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16 juillet 2018 1 16 /07 /juillet /2018 08:26
La péninsule aux 24 saisons de Mayumi Inaba

Après un détour au Ghana, je vous emmène une nouvelle fois au Japon, au bout d’une presqu’île éloignée des grandes villes pour écouter une femme à la recherche d’une vie calme, en harmonie avec la nature, sans que ce souhait cède aux mirages de l’écologie factice prônée par des bobos qui ne connaissent rien à la campagne.

 

 

La péninsule aux 24 saisons

Mayumi Inaba (1950 – 2014)

 

 

A l’automne de sa vie, une Tokyoïte divorcée décide de quitter provisoirement la ville quand sa meilleure amie se suicide. Elle choisit de  se rendre dans la presqu’île de Shima, une péninsule située sur la côte pacifique, dans la région de Nagoya, où elle passait ses vacances avec sa famille quand elle était plus jeune. Fatiguée, ébranlée par le décès de son amie, elle a besoin de se ressourcer, de reprendre espoir, de donner un nouveau sens à sa vie. Dans cette maison éloignée de tout et de tous, elle découvre un ancien calendrier, un calendrier des vingt-quatre saisons qui rythme la vie à la campagne un peu comme les almanachs utilisés dans nos villages autrefois. Il indique, au début de chaque quinzaine, ce qu’il conviendra de faire au cours de celle-ci : les travaux des champs, du jardin, de la maison, … tout ce qui scande la vie provinciale. Un calendrier en accord avec le rythme de la nature et de la végétation.

 

Finalement, cette femme décide de s’installer dans cette maison pour un an, le temps d’accomplir un cycle calendaire complet. Séduite par ce coin de campagne presque aussi vierge qu’à l’origine, elle tombe sous le charme de la nature, de la faune, de la flore qu’elle observe, écoute, sent avec une grande attention, s’efforçant de ne perdre aucune des sensations qu’elle peut percevoir : le bruit de la chute des feuilles, le spectacle des lucioles sur le marais, la musique et l’odeur de la forêt sont autant de sensations dont elle se repaît. Elle vit en symbiose avec son environnement, hésitant entre l’autonomie à la manière de Thoreau et la réclusion comme Hermann Hesse. Mais, elle avoue qu’il lui est « Impossible de tout faire par moi-même à la manière de Henry David Thoreau », et profite abondamment des conseils, coups de main et menus présents de la petite communauté qui demeure sur la péninsule.

 

La vie champêtre comporte aussi quelques inconvénients comme les moustiques, mais notre Tokyoïte ne voulait-elle pas se prouver qu’elle avait, jusqu’à ce jour, attaché trop d’importance aux frivolités de la ville ?  « Je voulais me proclamer à moi-même que j’étais une jeune imbécile du temps où je léchais les vitrines, éperdue d’envie devant les fringues hors de prix ». La vie simple au cœur de la nature, près de la mer, à cultiver son jardin et à écrire des haïkus avec sa mère, lui semble beaucoup plus riche et plus en accord avec son corps. Elle trouve là le moyen d'exister autrement, plus en harmonie avec elle-même.  « Nanako (son amie suicidée), es-tu d’accord ? Je voudrais trouver un rythme différent que celui qui t’a fait vivre ta vie trop vite. Oui, un rythme moins précipité que celui de Tokyô, une vitesse qui corresponde à ce que je suis, … » Et, même si on reste toujours attaché à ses origines, comme elle le découvre en lisant les haïkus de sa mère :
 

« Arrivée de loin

A la veille de la saison des pluies

Je m’attendris sur les miens. »
 

le retour à la nature est une alternative salutaire à la vie trépidante dans les grandes villes où tout devient  artificiel.

 

Mayumi Inaba a reçu, pour cet ouvrage, le Prix Tanizaki en 2010, c’est une auteure qui, malgré une forte imprégnation de la tradition nippone, connait bien la culture occidentale, elle cite Thoreau, Hesse, apprécie la musique classique européenne, la littérature occidentale et même des chanteurs et chanteuses comme John Lennon et Françoise Hardy. Son texte est empreint de cette double culture qui lui confère une saveur particulière et lui évite de sombrer dans le manuel du citadin converti à l’écologie. Avec cet ouvrage, elle emmène le lecteur dans un monde sensuel, un peu oublié, empli d’odeurs, de saveurs, de sons plus ou moins musicaux, tout en veillant à conserver une grande qualité littéraire.


Denis BILLAMBOZ

 

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