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18 février 2022 5 18 /02 /février /2022 09:09
Jacques-Emile Blanche et Jean Helleu (enfant)
Jacques-Emile Blanche et Jean Helleu (enfant)

Jacques-Emile Blanche et Jean Helleu (enfant)

 

Jacques-Emile Blanche est né le 31 janvier 1861 dans une famille de médecins aliénistes. Son grand-père, Esprit Blanche, avait fondé la maison de santé de Passy, très réputée, que son fils Antoine Blanche (1820–1893) continuera de diriger. Experts médico-légal, les docteurs Blanche soignaient les célébrités de leur temps comme le musicien Fromentin Halévy, le poète Gérard de Nerval et Guy de Maupassant qui finira ses jours dans leur clinique. La famille Blanche habitait rue de la Source à Auteuil une villa voisine de celle de Louis Weil, l’oncle de Marcel Proust, maison où l’écrivain naquit d’ailleurs et passa de nombreux séjours. Les deux familles se fréquentaient. Jacques-Emile était un riche héritier et avait déjà un pied dans cette vie mondaine à laquelle il s'initiera dès l’adolescence et qu'il conduisit avec élégance ; il en tirera la matière des quelques 1500 portraits réalisés tout au long de sa carrière. Mais son œuvre ne se circonscrit nullement dans le cadre étroit d’une simple chronique mondaine, elle est, de par sa qualité, une œuvre dans toute l’exception du terme, celle d’un artiste qui sut capter, comme le fera Proust avec sa plume, le moi profond et le mystère inhérent à chacun de ses modèles. Et ils seront nombreux.

 

Elève de Gervex et Humbert, Jacques-Emile a hésité un moment entre la musique et la peinture. Il est vrai que son père recevait de nombreux musiciens comme Gounod, Berlioz, Bizet et que le jeune homme fut très tôt un excellent pianiste. Mais l’amour de la peinture sera le plus fort et son admiration pour Manet et Whistler une probable incitation à opter pour le pinceau plutôt que pour le clavier. Blanche va très vite se spécialiser dans le portrait : «  Je ne suis qu’un portraitiste qui raconte ce qu’il voit » - dira-t-il. Il connaitra la célébrité en réalisant le portrait de Marcel Proust (celui du musée d’Orsay) dont l’ébauche avait été faite en 1891 au manoir des Frémonts, sur les hauteurs de Trouville, où le peintre et le futur écrivain  étaient les invités d’Arthur Baignières. Par la suite, Blanche fixera sur la toile les visages des personnalités les plus emblématiques de son temps : Montesquiou, Henri de Régnier, Anna de Noailles, André Gide, Jean Cocteau, Maurice Barrès, Henri de Montherlant, Mauriac, Stravinski, Bergson et quelques autres. Sa sensibilité s’exprimera également dans le pastel qu’il utilisera avec virtuosité, notamment dans ses portraits de femme dont le très beau qu’il consacrera à sa mère. De même que le délicieux portrait du fils de Paul-César Helleu, autre peintre qui résidait souvent sur son yacht à Deauville. Ce portrait de Jean Helleu enfant, en habit de pierrot, est d’une facture particulièrement délicate.

 

Jacques-Emile Blanche sera également un écrivain et un critique d’art avisé. Dans son ouvrage « Propos de peintre – de David à Degas », il rend compte et exalte les œuvres de ses contemporains et prédécesseurs d’une plume alerte et éprouvée. Marcel Proust, qui rédigera la préface, ne partageait pas son point de vue, considérant que l’œuvre est toujours supérieure à son auteur et ne l’explique nullement, si bien qu’il ne craindra pas de le contredire sur ce point précis  : «  Le défaut de Jacques Blanche critique, comme Sainte-Beuve, c’est de refaire l’inverse du trajet qu’accomplit l’artiste pour se réaliser, c’est d’expliquer le Fantin ou le Manet véritable, celui que l’on ne trouve que dans leur œuvre, à l’aide de l’homme périssable, pareil à ses contemporains, pétri de défauts, auquel une âme originale était enchaînée, et contre lequel elle protestait, dont elle essayait de se séparer, de se délivrer par le travail. » Tous deux se connaissaient bien et fréquentaient les mêmes salons, particulièrement celui de Madame Straus, née Halévy, et épouse en premières noces de Georges Bizet, qui aimait à poursuivre son salon de Paris à Trouville où, après avoir loué plusieurs années le manoir de « La Cour-Brûlée » à Madame Aubernon, fit construire le sien tout à côté : le Manoir des Mûriers ». Proust ira à plusieurs reprises la visiter, ainsi que Helleu, Blanche, Maupassant, Fauré … Blanche sera élu à l’Académie des Beaux-Arts en 1935.

 

Comme Marcel Proust, le peintre aimait la Normandie, ses jardins, ses chemins creux, ses champs quadrillés de haies vives, ses clochers qui pointent à l’horizon, ses lointains de mer qui semblent absorbés par le ciel et ses gris qui se déclinent en de multiples nuances et donnent une gravité lumineuse aux paysages. Quittant les mondanités parisiennes, il appréciait cette communion harmonieuse et vivifiante avec la nature. Après avoir séjourné de 1896 à 1901 au château de Tout-la-Ville entre Deauville et Pont-L’Evêque, lui et sa femme Rose louèrent le manoir de Tôt à Offranville, en Seine-Maritime, où ils aimaient à poursuivre à la campagne leurs relations urbaines avec les personnes les plus en vue du monde littéraire, artistique et politique d’alors. Les frères Goncourt, qui n’avaient pas la plume tendre, s’amusaient à dire que Jacques Blanche était susceptible et cancanier. Il n’y a qu’à lire « La Recherche du Temps Perdu » pour savoir que les propos aigres-doux étaient en vogue et animaient bien des conversations. La Normandie sera donc pour Jacques-Emile Blanche un lieu d’ancrage privilégié et est-ce ses liens particuliers avec le monde artistique et culturel qui offrent aujourd'hui à notre regard un ensemble de portraits qui nous assure que le temps … peut être retrouvé.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Quelques-unes des toiles de l'artiste.
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commentaires

I
je vous disais donc, Chère Armelle, que chaque fois que vous nous faites partager ce que vous aimez, vous ouvrez des fenêtres magiques, car vous éclairez les êtres et les choses d'un éclairage particulier...<br /> Pas étonnant que vous ayez , avec votre talent habituel, mis en lumière Jacques-Emile Blanche. Ce peintre qui ne pouvait que vous toucher à plus d ' un titre. Et que vous l'ayez mis en parallèle avec votre grand amour, Marcel Proust!<br /> Parce qu'ils étaient artistes? Tous deux amis? Tous deux mondains? Tous deux amoureux de votre Normandie? Peut-être.<br /> Mais surtout, et vous l'avez dit, parce qu'ils avaient, et l'un et l' autre, " l'art de capter le moi profond et le mystère " de leurs modèles.<br /> Vous avez eu ô combien raison de braquer votre projecteur sur ce don souvent partagé par les grands artistes, et qui fut chez eux d'un très haut niveau...<br /> Personnellement, je vous le dis, je suis enchantée que Jacques-Emile Blanche ait peint mes aimés Bergson, Gide, Claudel...Et Cocteau, que la minuscule petite fille que j'étais voyait souvent, accompagné du chaleureux et beau Jean Marais, quand Denise Duval chantait son oeuvre, composée par le merveilleux Francis Poulenc, et dirigée par Georges Prêtre.<br /> <br /> Il a peint ce qu'il aimait, il a peint ceux qu'il aimait.<br /> Un seul exemple? Il aimait la Musique, il jouait formidablement du piano, Il a peint" La pianiste", oeuvre superbe.<br /> Son pinceau est photographique, mais le portrait devient par lui photographie vivante.<br /> Oui, je vous rejoins, Armelle, il a bien ce pouvoir de traverser les êtres et de faire surgir les âmes.<br /> On dirait que Proust va parler.<br /> Quant à Stravinski, marchant, élégant, fatigué, on l 'entend penser.<br /> Et quand il ne fait de portrait, comme dans " Matinée d’Août",plage de Dieppe, il offre une vision à la fois réelle et surréaliste.<br /> J'ai été ravie quand en 2013 Frédéric Mitterrand, ami et grand esthète, a fait paraître aux Editions Seguier<br /> "Propos de peintre", ce livre écrit par Blanche et préfacé par Proust.<br /> <br /> Les deux amis sont au ciel. Mais leurs œuvres sont là.<br /> <br /> <br /> Armelle, vous avez le don que vous admirez chez les autres: Dévoiler le mystère.<br /> Rendre présents et vivants à jamais ceux que vous aimez.<br /> Vous l'avez, une fois de plus, prouvé.<br /> <br /> Isabelle
Répondre
A
Oui, vous avez raison, avec son pinceau il a su nous rendre la présence de ses modèles vivante et éternelle.
I
Chère Armelle quand vous nous faites partager ce que vous aimez, vous ouvrez chaque fois des fenêtres magiques. Vous éclairez tout d'un éclairage particulier, et l'on ressort de vos écrits toujours plus riches...et éclairés!<br /> je continuerai à vous parler après avoir vérifié si ce mail vous parvient. <br /> Isabelle
Répondre
A
Oui, ce commentaire est bien parvenu à son but après quelques essais difficiles, me disiez-vous. Merci de votre gentillesse au sujet des articles de ce blog auquel je me consacre depuis plusieurs années avec un constant plaisir.
T
Je ne savais pas grand-chose du fameux portraitiste de Proust, merci pour ce billet très instructif. Et pour le lien vers quelques-unes de ses toiles - j'aime particulièrement la pianiste.
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L
Le defile des toiles est tres astucieux. On replonge ainsi au coeur d'une epoque qui ne manquait pas de personnalites attrayantes.
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A
Oui, c'est un des avantages qu'offre le site Overblog.
R
Merci chère Madame Barguillet Hauteloire d'ici rappeler à notre mémoire la présence de cet important peintre, notamment des grandes personnalités de cette époque, dite "belle", - et pas que du seul Marcel Proust comme beaucoup souvent le croient : vous lire , puis visiter la "Maison du Temps retrouvé", à Cabourg, pour ceux de nos amis qui ne l'auraient point encore vue, permet à ce propos de contrer bien des préjugés. Merci aussi d'avoir attiré notre attention sur le fait que J.-É. Blanche ne fut pas qu'un portraitiste prolixe mais également un auteur, critique d'art, dont l'oeuvre, "Propos de Peintre", en trois volumes, le premier préfacé d'ailleurs par Proust en personne, ainsi que vous le précisez si judicieusement, vaut la peine d'être découverte. Épuisés dans le commerce, ou atteignant parfois des prix exorbitants, les trois volumes - (De David à Degas 1 et 2 ; de Gauguin à la Revue nègre, le 3ème) -, peuvent toutefois encore être relus gratuitement sur le site de Gallica. Permettez-moi de fournir le lien du premier volume : <br /> <br /> https://gallica.bnf.fr/.../bpt6k9687718r/f11.item.texteImage
Répondre
A
Merci de nous donner l'adresse de ce site, cher Richard Lejeune.

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