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20 novembre 2017 1 20 /11 /novembre /2017 09:11
Le dimanche des mères de Graham Swift

Un joli roman anglais comme les écrivains britanniques en ont écrit des quantités avec bonheur. Un roman qui montre qu’entre la réalité et la fiction l’espace est bien mince et que les mots peuvent être espiègles.

 

 

Le dimanche des mères

Graham Swift (1949 - ….)

 

 

En Angleterre, le jour des mères, les maîtres donnent congé à leurs employés de maison pour qu’ils puissent visiter leurs parents. Ce 30 mars 1924, les Niven, les Sherigham et les Hobday respectent la tradition et laissent leurs domestiques, surtout des femmes car les hommes ont souvent disparu lors de la terrible guerre sur le continent, aller visiter leur famille. Mais Jay n’a pas de famille alors elle attend un coup de fil de son amant qui arrive bientôt dans la maison de ses patrons qui devrait être vide car les trois familles ont décidé de faire un pique-nique en l’honneur du futur mariage de la fille Hobday avec Paul Sherigham, l’amant de Jay.

Le décor est planté : les maîtres piquent-niquent, les domestiques sont dans leur famille respective, les futurs mariés se sont donnés rendez-vous dans une auberge. La tragédie peut se nouer mais le futur époux Paul Sherigham s’attarde auprès de sa maîtresse Jay pour un dernier rendez-vous. Il lui laisse la demeure, se fait beau et quitte la maison au volant de sa voiture, fonçant vers son destin.

Bien longtemps après, alors qu’elle  a  98 ans, Jay répond aux questions des auditeurs de l’une de ses lectures, elle leur dit qu’elle a décidé de devenir écrivaine après cette tragédie mais elle ne raconte pas les amours ancillaires qu’elle a vécues avec le beau Paul, ça personne ne l’a jamais su. Elle évoque surtout Conrad qu’elle admire, les mots qui sans cesse lui jouent des tours, qu’elle n’arrive pas à maîtriser, « … elle était obsédée par le caractère changeant des mots. Un mot n’était pas une chose, loin de là. Une chose n’était pas un mot. Cependant, d’une certaine façon, les deux – choses – devenaient inséparables. »

Qu’aurait été sa vie sans cette tragédie ? Que serait-elle devenue, elle la petite orpheline placée dès son plus jeune âge ? Heureusement, elle savait lire et Mr Niven lui avait ouvert les portes de sa bibliothèque, elle avait pu ainsi confondre sa vie misérable avec les histoires qu’elle lisait. « C’était la grande leçon de la vie, que faits et fiction ne cessaient de se confondre, d’être interchangeables ». Le malheur avait sorti cette pauvre soubrette de sa médiocre condition pour en faire une auteure connue et reconnue mais aussi une femme lucide qui avait bien compris que la vie n’était que hasard et qu’elle pouvait basculer d’un côté ou de l’autre au moindre souffle du vent. Le succès ne lui avait pas fait tourner la tête qu’elle gardait  bien froide malgré son âge. Elle aimait répéter à l’adresse des auteurs comme des lecteurs : «  Eh bien vous devez comprendre que les mots ne sont que des mots, un peu de vent, c’est tout… »

Denis BILLAMBOZ

 

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commentaires

P
C'est le genre que j'aime, je vais le lire dès que possible !
Répondre
E
Un livre remarquable, vécu minute par minute, des minutes qui vont changer des vies...
Répondre

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