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16 août 2017 3 16 /08 /août /2017 08:18

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                                                            Le ballon

 

 

1865 - 1925

 

D’origine suisse, Félix Vallotton est l'auteur d'une œuvre singulière qui reste aujourd’hui encore difficile à classer. Graveur, illustrateur, peintre, romancier prolifique, Vallotton s’est essayé à tous les arts avec talent et originalité. Il fut entre autre un formidable portraitiste mais, par ailleurs, un homme de contradiction, rebelle, sympathisant anarchiste et solide bourgeois, membre du mouvement nabi, solitaire impénitent et mélancolique. Marqué, dès l’enfance, par un fait  douloureux dont il fut sans doute accusé à tort,  la mort accidentelle d’un camarade de classe, il s’isola en lui-même et son abord fut toujours ombrageux et sarcastique. On s’en aperçoit dès le premier autoportrait qu’il réalise de lui à l’adolescence et où on le découvre muré et hostile, clos en lui-même comme si son attente ne pouvait être qu’intérieure. Il finira par se marier tardivement à une femme qui lui apportera une tendresse à laquelle il n’était pas habitué et sa fin de vie, vécue le plus souvent sur la côte normande, sera paisible et heureuse. «  Le ballon », est probablement son œuvre phare, significative d’une originalité qui l’éloigne de ses amis Bonnard et Vuillard par sa composition innovante, proche de la photographie.

 

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                              autoportraits adolescent puis adulte

 

 

Cette toile présente, en une vue plongeante, une enfant jouant au ballon dans un jardin public, tandis qu’au loin deux femmes devisent à l’ombre des arbres. L’œuvre a été inspirée d’une photo prise par le peintre en 1899 depuis  la maison de Thadée Natanson à Villeneuve-sur-Yonne, Thadée étant le cofondateur de la "Revue blanche" dont Vallotton fut l’illustrateur attitré de 1895 à 1902. La photographie participe en effet au processus créatif de Vallotton dans la mesure où il en exploite le langage spécifique, comme les cadrages audacieux et les contre-jours – explique Katia Poletti. L’enfant au chapeau est saisi dans un moment d’envol, à l’instant où, les bras tendus, il se lance derrière le ballon rouge qui lui a échappé et dont il tente de se saisir. Ce moment suspendu n’a pu être fixé que par un instantané photographique. Ainsi, en reproduisant ce mouvement, Vallotton a-t-il peint une allégorie du désir, de l’élan fébrile qui nous porte irrésistiblement vers ce qui nous échappe sans cesse.

 

Par ailleurs, la dualité des deux perspectives, celle de la lumière où évolue l’enfant et celle autre où les deux femmes se tiennent en retrait à l’arrière-plan selon une échelle réduite, exprime sans doute le mode d’existence différent qui existe entre le monde adulte et le monde de l’enfance, entre le peintre angoissé et la petite fille insouciante. Elle est accentuée  par le contraste de la lumière et de la couleur, l’une dans les blancs et ocres, l’autre dans les verts foncés. Le peintre, à l’aide des plans et des ombres, signifie que le monde des adultes est dangereux et agressif et que l’enfant s’empresse d’y échapper en s’éloignant de l’emprise dense et sombre de la nature qui projette sur le gravier ses formes menaçantes. Claude Arnaud, dans le catalogue de l’exposition, note que l’arc de cercle, qui divise la scène, évoque un globe terrestre avec une deuxième balle marron chargée de rappeler la lune ou le soleil et évoquant le tourbillon de la vie.

 

L’année 1899 marquera un tournant dans la carrière de l’artiste qui, de graveur, deviendra peintre. Malgré la dispersion du groupe des nabis, auquel il appartenait avec ses amis Vuillard et Bonnard, il organisera sa première exposition personnelle à la galerie Bernheim-Jeune, tandis qu’au salon d’automne 1905, il exposera sept de ses tableaux et fera la connaissance de Marquet avec lequel il partageait des concordances de mélancolie et le goût des grands aplats de couleurs.

 

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                                                Vallotton graveur

 

 

Travailleur opiniâtre et taciturne, Félix Vallotton a traité tous les genres avec des périodes dévolues tantôt aux paysages, tantôt aux portraits où il excelle, tantôt aux natures mortes ou aux nus, sans oublier ses impressionnantes compositions inspirées par la Première Guerre mondiale. A sa mort en 1925, ce peintre solitaire ne laissait pas moins de 1700 tableaux. Il semble qu’aujourd’hui on veuille réhabiliter un artiste trop longtemps incompris.

 

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28 juin 2017 3 28 /06 /juin /2017 07:49
Les lumières de Saint Augustin d'Isabelle Prêtre

Après « Onze leçons de philosophie pour réussir sa vie », la philosophe et écrivain Isabelle Prêtre, fille du grand chef d’orchestre récemment disparu, nous propose « Les lumières de saint Augustin » *, un ouvrage qui condense avec intelligence et clairvoyance l’œuvre de l’évêque d’Hippone, ce théologien prolixe, ce saint de feu, ce génie de la pensée qui se refusait à penser loin de la vie et à vivre loin de la pensée, car vivre et penser lui paraissaient similaires. Selon lui, foi et raison étaient les deux forces qui conduisent à la connaissance. « Crois pour comprendre et comprends pour croire » - écrivait-il. Alors que le monde actuel se plaît à séparer  la croyance de la connaissance, la foi de la raison, l’intuition de l’objectivité et s’étonne que la vérité ne puisse aisément se frayer un chemin et le pourrait-elle puisque la croyance est laissée aux croyants subjectifs et que la compréhension est attribuée d’office aux intellectuels. Or souligne Isabelle Prêtre, c’est l’union des deux qui élargit l’esprit et permet à l’homme d’avancer sur le chemin de la vérité.

 

N’imaginons pas que l’auteur des « Confessions » soit tombé tout enfant dans le bénitier. Nenni ! Cet élève studieux et brillant, qui lisait Homère, Virgile et Cicéron, aimait faire la fête, banqueter, courir le jupon et ne dédaignait pas non plus le luxe et les honneurs. Ainsi mènera-t-il à Carthage, où il faisait ses études en 370 de notre ère, une véritable dolce vita. C’est sans doute la mort de son jeune fils Adéodat qui va tout remettre en question. Bien que renoncer aux femmes lui était un problème et que renoncer à la gloire, qu’il se promettait d’atteindre, lui était un supplice, Augustin choisit la voie étroite, celle du pédagogue de Dieu, soulignant avec malice que l’arriviste est enfin arrivé.

« Tard je vous ai aimé, beauté si ancienne et si nouvelle, tard je vous ai aimée. C’est ainsi que vous étiez au-dedans de moi, et moi, j’étais au-dehors de moi ! Et c’est là que je vous cherchais, ô mon Dieu … Vous étiez avec moi, et je n’étais pas avec vous. » - écrit-il dans « Les confessions ».

 

L’illumination est venue  mais elle  fut l’aboutissement d’un long parcours, d’une longue recherche – insiste Isabelle Prêtre. Car, selon Augustin, nous avons tort de chercher des preuves à l’existence de Dieu. Il faut simplement regarder en soi ; n'est-ce pas là que Dieu se trouve et non ailleurs. « Tu étais au-dedans, moi au dehors de moi-même ; et c’est au-dehors que je te cherchais… Tu étais avec moi, et je n’étais pas avec Toi » (Les Confessions)

 

Nous constatons que de nos jours l’homme vit surtout en-dehors de lui-même, tant l’intériorité n’est plus une valeur prônée. Les portables, le numérique, la musique assourdissante nous ont ôté le goût de la profondeur et de la hauteur. Alors n’aurions-nous pas intérêt à écouter la voix de l’évêque d’Hippone, telle que nous la restitue cet excellent ouvrage, et nous ré-approprier, ne serait-ce que quelques repères, tant il est vrai que la vérité ne peut être éprouvée qu’en soi-même et que nul ne doit séparer en nous l’inséparable.

 

Selon saint Augustin, il y a deux cités : la cité terrestre et la Cité céleste et cette Cité de Dieu est déjà à l’œuvre ici-bas. Il faut savoir, écrivait-il, que l’homme est social par nature, mais égoïste et anti-social par faiblesse. Aussi une lutte continuelle se livre-t-elle en lui. Si bien qu’Augustin ne parle pas de liberté ou de libre-arbitre mais de libération. L’épreuve est souvent libératrice. Il ne faut pas voir le mal dans toute souffrance mais, exerçant notre discernement, l’utiliser comme un passage, un chemin, une voie. Avec la conscience du temps qui passe, la philosophie se lie à la métaphysique, union heureuse de l’âme et de l’intellect. N'est-ce pas à tort que nous ne cessons de lutter contre le poids du temps et inventons des techniques savantes pour vivre à 200 à l’heure, de manière à faire le plus de choses possibles en un temps réduit. (Avions et TGV sont là pour nous y aider). Alors que le temps est l’étoffe de la vie. Il est notre vie, souligne Isabelle Prêtre, le lieu de l’évolution humaine et personnelle. Nous nous déployons à travers le temps. Oui, le temps est là pour nous créer, nous faire devenir ce que nous devions être. Certes Hegel a dit : « Le temps est esprit », mais Augustin l’avait proclamé avant lui. Dit, dévoilé, montré, soulignant bien entendu « le sens de l’âme » dans la marche du temps. Cette subjectivité qui rend l’existence passionnante comme une aventure.

 

A propos du bonheur, sujet que saint Augustin aborde également et auquel chacun de nous aspire, il écrit ceci : « Si quelqu’un a résolu d’être heureux, il doit acquérir pour lui-même ce qui subsiste toujours et ne peut être arraché par aucun violent revers de fortune. Ainsi donc qui à Dieu est heureux. » Ce bonheur est avant tout un état de sérénité, il est l’état d’un être, l’état d’un cœur. Et c’est le plus souvent d’en haut qu’il nous est donné. Le « trop » provoque indubitablement le malheur – qu’il soit dans l’abondance ou dans l’indigence. « Les intempérants dans la luxure, les orgueilleux dans leurs richesses ou leurs pouvoirs croient se procurer joie et puissance mais n’atteignent ni la plénitude, ni le bonheur, ni la paix. » Certes, le bonheur, Augustin ne le découvre qu’après un long et intense parcours. Car il a tout connu – précise Isabelle Prêtre : les plaisirs de ce monde, les philosophies diverses, les religions diverses, les succès, les honneurs, tout connu … Pour en arriver là ! A cette vérité que le bonheur vient de Dieu en même temps que la sérénité et qu'on ne le goûte que grâce aux vertus théologales la Foi, l’Espérance et la Charité. Comme Saint Paul, Augustin place en tête l’amour. « Mon poids, c’est mon amour » - résume-t-il. « Là où est ton cœur sera aussi ton trésor ».

 

Malheureusement, le théologien a commis des erreurs, il a attaché trop d’importance au baptême ( sans lequel point de salut ), à l’assimilation de l’Eglise au Christ, mais il était de son temps, à une époque où l’Eglise voulait dominer l’Etat, un temps où Dieu était considéré comme un juge terrible, si bien que l’intransigeance, la sévérité faisaient alors – et à tort – partie de la charité. Comme nombre de convertis, Augustin était dur envers lui-même et dur envers les autres. Il n’avait pas l’indulgence d’une Thérèse de Lisieux mais là encore l’époque n’était pas la même. Néanmoins, il s'en est repenti, il a rédigé des "Rétractations". " Comme il est évident qu'un génie peut parfois se reposer de son intelligence, comme il est évident que la fougue peut parfois conduire trop loin un homme, et lui faire aborder la frontière du mal, même malgré lui, comme il est évident que la lumière ici-bas n'existe jamais sans ombre, qu'en est-il pour saint Augustin, concernant le procès que certains lui font encore aujourd'hui ?" - écrit Isabelle Prêtre qui se veut objective à son égard. Et il faut savoir aussi que certains des écrits d'Augustin ont été falsifiés, souligne-t-elle. La crainte de se tromper aura été sa hantise du début à la fin. Il proclamait souvent que le bien qu'il faisait par ses paroles lui venait de Dieu et que la mal, toujours possible, ne venait que de lui. Beau témoignage de lucidité. L’homme est UN et Augustin a voulu être cet homme. Comment parvenir à cette unification ? Cette phrase conclut sans doute la pensée du théologien qui a connu comme nous la détresse, le doute, l’angoisse, la faiblesse, le désarroi : « Notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose pas en Toi, Seigneur. » Merci à Isabelle Prêtre de nous offrir une approche si précise et si intime d'une oeuvre considérable et d'en mettre en évidence l'essentiel.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

  • Isabelle Prêtre – Les lumières de Saint Augustin ou quand Augustin vient au secours de notre siècle  -  Editions Saint Augustin

 

 

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Et pour prendre connaissance de l'article précédent que j'ai consacré à Isabelle Prêtre, cliquer sur son titre :

Onze leçons de philosophie pour réussir sa vie

 

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Les lumières de Saint Augustin d'Isabelle Prêtre
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22 juin 2017 4 22 /06 /juin /2017 09:21
Retour à la plage

Soleil au zénith. L’heure des vacances approche. Après la pluie, le soudain retour du beau temps a convaincu parents et enfants de descendre à la plage. Elle est là, déroulée sous leurs yeux, avec ses flaques de lumière, ses jeux d’ombre, son sable irradié de mille et un cristaux, ses coquillages échoués qui  forment comme un collier de nacre et invitent au farniente. Que le monde est beau, mes amis, que le monde est beau !

 

 

On a osé le maillot de bain malgré la pâleur de la peau, le seau et la pelle pour les premiers  châteaux de sable, on a avancé un pied timide et une cheville pour tâter de la température de l’eau, apporté  le goûter afin de rassasier les appétits de l’après-midi attisés par les heures au grand air. Les chiens s’ébattent eux aussi, courent à perdre haleine le long de la vague qui s’essouffle avec un petit bruit de bouche.

 

 

Tout est en place. Le décor du bel azur est planté. Rien ne manque. Même le parasol, même la tente miniature contre l’éventuel vent coulis, même la chaise pliante pour lire tout en dorant sur tranche. Il semble, en contemplant ce spectacle, que l’hiver, le printemps et leurs heures grincheuses se soient effacés, que l’été prend allègrement la relève comme si rien ne s’interposait … dans l’entre-temps. Celui-ci a la faculté de se remonter ou de se descendre, je parle du temps si malléable, au point d'être parfois imaginaire. C’était, voyons !-  il y a quelques jours, quelques mois, n’est-ce pas, l’hier grisailleux ou déprimant ? Aujourd’hui, l’oubli est de rigueur car il fait bon, il fait chaud, que les paysages ont retrouvé leurs belles couleurs festives, que les oiseaux s'accordent eux aussi une vraie fête de la musique. Ecoutez le duo du merle et de la grive musicienne, du loriot et du pinson. On croit à nouveau à la douceur des choses. S’effacent celles que l’on a tant de plaisir à reléguer dans le grenier de l’oubli.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

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Retour à la plage
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14 juin 2017 3 14 /06 /juin /2017 08:54

papillon-dans-des-fleurs-jaunes-t2

 

Chaque saison a cela de précieux qu'elle apporte avec elle ses singularités, si bien que nos préoccupations changent à l'égal de nos paysages et de nos humeurs.

 

Il brille, le sauvage Été,
La poitrine pleine de roses.
Il brûle tout, hommes et choses,
Dans sa placide cruauté.

Il met le désir effronté
Sur les jeunes lèvres décloses ;
Il brille, le sauvage Été,
La poitrine pleine de roses.

Roi superbe, il plane irrité
Dans des splendeurs d'apothéoses
Sur les horizons grandioses ;
Fauve dans la blanche clarté,
Il brille, le sauvage Été.

                                         
Théodore de Banville   (1823 - 1891)

 

 

Comment décrire ce mois des roses et des coquelicots qui nous introduit dans le flamboyant été ? Du printemps, il n'a déjà plus les teintes juvéniles et les floraisons évanescentes ; de l'été, pas encore les chaleurs accablantes et les parfums capiteux, mais les jours s'y alanguissent, les attentes s'y font impatientes, les crépuscules fatals. On l'aime d'être le passeur entre deux rives, de nous conduire au solstice à pas de géant, de clore le calendrier des lycéens et des étudiants. Avec lui se boucle chaque année une époque, un temps. Aussi est-ce un mois qui compte, ne serait-ce que parce qu'inévitablement il nous oblige à des bilans. Bilan physique, intellectuel, moral, tout y passe : suis-je en bonne condition pour affronter l'été ? Où mes pas me mèneront-ils à la rentrée ? Demain, pour les vacances du bel azur, quel projet de voyage, quelles vélléités d'évasion ?

 

 

Oui, on apprécie le mois de juin pour les interrogations qu'il suscite, les lumières qu'il dispense, les doutes - parfois même les craintes - qu'il provoque, les promesses qu'il suggère. On l'aime d'être à l'extrême, avec son jour le plus long et ses ténèbres les plus courtes. Ainsi le considère-t-on volontiers comme joyeux et insensé, dispendieux et provocateur. Et, il est vrai qu'en juin, il nous plaît de tout promettre et de tout espérer. Dormir, se reposer paraissent indécents. Juin, c'est l'obligation de vivre impérieusement, de ne point se contraindre ; c'est déjà l'avant-goût des jubilations de juillet et des prodigalités d'août, avant que le sage septembre ne nous prépare aux retenues de l'automne et aux gravités de l'hiver.

 

 

Mon coeur, rappelle-toi

la beauté, la vigueur de nos jeunes saisons,

quand l'alouette chantait au-dessus des moissons,

que la source jaillissait dans un éclat de jaspe.

La maison se laurait de vignes et de lierre

et les roses trémières rosissaient son fronton.

 

Extraits du "Chant de Malabata"*

 


Fête de la musique, feux de la Saint-Jean, Juin traverse le temps  en apothéose. Il est le point d'orgue d'une année qui nous façonne selon le rythme compulsif de ses saisons et qui, soudain, semble lâcher prise. Juin des rendez-vous donnés ou manqués, des attentes fébriles, des fiévreux crépuscules, des roses aurores et des lueurs veillées à l'avant-poste estival.

 

* Armelle Barguillet Hauteloire - "Profil de la Nuit"

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

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Humeur de Juin
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9 juin 2017 5 09 /06 /juin /2017 09:22
Thomas Pesquet, notre petit prince est de retour

Il est rentré Thomas Pesquet à bord de son soyouz en 3 heures et 20 minutes et a atterri dans le désert du Kazakhstan le 3 juin après avoir passé 165 jours non sur une quelconque céphéide mais dans la Station spatiale internationale à 400 km de la terre, bénéficiant d’une vue imprenable sur notre planète, en compagnie d’autres spationautes dont Peggy Whitson et Oleg Novitski. Il fut durant ces 6 mois notre petit prince, regardant de haut et de loin les paysages de l’espace, de la lune, de mars, des innombrables nébuleuses et de la terre avec ses mers et ses montagnes, ses villes illuminées et ses déserts, l'eau des Bahamas avec ses étonnants dégradés de bleu et tentant de faire pousser dans son avant-poste orbital quelques salades et peut-être une rose … qui sait ?

 

 

Il a eu la gentillesse de nous raconter son quotidien et les sensations qui sont celles d’un extra-terrestre qui ose défier les lois de la pesanteur et exister dans l’immensité du Cosmos comme un vigile qui sonde les mystères de l’infini. Car cet infini était tout autour de lui, il pouvait en goûter les spectacles à chaque seconde, voir défiler les images de notre planète à 28 000 km heure et faire ainsi 16 fois le tour du monde chaque jour … Un rêve d’enfant qui se réalisait. Rêve de voler et de se libérer de son corps, de contempler les choses sous un angle et dans une perspective étrange et différente et un indescriptible silence. Oui, Thomas Pesquet a été notre petit prince souriant, précis dans ses gestes, sortant même de l’ISS pour changer quatre batteries, cela avec un scaphandre qui pesait 200 kg et pendant six heures exténuantes qui exigent une concentration intense. Cette sortie extravéhiculaire a été un moment magique où Thomas volait dans l’infini comme un papillon, moment qui lui a permis de ressentir l’espace dans sa globalité et de contribuer à l’évolution de la science.

 

 

Les cinq astronautes, qui se trouvaient dans la station en même temps que lui, travaillaient 6 jours sur 7 afin de réaliser point par point leur mission. En effet, l’ISS est un laboratoire et Thomas avait pour responsabilité de conduire une centaine d’expériences : tests du mécanisme des fluides entre autre.

 

 

Bien entendu, chaque étape de cette mission a demandé des mois, des années de préparation intensive, car le jeune spationaute n’avait pas le droit à l’erreur, il y allait de sa vie et de la réussite de cette mission Proxima. Thomas devait être en même temps que la mémoire du monde, un aventurier, un Christophe Colomb non des mers mais de l’espace céleste, de l'éther. Il a réussi. Son voyage de retour en compagnie de Oleg Novitski, Peggy Whitson restant 3 mois supplémentaires dans la station orbital, s’est effectué comme un éclair à la vitesse de 20.000 km heure pour  se réduire à 5 km au moment de l’impact avec le sol de notre planète, atterrissage brutal  semblable à une collision en voiture sur l’autoroute suivie de quelques tonneaux, a-t-il avoué. Il nous est revenu sans une égratignure, un peu las certes, un peu déphasé en  retrouvant le souffle du vent, les saveurs, les odeurs et surtout la pesanteur. Son corps a sûrement un peu souffert mais n’a-t-il pas joué aux dés avec les dieux invisibles de l’espace et du temps ? Il nous adresse également un message : oui, la terre est fragile, oui depuis l’espace on constate la pollution, le dégazage des bateaux, les coupes forestières, l’impact de l’homme sur la nature. Alors il faudra bien y remédier. Avant de changer de planète, n’usons pas trop vite la nôtre, il parait qu’elle est si belle vue des étoiles.

 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

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Thomas Pesquet, notre petit prince est de retour
Thomas Pesquet, notre petit prince est de retour
Thomas Pesquet, notre petit prince est de retour
Entrée dans l'atmosphère terrestre, le parachute se déploie.

Entrée dans l'atmosphère terrestre, le parachute se déploie.

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17 mai 2017 3 17 /05 /mai /2017 12:45
Concert de musique sacrée à Beuzeville avec Laura Rabia et son choeur lyrique
Concert de musique sacrée à Beuzeville avec Laura Rabia et son choeur lyrique

En l'église  Saint-Hélier de Beuzeville, le choeur lyrique de Trouville, sous la direction de Laura Rabia, donnait un concert de musique sacrée le dimanche 14 mai à 16 heures. Le cadre était merveilleusement choisi dans cette petite église romane du VIe siècle restaurée à partir des années 1960 et qui possède une collection de vitraux remarquable, oeuvre du maître verrier François Décorchemont, originaire de l'Eure. Celui-ci les exécuta selon un dessin épuré aux lignes simples qui laisse entrer l'éclat et la transparence de la lumière et enchante par ses couleurs douces. 

 

Concert de musique sacrée à Beuzeville avec Laura Rabia et son choeur lyrique
Concert de musique sacrée à Beuzeville avec Laura Rabia et son choeur lyrique
Concert de musique sacrée à Beuzeville avec Laura Rabia et son choeur lyrique
Concert de musique sacrée à Beuzeville avec Laura Rabia et son choeur lyrique
Concert de musique sacrée à Beuzeville avec Laura Rabia et son choeur lyrique
Concert de musique sacrée à Beuzeville avec Laura Rabia et son choeur lyrique

Baigné de la même lumière sera l'ensemble du programme musical commencé avec le "Stabat Mater" de Antonio Vivaldi sur le poème en latin de 20 strophes du Frère Franciscain Jacopone da Todi (1228-1306 ), antienne mariale qui évoque la souffrance de Marie lors de la crucifixion de son fils. Ce poème de la douleur maternelle a inspiré de nombreux musiciens dont Vivaldi qui se vit confier en 1711 la composition d'une oeuvre pour la Vierge par l'église de Brescia, ville natale de son père. Tombée dans l'oubli, cette oeuvre sera redécouverte au début du XXe siècle et redonnée pour la première fois à Sienne en 1939. Le "Stabat Mater" de Giovanni Battista Pergolesi (1710-1736), qui lui faisait suite, fut écrit pour soprano et alto par ce jeune musicien mort à l'âge de 26 ans et frappe d'emblée le public par son recueillement poignant, la souffrance dominée mais palpable qu'il signifie, tout particulièrement dans le premier mouvement d'une beauté grave, admirablement chanté par Laura Rabia et la jeune contralto  Magali Zabiholla.

 

Le "Rébecca" de César Franck était pour certains une découverte. Il fut composé en 1880-81 comme un oratorio inspiré par des scènes bibliques sur un texte de Paul Collin, texte qui conte un épisode de la vie d'Abraham en quête d'une épouse pour son fils Isaac et dont la noblesse presque tragique et la souplesse de la ligne vocale créent des effets particulièrement émouvants. De même sera son "Ave Maria" et son "Panis Angelicus" ( le pain des anges ) d'une parfaite hauteur spirituelle. Quant à l'"Ave Maria" dit de Caccini, le choeur lyrique de Trouville l'interprète de manière bouleversante et avec une ferveur qui ne peut manquer de toucher un public réceptif et à l'écoute attentive et recueillie.

 

"Rébecca" de César Franck
"Rébecca" de César Franck

"Rébecca" de César Franck

D'une veine assez semblable sera le "Veni Domine" de Mendelssohn (1809 - 1847), de même que son magnifique "Laudate Pueri" qui traduisent l'un et l'autre l'attente de la venue du Messie, tandis que l'"Ave Verum opus 65" de Gabriel Fauré dont la couleur est déjà celle du Requiem nous immerge dans une harmonie riche et subtile, d'une richesse et d'une fraîcheur inouïes. Et ne parlons pas du "Lacrimosa"  de Mozart ( pour prendre connaissance de mon article "Mozart à l'heure du Requiem", cliquer ICI ) qui extériorise l'émotion du génial compositeur au bord du tombeau dont il pressent le terrible passage, tout en maintenant à son degré le plus aigu l'espérance salvatrice ... 

 

Ce concert s'achèvera avec de larges extraits du "Requiem" de John Rutter, compositeur contemporain, héritier de la tradition liturgique anglaise, qui a consacré la majeure partie de sa production à des oeuvres religieuses. La première interprétation de son Requiem sera assurée par le Sacramento de Californie. Depuis lors, cette pièce musicale est jouée dans le monde entier. Construite de façon simple et classique, infiniment intime et recueillie, elle évolue dans une atmosphère sereine, d'une beauté intense qui n'est pas sans évoquer le "Requiem" de Fauré, passage de l'obscurité à la clarté dans une égale hauteur incorporelle. Ainsi somme-nous transportés dans le monde invisible et mystique, la plénitude sereine qui unit et pacifie. Merci à ce choeur lyrique, dirigé par Laura Rabia, avec la merveilleuse Marie-Pascale Talbot au piano, de nous apporter cette nourriture spirituelle, remède absolu qui réconforte et console des dures réalités de la vie quotidienne et des drames internationaux. Ce choeur est notre voix d'outre monde.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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John Rutter

John Rutter

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3 mai 2017 3 03 /05 /mai /2017 09:26
Une jeune peintre nous raconte Hong kong

Je vous avais parlé, il y a de cela quelque temps, dans un article "Véronique Desjonquères ou le visage retrouvé" ( pour lire l'article cliquer  ICI )  ainsi que de son ouvrage  "Beautiful because of your heart" pour lire l'article : cliquer LA ) de cette jeune artiste, écrivain et peintre, qui nous avait raconté, grâce à sa plume et à ses pinceaux, Bombay, ville dont elle avait su saisir la vie cachée, intime, les visages multiples, l'urbanité colorée et trépidante, la pauvreté digne et fière et qui, aujourd'hui, accompagnant son mari dans sa nouvelle affectation professionnelle, nous raconte Hong Kong en images. Cette mégalopole internationale ultra moderne, formée par une multitude d'îlots, l'île de Hongkong et la presqu'île de Kowloon, cité la plus anglaise des villes chinoises n'en reste pas moins un centre touristique très apprécié des visiteurs, surnommée "La perle de l'Orient" grâce à ses vestiges culturels, à ses plages et au mélange audacieux d'une architecture ultra moderne et d'avant-garde. Au milieu de cette forêt de buildings, l'ancien et l'authentique n'ont pas été totalement oubliés ou sacrifiés, ainsi les marchés populaires, les parcs à la végétation subtropicale et les maisons sur pilotis des îles nombreuses où les derniers sampans résistent encore. Cette métropole gigantesque, à la mixité incroyable, a inspiré à nouveau Véronique Desjonquères qui prépare une exposition avec une amie sculptrice et nous présente un ensemble de toiles d'une beauté évidente parce qu'elle sait retenir de la vie la part essentielle, les beautés secrètes et voilées, les paysages pittoresques chargés de mémoire, qu'elle nous invite à cette contemplation tendre où le silence se fait complice de la noblesse des êtres et des choses. Mais je la laisse vous  conter son parcours qui est, à l'évidence, celui d'une femme sensible et d'une artiste :

 

"Après 8 années passées comme avocat dans un cabinet anglais, notre départ en expatriation en 1998 m’a donné l’occasion de réorienter mes activités professionnelles. Le dessin et les langues ont toujours été ma passion. J'aime la couleur, l'harmonie colorée. La peinture me remplit de joie et m'apaise. Mes parents n'ont pas cherché à valoriser cette passion mais m'avaient inscrite tôt à des cours de piano. Je pouvais y exprimer ma sensibilité.

 

Bien des années après, la peinture m'a rejointe. Je suivis mon mari avec nos 4 puis 5 enfants, en expatriation à Singapour et Madrid. En même temps que les langues, je reprenais mes cours de peinture dans ces deux pays. A Singapour, j’ai été émerveillée par les voyages, l’exotisme, les visages, la lumière sur la végétation luxuriante, l’énergie… Mon séjour à Madrid fut une révélation. J'adorais la luminosité, la vie, la fête, les contrastes, les vieilles dans les régions rurales, les patios, les jeux de lumière sur des objets simples évoquant la chaleur du climat. Quitter l’Espagne fut un arrachement à ce pays que j'aimais tant mais aussi la prise de conscience que la peinture était une passion depuis toujours et que je voulais en faire ma nouvelle carrière professionnelle.

 

En 2010, nous avons cédé à nouveau aux sirènes de l'expatriation. Cette fois, la destination était Bombay en Inde: adaptation difficile, douloureuse dans cette ville de contrastes mais source d’émotions fortes et de création: les femmes dans les  bidonvilles, leurs enfants, les couleurs, la pauvreté, la richesse... Les sens y sont en éveil permanent. Tout de suite, j’ai eu la volonté de raconter Bombay, la ville, les gens, les slums, la vie. Je suis partie à la rencontre des habitants avec une interprète. Ils se sont livrés à moi, m’ont raconté leur vie, leurs désirs, leurs peurs, leurs joies, leurs malheurs, leurs enfants, leurs rêves… Ils se sont laissés photographier; je les ai peints. Il en est résulté un livre intitulé  "Beautiful because of your heart"- Rencontres avec Bombay 2010-2013.”

 

Ma peinture, ce sont des personnages et des lieux de vie. Un de mes tableaux préférés représente le plus grand bidonville de Bombay, Dharavi. Énergie, vitalité, transparence, vérité, humanité, ouverture aux autres, empathie, fidélité, communication, confiance, voici les mots que je veux traduire dans ma peinture. Les personnages que je peins ou que je photographie sont les "petits" de ce monde, les vieillards, les femmes et les enfants, en Inde les plus démunis. Je suis touchée par leurs visages marqués d'histoire, les liens qui les unissent, leurs regards, leurs attitudes, leur pauvreté, la beauté qui émane d’eux malgré la dureté de leur vie, le beau au-delà de la laideur, de la pauvreté, de la saleté, de l'injustice, des conditions de vie. Les matières traduisent l'émotion. J’ai peint Dharavi sur une planche de bois. Les toiles plastiques dont ils revêtent les toits de leurs cahutes et des morceaux de carton sont collés et peints. L’huile appliquée au couteau traduit l’énergie et la violence des lieux. Les harmonies colorées reflètent le tourment. L’Inde n’est pas le pays de la “non violence”. Dharavi, où vivent des centaines de milliers d’Indiens, est l’endroit où leur rêve de prospérité se développe ou s’éteint.

 

Aujourd’hui à Hong Kong, ma nouvelle ville d’expatriation, j’aimerais que là et encore ailleurs, ma peinture continue de traduire la vie; que mon expression artistique touche les gens, les fasse accéder au divin en eux. Qu’elle n’ait de cesse de transcender le petit, le laid pour montrer la beauté de la création et la grandeur de l’homme. Qu’elle capture la vie, partout où elle est, la laisse jaillir, parfois au-delà de la mort. A Hong Kong, il m’a fallu du temps pour retrouver l’inspiration. Progressivement, j’ai découvert les endroits insolites et inattendus, les ruelles sales et obscures de Hong Kong, les villages de pêcheurs, le reflet du soleil sur les immeubles et sur l’eau…"

 

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Véronique Desjonquères

Véronique Desjonquères

Hong-Kong raconté par Véronique Desjonquères
Hong-Kong raconté par Véronique Desjonquères
Hong-Kong raconté par Véronique Desjonquères
Hong-Kong raconté par Véronique Desjonquères
Hong-Kong raconté par Véronique Desjonquères
Hong-Kong raconté par Véronique Desjonquères
Hong-Kong raconté par Véronique Desjonquères
Hong-Kong raconté par Véronique Desjonquères

Hong-Kong raconté par Véronique Desjonquères

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29 avril 2017 6 29 /04 /avril /2017 08:15
Dictionnaire amoureux de Saint-Pétersbourg de Vladimir Fédorovski

Ceux qui aiment Saint-Pétersbourg ou rêvent de s’y rendre un jour se doivent de se procurer ce merveilleux dictionnaire amoureux qui leur révélera, à la suite de chapitres éclairants, l’histoire de la ville, ses beautés cachées, les événements qui ont marqué son existence depuis qu’elle a été édifiée par Pierre le Grand au tout début du XVIIe siècle. « Tsar génial, cruel, tendre et sauvage » - nous dit l’auteur Vladimir Fédorovski, « dont l’imagination et la volonté ont transformé son pays en empire et fait jaillir sa nouvelle capitale des marécages en 1703. » En fondant Saint-Pétersbourg, ce Romanov donnait sa réponse à cette question essentielle : d’où vient la Russie et vers quoi veut-elle aller ? En offrant à son immense pays cette ville miraculeuse, il faisait entrer la beauté, la culture au bord du golfe de Finlande ouvert sur les vents de la Baltique, cette mer qui avait vu à de nombreuses reprises la marine du roi de Suède affronter celle des tsars russes. Pays où les femmes ont tenu des rôles éminents, bâtisseuses comme le furent l'impératrice Elisabeth, fille de Pierre le Grand, ou Catherine II qui contribuèrent grandement à parachever l’œuvre entreprise et parèrent Saint-Pétersbourg et ses environs de palais fabuleux dont le Palais d’Hiver et celui de Tsarkoïe Selo, œuvres de l’italien Francesco Rastrelli « qui inventa son propre style, associant dans une heureuse symbiose des composantes à première vue incompatibles en alliant le rococo autrichien, le goût décoratif à la française et la tradition russe inspirée des églises de Novgorod ». Et cette alliance produisit un décor d’une splendeur à couper le souffle, décor qui se mire dans les eaux de la Neva en un incomparable faste et une féerie inattendue de couleurs qui est la caractéristique de la ville.

 

 

En lisant ce dictionnaire, vous saurez tout sur les personnages incontournables qui ont bâti son histoire, l’ont illustrée, des tsars comme Alexandre Ier, l'empereur mystique, qui combattit Napoléon et occupa Paris après la bataille de Leipzig en 1814 sans commettre de pillages tant il aimait et admirait la France – fait remarquable que soulignera Chateaubriand dans ses Mémoires d’Outre-Tombe – puis Alexandre II qui initia l’abolition du servage mais n’en fut pas moins assassiné par un groupe de jeunes terroristes. Par la suite, on élèvera la cathédrale « Saint Sauveur sur le sang Versé » sur les lieux du crime avec les deniers de la famille impériale. Quant à son fils Alexandre III, il abolira, dès son investiture, la plupart des  réformes libérales de son père. Nicolas II débutera son règne sous de funestes présages, dont le pire est celui qui se produisit le jour même de son sacre. Au cours d’une bousculade incroyable 1389 personnes périront piétinées par la foule et  1389 seront blessées. Ce souverain tourmenté et indécis ne pourra effacer cette faute originelle. Par ailleurs, ce dictionnaire vous fera découvrir des personnalités diverses et souvent hautes en couleur, le danseur Nijinski, les poètes Alexandre Pouchkine mais également Maïakovski ou Anna Akhmatova, dont l'existence fut une tragédie de tous les instants, le premier ministre de Nicolas II Piotr Stolypine qui voulait moderniser l’empire russe mais fut renvoyé par le tsar trop faible ; le flamboyant Potemkine, grand amour de Catherine II et l’un des plus grands hommes d’état de la Russie : « Potemkine, c’était la Russie même, la Russie colossale et riche, capable du meilleur et du pire, qui oscille entre la fécondité rapide, l’exubérance de l’été et le long et stérile repos de l’hiver ». N’oublions pas non plus des personnages plus étranges et inquiétants comme Grigori Raspoutine, l’âme damnée de Saint-Pétersbourg et de la malheureuse impératrice Alexandra, ou le Chevalier d’Eon qui fut un incontestable mystificateur ; enfin entrons dans les jardins, ceux des palais sont toujours d’une grande harmonie et d’une subtile beauté, irradiés de tulipes et de lilas lors des nuits blanches et pourquoi pas au théâtre Mariinsky, baptisé ainsi  en hommage à Marie, fille du tsar Alexandre II, où Marius Petipa créera ses plus belles chorégraphies. En soixante années de présence, il composera soixante ballets et élargira le lexique de la danse en créant d’innombrables pas. Attardons-nous enfin sur les ponts, pas moins de 342, tant la ville est parcourue par les eaux dont celles de la Neva qui enlace les îles de son cours sinueux avant de se perdre dans la Baltique, si bien que l’on peut considérer la ville comme un musée des ponts. Ces ponts sont tantôt légers ou monumentaux, bossus, énormes ou petits, œuvres d’art possédant chacune sa propre expressivité artistique et procurant à la ville son cachet incomparable. Enfin n'oublions pas Saint-Pétersbourg, ville martyre lors du siège de Léningrad - nom de la ville à l'époque stalinienne - qui subit un siège de 29 mois du 8 septembre 1941 au 27 janvier 1944, après que le Führer eut donné l'ordre de la raser parce qu'elle était le symbole du "génie slave". Confrontée à la famine, la population fera preuve d'un courage exceptionnel, mais ce blocus causera la mort de 1 250 000 habitants dans une ambiance apocalyptique. Durant ces trois années, la population affamée, affaiblie, sacrifiée survivra dans des conditions extrêmes. L'armée allemande avait occupé les résidences impériales autour de la ville ; en les quittant, elle fera brûler ces grands palais, sauter la cascade de Peterhof et pillera les collections. A peine libérée, la cité entreprit un travail de restauration qui est sans doute sans précédent dans l'Histoire par son ampleur et sa minutie. 

 

Voici un aperçu des mystères et secrets qui vous seront révélés par cet ouvrage sur une ville qui ne ressemble à aucune autre, vagabondage en des lieux magiques chargés d’épreuves et également d’innovations sublimes, lourds d’un passé qui, tour à tour, fut glorieux et tragique, et d’une architecture dont les murs conservent jalousement la mémoire.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

Pour consulter mes articles sur la ville de Saint-Pétersbourg et ses palais environnants, cliquer sur leurs titres :
 

SAINT-PETERSBOURG OU LE SONGE DE PIERRE

PETERHOF OU LA MAISON DE PIERRE

TSARSKOIE SELO OU LA SPLENDEUR IMPERIALE

PAVLOVSK OU LE SOURIRE d'UNE NUIT d'ETE

   

 

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Dictionnaire amoureux de Saint-Pétersbourg de Vladimir Fédorovski
Dictionnaire amoureux de Saint-Pétersbourg de Vladimir Fédorovski
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15 avril 2017 6 15 /04 /avril /2017 16:40

 

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Voilà Pâques et ses carillons, ses bouquets de fleurs, quelque chose dans l'air d'allégé, dans les vitrines des pâtisseries les gros oeufs en chocolat, enrubannés de couleurs vives. Lorsque j'étais petite fille, j'achetais toujours à ma mère un lapin en nougat, parce que j'étais sûre qu'elle le partagerait avec moi. Une fois, je n'avais pu résister et osé croquer l'une des oreilles. Mes parents avaient ri sous cape, puis, gentiment admonestée pour ma gourmandise.

 

 

J'aime à évoquer les Pâques de mon enfance. Curieusement, dans mon souvenir, il faisait toujours beau. Est-ce parce que j'étais en vacances et que nous nous réjouissions à l'idée de découvrir, cachées dans les bosquets, les friandises que les adultes y avaient déposées. Il suffit de peu de choses pour enluminer le passé. La mémoire s'y emploie avec brio. Je me souviens que les pelouses se piquetaient de coucous et de jonquilles, que les cerisiers et les prunus étaient en fleurs et que les cloches, qui carillonnaient, annonçaient la plus belle des résurrections : celle de la nature.

 

 

Pour ceux qui croient au ciel, ce jour est différent des autres. Et pour cause : quelqu'un est venu leur dire que la Création était le fruit d'un projet, que la vie avait un sens et que la mort n'était qu'un passage obligé. C'est réconfortant, même si la Science a décrété que l'on ne pouvait croire qu'à ce qui était vérifiable. Or l'homme qui croit au ciel pense que tout n'est pas vérifiable. L'univers existe, bien que nous ignorions son origine, ne puissions contrôler chacun des éléments qui le composent, ni même nous assurer de l'ampleur de l'espace-temps qu'il occupe. Tant de données et de paramètres nous échappent. Notre esprit est encombré de suppositions et de conjectures qui resteront à jamais à l'état d'hypothèse. Alors, puisque nous sommes si souvent contraints aux postulats, une transcendance souhaitée, à défaut d'être assurée, n'est-elle pas la plus noble des espérances, le pari de Pascal revisité, un peu de rêve tenu en haleine, auquel les humains que nous sommes, cernés de tous côtés par le mystère, aspirent en secret ?

 

 
Je reproche à notre époque son refus du sacré, refus comme institutionnalisé qui suscite fatalement de profondes divisions entre les êtres. Nous vivons dans une société  dont le socle fondateur se fissure. On évoque à tous propos les guerres de religion, mais c'est au nom du refus du religieux et du sacré que les guerres de demain risquent de se produire. Le sacré représentait un refuge, assurait une stabilité. Un refuge opposé au néant qui engloutit, anéantit, annihile. " Le néant conçu comme une absence de tout" - écrivait Bergson. Et il est vrai que le matérialisme n'ouvre aucune perspective... Une société matérialiste n'a d'autre aspiration que de satisfaire au mieux  ses envies et de jouir des biens de consommation qui lui sont proposés. Cela dans l'immédiat sans parvenir à inclure cette fiction permanente dans la durée. Ainsi va-t-elle dans le sens de l'asservissement qui, tôt ou tard, lui sera imposé par les tenants d'un pouvoir qu'elle subira sans broncher, puisqu'elle n'a ni ambition, ni idéal. Les grands trusts l'ont compris et savent où placer leur intérêt : ils la tentent, la flattent et l'assurent que tout se monnaye, qu'il suffit d'y mettre le prix ... Mais l'amour, la foi, l'espérance s'achètent-ils ?

 


Pâques pour celui qui croit au ciel est la conviction intime que rien n'est définitivement fermé et que ce que l'église appelle la communion des Saints est d'abord et avant tout la communion des Vivants, à l'égard desquels nous avons chacun un devoir et une responsabilité, afin que ces vivants nous deviennent proches, nous deviennent frères, et que ma liberté ne soit jamais que l'assurance de la leur.

Alors à ceux qui croient au ciel et à ceux qui n'y croient pas  JOYEUSES  PAQUES !

 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

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Pâques au son des nouvelles cloches de Notre-Dame

 

Les Pâques de mon enfance au Rondonneau

 

 

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VIDEO - LE CARILLON DE NOTRE-DAME de CHARTRES


  oeufs-faberge.jpg    
numeriser0018_small_1206261720.png   Créations FABERGE

 

Joyeuses Pâques
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15 mars 2017 3 15 /03 /mars /2017 08:05
Vermeer ou l'énigme intérieure
Vermeer ou l'énigme intérieure

Vermeer, auquel le Louvre consacre une exposition, est le peintre qui m’a le plus impressionnée dans ma jeunesse, lorsque mes parents m’ont emmenée faire un voyage en Hollande. J’avais quinze ans. Ses couleurs douces, l’intimité de ses compositions m’avaient subjuguée. J’étais d’emblée sous le charme de cette peinture simple et tranquille qui nous propose une suite de scènes de la vie domestique. Le peintre de Delft, ville ravissante penchée au-dessus de ses canaux, ne connut pas après sa mort, survenue le 15 décembre 1675 à l’âge de 43 ans, la renommée dont ont bénéficié la plupart des autres. Il faudra attendre le XIXe siècle pour que Maxime Du Camp et Théophile Gautier le découvrent et le réhabilitent.

 

De sa vie, nous ne connaissons quasiment rien, sinon qu’il s’était converti au catholicisme et qu’il eût quinze enfants de son épouse Catharina Bolnes, probablement la jeune femme qui figure sur la plupart de ses toiles. Quant à ses traits, nous ne les connaissons pas davantage, il ne nous a laissé aucun autoportrait. La seule fois où Vermeer représente un peintre, lui assurément, ce sera de dos, aussi le secret le plus total repose-t-il sur sa personne et sur sa vie. Le mystère l’entoure et ajoute encore à l’aura de magie qui baigne son œuvre.

 

Néanmoins, il a su rendre palpable, à travers elle, l’existence quotidienne de son temps et détailler chacune des anecdotes qu’il a choisies de représenter d’un pinceau minutieux où il n’a omis aucun détail, préférant aux scènes de mythologie ou de religion traitées par de nombreux autres artistes, ces épisodes banals et courants.

 

Pendant longtemps, les toiles de Vermeer furent attribuées à d’autres : ainsi à De Hooch qui savait conférer à ses tableaux des jeux de lumière assez semblables et procurer à ses scènes une même dignité quasi liturgique ; ou bien encore étaient-elles imputées à Ter Borch, ce qui montre à quel point Vermeer était sorti de l’actualité picturale de son époque.

 

Marcel Proust dans sa Recherche rendra un hommage vibrant au peintre de Delft, cet artiste qui s’était représenté de dos le bouleversait, de même que ses sujets lui apparaissaient nimbés et animés d’une grâce envoûtante. Il est vrai que la contemplation de ses œuvres nous plonge aussitôt dans un univers spirituel, un silence profond qui est celui du monde intérieur, une interrogation qui est déjà celle de l’éternité, si présente sous son pinceau dans le quotidien. Par ailleurs, la place réservée aux femmes est immense. Elles sont là, maîtresses de dignité, de réserve et de naturel. Dans leur modeste apparence, elles sont les madones de la contemplation, les impératrices du quotidien, toute de simplicité majestueuse au cœur de leur royaume domestique, plongées dans une énigmatique rêverie et isolées dans un halo de lumière, tant il est vrai que le peintre, mieux que personne, a su rendre mystique la lumière du dehors pour la concentrer sur l'intimité intérieure.

 

Nul doute que ces femmes nous saisissent par leur attentive concentration et leurs attitudes journalières, cette réalité somme toute triviale a le pouvoir de nous propulser ailleurs, de nous faire toucher du doigt une dimension spirituelle. Aussi, rien d’étonnant à ce que Marcel Proust ait considéré Vermeer comme le peintre le plus apte à nous émouvoir et à nous toucher. Son monde est proche de celui de l’écrivain qui a passé l’essentiel de son temps à nous transporter dans le royaume intérieur ou toute chose prend valeur d’éternité et où ce qui semble le plus fugace anime le souffle du surnaturel.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Vermeer ou l'énigme intérieure
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