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5 juillet 2020 7 05 /07 /juillet /2020 09:48
Luc Ferry en quête d'un nouvel humanisme


Luc Ferry, ex-ministre de l'éducation nationale, professeur, auteur d'une abondante bibliographie cherche à ré-introduire la philosophie dans les affaires de la cité et la conduite des coeurs. Rien que cela !  A ses yeux la philosophie doit redevenir ce qu'elle était à Athènes, il y a deux mille cinq cents ans : un art de vivre et de mourir. Autrement dit une école de sagesse. Pour ce faire, rien n'est plus fécond que de se plonger dans les grands mythes qui sont à la source du " miracle grec ".

 

Au commencement était les mythes - nous dit-il. Ce sont des histoires littéraires, bien sûr, mais qui tentent toutes de répondre à une question philosophique fondamentale, celle de savoir ce qu'est " une vie bonne" pour les mortels. La mythologie grecque va ainsi préformer l'interrogation philosophique la plus fondamentale, celle qui va de Parménide aux stoïciens, en passant par Platon et Aristote.
L'expression " vie bonne" renvoie à une interrogation qui n'est pas seulement morale, mais qui touche à la question du sens. Il ne s'agit pas tant de respect de l'autre que de chercher le sens de la vie pour des êtres qui vont mourir et qui ont peur de la mort. L'idée qui va dominer la mythologie et que la philosophie va reprendre quasi intégralement, c'est celle qui vient de la Théogonie d'Hésiode. Hésiode raconte la naissance des dieux, puis la guerre que deux générations de dieux vont se livrer. La première, composée par les Titans, dieux violents et guerriers, la seconde qui réunit les Olympiens, fils des Titans, conduite par Zeus. Les Olympiens vont faire la guerre aux Titans pour établir un partage juste et paisible du monde. A Gaïa reviendra la terre, à Ouranos le ciel, à Poséidon la mer etc. Ce qui va naître alors dans l'espace intellectuel, culturel, moral et même métaphysique grec est l'idée de cosmos, c'est-à-dire l'idée que l'univers tout entier n'est plus un chaos, mais qu'il est au contraire harmonieux, juste, beau et bon. C'est cette idée de cosmos qui permet de répondre à l'interrogation sur " la vie bonne". Le sens de la vie va se définir comme la mise en harmonie de soi. C'est le sens de la quête d'Ulysse. Que fait-il, sinon chercher à regagner sa place dans l'ordre cosmique. Il a été déplacé par la guerre de Troie, il va mettre vingt ans à retourner chez lui, dans son lieu d'origine, Ithaque, afin de se réajuster à l'ordre du monde, tout simplement. Car, au fond, que disent les stoïciens ? Qu'une vie réussie, c'est une vie en harmonie avec l'ordre cosmique. D'où les trois pans de leur philosophie. D'abord, la théorie, qui est la contemplation du monde pour déterminer où se trouve notre place. Ensuite, la morale, qui est l'ajustement à cet ordre du monde. Enfin, la question du salut : qu'est-ce qui nous sauve de la mort ? Ce message formulé rationnellement par les stoïciens, c'est celui que l'on retrouve avec des accents encore cultuels et religieux, dans les grands mythes fondateurs grecs que sont l'Odyssée et la Théogonie.

 


Lorsque Zeus gagne la guerre contre les Titans, il fait apparaître que le monde est un ordre cosmique harmonieux, juste et beau. Ce monde est divin, en ce sens que nous, les humains, ne l'avons pas créé nous-mêmes. Mais ce divin-là n'est pas incarné dans une personne comme dans le Christianisme ; il est la structure anonyme et aveugle du monde. La première rupture, que le Christianisme instaure par rapport au divin grec, réside dans l'incarnation. Cette rupture va tout changer, et la problématique de la morale et la problématique du salut, puisque ce divin, incarné dans la personne du Christ, ne sera plus appréhendé par la raison, d'où la mort de la philosophie, si l'on peut dire, mais par la foi, fides, la confiance.

 


L'autre rupture est l'idée moderne d'égalité que pose le Christianisme. Et aussi d'humanité. On va inventer en même temps l'idée moderne d'humanité et la valorisation du travail. C'est la parabole des talents qui raconte l'histoire d'un maître qui part en voyage et confie des sommes d'argent à ses trois serviteurs. Losqu'il revient il demande des comptes. Que signifie cette parabole ? Simplement une rupture radicale avec le monde aristocratique pour lequel ce qui fait la dignité d'un être, c'est ce qu'il a reçu au départ, à savoir les talents ou les dons naturels. L'aristocrate est bien né, ou bien doué. Il y a une hiérarchie naturelle des êtres. Ce que la parabole des talents introduit est l'idée que ce qui fonde la dignité est non ce que l'on a reçu mais ce que l'on a fait. La liberté plutôt que la nature. Du coup, on invente à la fois l'idée d'humanité, l'idée d'égale dignité des êtres et la valorisation du travail.
 


Une nouvelle étape est franchie. Mais celle qui est la plus importante selon moi - poursuit Luc Ferry - après la réconciliation des grecs et des chrétiens, c'est la révolution qui a eu lieu au XIIe siècle où se pose l'idée qu'il faut désormais explorer la nature par la raison. Pourquoi : parce que la splendeur de la nature en tant que création divine doit porter les traces de la divinité du créateur. Elle ne peut pas être l'effet du hasard. Il n'y a plus alors de raison pour que raison et foi se contredisent. On trouve déjà là le thème qui sera cher à Pasteur qu'un peu de science éloigne de Dieu, mais que beaucoup nous y ramène. Ce qui sera repris dans l'avant-dernière encyclique de Jean-Paul II - Fides et ratio - foi et raison.



D'une certaine façon, il est visible que la modernité n'est jamais parvenue à saper le christianisme. Il y a aujourd'hui dans le monde à peu près 2 milliards de chrétiens. S'il y a une déchristianisation en Europe, elle est néanmoins à relativiser. Car si la quantité a diminué, la qualité a augmenté. Il y a aujourd'hui plus de chrétiens de conviction que d'habitude. Mais ce qui se passe, tout particulièrement avec la révolution scientifique des XVIIe et XVIIIe siècles, c'est que les dogmes chrétiens, notamment les arguments d'autorité, vont être plongés dans un acide, celui des Lumières et de l'esprit critique auxquels ils ne résisteront pas : du moins pas entièrement.
Cela se fera en deux temps : d'abord de Descartes à Hegel et avec les Lumières, qui sont pour une bonne part, une sécularisation de la religion chrétienne ; puis avec la philosophie contemporaine, de Schopenhauer jusqu'à Heidegger, qui coïncide avec une sécularisation de cette première sécularisation. On peut le voir chez Nietzsche dans ce qu'il appelle la critique du nihilisme.



Mais une fois que l'on a tout déconstruit, que reste-t-il ? Eh bien ce qui va apparaître n'est rien de moins que la sacralisation de l'humain, qui n'est pas pour autant idolâtrie, mais la conviction que les seules raisons qui méritent que l'on risque sa vie ne sont plus Dieu, la Patrie ou la Révolution, mais bien les êtres humains eux-mêmes. Le sacré s'incarne dorénavant dans les proches, et aussi le prochain qui est le contraire du proche, celui qu'on ne connaît pas, comme en témoigne l'humanitaire. Nous assistons à l'émergence d'un sacré à visage humain qui requiert une spiritualité d'un autre type. Lequel ?
La philosophie, disait Hegel, c'est notre temps saisi par la pensée. Notre époque appelle un humanisme d'un genre nouveau. Non plus l'humanisme des Lumières, de Voltaire et de Kant, qui était un humanisme de la raison et des droits, mais un humanisme du coeur et de la transcendance de l'autre. Bref, de l'amour. Nous vivons un tout nouvel âge de l'humanisme. C'est une révolution comme il en arrive peu, peut-être une fois tous les mille ans.

 

Voici la thèse que soutient avec talent un philosophe que je respecte infiniment, mais qui me paraît être trop optimiste, hélas ! Car notre époque ne dessine pas le visage de cet humanisme du coeur et de la transcendance, à l'heure où rarement la violence n'a été aussi présente, ni l'égoïsme si  habituel, ni le goût du profit si prononcé. Et l'on sait d'autre part que l'humanitaire, sous des dehors très estimables, n'est pas toujours dénué d'intérêts moins avouables et que le droit d'ingérence conduit le plus souvent à la catastrophe. Finalement, à écouter ce très sympathique philosophe, nous ne ferions rien d'autre que de revenir au vieux précepte chrétien : aimez-vous les uns, les autres. Mais cela fait vingt siècles que l'on s'y emploie sans grand résultat.

 

 

  

De Luc FERRY à  lire : 

 

La sagesse des mythes  chez  Plon
La tentation du christianisme  ( avec Lucien Jerphagnon ) chez Grasset
Quel avenir pour le christianisme ( avec Philippe Barbarin ) chez Salvator

Combattre l'illetrisme ( 2009 ) chez Odile Jacob

La révolution de l'amour. Pour une spiritualité laïque ( 2010 ) chez Plon

 

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3 juillet 2020 5 03 /07 /juillet /2020 08:35
La légende du roi Arthur et la forêt de Brocéliande

Les romans, relatant l'épopée du roi Arthur et de ses chevaliers, sont à peu de choses près l'équivalent, pour le nord de l'Europe,  de ce que L'Illiade et l'Odyssée est pour la civilisation méditerranéenne, à la différence que ce trésor culturel tomba trop vite dans l'oubli et ne fut pas suffisamment diffusé hors des frontières de l'ancien monde Celte. Ils prennent forme dans la littérature au XIIe siècle et relatent l'histoire d'un chef Celtique qui, au Vème siècle, aurait mené la lutte contre les Saxons. Mais il n'est pas impossible non plus que Guillaume le Conquérant et la fameuse bataille d'Hastings ( 14 octobre 1066 ), où le Normand battit les armées de Harold II, n'aient inspiré les auteurs de ce cycle romanesque. Ces oeuvres sont à la fois imprégnées de civilisation médiévale, de féerie et de mythes celtiques. L'idéal profane et courtois de la chevalerie et l'idéal religieux et mystique le plus pur s'y côtoient sans cesse.

 

La cour du roi Arthur, coeur de toutes les actions, d'où partent et où s'achèvent les diverses aventures, apparaît comme le modèle de la société féodale. Il y règne un code de chevalerie rigoureux dont chacun est tenu d'apprendre et de respecter les droits et les devoirs. Il existe même un code délicat d'amour courtois, selon lequel le chevalier doit à sa dame ce que le vassal doit à son suzerain. C'est sur cette riche toile de fond que s'inscrivent les cérémonies, les tournois, les fêtes, les adoubements, les amours des preux chevaliers et de leurs damoiselles, au long de ce qu'il est convenu de nommer le cycle arthurien.

 

Proche de ce monde marqué par la violence des réalités guerrières et l'ardeur des passions humaines, un autre monde surnaturel s'ouvre aux personnages de cette suite de romans : la forêt de Brocéliande, royaume des fées et des magiciens. Les eaux profondes du lac de Diane abritent l'enfance de Lancelot et retentissent de l'écho de fêtes étranges. Les amants de Morgane - la maléfique - s'égarent dans le Val-Sans-Retour. Merlin l'enchanteur abandonne peu à peu ses pouvoirs à la fée Viviane et se laisse enfermer dans une prison d'air auprès de la fontaine de Barenton. Un sanglier imprenable entraîne la chasse royale dans une course éperdue depuis les étangs bleus de Paimpont jusqu'au Golfe du Morbihan.

 

Un autre thème se mêle aux précédents et lui confère une dimension mystique : il s'agit de la quête du Saint-Graal. Le Graal est la coupe précieuse qui servit à la célébration de la Cène et dans laquelle Joseph d'Arimathie recueillit le sang du Christ au soir de la Passion. La recherche du Graal est la plus haute aventure qui puisse s'offrir à la chevalerie du roi Arthur. C'est pour rassembler les chevaliers dignes de s'engager dans cette quête que Merlin instaure la Table Ronde, clair symbole d'égalité entre les Preux, puisque nul n'a préséance.

 

Aujourd'hui encore la forêt de Paimpont ( la Brocéliande légendaire ) ne compte pas moins de 8000 hectares de landes, taillis,  fougères,  pinèdes, égayés de nombreux étangs fleuris de nénuphars et festonnés de joncs. Le site le plus caractéristique est le Val-Sans-Retour, auquel on accède par des sentiers depuis le village de Tréhorenteuc. Des remparts et une porte fortifiée à demi enfouie sous la végétation sont les anciennes défenses du Château de Comper, hélas profondément remanié au XIXe, mais dont l'étang, qui se love à ses pieds, est selon la tradition celui où la fée Viviane recueillit le jeune Lancelot, fils de roi abandonné par sa mère, et l'éleva secrètement dans un palais de verre jusqu'à l'âge de dix-huit ans. Non loin, Le pont du Secret n'est autre que celui où Lancelot osa avouer son amour à la reine Guenièvre, épouse du roi Arthur. Mais le lieu peut-être le plus mythique est la fontaine de Barenton.

 

Bien qu'elle ne soit plus aujourd'hui qu'une maigre source au fond d'un bassin, on ne peut manquer d'évoquer les rendez-vous galants que la fée Viviane accordait en cet endroit à l'enchanteur Merlin. Ce dernier, dans sa naïveté d'amoureux, lui divulgua un jour ses secrets et se retrouva prisonnier d'un mur d'air qu'il ne put jamais franchir, symbole du génie dominé par la ruse. C'est également en ce lieu qu'apparut un cerf blanc au collier d'or, que se déroula le combat victorieux d'Yvain, un des Chevaliers de la Table Ronde contre le Chevalier noir, gardien de la fontaine et, ici encore, qu'Yvain offrit au roi Arthur et à ses six mille compagnons un repas pantagruélique qui dura trois mois.

 

 

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L'HISTOIRE

 

Au coeur de la forêt de Brocéliande, Merlin l'enchanteur s'éprend de la fée Viviane. En témoignage d'amour, il lui offre une fête magique. Alors qu'en son royaume de Vogres, Arthur procède à l'adoubement de jeunes chevaliers devant la cour rassemblée. Il rappelle à chacun ses devoirs dans l'ordre de la Chevalerie, tandis que Merlin leur prédit les plus hautes et nobles aventures. Fils du roi Bau de Bénoïc, Lancelot, enfant délaissé par sa mère, est élevé par la fée Viviane. Il grandit auprès d'elle au fond des eaux du lac de Diane, dans un palais de verre. Lorsqu'il atteint l'âge de 18 ans vient, pour lui, l'heure d'accomplir sa vie d'homme et de se séparer de celle qui l'a recueilli et protégé.

 

A la cour du roi Arthur, Saraïde, messagère de la fée Viviane, requiert du souverain qu'il arme Lancelot chevalier. Après son adoubement, celui-ci obtient de la reine  Guenièvre de pouvoir la servir. Les premiers élans d'un amour réciproque s'éveillent en eux.

 

Pour les Chevaliers du roi Arthur, le temps est venu de se consacrer à la quête du Saint-Graal. Seul le meilleur Chevalier du monde sera digne de retrouver la coupe qui servit à la Cène et recueillit le sang du Christ. Merlin réunit les Chevaliers autour d'une Table Ronde où nul n'a préséance. Les Preux font serment de vouer leur vie à la victoire du Bien sur le Mal.

 

Près de la fontaine de Barenton, en forêt de Brocéliande, Merlin dévoile à Viviane les secrets de ses pouvoirs. La fée tisse alors autour de lui les murs d'air d'une prison magique qui le retiendra à jamais. Désormais seule sa voix parviendra à la conscience du roi Arthur et de ses Chevaliers pour inspirer leurs actions.

 

Lancés sur les chemins hasardeux de la Quête du Graal, les Chevaliers de la Table Ronde s'égarent à de multiples reprises, victimes d'infortunes diverses en cette recherche spirituelle qui s'avère d'une exigence terrible et met leur courage et leur volonté à rude épreuve. Alors que Lancelot, plus chanceux,  s'illustre par de nombreuses prouesses. Saraïde le prévient contre la tentation d'orgueil et lui rappelle les devoirs qui incombent au meilleur Chevalier du monde.

 

La cour de la reine Guenièvre réunit demoiselles, pages, dames, poètes, musiciens. Tandis que veille Morgane, la soeur du roi Arthur, dont le coeur est envieux et mauvais. Lancelot et Guenièvre se font l'aveu de leur amour, se rejoignent au Pont du Secret et se livrent à leur passion.

 

De nombreux Chevaliers ont déjà péri au cours de la Quête. Perceval, le naïf Gallois, sent naître en lui la vocation de la chevalerie. Mais il subit les quolibets d'une foule bigarrée et joyeuse. Plus tard, adoubé et accueilli dans l'ordre des Chevaliers, il recevra la vision lumineuse du cortège du Saint-Graal.

Lancelot se désespère de sa faiblesse. Il a osé aimer la femme de son roi. Mais la voix de Merlin lui rend l'espoir en l'assurant que son fils Galaad deviendra le maître de la Quête. C'est Lancelot lui-même qui l'armera chevalier. Auréolé de lumière divine, Galaad est bientôt considéré comme le meilleur chevalier du monde et prend sa place autour de la Table Ronde.

 

La passion qui lie Lancelot et Guenièvre les a égarés. En leurs âmes, le doute et l'espoir, le péché et la grâce s'affrontent tels deux chevaliers, l'un vêtu de noir et l'autre de blanc, en un combat incertain entre le mal et le bien. Comme eux les Chevaliers de la Table Ronde livrent souvent de vains combats et se perdent dans la nuit du doute et du découragement. Seuls trois élus, montés à bord d'une nef, vont mener la Quête à son terme : Perceval le vierge, Bohor le chaste et Galaad le pur. De retour à la cour du roi Arthur, Bohor fait le récit de cette ultime aventure : Galaad a été comblé par la révélation du Saint-Graal.


Resté en présence de Guenièvre, Lancelot renonce à son amour pour elle et supplie la reine de s'engager avec lui sur la voie du repentir.

 

La Quête du Graal achevée, que reste-t-il aux Chevaliers de leurs appétits terrestres, si ce n'est de s'épuiser dans la poursuite d'un sanglier imprenable ? Dans son manoir, Morgane dévoile avec perfidie au roi Arthur les images peintes jadis par Lancelot et qui, toutes, retracent ses amours pour Guenièvre. Parce que l'honneur du roi l'exige, le sort de Guenièvre doit se décider au cours d'un tournoi. Un mystérieux Chevalier accepte d'être son champion. Sa victoire sur Gauvain, le champion du roi Arthur, innocente la reine. Mais, lorsque celui-ci relève son heaume, tous le reconnaissent : c'est Lancelot qui disparaît avant que rien ne puisse être tenté contre lui.

 

Une nouvelle épreuve attend le roi Arthur : son fils Mordret a levé une armée de félons contre lui et revendique la couronne du royaume de Logres. Les Chevaliers de la Table Ronde s'engagent à le combattre aux côtés de leur souverain.

 

Au soir de l'ultime bataille, Guenièvre et Arthur se font leurs adieux. L'image de Merlin vient visiter le roi et l'exhorte à renoncer à une guerre sans espoir. Durant le gigantesque affrontement de la bataille de Salesbières, les héros de la chevalerie arthurienne sont décimés et le roi Arthur mortellement blessé. A l'instant de rendre l'âme, il demande à ce que son épée Escalibur, symbole de la justice et de l'unité perdues, soit jetée dans un lac. Seul un héros digne de ressusciter les prodiges de la Chevalerie du roi Arthur sera en mesure de la faire réapparaître.

 

Quant à Lancelot, dépouillé des symboles de la chevalerie, il s'avance solitaire, disant : " Je ne puis conserver en moi que l'ombre des souvenirs de cette terre provisoire ". Ainsi le veut le destin de l'homme, de tout homme sur cette terre, dans l'attente et l'espérance d'un monde meilleur...

 

autres articles concernant le roi Arthur et la légende du Graal :

 

A-t-on retrouvé le tombeau du roi Arthur ? 

 

Le roi Arthur, héros légendaire ou personnage historique ?  

 

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14 avril 2020 2 14 /04 /avril /2020 09:21
L'auberge peinte par Corot en 1845

L'auberge peinte par Corot en 1845

Ouverte en 1825 par Pierre-Louis Toutain, la ferme Toutain qui se trouve sise sur la route conduisant de Villerville à Honfleur, fut longtemps  le rendez-vous des marins. Ils aimaient, après les rudes virées en mer, boire un verre chez le père Toutain qui les accueillait avec bonne humeur. Déjà la beauté du site, qui domine Le Havre et la baie de Seine, attirait les  artistes. Le premier à y peindre la splendeur des paysages sera Corot qui, en 1845, représentera « La ferme Toutain », modeste chaumière à colombages et toit de chaume sertie parmi des prairies plantées de pommiers.

 

 

En 1848, Pierre-Louis épouse Catherine Virginie Morin dont les talents de cuisinière et la gaieté communicative feront merveille et transformeront la ferme en auberge accueillante qui propose, désormais, le gîte et le couvert aux visiteurs de passage. Ceux-ci seront nombreux à goûter à la spécialité de la patronne : le maquereau à l’oseille. En  1854, Boudin  y prend pension (40 frs par mois nourri et couché) et transforme bientôt l'auberge Toutain en un véritable lieu de rassemblement de peintres mais aussi d’écrivains, de musiciens et de poètes qui feront de cette ancienne ferme un haut lieu de la création artistique et de la vie simple et bonne, car chacun est heureux de vivre dans cet environnement mer/campagne. Par ailleurs, certains artistes n’hésiteront pas à peindre directement sur les murs, à l’aide de matériaux périssables, afin que l’intérieur des lieux soit le témoignage de ce qu’ils ne cessent d’inspirer. Une chapelle Sixtine païenne en quelque sorte …

 

La route de la ferme Saint Siméon par Monet
La route de la ferme Saint Siméon par Monet

La route de la ferme Saint Siméon par Monet

Ainsi, durant une quinzaine d’années, l’auberge Saint Siméon devient-elle le Barbizon de Normandie. Parmi les nombreux  peintres qui ne cessent plus de s’y croiser, il y a Daubigny, Courbet, Diaz, Jongkind, Monet, Bazille, Pécus et Adolphe-Félix Cals qui s'installe définitivement à Honfleur en 1873 avec sa fille et se plaît à peindre le port et les métiers de la mer dans un style puissant et humain où transparaît l'âme de ses sujets. Il meurt en 1880 à l'âge de 69 ans et repose au cimetière Sainte-Catherine de Honfleur. Et, bien entendu, les honfleurais de longue date comme Hamelin, Dubourg et Boudin, ce dernier ayant été l’initiateur de ces rencontres. Mais les transformations opérées par le nouveau propriétaire, l’élévation du bâtiment et le remplacement du toit de chaume par de l’ardoise puis, en 1887, la création d’un hôtel confortable, destiné à une tout autre clientèle, chassera les artistes vers d’autres lieux moins ostentatoires. Pissarro, y revenant en 1903, ne cachera pas sa déception :

 

« Nous avons couché à l’hôtel Saint Siméon, renommé par le séjour de tous les peintres depuis 1830 jusqu’à nos jours (Boudin, Corot, Cals, Daubigny, Monet, Jongkind), ces imbéciles de nouveaux propriétaires y ont mis bon ordre ! !  C’est affreusement peigné, astiqué, les allées rectilignes, sablées, on ne voit la mer que des  salles à manger. Des fenêtres des chambres, on ne voit même pas la mer ; en un mot, c’est arrangé pour les Anglaises qui affluent. C’est navrant ! C’est à vous fendre le cœur. » - écrit-il à son fils Lucien le 10 juillet de cette année-là. Le pavillon ensorcelé de Boudin n’existe plus  …

 

Adolphe-Félix Cals : pêcheur

Adolphe-Félix Cals : pêcheur

Cals : une allée à Honfleur (1877)

Cals : une allée à Honfleur (1877)

 

Oui, l’apogée de ces rencontres se situe bien aux alentours de 1864 quand se retrouve cette année-là le gratin de la nouvelle peinture et, entre autre, le trio composé par Boudin, Jongkind et Monet qui ont donné l’impulsion décisive au paysage impressionniste. Ces artistes travaillent alors du lever au coucher du soleil dans des paysages qu’ils considèrent comme le sommet de l'inspiration agreste, avec ses grasses prairies, ses beaux arbres et les lumières si changeantes sur la mer. La mer offrant un horizon délicieux à ces flots de verdure. Monet écrit : « Ici, c’est adorable, et je découvre tous les jours des choses toujours plus belles. C’est à en devenir fou, tellement j’ai envie de tout faire, la tête m’en pète. » Ainsi réalisera-t-il cinq études de « La route de la ferme Saint Siméon ». Courbet, qui les rejoint bientôt, communiquera au petit groupe un entrain inlassable et une véritable fièvre de travail. Si bien que l’on doit beaucoup à la mère Toutain qui avait su initier dans son auberge, avec son mari d’abord, puis seule après son décès, un climat propice à la création et à l’amitié. En effet, le peintre peut solliciter l'intuition et s'appuyer sur ses sentiments, son observation, son ressenti comme les poètes peuvent écrire des choses indicibles par le biais de la métaphore, faisant  émerger des aspects de la réalité que l'homme ordinaire voit, mais dont il n'intègre, ni ne perçoit les diverses facettes et interprétations . C'est sans doute ce que l'on nomme ... le génie.


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Buveurs à la ferme Saint Siméon par Dubourg.

Buveurs à la ferme Saint Siméon par Dubourg.

Vue sur la mer depuis la ferme par Boudin

Vue sur la mer depuis la ferme par Boudin

La lessive à la ferme par Boudin

La lessive à la ferme par Boudin

Jardin de la ferme Saint Siméon par Adolphe-Félix Cals

Jardin de la ferme Saint Siméon par Adolphe-Félix Cals

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15 janvier 2020 3 15 /01 /janvier /2020 09:50
Pour le plaisir et pour le pire - La vie tumultueuse d'Anna Gould et Boni de Castellane de Laure Hillerin
Boni de Castellane

Boni de Castellane

Laure Hillerin a consacré la plupart de ses ouvrages à des personnages considérés  comme des aristocrates épris de frivolités et dont les existences ne seraient qu’une suite de mondanités sans intérêt, alors que, plongeant dans les archives, elle redonne à ceux-ci leur juste dimension sociale et intellectuelle. Ses livres précédents sur la duchesse de Berry et la comtesse Greffulhe étaient déjà une immersion dans un historique passionnant que nous survolions jusqu’alors sans tenter de l’approfondir et voilà qu’elle nous propose aujourd’hui la biographie de deux personnages hauts en couleur : Boni de Castellane et son épouse américaine Anna Gould*. Cet ancien monde, tant décrit par Marcel Proust, prend ainsi un nouveau et surprenant relief  et la chronique consacrée à ce ménage si mal assorti nous offre une suite de rebondissements inattendus, des heures fastueuses aux lendemains qui déchantent, qui capte notre curiosité et notre intérêt de bout en bout.

 

Le Palais Rose de l'avenue Foch.

Le Palais Rose de l'avenue Foch.

Intérieur du Palais Rose avant sa démolition en 1972.

Intérieur du Palais Rose avant sa démolition en 1972.

Je me souviens du palais rose qui me faisait rêver dans les années 69. Ce gracieux monument en plein cœur de Paris, c’était le grand siècle ressuscité par un homme au goût incomparable qui, grâce à l’argent de sa femme, en avait fait un lieu d’enchantement. Les fêtes s’y succédaient et la dernière soirée mémorable était donnée le 12 janvier 1905 en l’honneur du roi Don Carlos du Portugal. «  Ce soir-là, un brouillard d’hiver enveloppe Paris et le Trianon nimbé de lumière émerge de la brume comme un songe ». Ce personnage hors du temps, la roche Tarpéienne va bientôt le précipiter dans le vide. Anna Gould a décidé de divorcer et d’aller porter son argent ailleurs. Boni le magnifique a tout perdu, mais ces événements seront l’occasion de  faire apparaître l’autre face de lui-même : derrière l'homme trop gâté par le sort se révèle soudain un Don Quichotte qui vivra son crépuscule avec autant de panache que d’élégance, d’intelligence que d’humour. « Qu’un homme ait retrouvé la bonne humeur et l’équilibre de sa vie après avoir été secoué par tant de succès et tant de revers, cela n’est pas une chose tellement commune. M. Boni de Castellane s’est plu à vivre une vie personnelle après avoir goûté au mirage d’une vie factice. Il aura eu l’esprit de ne vouloir ni la fin de Brummell ni celle de Pétrone. » - écrira le journaliste de l’Illustration Albéric Cahuet lors de la sortie en librairie de ses" Mémoires".

 

Homme de grande culture et excellent père de ses trois fils, Boni s’intéressera à tout : les arts bien sûr, mais également l’histoire et la politique qu’il pratiquera avec lucidité, transformant ces divers lieux de vie en véritable salon diplomatique où se croisaient les hommes et femmes qui comptaient à l’époque : Arthur Balfour, Aristide Briand, le maréchal Joffre, la reine de Roumanie, le shah de Perse, Clémenceau, ainsi que des écrivains comme Barrès et Claudel ou l’historien Jacques Bainville qui disait de lui : "Son goût était à lui seul une richesse". Atteint d’une maladie rare, Boni vivra sa dernière croisade sans rien perdre de sa gaieté et de sa formidable curiosité d’esprit et partagera avec Marcel Proust ce que Laure Hillerin nomme « un ballet épistolaire de séduction mutuelle ». Nous n’avons, hélas ! - que quelques lettres adressées par Proust à Boni entre juin 1919 et décembre 1920 et deux réponses de ce dernier qui prouvent les unes et les autres qu’ils s’appréciaient. La vie de Boni va bientôt ralentir son rythme au point qu’il notera non sans humour « qu’il surveille son agonie ». "Il a l’héroïsme de la gaieté" – souligne l’auteure. Il meurt le 20 octobre 1932 entouré de sa mère, de ses fils et de ses frères, à l'âge de 65 ans.

 

 

Anna Gould jeune.

Anna Gould jeune.

Quant aux tribulations d’Anna Gould, elles n’ont pas cessé depuis le divorce. Mariée en secondes noces avec un cousin de Boni, elle est devenue duchesse de Talleyrand et continue à mener grand train. Elle aura deux enfants de ce second mariage et sera  aussi trompée par son nouveau mari que par l’ancien, mais elle peut assouvir, selon sa fantaisie, sa fringale de luxe et de mondanités. Cette femme sans charme, sans beauté, sans talent deviendra bientôt un despote en chaise roulante, enterrera ses deux époux et ses quatre fils avant de disparaître à l’âge de 86 ans en 1961. « Toute sa vie, elle aura été « la fille de », « l’héritière de », « l’épouse de », riche de dollars qu’elle n’avait pas gagnés, fière de porter un nom et un titre qu’elle arborait comme des bijoux achetés à prix d’or, mais dont elle ne parvint jamais à incarner la noblesse et la grandeur, transposées chez elle en vulgaire despotisme. »

Ce livre se lit avec d’autant plus de curiosité qu’il brosse de façon détaillée le portrait d’une époque qui a vu le monde changer d’octave, où le marbre du palais Rose s’est transformé en béton gris de deux immeubles, « triste épilogue de cette longue histoire où le rêve souriant d’un esthète raffiné et munificent s’est mué en un austère bunker pour ultras nantis. » Boni est mort et il a bien fait, lançait un chroniqueur en 1932 en guise d’oraison funèbre, «  un homme de cette élégance et d’un ton aussi délicat ne pouvait vivre dans l’époque où nous sommes. »


Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
 

* Chez Flammarion
 

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Anna Gould, fille de Jay Gould magnat des chemins de fer américains, devenue comtesse de Castellane puis duchesse  de Talleyrand

Anna Gould, fille de Jay Gould magnat des chemins de fer américains, devenue comtesse de Castellane puis duchesse de Talleyrand

Laure Hillerin

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1 janvier 2020 3 01 /01 /janvier /2020 09:56
Mes voeux pour 2020

En ce nouvel an 2020 qu’exprimer, que dire, lorsqu’on réduit son attention à l’actualité immédiate et que l’on constate, avec affliction, que rien ne va décidément dans le bon sens, que notre pays s’enlise dans des conflits multiples, que la joie et le bonheur deviennent des denrées de plus en plus rares. Cependant, ne cédons pas au pessimisme et n’accordons notre attention qu’à ces choses positives et aimables qui parfois, il est vrai, sont tapies dans l’ombre. Car il y aura toujours en nous le goût irrésistible de la douceur d’aimer, de la joie d’espérer, de l’impatience de désirer qui procurent formes et qualités à nos existences.  En nous laissant guider par elles, nous sommes certains de vivre le meilleur et non le pire, et de mettre un peu de couleur, d’optimisme, de générosité dans la grisaille du quotidien. Belle et bonne année à tous. Sachons cultiver en nous ces choses simples qui  contribuent au bonheur.

ARMELLE

 

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Mes voeux pour 2020

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26 novembre 2019 2 26 /11 /novembre /2019 08:59
La guerre de Vendée

                           

« Le 26 mars 1792 » - écrit Gilbert Prouteau, « les cloches de six cents églises, muettes depuis plus d’une année, se sont mises à sonner à toute volée. Le tocsin de la croisade levait l’écluse de la grande marée. Un cortège innombrable , jailli des entrailles de la terre, issu des chemins, des breuils, des landes et des guérets, des collines et des métairies, des dizaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants, armés de piques, de vieux fusils à broche, de lance-pierres, de hachoirs et de bâtons de néflier, qui se retrouvaient dans le raccordement des sentiers et des routes et qui marchaient vers Machecoul et Montaigu au chant des cantiques. Un seul département contre quatre-vingt-dix gémissait un gentilhomme, nous allons être écrasés … Six mois plus tard, les meilleures troupes de la République reculaient devant cette armée en sabots. »

 

«  Si profitant de leurs étonnants succès, Charette et Cathelineau eussent réuni leurs forces pour marcher sur la capitale, c’en était fait de la République ; rien n’eût arrêté la marche triomphale des armées royales. Le drapeau blanc eût flotté sur les tours de Notre-Dame. Mais il manqua toujours un prince à la tête de la cause vendéenne ».  C’est ainsi que Napoléon juge de l’importance de l’époque vendéenne, dont il parlait encore à Las Cases du fond de son exil à Sainte-Hélène. En fait, ce qui confère à cette guerre meurtrière, son caractère mémorable, c’est qu’il s’agit d’une guerre subversive, conduite au nom des valeurs traditionnelles. Le nouveau régime cherchait à convertir la France à la liberté, à l’égalité et à la fraternité : les Vendéens se dressaient pour servir Dieu et le roi.


Ce qui frappe dans la Vendée pré-révolutionnaire est la solidarité qui unit les paysans et les nobles. Le château protège la chaumière. Les hobereaux, car il y a peu de grands seigneurs en Vendée, vivent en étroite collaboration avec ceux qui les servent. Tous communient dans le même respect de la religion et la pratiquent avec une égale ferveur. Quand survient la Révolution, elle est d’abord accueillie avec enthousiasme. A Beaupréau, proche de Chemillé, un des hauts-lieux de l’insurrection, on célèbre – comme partout ailleurs – un Te Deum en l’honneur de la prise de la Bastille et de l’abolition des privilèges. Mais le 12 juillet 1790, quand l’Assemblée constituante adopte la constitution civile du clergé, œuvre de Talleyrand, la Vendée s’indigne. Au printemps de 1791, le paysan Guillou de Saint-Christophe-du-Ligneron se bat avec une simple fourche contre deux cavaliers républicains. Couvert de vingt-deux blessures, on lui crie : «  Rends-toi ! Il répond : Rends-moi mon Dieu ! L’esprit de l’insurrection vendéenne tient tout entier dans cette réplique.
 

L’Assemblée constituante, au lieu d’agir avec un peu de souplesse, ne trouve rien de mieux pour mettre au pas les Vendéens rebelles, que d’envoyer des bataillons de gardes nationaux pour incendier les châteaux, profaner les églises, arracher les cloches, les vases et les ornements sacrés, briser les statues, pénétrer dans les maisons afin de confisquer les livres de prières, les catéchismes, les chapelets et les croix. C’en est trop. Les Vendéens ne peuvent rester sans réagir. Alors que l’article X de la Déclaration des Droits de l’Homme stipule que « nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public », la répression s’abat de plus en plus violemment sur les catholiques de l’ouest.


Un peuple entier prend les armes mais réalise très vite que pour mener à bien un tel combat, il lui faut des chefs. La base réclame un sommet. Alors ils se tournent vers ceux qu’ils ont appris à respecter : les nobles. Tout ne va pas sans quelques atermoiements. D’Elbée et Bonchamp hésitent, Charette de la Contrie se fait prier, La Rochejaquelein et Lescure n’interviendront que plus tard, après qu’ils aient été libérés de leur détention en tant que suspects. L’arrivée des nobles permet d’organiser un semblant d’armée, si bien que les victoires succèdent bientôt aux victoires et encouragent les insurgés qui se regroupent sous le nom d’armée catholique et royale.  Devant un tel soulèvement, les républicains commencent à s’inquiéter. Une proclamation est placardée sur les murs : « Nous vous apprenons aujourd’hui que le complot des infâmes prêtres et émigrés est de se servir des malheureux rebelles pour livrer nos côtes aux brigands de l’Angleterre, de l’Allemagne et de la Russie et établir sur ces rebelles eux-mêmes le régime des coups de bâton et l’esclavage le plus odieux. Ce n’est pas une chimère que ce projet enfanté par des traites ; l’auguste convention nationale en a toutes les preuves et la nation tous les moyens de le faire échouer. »


Le mois d’avril nourrit l’espoir des insurgés : victoire de Chemillé, des Aubiers et de Beaupréau. Ces événements exaltent les cœurs. A Fontenay, les Vendéens font trois mille prisonniers, prennent quatre mille fusils et trente canons et s’adressent au peuple français au nom de Louis XVII, le petit roi enfermé dans la prison du temple, afin que le ciel se déclare pour la plus juste et la plus sainte des causes. C’est alors que la convention expédie sur la Vendée la légion du Nord, commandée par le général Westermann et la légion germanique composée de déserteurs allemands passés au service de la République. Bien que peu disciplinées, les armées républicaines bénéficient de sérieux atouts : les ressources nationales, l’appui des autorités et, dans les grandes villes, l’adhésion d’une fraction des habitants. Les représentants de la République, réunis à Saumur, prennent le 27 mai la décision d’écraser envers et contre tout cette insurrection. Il n’y a plus d’autre solution, pour les insurgés, que d’attaquer la ville, ce qu’ils font. Saumur tombe et offre, par la même occasion, un butin énorme : quinze mille fusils, une cinquantaine de canons. Par ailleurs, tenir Saumur, c’est surveiller le passage de la Loire et intercepter la navigation ; en quelque sorte paralyser les communications entre Nantes et Paris. Cela permet également d’entrer en rapport avec les éléments antirévolutionnaires de la Sarthe et de la Mayenne. Les députés nantais, abasourdis par ce fait d’arme, s’écrient : « Nous sommes à la merci d’une ruée paysanne. »

 

Malheureusement les paysans aiment à retourner dans leurs foyers. Ils disent que le pavé des villes leur brûle les pieds. Ils entendent pouvoir échanger le fusil pour la charrue, selon les impératifs du moment. Soldat un jour, cultivateur le lendemain. La Rochejaquelin le confirme : «  L’armée n’était jamais assemblée plus de trois ou quatre jours. L’expédition, réussie ou manquée, rien ne pouvait retenir les paysans, ils retournaient dans leur foyer. » Il est vrai aussi que cette armée mène une guerre d’embuscade et de résistance, faite de coups de mains et de coups de force et qu’elle est plus à l’aise dans son décor naturel, le bocage ou les marais, que dans les plaines monotones, sans arbres, ni repères où leurs combats prennent une tournure plus malhabile.

 

Après l’échec de la prise de Nantes où Cathelineau est mortellement blessé, ce qui provoque le désarroi dans les rangs royalistes qui refluent en emportant leurs blessés, les insurgés subissent un nouveau choc terrible : leur défaite devant Luçon. « Si les Vendéens eussent pris Nantes – affirme Michelet – ils devenaient en réalité les maîtres de la situation. Un si grand événement leur eût donné à la fois la mer, la Loire, plusieurs départements, un vrai royaume de l’Ouest. » Napoléon ira plus loin : « Nantes a sauvé la République. » C’est dire à quel point Nantes et les pays de Loire ne regardaient pas dans la même direction. Aujourd’hui encore, nous subissons les affres de cette rupture qui n’eût pas à connaître l’Angleterre qui a conservé une royauté constitutionnelle. A ce sujet, Jean Dutourd écrit : « Avec la révolution, le peuple français a perdu une virginité qu’il avait conservée jusque-là, quels qu’eussent été ses désordres. Il n’est pas devenu adulte, ainsi qu’on dirait aujourd’hui, il a changé de nature, il a été dépouillée d’une espèce d’innocence historique. »

 

A la suite des défaites de Saumur et de Luçon, les insurgés vont subir une succession d’échecs et de réussites mais, soudain, le vent tourne et l’horizon se charge de lourdes menaces. Charette de la Contrie, en désaccord avec les autres chefs, regagne son marais. Début octobre, les Républicains prennent Châtillon-sur-Sèvre, siège du conseil vendéen et Westermann y massacre des centaines de paysans, ivres de fatigue. Les Vendéens se replient alors sur Cholet et y livrent un combat désespéré. D’Elbée et Bonchamp sont blessés,  Charette, retenu à Noirmoutier n’est pas là, les Vendéens ont perdu la partie et le cœur meurtri refluent vers la Loire dans le but de la traverser au plus vite. Entre Saint Florent-le-Viel et Varades, la Loire est séparée en deux bras par une petite île, ce qui facilite le passage, d’autant qu’en ce mois d’octobre 1793 les eaux basses sont plus aisées à franchir.

 

La Vendée militaire s’installe donc sur la rive droite, hors de la Vendée. Que reste-t-il à faire ? Où aller ? La Rochejaquelein propose de marcher sur Angers ou Nantes. Le 19 octobre, l’armée catholique et royale entre dans Château-Gontier où quelques milliers d’hommes la rejoignent, « ruisseau attiré par la coulée énorme du fleuve vendéen » - écrit Gabory. Peu après, elle occupe Laval. Westermann, qui a franchi la Loire à son tour, essuie un échec à la Croix-Bataille et Kléber en subit un à la hauteur d’Entrammes. A la suite de ce revers, ce dernier juge ainsi les insurgés dans un courrier qu’il adresse au Comité de Salut Public : « Nous avions contre no leur impétuosité vraiment admirable et l’élan qu’un jeune homme (La Rochejaquelein) leur communiquait. Ne vous laissez donc pas endoctriner par tous ces hommes qui vous disent que la Vendée est morte. »

 

Henri du Vergier, comte de La Rochejaquelein (1772 - 1794)

Henri du Vergier, comte de La Rochejaquelein (1772 - 1794)

La guerre de Vendée

Après l’échec de Granville où la flotte anglaise espérée n’est pas au rendez-vous, la question se pose à nouveau : où aller ? A Villedieu, l’armée des paysans vendéens est canardée par les paysans normands qui ne partagent pas leurs convictions et que ces hordes en sabots dérangent dans leur quotidien. La débâcle s’amorce et les vivres manquent. La faim creuse les visages, le froid s’ajoute aux souffrances et la dysenterie commence ses ravages. En sens inverse,  l’armée catholique et royale reprend la route de Fougères et de Laval. Le baron de la Touche décrit la retraite en ces termes : « Cohue famélique avec son pitoyable cortège de malades, de blessés noirâtres couverts de pus, entassés sur la paille des charrettes, des traînards de plus en plus nombreux ; parcours inverse des étapes de l’aller, sinistrement jalonné de charrettes abandonnées. » Les insurgés atteignent Angers le 3 décembre. Leurs rangs se sont éclaircis, ils ont été abandonnés par les Chouans, la fatigue et les épidémies ont fait le reste. Ils laissent sur le terrain pas moins de deux mille morts. Puis ils avancent vers Le Mans par Baugé et La Flèche. L’armée compte encore vingt-cinq mille hommes.

 

Le Mans est une cité peu défendue qu’ils occupent rapidement et qui leur permet au moins de faire main-basse sur les provisions, tandis que La Rochejaquelein et Stofflet tentent de réorganiser un semblant d’armée. Mais les Républicains veillent. Les fuyards sont poursuivis par les hommes de Westermann, ivres de sang. On fusille, on se livre aux pires atrocités. Non loin de Savenay, les Républicains rattrapent le gros de l’armée catholique. Marceau écrit : « On peut considérer cette bataille comme la plus mémorable et la plus sanglante qui ait eu lieu depuis le commencement de la guerre de Vendée. » Sept ou huit mille Vendéens y trouveront la mort. Hébétés, les rescapés franchissent la Loire à Ancenis. Des dizaines d’hommes vont se noyer, des centaines d’autres se feront tuer sur l’autre rive, peu en réchapperont. Le passage de la Loire fut son erreur, l’aide anglaise son mirage. En moins de soixante jours, cette armée de culs terreux héroïques aura parcouru, en un tragique aller-retour, cent-quatre- vingt lieues. Westermann peut proclamer fièrement : « Il n’y a plus de Vendée, elle est morte sous notre sabre libre avec ses femmes et ses enfants. Je viens de l’enterrer dans les marais et les bois de Savenay. J’ai écrasé les enfants sous les pieds des chevaux et massacré les femmes. Je n’ai pas un prisonnier à me reprocher. »

 

Malgré cela, les têtes pensantes de la République redoutent encore les menaces que l’insurrection vendéenne fait toujours peser sur elles. A Paris, Bertrand Barrère de Vieuzac prononce un discours où s’affirme l’implacable volonté de destruction des conventionnels : « Le Comité de Salut Public a préparé des mesures qui tendent à exterminer cette race rebelle des Vendéens, à faire disparaître leur repaire, à incendier leurs forêts, à couper leurs récoltes. C’est dans les plaies gangréneuses que le médecin porte le fer. C’est à Mortagne, à Cholet, à Chemillé que la médecine politique doit employer les mêmes moyens et les mêmes remèdes. Détruisez la Vendée et vous sauverez la patrie. »

 

Le jour même de ce discours le 1er août 1793, la Convention publie le décret suivant : « Il sera envoyé en la Vendée par le ministre de la guerre des matières combustibles de toutes espèces pour incendier les bois, les taillis, les genêts. Les forêts seront abattues, les repaires des rebelles seront détruits, les récoltes seront coupées et les bestiaux seront saisis. Les biens des rebelles seront déclarés appartenir à la République. »  L’article 8 de ce même décret prévoyait la déportation des femmes, des enfants et des vieillards qui devront « être soignés avec tous les égards dus à l’humanité » mais qui – foin de ces engagements – seront, en définitive, emprisonnés. Déjà à cette époque de monstrueux desseins s’élaborent. On pense à des moyens chimiques et Carrier, le bourreau de Nantes, intervient en ces termes : « Faites empoisonner les sources d’eau. Empoisonnez le pain, que vous abandonnerez à la voracité de cette misérable armée de brigands, et laissez faire l’effet. Vous tuez les soldats de La Rochejaquelein à coups de baïonnettes, tuez-les à coups d’arsenic ; cela est moins dispendieux et plus commode. »

 

En effet, durant l’été 1793, une grande quantité d’arsenic sera saisi à Palluau par Savin, l’un des lieutenants de Charette. Les douze colonnes, qui seront appelées « les colonnes infernales », se mettent alors en marche avec le projet de tuer, violer, brûler et piller au cours de ce qu’elles qualifient elles-mêmes de « promenades patriotiques », si bien, qu’en avril 1794, deux représentants en mission peuvent écrire dans leur rapport : »Soyez assurés que la Vendée est un désert et qu’elle ne contient pas douze mille personnes vivantes. » L’holocauste est achevé : 44 000 morts pour la seule Vendée et 200 000 si on ajoute les départements des Deux-Sèvres, du Maine et Loire et de la Loire-Atlantique.

 

Il y a une quinzaine d’années, Philippe de Villiers, dont l’ancêtre  Marie-Adélaïde de la Rochefoucauld avait été fusillée sur la plage des Sables-d’Olonne, enlacée à l’homme qu’elle aimait, eut l’idée de redonner souffle à la légende et à la vie de ses ancêtres et d’incanter en un spectacle original la saga des anciens temps. Au Puy du Fou, les femmes se remirent à broder des coiffes, les hommes enfourchèrent les montures des chevaux du bocage et les mots et les expressions revinrent  aux lèvres et aux visages de ceux qui avaient la charge de narrer la tragédie éternelle de la fidélité, de l’exigence, de la foi et du dévouement. Ce spectacle, unique en Europe, vit accourir des quatre coins de l’Occident des millions de spectateurs. L’un d’eux avait pour nom Alexandre Soljenitsyne. Il n’était pas là par hasard, sa visite avait un sens. En effet, le martyre des paysans vendéens rappelait d’étrange façon au dissident russe celui des paysans de son pays. Dans « Le livre noir du communisme » Nicolas Werthe note à ce propos : « Parmi les divers épisodes de la lutte menée par le pouvoir bolchevique contre la paysannerie, la décosaquisation, c’est-à-dire l’élimination des Cosaques du Don et du Kouban en tant que groupe social occupe une place particulière. Pour la première fois, en effet, le nouveau régime prit un certain nombre de mesures répressives pour éliminer, exterminer, déporter, suivant le principe de la responsabilité collective, l’ensemble de la population d’un territoire que les dirigeants bolcheviques avaient pris l’habitude de qualifier de « Vendée soviétique ». Ainsi, les mêmes régimes produisent-ils les mêmes effets ! 


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La guerre de Vendée
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11 novembre 2019 1 11 /11 /novembre /2019 09:01
Eloge du souvenir

 

Les peuples ne perdent la vie que quand ils perdent la mémoire.  Maréchal Foch

 

Journée du souvenir, le 11 novembre nous remet en mémoire un passé que l'on serait souvent enclin à oublier. Les temps ont tellement changé, me direz-vous ! Quel jeune d'aujourd'hui partirait la fleur au fusil guerroyer pendant quatre ans dans le froid, la boue, l'horreur des tranchées ? Quelle guerre mérite qu'on lui sacrifie sa jeunesse, son armée, mais également ses appelés, et que l'on saigne à blanc une génération, se privant ainsi de ses cerveaux, de ses coeurs et de ses bras ? Aucune, bien entendu...si l'on considère qu'il n'y a pas de cause qui justifie un tel sacrifice. Néanmoins, n'est-ce pas ce qu'on fait, au cours des siècles, des millions de jeunes hommes, afin de sauver leur patrie forgée, au cours des âges, par le génie, la volonté, la ferveur, la compétence, le courage de leurs ancêtres ? Un pays a une âme, un visage à nul autre pareil. Une patrie a un sens, un rôle, une raison d'être. La terre est pour chacun de nous un lieu d'ancrage. Si nous nous exilons, c'est le plus souvent contraint et forcé et, à l'heure du soir, rares sont ceux qui ne souhaitent pas s'en retourner mourir au pays.

 

Pas question pour autant de figer un peuple dans la piété archéologique de son passé. La France a toujours préféré une tradition vivante, transmise par le moyen de la coutume qui synthétise les lents et constants apports du temps, à une tradition momifiée dans les formules ou raidie dans les systèmes. Les faiseurs de systèmes et les créateurs de constitutions théoriques ignorent trop souvent que la diversité des pays rend bien difficile l'adoption de plans politiques uniformes et absolus. Seuls demeurent constants les principes premiers de toute société basés sur l'immuabilité de l'essence des choses et de la nature humaine. En effet, cultiver le rêve d’un pays universel dans un monde violemment divisé en groupements rivaux serait condamner une  population à être dupe de ses voisins et à disparaître à plus ou moins brève échéance. Il est donc normal, et ce le fut de tout temps, de défendre la cité menacée. On a trop souvent tendance à mettre l'accent sur la seule amitié d'homme à homme, sur le contrat qui unit ensemble les membres d'un peuple et à exalter la nation au moment même où on lui prêche l'oubli des seules raisons permanentes de sa cohésion : celles que lui donne sa qualité d'héritière. " Car la patrie est l'héritage, la nation l'héritier ".

 

Nous savons à quels excès ont mené ces principes lorsqu'ils furent développés jusqu'en leurs extrêmes conséquences, aussi bien en France qu'en d'autres pays d'Europe. Les nations, qui ne doivent subsister que par l'effort volontaire de leurs membres, sont conduites vers les grandes simplifications mythiques de leur destin (qui n'est plus guère que matériel) et vers des images sublimées où s'accrochent les pires chimères et les pires erreurs, de même que s'exaltent dangereusement des engouements ou des haines irraisonnées envers d'autres peuples de notre vaste univers. Dégoûtés par ces excès, beaucoup de nos citoyens se jettent alors dans la négation même de la patrie et dans l'utopie d'une cité universelle déjà évoquée par la Révolution. Mais cette notion, probablement valable dans le royaume des âmes, ne peut l'être dans l'ordre politique. Pas davantage que ne peut l'être un monde sans racine, ouvert à tous les courants d'air de l'histoire.



Aujourd'hui, nombreux sont ceux - et à juste raison - qui s'épouvantent à l'idée d'empires gigantesques, d'une mondialisation possible devant lesquels le destin des frontières anciennes ressemble à celui fugitif des jardins enfantins. Et le doute se saisit d'eux. Les patries sont-elle condamnées ? Non, car la notion de patrie n'est pas une sclérose de l'être dans la piété de temps révolus, elle n'a en elle-même aucun caractère d'immobilisme, elle ne commande pas à l'homme le ressassement sentimental et vain de thèmes désuets. Ne nous leurrons pas : ce qui nous menace le plus n'est autre que le désamour. Le désamour de nous-mêmes et de nos valeurs. Or, ceux qui ne s'aiment pas ne savent pas aimer les autres. Rien ne se bâtit dans la désillusion et, pire, l'indifférence ou la désespérance. A ces jeunes gens, que la mort a ensevelis dans son suaire, les arrachant à l'aube de leur vie à une actualité dont ils se sont consciemment privés pour permettre à la nôtre de perdurer, demandons-leur de nous transmettre la ferveur du coeur et la clairvoyance de l'esprit.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Mon grand-oncle Marcel Chaillou mort à 25 ans lors des premiers combats en 1914.

Mon grand-oncle Marcel Chaillou mort à 25 ans lors des premiers combats en 1914.

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30 octobre 2019 3 30 /10 /octobre /2019 09:25
Un automne sur la colline

Tout va bien sur notre colline, les chaleurs sont derrière nous, les frimas ne sont pas encore là et quelques oiseaux se sont remis à chanter. Parmi eux Rubis, notre rouge-gorge, dont l’éducation des petits est terminée et qui  tient à nouveau compagnie à Yves. Il est vrai que cet été nous l’avons peu vu tant il était requis par l’obligation d’éduquer ses oisillons et de leur apprendre à voler. Mais tout est rentré dans l’ordre, les oisillons ont pris leur envol et Rubis profite du temps dont il dispose pour rejoindre le jardinier et gober les vers de terre que celui-ci offre à sa gourmandise en bêchant la terre. Et, bien entendu, il s'est remis à chanter avec un peu plus de mélancolie qu'au début du printemps et, ce, dès le lever du jour. Il lui arrive de nous accompagner un moment lors d'une promenade dans les environs ou de nous attendre à l'entrée de la résidence.

 

Quant aux moineaux, la fraîcheur a ravivé leur énergie, et ce sont de véritables  G20 qu’ils tiennent dans les buissons avec force pépiements  et envols car il y a parfois du rififi dans l’air. Cela agace d’ailleurs Rubis qui prend  le large quand ces belliqueux n’en finissent pas de s’expliquer dans les ramures. Les mésanges, quant à elles, accompagnées des tourterelles ne se laissent nullement impressionner par ce vacarme et s’empressent à satisfaire leur gourmandise en faisant honneur aux graines qu’Yves distribue en abondance. Il a d’ailleurs disposé dans les branches  les premières boules que les mésanges se plaisent à béqueter avec entrain et qui les aideront à traverser l’hiver sans souci de santé. Très acrobatiques, ces jolis volatiles se suspendent volontiers la tête en bas et dans toutes les positions. Drôles à observer, ils rivalisent avec les moineaux qui batifolent en attendant leur tour,  se présentant sur les lieux en escadrille.

 

 

Un automne sur la colline
Troglodyte

Troglodyte

Le minuscule Troglodyte à queue courte apprécie lui aussi notre jardin et se plaît dans les haies ou les branches mortes. L’hiver, il peut le passer avec quelques confrères dans une cavité de mur qui leur  permet de se pelotonner les uns contre les autres et de maintenir ainsi la chaleur car ils sont frileux. L'habitat troglodyte en quelque sorte ...

 

La Grive musicienne au dos brun et à la poitrine tachetée possède un répertoire étonnant de notes, ainsi qu’une centaine de phrasés différents. Elle peut même imiter des sons familiers comme celui du téléphone mais elle chante surtout au printemps et lorsque le temps s’annonce beau et chaud. Elle remplace aisément le journal météo.

 

Le Pinson est un oiseau bien fardé avec sa poitrine et ses joues orangé, sa tête et sa nuque bleu gris et son dos brun-rouge. Il semble que la palette du peintre se soit plu à le colorer. Il est doté d’un chant puissant et assez monotone avec seulement deux ou trois variantes. Il aime nicher à la fourche d’un arbre ou d’un buisson dans un nid de mousse et de lichen entrelacés et liés par une toile d’araignée. Quant au Verdier au bec robuste, il se  caractérise par une barre jaune sur ses ailes et sa queue et attire l’attention par ses cris nasillards et répétitifs qui ne relèvent pas vraiment du domaine de l’art musical. Pour sa part,  le Chardonneret n’émet que quelques gazouillis clairs et rapides suivis de trilles plus élaborées, de même qu’il charme par sa beauté et la mosaïque jaune vif, noire et blanche qui orne son plumage.

Grive musicienne

Grive musicienne

Pinson

Pinson

Verdier

Verdier

Chardonneret

Chardonneret

Venons-en à Rocco, notre écureuil fétiche qui se consacre actuellement  à la cueillette des noisettes et, croyez-moi, s’y emploie avec énergie. Comme la cueillette semble bonne, il cède sans souci à la tentation d’en croquer quelques-unes au passage, se posant sur son arrière train et cassant les  coques de ses dents solides. Ah, que c’est bon ! Yves l’a, par ailleurs, gratifié d’une ration supplémentaire, disposée dans un panier suspendu à une branche qu’il a aussitôt remarqué et qui a boosté  sa bonne humeur et son entrain. Si bien que nous avons eu droit l’autre jour à un véritable rodéo sur la pelouse et à quelques cabrioles du plus bel effet. Voilà Rocco tranquillisé quant aux réserves nécessaires pour assurer  la saison froide sans trop de souci. On sait que les écureuils dorment beaucoup l’hiver dans les refuges qu’ils s’aménagent avec soin à l’intérieur des troncs et que, prévoyants,  ils ont calculé d’avance ce qui leur sera indispensable pour traverser les rigueurs hivernales.

Les tourterelles ont, elles aussi, adopté notre jardin. Elles y sont au calme, bien nourries et à l’abri des chasseurs. Comme nos palombes d’ailleurs qui logent dans les hautes branches voisines. Ainsi le jardin se prépare-t-il sereinement à traverser  l’hiver. Les oiseaux y seront nourris et protégés autant que faire se peut, car nous avons parfois du enterrer quelques-uns de nos amis à plumes parce que les chats du voisinage viennent y chasser en catimini. Mais, en règle générale, le jardin est une joyeuse cour de récréation à toutes les saisons de l’année pour notre plus grand plaisir.
 

ARMELLE

 

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Tourterelles

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Rocco

Rocco

Une petite noisette en passant. Je les enterrerai ensuite pour l'hiver.

Une petite noisette en passant. Je les enterrerai ensuite pour l'hiver.

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16 octobre 2019 3 16 /10 /octobre /2019 09:13
Photo androuet.com

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Je dois l'avouer, j'aime particulièrement l'automne, la diversité de ses teintes, la douceur de ses lumières qui s'apprêtent à clore majestueusement le cycle des saisons avant les frimas de l'hiver. Demeurant dans une station balnéaire fréquentée, ce qui me frappe tout d'abord est la qualité du silence, l'espace revenu à sa solitude et dont les lignes et les reliefs de l'eau et du ciel composent le plus harmonieux et le plus dépouillé des décors. Ce qui étonne ensuite est le ciel qui semble s'être un peu tassé comme s'il voulait se pencher plus intimement vers la terre avec une infinie délicatesse ; ou bien s'est-il voilé, enveloppant dans une déclinaison apaisée le mouvement régulier des marées qui, à leur tour, se font soit plus discrètes, soit plus farouches. Ou bien, à l'heure ultime, il s'enflamme, se saisissant du paysage dans un furieux accord.

 

 

Mais la forêt n'est pas en reste. Contrairement au rivage qui se décline sur le mode mineur sauf au coucher du soleil, les coloris les plus éclatants embrasent la végétation et lui confèrent un rayonnement où dominent l'or et l'incarnat. Quelle beauté que la traversée des bois quand un mince filet de lumière s'immisce entre les feuilles et les fait resplendir. Et puis il y a les odeurs : celle du champignon qui domine dans les sous-bois et que l'on ramasse avec gourmandise, de même que les noisettes, les mûres et bientôt les châtaignes. N'allez pas vous attrister en pensant que l'hiver est proche, que les nuits sont déjà plus fraîches et les jours plus courts ! Nenni,  l'automne n'est-il pas une saison qui nous reconduit progressivement vers l'essentiel ? Les plaisirs de l'été se sont certes éloignés, mais n'y a-t-il pas beaucoup à attendre d'un feu de bois ronflant dans la cheminée, de la lecture que nous reprenons à la tombée du soir, des réunions familiales lors des jours de pluie, des soirées qui se prolongent, des légumes et des fruits goûteux que nous ne tarderons pas à déguster : raisins, figues, noix, potirons, sans oublier le vin nouveau qui s'invitera prochainement à l'étal des magasins. 

 

 

Oui, l'automne est une saison magnifique, un point d'orgue somptueux que nous dédie la nature après les fastes de l'été. C'est la beauté parvenue à son terme qui se plaît à se retirer progressivement avec grandeur et solennité, avant de faire relâche pendant trois mois, de manière à fignoler un retour, plus juvénile que jamais, en mars prochain.
 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
 

 

ODE A L'AUTOMNE

 

Saison des brumes et des tendres moissons !
Automne, ami de coeur du soleil qui sans cesse mûrit ;
Tu conspires avec lui ; tu charges et tu bénis

De fruits les vignes qui s'enroulent autour du toit de chaume ;
Tu fais plier sous les pommes les arbres moussus du verger,
Tu gonfles la courge et tu arrondis la coque des noisettes
Avec une douce amande, tu fais éclore encor
Plus de fleurs d'arrière-saison pour les abeilles,
Pour qu'elles pensent que les jours chauds resteront à jamais
Car l'été emplit à ras-bord leurs moites alvéoles.

 

Qui ne t'a vu souvent parmi tes trésors ?
Parfois celui qui cherche dans les champs te trouve
Assis sans souci sur le sol du grenier à blé,
La chevelure doucement relevée par le vent qui vanne ;
Ou bien endormi dans un sillon à demi moissonné,
Engourdi par la vapeur des pavots, tandis que ta faucille
Epargne l'andoin suivant et toutes ses fleurs nouées ;
Et parfois comme un glaneur chargé tu gardes
La tête droite au-dessus d'un ruisseau,
Ou bien à côté d'un pressoir à cidre, l'oeil patient,
Tu regardes, heure après heure, les gouttes suinter.

 

Où sont les airs de printemps ? Oui, où sont-ils ?
N'y songe pas ; toi aussi, tu as tes harmonies.
Tandis que des nuages bariolés fleurissent le jour qui meurt doucement
Et mettent une teinte rosée sur les plaines de chaume,
Alors, en un choeur attristé, les moucherons se lamentent
Parmi les saules de la rivière, portés vers l'azur
Ou s'enfonçant selon que la brise légère vit ou meurt.
Et les grands moutons bêlent au milieu des collines,
Les criquets chantent dans les haies, et l'on entend les trilles mélodieuses
Du rouge-gorge qui siffle dans l'enclos des jardins,
Et les hirondelles s'assemblent et trissent dans les cieux.

 

John KEATS

 

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Lumière d'automne

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11 septembre 2019 3 11 /09 /septembre /2019 09:05
Toffee suivi de La preferida d'Edmée de Xhavée

Edmée de Xhavée est une fine mouche qui  connait mieux que personne le cœur des femmes, les intrigues de famille, le mal-être sentimental et ces vies qui se diluent peu à peu dans un ennui confortable. Edmée sait raconter le quotidien d’une plume suffisamment pimentée pour en relever le goût et épicer les deux récits qui composent son dernier ouvrage,  Toffee et La preferida publiés aux éditions Chloé des Lys. Ces romans sont très différents l’un de l’autre bien qu’ils nous décrivent le destin de deux  femmes qui ne reculent devant rien pour assouvir leurs pulsions et écrire leur vie selon leur désir, à contre temps de ce qui compose l’ordinaire de leur entourage. L’une est une amoureuse enjouée qui a envie de monter en grade, l’autre une manipulatrice sans état d’âme qui, année après année, parviendra à vider le coffre-fort de sa belle-famille à son seul profit.  

 

J’avoue un petit faible pour le premier récit, celui d’une Lolita charmante et délurée qui proposera avec audace un dernier frisson de vie à un veuf qui ne survivra qu’une année à la disparition de son grand amour. C’est une jolie histoire où le décor est bien planté et où les générations emmêlent leurs doutes et leurs espérances et gravent dans leur mémoire un passé plein de rebondissements et de surprises :

 « Des cheveux blonds, qu’il a retrouvés dans une petite pochette de maroquinerie verte. Pas d’indication mais il se souvient avoir été écoeuré, oui, écoeuré en la trouvant. Pourquoi, il n’en a plus aucune idée. Il ne sait d’ailleurs pas s’il l’a toujours, ni pourquoi il l’aurait gardée. Ou jetée. Maman avait les cheveux d’un très beau brun. Mais à sa mort ils étaient si ternes et rares qu’il ne pense pas qu’on a voulu se souvenir d’elle ainsi … il ne sait plus … Il aimerait que cette mèche blonde cesse de lui revenir en tête, alors qu’à la fin de sa vie il n’a que faire des détails inutiles et encore moins des désagréables. »
 


Le second récit est plus féroce, conduit d'une plume que l’auteure a trempée dans le vitriol tant le personnage principal, une certaine Olympe, est antipathique, sa vie se passant à détruire celle des autres avec l’aide de son faible mari Marc, et, ainsi, à ruiner sa belle-famille, principalement sa belle-mère  Régiman qu’elle laissera mourir sur la paille, lui ayant retiré, au fil du temps, ses meubles, ses bijoux, ses biens les plus personnels :

«  J’avais le souffle coupé, saoulée d’horreur devant leur plan déjà conçu et minutieusement mis au point depuis longtemps, c’était clair à présent, car leurs réponses ne connaissaient pas une seule hésitation ou réflexion partagée. Combien de soirées avaient-ils passées à régler tous les détails de nos vies pour les démonter ? »

 

C’est ainsi qu’Olympe consacrera son énergie à briser une famille par une guerre d’usure sournoise, conduite de main de maître par cette épouse perfide, qui n'aura de cesse d'effacer graduellement les vestiges du soir. Un livre qui invite à la réflexion sur les motivations secrètes de l'être et du paraître. Edmée sait faire cela avec assez de persuasion et de subtilité pour être convaincante. "Famille, je vous hais", ne serait-ce pas Olympe qui l'a prononcé ?

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE


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L'auteure

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  • : Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • : Grâce au pouvoir des mots, une invitation à voyager sur les lignes et interlignes.
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Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

 Soëren Kierkegaard

 

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   Goethe

 

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