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16 février 2017 4 16 /02 /février /2017 09:29
Le carnaval de Venise

 

 

Chaque année, le carnaval de Venise, comme celui de Nice ou de Rio, voit se réunir un public et des participants nombreux dans des cadres exceptionnels et le passé renouer avec le présent pour réactualiser des traditions anciennes qui mêlent les danses, les costumes et le goût de la fête. Mais  posons-nous d'abord la question : d'où vient l'appellation ... carnaval ? Les linguistes avancent deux hypothèses. Le mot pourrait venir du latin  carnem levare, priver de viande, de chair, ce qui annonçait le carême - ou, au contraire, de carne vale, la chair prévaut, ce qui dans les deux cas concerne le même objet, dans le premier, la chair ou viande que l'on mange, dans le second la chair que l'on convoite. Le carnaval est, on le sait, une transgression des interdits, une exaltation momentanée de ce qui, d'ordinaire, est défendu. A Venise, dès la Renaissance, cette transgression atteindra des sommets et, malgré les interdits, sera encouragée régulièrement par le gouvernement et l'Eglise, peut-être comme soupape, si bien qu'il se maintiendra contre vents et marées tout au long des siècles de la République, dans un tourbillon de licence et de plaisir.


Point de masques lors des premières fêtes. L'usage semble s'être répandu après la conquête du Levant. Une loi de 1268 autorise le port du masque, non seulement pendant le Carnaval, mais pour une période de 6 mois. Les Vénitiens prirent alors l'habitude de sortir masqués, richement vêtus, les femmes arborant leurs bijoux, ce qui fut interdit par la suite hors du Carnaval qui débutait certaines années dès le 26 décembre sur la place Saint-Marc. Bientôt les artisans spécialisés dans la fabrication des masques eurent leur statut propre, leur corporation différenciée de celle des peintres. De nombreuses boutiques s'ouvrirent dans la ville permettant à chacun de s'approvisionner en masques et en déguisements. Parmi ceux-ci, il y avait la bauta ou masque noble qui était une sorte de capuchon de soie noir formant mantille sur les épaules et par-dessus lequel les gentilshommes portaient le tricorne. Le port de la bauta se complétait par celui de la larva ou volto, simple masque blanc qui donnait une allure quelque peu fantomatique à qui le posait sur son visage. Les nobles dames, quant à elles, cachaient leurs traits sous la moretta, masque ovale en velours noir.

 

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Mais chacun, les patriciens comme les gens du peuple, pouvait adopter l'un des nombreux travestissements en vogue : turc fumant la pipe, médecin de la peste, avocat allemand, espagnol, juif, homme sauvage, diable, maure, bossu, sans oublier les personnages familiers de la Commedia dell'Arte: Arlequin, Pulcinella, Pantalon, Brighella, Colombine. La liste des déguisements serait interminable. Pendant cette période particulière, qui permettait tous les écarts, les milliers de courtisanes de Venise faisaient des affaires en or. D'autre part, le travestissement favorisait la prostitution masculine, la promiscuité et les débordements. Des espions, à la solde du Conseil des Dix, masqués évidemment, traquaient à l'occasion la débauche des uns et des autres, enfin je parle de ceux qui avaient une position en vue, et que l'on pouvait ainsi dénoncer et déboulonner aisément. Des lois furent promulguées, interdisant aux hommes de se costumer en femmes pour pénétrer dans les couvents et à quiconque d'entrer masqué dans une église ou le parloir d'un monastère. En temps de peste, le masque était prohibé mais, une fois l'épidémie terminée, la folie reprenait de plus belle. Elle allait durer jusqu'à la chute de la République, le gouvernement autrichien n'autorisant plus le masque que dans le cadre de soirées privées. De plus, les Vénitiens, fidèles à leur grandeur passée, répugnèrent à faire la fête sous le regard de l'occupant.


 

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Quand Venise fut rattachée au royaume d'Italie, le Carnaval resta lettre morte. La cité des doges n'était plus alors qu'une ville provinciale, meurtrie dans son orgueil. Hormis quelques soirée mémorables organisées dans des palais par des personnalités comme le comte Volpi ou Charles de Beistegui, Venise s'était endormie comme le ferait une femme derrière son moucharabieh. Il fallut attendre les années 1970 pour que le Carnaval, à l'instar du phénix, renaisse de ses cendres et, ce, sous l'impulsion de commerçants vénitiens et d'étudiants qui souhaitaient rendre un peu de féerie à leur cité.  Les tout premiers Carnavals tinrent davantage du happening  que de la fête longuement préparée et c'est peut-être cette improvisation et cette spontanéité qui eurent raison des réticences et en firent un succès. Maquillages et costumes firent leur ré-apparition, de même que les masques. Des soirées eurent lieu dans des appartements, des restaurants, dans les rues et le Carnaval de Venise put bientôt rivaliser avec celui de Rio. L'impact commercial et promotionnel d'une telle manifestation n'échappa à personne et nombreux furent ceux qui désirèrent s'investir davantage dans une manifestation devenue officielle, sans comparaison avec les premières flambées improvisées instituant bals, feux d'artifice et événements spectaculaires. D'autant que ces fêtes avaient le mérite de rendre vie à la cité au moment où l'humidité et le froid  n'incitent guère les touristes à venir y séjourner. Si bien que ce Carnaval est redevenu, depuis une vingtaine d'années, une véritable institution que de nombreux amateurs ne voudraient manquer pour rien au monde. Les Vénitiens s'investirent les premiers  dans cette résurrection qui procure à leur ville une manne inespérée. Spectacles et animations fleurissent un peu partout et une foule cosmopolite, qui joue le jeu avec enthousiasme, se donne rendez-vous sous le signe d'un travestissement éphémère qui la rend soudain tout autre. En une quinzaine d'années, le masque a rejoint la gondole parmi les objets qui symbolisent le mieux Venise. Vous en verrez exposés dans  les vitrines de la cité lacustre à quelque époque que vous vous y rendrez. Des artisans de talent confectionnent de très beaux modèles, soit inspirés de la tradition, soit de leur imagination. Et quelle cité autre que Venise pouvait mieux servir d'écrin à un cérémonial païen où chacun semble devenir le fantôme de lui-même ?

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

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Venise et les îles de la lagune

 

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Marcel Proust à Venise

 

La République de Venise pourrait-elle encore servir d'exemple ?

 

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2 février 2017 4 02 /02 /février /2017 09:53
Sur les chemins noirs de Sylvain Tesson

Sombre année 2014 pour la randonneur et écrivain Sylvain Tesson qui perd sa mère en mai et tombe d'un mur à Chamonix en août, chute de huit mètres qui lui brise les côtes, les vertèbres et le crâne et dont il sort quelques mois plus tard avec une paralysie faciale, la colonne cloutée de vis et des douleurs intenses dans le dos. Les médecins lui recommandent de se "rééduquer". Pour le marcheur inlassable, qui a parcouru une partie de la planète, cela signifie ni plus, ni moins : ficher le camp et reprendre la route ou plutôt les chemins noirs dans une campagne de silence, de sorbiers et de chouettes effraies. Lui qui connaît Samarkand, les forêts de Sibérie, l'Himalaya, les steppes russes et a pu mesurer l'immensité du monde, ce voyage de rééducation physique et morale se fera en France pour la simple raison que sur son lit de douleur, il s'était promis : "Si je m'en sors, je traverse la France à pied par les routes buissonnières, les chemins cachés, bordés de haies" - là où il existe encore une France secrète, ombreuse et protégée du vacarme des grandes agglomérations. 

 

Son départ se fera au col de Tende vers le Mercantour, puis il traversera le Verdon, le Comtat-Venaissin, l'Aubrac, le Cantal, le Limousin, la Creuse, l'Indre, la Champagne mancelle, la Mayenne pour gagner le Cotentin et achever son périple dans les genêts et les cardères du cap de la Hague dans "une aube fouettée de mouettes". Voici donc un voyage, né d'une chute, qui a permis à Sylvain Tesson de solder ses comptes et d'oublier ses infortunes. Une France traversée pour y trouver remède et oubli et dont le circuit lui réapprend à goûter les odeurs, les aubes, le ruissellement des bois, les hautes prairies et lui enseigne qu'un jardin est en mesure de fonder un système de pensée et qu'un insecte est une clef digne de la plus noble joaillerie pour ouvrir les mystères du vivant.

 

Durant ce parcours, il dormira souvent au pied d'un arbre, dans une combe moussue à la belle étoile ou dans un petit hôtel de village peuplé de vendangeurs. "Ainsi d'une connaissance parcellaire accède-t-on à l'universel" - souligne l'écrivain-randonneur. "Je sommais les chemins noirs de me distiller encore un peu de leur ambroisie". Grâce à eux, le marcheur retrouve non seulement le souffle mais l'inspiration, "la substance des choses, la musique du silence, l'odeur du tanin, le charme de la vie rurale, la musique des objets, la promesse des soirées piquées de lampions". "Ce dont j'étais le témoin" - écrit-il - "dans l'odeur doucereuse des filets aurifères, c'était la cousinage entre les princes de la vie et les paysans de la terre, cette fraternité d'enluminure pas encore fracturée par la lutte sociale. Un rêve romantique en somme".

 

Sylvain Tesson n'a pas prié Dieu de l'aider - il est agnostique - mais il l'a demandé aux sentes qui se perdent afin de nous permettre de nous retrouver : "Il était difficile de faire de soi-même un monastère mais une fois soulevée la trappe de la crypte intérieure, le séjour était fort vivable." Il y a, certes, des milliers de manières de fuir le monde : "Port-Royal était la façon la plus noble ; le monastère cistercien, la plus aisée ; le cabinet d'étude, la plus modeste ; l'atelier d'artiste, la plus civilisée ; le refuge de montagne, la plus hédoniste ; la grotte d'ermite, la plus doloriste ; la bergerie dans les alpages, la plus romantique ; la cabane dans les bois, la plus juvénile ; le fortin colonial, la plus classe".

 

Selon l'écrivain, toute longue marche a ses airs de salut. On se met en route, on avance en cherchant des perspectives dans les ronces ou, mieux encore...en soi. "On trouve un abri pour la nuit, on se rembourse en rêves des tristesses du jour". On élit domicile dans la forêt, on s'endort bercé par les chevêches ou le bruissement des feuillées," on repart le matin électrisé par la folie des hautes herbes, on croise des chevaux. On rencontre des paysans muets"

 

Avec ce livre, Sylvain Tesson, marcheur philosophe, nous donne la meilleure médecine pour nombre de nos maux et nous met en garde contre le danger le plus inquiétant qui soit : la modernisation effrénée qui met en péril nos paysages et nos âmes.  
 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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25 janvier 2017 3 25 /01 /janvier /2017 10:55
Le mystère de la Joconde en partie dévoilé

 

Etudiant le tableau de la Joconde, Pascal Cotte, ingénieur français et fondateur de la société Lumiere Technology, a découvert un portrait caché derrière celui de Mona Lisa. Cinq siècles après sa conception, la Joconde de Léonard de Vinci, tableau le plus célèbre du monde, n’en finit pas de fasciner. Nombreux sont ceux à avoir tenté d’en déceler les secrets. Or, Pascal Cotte semble en passe d'élucider le mystère ou, du moins, une partie essentielle. Sa découverte a donné lieu à une émission passionnante sur Arte samedi 21 janvier, dirigée par Andrew Graham-Dixon, où le spécialiste explique avoir identifié le portrait d’une autre femme caché sous le sourire énigmatique de la Joconde. Une analyse multispectrale est à l’origine de cette découverte.  L’incroyable conclusion découle de six années de recherche. Durant tout ce temps, Pascal Cotte a étudié le tableau dans ses moindres détails en utilisant une technique connue sous le nom de Layer Amplificator Method (LAM), littéralement "méthode des couches augmentées". La technique consiste à projeter sur l’œuvre d’intenses faisceaux de lumière dans 13 différentes longueurs d'onde, afin de mesurer les quantités de lumière renvoyées. Les mesures, effectuées à l’aide d’un posemètre, ont révélé les couches pigmentaires utilisées par Léonard de Vinci. "Nous pouvons maintenant analyser exactement ce qui se passe à l'intérieur des couches de la peinture et nous pouvons les peler comme un oignon » - explique Pascal Cotte. « Nous pouvons reconstruire ainsi toute la chronologie de la création du tableau"- ajoute-t-il. En effet, les résultats indiquent la présence de quatre phases différentes ou images sous la surface de la Joconde. Parmi celles-ci, la troisième image est le portrait d’une femme qui n’est pas la Mona Lisa du Louvre. D'apparence plus jeune, cette dernière présente des traits plus fins, un regard dans le vide et n’affiche aucun sourire. "Je me suis trouvé face à un portrait totalement différent de la Mona Lisa d'aujourd'hui. Ce n'est pas la même femme"- poursuit-il. Selon lui, il pourrait s'agir de la véritable Lisa Gherardini, la jeune femme  qui aurait servi de modèle à De Vinci. Une hypothèse qui remet en question l'identité de Mona Lisa. « Ces résultats font exploser en éclats de nombreux mythes et changent notre vision du chef-d’œuvre » - souligne  l’ingénieur qui avoue ne pas être capable de déterminer à quel intervalle de temps les deux œuvres ont été peintes. Pour d’autres spécialistes, en revanche, ces conclusions sont à tempérer. Certains ont d’ores et déjà émis de vives critiques à l’encontre des travaux de Pascal Cotte, dont les résultats n’ont  pas encore été soumis à une évaluation par ses pairs, processus standard permettant de vérifier leur véracité. De même l'interprétation qu'en fait le spécialiste ne fait pas l’unanimité. "Une apparence différente n’induit pas forcément l’hypothèse qu’il s’agit de deux personnes différentes" - suggère Claus-Christian Carbon, chercheur allemand et auteur d’une étude stéréoscopique du tableau. "Je suis assez sceptique, parce que l'hypothèse la plus simple est toujours la meilleure, je pense, c'est juste que le portrait a changé un peu". Divers chercheurs ont également appuyé la théorie selon laquelle les deux portraits retraceraient en réalité l’évolution de Mona Lisa. Il est courant qu’un artiste peigne une seconde version et réalise des modifications jusqu’à ce qu'il puisse atteindre le résultat final voulu  par le commanditaire du tableau. Il est vrai que Léonard commençait toujours par une esquisse et qu’il ne cessait de gommer certains éléments pour passer d’une étape à une autre. Ainsi élaborait-il ses tableaux couche par couche.

 

Ces révélations remettent néanmoins tout en question. Il y a 500 ans, un homme a peint une femme et a mis dans cette œuvre tout son génie. Or, à l’époque, on sait que Vinci était davantage passionné par ses recherches d'ingénieur que par l’exécution de commandes de portraits officiels, ceux des personnalités en vue à Florence, comme on le lui réclamait. Alors pour quelles raisons aurait-il accepté de faire celui de la fille d’un artisan, mariée à un marchand, Francesco del Jocondo, un homme peu affable de surcroît. Est-ce parce que le père de Lisa demeurait dans une maison juste en face de celle du père de Léonard, notaire à Florence ? Peut-être, cet artisan, ami de son père, avait-il rendu des services à la famille et Léonard a-t-il voulu faire plaisir à sa fille ?  Toujours est-il que Lisa n’était pas une grande dame. Et est-ce vraiment la version découverte par Pascal Cotte qui est la vraie Lisa, alors que celle du Louvre en serait une autre ? En effet, la première esquisse représente une femme plus jeune, moins mystérieuse, qui ne sourit pas et pose comme le ferait n’importe quelle jeune femme, irradiant moins de mystère et plus de naturel. Autre fait curieux, ce tableau n’a jamais été entre les mains du couple, Léonard de Vinci l’ayant toujours conservé par-devers lui, pour le reprendre ensuite et exécuter la Joconde que nous connaissons. Alors, pourrait-il y avoir plusieurs Joconde ? Car il existe également  la Mona Lisa de Isleworth, œuvre de jeunesse de Vinci représentant une femme plus jeune également et dont les experts ont reconnu qu’elle était de la main du grand peintre. Ce portait-là était-il la version définitive qui fut remise au mari de Lisa ?  On sait aussi que Raphaël a dessiné une esquisse d’après la Joconde qu’il avait vue dans l’atelier de Léonard et qui avait dû le frapper pour qu’il en reproduise le visage et, ce visage-là, est curieusement celui qui apparaît comme la première version, celle découverte par l’ingénieur Pascal Cotte sous l’officielle Joconde du Louvre. Mais qui est alors la Joconde que nous connaissons et que Léonard a eu soin d’emporter avec lui en France lorsqu’il a été invité à s’y installer par François Ier ?

 

Pascal Cotte suppose que Léonard a réalisé sur ce même support, qui avait servi à la première esquisse du portrait de la jeune Lisa, l’épouse de Francesco, une œuvre plus mâture commandée par son protecteur italien Julien de Médicis et qui représenterait une femme mythique, un amour inoublié du prince auquel Vinci a souhaité conserver la pose délicate de la jeune Lisa, avec ses mains posées l’une sur l’autre et cette interrogation dans le regard. Cette œuvre frappe d’autant plus qu’elle est l’incarnation du savoir, tout ce que Vinci avait découvert, au fil des années, sur la nature humaine et sur l’univers. Ainsi, postérieure à l’œuvre initiale, elle représente l’aboutissement et la conclusion d’une quête permanente, celle d’un génie qui n’a cessé de questionner l’être et le monde.

 

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La Joconde d'Isleworth

La Joconde d'Isleworth

Le portrait trouvé sous la Joconde du Louvre, peut-être Lisa del Jocondo née Gherardini.

Le portrait trouvé sous la Joconde du Louvre, peut-être Lisa del Jocondo née Gherardini.

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18 janvier 2017 3 18 /01 /janvier /2017 09:51
Renaissance de l'hôtel RITZ


Paradoxe? C'est au moment où la grande hôtellerie parisienne de luxe traverse une crise majeure (entre 10 et 40 % de chute du chiffre d'affaires depuis les attentats islamistes de novembre 2015) que le nouveau Ritz ouvre ses portes. L'établissement de la place Vendôme échappera-t-il au phénomène, amplifié par le désordre social des dernières semaines ? Frank Klein, le président du Ritz, n'est ni sourd ni aveugle mais il en faudrait plus pour entamer son optimisme et sa fierté. Pour l'heure, ce sont les mots que l'on emploie pour parler de son hôtel qui le préoccupent. « Pourquoi « nouveau Ritz »? - s'étonne-t-il. « Les travaux entrepris depuis quatre ans n'ont pas donné naissance à un nouvel établissement dans le sens où il serait différent de ce qu'il a toujours été. Non, le Ritz que vous allez découvrir est éternel et le temps n'a pas de prise sur lui. Nous nous sommes juste donnés les moyens de poursuivre une histoire »…

 

Et quelle saga! Elle commence au début du XXe siècle avec Marcel Proust, dont la silhouette éthérée se glisse dans la nuit et semble avalée par la porte à tambour qu'actionne un valet. L'écrivain fait irruption dans la suite qu'occupe, à l'année, la princesse Hélène Soutzo. Un peu plus tôt, un coup de téléphone donné par Céleste Albaret, l’employée de Proust, avait tiré de son sommeil l'aristocrate roumaine. L'argutie était toujours la même: « Monsieur Proust, qui pense qu'il va mourir cette nuit, voudrait voir au plus vite madame la princesse pour savoir quelle robe elle portait à la réception de madame de…» A l'arrivée de l'écrivain, on étalait la robe qu'il avait tout le loisir d'observer pour en reporter, une fois rentré chez lui, la description dans La Recherche, où figurerait le personnage de mademoiselle de Saint-Loup, inspiré par la princesse Soutzo. L'un des plus grands romanciers français venant voir nuitamment la toilette d'une des femmes les plus élégantes de Paris pour l'immortaliser dans le plus grand roman français de tous les temps… Voilà quels souvenirs extraordinaires cet hôtel nous raconterait si ses murs pouvaient parler. Mais ici, les murs, comme les hommes, se taisent. Muets sur des secrets qu'une légendaire discrétion interdit de révéler. Et pourtant! L'hôtel de la place Vendôme a collectionné les aventures. Monument élevé à l'oisiveté, le Ritz est le linceul sublime dans lequel sont venues se lover les gloires du grand monde, de Coco Chanel, qui en avait fait sa  « maison », à la princesse Diana dont il fut, en quelque sorte, la dernière demeure… Symbole d'un art de vivre à la française où se mêlent dorures, livrées et argenterie, il a irrigué, des décennies durant, les veines universelles de l'élégance. Devenu un nom commun désignant le luxe absolu, ce palace symbolise avant tout l'excellence aux yeux de la planète. C'est la raison pour laquelle la transformation entreprise il y a quatre ans par son propriétaire, Mohamed al-Fayed, était attendue comme celle d'un chef-d'œuvre dont on espère que la patine aura résisté aux coups de pinceaux du restaurateur.

 

De la place Vendôme, on franchit le seuil du Ritz par la mythique porte à tambour refaite à l'identique. Celle qui était jadis actionnée par un membre du personnel en uniforme est désormais automatisée. Les grincheux regretteront l'élan balbutiant du mécanisme d'antan et cette teinte de chêne fatigué, mais la magie opère toujours et l'émotion nous étreint face au spectacle que découvre cette entrée. Devant nous se déploie le lobby en galerie, tel qu'il nous semble avoir existé au premier matin de l'hôtel, en juin 1898. Les fauteuils à la reine, rangés par paires, ont retrouvé leur place et leur éclat, adossés aux lourds rideaux dans un sublime damas de velours bleu nuit. Un somptueux tapis de galerie rehausse avec brio l'assise bleu roi des sièges et réchauffe le sol de marbre blanc.

 

Des appliques en bronze balisent l’allée qui conduit au salon Marcel Proust. Dominée par le portrait de l'écrivain, copie de l'œuvre de Jacques-Emile Blanche, la pièce ouverte sur le lobby est une grande bibliothèque ornée de boiseries dont les rayons servent de refuge à des dizaines de mètres de reliures. Posés sur un tapis à la manière de la Savonnerie, canapés, fauteuils et consoles en bois doré semblent interroger le passé. On y servira le thé, « à la française », c'est-à-dire sans scones ou autres pâtisseries d'outre-Manche auxquelles le chef pâtissier, François Perret, a substitué des madeleines beaucoup plus proustiennes. S'ensuivent deux grandes serres nouvellement construites, séparées par une cour au milieu de laquelle coule l'eau d'une fontaine. C'est la terrasse Vendôme, point de rencontre du bar du même nom et de L'Espadon, restaurant gastronomique, éclairé d'appliques en cristal de Venise, sur lequel règne le chef Nicolas Sale. Les fauteuils Louis XV, qui entourent chaque table, ont gardé sous l'accoudoir l'ingénieux crochet pour suspendre les sacs à main, une invention de César Ritz.

 

Commence ensuite, dans son prolongement, la galerie qui relie la partie Vendôme de l'hôtel à son côté Cambon, du nom de la rue sur laquelle on éleva un second bâtiment dans les années 1910. La nouvelle version a été pensée dans l'esprit des passages parisiens. Des vitrines enchâssées dans des boiseries montent la garde et cinq boutiques ont été créées, dont un concept store dédié à l'univers du voyage. Jadis assez sombre, elle est désormais éclairée par de grandes portes fenêtres qui s'ouvrent sur le jardin du Ritz, jusqu'ici ignoré. Ce havre de verdure est traversé d'une allée centrale de 26 tilleuls taillés en marquise et plantés dans des caissons en bois identiques à ceux de l'orangerie du château de Versailles. L'effet produit par ce jardin à la française (1 650 mètres carrés), est semblable à un décor de conte de fée dans lequel - et par on ne sait quel mystère, au cœur même d'un des quartiers les plus animés de Paris - on n'entend que le chant des oiseaux. Tout à côté, on retrouve le bar Hemingway. Là encore, rien n'a changé, même si tout a été refait. Le rond de cuir des hauts tabourets semble attendre de prendre la forme de nouveaux fessiers comme autrefois ceux de Scott Fitzgerald ou de Robert Capa.

 

Renaissance de l'hôtel RITZ
Renaissance de l'hôtel RITZ

La visite se poursuit en empruntant l’escalier d'honneur. Une lanterne monumentale en occupe le centre. Il conduit aux chambres dont l’élégance doit beaucoup au foisonnement de tissus empruntés aux plus grands éditeurs comme Pierre Frey ou la maison Veraseta. C'est au premier étage que se trouve, ouverte sur la place Vendôme, la suite Impériale - la plus belle de l'hôtel: 6 mètres de hauteur sous plafond, des bas-reliefs classés monument historique, une débauche d'étoffes fleuries brodées en soie sauvage, un lit monumental coiffé d'un ciel dont un impressionnant balustre clôt l'accès… comme à Versailles dans l'appartement de la reine.

 

Au deuxième étage, les suites s'enchaînent, dont celle baptisée Coco Chanel. Si Mademoiselle vécut plus de trente ans au Ritz, elle changea plusieurs fois de chambre, de sorte qu'on ne sait plus très bien dans laquelle elle demeura le plus longtemps : mobilier épuré des années 50, ton crème et noir, paravent en laque… Partout dans l'hôtel, des objets d'art ont été disséminés au gré des pièces : un baromètre en bois doré, des torchères en bronze, des cache-pots anciens et parfois des pièces de mobilier intéressantes à l'exemple d’un bureau en poirier noirci qui trône dans la suite Vendôme. Si le Ritz a modernisé son équipement en sacrifiant à la mode digitale - on commande sur écran lumières, rideaux, climatisation... -, il a conservé l'usage du boîtier créé par César Ritz, petit objet par lequel, en pressant un gros bouton, on appelle, depuis 1898, femmes de chambre ou valets. Les suites du troisième étage sont décevantes. Aménagées sous les toits, elles sont éclairées par des fenêtres et des œils-de-bœuf placés trop hauts pour qu'on bénéficie d'une vue. Exception faite de la suite Mansart, qui dispose d'une incroyable terrasse découpée dans la toiture et dont on imagine sans mal la vue qu'elle offre…

 

Le Ritz compte désormais 142 chambres dont 71 suites et se termine par le spa au sous-sol, entièrement revisité dans un esprit Chanel. La maison de la rue Cambon assure les soins. L'espace de fitness et la piscine, que fréquentent les abonnés du Ritz Club ont retrouvé une seconde jeunesse avec la réfection des mosaïques du bassin et l'ajout de buses thermo-ludiques. Ce qui en a longtemps fait le bassin le plus recherché de Paris existe toujours et, cerise sur le gâteau, a l’immense privilège de bénéficier de la diffusion de musique classique sous l'eau. Comble du raffinement, n’est-ce pas ?

 

En son temps, César Ritz avait trouvé le ton juste pour séduire une clientèle d'outre-Atlantique grâce au confort et à l'élégance que dispensait ce palace « où se conjuguaient l'hygiène américaine et le style louis XVI », écrivait Ghislain de Diesbach dans son importante biographie de Proust. Le Ritz atteignit vite des sommets d'excellence durant les Années Folles. Imperméable aux horreurs de la planète, le Ritz aborda la Seconde Guerre mondiale avec l'insouciance d'un enfant gâté. Loin des bruits assourdissants des bombes, l'hôtel ne connut que le tintement du cristal de ses coupes de champagne… Aucun danger ne semblait pouvoir affecter le palace comme le racontera plus tard l'archiduc Otto de Habsbourg, présent au Ritz un soir de juin 1940, tandis que Paris était occupé par les Allemands: « Le dîner nous a été servi dans les règles par du personnel en frac, comme si de rien n'était. Le souper était somptueux. » Et, quand l'épouse d'un diplomate américain demanda au directeur: « Comment avez-vous su que les Allemands arrivaient? », celui-ci répondit: « Parce qu'ils ont réservé…»

 

Même si la nationalité suisse de la famille Ritz protège l'hôtel d'une réquisition totale, Hermann Göring s'installe durant l'Occupation dans la suite Impériale tandis que le Tout-Paris de la collaboration fera du palace un îlot de douceur de vivre au milieu de l'enfer. Arletty et Coco Chanel y abritèrent leurs amours interdites avec des officiers allemands. On raconte même que, lors des bombardements, « mademoiselle Chanel descendait à l'abri souterrain du Ritz précédée d'un valet qui portait son masque à gaz sur un coussin de soie ». Mais si l'hôtel déroule un tapis rouge à l'occupant, une part du personnel sauve l'honneur, à l'instar du célèbre barman Frank Meier qui servira de boîte aux lettres dans l'opération Walkyrie. Des Juifs auraient été cachés dans des chambres de bonne et même des placards. Quoi qu'il en soit, au soir de la victoire alliée, le Ritz renouvelle opportunément sa clientèle et le voyage au pays de l'excellence se poursuit. Ernest Hemingway, débarqué avec les libérateurs, devient le pilier d'un bar qui portera un jour son nom et d'un hôtel à qui il enverra cette déclaration d'amour « Quand je rêve de l'au-delà, cela se passe toujours au Ritz de Paris. »

 

La saga des Ritz prend fin en 1979 quand la veuve de Charles Ritz - fils de César - vend l'hôtel à Mohamed al-Fayed. Une page se tourne, mais l'histoire de l'hôtel continue d'être écrite par une clientèle aux exigences parfois extravagantes comme le raconte Manfred Mautsch, chargé depuis trente-cinq ans de l'accueil : « Liz Taylor me fit un jour appeler pour qu'on retire un bureau de la suite qu'elle occupait parce que cela risquait de fatiguer Sugar, son chien, obligé de le contourner. » Et de se souvenir aussi de ce Russe qui commanda 1 000 roses blanches et 1 000 roses rouges pour les offrir à une femme « parce qu'il ignorait des deux couleurs celle qu'elle préférerait ». Autre histoire édifiante, celle de cette Américaine qui, jusqu'en 1983, habitait à l'année au Ritz, d'abord avec sa mère puis seule. Elle occupait trois pièces et descendait chaque soir dîner dans des tenues très habillées qu'elle achetait l'après-midi, sa seule occupation… Pour combattre le désœuvrement qui la minait, elle acquit une boutique de détaxe sur l'avenue voisine des Champs-Elysées et, pour tromper son ennui, s'y improvisait caissière! « Eh bien, voyez-vous, cette clientèle-là n'existe plus » - conclut, nostalgique, Manfred Mautsch…

 

Sources : Philippe Viguié-Desplaces  -  Photos du Figaro

 

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Renaissance de l'hôtel RITZ
Renaissance de l'hôtel RITZ
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13 janvier 2017 5 13 /01 /janvier /2017 09:48
L'hiver des poètes

Comment l'ont-ils chanté l'hiver et sa blancheur silencieuse, ses ramures défeuillées et sa bise maligne qui siffle dans les branches, nos chers poètes ? La blancheur cristalline, le givre qui immobilise les paysages, l'oiseau en peine de nourriture, ont-ils inspiré leurs plumes vagabondes ? Oui, je m'en suis assurée et voici quelques-unes de ces mélodies douces qui disent la plaine blanche, immobile et sans voix et requièrent si bien la leur...

 


NUIT DE NEIGE


La grande plaine est blanche, immobile et sans voix.
Pas un bruit, pas un son ; toute vie est éteinte.
Mais on entend parfois, comme une morne plainte,
Quelque chien sans abri qui hurle au coin d'un bois.

Plus de chansons dans l'air, sous nos pieds plus de chaumes.
L'hiver s'est abattu sur toute floraison ;
Des arbres dépouillés dressent à l'horizon
Leurs squelettes blanchis ainsi que des fantômes.

La lune est large et pâle et semble se hâter.
On dirait qu'elle a froid dans le grand ciel austère.
De son morne regard elle parcourt la terre,
Et, voyant tout désert, s'empresse à nous quitter.

Et froids tombent sur nous les rayons qu'elle darde,
Fantastiques lueurs qu'elle s'en va semant ;
Et la neige s'éclaire au loin, sinistrement,
Aux étranges reflets de la clarté blafarde.

Oh ! la terrible nuit pour les petits oiseaux !
Un vent glacé frissonne et court par les allées ;
Eux, n'ayant plus l'asile ombragé des berceaux,
Ne peuvent pas dormir sur leurs pattes gelées.

Dans les grands arbres nus que couvre le verglas
Ils sont là, tout tremblants, sans rien qui les protège ;
De leur oeil inquiet ils regardent la neige,
Attendant jusqu'au jour la nuit qui ne vient pas.


Guy de MAUPASSANT

 


Ah! comme la neige a neigé !
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah ! comme la neige a neigé !
A la douleur que j'ai, que j'ai !

Tous les étangs gisent gelés.
Mon âme est noire : Où vis-je ? Où vais-je ?
Tous ses espoirs gisent gelés :
Je suis la nouvelle Norvège
D'où les blonds ciels s'en sont allés.

Pleurez, oiseaux de février,
Au sinistre frisson des choses.
Pleurez, oiseaux de février,
Pleurez mes pleurs, pleurez mes roses,
Aux branches du génévrier.


 Emile NELLIGAN
 


LA MORT DES OISEAUX
 

Le soir, au coin du feu, j'ai pensé bien des fois
A la mort d'un oiseau, quelque part, dans les bois.
Pendant les tristes jours de l'hiver monotone,
Les pauvres nids déserts, les nids qu'on abandonne,
Se balancent au vent sur le ciel gris de fer.
Oh ! comme les oiseaux doivent mourir l'hiver !
Pourtant, lorsque viendra le temps des violettes,
Nous ne trouverons pas leurs délicats squelettes
Dans le gazon d'avril où nous irons courir.
Est-ce que les oiseaux se cachent pour mourir ?

 

François COPPEE

 


LES NEIGES d'ANTAN
 

Dites-moi où, n'en quel pays,
Est Flora la belle Romaine,
Archipiades, ni Thaïs,
Qui fut sa cousine germaine,
Écho parlant quand bruit on mène
Dessus rivière ou sur étang,
Qui beauté eut trop plus qu'humaine
Mais où sont les neiges d'antan?

Où est la très sage Héloïs,
Pour qui fut châtré et puis moine
Pierre Abelard à Saint-Denis?
Pour son amour eut cette essoine.
Semblablement, où est la reine
Qui commanda que Buridan
Fut jeté en un sac en Seine?
Mais où sont les neiges d'antan?

La reine Blanche comme lis
Qui chantait à voix de sirène,
Berthe au grand pied, Bietris, Alis,
Haremburgis qui tint le Maine,
Et Jeanne la bonne Lorraine
Qu'Anglais brûlèrent à Rouen;
Où sont-ils, où, Vierge souveraine?
Mais où sont les neiges d'antan?

Prince, n'enquerrez de semaine
Où elles sont, ni de cet an,
Qu'à ce refrain ne vous remaine:
Mais où sont les neiges d'antan?

 

François VILLON

 

 

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5 janvier 2017 4 05 /01 /janvier /2017 09:06
Les patineurs de Pieter Brueghel

Les patineurs de Pieter Brueghel

                
Nous avons la chance d'habiter une région tempérée qui voit se succéder les saisons et varier les paysages. Il semble que ce qui était normal, habituel autrefois, le soit moins aujourd'hui, comme si le froid, la neige, le verglas n'étaient pas les conditions météorologiques habituelles en période hivernale. Alors oublions un peu les regrettables cafouillages et les désagréments qui surviennent fréquemment en ces mois de froidure et disons-nous que l'hiver est beau. Bien sûr il fait froid, bien sûr les routes sont parfois difficiles et dangereuses, bien sûr nous avons le bout du nez rouge, mais diantre ! que la neige est belle quand elle est là, que le froid est tonique et que les ciels semblent avoir été taillés dans le cristal !



Blanche la nature en hiver ? Oui ! Mais aussi verte, brune ou rousse, selon le lieu, la nature du sol, la végétation. Saison du froid, du givre et de la neige, l'hiver est aussi celle des fêtes. Elles sont nombreuses à parsemer le calendrier : Noël, la fête de l'enfance par excellence, celle de la naissance et de la re-naissance symbolisée par un Dieu qui s'incarne pour épouser notre condition, le Nouvel an qui marque le passage d'une année à une autre avec son cortège de voeux, l'Epiphanie et sa galette des rois, la Chandeleur et ses crêpes, Mardi-Gras et sa bonne table avant Carême, le Carnaval avec ses chars et ses masques et la Saint-Valentin avec ses billets doux. Autant de fêtes dont les racines remontent aussi loin que la mémoire des hommes et autant d'occasions de se réjouir ensemble.



Certes la nature paraît ensommeillée et comme immobile dans son corset de givre. Mais nenni, il n'en est rien ! Car, à l'abri des regards indiscrets, fleurs et plantes préparent patiemment le printemps et le spectacle de la nature ne fait relâche ... qu'en apparence. Regardez bien ! Ici une rose jette son ultime éclat ; là, un iris semble défier les frimas et bientôt les perce-neige, les crocus, le jasmin d'hiver feront leur apparition. Dans les arbres défeuillés, le gui vit toujours. Cette plante née des fientes des oiseaux est un des miracles de l'hiver, une trace de vie dans un univers glacé. Et si les fruits frais sont trop chers, profitons des fruits secs. Riches en protéines et en substances grasses, ils sont énergétiques et allient saveur et qualités nutritives. Quant aux légumes, ils ne manquent pas et sont peu coûteux. Ré-apprenons à cuisiner les lentilles, les choux, les endives, les poireaux, la pomme de terre, sans oublier le navet dont on disait jadis qu'il était l'allié idéal pour soigner les maladies de poitrine.



Quant à la galette des rois que l'on déguste volontiers les dimanches de janvier avec famille et amis, voici une recette simple qui vous prendra peu de temps à réaliser :

 

300g de farine - 150 g de sucre - 150 g d'amandes en poudre - 200 g de beurre - 4 oeufs

Mélanger la poudre d'amande et la farine. Ajouter le sucre, une pincée de sel, le beurre ramolli, les oeufs et un peu d'eau, puis travailler la pâte du bout des doigts. Avec un rouleau former la galette et y introduire la fève. Dorer au jaune d'oeuf le dessus de la galette et enfourner à four chaud pour environ 30 minutes.

 

 

L'hiver est une si belle saison qu'elle n'a cessé d'inspirer les artistes : les musiciens - pensons à Vivaldi et ses quatre saisons, Ravel et son Noël des jouets, Schubert et son Voyage d'hiver ; ainsi que les peintres depuis Brueghel l'ancien en passant par Arcimboldo, les impressionniste qui se sont plus à fixer sur leurs toiles les paysages enneigés, le norvégien Edvard Munch et les Japonais dont le thème des saisons se retrouve à la fois dans les peintures, les paravents, les portes coulissantes, les éventails. Les poètes ne l'ont pas dédaigné non plus, que ce soit Charles d'Orléans et son Rondeau de l'hiver, Théophile Gautier et son Bonhomme de neige, Pierre Emmanuel et son Adoration des bergers, Francis Jammes et son âne était petit, Jean Richepin et son Noël misérable, Guillaume Apollinaire et son Mardi-Gras ; enfin les écrivains ne l'ont pas mis sous le boisseau, depuis L'hiver chez les Scythes de Virgile jusqu'à Séraphîta de Balzac, Le voyage égoïste de Colette, Le petit jour de Marie Noël, La dinde de Noël de Moravia ou Un balcon en forêt de Julien Gracq.

 


Le nez rouge, la face blême,
Sur un pupitre de glaçons,
L'hiver exécute son thème
Dans le quatuor des saisons.

Il chante d'une voix peu sûre
Des airs vieillots et chevrotants ;
Son pied glacé bat la mesure
Et la semelle en même temps ;

Et comme Haendel, dont la perruque
Perdait sa farine en tremblant,
Il fait envoler de sa nuque
La neige qui la poudre à blanc.

                                                       Théophile Gautier

 


Si les températures de l'hiver restreignent certains de nos loisirs pratiqués en extérieur, elles favorisent ceux qui sont liés à la neige et à la glace : le patinage et le ski. Les sports d'hiver ont connu un extraordinaire engouement depuis l'après-guerre et ont constamment su se renouveler avec l'apparition de nouvelles techniques et de nouvelles disciplines. Aucun sport d'été n'en égale la saine et parfaite volupté. C'est la mort de la neurasthénie, la ruine des médecins, le krach des drogues. Un week-end à la montagne suffit à booster votre énergie pour le restant de l'hiver.

 

 

Quant aux mots de l'hiver, ils émaillent nos proverbes et nos dictons. Lorsque l'année commence, regardons bien le ciel. Cela nous permettra de savoir ce que seront les conditions météorologiques de l'année à venir. C'est du moins ce que prédit le dicton : Les douze premiers jours de janvier indiquent le temps qu'il fera les douze mois de l'année. Et ce que confirme cet autre : Les jours entre Noël et les Rois indiquent le temps des douze mois.

 


En janvier, un temps doux n'est apprécié que des citadins. A la campagne, cela n'augure rien de bon. Un mois de janvier sans gelée, n'amène guère une bonne année. Ou : Il vaut mieux voir un voleur dans son grenier qu'un laboureur en chemise en janvier. Le jour de la Saint Vincent ( 22 janvier ) est un jour important en zone rurale : c'est la fête des vignerons. Il semblerait que ce jour-là, l'hiver hésite : soit il s'achève, soit il redouble. A la Saint Vincent, l'hiver monte ou descend. Ou : A la Saint Vincent, tout dégèle ou tout fend.


Alors ...  JOYEUX HIVER !

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

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                                        Neige - Claude MONET  ( 1879 )

 

 

 

Route enneigée à Trouville de Monet

Route enneigée à Trouville de Monet

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1 janvier 2017 7 01 /01 /janvier /2017 09:00
2017 - Voeux pour qu'elle soit meilleure que la précédente

Une année commence comme une page qui s'ouvre, un roman qui s'amorce, une histoire qui se poursuit et qu'il faudra sans cesse inventer, écrire et réécrire, nourrir de ce qui l'a précédée, poursuivre et parachever. Qu'en ferons-nous, qu'en feront les hommes et les femmes politiques qui l'inspirent, la réalisent, la déterminent, la dictent, la dirigent dans ses courbes, détours et méandres et la bâtiront selon leurs directives et leurs improvisations. Auront-ils la sagesse et le discernement de la rendre meilleure que la précédente, celle qui s'achève dans l'insatisfaction de la plupart des Nations et le sang de milliers de victimes ? 

 

Oui, auront-ils la circonspection et le courage de penser davantage au bien-être de leurs populations qu'à leur propre carrière et à leur réélection ? Entendront-ils les sanglots des humbles et des dépourvus, le bon sens du petit peuple de besogneux plus proche qu'eux des réalités quotidiennes ? Oeuvreront-ils à rendre l'existence meilleure à la plupart, plutôt que de favoriser le confort de quelques-uns ? Se dévoueront-ils davantage pour les autres que pour eux-mêmes ? L'avenir nous le dira mais leur bonne volonté est requise si nous aspirons à rendre cette planète respirable pour tous. Rappelons-nous les mots de G.K. Chesterton : " Le monde est divisé entre les conservateurs et les progressistes. L'affaire des progressistes est de continuer à commettre des erreurs. L'affaire des conservateurs est d'éviter que les erreurs ne soient corrigées." Propos dur mais tellement vrai ...

 

L'année 2016 a vu trop de souffrances et d'injustices pour que l'on ne se fixe pas pour objectif d'éviter que celle qui commence aujourd'hui lui ressemble. N'est-ce pas aussi à chacun de nous d'habiter la réalité de façon plus résolue et de privilégier la beauté afin de promouvoir des réalisations dignes d'elle. N'est-ce pas à nos jeunes d'enlever leurs écouteurs de façon à percevoir les murmures du monde. A nous tous d'exiger des réalisations et des projets de qualité qui enrichiront nos enfants et de refuser ceux qui les abêtissent et les infantilisent. A nous enfin de faire en sorte que l'excellence redevienne "tendance". Alors nous pourrons espérer que le monde change enfin !

 

Armelle Barguillet

 

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2017 - Voeux pour qu'elle soit meilleure que la précédente
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30 décembre 2016 5 30 /12 /décembre /2016 09:40
La galette des rois - son histoire

Il n'est pas de tradition plus en vogue en France que celle de la galette des Rois et le petit objet noyé dans la pâte, la fève, son inséparable compagne. On tire désormais les rois pendant quinze jours, parfois davantage, avec les raffinements régionaux conformes à notre gastronomie qui n'est pas la même du nord au sud. Dans le Nord, au XVe siècle, on préparait un dessert à base de pâte sablée et de crème d'amandes, pâtisserie qui, au fil du temps, devint une pâte levée à la levure de bière. Dans le Sud, en revanche, on préparait "le gâteau des Rois", une brioche aux fruits confits en forme de couronne, parfumée à la fleur d'oranger. Aujourd'hui, un peu partout dans notre pays, on se régale de galettes en pâte feuilletée accompagnées de confiture, frangipane ou compote de pommes, dont le but, en dehors de satisfaire nos papilles, est d'obtenir la fameuse fève, objet à l'histoire originale s'il en est.

 

Celle-ci, je parle de la fève, existe depuis la nuit des temps. Grosse graine comestible, elle fut souvent identifiée à l'embryon humain comme symbole de vie et de fécondité. Attestée au Pérou sept mille ans avant notre ère, elle fut bien connue des Egyptiens et des Grecs qui l'offraient lors des mariages. Pour les Romains, elle servait, aux calendes de janvier, à élire un roi lors des saturnales, cette fête d'inversion qui avait pour mission de déjouer les jours néfastes de Saturne. La fève du gâteau était alors utilisée comme bulletin de vote pour élire le prince de ces réjouissances du désordre. Durant une journée, celui-ci pouvait exaucer tous ses désirs avant de retourner à son existence habituelle.

 

Ces festivités persistèrent chez nous au Moyen-Age, sous la forme de la fête des Fous, jusqu'au jour où l'église la fit coïncider avec "L'épiphanie", au mois de janvier, associant la fève à l'enfant Jésus, annonciateur d'une "nouvelle vie" pour les hommes. Plus tard, la galette et sa fève symbolisèrent l'offrande des Rois mages qui, douze jours après la Nativité, vinrent déposer leurs présents d'or, d'encens et de myrrhe au pied du Nouveau Né, d'où le mot épiphanie dont la racine grecque epiphanës signifie "illustre" ou "éclatant". De nos jours, ces offrandes sont symbolisées par la galette qui remplace ainsi la myrrhe, l'or et l'encens.

 

Les premières fèves en ivoire, en os, en argent ou en porcelaine apparaissent au XIXe siècle, au grand regret de certains défenseurs de la tradition ou de la dentition..., Guy de Maupassant ayant manqué de se casser une dent sur un bébé jouflu en porcelaine. Chaque pâtissier entend bien avoir sa propre fève, ce qui donne lieu à une production annuelle de milliers de modèles. L'objet a d'ailleurs son musée à Blain, en Loire-Atlantique. Avec ses quelques 20 000 fèves, cette institution associative d'arts et de traditions populaires, fondée en 1975 par Jean Doucet, est la référence pour les collectionneurs, les "fabophiles", dont la plupart sont des femmes. Ils s'y retrouvent chaque année, en mars, lors de la Bourse aux fèves où les négociations peuvent atteindre plusieurs milliers d'euros.

 

Les Allemands, férus de bibelots, seront les premiers producteurs de fève, bientôt suivis par les fabricants limousins Ranque-Ducongé, Laplagne et Limoges Castel. De 1920 aux années 1970, quelques 500 modèles accompagnent la galette, soit à peine 10 nouveautés par an. Aux côtés des croix d'honneur, coqs gaulois ou cochons coiffés d'un casque allemand, paradent le pingouin Alfred, compagnon de Zig et Puce, et les clowns, tandis que les "cassez-moi", sorte de petits étuis, attendent qu'on les ouvre pour lire leur poème secret.

 

Longtemps limitée à un petit nombre de modèles classiques, la fève tient aujourd'hui une extravagante chronique de notre époque, suivant avec plus ou moins de goût l'actualité. De la Coupe du monde de football au dernier dessin animé, aucun événement ne lui échappe et il y a gros à parier que les fèves du mois de janvier 2017 s'inspireront des moments les plus festifs de l'année écoulée.

 

Source : Valérie Collet

 

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20 décembre 2016 2 20 /12 /décembre /2016 10:03
Laura Rabia conduisant le Choeur de Trouville - Rosette photos

Laura Rabia conduisant le Choeur de Trouville - Rosette photos

Il y a des moments extraordinaires dans la vie où « on goûte au pain des anges ». A peine refermé le livre de l’académicien François Cheng au titre prémonitoire « De l’âme », j’ai eu la chance et l’honneur  d’assister au concert de musique sacrée donné le 17 décembre en l’église  Notre-Dame des Victoires de Trouville, là où la petite Thérèse Martin, devenue Sainte Thérèse de l’enfant Jésus, aimait à se recueillir, par la merveilleuse soprano Laura Rabia et son Chœur lyrique. Un moment d’exception  qui vous emporte au-delà des contingences de l’existence terrestre et vous ouvre des  horizons insoupçonnés.  Oui, voilà que le beau et le pur viennent à notre devant, que nous décollons du banal et du superflu, que le ciel s’entrevoit et que l’émotion nous envahit. En cette avant-veille de Noël, le Chœur lyrique de Trouville nous offrait une célébration de la plus haute inspiration, celle que des compositeurs comme Vivadi, Pergolèse, Mendelssohn, Debussy, Mozart, Fauré, Rutter et Adolphe Adam ont élaborée pour grandir l’homme et lui permettre de concevoir l’inconcevable, l’ultime, l’absolu, en quelque sorte cette part d’invisible qui veille en secret au dedans en nous.

 

Au programme, le « Stabat Mater » d’Antoine Vivaldi chanté par Laura Rabia et la délicieuse contralto Magali Zabiholla, toutes deux donnant à cette œuvre dédiée à Marie, la mère du Christ, une tendresse douloureuse suivi par le « Stabat Mater » de Battista Pergolese,  œuvre musicale religieuse écrite en 1736, deux mois avant sa mort, par ce jeune musicien italien de 26 ans, en hommage aux souffrances de la Vierge au pied du Calvaire et que Laura Rabia et Magali Zabiholla ont su interpréter dans toute sa dimension de transcendance et de transparence, la douleur élevant l’être humain au degré le plus ultime de l’abandon et de la confiance. Deux voix à la tonalité cristalline qui étaient bien celles de anges et ne pouvaient manquer de toucher au plus vif une assistance nombreuse et recueillie. Fraîcheur intense préfigurant Mozart, musique ailée et qui sait aussi se faire fervente, tous ces dons et qualités font de Pergolèse un grand compositeur. Simple dans son expression, élevé dans son art, il laisse une forte empreinte musicale. Rarement une telle limpidité fut atteinte. La légende s'est emparée de son image et l’a enjolivée de l’aura particulière dont bénéficient ceux que la mort emporte trop tôt.

Laura Rabia et Magali Zabiholla - Rosette photosLaura Rabia et Magali Zabiholla - Rosette photos

Laura Rabia et Magali Zabiholla - Rosette photos

Vint un extrait de la messe basse de Fauré, un « Ave Maria » de César Frank et le « Lacrimosa » de Mozart que je considère comme l’un des plus grands chefs-d’œuvre de la musique universelle. Ce «Lacrimosa» est celui de Mozart mourant dans son jeune âge et éperdu de solitude et de douleur qui bouleverse le cœur des hommes. J’ai écrit à ce sujet un article que vous pouvez lire en cliquant  ICI )

 

Le chœur entonnait ensuite les « Motets » de Félix Mendelssohn, musicien juif converti au luthéranisme et considéré comme l’une des hautes figures de la musique spirituelle du XIXe siècle. Ces motets composés pour voix de femmes et orgue ont trouvé leur pleine réalisation avec le Chœur de Trouville et son accompagnatrice, l’excellente et talentueuse Marie-Pascale Talbot. Chantés en latin, ceux-ci sont empreints de grâce. Dans la lignée de ses prédécesseurs, Mendelssohn s’efface devant la parole divine et la met en musique avec humilité. Evincé par l’antisémitisme du XIXe siècle et l’interdiction par les nazis de jouer ses oeuvres, il est redécouvert aujourd’hui et considéré comme un compositeur majeur de l’ère romantique, grâce à Dieu ! Proche de Schubert et de Brahms, son lyrisme travaillé et coloré s’apparente à l’oraison.

 

Suivait un très joli « Noël des enfants qui n’ont plus de maisons » de Claude Debussy, une pièce musicale peu connue et d’un charme profond et d’autant plus d’actualité lorsque l'on pense à ce que vivent les enfants d’Alep. Coïncidence tragique, Claude Debussy composa cette pièce en décembre 1915 en plein cœur d’une guerre qui allait faire tant d’orphelins et d’enfants sans maisons. « Nous n’avons plus de maisons, les ennemis ont tout pris, jusqu’à notre petit lit » - chante le chœur plein d’une douceur et d’une spontanéité enfantines. Ce texte est une prière qui fait appel à Jésus pour qu’il remédie à leur désarroi et les venge de  la cruauté humaine.

 

Pour terminer, Laura Rabia et son Choeur lyrique nous ont offert un vibrant  « Minuit Chrétien » d’Adolphe Adam sur des paroles de Coppeau de Roquemaure, chant traditionnel qui fait partie intégrante de nos Noëls français, suivi de « A Clare Benecdition » de John Rutter, compositeur anglais, héritier de la tradition liturgique anglo-saxonne qui, sans rien perdre de son harmonie, unit  une inspiration classique à une rythmique plus moderne. Un tonnerre d'applaudissements concluait ce superbe concert qui appelait chacun à une réflexion plus profonde sur le sens de la vie, sur la communion des esprits, sur la quête d’un monde meilleur, sur le partage des valeurs essentielles. Merci à Laura Rabia d’élever si haut cette inspiration, merci à sa merveilleuse accompagnatrice Marie-Pascale Talbot, merci à cette Chorale qui nous rend si sensible les remarquables pouvoirs et les constantes ressources de la voix humaine. Oui, un grand merci de nous avoir mis en orbite avec la voix des anges.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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13 décembre 2016 2 13 /12 /décembre /2016 09:34
Ma lettre au Père Noël 2016

Cher Père Noël,

 

Il m'arrive de me demander si, par hasard, tu n'aurais pas pris ta retraite sans prévenir personne et  si, lassé de voir la planète se déchirer en permanence, tu ne te serais pas enfui vers des cieux plus cléments ? Néanmoins, je tente encore de t'écrire cette lettre que je confie à la bonne grâce de quelque pigeon voyageur, de quelque oie sauvage, de quelque oiseau migrateur qui connaissent mieux que moi les voies rapides du firmament. Vois-tu, j'avais une idée à te proposer cette année car tu sais bien qu'il n'est pas question que je charge davantage ta lourde hotte en te réclamant des cadeaux pour mes petits-enfants. Ma suggestion est simple, celle que tu refuses de gâter qui que ce soit, même le plus adorable, le plus tendre, le plus sage des enfants, tant que des bombes iront en tuer des milliers dans certains pays. Oui, pas de gâteries pour les uns alors que les autres voient tomber du ciel une mort cruelle !

 

Sans doute mon idée rejoint-elle la tienne et hoches-tu du chef en te disant intérieurement que prendre ta retraite signifierait que tu éteins la dernière étincelle de merveilleux qui subsiste dans l'univers ? Mieux vaut que tu te contentes de faire grève aussi longtemps que le bruit des armes retentira, semant la mort alentour. Trêve de Noël ou mieux que cela : sainte colère face à l'inadmissible cruauté qui inspire aux hommes des actes barbares. 

 

Ta hotte restera probablement vide en ce mois de décembre 2016. Je te suppose blême de rage et invitant tes rennes à un repos partagé jusqu'à nouvel ordre, confiant  aux parents le soin d'assumer eux-mêmes le Noël de leurs petits. "Où sont mes frères, mes amis, mes semblables" - te désoles-tu - "dans ce monde fracturé de toutes parts ?" Je ne doute pas qu'une larme de mélancolie glisse au long de ta joue. Cher Père Noël, je t'embrasse en souhaitant que le monde devienne meilleur et que tu nous reviennes l'an prochain avec la "petite espérance" blottie sur ton épaule.

 

Armelle

 

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Ma lettre au Père Noël 2016
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Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

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