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12 avril 2016 2 12 /04 /avril /2016 08:06
Les larmes de la mer

 

Si le ciel vire ses voiles,
vous saurez que les navires, partis à l'aube,
ont ouvert des voies d’eau sur l’infini,
que les hommes voguent vers la haute mer,
qu’ils reposent au fond des cales, sous des bâches,

la tête pleine de chimères.
Vous connaîtrez l’angoisse, l’obsession,
quand tout se tord et se tend,
que tout s’exaspère,
que les cordages lâchés se lovent sur les ponts.
L’air saturé d’étoiles est un miroitement sans fin.

 

Dans cette pénombre,
des signaux brefs nous disent
qu’ailleurs est un espace familier et meilleur,
au loin, alors qu’un cap se profile,
notre faim s’accroît d’un dernier désir.
Les marins, l’oreille en alerte,

surprennent le bruit sourd des vents qui remontent à leur base.
Désormais, n’y–t-il plus d’attente à espérer ?
Ce continent nous restera-t-il inconnu ?
Où mener notre course sans céder, sans faiblir trop vite ?

 

Ecoutons respirer les éléments,
voyons le ciel se mouvoir.
Qui s’avance, qui va dans la nuit ?
Il y a mieux à faire que de dormir. Veillons !
Tenons-nous à la proue, droit, le visage impérieux.
Force nous est de scruter, d’imaginer des contrées
où s’honoreraient des bêtes mythiques.
L’oiseau passe qui annonce un continent proche, une terre sauvage.

 

Reflet qu'un chemin de solitude propage,
demain nous apprendra que la fin est proche,
que le jour tarde à se lever.
Il hésite à la frontière des mondes.
N'est-ce pas des galaxies qui neigent dans l'univers,
n'est-ce pas l'éclipse qui s'accomplit avec majesté ?
Il faut se refuser à la médiation,
accepter que la route aboutisse ou bien reprendre l'océan.

En Atlantique, rien ne meurt vraiment.
Il y a une vérité à comprendre,
un chemin de halage à emprunter.
J’ai soif ! Quel océan pour m’abreuver,
quelle terre pour, à son terme, accueillir mon voyage ?
Je ne connais que l’illusion de l’apparence,
que son destin tragique.


La nuit sur tous les fronts.
Elle gave la terre, un limon putride tapisse les ruisseaux.
Le ciel germe ses feux. L'éclosion d'une flamme assemble les cris.
On brise les sceaux de tout un peuple,
on saccage les villes bâties à la hâte sur des éperons rocheux.
L'Atlantique est une contrée au-delà du possible.
D'étranges choses s'y passent.
On ne lève pas l'ancre pour s'affranchir 
mais pour se porter secours.
Celui qui revient porte son deuil.
De là où je suis, je prends en compte l'éternité.
Avec elle, je dérive, je l'étarque fort,
je la mène vers ce point que je refais chaque jour,
à chaque heure. Un point qui sursoit ma vision.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE  ( Extraits de « Profil de la Nuit » )

 

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Les larmes de la mer
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commentaires

armelle 13/04/2016 18:48

Merci Laure et Pascal de partager avec moi les mots qui invitent à voir le monde autrement. Et à lui donner ... voix.

Pascal 13/04/2016 13:24

Quelle belle évasion poétique, chère Armelle. La mer des douleurs et des deuils y est somptueusement évoquée. J'imprime.

Laure Hadrien 13/04/2016 11:37

J'ai une profonde admiration pour les poètes, j'aime les entendre chantés par ceux qui ont ce don de mettre la poésie en musique, j'aime les entendre déclamés. Personnellement je me cantonne à la prose, incapable de cette musicalité des poètes.

armelle 11/04/2016 10:14

Merci Loïc, votre fidélité et l'intérêt que vous portez à mon travail littéraire m'est infiniment précieux. Oui, la poésie a toujours été la clef de voûte de mon écriture. Elle m'a habitée dès l'enfance.

Loic 10/04/2016 14:00

Comme toujours une poesie ample et puissante mais qui parle au coeur.

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Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

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