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5 mars 2018 1 05 /03 /mars /2018 10:33
Le vin des rues de Robert Giraud
Le vin des rues de Robert Giraud

J’aime cette littérature de la rue, de la nuit, des bars, de la cloche… cette littérature qui raconte la vraie vie sans aucun artifice, dans toute la verdeur de la langue, la littérature de la survie. Je ne remercierai jamais assez Le Dilettante de rééditer ces auteurs qui ont fourni tous les condiments nécessaires à la saveur de notre langue.

 

 

Le vin des rues

Robert Giraud (1921 – 1997)

 

 

« La nuit a toujours le goût de vin rouge… Les vrais buveurs de vin rouge se retrouvent toujours la nuit, personne n’a jamais pu en expliquer la raison. » Robert, Bob, Giraud ont fait partie de cette corporation de malheur - « Le gars de la nuit est un enfant de malheur » - qui convergeait le soir venu vers les Halles, vers la Maub’, vers la Mouft’ et quelques autres quartiers de Paris où des estaminets ou clandés de fortune accueillaient cette population de "boit sans soif" qui siphonnait la chopine pour se tenir chaud au ventre. Les Halles étaient le centre de cette transhumance nocturne « à elles seules, (elles sont) la ville la plus étonnante du monde entier. Un champignon de nuit, une apparition à heure fixe, le musée Grévin animé avec ses moments de relâche ».

 

Héros de la Résistance, prisonnier des Allemands, condamné à mort, sauvé par la Libération, Robert Giraud s’est perdu dans le Paris de l’après-guerre où il a fréquenté la cloche, les petits malfrats et bien des personnages pittoresques aussi fauchés que lui, véritables génies du marketing, capables d’inventer les combines les plus improbables pour remplir leur panse afin de vivre au moins un jour de plus. C’est là qu’il a retrouvé son presque pays, Pierre Mérindol, avant qu’il fasse « Fausse route » en transbahutant des fruits et légumes pour remplir les Halles, le ventre de Paris. « Avec Mérindol on marchait en pool, depuis le jour où, complètement à la côte, on s’était retrouvé à Paris. Aussi panosse que moi on faisait une belle paire… »

 

Dans ce texte, il raconte le Paris de la cloche et des petits boulots, trempant sa plume dans le carbure servi au comptoir dans des demis, des hémisphères ou dans toutes sortes de récipients. Il dresse ainsi, avec le mazout des pochtrons, une fresque haute en couleur de la faune qui hantait Paris la nuit à la manière d’un Restif de la Bretonne comme le souligne Robert Doisneau, compagnon de bordée, avant de devenir photographe renommé et, pour la circonstance, préfacier de cet ouvrage.

 

Giraud n’a jamais postulé pour un quelconque prix littéraire mais son texte devrait être conservé à tout jamais comme un véritable document, indispensable à tous ceux qui s’intéressent peu ou prou à l’histoire du Paris de la Libération. La Capitale, il la connait sur le bout de ses godasses éculées, "Savoir Paris l’a, b, c, de la profession. A pinces, à se farcir des kilomètres de trottoirs et ça répété pendant une année nocturne, tu peux me faire confiance, tu arrives à te débrouiller ". A te débrouiller pour dénicher un rade, aussi pourri soit-il, pour boire un dernier verre avant le prochain qui ne sera que le précédent de celui qui suivra, précédant un autre avant le peut-être dernier. Tant qu’il a du rouquin, un sans toit peut résister dans la nuit la plus glaciale jusqu’à ce que l’alcool le transperce de l’intérieur.

 

Et ces écriveurs de la nuit, Giraud, Mérindol, Blondin, Vidalie, Nimier, Fallet, Simonin et quelques autres comme Audiard, ont plus contribué à faire vivre la langue française, la sortant du carcan de l’Académie, que les technocrates actuels qui la noie sous un flot verbeux issu d’un jargon bâtard qu’ils ont inventé faute d’être capables de maîtriser la langue de Shakespeare. Rien que pour cette raison, je les remercie, mais je les admire surtout pour toute la littérature qu’ils ont produite, elle m’enchante : c’est la vie qui pousse comme du chiendent entre les pavés, une leçon d’espoir, de débrouillardise, de créativité et un bonheur de lecture.

 

Et, comme Giraud et ses compères de pèlerinage d’un rade à l’autre, je suis un oiseau de nuit, de la nuit qui égalise les hommes, mettant le bourgeois au même niveau que le clodo. « La nuit n’a pas d’horloge, pas de pendule, pas de montre. Elle débute de la même façon après le tamisage du crépuscule, première ligne de démarcation à franchir…. » avant de plonger dans l’autre monde, celui qui égalise.
 

Denis BILLAMBOZ

 

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commentaires

P
Ah la tienne Denis !
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D
Santé, prospérité comme disent nos voisins suisses.<br /> <br /> A lire tant c'est gouleyant !<br /> <br /> Amitiés à vous !<br /> <br /> Denis

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