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20 juin 2016 1 20 /06 /juin /2016 07:59
Tant et tant de chevaux de Luiz Ruffato

Un portait décapant, d’une violence inouïe, de la mégapole inhumaine qu’est devenue Sao Paolo, dans un texte aussi déstructuré que la société qui peuple cette ville.

 

 

Tant et tant de chevaux

Luiz Rufato (1961 - ….)

 

 

En entrant dans de ce livre, j’ai eu une drôle d’impression : celle de voir un documentaire sans commentaire, un documentaire filmé par une caméra embarquée dans un véhicule qui se baladerait dans une immense mégapole surpeuplée au point d’en être déshumanisée. Sao Paulo, 9 mai 2000, Luiz Ruffato lâche sur la feuille sa plume qui dévale la ville comme un bolide, dressant avec des mots-images des portraits d’une saisissante vérité, des portraits qui expriment la violence, la misère, l’horreur qui règnent sur la mégapole, des scènes atroces, cruelles, révoltantes,… des morceaux de vie d’individus représentatifs de cette masse grouillante, suante, ahanante à la recherche de quoi vivre, respirer, espérer encore un peu ou croulant sous une richesse mal acquise.

 

Dans une ambiance qui semble inspirée de « Pixotte », Luiz Ruffato propose aux lecteurs sa vision de Sao Paulo, la ville gigantesque, trop grande pour être encore humaine, trop vaste pour permettre à chacun de vivre dignement. Afin de rendre son témoignage plus crédible, il construit son texte comme la cité est érigée : de bric et de broc, de morceaux hétéroclites : textes sans ponctuation ni paragraphe, textes classiques, listes de mots, prose en vers, etc.…  Chaque chapitre d'une ou deux pages est différent du précédent et du suivant, chacun d'eux raconte un bout d’histoire, le plus souvent une tranche de misère.

 

Une expérience littéraire, une aventure dans un monde barbare, déliquescent, dégénéré, apocalyptique. Un cri d’alarme lancé à la face du monde pour dire qu’une ville se meurt, qu’un peuple est sur le point de disparaître, que l’humanité est en danger, qu’elle pourrait se désagréger comme le texte de Ruffato qui s’éparpille en morceaux incohérents, épars, incapables de former un document correctement formaté. Une performance littéraire, des images saisissantes :

 

 « …

Je l’ai dit  le crâne est un sacré bonhomme

L’autre jour le crâne a été bloqué à l’entrée de la favela

La police militaire faisait une descente

Lui a demandé de présenter ses papiers

L’emmerde il n’avait même pas sa carte d’identité

La police lui a ordonné de se coucher sur le sol dégueu

La figure dans la rigole qui sert d’égout

Ensuite ils l’ont jeté dans le fourgon et ont disparu

Dans cette sao paulo immense

Ils l’ont tabassé torturé

Mis en piteux état lui le crâne

Maintenant je vais à la baraque prendre mon glock chez le crâne

… »

 

Denis BILLAMBOZ

 

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15 juin 2016 3 15 /06 /juin /2016 07:40
"Marcel Proust, une vie à s'écrire" de Jérôme Picon

En recevant ce livre, j’avoue avoir eu, devant les 600 pages qui attendaient ma lecture, un bref mouvement de recul. Allais-je me lancer dans cette énième biographie chargée, comme les précédentes, de nous mettre en relation plus intime avec l’écrivain qu’avec nous-même, tant notre mémoire cède trop souvent aux voluptés de l’oubli, contrairement à celle des biographes. C’est donc prudemment que j’ai tâté le terrain, m’aventurant avec réticence dans « Marcel Proust, une vie à s’écrire » et séduite d’emblée, je l’avoue, par le savoir-faire de Jérôme Picon qui appréhende Proust selon un angle inédit, celui où il devient en quelque sorte son propre analyste, méthode qui a achevé de réduire à néant mes a priori. Le support de son travail n’étant autre que la correspondance de l’écrivain qui, jour après jour, nous met en contact avec les multiples facettes des personnalités diverses qui sommeillaient en lui et ont donné corps à son œuvre ( le seul corps que Proust ait pleinement occupé ) comme une suite de naissances successives. Certes, sa correspondance n’avait pas été sans nourrir ses prédécesseurs, mais Picon en fait le canevas exclusif de sa longue et pénétrante étude que le titre s'emploie à invoquer : le roman proustien ne fait en définitif que re -écrire l’existence de l’auteur. Si bien qu'un autre titre aurait pu également le définir : « A la recherche du moi perdu ». Ou encore : « A la recherche des moi (s) multiples ».

 

 

Proust ne met-il pas un peu de lui-même en chacun de ses personnages ? Et le lire, n’est-ce pas l’entendre se parler, mieux, le surprendre à s’écrire ? Il semble que le jeune homme d'abord, puis l’adulte se sont essentiellement consacrés à saisir l’être dans les diverses phases de son évolution, à scruter le mystère profond qu’inspire notre nature obscure, incertaine et insatisfaite. S’appuyant sur les témoignages quasi quotidiens des lettres, brouillons et notes, certains encore inédits, Picon est parvenu à réussir le tour de force de nous rendre l’écrivain dans l’instantané de la création littéraire, le mouvement de vie qui l’anime et l’a incité à préférer le fictif au réel parce que la transposition a ceci de supérieur, elle s’inscrit dans une démarche artistique et intemporelle. Ce que l’on découvre, dans cet ouvrage, est un homme aux prises avec les innombrables complexités de l'individu et, en premier lieu, les siennes.

 

 

Dès le début, on sait que l’on entre non dans une confession mais dans une quête, une longue suite d’expériences qui aboutira à la révélation ultime : l’œuvre est plus importante que la vie, bien que la vie ne cesse de l’alimenter. Toute œuvre d’art se doit de puiser en elle-même ses lois et sa raison ; n’est-il pas évident que la littérature est la plus complète expression de la vie ? Ce long monologue – certaines lettres n’ayant pas de destinataire, Proust parait s’écrire à lui-même – est une évidente immersion en soi qui structure le roman en gestation, l’abreuve et l’édifie, et constitue une revanche sur trop d’années passées à se disperser. En quelque sorte, Marcel Proust se déconstruit pour construire son livre et utilise les matériaux de cette déconstruction à bon escient, appréhendant l’autre moi au fond de lui-même et cédant à la tentation de peindre en l’autre ce qui, en lui, l’inquiète et l’interroge.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

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13 juin 2016 1 13 /06 /juin /2016 07:54
L'or de Blaise Cendrars

Dans ce court roman, Blaise Cendrars raconte la malédiction qui s’est abattue sur son compatriote suisse Johann August Suter après qu’un de ses employés a découvert de l’or en creusant les fondations d’une scierie sur son immense domaine.

 

 

                                                                L’or

                                     Blaise Cendrars (1887 – 1961)

 

 

Sous la plume de Blaise Cendrars, « L’or » c’est l’histoire d’une malédiction, celle infligée à son compatriote Johann August Suter émigré en Californie où il a construit une immense fortune, totalement détruite par la découverte sur ses terres, en janvier 1848, des premières pépites d’or de Californie. « La merveilleuse histoire du Général Johann August Suter » comme il a sous-titré cette biographie, écrite sous forme d'un roman d’aventure, d’une épopée dans l’Ouest américain, pourrait figurer aux côtés des nouvelles écrites au début du siècle dernier par Jack London et publiées dans le fameux recueil « La ruée vers l’or ». Jack London est probablement né sur un des terrains revendiqués, tout au long de sa vieillesse, par Johann Suter. L’or semble avoir relié les deux personnages mais ce n’est pas étonnant puisque London est né à San Francisco quelques années avant que Suter décède, seulement quelques années après qu’il a quitté la Californie pour la côte Est.

 

Johann August Suter, issu d’une famille de la bourgeoisie industrieuse et commerçante suisse de la région bâloise, fait de mauvaises affaires, plaque tout, famille et créanciers, pour partir à la découverte de l’Amérique où il ne sera pas poursuivi. Il entreprend  d’abord un long périple à pieds par la Franche-Comté et la Bourgogne avant de rejoindre Paris par le coche. Il ne s’y arrête pas longtemps, file vers Le Havre où il embarque pour New-York. Une fois arrivé, il exerce mille métiers et connait mille misères, sans compter qu’il trempe dans autant de carambouilles pour autant de misères. Il comprend  bientôt  que l’avenir est à l’Ouest, s’installe un premier temps dans le Missouri où il écoute attentivement ceux qui en reviennent et comprend tout aussi vite qu’au-delà des grandes montagnes il y a un pays à conquérir. C’est alors qu’il entreprend une nouvelle expédition vers Vancouver d’où il gagne Honolulu, puis les Aléoutiennes, et enfin San Francisco qui n’est alors qu’une minuscule bourgade.

 

Arrivé sur sa terre promise, il travaille très fort, se hasarde beaucoup, et tente de nombreuses innovations en commerçant avec les Russes, les Chinois et ceux qui traversent le Pacifique, il a même l’idée de faire venir des Canaques à la place des Noirs qui coûtent trop chers à importer d’Afrique en Californie. Son sens politique avisé lui permet d’éviter les embûches des guerres entre les Espagnols et les Américains et d’obtenir des territoires importants en rendant service au pouvoir local dans la lutte contre les Indiens. Il construit ainsi un immense empire où il implante des fermes et des établissements pour la transformation de ses productions. Vers le milieu du XIXe siècle, il est devenu l’un des premiers géants de l‘économie américaine avant qu’apparaissent ceux de l’automobile, du pétrole, etc… Il est à la tête d’un énorme trust qui intègre la filière agricole de la production au négoce. Il possède la quasi-totalité de la Haute Californie.

 

Mais ce bel empire va s’effondrer irrémédiablement quand un de ses forgerons, James Marshall, découvre des pépites d’or en creusant les fondations d’une scierie. Les ouvriers vont déserter, un flot énorme de chercheurs d’or va déferler sur ses territoires, volant tout, cassant tout, emportant tout… Il se relève, rechute, conteste, devient quasiment fou, espérant toujours justice pour  ce dont il a été spolié, soit la quasi-totalité de l’emprise foncière de la ville de San Francisco.

 

Ce livre, c’est l’origine de la ruée vers l’or, l’histoire de la naissance de l’Etat de Californie, de la fondation de San Francisco, l’épopée extraordinaire d’un pauvre Suisse failli mais surtout l’histoire d’une malédiction, de la malédiction de l’or qui rend fou aussi bien le vieux Suter, qui croit posséder une part de tout l’or trouvé ou à trouver en Californie, que son forgeron qui voit de l’or partout depuis qu’il a ramassé les premières pépites. Cendrars est allé au-delà de l’épopée, la folie le hantait, il l’a trouvée dans cette aventure où il a inséré une forme de morale : la fortune mal acquise rend malade et condamne ceux qui en profitent.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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10 juin 2016 5 10 /06 /juin /2016 08:05

SYLVAI-1.JPG    


 

Aujourd'hui un film sort en salles avec, dans le rôle de l'écrivain aventurier, Raphaël Personnaz et, derrière la caméra, la cinéaste Safy Nabbou. Je pense que le film mérite d'être vu comme le livre mérite infiniment d'être lu. Retour à la nature dans ce qu'elle a de plus authentique et de plus exigeant.

 

Les lecteurs potentiels qui ne peuvent se passer d'une ambiance et d'un environnement urbain se sentiront sans doute quelque peu dépaysés en pénétrant dans les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson, ce journal d'un Robinson volontaire qui, à la veille de ses quarante ans et après moults aventures vécues à travers le monde, ressentit l'appel de la forêt et le désir de vivre six mois loin des hommes, afin de prendre la mesure de lui-même et de s'assurer qu'il pouvait trouver en lui matière à subsister.

 

" Habiter joyeusement des clairières sauvages vaut mieux que de dépérir en ville". La profession de foi est ainsi déclinée dès les premières pages. Et qu'emporte-t-il notre écrivain pour cette traversée du désert intérieur, à la pointe du cap des Cèdres, sur les rives du lac Baïkal : des livres ( 67 au total ), des cigares et de la vodka ? " Le reste, écrit-il, l'espace, le silence et la solitude, était déjà là ". "Dans ce désert - ajoute-t-il - je me suis inventé une vie sobre et belle, j'ai vécu une existence resserrée autour de gestes simples. J'ai regardé les jours passer, face au lac et à la forêt. J'ai coupé du bois, pêché mon dîner, beaucoup lu, marché dans les montagnes et bu de la vodka, à la fenêtre. La cabane était un poste d'observation idéal pour capter les tressaillements de la nature. J'ai connu l'hiver et le printemps, le bonheur et le désespoir et, finalement, la paix." Le début de la sagesse, en quelque sorte, mais une sagesse chèrement acquise, car " si la liberté existe toujours, il faut en payer le prix" - affirmait, non sans raison, Henry de Montherlant. Une sagesse qui exigera beaucoup de Sylvain Tesson, non seulement de la force mentale mais des efforts physiques et de la résistance, afin de venir à bout de 24 semaines loin de tout, dans un environnement peu clément aux êtres aussi civilisés que lui." Vivre seul entre quatre murs de bois - avoue-t-il - rend modeste ". Et c'est en effet un sentiment de modestie que dispense, dans un premier temps, cette existence qui a le mérite de vous réduire à vos seules frontières intimes. Comme le petit prince sur sa planète, Sylvain va devenir l'ami des mésanges - " car l'ermite s'interdit toute brutalité à l'égard de son environnement. C'est le syndrome de saint François d'Assise. Le saint parle à ses frères oiseaux, Bouddha caresse l'éléphant enragé, saint Séraphin de Sarov les ours bruns, et Rousseau cherche consolation dans l'herborisation ". Alors qu'un monde obsédé par l'image, comme le nôtre, se refuse à goûter "aux mystérieuses émanations de la vie". L'ermite, étant seul face à la nature, demeure fatalement l'unique contemplateur du réel et "porte le fardeau de la représentation du monde, de sa révélation au regard humain". A travers ces lignes, l'auteur nous rend compte d'un voyage qui est d'abord et avant tout une traversée de soi-même, un pèlerinage au coeur de ses doutes et de ses aspirations qui condamne à ne se nourrir que de sa propre substance. Si l'homme civil veut que les autres soient contents de lui, le solitaire est forcé de l'être de lui-même, sinon sa vie est insupportable. D'où cette astreinte au devoir de vertu. Plutôt que de vouloir agir sur le monde, laisser le monde agir sur vous. Renversement des perspectives et des diktats de la vie sociétale. En s'isolant dans une cabane à mille lieux de toute habitation, on disparaît obligatoirement des écrans de contrôle, on s'efface dans le murmure du vent, de la prière ou des livres.

 

Mais ce n'est pas tant d'abnégation que Sylvain Tesson a besoin. Il n'est pas un moine qui aurait mis ses pas dans ceux de saint Antoine ou de saint Pacôme. Non, l'ermite des taïgas qu'il s'est voulu pour six longs mois est davantage un forestier qui veille à se tenir aux antipodes des renoncements. Si le mystique tente de disparaître du monde, l'homme des bois, amoureux de la vie sauvage, veut se réconcilier avec lui. Il a le goût de la beauté, de l'ordre des choses et, à l'occasion, de la vodka.

"Les voyageurs pressés ont besoin de changement. Ils ne trouvent pas suffisant le spectacle d'une tache de soleil sur un talus sablonneux. Leur place est dans un train, devant la télévision, mais pas dans une cabane. Finalement, avec la vodka, l'ours et les tempêtes, le syndrome de Stendhal, suffocation devant la beauté, est le seul danger qui menace l'ermite".

J'aime ces notations avec lesquelles l'écrivain-voyageur rythme son récit, ses coups de griffe, ses enthousiasmes, ses mélancolies, ses fulgurances qu'il dispense de son écriture de poète : " Le soir, je fais du pain. Je pétris longtemps la pâte". Cette simplicité des mots pour exprimer les gestes les plus humbles sonne comme une cloche de monastère dans le silence des mots qu'il nous plaît d'expérimenter parfois.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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L'affiche du film

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8 juin 2016 3 08 /06 /juin /2016 08:09

papillon-dans-des-fleurs-jaunes-t2

 

Chaque saison a cela de précieux qu'elle apporte avec elle ses singularités, si bien que nos préoccupations changent à l'égal de nos paysages et de nos humeurs.

 

Il brille, le sauvage Été,
La poitrine pleine de roses.
Il brûle tout, hommes et choses,
Dans sa placide cruauté.

Il met le désir effronté
Sur les jeunes lèvres décloses ;
Il brille, le sauvage Été,
La poitrine pleine de roses.

Roi superbe, il plane irrité
Dans des splendeurs d'apothéoses
Sur les horizons grandioses ;
Fauve dans la blanche clarté,
Il brille, le sauvage Été.

                                         
Théodore de Banville   (1823 - 1891)

 

 

Comment décrire ce mois des roses et des coquelicots qui nous introduit dans le flamboyant été ? Du printemps, il n'a déjà plus les teintes juvéniles et les floraisons évanescentes ; de l'été, pas encore les chaleurs accablantes et les parfums capiteux, mais les jours s'y alanguissent, les attentes s'y font impatientes, les crépuscules fatals. On l'aime d'être le passeur entre deux rives, de nous conduire au solstice à pas de géant, de clore le calendrier des lycéens et des étudiants. Avec lui se boucle chaque année une époque, un temps. Aussi est-ce un mois qui compte, ne serait-ce que parce qu'inévitablement il nous oblige à des bilans. Bilan physique, intellectuel, moral, tout y passe : suis-je en bonne condition pour affronter l'été ? Où mes pas me mèneront-ils à la rentrée ? Demain, pour les vacances du bel azur, quel projet de voyage, quelles vélléités d'évasion ?

 

 

Oui, on apprécie le mois de juin pour les interrogations qu'il suscite, les lumières qu'il dispense, les doutes - parfois même les craintes - qu'il provoque, les promesses qu'il suggère. On l'aime d'être à l'extrême, avec son jour le plus long et ses ténèbres les plus courtes. Ainsi le considère-t-on volontiers comme joyeux et insensé, dispendieux et provocateur. Et, il est vrai qu'en juin, il nous plaît de tout promettre et de tout espérer. Dormir, se reposer paraissent indécents. Juin, c'est l'obligation de vivre impérieusement, de ne point se contraindre ; c'est déjà l'avant-goût des jubilations de juillet et des prodigalités d'août, avant que le sage septembre ne nous prépare aux retenues de l'automne et aux gravités de l'hiver.

 

 

Mon coeur, rappelle-toi

la beauté, la vigueur de nos jeunes saisons,

quand l'alouette chantait au-dessus des moissons,

que la source jaillissait dans un éclat de jaspe.

La maison se laurait de vignes et de lierre

et les roses trémières rosissaient son fronton.

 

Extraits du "Chant de Malabata"*

 


Fête de la musique, feux de la Saint-Jean, Juin traverse le temps  en apothéose. Il est le point d'orgue d'une année qui nous façonne selon le rythme compulsif de ses saisons et qui, soudain, semble lâcher prise. Juin des rendez-vous donnés ou manqués, des attentes fébriles, des fiévreux crépuscules, des roses aurores et des lueurs veillées à l'avant-poste estival.

 

 

* Armelle Barguillet Hauteloire - "Profil de la Nuit"

 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

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Humeur de Juin
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1 juin 2016 3 01 /06 /juin /2016 07:33
Jacques-Emile Blanche et Jean Helleu (enfant)
Jacques-Emile Blanche et Jean Helleu (enfant)

Jacques-Emile Blanche et Jean Helleu (enfant)

Dans le cadre «Normandie impressionniste», Deauville consacre au peintre Jacques-Emile Blanche une exposition de ses portraits les plus célèbres, prêtés, pour l’occasion, par le musée de Rouen. Grâce à eux, Blanche nous offre un aperçu de la vie intellectuelle et artistique de la Belle Epoque.  Cela, jusqu’au 18 septembre 2016.

 

Jacques-Emile Blanche est né le 31 janvier 1861 dans une famille de médecins aliénistes. Son grand-père, Esprit Blanche, avait fondé la maison de santé de Passy, très réputée, que son fils Antoine Blanche (1820–1893) continuera de diriger. Experts médico-légal, les docteurs Blanche soignaient les célébrités de leur temps comme le musicien Fromentin Halévy, le poète Gérard de Nerval et Guy de Maupassant qui finira ses jours dans leur clinique. La famille Blanche habitait rue de la Source à Auteuil une villa voisine de celle de Louis Weil, l’oncle de Marcel Proust, maison où l’écrivain naquit d’ailleurs et passa de nombreux séjours. Les deux familles se fréquentaient. Jacques-Emile est par conséquent un riche héritier et a déjà un pied dans cette vie mondaine à laquelle il s'initie dès l’adolescence et conduit avec élégance ; il en tirera la matière des quelques 1500 portraits qu’il réalisera au cours de sa carrière. Mais son œuvre ne se circonscrit nullement dans le cadre étroit d’une simple chronique mondaine, elle est de par sa qualité une œuvre dans toute l’exception du terme, celle d’un artiste qui sait capter, comme le fera Proust avec sa plume, le moi profond et le mystère inhérent à chacun de ses modèles. Et ils seront nombreux.

 

 

Elève de Gervex et Humbert, Jacques-Emile a hésité un moment entre la musique et la peinture. Il est vrai que son père recevait de nombreux musiciens comme Gounod, Berlioz, Bizet et que le jeune homme fut très tôt un excellent pianiste. Mais l’amour de la peinture sera le plus fort et son admiration pour Manet et Whistler une probable incitation à opter pour le pinceau plutôt que pour le clavier. Blanche va très vite se spécialiser dans le portrait : «  Je ne suis qu’un portraitiste qui raconte ce qu’il voit » - dira-t-il. Il connaitra la célébrité en réalisant le portrait de Marcel Proust (celui du musée d’Orsay) dont l’ébauche avait été faite en 1891 au manoir des Frémonts, sur les hauteurs de Trouville, où le peintre et le futur écrivain  étaient les invités d’Arthur Baignières. Par la suite, Blanche fixera sur la toile les visages des personnalités les plus emblématiques de son temps : Montesquiou, Henri de Régnier, Anna de Noailles, André Gide, Jean Cocteau, Maurice Barrès, Henri de Montherlant, Mauriac, Stravinski, Bergson et quelques autres. Sa sensibilité s’exprimera également dans le pastel qu’il utilise avec virtuosité, notamment dans ses portraits de femme dont le très beau qu’il consacrera à sa mère et qui est présent à l’exposition de Deauville. De même que le délicieux portrait du fils de Paul-César Helleu, autre peintre qui résidait souvent sur son yacht à Deauville. Ce portrait de Jean Helleu enfant, en habit de pierrot, est d’une facture particulièrement délicate et figure lui aussi à l’exposition de Deauville.

 

 

Jacques-Emile Blanche sera également un écrivain et un critique d’art avisé. Dans son ouvrage « Propos de peintre – de David à Degas », il rend compte et exalte les œuvres de ses contemporains et prédécesseurs d’une plume alerte et éprouvée. Marcel Proust, qui rédigera la préface, ne partageait pas son point de vue, considérant que l’œuvre est toujours supérieure à son auteur et ne l’explique nullement, si bien qu’il ne craindra pas de le contredire sur ce point précis  : «  Le défaut de Jacques Blanche critique, comme Sainte-Beuve, c’est de refaire l’inverse du trajet qu’accomplit l’artiste pour se réaliser, c’est d’expliquer le Fantin ou le Manet véritable, celui que l’on ne trouve que dans leur œuvre, à l’aide de l’homme périssable, pareil à ses contemporains, pétri de défauts, auquel une âme originale était enchaînée, et contre lequel elle protestait, dont elle essayait de se séparer, de se délivrer par le travail. » Tous deux se connaissaient bien et fréquentaient les mêmes salons, particulièrement celui de Madame Straus, née Halévy, et épouse en premières noces de Georges Bizet, qui aimait à poursuivre son salon de Paris à Trouville où, après avoir loué plusieurs années le manoir de « La Cour-Brûlée » à Madame Aubernon, fit construire le sien tout à côté : le Manoir des Mûriers ». Proust ira à plusieurs reprises la visiter, ainsi que Helleu, Blanche, Maupassant, Fauré … Blanche sera élu à l’Académie des Beaux-Arts en 1935.

 

Pour écouter la très intéressante causerie de Frédéric Mitterand sur "Jacques-Emile Blanche, critique d'art", cliquer  ICI

 

Comme Marcel Proust, le peintre aimait la Normandie, ses jardins, ses chemins creux, ses champs quadrillés de haies vives, ses clochers qui pointent à l’horizon, ses lointains de mer qui semblent absorbés par le ciel et ses gris qui se déclinent en de multiples nuances et donnent une gravité lumineuse aux paysages. Quittant les mondanités parisiennes, il appréciait cette communion harmonieuse et vivifiante avec la nature. Après avoir séjourné de 1896 à 1901 au château de Tout-la-Ville entre Deauville et Pont-L’Evêque, lui et sa femme Rose louèrent le manoir de Tôt à Offranville, en Seine-Maritime, où ils aimaient à poursuivre à la campagne leurs relations urbaines avec les personnes les plus en vue du monde littéraire, artistique et politique d’alors. Les frères Goncourt, qui n’avaient pas la plume tendre, s’amusaient à dire que Jacques Blanche était susceptible et cancanier. Il n’y a qu’à lire « La Recherche du Temps Perdu » pour savoir que les propos aigres-doux étaient en vogue et animaient bien des conversations. La Normandie sera donc pour Jacques-Emile Blanche un lieu d’ancrage privilégié. Aussi est-ce ces liens particuliers que l’exposition de Deauville s’emploie à évoquer et à perpétuer, en offrant à notre regard un ensemble de portraits qui nous assure que le temps … peut être retrouvé.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Quelques-unes des toiles présentes à l'exposition de Deauville
Quelques-unes des toiles présentes à l'exposition de Deauville
Quelques-unes des toiles présentes à l'exposition de Deauville
Quelques-unes des toiles présentes à l'exposition de Deauville
Quelques-unes des toiles présentes à l'exposition de Deauville
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Quelques-unes des toiles présentes à l'exposition de Deauville
Quelques-unes des toiles présentes à l'exposition de Deauville

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30 mai 2016 1 30 /05 /mai /2016 07:56
L'enfant de la haute mer de Jules Supervielle

J’ai choisi ce livre surtout par curiosité. Je connaissais Supervielle le poète, mais je ne savais pas qu’il avait écrit d’autres choses, notamment ce recueil de contes que l'éditeur considère plutôt comme des nouvelles fantastiques. Je suis du même avis. Aussi, voulais-je découvrir cette facette d'un écrivain dont la réputation n'est plus à faire. En changeant de genre littéraire, le maître n’a rien perdu de son talent et sa prose fleure bon la poésie qu’il a laissée à la postérité. Les huit petits textes fantastiques, qu’il livre dans cet ouvrage, évoquent des personnages ou des animaux qui évoluent souvent aux confins de la mort, en-deçà ou au-delà de la ligne imaginaire qui sépare le monde des vivants de celui des morts. Ils franchissent cette ligne fatidique ou l’on déjà franchie : il y a là  la petite fille que son père a tellement rêvée qu’il lui a donné vie, la petite fille noyée qui refuse de vivre dans le monde des noyés et s’évade dans les abysses, le bœuf de la crèche devenu trop vieux qui ne peut pas suivre Joseph, Marie et Jésus sur le dos de l’âne parce qu’il est trop vieux et trop faible, les ombres des anciens habitants de la terre, … un petit peuple sorti tout droit de l’imagination féconde de l’auteur et qu'il décrit avec une grande finesse dans des histoires qui évoquent « Le petit prince » et laissent penser que l’auteur était fort préoccupé par l’idée de la mort et de la vie éventuelle dans l’autre monde au moment où il a rédigé ces contes.

 

Je vous laisse juste cette phrase pour vous donner une idée de la beauté et de l’élégance des textes du poète, on frise la poésie en prose : « L’océan devenait vide et elle ne recevait d’autres visites que celles des étoiles filantes ».

 

Denis BILLAMBOZ

 

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L'enfant de la haute mer de Jules Supervielle
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28 mai 2016 6 28 /05 /mai /2016 08:39
Libre arbitre ou le moment du possible

Dans le déroulement d’une existence, l’exercice de la liberté ou du libre arbitre est un moment du possible où nous effectuons un acte qui ne dépend que de nous-même et de la seule force de notre volonté, en quelque sorte un moment où nous prenons notre propre mesure et agissons en fonction de notre détermination. Tant d’actes avortent par faiblesse de l’âme, nous faisant retomber dans le marécage des opinions en vogue, des entrainements naturels ou sociologiques,  le tourbillon des idées et des opinions dominantes. Si le temps permet tout, rien n’est définitivement assuré. En cet instant du possible où mon libre arbitre s’exerce pleinement, son efficacité ne peut résider que dans la réflexion. C’est en toute connaissance de cause que je me refuse à céder à l’humeur passagère ou à la pression de l’affectif et de l’émotionnel. "Dans l’existence, la raison ne se sépare pas de la liberté, elle est générosité" - assurait Descartes, tandis que Jacques de Bourbon-Busset la nommait « la raison ardente », l’ardeur étant l’élément de base indispensable dans tout acte de courage. Cette ardeur, qui nous transcende, s’oppose alors à la tentation de céder à la facilité, à l’abandon, au renoncement.

 

Le mythe d’Er – qui termine « La République » de Platon – a pour ambition d’exposer une vérité sur l’homme chez qui la raison ne semble pas en état d’opérer un ralliement. D'autant que ce que je veux n’est pas obligatoirement ce que … je peux. Il y a parfois une marge immense qui sépare le désir de ma volonté et la volonté de mon désir. Bien sûr, tout choix exige des renoncements et la personnalité de chacun est toujours plus complexe que les choix proposés. Par ailleurs, notre caractère fluctue avec le temps et les conditions environnantes. Il serait irréaliste de nier les données événementielles auxquelles nous avons à faire, et tout aussi irréaliste de nier la nature humaine. Cependant notre liberté autorise certains aménagements et il est évident que nous évoluons avec le temps et selon les circonstances qui s'offrent à nous. Mais la faiblesse ne sera jamais une excuse.

 

Ce n'est qu'en tant que personne, dans ma singularité propre, que je suis apte à faire des choix déterminants et à conduire ma vie en usant de mon libre arbitre et de mon discernement. Sur quoi repose la notion de libre arbitre ? Deux points de vue s’opposent qui traversent l’histoire de la philosophie et subissent bien des atermoiements et des variantes. Du point de vue de la personne, c’est-à-dire du point de vue de la conscience, nul ne peut décider à ma place ; même ne pas décider est une décision et la moindre action digne de ce nom m’engage. Ne serait-ce que pour une chose aussi simple que lever le bras, il faut que je le décide, tout au moins faut-il que je le pense et que je le réalise. Le libre arbitre engage assurément ma responsabilité. Cela fait-il du libre arbitre, et du contrôle qu’il exige, une donnée essentielle ? Est-il si évident que nous soyons en mesure d'exercer une censure sur nos pensées et nos émotions ? La plupart de nos actions ne sont-elles pas des réactions mécaniques qui répondent à des facteurs divers (émotions, préjugés, éventualités, hasards) que nous ne maîtrisons pas davantage ? Certes, je suis à l’origine de mes choix, mais ai-je choisi d’être ce que je suis ? Pour que nos actions soient vraiment les nôtres, il faudrait que nous puissions nous choisir nous-même et cela n'est pas possible ? Peut-on revendiquer un choix absolu de soi-même, me suis-je choisi moi-même ? Alors, comment me considérer comme libre ? A n’en pas douter, ce n’est que dans une perspective spirituelle que la liberté, ma liberté intérieure, apparaît la plus évidente car je suis libre d’être, libre de me définir en fonction de mes exigences intimes, libre de m’engager dans des actes conformes à mes convictions, libre de réfléchir, de juger, de penser, libre de croire. Et cette liberté-là, personne ne pourra m’en priver.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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25 mai 2016 3 25 /05 /mai /2016 08:28
Proust pour rire de Laure Hillerin

Madame Laure Hillerin a publié en 2014 un ouvrage « La comtesse Greffulhe, l’ombre des Guermantes » aux éditions Flammarion, véritable succès de librairie, nous contant la vie de cette aristocrate qui inspira à Marcel Proust sa princesse de Guermantes et, semblable à l’héroïne de « La Recherche », fut l’une des personnalités les plus en vue de son temps. Laure Hillerin nous revient aujourd’hui avec « Proust pour rire » toujours aux éditions Flammarion, un titre qui ne peut manquer de surprendre ceux qui n’ont pas encore osé le grand saut dans l’oeuvre de cet écrivain majeur du XXe siècle. « Proust  pour rire », quelle bonne idée que de choisir cette voie pour rendre plus attractif le projet d'immersion dans les 2408 pages qui composent le roman ! Il est vrai que « La Recherche » est constamment irradiée par le rire, Proust ayant posé sur la condition humaine et ses contemporains un regard auquel aucun de leurs ridicules n’a échappé. Oui, on rit énormément en compagnie de Marcel, on s’émerveille, on se gausse, on s’ébaudit, on s’étonne,on se gargarise, on s’amuse des tares de cette société, certes ancienne, et néanmoins toujours d’actualité, puisque l’auteur ne fait rien d’autre que de décrire l’homme tel qu’il est, fut et sera, l’homme éternel, raison pour laquelle son œuvre n’a pas pris une ride. N’a-t-il pas décrit ce qui relève de l’intemporel ? Voilà son secret, voilà sa force.

 

Les propos, qu’il place dans la bouche de ses nombreux personnages, nous pourrions les entendre de nos jours, pour peu que nous fréquentions les Cercles très fermés, très privés, comme le faisait Proust, et ayons l’oreille assez attentive pour surprendre l’étalage que ces narcissiques aéropages se plaisent à répandre de leur savoir et de leurs vanités. Les Guermantes existent toujours, relookés par la mode et les mœurs en vogue. Oui, ils sont tous là, et notre rire ne peut manquer d’être au rendez-vous que nous a fixé Laure Hillerin pour notre plus grand plaisir. Voici le docteur Brichot et son insupportable pédantisme ; Jupien qui ne sait jamais dire non à son protecteur le baron de Charlus ; Legrandin, un snob redoutable mais cultivé ; Françoise, la cuisinière, volontiers irascible et soupçonneuse ; Charlus doux et violent dans ses propos,  selon les circonstances ; Madame Verdurin qui règne  sans partage sur son salon et exclut toute personne suspectée d’indépendance d’esprit ; nul doute que nous puissions sans effort décliner la panoplie universelle des qualités et défauts de l’humanité, il ne manque pas un seul type d’individu à l’appel et pas un seul  travers à leur nature … Il y a du La Bruyère chez Proust. Laure Hillerin a choisi les extraits de dialogues et passages haut en couleur, un véritable florilège qu’elle restitue sans manquer de les situer avec finesse et intelligence dans les divers moments de l’oeuvre.

 

Si bien que l’on rit de bon cœur et que l’on fait une visite de « La Recherche » avec une guide éclairée qui s’emploie à nous réserver les plus agréables bonnes surprises de cette littérature d’exigence et de rigueur, tant les dialogues semblent avoir été enregistrés par une oreille qui en restitue jusqu’à la voix et au ton. Mémoire et discernement prodigieux d’un Proust aux aguets qui a éternisé la voix humaine dans son implacable authenticité.

 

Le néophyte sera, dès lors, initié de la manière la plus pédagogique qui soit, sans douleur et sans ennui, de façon festive, joyeuse, goûteuse, jubilatoire, tant les propos en question le sont, tant la comédie humaine sera toujours surprenante, désopilante, malveillante et salutaire pour notre bonne et mauvaise conscience. Il peut arriver que nous nous entendions nous-même, que tel ou tel nous imite, nous confonde dans nos  replis de pensée les plus secrets. Sait-on ?

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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23 mai 2016 1 23 /05 /mai /2016 07:49
La mort et la belle vie de Richard Hugo

 

Hugo, pas notre Victor national, Richard, né en 1923, considéré par certains comme le fondateur de la fameuse école de Missoula qui regroupe les écrivains du Montana, a troqué sa plume de poète pour celle de romancier afin d’écrire ce polar. Ce texte restera sa seule incursion dans la fiction, la mort l’emportera en 1982, à 59 ans, avant que le succès de ce roman l’incite à persévérer dans le genre.

 

Dans cet unique roman, Hugo met en scène « Al Barnes la Tendresse », un flic débonnaire et compréhensif qui n’aime pas rudoyer les jeunes à l’énergie débordante, et a quitté la police de Seattle après avoir été flingué par un vieux gangster roublard. Il a alors préféré s’installer à la campagne comme shérif-adjoint à Plains, dans le Montana. Un beau matin, la quiétude qu’il a trouvée dans ce trou perdu qu’il affectionne, est perturbée par la découverte d’un corps tailladé à coups de hache. Il doit enquêter sur ce meurtre et sur un second commis de la même manière. L’affaire est bientôt résolue, trop vite et trop facilement pour la Tendresse et son chérif qui reprennent leur recherche. Al Barnes repart en chasse, sa prospection le conduit alors dans le milieu des gens riches, trop riches de l’Oregon, et plus précisément à Portland, où ses investigations le plongent dans des histoires tordues,  perverses, sinueuses et particulièrement embrouillées. Le fil, qu’il déroule, le mène inexorablement, malgré les remarques de son  supérieur, vers un autre meurtre, commis vingt ans auparavant, qui pourrait être à l’origine de ceux qu’il essaie d’élucider. Son enquête réveille des démons ensommeillés depuis deux décennies et provoque une nouvelle vague de violence meurtrière que la Tendresse devra résoudre pour comprendre les meurtres commis sur son territoire.

 

Hugo n’aime pas les riches surtout lorsqu’ils sont pervers, menteurs, violents et même meurtriers, il ne cache pas ses opinions politiques, pas plus que son aversion pour les fortunes accumulées sans aucun mérite, acquises seulement par naissance, mariage ou autre combine. Il n’apprécie pas davantage les policiers flingueurs, tueurs expéditifs. Barnes la Tendresse est un flic sérieux, gentil et parfaitement incorruptible, il aime la nature, le Montana, surtout le petit coin où il vit avec sa nouvelle maîtresse et, tout comme Richard Hugo, la pêche.

 

Voilà un bon polar bien bâti, bien construit, haletant, quoique  un peu lent, avec une fin très adroite, même si les spécialistes du genre la pressentiront. Quant à moi, j’aurais été déçu que ce dernier rebondissement ne surgisse pas.
 

Denis Billamboz

 

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