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13 août 2018 1 13 /08 /août /2018 07:57
Berlin secret de Franz Hessel

Plus de vingt-cinq ans avant la sortie du film « Jules et Jim », le roman qui l’a inspiré avait déjà été écrit par Franz Hessel, le père de Stéphane, qui racontait comment il avait dû batailler pour conserver sa femme qui hésitait entre son mari et son enfant, et l’amant qui lui offrait une vie plus exaltante.

 

 

Berlin secret

Franz Hessel (1880 – 1941)

 

 

Franz Hessel fait partie de ces écrivains du début du XXe siècle qu’on a un peu oublié, cette édition d’un roman resté non traduit pendant près de neuf décennies, devrait attirer sur lui un peu plus de lumière et vers son œuvre un peu plus de lecteurs. Beaucoup, comme moi avant de lire ce texte, ont peut-être oublié qu’il est le père du célèbre « Indigné », Stéphane Hessel. Il est peut-être plus connu des cinéphiles, notamment, pour avoir inspiré le roman d’Henri-Pierre Roché « Jules et Jim » qui a donné matière au célèbre film du même titre.

 

Ce court roman fut rédigé en 1927, au moment où la femme de l’auteur s’installe à Paris pour courtiser plus aisément le romancier qui racontera leur histoire dans un roman devenu célèbre, surtout après son adaptation cinématographique en 1953. Franz Hessel a élaboré le projet de « Berlin secret » à Paris où il s’était installé pour être plus près de sa femme qui, visiblement, était plus attirée par le romancier français que par lui. Mais il a rédigé son texte à Berlin où il est retourné par amour de cette ville qu’il choie particulièrement, elle est l’un des autres personnages principaux de son roman. Il décrit la ville avec minutie, en vante les coins et les recoins, les passages et les facettes méconnus, toujours avec une réelle tendresse et une vraie fascination. Il la parcourt surtout la nuit et raconte ses promenades avec délectation.

 

« Berlin secret » est déjà un peu l’histoire de Jules et Jim, le récit d’une femme arrivant vers la maturité qui hésite entre son vieux mari et l’enfant qu’il lui a donné, le cocon familial et sa douce sécurité, et l’aventure exaltante avec un beau et jeune hobereau terrien qui lui propose une vie beaucoup plus passionnante, agrémentée de voyages et de séjours dans les pays du Sud. Sa femme serait la belle Karola, le beau jeune homme serait le romancier français et lui serait le vieil et sage époux qui prodigue les conseils les plus sages pour préserver son ménage. Un roman simple, le trio habituel qui se débat entre plaisir et devoir, amour et famille.

 

Outre le fait que ce texte préfigure le grand succès cinématographique, il faut retenir avant tout l’œuvre littéraire. En effet, Franz Hessel pourrait figurer parmi les auteurs classiques allemands, son écriture, d’une grande élégance, est allégée de la pesanteur emphatique qui encombre bien des œuvres romantiques de la même période. Sa prose est plus légère, plus alerte, même si l’auteur de la post face, Mandred Flügge, insiste sur le poids des mots qu’Hessel sait donner à ceux-ci en fonction des diverses situations qu’il décrit. Il évoque lui-même l’importance du vocabulaire dans le narratif que les personnages font des événements.  Cette lecture est aussi l’occasion d’apprécier la culture classique de l’auteur, il se réfère très souvent à la Grèce antique, à ses héros, à sa culture, à sa civilisation. Et si on considère que son intrigue se déroule en une journée, plus une soirée, qu’elle se situe exclusivement dans la ville de Berlin, et qu’elle consiste dans le choix que l’héroïne est amenée à faire entre son mari et son amant, on peut admettre que la règle des trois unités est respectée et que ce roman reflète un certain classicisme, même si le bel aristocrate est davantage issu d’un texte romantique germanique.

 

Par ailleurs, cet ouvrage est aussi une page d’histoire, il témoigne de la déconfiture de la noblesse prussienne qui a perdu sa fortune au profit d’une nouvelle bourgeoisie d’affaires tirant les ficelles de la crise, qui secoue l’Allemagne dans les années vingt, pour s’octroyer une place au sommet de la société et s’emparer du pouvoir. Les communistes passent dans le roman comme les distributeurs de tracts fascistes. Les nobles semblent résigner en constatant que « Notre pauvreté est notre seul vice ».

 

Un livre à lire et à méditer ; il annonce des choses plus lourdes que les tribulations de la belle Karola, des choses qui pourront être dites quand l’amant de l’épouse de l’auteur décidera de raconter leur histoire.


Denis BILLAMBOZ

 

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Franz Hessel

Franz Hessel

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commentaires

L
Un bon livre.
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E
Je ne l'ai pas lu mais tout m'attire dans ce livre : l'époque, le thème (qui choque sans cesse et pourtant se représente sans cesse...), le personnage père d'un autre personnage, l'inspiration du film, et Berlin autrefois....
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D
Oui, je l'ai acheté pour toutes ces raisons au dernier Salon du livre de Paris et je n'ai pas été déçu.

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