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19 juillet 2016 2 19 /07 /juillet /2016 07:23
Le Bunker - premier témoignage - de Thierry Radière

J’ai déjà parlé de cette expérience proposée par Jacques Flament Editeur, j’ai déjà présenté un texte de Thierry Radière mais je n’ai pas encore évoqué la genèse de ce projet très ambitieux qui prend de l’ampleur de mois en mois.

 

 

Le Bunker – Premier témoignage

Thierry Radière (1963 - ….)

 

 

L’éditeur Jacques Flament a conçu un projet littéraire original, il a défini un ensemble de contraintes qu’il a soumis à des écrivains pour que chacun d’eux apporte sa version de la situation qu’il a imaginée. Il définit lui-même ce concept de la manière suivante :

 

« LE BUNKER est un projet littéraire de JFE (Jacques Flament Editions) qui se positionne dans la durée, le nombre de livres proposé n'ayant, pour l'instant, pas de limite définie... À partir d'une situation donnée (l'apocalypse soudaine, sous quelque façon qu'on l'envisage) contraint 217 personnes à cohabiter, bloquées dix mètres sous terre, et à envisager la survie ou la mort ensemble, sans possibilité notoire de sortie. Chacun des auteurs de la série prend donc la posture du survivant et décrit son quotidien, son passé, ses fantasmes ou, pourquoi pas, ses rêves d'un futur meilleur ».

 

Comme un mauvais élève, j’ai lu le sixième témoignage sans connaître précisément les règles du jeu mais le texte était suffisamment explicite pour que je ne m’égare pas trop. Cette fois, je connais le projet, je peux affronter le Premier témoignage, celui de Thierry Radière.

 

 

Ce défi était vraiment à la mesure de Thierry Radière, lui qui excelle dans la description des scènes intimes, des états d’âmes torturés, des huis clos pesants et dans l’expression d’une vision plutôt sombre de l’humanité et de son devenir. Ainsi,  il  introduit son témoignage par une remarque qui dénote cette vision : « Je pensais que tout, absolument tout, disparaitrait avec l’annonce de la catastrophe. Il m’a fallu du temps pour comprendre que non ». Le pire n’est pas toujours certains. Il a donc choisi de créer une ambiance non pas de résistance et d’espérance mais plutôt une atmosphère apocalyptique décalée, nous ne sommes pas morts mais nous mourrons certainement assez rapidement. Nous avons échappé au pire, mais il nous rattrapera vite. Pour meubler ce temps qu’il lui reste à vivre, qu’il pense plutôt court, il écrit sur un petit carnet et quand il aura noirci l’ensemble du support, il écrira dans sa tête. Il constate alors que ce qu’il écrit est plutôt meilleur que ce qu’il a écrit auparavant. Il faut tout de même préciser que l’ensemble des personnes présentes dans le bunker sont des artistes ou des gens travaillant directement avec eux, soit des individus impliqués à un degré divers dans la création artistique.

 

 

Sur ce petit carnet, le narrateur, inventé par l’auteur, raconte la vie dans le bunker, l’attitude des autres, leurs réactions, leurs dérives, leurs peurs, la foi en la religion qui les anime ou pas, leur spiritualité car, peu nombreux sont ceux qui croient en une issue possible, peu nombreux ceux qui  pensent que le monde extérieur n’est pas anéanti. Le narrateur écrit surtout sur lui-même, sur la vie qu’il a eue, sur son enfance, les faits qui l’ont marqué, ce qu’il est aujourd’hui, ce qu’il a déjà abandonné, ceux qui ont partagé sa vie… il s’interroge également sur l’art, son rôle dans la société, la fonction de l’artiste, la place de la création et les conditions idéales pour créer. Il en déduit « Que l’art est éphémère et qu’il est sans cesse à réinventer. Sa nécessité vient d’un manque de liberté, au sens large du terme. Moins nous nous sentons libres, mieux nous créons. » Une réflexion qui résonne un peu a contrario de l’envie de l’auteur qui dit « Je veux rester un être libre jusqu’au bout. » Toute la difficulté de l’artiste qui veut exprimer la liberté mais qui ne crée jamais mieux que sous la contrainte.

 

 

Ce témoignage n’est que le premier, six sont déjà publiés et d’autres viendront certainement encore. « LE BUNKER constituera donc une série de livres sur l'enfermement, la privation, le manque de liberté dans l'absolu, chacun des ouvrages étant considéré comme un témoignage où l'univers révèle, décrit, poétise ou honnit un univers imposé à travers les mots. »
 

Denis BILLAMBOZ

 

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17 juillet 2016 7 17 /07 /juillet /2016 08:40
Les chambres de Proust rue Hamelin et à Illiers-Combray
Les chambres de Proust rue Hamelin et à Illiers-Combray

Les chambres de Proust rue Hamelin et à Illiers-Combray

Il y a dans la vie de Marcel Proust, dans l’œuvre de l’écrivain, beaucoup de chambres. D’abord celle de l’enfant à Combray qui ouvre « Un amour de Swann ». C’est la chambre où se trouve la lanterne magique, celle de l’évasion dans le monde imaginaire. Il y a aussi, dans cette chambre romanesque, l’attente du baiser de maman qui en fait le lieu de cristallisation d’un amour exclusif. Cette chambre d’enfance porte déjà en germe l’œuvre de sa vie et il est vrai que les chambres de Proust ont tenu un grand rôle puisqu’il s’y passe ce auquel  on s’attend le moins : la claustration volontaire d’un créateur dévoré par sa création. Oui, l’enfermement de l’écrivain pendant plus de 8 années, soit de 1914 à 1922, d’où il ne sortait que pour quelques réceptions ou dîners, est pareil à celui de Noé dans son arche comme Marcel Proust l’explique lui-même :

 

«  Quand j’étais enfant, le sort d’aucun personnage de l’Histoire Sainte ne me semblait aussi misérable que celui de Noé, à cause du déluge qui le tint enfermé dans l’arche pendant quarante jours. Plus tard, je fus souvent malade, et pendant de longs jours, je dus rester ainsi dans ‘l’arche’. Je compris alors que jamais Noé ne put si bien voir le monde que de l’arche, malgré qu’elle fût close et qu’il fît nuit sur la terre. »

 

Les Plaisirs et les Jours

 

 

En quelque sorte, Proust enclot la réalité pour lui redonner une vie transposée par l’imagination. Ses chambres du boulevard Haussmann et de la rue Hamelin, celles aussi du Grand-Hôtel de Cabourg où il passa une partie de l’été et le début de l'automne de 1908 à 1914 auront été ses lieux de création ceux où, fermant les yeux aux réalités du monde, il les ouvrait sur les perspectives infinies de la création littéraire. Proust a fondé sur cette simple réflexion toute une part de sa philosophie. Celle-ci peut se résumer en quelques lignes mais elle donne à « La Recherche » une tonalité unique. Selon lui, le monde intérieur – qui peut être symbolisé par la chambre d’écriture et de claustration volontaire – est le seul qui existe vraiment pour la bonne raison qu’il confère aux êtres et aux choses leur réelle dimension. Oui, ce que nous observons au quotidien perd très vite de son intérêt et de son relief mais, que cet environnement vienne à nous manquer, la nostalgie nous envahit et nous commençons à fixer notre esprit sur les souvenirs qui se sont imprimés à notre insu et que notre mémoire involontaire, usant du procédé inverse, va nous restituer par la grâce d’une sensation. Les choses quittées prennent subitement une importance extraordinaire, puisqu’elles nous apprennent que le temps peut renaître à tout moment, mais hors du temps, ce que Proust nommera « un peu de temps à l’état pur ». Etrange et formidable paradoxe qui avise le lecteur qu’il n’y a, en définitive, pas d’autre permanence que celle du passé et du monde reconstitué par la mémoire. L’arche de Noé est devenue la cathédrale de Proust et, dès ce moment, le patriarche biblique et le romancier sont hors d’atteinte. Le premier a sauvé la création, le second le créé, tout en se sauvant eux-mêmes.

 

 

La chambre est par conséquent l’arche dans laquelle Proust convoque les lieux et les paysages, les brassées d’aubépines et les pommiers en fleurs, les berges de la Vivonne et les clochers de Martainville, les illusions de l’amour et les intermittences du cœur, les jeunes filles et les courtisanes, les liftiers et les princesses, les artistes et les hobereaux, les vices et les vertus, les joies et les douleurs, pour cette traversée du temps qui voit se succéder un passé chargé d’avenir et un avenir embrumé de passé.

 

 

Si la vie est un négatif qu’il faut regarder à l’envers et à la lumière d’une lampe pour que ses contours se dessinent et que se révèle son sens, comme avec la lanterne magique, l’œuvre n’apparaît plus seulement comme la figure de ce que l’on a senti mais comme celle de ce que l’on a voulu, si bien que l’édification se fait et que le destin s’accomplit. Ainsi, par un acte de volonté intense, l’artiste meurt à la réalité des choses et devient un anachorète réfugié dans une chambre  tapissée de liège, arrière-monde ou arrière-pays qui n’est plus régi par les innombrables clichés de la vie affective, les ténèbres de la méconnaissance et des instincts mais par la joie pure et sereine de l’art qui exorcise le cercle du temps. Selon Marcel Proust, la littérature est la seule vie digne d’être vécue, la seule en mesure de conserver ce qui fuit, d’atteindre à la vérité des êtres sous les mouvements changeants et le mensonge des apparences, et de faire remonter à la surface un équivalent spirituel. Cette construction littéraire, envisagée comme une mosaïque savante, frappe d’autant plus l’esprit que la diversité de ses dessins et la fraîcheur de ses coloris semblent contraindre le temps à faire le deuil de son pouvoir.*

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

*Extraits de « Proust ou le miroir des eaux »

 

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La chambre reconstituée du Grand-Hôtel de Cabourg

La chambre reconstituée du Grand-Hôtel de Cabourg

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15 juillet 2016 5 15 /07 /juillet /2016 08:14
LES CINQ ANS d'INTERLIGNE

Cinq ans déjà, qu’un jour de juillet, j’ai décidé d’ouvrir  un second blog  « INTERLIGNE », après celui consacré au 7e Art « La plume et l’image » et je ne le regrette pas, car j’ai eu grâce à lui l’occasion de rencontrer beaucoup d’amis venant d’horizons différents et qui tous m’ont apporté leur amitié, leurs encouragements et ont permis à ce lieu d’échange de prendre encre ( je pourrai dire ancre) et devienne un lieu de partage. En effet, que représente un blog pour celui qui, installé devant son écran, tente de capter un mot, un signe, un commentaire, un écho, sinon cela, la possibilité d’un échange. Ecrire, c’est toujours essayer de rencontrer l’autre, l’ami, le voisin, l’esseulé, l’étranger, de susciter une alliance d’esprit et de cœur grâce au pouvoir des mots et à leur résonnance intérieure.

 

 

Tout a sans doute été dit et écrit mais qu’importe, nous ne cesserons jamais de le redire et de le transmettre à notre façon avec notre sensibilité, nos emballements, nos déceptions, nos doutes, nos aspirations. Cela se nomme la communication ou mieux que cela : la transmission. On s'efforce, autant que faire se peut, à exprimer les joies, les peines, les beautés de notre langue, les nuances diverses des souvenirs, les soucis de nos vies, les émerveillements de nos coeurs, les satisfactions passagères ou durables, les craintes pour un avenir que l'on rêverait toujours meilleur. 622 articles rédigés avec ceux de l'ami Denis Billamboz et ses coups de coeur littéraires, 110.000 visiteurs, 183653 pages vues, c'est tout de même honorable, mais est-ce satisfaisant ? Cela ne le sera jamais, tant nous souhaitons toujours davantage, tant nous avons besoin d'être constamment renseignés sur la qualité de nos propos, leur pertinence, leur justesse ou, pire, et cela arrive, sur leur inanité. Le regard de l'autre inspire à l'évidence une crainte qui reste la meilleure émulation qui soit. Alors, ne redoutons jamais ce regard du visiteur qui corrige, anime, critique, sollicite, encourage, il est tour à tour notre juge et notre complice.

 

 

Alors longue vie à INTERLIGNE si l'inspiration, la ferveur  ne me manquent pas. Une question que,souvent, je me pose...

 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

Article précédent : LES DEUX ANS d'INTERLIGNE

 

 

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11 juillet 2016 1 11 /07 /juillet /2016 07:38
Après l'orage de Selva Almada

Un huis-clos entre quatre personnes dans un coin perdu d’Argentine brûlé par le soleil, un huis-clos pour évoquer la religion et son rôle dans cette société isolée aux confins de la civilisation.

 

 

                                                     Après l’orage

                                         Selva Almada (1973 - ….)

 

 

Le Révérend, chrétien convaincu jusqu’au tréfonds de son âme et orateur fascinant, parcourt les campagnes arides de l’Entre Rios et du Chaco en Argentine pour apporter la bonne parole aux populations éloignées de tout, même de la foi. Celui-ci  préfère cette vie errante et lucrative car il est payé grassement pour ses prêches qui incitent les fidèles à plus de générosité à l’heure de la quête, qu’une existence simplement paroissiale. Il est accompagné de sa fille âgée de seize ans. Un jour de grande chaleur, leur voiture tombe en panne et ils doivent attendre qu’un mécanicien, installé dans un coin de cette campagne perdue, la répare. Attendant patiemment que le réparateur détecte la cause de cette panne, le prédicateur tente de convertir le fils du garagiste, impressionné par le magnétisme du Révérend.

 

Le cadre de cette histoire comporte de nombreux éléments que j’ai souvent rencontrés dans les romans latino-américains : un pays écrasé sous la chape cuisante du soleil, une végétation brûlée, une sécheresse perpétuelle ou presque, des êtres rares et amorphes, un coin de pays perdu, loin de tout, où l’auteure peut installer un huis clos en plein air entre les quatre personnages de cette intrigue : le Révérend, le garagiste, le fils du garagiste et la fille du prédicateur. Pendant que le garagiste s’affaire autour de la voiture en panne, le Révérend s’applique  à convaincre son fils de rejoindre les fidèles du Christ et, lorsque  l’orage arrive enfin, il propose au père d’emmener le fils à la ville pour suivre des études chez les religieux,  mais le père refuse et l’affrontement enfle en même temps que l’orage

 

Un texte construit a priori autour de la religion et de son rôle dans une société fruste, isolée, prédisposée à toutes les craintes et superstitions concernant la vie après la mort et la rédemption, où l’affrontement entre le Révérend mystique et le père non croyant, hostile à toutes les religions, sonne comme une métaphore des nombreux conflits religieux qui ensanglantent actuellement la planète. D'autre part, ce texte tourne aussi autour d’un thème moins explosif mais plus pernicieux qui fermente au tréfonds des âmes des héros : l’abandon. Le Révérend a toujours dans son esprit cette angoisse qu’il a ressentie quand sa mère l’a confié au prédicateur qui devait le baptiser. Sa fille a vu son père abandonner sa mère sur le bord d’une route, le fils du garagiste a été abandonné par sa mère qui l’a confié au garagiste en le convainquant qu’il en était le père. Et le garagiste lui-même n’est pas à l’abri de l’abandon par son fils qui veut suivre le révérend.

 

Un texte fort, dense, bien équilibré qui transporte le lecteur dans ce pays étouffant au cœur d’un huis clos tout aussi étouffant. Un premier roman maitrisé où les prêches du Révérend, insérés dans le texte, constituent les plus belles pages d’écriture du récit, dépassant la religion, comme souvent en Amérique du Sud, pour inciter les peuples à la révolte.

« …méfiez-vous des mots forts comme des mots jolis. Méfiez-vous de la parole du patron comme de celle de l’homme politique. Méfiez-vous de celui qui dit être votre père ou votre ami. Méfiez-vous de ces hommes qui prétendent parler à votre place et dans votre intérêt. »

 

Denis BILLAMBOZ

 

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4 juillet 2016 1 04 /07 /juillet /2016 07:45
Un peu plus bas vers la terre de Renaud Cerqueux

Renaud Cerqueux travaille aussi dans le monde de la bande dessinée et ses textes reflètent bien cette appartenance : son écriture est visuelle, très actuelle, elle décrit un monde en voie de décrépitude dans des scènes dignes de feuilles de BD.  

 

 

                                            Un peu plus bas vers la terre

                                              Renaud Cerqueux 

 

 

Stupéfiant ! On m’avait prévenu, ce recueil est stupéfiant, effectivement on y consomme pas mal de drogue mais surtout il dépeint de manière plutôt cynique une société, la nôtre, comme elle est déjà et comme elle le sera bientôt davantage, totalement déshumanisée, cynique, bassement pragmatique, superficielle, une société qui court tout droit à son échec comme les héros de ces nouvelles. « Dans ce monde, un compte en banque bien rempli est plus utile qu’un supplément d’âme ». Ces héros sont des hommes qui ont réussi mais qui, brusquement, rencontrent le grain de sable qui vient gripper la machine et les ramènent à leur plus prosaïque condition humaine. Les nouvelles sont très souvent construites sur un parallèle entre un homme brillant, doué et riche et un être fruste (singe, zombie) mais serein et apparemment heureux, un être proche de la nature qui ne s’est pas égaré dans des réflexions inutiles, un être un peu primitif, écologique, « un type un peu nerveux, animal, puissant, sans culture digne de ce nom mais qui avait réussi à percer… », un amant idéal pour une femme qui s’ennuie à l’ombre d’un homme trop occupé par des problèmes trop sérieux.

 

 

 

Eric, directeur commercial dans une entreprise de vente de bière à Brest, est pris au piège de la société de consommation, il doit toujours travailler plus pour satisfaire les envies de son épouse qui lui reproche d’être de moins en moins présent à la maison. Et, au travail, il est contraint par sa hiérarchie de pressuriser ses collaborateurs et amis pour atteindre les objectifs de l’entreprise. Il sent que sa vie lui échappe et qu’il mène une existence qu’il n’a jamais voulu avoir.

 

 

Hikari sait que la vie, qui lui reste à vivre, sera courte, il profite au mieux de l’argent qu’il a gagné en décontaminant le site de Fukushima et s’offre une jeune femme contactée sur un site Internet spécialisé. De cette relation éphémère pourrait naître un monstre comme il en naît souvent au zoo de Fukushima. Une nouvelle brève, intense, foudroyante comme un tsunami.

 

 

Jérôme, trader grassement enrichi, éprouve le besoin de faire une coupure pour retrouver une vraie vie d’homme au contact de la nature et de ses dangers. Après un séjour dans la jungle guyanaise, il comprend la puérilité humaine et comment l’exploiter pour son plus grand profit.

 

 

Haim, riche employé d’une grande entreprise de la City londonienne, renverse accidentellement un randonneur qui décède sur le coup. Il décide alors d’enterrer la victime, mais celle-ci n’est pas réellement morte, elle est, selon des spécialistes, zombifiée par son entremise. Il aurait le pouvoir de faire renaître les gens sous une forme docile et servile. Il pourrait ainsi s’adjoindre une véritable armée, curer l’humanité de tous les gens qui la polluent et instaurer une société plus humaine.

 

 

Un cadre, qui a réussi dans la finance, a épousé une femme pour sa beauté et a un enfant roi, la vie rêvée de toute bonne famille bourgeoise mais il doit faire face aux aléas de la vraie vie quand un grain de sable vient se coincer entre les rouages pourtant bien huilés de son existence.

 

 

Les textes de Renaud Cerqueux sont actuels, son écriture est rapide, nerveuse, il emploie un vocabulaire d’aujourd’hui, fait référence à des produits à la mode. On sent bien que l’auteur travaille aussi dans le monde de la bande dessinée, ses textes sont visuels. Il décrit un monde en prise directe avec les problèmes que les Français rencontrent aujourd’hui et les invite à réfléchir sur leur avenir en leur démontrant que les discours, qu’on leur assène depuis l’école, ont vécu et que même la vertu n’empêchera pas l’homme de rencontrer le vice dont il ne triomphera pas nécessairement. Il y a dans les nouvelles, qui composent ce recueil, comme une certaine fatalité, une forme de fuite en avant inéluctable qui pourrait être fatale à la gente humaine.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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3 juillet 2016 7 03 /07 /juillet /2016 09:01

1227875022_bonnefoy.gif            1923 - 2016

 

 

 

Yves Bonnefoy s'est éteint à Paris le 1er juillet. Poète de grande race, il était né à Tours d'un père ouvrier et d'une mère institutrice et vécut une enfance grisâtre qui ne sera éclairée que par la lumière de l'arrière-pays des Causses du Quercy et du Rouergue où il passait ses vacances d'été chez ses grands-parents maternels. Après des études de mathématiques et de philosophie, il s'oriente vers les lettres et les arts, la poésie bien sûr pour laquelle il a un don évident, mais également les mythes qui l'incitèrent à interroger des peintres tels que Pierro de la Francesca, Goya, Giacometti, de même qu'il traduira des oeuvres européennes comme celles de Shakespeare, Yeats ou Leopardi. Traducteur éminent de Shakespeare, l'une des phrases de celui-ci pourrait être mise en exergue de son oeuvre : Tu as rencontré ce qui meurt, et moi ce qui vient de naître. Longue méditation sur la mort et sur la finalité apparente de tout ce qui vit, l'oeuvre poétique de Bonnefoy n'est ni désespérée, ni pessimiste, comme le sont beaucoup de celles de nos jeunes poètes. Elle est, par ailleurs, l'une des moins narcissique qui soit, car toute entière tournée vers l'objet extérieur. Soucieux des innombrables perturbations que nous traversons, il avait la conviction que les poètes et les artistes ont une approche et une vision plus aiguë des crises civilisationnelles, d'où l'intérêt qu'il manisfestera pour les époques charnières et la crise de conscience vécue au XIXe siècle par un Baudelaire ou un Rimbaud. Par ailleurs, sachant que l'on ne peut discerner l'avenir sans se référer au passé, il sera toujours un témoin vigilant de notre époque agitée et négligente.

 

L'horizon intellectuel du poète sera celui d'une recherche incessante. Sa soif de l'éternel, de l'unité perdue, de ce qui peut-être n'existe pas mais qu'on ne renonce jamais à atteindre, constitue son acte d'écrire, celui d'un devenir que le poème met en mouvement. L'oeuvre d'Yves Bonnefoy, qui semble être un des rares poètes à susciter l'unanimité d'estime et d'admiration de ses contemporains, n'appartient à aucune école, à aucune chapelle littéraire. Elle s'approfondit au long d'un parcours d'une rigueur et d'une authenticité qu'il faut souligner. Ses textes - poésie, prose, essai - comportent une suite de moments comparables à des voyages, à des passages, à des traversées, où veillent un désir partagé entre le passé et le puissant attrait de l'avenir, le froid nocturne et la chaleur d'un feu nouveau, la dénonciation du leurre et la visée du but.

 

Son extrême exigence, quant à l'authenticité du monde second, détermine une série de mises en garde à l'encontre de ce qui pourrait nous en détourner ou en tenir lieu à bon compte. La dimension d'avenir et d'espérance est capitale. Si intense que soit le sentiment d'un monde perdu, Bonnefoy ne laisse pas prévaloir le regard rétrospectif ou la pensée négative. Il appartient à la poésie, selon lui, d'inventer un nouveau rapport au monde. Marquant ses distances vis-à-vis du christianisme, le poète n'en reste pas moins attaché à l'idée d'une transcendance. S'il cherche à ranimer ou re-centrer la parole, à recommencer une terre, à retrouver la présence, ce n'est jamais pour revenir à une ancienne plénitude, mais pour tenter de définir le monde second comme lieu d'une autre totalité, d'une unité différente, de façon à ce que la perte du monde premier puisse être réparée. Confier cette tâche au langage, à la poésie, est pour Bonnefoy poser le principe que le monde second a son fondement dans l'acte de parole, car il est le seul à pouvoir nommer les choses et en appeler à l'être dans la communication vivante avec autrui.

 

Imagine qu'un soir
La lumière s'attarde sur la terre,
Ouvrant ses mains d'orage et donatrices, dont
La paume est notre lieu et d'angoisse et d'espoir.
Imagine que la lumière soit victime
Pour le salut d'un lieu mortel et sous un dieu
Certes distant et noir. L'après-midi
A été pourpre et d'une trait simple. Imaginer
S'est déchiré dans le miroir, tournant vers nous
Sa face souriante d'argent clair.
Et nous avons vieilli un peu. Et le bonheur
A mûri ses fruits clairs en d'absentes ramures.
Est-ce là un pays plus proche, mon eau pure ?
Ces chemins que tu vas dans d'ingrates paroles
Vont-ils sur une rive à jamais ta demeure
"Au loin" prendre musique, " au soir " se dénouer ?

 

Rien n'est tenu pour acquis et les leurres - quels qu'ils soient - sont à dissiper. On le voit dans le texte de sa leçon inaugurale au Collège de France en 1981 :

" Bien que je place au plus haut cette parole des grands poèmes qui entendent ne fonder sur rien sinon la pureté du désir et la fièvre de l'espérance, je sais que son questionnement n'est fructueux, que son enseignement n'a de sens, que s'ils s'affinent parmi les faits que l'historien a pu reconnaître, et avec des mots où se font entendre, par écho plus ou moins lointain, tout les acquis des sciences humaines (... ) Car on se soucie autant que jamais de littérature dans la nouvelle pensée, puisque c'est dans l'oeuvre de l'écrivain que la vie des mots, contrainte sinon déniée dans la pratique ordinaire, accède, le rêve aidant, à une liberté qui semble marcher à l'avant du monde."  

Ce qui lui donne à espérer dans la poésie, c'est une vie intense qui, par-delà les mots, s'ouvre aux choses, aux êtres, à l'horizon, " en somme - comme il le dit lui-même - toute une terre rendue soudain à sa soif.  De cette vocation moderne de la poésie, l'oeuvre de Bonnefoy est sans nul doute la plus engagée, la plus expressive. Avec lui le moi est tenu en éveil par le souci du monde. La nécessité absolue, selon lui, est la présence du monde et la présence au monde, ce monde reconquis sur l'abstraction et dégagé de celui  nocturne des rêves, si cher aux surréalistes, un monde qui doit être restauré par le langage. Pour ne point être rejoint par les chimères et le désespoir, ce lieu retrouvé ou instauré comme un nouveau rivage, ce lieu du monde ancré dans sa réalité est à initier par le narratif, c'est ce monde second vers lequel le poète fixe sa quête, loin de toute rêverie régressive et avec l'insistance d'une innocence naturelle. Nul passéisme donc, tant il est vrai que le monde ancien ne peut plus servir de refuge, mais une alliance avec ce lieu où, déjà, se précise une unité différente, se devine une existence nouvelle.


Bonnefoy n'en reste pas moins attaché à une idée de dépassement et, sans céder à l'appel du là-bas et de l'ailleurs, qui sous-tend une désertion de l'ici et, par conséquent, une séparation, une division avec le réel, il privilégie l'humble présence des choses qu'il nous faut accepter et aimer. Ainsi se doit-on d'assumer le hasard et la présence des autres. Pour ce faire, le poète se plaît à user de mots comme maison, pain, vin, terre, pierre, orage ; mots d'une communion simple, symboles d'une existence partagée, dégagée de la trame froide et distancée des concepts. L'incarnation, cet en-dehors du rêve, devient ainsi un bien proche et quotidien.

 

Aube, pourtant
Où des mondes s'attardent près des cimes.
Ils respirent, pressés l'un contre l'autre,
Ainsi des bêtes silencieuses.
Ils bougent, dans le froid.

 

Grâce à ces mots journaliers, la dualité de l'homme entre en apaisement : la paix, qui s'établit, laisse subsister l'écart entre les mondes et comme le souligne Jean Starobinski " l'opposition sans laquelle l'unité ne porterait pas sens". Nous sommes avec le poète dans la  phosphorescence de ce qui est. C'est là son offrande aurorale aux générations à venir.

 

(...)


Je célèbre la voix mêlée de couleur grise
Qui hésite au lointain du chant qui s'est perdu
Comme si au-delà de toute forme pure
Tremblât un autre chant et le seul absolu.
 

(...)


Il semble que tu connaisses les deux rives,
L'extrême joie et l'extrême douleur.
Là-bas, parmi ces roseaux gris dans la lumière,
Il semble que tu puises de l'éternel.

 

 

Principaux titres de ses ouvrages chez Gallimard :

 

Du mouvement et de l'immobilité de Douve
Hier régnant désert
Pierre écrite
Dans le leurre du seuil

 

 

Armelle BARGUILLET  HAUTELOIRE

 

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1 juillet 2016 5 01 /07 /juillet /2016 07:47
Onze leçons de philosophie pour réussir sa vie d'Isabelle Prêtre

Toutes les mères de famille devraient s’empresser d’acheter le dernier ouvrage d’Isabelle Prêtre « 0nze leçons de philosophie pour réussir sa vie » et, après l’avoir lu elles-mêmes, l’offrir à leurs ados, prochainement en classes de première et de terminale, afin de leur donner à penser avec intelligence et sensibilité et les aider à former leur esprit à la réflexion et à la connaissance. Voilà le guide qu’il leur faut pour mieux analyser et mieux comprendre, parce que clair, précis, limpide, qu’ils dévoreront comme un roman, grâce à la pédagogie de l’auteur et son souci constant de ne jamais être docte, trop savante dans ses démonstrations et d’user de façon concrète et habile de cette maïeutique qui éveille les esprits.

 

 

D’autre part, Isabelle Prêtre, fille du chef d'orchestre Georges Prêtre, a le sens des formules qui frappent, que l’on retient, qui désencombrent le cerveau et vous rendent immédiatement les perspectives de la vie plus claires, les abstractions plus accessibles. Bientôt le lecteur comprendra pourquoi  penser, et penser juste, avec discernement, est une urgence pour envisager son avenir et s’avancer sur le chemin de la vérité. Car le but de la philosophie n’est-il pas de nous donner les moyens de réussir notre existence ? Ce parcours est celui d’une initiation, une descente dans les profondeurs de nous-même et, également, une invitation à davantage de sagesse, de tolérance, d’exigence, en quelque sorte une thérapie pour résoudre ses propres énigmes et mieux accepter l’autre, notre ami, notre frère, jusque dans ses contradictions. En effet, que serions-nous sans l’autre ?

 

 

Philosopher, n’est-ce pas l’art de se poser des questions et tenter d’y répondre ? Ce livre vous y encourage sans jamais être dogmatique. Isabelle Prêtre le souligne : «  Ne déléguez à personne le pouvoir de penser. » En proposant un terrain de réflexion ouvert, elle nous convie à nous engager sur le bonne voie : celle d’exercer notre liberté tant il est vrai – comme le soulignait Platon – que le savoir a le pouvoir de nous rendre libre. « Par la connaissance, je sors et du mal et de l’ignorance – le mal étant d’ailleurs la conséquence de l’ignorance » - insiste Isabelle Prêtre qui s’applique, à travers ses divers chapitres, à amplifier notre champ d'investigation et à initier la jeunesse à l'esprit de synthèse.

 

 

Son souci est d'inciter chacun de ses lecteurs à vivre mieux et à poser sur le monde un regard plus affûté, plus perspicace, sans oublier d’aborder la question de Dieu et de la foi et de réunir ainsi tous les possibles. En sa compagnie, nous nous approchons de la pensée des plus grands philosophes, nous comprenons comment et de quelle façon ils ont conduit leurs méditations, ce qui les a motivés, convaincus, ce qu’ils ont apporté à la pensée universelle, comment leurs lumières ont éclairé l’humanité. C'est un parcours merveilleux qu’elle nous propose de partager et qu’elle mène d’une plume avisée, jamais pesante, subtile, honnête, chaleureuse qui comble l’esprit et souvent console le cœur, ou du moins le rassure.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

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Isabelle Prêtre, philosophe, auteur de plus d'une vingtaine d'ouvrages.

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27 juin 2016 1 27 /06 /juin /2016 07:50
Le dieu du tourment de Hugo Ehrhard

Olivier Busnel est devenu un homme d’affaires odieux, pur produit d'une mondialisation complètement déshumanisée, intéressée par les seuls profits, mais aussi l’adulte qu’il ne pouvait qu’être après l’enfance qu’il a subie. Un roman puissant sur le pouvoir et son exercice dans le monde actuel.

 

 

Le dieu du tourment

Hugo Ehrhard (1977 - ….)

 

 

Dans ce texte, Hugo Ehrhard dresse le portrait bien peu flatteur d’un cadre supérieur possédant un pouvoir décisif dans la gestion de l’entreprise qui l’emploie et un pouvoir encore plus déterminant sur les gens qui travaillent dans cette entreprise. C’est à la fois le portrait d’un homme marqué à jamais par un événement dramatique qu’il a vécu durant son enfance et le portrait de très nombreux dirigeants qui se croient investis du sort de leur entreprise, prêts à tuer père et mère, collaborateurs et employés, pour assurer leur pouvoir, satisfaire leur égo et exercer leur raison d’être dans l’entreprise qu’ils dirigent.

 

Faisant fi de la plus élémentaire chronologie, Hugo Ehrhard raconte en vingt-huit scènes et autant de chapitres les étapes décisives de la vie d’Olivier Busnel, directeur ou PDG, il n’est pas très aisé de déterminer le niveau exact auquel il évolue, mais il est sûr qu’il gagne beaucoup d’argent, qu’il mène un train de vie à l’échelle de la mondialisation, qu’il possède un pouvoir pratiquement sans borne au sein de cette entreprise. Ces tranches de vie montrent un jeune homme débauché, fêtard, buveur, hâbleur, méprisant, imbu de sa personne qui séduit la fille qui semblait la moins encline à épouser cet être cynique et irrespectueux. Il grimpe rapidement les échelons de la hiérarchie, devient un personnage important, fréquente les palaces, les lieux de luxure, mais il ne trompe jamais sa femme, il ne le peut pas, il l’aime trop pour la tromper même si leur mariage est stérile, il ne veut pas prendre le risque de procréer. Il éprouve un blocage irréversible, il se contente de fuir dans l’ivrognerie la plus sordide qu’il aggrave avec la prise de drogues de toutes sortes. Il avait juré fidélité à sa  femme mais un soir, à l’autre bout du monde, une marchande de sexe l’a embarqué dans une aventure dont il n’a même pas gardé le souvenir. Il se sent le félon qui a rompu le pacte et un beau jour sa femme disparait, personne ne sait où elle est passée. La famille, les amis, les compagnons de beuverie s’interrogent, Olivier ne dit rien, il descend de plus en plus profondément dans la déchéance alcoolique et le lecteur devra attendre l’extrême fin du roman pour comprendre l’histoire réelle de ce couple mal assorti.

 

Comme je l’ai dit plus haut, il y a deux livres dans ce roman : l’histoire d’un gamin marqué à jamais par un fait divers hélas trop fréquent encore aujourd’hui et l’histoire d’un cadre supérieur qui n’arrive pas à oublier son histoire personnelle en dirigeant son entreprise. Olivier Busnel sait qu’il est marqué à vie et il en veut à la société avec laquelle il voudrait régler le compte qui l’a entraîné dans l’ornière. Il sait qu’il est abominable mais il est convaincu que ce n’est pas de sa faute. « … il ne restera rien d'autre de moi qu’une somme de mépris et de crainte. C’est logique, j’ai passé ma vie à me comporter comme un enculé, pardon, un idiot tyrannique. Dès que j’ai compris que la solution à n’importe quel problème était le cynisme. On vit dans un monde entièrement bâti autour de cette religion, un monde idéal pour un type aussi impatient que moi ».

 

On sent bien aussi à travers cette lecture la hargne d’Hugo Ehrhard à l’endroit de ceux qui profitent de la mondialisation, comme Olivier Busnel, dans le but d’instaurer un pouvoir quasi dictatorial au détriment de l’ensemble des populations, surtout des plus démunies. Busnel semble le parfait alibi pour dénoncer ces profiteurs cyniques sans foi ni vertu. « …on vit à l’époque de l’obscénité totale, n’importe qui jacte sur n’importe quoi, 24 heures sur 24, plus aucune autorité ne régule la parole de personne, et ces sujets restent tout de même tabous. Pas parce que la loi le punit, mais parce que personne n’est capable de les représenter. Même le gigantesque monstre de voyeurisme que nous sommes devenus refoule ces atrocités-là. Alors qu’elles existent…. »

 

Dans ce texte surpuissant, qu’il faut lire avec attention, les chapitres sont datés de 1986 à 2012 mais ne respectent en rien la chronologie, il vaut mieux suivre l’évolution de l’ivrognerie du héros pour se repérer dans le temps, Hugo Ehrhard laisse une large place aux angoisses, phobies, frayeurs de l’enfance qui hantent la vie des adultes jusqu’à les pousser vers les pires extrémités. « Moi, c’est plutôt ce que je connais qui me fait peur. Quand j’étais tout gamin, j’avais peur des zombies, des vampires. Des monstres, quoi. J’ai très vite compris que les monstres existent : ils sont parmi nous…. »

 

Denis BILLAMBOZ

 

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24 juin 2016 5 24 /06 /juin /2016 09:23
Retour à la plage

Soleil au zénith. L’heure des vacances approche. Après la pluie, le soudain retour du beau temps a convaincu parents et enfants de descendre à la plage. Elle est là, déroulée sous leurs yeux, avec ses flaques de lumière, ses jeux d’ombre, son sable irradié de mille et un cristaux, ses coquillages échoués qui  forment comme un collier de nacre et invitent au farniente.

 

 

On a osé le maillot de bain malgré la pâleur de la peau, le seau et la pelle pour les premiers  châteaux de sable, on a avancé un pied timide et une cheville pour tâter de la température de l’eau, apporté  le goûter afin de rassasier les appétits de l’après-midi attisés par les heures au grand air. Les chiens s’ébattent eux aussi, courent à perdre haleine le long de la vague qui s’essouffle avec un petit bruit de bouche.

 

 

Tout est en place. Le décor du bel azur est planté. Rien ne manque. Même le parasol, même la tente miniature contre l’éventuel vent coulis, même la chaise pliante pour lire tout en dorant sur tranche. Il semble, en contemplant ce spectacle, que l’hiver, le printemps pluvieux se soient effacés, que l’été prend allégrement la relève comme si rien ne s’interposait … dans l’entre-temps. Celui-ci a la faculté de se remonter ou de se descendre, je parle du temps si malléable, au point d'être parfois imaginaire. C’était, voyons !-  il y a quelques jours, quelques mois, n’est-ce pas, l’hier grisailleux et déprimant ? Aujourd’hui, l’oubli est de rigueur car il fait bon, il fait doux et les paysages ont retrouvé leurs belles couleurs festives. On croit à nouveau à la douceur des choses. Tout s’efface de celles que l’on a tant de plaisir à reléguer dans le grenier de l’oubli.

 

 

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23 juin 2016 4 23 /06 /juin /2016 07:49
Faisons un rêve...

 

J'ai fait un rêve un matin en voyant se lever le soleil sur la mer, un soleil beau comme le visage du bonheur ou de l'amour, le rêve d'une France enfin revenue de ses trop longs hivers, délivrée de ses tabous et de ses peurs, France chantée par ses poètes, pleurée par ses exilés, convoitée, célébrée, saluée aujourd'hui par les femmes et hommes politiques comme un pays où il fait bon vivre. Fini "l'hexagone", cette appellation froide et impersonnelle dans laquelle aucun Français ne se reconnaît et qui sollicite si peu l'imaginaire et l'allégresse, mais vive la France, petit pays par sa superficie mais grande nation par ses valeurs, ses combats, ses actions. Certes au cours de sa longue histoire, elle a tour à tour inspiré les plus grandes espérances et causé les plus amères désillusions. Sans doute, parce que malgré ses mérites, elle souffre d'une faiblesse : sa propension à se diviser, à s'auto - critiquer, à ne point trop s'aimer. Oui, aujourd'hui, comme hier, comme demain, faisons le rêve d'une France réconciliée avec elle-même, ayant, sous un ciel sans partage, remisé ses discordes, chassé ses démons, repris goût à son passé ; faisons le rêve d'une France animée par un projet, gagnée par un idéal, soulevée par une ferveur, emportée par une espérance.



La France si belle et diverse, c'est tout à la fois ses villages, ses paysages, sa cuisine, ses vins, le labeur de ses hommes, le savoir-faire de ses petites gens, le génie de ses artistes, de ses architectes, de ses maîtres d'oeuvre, l'audace de ses chefs et de ses héros. Si elle s'estompe parfois dans le coeur des princes qui la gouvernent, dans les moeurs, les cultes, les idées et les amours, il n'est pas question pour nous de l'embaumer et de la conduire au cimetière des beautés disparues. Mais de la faire renaître de sa froidure et de ses ombres comme le printemps de l'hiver, l'aube de la nuit, la flamme de la cendre  incandescente.



Nous ne pouvons ignorer qu'une salutaire pérennité est accordée aux nations dont les fils souhaitent la survie... Et nombre d'entre nous, laboureurs et bâtisseurs, cadres et ouvriers, célèbres et inconnus, le voulons et le pouvons. Alors faisons ce rêve d'une société réconciliée, d'une conscience d'appartenance partagée et vécue comme une valeur suprême. Pour avoir traversé tant de crépuscules, la France sait ce que signifie le renouveau, ce qu'est le lieu choisi pour faire halte et se reconnaître, car que serait une société universelle qui n'aurait point de pays particulier ? Oui, ce matin, faisons un rêve...

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

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