Il y a quelque temps de cela je posais déjà la question : dans quel monde vivons-nous ? Il est vrai que le monde change à une vitesse vertigineuse, au point que la plupart de nos références sont bousculées et que l’on sent dans la société une crispation et une inquiétude dues à la conjonction de l’emprise idéologique et du matérialisme. Notre société occidentale a valorisé à un point tel la matière au détriment de l’esprit, le superficiel au détriment du profond, la théorie plutôt que la réalité, que nous avançons dans un univers qui semble n’avoir d’autre horizon que celui du profit. Or, lorsque l’enrichissement devient l’unique souci de la plupart d’entre nous, lorsque les aspirations spirituelles sont moquées et couvertes de dérision, alors il n’est pas rare que le mensonge et la tricherie fassent une entrée en force. Et c’est bien le cas aujourd’hui.
Chaque jour nous dévoile son lot de fraudeurs tant il est vrai que le matérialisme est le levain d’une immense tricherie généralisée. Ne faut-il pas dissimuler et travestir la vérité pour faire oublier que le but auquel on aspire est tout simplement illusoire et irréalisable ? L’idéologie est une immense machine à tricoter du rêve et son discours destiné à être appliqué par les autres : les naïfs, les dupes, les pauvres gens trompés auxquels ont fait miroiter un avenir factice. Oui, le paraître semble avoir pris le pas sur l’être, l’individu sur la personne que l'on robotise à force de la priver de sa liberté d’expression et de l’accabler sous les diktats d'une pensée unique. Jusqu’où cela ira-t-il ? « Dans ce genre de société – écrit la philosophe Chantal Delsol – tout est si superficiel que bien souvent les gouvernants font semblant de gouverner, les journalistes font semblant d’informer, les banques font semblant de prêter, et tout est à l’avenant ». Le temps est venu de s’en inquiéter et de démasquer les vendeurs d’illusions, les tricheurs, les fossoyeurs d’une société qui avait ses faiblesses mais aussi ses grandeurs et ne se complaisait pas dans la posture et l'imposture.
Néanmoins, les réponses aux questions que l'on se pose, c'est à chacun de les trouver en soi. Elles ne doivent nullement s'imposer au terme d'une démonstration péremptoire. Dans l'ordre de l'absolu et de la valeur, la vérité se montre mais ne se démontre pas. L'intervention de la liberté est indispensable à tout jugement. C'est la raison pour laquelle nous devons la défendre comme notre bien le plus précieux. Nous sentons d'ailleurs la nécessité de rassembler les hommes sur quelques principes de sagesse et sur quelques valeurs fondamentales. La sagesse correspond d'ailleurs à un immense besoin de nos jours. Bergson faisait observer qu'à tout progrès matériel devrait correspondre "un supplément d'âme". Car les savants ne sont pas forcément les...sages. De même que les psychiatres, les sociologues, les économistes, les hommes politiques. Cette élite n'est pas toujours éclairée, hélas ! Aussi chacun a-t-il la responsabilité totale du degré de clarté de sa propre pensée.
Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
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