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22 juillet 2013 1 22 /07 /juillet /2013 07:52

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Lire entre les îles de la Mer des Caraïbes

 

Avec cet épisode notre voyage autour du monde se termine après avoir effectué quatre-vingt-treize étapes pour visiter trois-cent-soixante-douze œuvres littéraires d’autant d’auteurs différents. J’espère que vous avez pris un peu de plaisir à me lire et que vous en trouverez dans le nouveau projet que je prépare avec Armelle. C’est un petit bonheur de terminer ce périple dans la mer des Caraïbes ; j’ai un faible, vous l’avez peut-être remarqué, pour la littérature qu’on écrit sur les îles car même la misère y semble moins pénible. Nous terminerons donc notre voyage avec un poète, Derek Walcott, Prix Nobel de littérature, né à Sainte Lucie dans les Petites Antilles qui nous conduira à la rencontre de trois femmes venues d’horizons différents : la Portoricaine Rosario Ferré, la Dominiquaise (de la Dominique) Jean Rhys et l’Antiguayenne Jamaïca Kincaid.  

 

 

Heureux le voyageur

Derek Walcott (1930 - ….)

 

C’est toujours une grande frustration de lire de la poésie traduite et de ne pas pouvoir goûter à la source des vers ciselés par le poète, comme c’est le cas avec cette édition, quand la version originale figure en regard de la version traduite. Mais, même si on perd la musique, le rythme et la saveur des mots assemblés en une magique potion, il reste tout l’engagement du poète et la force des images et des évocations.

Derek Walcott, Prix Nobel de littérature, né à Sainte Lucie, petite île des Caraïbes, raconte l’exil, le voyage forcé, la fuite à laquelle il faut bien se résoudre.

«Bidonville, arrogance, censure et corruption font paraître l’exil un parti plus heureux que la patrie. »

Ainsi l’exilé pourra-t-il découvrir l’Amérique, du nord au sud et du sud au nord, voyager vers la vieille Europe où de sombres fantômes errent encore, ceux de la pire horreur de l’histoire et ceux qui ont violé la terre des ancêtres. Et il faudra bien revenir vers ces îles exubérantes dont les desperados, dictateurs en paillettes mais tellement réels et  cruels, et les poètes, messies de la paix et témoins des débordements, ont peuplé les toiles hollywoodiennes.

 

Ainsi, le poète chante les pays qu’il visite, ne s’éloignant jamais de l’élément liquide qui fut son berceau, plaçant les mots là où les autres mettent les images et dressant une galerie de portraits où l’on croise aussi bien Seferis que James Coburn, Borges que Jean Rhys sa voisine des Caraïbes.

Par ailleurs, le poète a une mission, il doit dénoncer et Walcott dénonce :

 

« Maître, chaque idée se méfie aujourd’hui

de son ombre. Un vieil ami chuchote chez lui

comme si elle pouvait le jeter en prison ;

les marchés n’acclament plus, selon leur habitude,

nos milices bottées, camouflées, qui en trombe

passaient sur des camions, les grenades sapotes

poussant à leur ceinture ; des idées en arme

divisent les îles ; sur les places obscures

les poèmes se rassemblent en conspirateurs. »

 

C’est un poète engagé qui lutte pour la liberté, la démocratie, la justice, les droits de l’homme, toutes valeurs qui n’étaient encore bien souvent que des mots dans ce semis d’îles quand il a écrit ses vers encore blessé par le racisme qu’il a dû supporter.

 

« Les doigts de la caissière évitent encore ma main

comme si elle allait roussir la sienne – eh oui, je suis un singe,

l’un de cette tribu de délirants ou mélancoliques primates

qui ont forgé votre musique depuis plus de lunes

que dans le tiroir de la caisse toutes les pièces d’argent. »
 

 Malgré, cette blessure, un peu d’aigreur et une certaine forme de découragement, le poète espère avoir lutté pour la cause des miséreux, de plus en plus nombreux, qui meurent de faim, et témoigné mais, humblement, il demande le pardon pour ce qu’il n’aurait pas fait : 

« Puisse la dernière lueur du ciel avoir pitié de nous

pour le tenace mensonge si flagrant que nous n’avons pas dénoncé. »

« … Je suis las des mots,

et la littérature et un vieux divan bourré de puces,

las de la culture dont on bourre les peaux de l’empailleur. »

 

Liens excentriques – Rosario Ferré (1938 – ….)

 

Avec ce roman, Rosario Ferré raconte la vie à Porto Rico mais l’histoire serait sans doute à peu près identique dans n’importe laquelle des îles Caraïbes, le soleil serait aussi chaud, les personnages aussi exubérants que les très nombreux qu’elle met en scène, la vie politique aussi trouble, la richesse et la misère aussi contigües. Elvirita, fille d’une riche famille de planteurs de canne à sucre, vit entre des parents qui ne l’aiment pas assez, des grands-parents au caractère bien trempé et une foule d’oncles et de tantes qui se démènent en politique ou en affaires mais aussi, pour certains, dans des jeux plus frivoles… une saga familiale qui montre le déclin de la canne à sucre et la montée en puissance des grandes fortunes parallèlement à l’explosion de la misère. Une photographie de Porto Rico au moment où l’île bascule entre plus d’indépendance et un renforcement du lien avec les Etats-Unis. Une belle page de littérature caribéenne.

 

La prisonnière des Sargasses – Jean Rhys (1890 – 1979)

 

Ce roman est un classique de la littérature anglophone caribéenne, certains y ont vu un double de Jane Eyre. J’ai relu ce livre récemment mais ma lecture de celui de Jean Rhys est trop ancienne pour que je me hasarde à un parallèle  argumenté. Antoinette est la fille de planteurs jamaïcains ruinés par la libération des esclaves ; elle vit avec sa mère qui sombre peu à peu dans la folie sous la pression des anciens esclaves qui se font de plus en plus menaçants. Envoyée dans un couvent pour suivre des études, elle est séduite par Rochester qui la déteste et la dépouille de ses biens avant de l’abandonner à la garde de deux domestiques. Elle ne gagne sa liberté qu’en incendiant la maison où elle est détenue comme elle l’avait gagnée une première fois lors de l’incendie du domaine familial qui la retenait comme une forteresse retient le seigneur à l’abri de ses murs.

 

Lucy – Jamaïca Kincaid (1949 - ….)

 

Lucy s’échappe de la petite île des Caraïbes où elle est née et où elle n’est pas heureuse dans sa famille ; elle déteste autant sa  mère qu’elle l’aime et son père ne l’aime pas. Elle est bien accueillie par une famille bourgeoise de New York qui accepte sans problème sa différence ; malgré cela, elle ne parvient pas à aimer les autres, son passé la rattrape sans cesse et lui impose les images de son enfance. Obsédée par sa différence, son sexe, elle n’arrive pas à s’intégrer dans la vie pourtant facile qu’on lui propose ; ses fantômes intérieurs sont trop forts, elle reste extérieure à ce monde qui n’est pas le sien et qu’elle ne peut envisager être le sien. L’écriture pourrait être une porte de sortie pour s’évader de ce monde clos où elle reste enfermée sur elle-même, mais l’est-elle ?

 

Denis BILLAMBOZ

 

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15 juillet 2013 1 15 /07 /juillet /2013 08:08

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Cet article, l'avant-dernier de Denis dans la rubrique " Les voyages littéaires", avait été oublié dans ma messagerie. Avec mes excuses, je vous le présente à la suite de son article de clôture et vous réitère la nouvelle que notre ami nous prépare une nouvelle rubrique pour les toutes prochaines semaines.


Lire entre Bogota et Georgetown


Dernier séjour sur le continent sud-américain avant de jeter l’ancre de notre périple dans la Mer des Caraïbes, là nous nous l’avions levée il y a près de deux ans maintenant. Pour cette dernière étape, j’ai regroupé le Venezuela, la Colombie et les Guyane (Guyana, Surinam et Guyane française) et c’est le Colombien Evelio Rosero qui nous accompagnera à la rencontre de son compatriote Alvaro Mutis, du Vénézuélien Arturo Uslar Pietri et enfin d’Oonya Kempadoo au Gyana. Un périple dans un immense territoire qui a été un véritable Eldorado avant que les blancs n’y importent la cupidité, l’envie, la violence, le cynisme et quantité de microbes qui ont décimé des populations fières et nobles qui voulaient vivre en paix.

 

Les armées

Evelio Rosero (1958 - ….)


Tout semble pourtant paisible dans cette petite ville de Colombie noyée au milieu des champs de coca. Ismael, ce vieux professeur respecté, est heureux au-dessus de son échelle à cueillir ses oranges mais surtout à mater la jolie voisine qui s’exhibe nue dans son jardin. S’il n’a plus la vitalité, il a pourtant conservé l’envie et il ne peut s’empêcher de contempler les jolies femmes et de les imaginer soumises à leurs désirs et au sien. Et, avec la séduisante voisine, s’instaure un petit jeu, entre le voyeur et l’exhibitionniste, plein d’innocence mais cependant empreint d’un certain raffinement sexuel. « Tout en elle suggère l’intime désir que je la regarde, l’admire, comme la regardent et l’admirent les autres … Elle a envie que des générations entières la regardent, l’admirent, la poursuivent, l’attrapent, la culbutent, la mordent, la tuent, la ressuscitent et la tuent encore. »

Et pourtant, ce petit monde, où les seules tensions sont celles que provoquent les hormones un peu trop agitées chez certains, bascule dans la violence, le cynisme et l’horreur quand la guerre débarque dans la région puis dans la ville. Les tueurs, armée et narcotrafiquants, paramilitaires et guérilla sont tous confondus dans une seule et même troupe qui sème la mort et la peur sur son passage sans que la population sache bien faire la différence entre tous ces « hommes en armes » comme les dénomme Horacio Castellanos Moya.

Voilà que les massacres commencent, les enlèvements avec demandes de  rançons se multiplient, les exactions deviennent courantes et l’horreur se banalise si bien qu’elle finit par faire partie de la vie de ces braves citoyens qui s’enfuient comme ceux qui ont déjà déserté les montagnes avoisinantes.  « Il y a moins de deux ans on comptait près de quatre-vingt-dix familles, mais avec l’arrivée de la guerre – narcotrafic et armée, guérilla et  paramilitaires – seize seulement sont restées. Beaucoup de famille ont été décimées, les autres ont dû partir de force et, depuis, qui sait combien de familles vivent encore là-bas. »

A son tour, Otilia, la femme d’Ismael,  disparait sans laisser de traces et le vieux professeur part à sa recherche sans grand espoir de la retrouver, à l'image de  tout un pays en quête d’une paix en laquelle il ne croit plus guère. Perdant de plus en plus ses facultés, Ismael divague dans la ville où il ne rencontre que la peur, la mort et bientôt plus rien, car il est resté l’unique  résistant malgré son apparente folie qui est peut-être, en fin de compte, la seule arme qui lui reste. « Comment puis-je rire alors que je n’aie qu’une envie : dormir et ne pas me réveiller ? C’est la peur, cette peur, ce pays que je préfère carrément ignorer en jouant les idiots avec moi-même pour rester vivant, ou avec l’envie apparente de rester vivant, car il est fort possible que je sois mort et bien mort, en enfer, et j’en ris. »

Là réside le drame de ce pays, pris entre des forces toutes aussi corrompues et cyniques, n’ayant aucun égard pour les populations qu’elles martyrisent, comme Ramon Chao en a rencontrées lors de son épopée, avec la Mano Negra, à travers la Colombie qu’il a décrite dans un « Un train de glace et de feu ». Cette violence, qui semble si  fatale qu’elle est devenue quotidienne, banale et inéluctable, a de quoi rendre encore plus crédible le livre de Fernando Vallejo : « Et nous irons tous en enfer ». L’humanité mériterait sans doute une telle sanction si on la regardait à travers le seul prisme colombien, tant l’inhumanité y a été poussée loin.

 

Ecoute-moi, Amirbar – Alvaro Mutis (1923 – ….)


Saisi par l’appât de l’or, cet or qui a enrichi les conquistadors espagnols, Magroll le Gabier,  déserte la haute mer et ses aventures pour escalader les montagnes andines à la recherche de cet or tellement désiré. Il ne trouvera peut-être pas d’or dans les gisements abandonnés qu’il prospecte, au milieu des fantômes de femmes qui font courir amour et folie sur le plateau,  mais il retrouvera le chant de la terre, la voix de la terre, de la terre de ceux qui étaient là avant les blancs, au temps où ce pays était encore un Eldorado. Un voyage dans un pays lunaire, abandonné, entre hauts plateaux glacés et vallées brûlantes, un pays mythique, un océan terrien que le gabier parcourra avant de rejoindre un estuaire envasé où il découvrira  un rafiot en ruines prêt à l’emmener vers de nouvelles aventures océaniques.


Le secret du manguier – Oonya Kempadoo (1966 – ….)


Oonya Kempadoo souffle un vent de fraîcheur venu d’un pays moite et brûlant, la Guyana, où Lula, l’héroïne qui n’a rien à voir avec le président brésilien, surprend les secrets d’une société gouvernée par un dictateur marxiste, en même temps qu’elle apprend à connaître les secrets de son corps et de son sexe. Isolée dans une campagne où il n’y a rien à faire, elle lit, se confie au manguier qui vient jusque sous les fenêtres de sa chambre, et, avec sa sœur et quelques amies, entreprend un voyage initiatique qui la fera passer de l’enfance à l’âge adulte, de l’innocence à la connaissance, de l’insouciance à la responsabilité.


Le chemin de l’Eldorado – Arturo Uslar Pietri (1906 – 2001)


L’or qui, au XVIe siècle,  coulait du continent sud-américain comme d’une source généreuse, a grisé bien des esprits, attisé bien des appétits et tenté les plus envieux dont Lope de Aguire qui, dans ce récit, constitue une troupe de mercenaires les plus douteux, pour partir à la recherche du pays où l’or est tellement abondant qu’il recouvre les maisons et le buste des indiens. La petite troupe s’engage sur le chemin de l’Eldorado qu’elle est persuadée de trouver au cœur de l’Amazonie, mais le voyage s’éternise et pas la moindre once d’or n’est découverte. Les moins téméraires se découragent, les plus faibles s’épuisent et les plus lucides commencent à douter. Néanmoins, le capitaine persiste dans son rêve et sa folie et poursuit sa route vers l’or qui le rend de plus en plus fou. Il doute de plus en plus de ses hommes, les surveille étroitement, élimine ceux qu’il juge les moins sûrs jusqu’à ce que sa paranoïa le conduise à anéantir complètement sa troupe. Un livre qui montre comment la cupidité et l’entêtement peuvent anéantir les entreprises les plus téméraires.
 

Denis BILLAMBOZ


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8 juillet 2013 1 08 /07 /juillet /2013 08:20

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Lire entre Lima et Quito
 

Après un double séjour dans l’immensité littéraire brésilienne, j’ai, une nouvelle fois, associé deux pays voisins pour construire une étape complète : le Pérou où j’ai rencontré l’œuvre de José Maria Arguedas qu’il ne faut pas confondre avec le Bolivien Alcides Arguedas (je me répète sans doute), et l’Equateur de Jorge Icaza, le seul auteur équatorien que j’ai rencontré à ce jour. L’œuvre d’Arguedas m’a ouvert le chemin conduisant au très célèbre Prix Nobel de littérature local, Mario Vargas Llosa, et à la toute aussi célèbre, mais pour d’autres raisons, Isabel Allende qui est bien péruvienne de naissance, même si elle a passé une bonne partie de sa vie au Chili. Je concède volontiers qu’elle est de nationalité chilienne comme son parent martyr mais il fallait bien que je boucle cette page, elle se présentait donc à point nommé dans ma pile de lecture au moment d’écrire ce petit exercice.

 

Diamants et silex

José Maria Arguedas (1911 – 1969)
 

Dans ce roman court, dépouillé, puissant, bâti comme une tragédie grecque, José Maria Arguedas, avec une intrigue banale, simple, tragique, évoque l’impossible rencontre des deux cultures qui cohabitent mal au Pérou : l’hispanophone du littoral et la quechua des hauts plateaux. Cette rencontre manquée fut aussi son histoire de métisse qui n’acceptera jamais l’opposition entre ces deux cultures, au point de se donner la mort.

Chassé du  village, par son frère, à la mort de leur père, Mariano, un jeune indien un peu « simple », vit avec un faucon et joue excellemment de la harpe mais seulement pour le riche propriétaire, descendant des conquistadors espagnols, qui possède la plupart des propriétés et des Indiens du gros bourg où se déroule cette tragédie. Il devient ainsi le musicien attitré du maître qu’il sert fidèlement jusqu’au jour où une jolie blonde arrive en ville mettant en émoi tous les garçons en âge de se marier, et plus encore leur mère, mais surtout le maître des lieux qui succombe au charme de la donzelle malgré la promesse qu’il a faite à la belle indienne au chant merveilleux qu’il a installée dans le bourg.

L’indienne entreprend alors la reconquête de son amant par le charme de son chant accompagné de la musique de la harpe de Mariano. Fou de rage de se laisser séduire par ce sortilège musical, le maître détruit brutalement l’instrument du jeune Indien. Le drame est noué, la tragédie éclate.

Cette histoire peut-être lue comme une parabole de la destruction de la minorité indienne par les conquistadors espagnols, mais on peut aussi y déceler, en filigrane, les forces occultes des civilisations amérindiennes capables de renverser la loi des envahisseurs. L’auteur essaie de nous prouver que la magie de la musique, issue du fond de la culture andine, et la superstition qui dépasse la foi chrétienne, peuvent agir comme des sortilèges plus forts que la brutalité et le mépris que les conquistadors infligent à leurs « laquais », ainsi qu’ils désignent les indigènes.


L’homme de Quito - Jorge Icaza (1906 – 1978)


Un « chulla », fils d’un blanc descendant des conquistadors espagnols et d’une indienne, croit fermement qu’il peut échapper à sa condition en accédant à une fonction administrative importante, contrôleur aux comptes d’une haute société, mais un grain de sable vient perturber le fonctionnement de la belle machine qu’il a mise en branle pour construire sa carrière, malgré l’arrogance et le mépris des blancs, grain de sable qui se glisse dans une histoire d’amour et chamboule complètement ses plans, le renvoyant à sa condition initiale et  l’entraînant dans la spirale infernale de la dégringolade sociale. Il trouvera finalement refuge dans les bas-fonds de Quito auprès de ceux qu’il avait un peu oubliés, ses compatriotes métisses, les « chullas », qui lui feront prendre conscience de sa double culture et de l’incompatibilité entre ces deux origines. Une occasion pour l’auteur de valoriser l’esprit et les mœurs amérindiens totalement opposés aux valeurs des blancs et rendant invivable la condition de métisse.


L’homme qui parle -Mario Vargas Llosa (1936 - ….)


A Florence, à la découverte de la Renaissance italienne, un touriste péruvien tombe en arrêt devant une exposition de photographies amazoniennes parmi lesquelles il distingue un cliché montrant un homme parlant au milieu d’un groupe d’Indiens. Sa mémoire rameute les vieux souvenirs et, avec quelques affabulations complémentaires, il se retrouve vite en compagnie du peuple machiguenga, au cœur de l’Amazonie péruvienne, dont il restitue la vie et les mœurs créant ainsi, ou recréant à mon sens, une mythologie amazonienne où, comme dans toutes les mythologies, la transmission orale, le langage, celui qui sait user du langage, sont les piliers essentiels du pouvoir. Dans ce livre Vargas Llosa conjugue à merveille ses connaissances de la civilisation amazonienne qu’il a rencontrée quand il était jeune et sa fabuleuse capacité à inventer des mythes plus crédibles que ceux qu’on étudie sur les bancs des écoles. Cet homme qui parle ressemble étrangement à un héros de la Grèce archaïque et pourrait figurer dans la théogonie d’Hésiode sans que personne ne s’offusque.


D’amour et d’ombre – Isabel Allende (1942 - ….)


C’est le roman d’un amour pur submergé par la boue et la fange de la dictature d’un pays d’Amérique latine qui pourrait être le Chili ou n’importe quel autre pays vivant sous le régime de l’arbitraire, de la brutalité et de la férocité. C’est un récit qui coule comme un grand fleuve d’Amérique latine, charriant le verbe en un flot lourd et bouillonnant où l’épopée le dispute à l’emphase, où les portraits les plus affûtés se heurtent aux truismes, aux clichés, aux incohérences, où les affluents abondent pour gonfler le flot limoneux de leurs courants torrentueux ou de leur cours le plus paisible. Un déferlement de mots qui emporte tout sur son passage pour ne laisser que l’impression d’une agitation désordonnée et de sentiments exacerbés par l’urgence de vivre une vie qui devient de plus en plus hypothétique.

Isabel Allende a voulu dénoncer ces gouvernements totalitaires qui étouffaient nombre de pays d’Amérique latine lorsqu’elle a rédigé son manuscrit, mais l’impétuosité de son roman ne lui donne ni la force, ni la conviction des œuvres de bien d’autres qui ont dénoncé la dictature et l’oppression avec, peut-être, moins de verbes mais plus de talent.


Denis BILLAMBOZ  -  à lundi prochain pour une de nos dernières étapes littéraires autour du monde  -


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D'autre part vous pouvez prendre connaissance de l'article qu'Armelle a consacré à  Mario Vargas Llosa en cliquant sur ce lien : 


Mario Vargas Llosa ou le porteur de flambeau

 

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1 juillet 2013 1 01 /07 /juillet /2013 09:23

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Lire entre le l’Oyapock et le Rio Grande do Sul
 

La vaste littérature brésilienne méritait bien qu’on lui consacre une deuxième étape sur la route de notre tour du monde par les livres. Après les maîtres rencontrés lors de notre premier séjour, nous prendrons l’attache de Walter Campos de Carvalho, lui  aussi  virtuose des mots, qui nous accompagnera à la découverte des œuvres de Sergio Kokis d’origine probablement grecque mais né au Brésil où il a grandi avant de rejoindre le Canada, puis João Guimarães Rosa, une autre plume originale et inventive et, enfin, Luis Fernando Verissimo, venu du journalisme, qu’il convient de ne pas confondre avec son homonyme Erico Verissimo. Une sélection éclectique qui montre l’immense diversité et la grande richesse de la littérature brésilienne.

 

La pluie immobile

Walter Campos de Carvalho (1916 – 1998)
 

Un homme, un centaure, lui, elle, son double, son reflet, André, Andréa arrive, sous une pluie diluvienne, dans une gare où il n’y a personne, à Capharnaüm, une ville chamboulée, explosée déstructurée, une Guernica littéraire. Dans ce livre, tout aussi déstructuré que la ville décrite, Campos installe un personnage totalement inadapté au monde qui l’entoure, la moitié masculine d’un couple de jumeau qui cherche en vain à combler le vide laissé par la moitié qui l’a quitté lors de la naissance. « … Inutile de feindre de ne pas sentir ce que je sens,  que je ne suis pas aussi une partie de toi, la moitié, exactement la moitié qui te manque, comme me manque ma moitié. Aimer son prochain comme soi-même, vois-tu : comme soi-même, comme nous-mêmes, toi et moi un seul, NOUS, exactement comme ils le demandent et l’exigent,… » Pour s’accepter, il faudrait qu’il s’aime et pour qu’il s’aime, il faudrait que sa sœur lui apporte la moitié de l’amour qu’il n’a plus lui-même, la moitié de l’amour venant de sa partie féminine que seule sa sœur de sang, « sa sœur de placenta », serait en mesure de lui donner. Même l’amour pour Clara n’est qu’une diversion qui élude Andréa, seule capable de lui faire oublier l’absence, si présente, de ce frère disparu, les coups du père violent et ceux du camarade matamore.

Ce personnage kafkaïen, qui se sent amputé de sa moitié et se voit aussi en centaure, erre dans Capharnaüm/Guernica, ville explosée comme le monde qui l’entoure, en rejetant violemment ce qui constitue la société dans laquelle il est, mais ne voudrait plus être : la famille, le bureau et l’ensemble de l’humanité enfantée par la Shoah, les exactions de Little Rock et l’invention de la bombe atomique. « Atum at Works ». Et, même le célèbre docteur, dans sa léproserie de Lambaréné, ne pensait-il pas avant tout à son salut avant de chercher à soulager ses patients ? Décidément, ce monde ne semble pas fait pour lui et la tentation du suicide l’effleure, même s’il reste en suspens devant la corde comme le pendu en suspension au bout.

Avec ce livre, Campos propose un ouvrage unique, à la construction cubique selon certains, à la puissance d’évocation incontestable, selon moi, livre qui cherche à stigmatiser les tares innombrables de l’humanité, les persécutions quotidiennes et les grandes exactions qui ont entaché l’histoire. Et livre de témoignage avant tout. « Ce qu’ils pensent, ce que je pense n’a plus d’importance : seul importe le témoignage. » Témoigner de la puérilité et de l’impuissance des hommes, de la cruauté des peuples, des nations, des hiérarchies, des structures, des organisations, … de ceux qui ont la charge du pouvoir. Et, peut-être aussi, à prévenir, car il se voit déjà comme les singes qui peuplent le célèbre film post apocalyptique : « Je marche avec les mains, pas avec les pieds : et pourtant je suis debout, je reste debout, juste un peu penché en avant, m’appuyant sur les mains du haut pour pouvoir garder l’équilibre. »

Un témoignage et, par ailleurs, un questionnement sur l’existence, la différence, l’unicité des individus, l’identité entrevue à travers le dédoublement de la gémellité. Une interrogation sur l’adéquation de l’individu avec le monde qui l’entoure.

Ce livre est aussi un formidable exercice de style, un jeu sur les mots, les homonymes, les différentes acceptions de certains mots pour créer l’ambigüité, sur les paradoxes qui se percutent, les répétitions qui permettent d’enfoncer fortement certaines idées. Un livre qu’il faut parfois recomposer ou contempler comme une toile de Picasso en essayant de déchiffrer son message. 

 

Negào et Doralice – Sergio Kokis (1944 - ….)
 

Une fabuleuse histoire d’amour tendre, passionnée, passionnante, une des plus belles histoires d’amour de la littérature, l’histoire entre Negào, un petit malfrat mulâtre d’une favela et Doralice, une jeune prostituée rouquine d’un bordel de Rio de Janeiro. Deux êtres destinés à se rencontrer, deux êtres que le sort réunit et assemble comme  la mer et le sable, le poisson et la rivière, le lion et la savane…mais une histoire que les hommes démoliront, broieront comme ils savent si bien le faire. Afin de s’accaparer la belle rousse, un policier fait tout ce qu’il peut pour éliminer son concurrent qui ne se laisse pas faire et déclenche une émeute sanguinaire dans les venelles des favelas. Un livre où l’amour et la haine se conjuguent avec violence, il est impossible d’admettre que tant d’amour soit gâché par de si médiocres sentiments, c’est la pureté originelle que les hommes assassinent. Tout le symbole des innocents, victimes de ceux qui convoitent le pouvoir et la richesse. Un livre qui m’a profondément ému et pourtant c’est de moins en moins facile.

Mon oncle le jaguar – João Guimarães Rosa (1908 – 1967)
 

Ce livre est un monologue, le monologue d’un chasseur métis qui se transforme, sous l’effet de l’alcool, en un jaguar, le jaguar qui pourrait être son totem. Mais ce livre est surtout un formidable exercice de création littéraire, la création d’un langage, d’une voix, d’une manière de déclamer, de feuler comme le jaguar, de « jaragouiner » comme dit l’auteur. « Jaragouiner » de manière à exprimer des choses que les autres ne comprennent pas, communiquer avec le monde que les humains ne connaissent pas, ne reconnaissent pas et pourtant… ?  Comment ne pas voir dans ce texte une forme de volonté de retour à la nature, à l’état originel, quand l’homme n’était pas encore une calamité pour la planète et, peut-être, plus modestement, une évocation des racines africaines d’une partie de la population sud-américaine.

Et mourir de plaisir – Luis Fernando Verissimo (1936 - ….)
 

Dix amis prennent plaisir à se rencontrer autour d’une bonne table pour évoquer exploits ou déboires mais, un jour, un des convives décède peu après le banquet, puis un autre, puis un autre,  et ainsi de suite, après chaque repas l’un des convives trépasse. La suspicion envahit les survivants, un assassin cherche-il à éliminer les amis les uns après les autres ? Mais pour quelle raison ? L’énigme et l’appréhension ne freinent en rien l’ardeur, ni la gourmandise des convives qui poursuivent leurs agapes meurtrières sans que la funeste règle ne change : un décès après chaque repas. J’ai vu dans ce livre drôle et bourré d’humour, une forme de dénonciation de la nature humaine qui est  prête à courir à sa perte pour satisfaire ses petits plaisirs malgré les avertissements qu’on lui prodigue.

 

Denis BILLAMBOZ  -  à lundi prochain pour la suite de notre périple littéraire en Amérique du Sud -
 

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24 juin 2013 1 24 /06 /juin /2013 09:26

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Lire entre le Sertao et Copacabana
 

Pour cette première étape brésilienne, car il y en aura une seconde, l’immense vivier littéraire local nous permet sans modération cette gourmandise, nous prendrons l’attache d’une compagne de route du Président Lula, Heloneida Studart, pour visiter quelques grands maîtres de la littérature brésilienne rangés derrière leur maître incontesté, Joachim Maria Machado de Assis, qui reste encore la référence littéraire locale incontestée. Nous réserverons notre seconde rencontre à Rachel de Queiroz qui a été, avec Maria Moura, l’une des plus grandes aventurières de la littérature mondiale et nous terminerons notre séjour dans les favelas de Salavador de Bahia sur les traces de Jorge Amado qui a tellement bien expliqué comment les gueux désertant le sertao sont venus s’agglutiner autour des villes, s’agrippant à un bout de sol avec quelques morceaux de bois et une tôle, malgré la violence des forces de l’ordre.

 

Le bourreau

Heloneida Studart (1932 - ….)
 

Heloneida Studart raconte l’histoire d’un tortionnaire brésilien au temps de la dictature du nom de Carmelio, abandonné par sa mère qu’il n’a jamais connue et qui, à son tour, abandonne sans soin sa tante en phase terminale d’un cancer. Carmelio est un homme de main sans scrupule et sans états d’âme qui commet les pires atrocités sous les ordres de son supérieur hiérarchique au sein de la police, afin de faire parler les opposants arrêtés et décimer ainsi toute forme de résistance à la dictature en place. « Ne le laisse pas mourir, Carmelio. Il ne le mérite pas. Etire sa punition, allonge-la au maximum. Il faut qu'il maudisse le jour de sa naissance. »

Mais, quand Carmelio est envoyé dans le Nordeste pour éliminer un opposant, il tombe follement amoureux de la fille qui aimait tout aussi follement le pauvre homme assassiné. Et, à son retour à Rio, il commence à culpabiliser pour les exactions qu’il a commises. Ses nerfs craquent, il devient malade, le fantôme de ceux qu’il a torturés le hantent et il voit, dans ses délires sa mère, qu’il n’a pourtant jamais connue, lui apparaitre et lui reprocher ses actes barbares.

Afin de chercher le pardon et la rédemption, il part en pèlerinage avec la fille dont il est tombé amoureux et va rendre hommage à un saint hérétique que les pauvres vénèrent, car l’église officielle n’est autre que le plus fidèle suppôt du régime. Heloneida nous entraîne alors dans un pèlerinage en forme de chemin de croix au cours duquel la petite troupe rencontre ce peuple incroyable, fossilisé, qui peuple le Nordeste, région où le soleil a tout mangé ne laissant que la misère aux êtres égarés dans cet océan désertique et sec. On s’attend à voir surgir, au détour d’une page, Maria Moura le bandit justicier du Sertao inventé par Rachel de Queiroz.

Heloneida Studart nous propose un livre engagé, elle a été, elle-même,  arrêtée en 1969, elle est une proche de Lula et elle est régulièrement élue députée depuis 1978. C’est  tout d’abord un livre qui dénonce les abus de la dictature, la confiscation du pouvoir par les hommes, les blancs, les riches avec la complicité de l’église officielle, la répression aveugle, brutale, sanguinaire, bestiale conduite par la police comme dans le fameux film « Pixote ». Un livre aussi pour témoigner de la misère qui frappe les plus démunis, les noirs et les femmes.

Dans ce livre, il y a également l’histoire très forte de ce tortionnaire qui recherche sa mère à travers les femmes qu’il rencontre. Une mère qui l’a abandonné mais qu’il idéalise et qui essaie de le ramener dans le droit chemin quand elle le surprend dans ses délires. La femme occupe une place importante dans cet ouvrage. Heloneida Studart est aussi une grande voix féministe au Brésil et elle dénonce le sort qui est réservé aux femmes par ses machos qui  veulent tout régir à tous les échelons de la société.  « Je n’ai pas fait des filles pour les livrer à un autre homme. » Même riche, la femme n'en reste pas moins la victime de cette société de brutes sauvages et sanguinaires tout droit sortie des œuvres de Fadanelli, Quiroga, Francesco Vallejo, ou de nombreux autres auteurs latino-américains qui ont dénoncé la violence des pouvoirs autoritaires et cupides.

L’auteur réserve aussi  un traitement particulier à l’église qui est, selon lui, totalement compromise aux côtés des dictateurs et soutient fermement le retour à un certain paganisme mâtiné de catholicisme qui sert d’exutoire à  la misère et ultime espoir de ces pauvres hères en perdition brûlés par le soleil et broyés par les autorités. Il conviendrait peut-être de relativiser tout ça, car « l’évêque rouge de Rio », Dom Helder Camara, n’a pas toujours été aux côtés des dirigeants mais c’est une autre histoire…

Même si dans sa plus cruelle aridité le Sertao ressemble plus à l’enfer qu’à un lieu d’espoir, il recèle néanmoins cette magie propre à tous les déserts et cette spiritualité qu’imposent la solitude et l’immensité.

 

Dom Casmurro et les yeux de ressac – José Maria Machado de Assis (1839 – 1908)

 

Aujourd’hui, peu connu du grand public, José Maria Machado de Assis est pourtant l’un des plus grands écrivains brésiliens et même l’un des piliers de la littérature lusophone. Dans ce roman, il évoque les remords de Dom Casmurro, un homme discret et renfermé, qui décide d’écrire ses mémoires pour libérer sa conscience. Destiné à la prêtrise par sa mère, il convole avec son amour d’enfance mais est rapidement miné par la jalousie. Par ailleurs, il ne peut se pardonner son attitude et voudrait l’évacuer par ce récit de l’enfermement qui le mure dans son erreur et sa solitude. Ce livre, publié en 1899, est d’un grand modernisme, la construction en chapitres très courts est novatrice et l’écriture fluide en rend la lecture particulièrement agréable. Machado de Assis est passé à la postérité littéraire pour la qualité de son écriture et la pureté de son style, tout autant que pour les histoires qu’il rédige.

 

Maria Moura – Rachel de Queiroz (1910 -2003)

 

Quand elle a écrit ce livre Rachel de Queiroz était déjà une dame d’un certain âge, elle avait plus de quatre-vingt-ans, elle a dressé le portrait d’un véritable Robin des bois en jupette. Robin promenant sa carabine sur le sol sec et dépouillé du sertao brésilien afin de détrousser les riches et donner ainsi une maigre pitance aux pauvres hères qui survivent à coup d’expédients sur ce sol stérile. Tout destinait cette femme à devenir la maîtresse d’un grand domaine et pourtant elle a pris les armes pour conduire une troupe d’hommes à la poursuite des voyageurs qu’ils rançonnent. Manipulatrice et sans scrupule, elle joue avec les hommes de façon à réguler les ambitions des plus envieux et les audaces des plus amoureux. Cette femme romanesque, mystérieuse, impitoyable, un brin cynique est à la démesure de ce désert du Nordeste brésilien, une démonstration pour l’auteure de prouver que les femmes peuvent aussi prendre le pouvoir et l’assurer par la force et la violence. Un livre épique que j’ai beaucoup aimé et que je n’ai pas souvent posé  avant de l’avoir terminé.

 

Les pâtres de la nuit – Jorge Amado (1912 – 2001)

 

Jorge Amado est peut-être l’auteur brésilien le plus connu, ses œuvres ont été traduites en de nombreuses langues et la télévision brésilienne a largement puisé dans les multiples œuvres qu’il a écrites. Et cet ouvrage, « Les pâtres de la nuit », est un roman dont la réputation n’est plus à faire. C'est l’histoire de sa ville, Salvador de Bahia, où il a longtemps vécu, l’histoire des plus déshérités, l’histoire des bas-fonds, des noirs, des métis, des crève-la-misère. L’histoire du caporal Martin et de son mariage rocambolesque, de Curio et de ses passions impossibles, l’histoire de l’Ygrec, l’intello, de Tiberia, la tenancière d’un bordel puisqu’il en faut bien une dans cette faune grouillante. Mais, pour moi, c’est surtout un excellent manuel de géographie humaine qui explique avec une grande précision comment se sont constituées les favelas autour des grandes villes brésiliennes. Et pourquoi ne pas parler de la tendresse et de la poésie qui habitent ce roman où on n’attend, a priori, que la violence des opprimés se libérant du joug des oppresseurs. Une immense lecture.


Denis BILLAMBOZ  - à lundi prochain pour notre nouvelle étape littéraire en terre brésilienne  -


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17 juin 2013 1 17 /06 /juin /2013 08:12

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Lire sur les plages du Rio de La Plata

 

Je suis désolé de vous présenter cette lecture pour illustrer notre étape littéraire en Uruguay mais je n’ai pas d’autres textes à vous proposer. Je suis convaincu que Carmen Posadas a produit des livres de bien meilleure qualité mais je suis, hélas, tombé sur celui qu’il aurait été préférable d’éviter, à mon goût du moins. Ma critique est peut-être un peu sévère mais elle est à la hauteur de ma déception ; j’attendais une belle lecture et j’en ai été frustré. Carmen nous conduira tout de même à la rencontre d’autres auteurs que j’ai davantage appréciés : Eduardo Galeano, Juan Carlos Onetti, deux grandes plumes du continent, qui ont connu tous les deux l’exil, et Daniel Chavarria qu’on classe habituellement parmi les auteurs cubains car il a passé une bonne partie de sa vie à Cuba, mais il est bien né en Uruguay. J’ai été limité dans mon choix car les auteurs uruguayens ne se bousculent pas sur les rayons de nos bibliothèques et librairies, Daniel Chavarria était donc le bienvenu pour compléter ma sélection.

 

Cinq mouches bleues

Carme Posadas (1953 - ….)


« A force de sauter du coq à l’âne, vous n’allez plus rien comprendre » et « les digressions sont fatales à l’allure du récit. » Hé bien Carmen, voilà au moins un point sur lequel nous sommes d’accord ! Mais si tu le penses vraiment, pourquoi le fais-tu ? Pourquoi nous embarques-tu dans plus de trois cents pages pour nous raconter une petite histoire, même s’il y a mort d’hommes, qui relève beaucoup plus de la presse people que de la littérature ?

Quand j’ai lu les critiques de ce livre, j’ai pensé que j’allais relever la moyenne des appréciations des lecteurs qui est vraiment très basse mais, là, je ne peux vraiment pas ! Tu nous livres un livre sans réel intérêt. Quatre membres de la jet-set, qui souhaitent se soustraire aux regards des populations pour mener un moment de vie pas franchement avouable aux yeux de tous, en rencontrent un cinquième qui avait lui aussi de bonnes raisons de se faire oublier pendant un certain temps. Et cette rencontre déclenche toute une histoire sous les yeux d’un vieil Anglais d’origine uruguayenne (comme l’auteur) qui a l’impression de revivre des événements anciens qu’il s’était efforcé d’oublier. Mais avant de mettre un terme à sa vie qui ne fut qu’une suite d’échecs, ce vieil Anglais voudrait régler ses comptes avec l’humanité et sa conscience.

Le scénario est assez solide, mais la narration est verbeuse et bavarde, l’intrigue se dissout dans un flot de détails inintéressants et le livre finit par faire au moins cent pages de trop qui font tomber l’attention et diluent le suspense dans une accumulation de considérations purement people dont le lecteur se moque royalement. « Et, pendant ce temps, nous dégustons notre ennui en silence. » C’est cela Carmen, alors pour quelle raison perds-tu ton temps à nous décrire ce monde frelaté où tu colles tous les poncifs qu’on voit chaque jour dans la presse ? Et tu t’amuses même à citer les marques des boissons, des fringues, des montres, etc., comme dans les polars à deux sous !

Tu as une bonne plume, le sens de la formule, l’art de dresser  des personnages intéressants alors abandonne ce type de bouquin aux fournisseurs de la SNCF et donne-nous de vrais romans où l’histoire coure sur le fil du rasoir et tient le lecteur en haleine tout en le divertissant.

 

La chanson que nous chantons – Eduardo Galeano (1940 - ....)
 

Eduardo Galeano a écrit ce livre lors de son exil en Argentine, avant de quitter ce pays, car les généraux au pouvoir l’avaient inscrit sur la liste des opposants uruguayens indésirables et donc à éliminer. Ce roman raconte la lutte d’un peuple, jamais cité mais probablement uruguayen, contre un pouvoir dictatorial. C’est surtout un cri de ralliement à l’intention de tous les Uruguayens de la diaspora, les invitant à rester mobilisés afin de libérer leur pays du joug de la dictature et ainsi pouvoir chanter les chansons qu’ils chantaient avant qu’elles soient interdites. Mais ce cri dépasse le cadre du pays d’origine de l’auteur, il s’adresse en fait à tous les citoyens de la planète pour qu’ils gardent leur vigilance, car les dictateurs peuvent sévir n’importe où et c’est sans doute pour cette raison que Galeano ne situe pas son texte dans un pays précis.

 

L’œil de Cybèle – Daniel Chavarria (1933 - ….)

 

Athènes au Ve siècle à l’apogée de la brillante civilisation que nous admirons encore. Atys de Pamphylie et la belle Lysis de Milet, une danseuse très courtisée, fondent une nouvelle secte, pendant qu’en Phrygie on dérobe l’un des yeux de la statue de la déesse Cybèle. Daniel Chavarria raconte l’enquête conduite pour retrouver l’objet sacré et les aventures qui se nouent autour des tribulations de l’objet qui va passer entre diverses mains. Mais l'ouvrage est surtout un prétexte pour faire vivre la cité grecque au quotidien et  dévoiler  les intrigues conduites par les personnages qui ont peuplé une partie de nos cours d’histoire : la lutte entre les tenants de Solon et ceux de Pisistrate, entre les défenseurs de la démocratie et les tenants d’une tyrannie à la mode athénienne. Personnellement, j’y ai vu également une excellente démonstration du passage du polythéisme grec au monothéisme oriental, de la transition du panthéon d’Hésiode au christianisme inspiré des religions venues d’Orient. Pour moi un grand livre à plusieurs dimensions.
 

Une nuit de chien – Juan Carlos Onetti (1909 – 1994)


Le grand écrivain latino-américain Juan Carlos Onetti situe en une seule nuit l’intrigue de ce roman qui raconte les difficultés qu’un homme traqué devra affronter pour tenter d 'échapper à ceux qui veulent le saisir, mais aussi la vacuité de sa propre existence. Cette nuit particulièrement infernale est certainement la  parabole grâce à laquelle l’auteur nous montre les misères et calamités qui se profilent à l’horizon de l’histoire de son pays et de l’Amérique latine en général. Un roman noir où la politique et la métaphysique s’invitent, elles aussi, au menu particulièrement copieux du héros traqué.


Denis BILLAMBOZ  -  à lundi prochain pour la suite de notre parcours littéraire au cœur de l’Amérique du Sud  -
 

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10 juin 2013 1 10 /06 /juin /2013 07:49

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Lire des Andes au Chaco


Abandonnant les rivages de l’Atlantique et du Rio de la Plata, nous consacrerons cette étape à deux pays continentaux, voisins mais pas toujours amis,  n’ayant aucune frontière maritime : le Paraguay et la Bolivie réunis dans cette présentation pour la seule raison qu’on ne traduit que très peu d’ouvrages en provenance de ces deux nations. J’ai cherché longuement et découvert parmi les auteurs déjà anciens des ouvrages remarquables en provenance de Bolivie notamment, mais un seul en provenance du Paraguay. J’ai interrogé le service culturel de l’ambassade de ce pays qui ne m’a donné aucune indication, me disant seulement que de nombreux ouvrages étant écrits en guarani ne peuvent être facilement traduits en français. Je me contenterai donc, en compagnie d’Alcide Arguedas, de vous présenter un des rares auteurs paraguayen dont l’œuvre a franchi les frontières de son pays : Augusto Roa Bastos et deux écrivains boliviens bien connus en France : Oscar Cerruto et Augusto Cèspedés. Dommage qu’il y en ait si peu! Que cette littérature est belle !

 

Race de bronze

Alcide Arguesas (1879 – 1946)


 «Une sorte de brume bleutée noie le contour des choses. Le ciel, d’une clarté laiteuse, se colore de tons discrètement violacés par les rayons du soleil qui se lève, énorme et rouge, là-bas aux lointains confins de l’horizon, comme s’il surgissait du sein même de la montagne. »

Ce livre d’un grand écrivain bolivien, qui a vécu longtemps en France et y est décédé, est, pour moi, malgré ce que dit André Maurois dans sa préface qui y voit un roman épique et idyllique, tout d’abord une ode à ces magnifiques paysages de l’Altiplano andin, aux pieds de la Cordillère des Andes, sur les rives du lac Titicaca. Alcides Arguedas, qu’il convient de ne pas confondre avec le Péruvien José Maria Arguedas, peint avec un réel talent des paysages grandioses dans lesquels la couleur joue un rôle essentiel. Et, dans ce décor majestueux, il installe ses personnages : un peuple de pauvres indiens asservis par quelques colons descendants des conquistadors européens et bien appuyés par les « cholos », les métis locaux.

Ce roman, qui pourrait se situer quelque part entre Harriet Beecher-Stowe, car il est au peuple indien ce que « La case de l’oncle Tom » est aux noirs américains, et Emile Zola, version bucolique pour la défense des opprimés et le goût des grandes descriptions, est une suite de tableaux décrivant la vie de ce peuple de misère : l’amour, le mariage, le maître, la punition, les maltraitances, la mort, les croyances et superstitions, l’histoire de cette conquête abominable…. C’est à la fois un éloge de la fierté et de la dignité de ce peuple vaincu, asservi, violenté, mais toujours prêt à se rebeller et un réquisitoire implacable contre ces conquérants qui ont profité d’un armement très supérieur pour imposer leur loi, spolier les vaincus et leur imposer une vie inhumaine et parfaitement injuste. A la fin du XIXe siècle, « dans le sang et les larmes, en moins de trois ans de lutte abjecte, furent dissoutes près de cent « communautés indigènes » dont les biens furent répartis entre une centaine de propriétaires nouveaux… Plus de trois cent mille indigènes se virent dépossédés de leurs terres. »

La narration du voyage de quatre péons punis parce qu’on invente toujours des règles et des fautes à éviter pour pouvoir sanctionner ces pauvres diables et les envoyer, au péril de leur vie, dans les vallées inhospitalières échanger les produits de la montagne contre ceux de ces vallées, constitue le tableau le plus riche et raconte l’odyssée de ces quatre naufragés dans les eaux torrentueuses et la «mazammorra », les coulées de boue qui, en descendant des montagnes, rendent les gués particulièrement dangereux.

Et, l’histoire d’amour entre Wata-Wara, la belle bergère, et son fidèle berger relie, comme un fil d’Ariane, les différents épisodes de la vie des indiens que l’auteur met en scène. Une histoire tragique, une histoire en forme de tragédie grecque, qui met en évidence la bestialité avec laquelle les maîtres traitent leurs esclaves, mais aussi la dignité de ce peuple qui refuse la déchéance et l’ignominie.

Un livre certes daté, publié en 1919, dans la foulée des grands romans français du XIXe siècle, mais un grand cri de douleur pour attirer l’attention sur le sort des indiens des hauts plateaux boliviens et, déjà, une démarche écologique, une mise en garde contre l’exploitation abusive des ressources  du lac. Avec André Maurois, je pourrais dire que ce roman « se détache avec éclat et relief sur l’ensemble de la littérature bolivienne », mais je ne connais pas suffisamment cette littérature pour abonder dans ce sens.

 

Veille de l’amiral – Augusto Roa Bastos (1917 – 2005)


L’amiral, c’est Christophe Colomb dont Roa Bastos raconte non pas la grande découverte, pas plus qu’il ne dresse une biographie du personnage, il s’attaque à l’aventure du projet du découvreur de l’Amérique, mêlant fable, histoire, fiction, réalité, mythe, suppositions, conjectures, il entraîne le lecteur dans une introspection du personnage avant de l’emmener sur les vagues de l’Atlantique à la découverte d’un nouveau continent qui a peut-être déjà été abordé par d’autres. Cette aventure ne se limite pas à la découverte de l’explorateur et de son projet, de ses angoisses, de ses questions, de tout ce qu’il a dû affronter avant de partir vers l’ouest, c’est aussi un  voyage dans le langage à la rencontre des grands auteurs dans le temps et dans l’espace. Ce livre traduit l’épopée colombienne en un mythe à la mode antique, une « Toison d’or » du XVe siècle.

 

Torrent de feu – Oscar Cerruto (1912 – 1981)


Dans cet unique roman, Oscar Cerruto  habituellement plus familier de la poésie, fait un large portrait de la Bolivie dans les années trente. Et, pour dresser ce portrait au vitriol, il promène son héros, Mauricio, fils d’un propriétaire blanc de l’Altiplano, sur les différents théâtres où se joue l’avenir de la nation et de la société bolivienne.

A travers ce condensé des violences de l’histoire bolivienne : conquête espagnole, appropriation des terres par les colons, exploitation des indiens, guerres, soulèvements, émeutes, mutineries, … Oscar Cerruto se présente comme un précurseur de toutes les luttes qui meublèrent la vie politique et sociale de la Bolivie et plus largement de l’Amérique du Sud, au cours de la seconde moitié du vingtième siècle. Ce livre, même s’il est parfois un peu emphatique, est un appel à la révolte contre les injustices et les maltraitances, et à la révolution contre le pouvoir en place complètement corrompu, incompétent et cupide.


Le puits – Augusto Cèspedés (1904 – 1997)


Dans le Chaco, en 1933, quand les Boliviens et les Paraguayens s’étripent, espérant découvrir du pétrole dans cette région désertique et particulièrement inhospitalière, un sous-officier bolivien et sa vingtaine de sapeurs doivent trouver de l’eau pour les soldats qui fondent sous le plomb du soleil qui écrase le front. Après plusieurs tentatives infructueuses, ils décident de creuser un puits plus profond pour chercher l’eau plus bas, dans le ventre de la terre. Mais leur tentative est aussi vaine que l’attente des soldats de Buzzati dans le désert des Tatares, l’eau est aussi rare au cœur de la terre qu’à sa surface. Malgré tout, la troupe ne désespère pas et continue à creuser en n’espérant même plus trouver cette eau indispensable à la vie de la troupe, donnant ainsi une réalité à ce puits par le seul fait de le creuser et d’y souffrir jusqu’à la mort. Et ce puits devenu tellement réel, tellement imprégné de leur vie, de leur souffrance, de leur douleur, devient une partie d’eux-mêmes, une partie de cette petite troupe, ce qui laisse croire à l’ennemi qu’il a une réelle fonction. Il devient alors objet de convoitise et donc enjeu de combat.


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3 juin 2013 1 03 /06 /juin /2013 08:31

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Lire sur les rives du Rio de la Plata


Ayant quitté le continent africain puis le Chili, nous voici à la pointe du continent américain sur les rives du Rio de la Plata, à Buenos Aires, pour rencontrer Pablo Ramos qui nous accueillera avec une jeune auteure, Eugenia Almeida, et nous fera découvrir l’œuvre de deux grands écrivains aujourd’hui disparus : Julio Cortazar, qui a quitté son pays pour prendre la nationalité française en 1951, et Ernesto Sabato, mort centenaire en 2011. Ces quatre auteurs confirment ainsi le périple qui nous conduit à travers l’Amérique latine vers la destination finale de notre tour du monde littéraire que nous avions inauguré, il y a près de deux ans, dans les Caraïbes à Saint Domingue et Haïti.

 

L’origine de la tristesse

Pablo Ramos (1966 - ….)


L’Epervier, Gabriel, ce gamin du quartier populaire de Viaduc, à Buenos Aires, veut offrir cette année, pour la Fête des Mères, un joli cadeau à sa mère car elle est enceinte. Alors, il fomente quelques combines plus ou moins sordides dans un cimetière, avec son pote habitué de ces pratiques, afin de gagner les quelques pesos nécessaires à cet achat. Et, à travers ces petites combines, il découvre la débrouillardise, la ruse, la malice mais aussi la douleur, l’hypocrisie et la mort.

C’est ainsi qu’il entreprend un délicat voyage vers l’âge adulte, franchissant les limites de l’enfance sans passer par la case adolescence et découvrant le monde des grands plus vite que lui et sa bande ne le pensaient. Il nous raconte leurs expéditions orgiaques pour se procurer ce fameux vin des Berges, si doux, qui fait planer les jeunes consommateurs, comment ils pensent trouver l’argent nécessaire pour payer les putes qui vont leur apprendre la chose et calmer leur corps en ébullition, l’école qui n’est pas franchement marrante mais il y a, parfois, de jeunes maîtresses qui excitent leur libido en pleine effervescence. La fin de l’enfance, c’est aussi la découverte du manque d’argent, des tensions familiales, de la dépression, des choses honteuses qu’il ne faut pas dire et puis de la mort qui les prend par surprise pour leur faire comprendre que l’âge adulte les attend maintenant avec toutes ses dures réalités.

C’est la vie que Pablo a connu  dans les rues de Buenos Aires qu’il nous décrit à travers son P’tit Gibus à la mode argentine, plein de malice et de débrouillardise, habillé de l’insouciance et de l’inconscience de son âge, à la recherche de davantage de tendresse et d’amour que ceux reçus dans sa famille qui tire le diable par la queue. Voilà une jolie histoire pleine d’émotion rédigée dans le langage des enfants qui mûrissent dans la rue, sur fond d’Argentine qui court vers l’une des plus grosses crises économiques de son histoire et où, depuis Péron, rien ne semble avoir été fait pour en améliorer le sort.

Certains diront que c’est un roman initiatique, de bien grands mots pour évoquer cette bande de joyeux lurons qui veulent jouer aux hommes et qui, un jour, se retrouvent comme des adultes sans s’être rendu compte de ce qui leur arrivait - « Et c’est alors que j’ai su : c’était la fin, j’étais en train de vivre la fin de ce que je viens de vous raconter. »  - soudain seuls devant leur avenir, avec pour tout bagage l’expérience de la rue, quelques convictions et une certaine idée de la vie forgée dans la douleur. « La mort n’est pas le contraire de la vie : c’est vivre comme un mort qui est le contraire de la vie. »

 

Façons de perdre – Julio Cortazar (1914 – 1984)


Entre Chiloé et la Terre de Feu, Francisco fait bourlinguer son héros, qui n’a connu que les malheurs et le vice sur la terre ferme, à la poursuite des baleines et cachalots qui peuplent les mers froides au sud du Chili. Le sujet, inévitablement, fait remonter du fonds de nos mémoires adolescentes, Melville et son célèbre Moby Dick. Mais Franscico a un talent qui lui est propre et nous transporte dans ces mers déchaînées sous les vents hurlants ou noyées dans le brouillard ou, encore, parfois calmes et tranquilles dans un silence de commencement du monde. Le célèbre écrivain chilien nous invite à un grand voyage dans un monde encore virginal, sans trou dans la couche d’ozone, où la nature se déchaîne déjà avec une violence inouïe. Un voyage d’aventure, d’apprentissage et d’initiation qui forme des hommes capables d’affronter les éléments en furie et les plus grands animaux du monde pour un jeu de vie et de mort.

Un roman qu’on fourrerait vite dans le sac pour partir sur la trace des géants entre mer et ciel avec le seul soleil pour témoin, quand il y en a !


Le tunnel – Ernesto Sabato (1911 – 2011)


De sa prison, Juan Pablo Castel, un peintre tourmenté, raconte sa rencontre avec une jeune femme, Maria, qu’il a croisée lors d’un vernissage. La jeune femme, avant de disparaître, observe attentivement  une toile du peintre que les autres n’ont pas particulièrement remarquée. Le peintre ne peut oublier cette femme qui semble avoir compris ce qu’il a voulu représenter. Il la retrouve mais découvre avec déception qu’elle est déjà mariée. Il la soupçonne aussi de lui cacher certaines choses notamment ses relations avec les hommes. Il veut comprendre, cherche à expliquer pourquoi Maria le trompe car tout peut être analysé, déduit, en étudiant les gestes et actions de chacun. Il se livre alors à une étude minutieuse des faits et gestes de la jeune femme pour se convaincre qu’elle le trompe bien. Ce livre est une véritable étude comportementale de la femme qu’il accuse de l’avoir trompé.

L’autobus - Eugenia Almeida (1972 - ….)


Dans la région de Cordoba, dans un village paumé au fond de la campagne aride de l’Argentine profonde, l’autobus ne s’arrête plus depuis trois jours, la barrière du passage à niveau est bloquée en position fermée, des livres disparaissent des rayons de la bibliothèque, des cadavres anonymes sont retrouvés dans les prés et personne ne sait rien. Le secret devient pesant, tout le monde se méfie de tout le monde, la suspicion gagne les esprits, la méfiance s’installe, des bruits courent, mais est-ce de l’information, de la désinformation, de la manipulation, personne ne sait.

 

Denis BILLAMBOZ  -  à lundi prochain pour la suite de notre périple littéraire au cœur de l’Amérique du Sud  -

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27 mai 2013 1 27 /05 /mai /2013 10:47

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Lectures  au sud de Valparaiso

Enjambons les Andes pour rejoindre les rivages du Pacifique et rencontrons Marcela Serrano sur l’île de Chiloé, une des nombreuses îles qui dessinent la dentelle de la carte de la côte sud du Chili. Cette piste nous conduira sur les traces de Francisco Colonae qui, lui, a réellement vécu sur cette île où il situe la résidence des marins qui, dans son roman présenté ci-dessous, embarquent pour la chasse à la baleine. Restant au sud, nous descendrons jusqu’à la Terre de Feu afin de rendre visite à Patrico Manns natif de cette terre comme les Indiens décimés dans son roman : « Cavalier seul ». Ensuite, nous devrons remonter un peu plus au nord pour retrouver la trace de Luis Sepulveda qui, de toute façon, n’y est plus puisqu’il a été condamné à l’exil et a préféré ne pas rentrer au pays.

 

L’auberge des femmes tristes

Marcela Serrano (1951 - ….)
 

Tout là-bas au sud, dans ce chapelet d’îles qui borde la côte chilienne, sur l’île de Chiloé, là où est né Francisco Coloanne, ce grand conteur des mers du sud, Floreana, historienne d’un peuple de la Terre de Feu en voie de disparition, arrive à l’Auberge, une sorte de pension tenue par Elena qui accueille des femmes en difficulté qui veulent se reconstruire pour donner un nouvel élan à leur vie. Dans cette « auberge », elle rencontre des femmes, une vingtaine, pas plus, comme elle en butte à des problèmes avec la vie, avec le mariage et leur conjoint surtout. « Je suis entourée de femmes de toutes sortes : vieilles, jeunes, riches, modestes, belles, laides. Elles sont tristes mais n’ont pas toutes renoncé comme je le supposais. »

Le groupe se répartit entre plusieurs catégories : les ésotériques, les prolos, les VIP, les intellectuelles, les belles au bois dormant, une synthèse de la population chilienne à la fin du XXe siècle, un condensé de tous les problèmes et fantasmes que ces femmes rencontrent dans le Chili post Pinochet. Chacune raconte sa vie, ou celle d’une autre, ou alors c’est un tiers qui s’immisce dans le récit, au gré des artifices inventés par l’auteur, pour rapporter la vie de l’une ou de l’autre. Et après avoir entendu tous ces récits on a « … l’impression que nous sommes sans le savoir au cœur même du drame de notre époque, au centre d’un des problèmes cruciaux de cette fin de siècle : l’impossible rencontre des deux sexes. »

Impossible rencontre qui trouve ses origines dans un catalogue de doléances où il est évoqué le besoin de suprématie des hommes, la carrière professionnelle qu’il faut assurer, les mariages ennuyeux, les troubles existentiels, la drogue pour tenir, surtout de la part de ces hommes qui estiment que les femmes émancipées empiètent désormais sur leur territoire.

Ce livre d’introspection, qui comporte des passages très littéraires, des analyses fines sur les relations entre les hommes et les femmes, m’a cependant laissé comme un goût de littérature « people », comme une odeur que dégage les « romans à l’eau de rose ». La fin est vite éventée malgré la longueur du texte qui ne fait que répéter à chaque fois qu’il est impossible de vivre avec les hommes, bien qu'il soit préférable d'en avoir un, ne serait-ce que pour ses vieux jours. C’est le grand drame de ces femmes qui culpabilisent tout autant d’avoir cédé aux appels de la chair que d’avoir su résister à cette tentation. « Le grand fiasco d’aujourd’hui, c’est l’amour. » L’amour qu’il faut refuser car il mène à l’impasse de la souffrance, bien que  "refuser l’amour c’est déjà souffrir de ne pas aimer".

Comme souvent dans ces histoires d’amour, l’auteur nous enferme dans le débat habituel entre la passion à laquelle il faudrait succomber et la raison qui conseille de rester prudent afin d' éviter les déboires. Floreana mettra longtemps, trop longtemps à mon avis, pour choisir la bonne solution - on savait, depuis aussi longtemps, laquelle elle choisirait car « les dieux de la lascivité ont été convoqués. » Et Floreana, pas plus que Marcela, ne nous fera oublier l’excellent « Décamaron des femmes » de Julia Voznesenskaya qui m’est revenu en mémoire à l’occasion de cette lecture.

 

Le sillage de la baleine – Francisco Coloane (1910 – 2002)
 

Dans ce livre Francisco Coloane raconte les chasses à la baleine qu’il a vécues dans les mers du sud, de l’extrême sud de l’Amérique, là où il peut faire très froid, là où la navigation est plus souvent périlleuse que plaisante. Il raconte la traque, la chasse, la lutte contre l’animal qui se défend avec acharnement, la capture, les pêches fructueuses, les bordées avec les putes entre les longs séjours en mer et les retours à la maison, mais, aussi, les pêches maigres, trop maigres, les retours tristes sans l'argent  nécessaire pour faire la fête et bouillir la marmite à la maison.

Francisco Coloane est un remarquable conteur qui nous entraîne à bord de son rafiot traquer baleines et cachalots, avec des moyens rudimentaires, avant que les navires-usines, équipés comme des cuirassiers, viennent décimer les grands mammifères marins qui peuplaient alors ces mers des septentrions.

Cavalier seul– Patricio Manns (1937 - ….)
 

Patricio Manns, véritable Patagonien d’origine, a émigré en France lors de l’arrivée de Pinochet ; il raconte, dans ce fort beau livre le sort des indiens de la Terre de Feu qui ont été décimés par ceux qui allaient devenir les grands propriétaires ou ceux qui leur revendaient des terres qu’ils avaient usurpées aux indiens autochtones. C’était l’époque où une oreille prélevée sur le corps d’un indien abattu donnait droit à une prime, l’époque où certains se contentaient de couper les oreilles des indiens pour percevoir leurs primes, l’époque où on pouvait rencontrer des indiens sans oreilles sur les vastes plaines de la Terre de Feu.

Patrico Manns raconte cette histoire à travers celle d’un exilé roumain, Julio Popper, le premier blanc à avoir traversé le Détroit de Magellan et créé un immense empire dans les terres du sud en chassant le indiens.

Le vieux qui lisait des romans d’amour – Luis Sepulveda (1949 - ….)

Ce roman est un peu la vie de Luis Sepulveda, jeune homme très tôt engagé pour l’écologie et contre la dictature, qui a été condamné à l’exil et dont le  héros est un vieux blanc qui survit dans la forêt amazonienne parce qu’il connait parfaitement la nature et les indiens Shuars, les Jivaros pour les Espagnols, qu’il défend lorsqu'ils sont accusés d’un crime que le vieux blanc attribue à un fauve et le prouve. C’est à lui que reviendra le devoir, la douleur, de tuer l’animal coupable qu’il abattra avec une arme à feu, contraire à la tradition des Indiens, avant de retourner à la lecture de ses romans d’amour. Celui-ci est une fable à multiples visages qui montre que les coupables ne sont pas forcément ceux que l’on croit, qu’il peut être nuisible de s’attaquer à la nature et à ses occupants, que l’homme est probablement le plus grand ennemi de la vie et de la paix.
 

Denis BILLAMBOZ  -  à lundi prochain pour poursuivre notre périple littéraire en amérique du sud  -
 

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20 mai 2013 1 20 /05 /mai /2013 07:58

saint-louis

 

A la mémoire de Léopold Sédar Senghor


A l’extrême pointe ouest du continent africain, le Sénégal sera notre dernière étape africaine, il possède une littérature suffisamment riche pour que nous y puisions la matière nécessaire à nourrir notre propos. Sur ce sol pourtant aride, Léopold Sédar Senghor a semé de bonnes graines qui ont donné de bien belles pousses, de beaux textes, de beaux vers,… Nous rencontrerons donc, en compagnie de Boris Boubacar Diop qui a été volontaire pour assurer le devoir de mémoire après le massacre du Rwanda, deux grandes pionnières des lettres francophones africaines Mariama Bà et Aminata Sow Fall et un homonyme de notre guide Birago Diop. Et la semaine prochaine, de la pointe ouest de l’Afrique, nous nous envolerons vers le continent américain, vers l’Argentine où nous commencerons la traversé sud-nord de l’Amérique latine.

 

Murambi, le livre des ossements

Boris Boubacar Diop (1946 - ….)


« Tubatsembatsembe ! Il faut les tuer tous ! » Harcelés par les Tutsi du FPR, les Hutu qui assument un pouvoir chancelant, décident de mettre en œuvre une solution radicale : l’éradication définitive des Tutsi du Rwanda. Alors, un gigantesque génocide s’abat sur cette ethnie, une tuerie méthodique et organisée, ancestrale et bestiale, sans aucun état d’âme, froide comme la lame de la machette mais épuisante tout de même. « Tuer autant de personnes sans défense nous posera sûrement des problèmes. A la longue, cela peut-être monotone et lassant. »

Quatre ans après cette gigantesque boucherie où périrent huit-cent-mille, un million, un million-deux-cent-mille, …  Rwandais en quelques jours ? Mais comment les compter ? Fest’Africa lance un projet auquel répondent dix écrivains africains dont Boubacar Boris Diop, pour partager le deuil de ce peuple, témoigner de sa douleur et constituer une œuvre pour la mémoire des disparus et pour la reconstruction des survivants. Boubacar a choisi la fiction et construit son témoignage après avoir écouté de nombreux témoins qui ne pouvaient encore que difficilement mettre des mots sur l’indicible. Les regards étaient encore plus lourds que les mots. Mais, en fait, c’est un témoignage sans concession, même pour les Français, qu’il livre à travers l’histoire de deux Rwandais : Jessica, la jeune femme héroïque qui prend tous les risques pour infiltrer les Hutu dans la ville en sang et renseigner les rebelles Tutsi, et Cornelius qui a quitté le Rwanda avant le génocide pour échapper à d’autres massacres prémédités et a vécu une jeunesse paisible à Djibouti pendant qu’on décapitait son peuple à la machette. Cornelius rentre au pays où il retrouve ses quelques amis survivants dont la courageuse Jessica, qui a échappé au massacre, et doit affronter la destinée de sa famille qui a connu les affres du bourreau et de la victime. Il devra faire un long chemin avant «  de penser à ce qui peut encore naître et non à ce qui est déjà mort. »

Pour rendre son récit encore plus crédible, tel le rapport d’un médecin légiste, Diop parsème son oeuvre de témoignages tous plus cruels les uns que les autres où la sauvagerie le dispute au cynisme et la veulerie à la cupidité. C’est un témoignage sans émotion particulière, des faits, des faits bruts, insoutenables, accusateurs qu’il faudra garder en mémoire pour reconstruire un peuple, même s’il y a un fleuve de sang entre les ethnies. « Tout cela est absolument incroyable. Même les mots n’en peuvent plus. Même les mots ne savent plus quoi dire. »

Bien qu’il ait inscrit « roman » sous le titre de son ouvrage, Diop n’essaie pas de nous conduire dans une histoire, il veut nous imprégner de son témoignage et de son analyse. « Il dirait inlassablement l’horreur. Avec des mots-machettes, des mots-gourdins, des mots hérissés de clous, des mots nus et des mots couverts de sang et de merde. » Et, un jour peut-être, le pardon donnera naissance à un nouvel espoir, « … les morts de Murambi faisaient des rêves, eux aussi, et … leur plus ardent désir était la résurrection des vivants. »

 

Une si longue lettre – Mariama Bà (19029 – 1981) – Boris Boubacar Diop (1946 - ….)


« Modou est bien mort, Aïssatou. » Après le décès de son mari Modou, Ramatoulaye écrit une longue lettre à sa meilleure amie qui a quitté son mari depuis un certain temps déjà. « Amie, amie, amie ! Je t’appelle trois fois. Hier, tu as divorcé. Aujourd’hui, je suis veuve. » La veuve de Mario dans l’ouvrage  de Miguel Delibes, « Cinq heures avec Mario » dresse le portrait du mari tel qu’elle ne l’a pas connu et fait l’inventaire des erreurs qu’elle a commises, mais Ramatoulaye raconte d’abord comment sa meilleure amie a laissé son mari quand il n’a pas pu, ni su résister à la demande de sa mère qui lui imposait une nouvelle épouse. Elle raconte ensuite sa propre mésaventure, comment elle a vu son mari s’enticher d’une camarade de sa fille et comment elle a décidé de vivre en marge de cette nouvelle épouse.

« Privilège de notre génération, charnière entre deux périodes historiques, l’une de domination, l’autre d’indépendance. Nous étions restés jeunes et efficaces, car nous assistions à l’éclosion d’une République, à la naissance d’un hymne et à l’implantation d’un drapeau. » Mais, les traditions sont vivaces en Afrique et les hommes ont bien peu de considération pour les femmes et surtout celles qu’ils ont épousées. C’est un long réquisitoire à l’encontre de ces traditions, des hommes et des femmes qui manipulent les hommes, que dresse Mariama, mais aussi un regard lucide jeté sur une Afrique qui balance entre modernité et tradition, Europe et négritude.


Contes et lavanes – Birago Diop (1906 – 1989)


Même s’il a recueilli le témoignage et les souvenirs des griots, bergers et autres gardiens de la mémoire et de la sagesse de la brousse sénégalaise, Birago Diop ne pourra pas cacher bien longtemps qu’il est un très fin lettré et a une excellente connaissance de la langue et de la littérature française. Son champ sémantique, même s’il est truffé de termes propres à l’Afrique ou de mots empruntés aux divers langages employés au Sénégal, use d’un vocabulaire français généralement réservé aux élites intellectuelles.

Dans ce recueil de contes et lavanes, fables africaines, il fait, dans la plupart des cas, vivre un bestiaire qui, s’il nous fait penser immédiatement aux fables de la Fontaine, évoque beaucoup plus sûrement le célèbre Roman de Renard. En effet, comment ne pas voir dans ces deux personnages récurrents, Leuck-le Lièvre rusé, farceur et redresseur de tort, le Renard du célèbre roman médiéval et dans Boucki-l’Hyène hideuse, vile, fourbe et âpre au gain, l’Ysengrin de ce même roman.



La grève des bàttu - Aminata Sow Fall (1941 - ….)



Le ministre ne veut plus voir un seul mendiant en ville, cela donne une mauvaise image du pays et freine le développement touristique, aussi exige-t-il que le responsable du « désencombrement humain » fasse évacuer tous les mendiants. Mais ceux-ci se rebellent contre cette mesure qu’ils jugent trop injuste et décident de se mettre en grève au grand dam des riches qui ne savent plus à qui faire l’aumône pour racheter leurs fautes ou pour se procurer, à vil prix, une bonne raison d’espérer une bonne affaire grâce à leur générosité. La ville est totalement chamboulée par cette grève des bàttu, les mendiants, imaginée par Aminata Sow Fall, une pionnière de la francophonie en Afrique, dans ce roman en forme de fable pleine d’humour et de dérision, mais aussi d’une profonde gravité. C’est un signal d’alerte qu’elle lance aux dirigeants qui méprisent trop souvent les plus faibles et une façon de montrer que tout être humain joue un rôle dans la société.



Denis BILLAMBOZ  - à la semaine prochaine pour aborder littérairement un autre continent -


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