient vite un amant recherché, un jeune homme qui sait satisfaire les désirs qu’il décèle facilement chez les femmes, même les plus âgées.

 

Ce livre, qui raconte les rencontres les plus excentriques du jeune homme, n’est pas un catalogue des pratiques sexuelles jugées souvent déviantes, c’est plutôt une ode à la sensualité amoureuse et à la liberté sexuelle. Selon l'auteur, il n’y a pas de sexualités déviantes, il n’y a que des façons différentes de satisfaire ses envies et de trouver son plaisir. Il s’élève contre ceux qui jugent les pratiques des autres sans en connaître les raisons profondes : « Il y a plein de gens dans ce monde qui souffrent de problèmes qui ne les concernent pas, qui jugent autrui sans réfléchir, à partir de valeurs qui ne sont pas les leurs. J’en ai vu tellement…. »

 

Ishida parle avec une grande liberté de sexualité mais aussi avec une certaine pudeur, sans pudibonderie, cette fameuse pudibonderie religieuse qui, selon certains psychanalystes, aurait tellement gâché la sexualité et la vie de nombreuses personnes. Il s’efforce de faire comprendre à ses amis que son emploi à un sens : « Tu devrais savoir que faire l’amour est toujours une transaction. Quelqu’un achète. Quelqu’un vend. Et en même temps, l’âme joue un grand rôle aussi. Il est difficile de distinguer les deux ». Ishida et son héros auraient ainsi dépassé les motifs de conflits qui ont récemment agité la société française. « J’avais dépassé à ce moment-là les différences sexuées entre hommes et femmes. Je ne savais plus de quel sexe était Azuma. Je le voyais comme un être aussi charmant que déroutant… ». Pour eux le sexe n’est plus motif de différence, il n’est que le vecteur de la sexualité et le moyen de satisfaire son être.

 

Toutes les références culturelles de ce livre sont occidentales, l’auteur semble avoir une très large culture européenne et américaine mais il n’en demeure pas moins que son texte évoque profondément les mœurs et les lettres japonaises. On retrouve dans ce roman cette liberté d’évocation de la chose sexuelle avec pudeur mais sans pudibonderie qui rappelle Kafu, Kawabata, mais aussi des lectures plus récentes que j’ai eues le plaisir de faire des textes de Ryû Murakami, Rieko Matsuura,  Banana Yoshimoto. Et il semble que lui aussi ait beaucoup lu : « Après la mort de ma mère, je me suis retrouvé tout seul. Je n’avais personne avec qui parler. Et comme je passais mon temps à lire, peut-être que finalement, je parle comme un livre », comme un très bon livre.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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Call-boy de Ira Ishida
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5 décembre 2016 1 05 /12 /décembre /2016 08:29
La concession française de Xiao Bai

 

Dans ce vaste roman, Xiao Bai propose une histoire à la croisée du polar, du roman d’espionnage, du roman historique et encore d’autres genres littéraires, qui fait revivre la ville de Shanghai et les concessions qui y étaient implantées de la fin des années vingt à la fin des années trente.

 

La concession française

Xiao Bai (1968 - ….)

 

Shanghai porte de l’Occident entrouverte sur l’immense Empire du milieu, Shanghai lieu de confrontation entre les cultures orientales et occidentales, Shanghai lieu de rencontre de toutes les puissances officielles et occultes, Shanghai objet de fasciation pour de nombreux écrivains : Malraux, « La condition humaine », Xiao Li « Shanghai Triad », Weihui, « Shanghai baby . Ainsi, après beaucoup d’autres, Xiao Bai met en scène cette ville cosmopolite avec ses « concessions » et son « settlement », ses sociétés secrètes, ses espions, ses forces révolutionnaires, ses aventuriers spéculateurs, ses polices locales ou étrangères. Et, comme tous ceux qui l’ont précédé, Xiao Bai propose une histoire à la croisée du polar, du roman d’espionnage, du roman historique et encore d’autres genres littéraires.

 

Mai 1931, dans la concession française, un officier de l’armée du Kuomintang est abattu à sa descente d’un bateau par un membre de la Société des Forces Unies qui représente, dans cette ville, les communistes subversifs qui veulent déstabiliser les concessions pour affaiblir la Chine et y exporter leur révolution. Ce meurtre agite les multiples forces qui règnent sur les concessions ou qui voudraient s’y implanter : les Français et les Anglais qui y sont déjà bien installés, les Allemands qui cherchent un point d’ancrage en Orient, la « Bande Noire », une société secrète qui aide les Français à faire régner l’ordre dans leur concession, d’autres organisations occultes, les agents communistes infiltrés, les représentants du pouvoir officiel, celui de Nankin à cette époque, et une série de trafiquants et d’aventuriers qui profitent des divers conflits plus ou moins latents opposant les Chinois entre eux ou aux Japonais pour trafiquer toutes sortes de marchandises, principalement des armes.

 

Dans un tel contexte, tout le monde espionne tout le monde, les informations secrètes circulent un peu partout colportées par des informateurs à la botte du plus offrant, mangeant parfois à plusieurs râteliers. Un grand remue-ménage agite la concession française et le settlement anglais, les diverses polices, les diverses sociétés secrètes, tandis que les partis politiques s’opposent au gré des intérêts qu’ils représentent mais, également, au gré des liens personnels qui unissent certains des protagonistes. Un terrain de jeux idéal pour un auteur de roman policier qui peut y construire les intrigues les plus folles et les plus complexes, si tordues qu’il n’est pas possible de les résumer en quelques lignes. Mais, Xiao ne s’est pas laissé griser par toutes les possibilités qui s’offraient à lui, il s’est extrêmement bien documenté, il connait parfaitement l’histoire de cette époque, le fonctionnement, les coulisses, les concessions multiples et toutes les carambouilles qui se nouent autour. On croirait qu’il a vécu à Shanghai dans les années trente, échappé du célèbre roman de Malraux  « La condition humaine ».

 

Ce texte est bâti autour de quelques événements avérés, il est nourri d’informations réelles issues d’une véritable documentation écrite : archives, coupures de journaux et il doit beaucoup à l’imagination de l’auteur qui a su dans ce roman fleuve reconstituer ce qui était probablement la vie à Shanghai après l’échec du soulèvement de 1927 et avant l’invasion japonaise de 1937. Un monde grouillant, agité, effervescent, où toutes les forces en présence défendent leurs intérêts ou en cherchent de nouveaux. Un portrait réaliste de la ville à cette époque d’expansion, de croissance et d’agitation, d’ouverture de plus en plus large au monde occidental, de nouveaux conflits se profilant à l’horizon. Un récit lent, comme un roman chinois, qui campe le décor avec précision, dessine des personnages au profil très affiné, où l’intrigue sert surtout à faire revivre la ville comme elle était au début des années trente, à l’inverse des polars habituels où la ville sert plutôt de cadre à l’intrigue. J’ai eu l’impression que le héros principal de ce polar était Shanghai et non l’intrigue qui est complexe, tortueuse et semble plutôt écrite pour faire revivre la mégapole. Cette intrigue n’a pas réellement de début ni de fin, c’est un moment, certes remuant de la vie de la cité, un moment décrit avec soin par l’auteur qui met un point d’honneur à créer ou évoquer des personnages qui ont eu un réel rôle historique ou social afin que son tableau gagne une véritable crédibilité historique.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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Xiao Bai

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28 novembre 2016 1 28 /11 /novembre /2016 08:47
Sympa de Alain Schifres

Je ne serai peut-être pas très objectif en commentant ce livre car je partage l’agacement et la plupart des remarques que l’auteur a explicitées dans plus de trente textes courts, au sujet de l’évolution de notre langage, de notre mode de penser et de réflexion et de notre comportement.  Je le suis sans aucune réserve quand il déclare que « Les mots n’ont plus de sens dans ce pays », on en use sans aucune connaissance de leur sens réel, on leur fait dire n’importe quoi, ils deviennent interchangeables au gré des locuteurs, de leur jargon et de leur culture. Plus les médias sont nombreux, plus l’information est standardisée, formatée, plus la pensée est unique. Il suffit de voir comment une vidéo d’une incommensurable banalité peut-être vue des millions de fois en seul jour. Désormais, la formule fait office de discours, l’adjectif (ou l’anglicisme nébuleux) à la mode qualifie tout et n’importe quoi, tout ce qui est in devient cool, tout ce qui est chômage est à résorber, il suffit de répéter sans cesse les mêmes mots pour convaincre les foules mais, il y a un problème, ces formules et ces mots ne sont pas souvent compris de la même façon, ce qui fait que chacun a capté ce qu’il veut bien comprendre. Et, ainsi, on construit des clichés, des lieux communs, des idées toute faites qui sont absolument sans fondement. On n’hésitera pas à vous persuader que le vin n’est pas de l’alcool, qu’une flûte est une coupe de champagne, etc.…

 

Ce langage minimum fondé sur un vocabulaire approximatif contribue fortement à construire des belles idées destinées à satisfaire nos égos, à taire nos éventuelles culpabilités, et à calmer nos angoisses. Elles peuvent aussi,  a contrario, alimenter de sordides rumeurs ou répandre de fausses vérités, tout justes bonnes à jeter le doute et même parfois l’angoisse dans l’esprit des populations bien crédules. L’information en continu demande matière, matière qui se niche dans les fameux marronniers qui fleurissent en toute saison : la rentrée scolaire, la Toussaint, le 11 novembre et toutes les fêtes, tous les événements qui chaque année jalonnent notre calendrier. L’événement peut-être aussi soudain, brutal,  violent… et il faut tout savoir très vite, avant les autres, même si on ne sait absolument rien il faut dire quelque chose, le faire dire à des experts ou à des témoins qui n’ont rien vu. Les chaînes de télévision d’information en continu ont inventé l’information sans information, la question contenant la réponse, l’événement inexistant, l’art de faire du vent dans le vide.

 

Et ainsi, par le bouche-à-oreilles, la télé rabâcheuse, les fameux réseaux sociaux, le mythique Internet, … se transmettent de nouvelles vérités, très virtuelles, qui constituent un socle de croyances aussi irréfutables que le dogme de n’importe quelle religion. Rien ne sera plus comme avant où seuls le journal et la radio détenaient le pouvoir de fabriquer la vérité. Nous aurons beau en appeler au bon sens, aux Français, aux Françaises, aux grand’mères, aux quadras, aux mousquetaires ou Mousquetaires, aux voisins, aux bêtes politiques, aux ténors du barreau, ce sont là des clichés qui viennent combler aisément la déficience langagière de ceux qui ont pour mission de transmettre l’information, premier vecteur du savoir populaire. Même les séries télévisées sont atteintes par les stéréotypes, les mêmes formules reviennent régulièrement sur les mêmes images habitées par les mêmes personnages.

 

"Sympa", ce livre l’est comme tout ce qu’on ne sait pas qualifier justement ou tout ce que l’on ne veut pas évoquer avec les mots que l’on pense réellement. Voilà ! Un livre sympa ! Et tout est dit, il suffit de lire le catalogue dressé avec malice par Alain Schifres pour s’en convaincre.

 

Denis BILLAMBOZ

 

 

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25 novembre 2016 5 25 /11 /novembre /2016 09:41
Plus rien ne sera jamais pareil

Plus rien ne sera jamais pareil.
Quelque chose d’indéfinissable a  tremblé
Et nous avons vu une lumière
Lentement naître des ténèbres.
Nos cœurs s’émerveillaient de son approche
Et que de ce tremblement, de cette onde,
Soudain naisse l’élan qui nous relèverait.
La nuit n’avait cheminé qu’un moment avec nous
Et nous en gardions une cécité passagère.
Après nous voyions comme nous n’avions jamais vu,
Les fluorescences de la lune redessiner l’ombre
Sur les fresques du ciel.
Tu caresses mes cheveux,
Je pose délicatement ma main sur la tienne,
nul geste ne peut être plus tendre, plus achevé.
Tu me dis  «écoute », car le monde nous reste  proche,
Je te murmure  « regarde »,
Car l’éternité nous adresse un salut royal.
Un dernier mouvement de foule trace un bref horizon.
Je perçois le choc sourd du jour
Qui heurte la pierre aimantée du temps.
Demain, tu inventeras un langage, tu me baiseras au front
Afin que je porte loin et haut notre amour.
Tes mots dureront. Ils formeront une enceinte,
Ils se doivent de me garder.
Peut-être  dispenseront-ils  leurs bienfaits
Jusque dans les profondeurs des eaux ?
La résurrection des mondes en dépend.
Souviens-toi, il faut être habité d’une  présence infinie …
Pour se taire ensemble.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE  ( publié dans les Cahiers Froissart  N° 47 –Quatrième  trimestre 1988 )

 

 

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23 novembre 2016 3 23 /11 /novembre /2016 09:17
Concert/Lecture du 19 novembre 2016 au Grand-Hôtel de Cabourg avec Laura Rabia, soprano.

Concert/Lecture du 19 novembre 2016 au Grand-Hôtel de Cabourg avec Laura Rabia, soprano.

Nous y pensions depuis longtemps Laura  Rabia et moi. Unir les mots de Proust aux mélodies de ses compositeurs préférés, ceux qui ont donné à la musique française ses lettres de noblesse. Leurs noms : Gabriel Fauré, César Franck, Camille Saint-Saens,  Reynaldo Hahn. Proust les a connus, écoutés et aimés. La musique lui apparaissait comme l’art suprême, celui qui  transcende la réalité et unit les âmes. Alors pourquoi ne pas imaginer un Concert/Lecture où l’écrivain prendrait la parole pour faire apprécier davantage encore les notes de ses contemporains et offrir ainsi au public un duo où musique et littérature se fondent dans un seul univers : celui de la beauté. D’autant plus que nous avions la possibilité de le donner à entendre dans un lieu unique que l’écrivain a habité, où il a pensé, contemplé, composé une partie de sa Recherche, cet aquarium qui ouvre sur la mer, le ciel et la digue cabourgeaise, digue où, par un beau matin d’été, il avait vu apparaître les jeunes filles en fleurs et toute la poésie du monde.

 

Sa mère jouant du piano, Marcel Proust eut toujours pour la musique un intérêt très vif qui se confirmera lorsqu’il fera la connaissance de Reynaldo Hahn, chez Madeleine Lemaire, en juin  1894. Auteur d’une œuvre importante et variée, Hahn initiera véritablement Proust et le fera entrer de plein pied dans l’univers musical en exerçant son oreille à une écoute plus aiguë et plus attentive, si bien qu’ils vont ensemble entretenir une relation affective et esthétique qui ne les empêchera nullement de diverger sur certaines questions d’appréciation.

 

Pour Marcel Proust, l’interprétation sera toujours essentielle et l’écrivain notera soigneusement les caractéristiques particulières d’un chanteur ou d’un virtuose dont l’intériorité est, selon lui, capitale pour parvenir à capter sa sensibilité. C’est ainsi qu’il construit son propre univers romanesque de la musique avec le personnage emblématique de Vinteuil. Il est vrai que Marcel bénéficiait d’un répertoire éclectique dans le domaine musical, se rendant souvent aux concerts ou dans les salons où se produisaient fréquemment les musiciens d’alors, ou quand il les priait de venir lui donner la sérénade chez lui Boulevard Haussmann. On sait aussi son admiration pour Richard Wagner, son intérêt pour les Ballets Russes, également pour les œuvres savantes, profanes ou religieuses, et même pour la musique populaire. « Evoquant tour à tour la déclamation de Pelléas, la mélodie grégorienne, les cris de Paris, les intonations de Sarah Bernhardt, de Mounet-Sully et de la diseuse Yvette Guilbert, l’auteur de La Recherche développe une esthétique de la vocalité, jouant subitement sur le rapport entre le son et le sens, brouillant les frontières entre le chant de la parole et la parole chantée »  - souligne très adroitement Anne Penesco.

 

Reste cette petite phrase de Vinteuil qui hante et parcourt La Recherche et demeure l’un des grands mystères de son œuvre. Elle ne cesse de se dérober à notre curiosité, de nous inciter à la reconnaître chez Camille Saint-Saëns, César Franck ou Gabriel Fauré, trois compositeurs d’horizons différents mais proches de la sensibilité musicale de Marcel. En définitive, cette sonate de Vinteuil reste l’œuvre énigmatique du romancier. Elle transcende l’amour que Swann porte à Odette, avant de figurer comme le leitmotiv habituel de l’amour du narrateur pour Albertine. La musique devient en quelque sorte une médiatrice qui  éveille, transfigure, magnifie ce sentiment et l’amplifie à volonté, transmuant alors son phrasé en une sorte d’acoustique privilégiée du cœur désirant. Ainsi Marcel Proust rend-t-il la musique incroyablement soluble dans les mots. Ce pouvoir unique, dont elle dispose, n’est-il pas avant tout celui d’être un processus singulier de remémoration ? Nous pouvons à ce sujet nous interroger. Ne serait-ce pas le Temps Retrouvé grâce à la magie de la muse instrumentale ou de la voix humaine dans son souverain accomplissement ?

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

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Proust et la musique : Concert/Lecture à Cabourg
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Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

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