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9 juillet 2018 1 09 /07 /juillet /2018 07:25
Désordres amoureux de Ama Ata Aidoo

Les vacances sont faites pour voyager, mais nous pouvons aussi voyager grâce aux livres et aller ainsi à la découverte de nouvelles contrées, de nouvelles populations, de nouvelles civilisations, de nouvelles cultures, et également nous pencher sur les problèmes qui polluent la vie dans ces pays lointains. Pour cette chronique, j’ai choisi de vous emmener à la découverte du Ghana et de la condition des femmes qui y luttent pour vivre et survivre.

 

 

Désordres amoureux

Ama Ata Aidoo (1942 - ….)

 

 

Dans une note liminaire, Ama Ata Aidoo avoue qu’elle avait affirmé dans une interview qu’elle n’écrirait jamais une histoire d’amour se passant à Accra : « Parce qu’il existe autour de nous des choses bien plus importantes sur lesquelles écrire ». Mais elle concède volontiers qu’elle n’a pas tenu parole, elle a rédigé ce livre pour nous narrer les difficultés rencontrées par deux Ghanéennes modernes qui souhaitent mener une vie sentimentale satisfaisante et épanouissante. Elle raconte l’histoire d’Esi, une fonctionnaire diplômée de l’université et de son amie d’enfance Opayuka, sage-femme expérimentée, qui se démènent l’une et l’autre pour conjuguer réussite professionnelle et vie personnelle et éventuellement familiale.

 

Esi exerce une profession intéressante dans la fonction publique, sa situation est supérieure à celle de son mari enseignant et elle ne souhaite pas que sa vie familiale empêche la progression de sa carrière professionnelle. Ainsi refuse-t-elle d’avoir un autre enfant pour ne pas perdre un temps qui pourrait être précieux dans son investissement personnel. Bien entendu, son mari ne partage pas ce point de vue et lui impose une relation sexuelle qu’elle refuse. C’est la goutte d’eau qui fait déborder la calebasse, l’incite à se séparer de lui afin de gagner sa liberté et de fréquenter les hommes qu’elle choisit comme le séducteur qui lui fait du charme depuis un certain temps. Elle cède à ses avances et se retrouve bien vite seconde épouse car son amoureux a déjà une autre femme. C’est une autre aventure qui commence alors … Opayuka ne comprend pas son amie, elle la sage-femme qui met des enfants au monde et accepte tous ceux que la nature lui donne et que son mari lui fait, mais la fatigue la gagne ; entre boulot et famille elle s’épuise mais préserve toujours la cellule familiale, même si son mari ne la seconde pas efficacement.

 

Dans ces deux histoires parallèles, on retrouve les thèmes développés par Léonora Miano : la richesse de l’africanité, la pollution de la colonisation, la passivité des femmes africaines, le poids de la tradition. Ama Ata Aidoo fait énumérer par l’une de ses héroïnes ce que doivent subir les femmes africaines, surtout celles qui veulent sortir de l’archaïsme de la tradition : « Timidité traditionnelle et mépris pour la physiologie des femmes ; idées islamiques répressives à l’égard des femmes ; pudibonderie de l’Angleterre victorienne et hypocrisie française importées par les colonisateurs… Toutes ces idées accumulées avaient, de diverses façons, ravagé l’esprit de la femme africaine moderne… » Au centre des conflits, des théories, des doctrines et des croyances opposées : ainsi la conception africaine et la conception européenne de la famille et de la femme, la considération de la femme dans les religions chrétiennes et islamiques, la superstition animiste et le cartésianisme occidental… en effet, la femme africaine est enfermée dans des dilemmes contraignants dont elle ne peut sortir sans de grandes difficultés et des séquelles. Ces femmes naviguent dans l’immense océan qui s’étend entre les théories du planning familial prônées par les Européens et la légende des mâles africains qui affirment leur puissance et leur gloire en contraignant plus de femmes que leurs adversaires.

 

Aidoo ne s’exprime pas avec la même virulence que Miano, ses héroïnes ne se battent pas avec la même violence pour affirmer leur droit, elle n’est pas de la même génération, elle appartient à celle d’avant, celle des précurseurs, celle des femmes africaines qui voulaient sortir de leur condition primitive pour assurer leur dignité et faire valoir leur droit à l’instruction, à la participation à la vie publique, au choix de leur mode de vie, de leurs pratiques sexuelles, de leur préférence sentimentale… Voilà un livre militant féministe qui ne se cantonne pas seulement dans le traitement de la place des femmes dans la société africaine mais évoque l’avenir de l’Afrique avec ses propres richesses, après qu'elle ait subi les pressions diverses de la colonisation.


Denis BILLAMBOZ

 

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