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25 septembre 2015 5 25 /09 /septembre /2015 09:46
La conscience de soi : individu ou personne ?

 

« Je pense donc je suis » - disait Descartes. Mais que suis-je ou qui suis-je ? Je suis d’abord un organisme, un animal très évolué dont la première caractéristique est l’unité organique. Je suis un individu semblable à des millions d’autres et néanmoins unique car je n’ai pas mon pareil. Avoir conscience de soi, c’est en un sens avoir conscience de son corps, mais pas seulement. D’autant que je ne l’ai pas choisi, aussi je me définis davantage et mieux par mes sentiments, mes pensées, mes convictions, mes goûts, ma volonté. Tout cela entre dans l’idée de personne et me permet de ne ressembler à nul autre. Cependant, la conscience de soi exige, pour se développer, la vie en société car que serais-je sans l’autre ? Le petit enfant prend d’abord conscience du nom par lequel on l’appelle, il commence par parler de lui à la troisième personne en se nommant. Quand, vers ses trois ans, il parvient à dire « je », il éprouve le besoin de s’affirmer face aux autres par des refus. Par la suite, le travail scolaire, le rôle qu’il tient dans les jeux, les responsabilités qui lui sont attribuées développeront le sentiment de sa personnalité. Ce sentiment s’épanouit chez les adolescents dans toute sa plénitude et suscite une exigence d’affirmation qui s’accompagne souvent d’originalité et d’esprit d’opposition. Quant à l’adulte, il s’identifie selon son statut social faisant siens les avantages qui lui sont donnés à sa naissance, ses succès personnels ou les circonstances heureuses de sa vie, enfin, naturellement, il se définit par son sexe, sa nationalité, son âge, sa profession. Il est fréquent que la personne se confonde avec sa fonction et il n’est pas rare qu’un désarroi dramatique atteigne celles et ceux qui sont soudain dépossédés de leur assise sociale et de leur renom.

 

 

Blaise Pascal rappelait aux grands de ce monde que leur corps et leur âme « sont d’eux-mêmes indifférents à l’état de batelier ou à l’état de duc » et «qu’il n’y a nul lien naturel qui les attache à une condition plutôt qu’à une autre ». Jean-Paul Sartre, ardent défenseur d’une liberté humaine absolue, affirmait, quant à lui, que se confondre avec son personnage serait abdiquer sa liberté et accepter « d’être une essence ». « Je ne suis pas ce que je suis, parce que je ne suis jamais quelque chose » – écrivait-il dans « L’Etre et le Néant ». Bien sûr, tout choix exige des renoncements et la personnalité de chacun est toujours plus riche que les choix définis.

 

 

Et notre caractère, nous est-il donné ? Dépend-t-il de notre choix ? Probablement pas, puisque nous voulons presque toujours être autrement que nous sommes, mais on ne change pas plus le caractère que l’on ne change le tempérament. Il serait irréaliste de nier le donné caractériel auquel nous avons à faire, aussi irréaliste que de nier la nature humaine. Toutefois, notre liberté nous autorise certains aménagements et il est évident que nous évoluons avec le temps et selon les événements auxquels nous sommes confrontés.

 

 

Avec la notion de personne, nous sommes conscients de cerner une réalité importante qui n’est pas de nature matérielle et échappe ainsi à l’observation scientifique. A cette notion de personne se sont attachés progressivement celle de la réalité dans l’ordre de l’être, c’est-à-dire une réalité métaphysique. Au IIIe siècle, les philosophes néo-platoniciens parlaient volontiers de « singularité substantielle » comme on a parlé plus tard du « principe ultime d’individuation ». Ces définitions sont imparfaites et ont fait dire au philosophe Merleau-Ponty que « l’être-sujet est peut-être la forme absolue de l’être ».

 

 

Chez Emmanuel Kant, la personne a une grande importance en tant que sujet moral et « fin en soi », ce  qui suppose sa valeur absolue. Kant justifie une idée qui s’est imposée fortement à la mentalité moderne, celle du respect de la personne humaine. C’est le point de départ de la justification philosophique des droits de l’homme sur lesquels un accord presqu’universel s’est établi de nos jours. Or, face à la notion de personne, nous avons le sentiment d’être à la recherche d’une réalité qui est au-delà des apparences et qu’il est quasi impossible d’atteindre. C’est pour cette raison que l’idée de personne a été critiquée par les philosophes empiristes, en particulier David Hume, qui la considérait comme purement imaginaire. Chez Hegel, l’individualité n’est qu’un moment du développement de l’esprit universel, ce qui a influencé profondément le marxisme, celui-ci se refusant à la notion de personne et privilégiant celle d’individu plus facilement malléable.

 

 

Aujourd'hui, face aux problèmes politiques et scientifiques auxquels nous sommes confrontés, l’idée de personne comme réalité métaphysique est appelée à jouer un rôle essentiel. Dans les rapports entre l’Etat et les citoyens, dans l’organisation de la société, l’idée de personne permet de reconnaître en chaque homme  un être absolument respectable qui ne peut être utilisé comme « moyen », ni sacrifié à des fins collectives, pire mercantiles. Dans le domaine de la médecine, l’abus des médications psychotropes aussi bien que les manipulations génétiques  doivent trouver leur réglementation et leur limite afin de présever l’intégrité de la personne et la sauvegarder sans l’altérer.

 

 

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commentaires

I
La conscience de soi est un sujet trop vaste pour l'aborder ici. Elle est à la fois un problème philosophique et psychologique.<br /> Là ou vous avez raison,, Armelle, c'est en faisant remarquer qu'elle ne nous vient que par l'autre. Un bébé qui ne serait jamais regardé, caressé, aimé, n'aurait nulle conscience de soi. Il ne serait que sensation, autre manière, me direz -vous, d'être conscient d'être quelque chose qui vit....<br /> Assimiler, comme l'a fait Descartes la conscience de soi à la pensée est possible, car on ne peut penser sans avoir conscience que l'on est, et c'est ce que ce grand philosophe voulait nous dire c'est tout simplement la preuve d'être en vie, ce n'est pas particulièrement la conscience dont parlera Freud.<br /> J'ai du mal je l'avoue à traiter un sujet ou l'on parle à la fois de conscience de soi par rapport a deux termes " individu et personne" car cela nous fait partir dans trop de domaines différents.<br /> Nous sommes tous des individus, c'est le dénominateur commun. Cela signifie que nous sommes des humains. La personne est unique, voilà tout, je suis donc à la fois un individu et une personne. <br /> Pour le Christ par exemple il n'y a que des personnes.<br /> Pour Kant, être une personne digne de ce nom demande une élévation sur le plan moral.<br /> Pour Freud par exemple la conscience de soi n'est pas une évidence, et l'individu demeure derrière la personne, et la personne elle même peut être loin de la conscience de soi quand elle est dominée par son inconscient.<br /> Bref, je vous le dis, l'intitulé cette fois du sujet abordé n'est pas clair à mes yeux et part dans tous les sens.<br /> Ne mettez pas ce commentaire qui pourrait vous déplaire, ce que je ne veux pas.<br /> <br /> Isabelle
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A
Oui, en effet, voilà un vaste sujet qu'une philosophe de votre qualité juge, à juste titre, évoqué trop superficiellement. Mais c'est un peu ce que l'on cherche à faire sur un site ou un blog, susciter des dialogues, inviter le visiteur a donner son avis. Il y a quelques années, cela marchait assez bien, aujourd'hui les personnes passent mais dialoguent rarement. Le temps devient une denrée rare.
E
La vie est un émerveillement constant. Et il est merveilleux aussi de s'adapter à ce qu'elle nous donne et nous reprend, et de rester nous-mêmes, vieux leit motiv pourtant tellement important. Ne pas laisser son coeur être corrompu, ses pensées manipulées... Et en effet on n'a que peu de jeu pour faire de notre caractère initial un bon outil diplomatique pour nous entendre avec les autres...
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A
Oui, Edmée, nous ne cessons de nous éduquer nous-même et avons souvent l'impression qu'une vie ne suffira pas. Il a tant à connaître et à approfondir.
A
Je suis hors-sujet, quoi que ... "Toute la matière connue est faite d’atomes : votre table d’ordinateur, la petite fleur que vous y avez mise, votre chat qui vient se frôler sur votre jambe, le soleil dont les rayons entrent par votre fenêtre, les étoiles qui enchantent vos nuits, vous, moi, tout est atomes ..." écrivait votre ami Jean Marcoux. Cette référence m'accompagne souvent. Quand mes balades me poussent vers l'océan, j'ai souvent cette sensation bienfaitrice. N'être rien au milieu de l'immensité. Ce qu'écrit Sandrine correspond à ce que je ressens. La force de la nature. Est-ce par paresse, fatigue, ou tout simplement l'âge qui avance ? "Conscients de cerner une réalité importante qui n’est pas de nature matérielle et échappe ainsi à l’observation scientifique", je me reconnais assez bien dans cette phrase. Je pense avoir acquis une certaine forme de sagesse qui fait de moi un homme heureux. Mais pas indifférent. L'actualité me fait mal. Mes rêves, ou peut-être ma folie, me sauvent. Bon week-end Armelle.
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S
Il est fascinant de constater combien l'individu le plus anonyme n'est jamais insignifiant. La complexité d'un être et d'une vie est infiniment vaste, multidimensionnel. Juste une cellule permet cela et c'est absolument extraordinaire. La vie, quelle qu'elle soit, est un trésor sans prix. La "chosifier" est une injure à son intelligence et à sa richesse, probablement aussi l'ultime erreur qui nous condamnera. Que cela nous plaise ou non, la nature est toujours la plus forte.
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Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

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