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14 avril 2018 6 14 /04 /avril /2018 08:34
Photo tirée du film "Les petites choses de la vie" de Benjamin Gibeaux

Photo tirée du film "Les petites choses de la vie" de Benjamin Gibeaux

Elles nous ont fait ce que nous sommes, au long de nos enfances, ces petites choses de la vie. Souvenez-vous, c'était hier, l'école et son pupitre, l'encrier qui tachait les doigts, les cahiers ramassés à la hâte, le cartable un peu lourd, le chemin qui vagabondait entre les champs, le clair de lune qui nous faisait rêver et la marguerite que l'on effeuillait en secret ; oui, c'était hier et ce sont toujours ces joies si simples qui font le temps léger et l'humeur joyeuse ou mélancolique, ces riens qui ont tissé nos heures et reprisé nos peines. Aussi rendons-leur ce qu'elles nous ont donné par l'insistance du regard ou la magie des mots.

 

« Tandis qu’elle écrivait, son enfance semblait veiller sur elle, d’autant que rien n’avait changé dans cette chambre depuis l’époque où elle revenait de ses vagabondages les genoux écorchés et que sa mère, trop occupée d’elle-même, ne lui accordait qu’une distraite attention. La jeune femme restait parfois de longs moments à regarder cette chambre où les objets, qu’elle distinguait à peine dans la pénombre, se chargeaient d’une somme de muettes évocations et que les murs, sur lesquels s’accrochait son regard, suintaient leur vie invisible qu’elle était la seule à appréhender, comme si devant ses yeux défilaient – sur l’écran de ces murs si banals, tapissés du même papier lavande que sa mère avait fait poser quinze années auparavant – un recel d’images, de sons, de scènes qui se dévidaient ainsi que le ferait une pellicule cinématographique que l’on aurait volontairement programmée à l’envers. C’était toujours au plus loin qu’elle allait, jusqu’à ces caches creusées par l’enfance qui se réaniment comme au cœur d’un livre s’intensifie le mystère, comme au fond d’un puits s’accroît l’eau dormante. »  Extraits de mon roman « Le jardin d’incertitude »

 

Oui, ces petites choses très modestes, mais chargées de souvenirs et d’émotions, on ne peut s'en séparer tant elles sont auréolées de présence, celle d’un grand-père, d’une mère, d’une sœur, d’une amie, cela modulé sans fin par la mémoire. Immobiles et discrètes, douces et passives, elles ne cessent de rendre témoignage de ce qui fut et de donner à notre présent la grâce et la chaleur de ces jours anciens dont elles sont les témoins et les dépositaires.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Tapisserie de Simon Chaye

Tapisserie de Simon Chaye

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commentaires

I
je reviens sur ce thème mais sur un autre registre. Non plus celui du strict souvenir mais du sacré des choses.<br /> Pour vivre ce sacré, et le voir de nos yeux, il faut aller dans un monastère... Ou dans un lieu de culte, église, mosquée, synagogue ou autres , car toutes les religions ont leurs cultes et le sens du sacré.<br /> En ces lieux les choses ne sont plus seulement des choses, elles sont investies par l'âme de ceux ou celles qui les contemplent.<br /> Chaque objet est respecté, même dans les cuisines, et c'est le respect qu'on lui dédie qui le rend respectable.<br /> Il n'est pas que lui, casserole ou verre, ou vase... Il est celui que l'on remercie de nous servir et aussi celui dont autrui se sert. Donc double respect, et pour l'objet et pour autrui.<br /> On peut croire à priori que dans les monastères on se moque des choses et qu'on leur voue une grande indifférence parce qu'elles font partie du monde matériel, et bien il n'en est rien! Ce sont en ces lieux que l'on se rend compte de l'importance des choses.<br /> C'est le regard de l'homme qui sacralise ou banalise et quand ce regard est habité par le ciel, alors il sacralise le monde ici -bas même dans sa matérialité car la matérialité n'est jamais que matière.<br /> Et quand je pense au grand scientifique, biologiste, Rémi Chauvin, je sais que l'esprit régit tout et est partout.<br /> En fait l'amour est le dénominateur commun des êtres et des choses, et il circule entre tous les éléments vivants ou non de la terre.<br /> Un objet a donc le pouvoir de laisser une empreinte et l'amour de ceux qui l'ont touché est imprégné en lui.<br /> Il se moque du temps qui passe et se donne à tous nos sens, et garde en lui le souffle des êtres qui l'ont touché.<br /> Isabelle
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A
Vous avez raison de souligner à quel point en toute chose, il y a une part de sacré. C'est ce qui donne sens à la vie. Autrement !
I
Armelle j'ai beaucoup aimé le roman, votre roman dont vous tirez ce texte.<br /> Il n'y a pas de petites choses, sauf pour les indifférents ou les amnésiques, et encore, ces derniers peuvent toujours les respirer sans pouvoir y mettre un nom!<br /> Oui , vous avez raison, elles nous constituent, elles sont nous, elles ont pris chair en nous, elles sont le passé toujours présent. <br /> Il y a un lien indissoluble entre elles qui ont été vécues et nous.<br /> La madeleine de Proust...Le passé qui l'habite surgit à chaque fois qu'il en savoure une:!<br /> j'aime le cuir parce que j'en respirais l'odeur minuscule enfant dans le landau.<br /> L'eau de lavande que portait mon père et qui m'endormait délicieusement le soir<br /> l'odeur du feu dans la cheminée devant laquelle se tenaient mes grand-mères, et je pourrai continuer ainsi à vous parler pendant des heures.<br /> Il n' a pas de petites choses et je crois que tout a une âme. Les objets passés par nos vies ont enfanté, et continuent, une vibration, une nostalgie, mais aussi une joie, qui resteront à jamais,.<br /> Nous sommes faits de sensations, nous sommes faits de souvenirs, et nos aimés disparus ont le pouvoir aussi d'exister toujours dans et par ce monde des choses.<br /> Je crois que la mémoire durera autant que nous, c'est à dire une éternité.<br /> Isabelle
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A
Oui, ces petites choses nous collent à la peau, elles ont contribué à nous faire ce que nous sommes et elles perdurent davantage encore que certains grands événements dans nos mémoires.
E
Petites et légères mais avec la force de remplir un immense ballon de force par leur souffle. Se souvenir du salon de bon-papa, du rouge à joues de bonne-mammy le jour de l'an (la seule coquetterie qu'elle eut jamais..), des chemisiers fleuris de ma grand tante Germaine aux cheveux trop teints, du rire de ma mère, du sourire de mon père... c'est comme un torrent sous-terrain qui nourrit mon coeur en permanence...<br /> <br /> Merci de le rappeler...
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A
Oui, Edmée, ces petites choses sont une rivière souterraine qui coule en permanence dans l'esprit et le coeur. Vous avez su les évoquer avec talent dans vos ouvrages.

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