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4 juin 2018 1 04 /06 /juin /2018 07:36
La place d'Espagne à Séville

La place d'Espagne à Séville

Il y a longtemps que j’aspirais à retourner en Andalousie que je n’avais qu’entrevue, il y a une trentaine d’années, lors d’un séjour au club Méditerranée de Cadix. Mon mari et moi avions programmé alors une visite éclair à Séville par une chaleur caniculaire qui ne m’avait laissé que le triste sentiment d’un rêve inachevé. Il était temps que des villes comme Grenade, Cordoue et Séville s’immortalisent à jamais dans ma mémoire. C’est désormais chose faite avec l’avantage de les avoir visitées au moment où la végétation est dans son plus bel éclat avec ses bosquets de lauriers roses, rouges ou blancs, ses jacarandas aux fleurs pulpeuses d’un bleu violet et ses buissons ardents formés par les bougainvilliers. Car si l’architecture est tellement présente, le monde végétal n’est pas oublié. L’Andalousie est une terre de jardins, de parfums, d’essences rares et semble avoir été composée comme un lieu d’exception offrant à l’homme ce auquel il aspire le plus : la richesse agricole, la mer proche et les routes maritimes ouvertes sur l’océan Atlantique et la Méditerranée, un fleuve navigable le Guadalquivir, un climat idéalement tempéré et doucement rafraîchi par les vents et une situation géographique exceptionnelle.

 

Rien d’étonnant à ce que, très tôt, le sud de la Péninsule Ibérique ait été convoité par différentes civilisations. Déjà les navigateurs orientaux élaborèrent des plans de voyage et d’ambitieux projets coloniaux pour annexer ce pays de Cocagne, dont les Phéniciens, bientôt rejoints par les Carthaginois et les Romains. Almilcar, général carthaginois, débarquera à Cadix en 237 av. J.C. et ne mit pas moins de dix ans pour assurer sa suprématie. La péninsule fut ainsi le théâtre de luttes violentes où s’affrontèrent, à la suite des Carthaginois et des Romains, les Wisigoths puis les Arabes qui donnèrent au  pays le nom de al-Andalous, d’où celui d’Andalousie, conférant à cette terre conquise une splendeur civilisationnelle incomparable qui ne cesse de nous éblouir aujourd’hui. Durant les sept siècles de domination arabe apparurent de nombreuses inventions techniques, artistiques, scientifiques, botaniques et économiques et furent conçus quelques-uns des plus beaux fleurons de leur inspiration, ne serait-ce que l’Alcazar de Séville, la mosquée de Cordoue et l’Alhambra de Grenade. Par la suite, les rois catholiques ne seront pas en reste et poursuivront sur cette voie artistique et architecturale, imprimant leur marque grâce à leurs palais, leurs cathédrales, leurs places, leurs musées, si bien que l’Andalousie est peut-être le patchwork le plus saisissant de ce que l’homme peut imaginer de plus rare et de plus élaboré.

La Giralda de Séville

La Giralda de Séville

L'alcazar
L'alcazar

L'alcazar

Ce n’est pas sans raison que ces trois villes sont considérées comme le triangle d’or andalou et composent l’empreinte savante des civilisations musulmane, juive et chrétienne, illuminant la région de leurs trésors architecturaux. La richesse de la terre autour du Guadalquivir et l’eau qui descend en abondance des hauteurs de la Sierra Nevada ont permis à l’homme de construire des palais et des jardins d’une grande beauté et d’une parfaite harmonie. Pour les poètes arabes, l’Andalousie était « le pays à deux doigts du paradis ». Par chance, elle a conservé le goût de ses traditions : le flamenco bien sûr, les fêtes religieuses, les processions innombrables et l'élevage des taureaux et des chevaux, animaux virils et emblématiques de l’Andalousie. Les oiseaux sont également nombreux à nicher dans les marais, dans les déserts dignes du Far West ou le long des plages blanches inondées de soleil. Il n’est pas rare d’apercevoir des cigognes, des flamands roses au long des berges du fleuve et d’innombrables oiseaux de mer dans le golf de Cadix. En Andalousie, aucune ville ne ressemble à l’autre, tant chacune d’elles a son caractère et a veillé à le conserver. Entre les villes s’étendent des plaines couvertes de céréales, des champs de coton, des vignes, des oliveraies et d’amples reliefs qui posent leur ombre imposante sur les cultures.

 

La mosquée-cathédrale de Cordoue et une rue fleurie de la ville.
La mosquée-cathédrale de Cordoue et une rue fleurie de la ville.

La mosquée-cathédrale de Cordoue et une rue fleurie de la ville.

Au bord d’un méandre du Guadalquivir, Cordoue la rêveuse exprime le charme ensorcelant de l’Orient. Avec sa mosquée aux 850 colonnes, monument allégorique de l’architecture musulmane et chef-d’œuvre de l’histoire de l’art, elle est la plus belle cité médiévale d’Espagne, celle qui envoûte ; tandis que Séville, la joyeuse, est la cité phare de l’histoire espagnole où les cultures chrétienne et musulmane ont vécu une stimulante cohabitation. Quant à Grenade, la romantique, elle se résume à la splendeur des palais des princes Nasrides édifiés sur leur colline inspirée. Rien n’est plus beau, sans doute, que l’ensemble de ces palais et leurs jardins de myrrhe,  de roses et de jasmins où le temps ne cesse plus de s’éterniser. C’est dans le palais « Los Leones » que, de retour de Jérusalem, Chateaubriand avait rendez-vous avec son amour d’alors, la belle Nathalie de Noailles, probablement  parce que ce lieu résume ce que l’on peut imaginer de plus éloquent dans l’expression de la douceur de vivre. «  L’Alhambra semble être l’habitation des génies ; c’est un de ces édifices des Mille et une Nuits que l’on croit voir moins en réalité qu’en songe. On peut se faire une juste idée de ces plâtres moulés et découpés à jour, de cette architecture de dentelles, de ces bains, de ces fontaines, de ces jardins intérieurs où des orangers et des grenadiers sauvages se mêlent à des ruines légères. Rien n’égale la finesse et la variété des arabesques de l’Alhambra. Les murs chargés de ces ornements ressemblent à ces étoffes de l’Orient que brodent, dans l’ennui du harem, des femmes esclaves. Quelque chose de voluptueux, de religieux et de guerrier, fait le caractère de ce singulier édifice » - écrira-t-il.

Que puis-je ajouter à cette description d’un ensemble architectural hors du temps qui résume à lui seul ce que l’art et la poésie ont su associer dans une perfection inégalée et que le souvenir réactualise en une vision féerique.
 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

P.S. Je tiens à signaler une chose remarquable en Andalousie :  les publicités au long des routes et à l'entrée des villes ont été supprimées. Qu'attends la France pour en faire autant ! 

 

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Grenade
Grenade

Grenade

Retour d'Andalousie
 L'Alhambra

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Retour d'Andalousie
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Les jardins de Generalife à Grenade.

Les jardins de Generalife à Grenade.

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commentaires

T
Voilà qui fit rêver. Et les photos sont belles !
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L
Belles photos et beau texte qui remet en memoire.
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