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6 août 2018 1 06 /08 /août /2018 07:18
Courtisane de Muneera Swar

La couleur de la peu n’est pas seulement un stigmate dans les pays européens, il l’est aussi dans les pays arabes comme le montre ce roman d’une jeune Bahreinie qui a obtenu, avec ce texte, le Prix Katara 2015 du roman décerné au Qatar.

 

 

                                                             Courtisane

Muneera Swar (1975 - ….)

 

 

Lors du dernier Salon du livre de Paris, j’ai constaté que le Qatar attribuait chaque année des prix littéraires à des auteurs arabophones, entre autre à l’auteur d’un roman. C’est à cette occasion que j’ai découvert ce livre de cette jeune Bahreïnie et décidé de l’acquérir. Munnera Swar, pure arabe d’origine, confie sa plume à Courtisane, le nom par lequel tous la désignent dans sa famille, alors que Josiane est le prénom qu’elle s’est donné pour ouvrir son propre salon de coiffure et d’esthétique à Manama, la capitale, et pour raconter son histoire de femme noire descendant des esclaves africains affranchis de longue date.

 

Josiane, n’a pas connu son père, elle vit avec sa mère et son grand père sans oublier Bibi, le perroquet, qui occupe une place importante dans la famille. Sa paternité est un secret très lourd qu’il ne faut surtout pas évoquer au risque de provoquer des drames familiaux, surtout de la part de sa mère qui peut entrer dans de violentes colères. Courtisane est noire mais sa mère et son grand père ne le sont pas, ceci l’interroge particulièrement et la met en rage car elle en souffre depuis son enfance, quand elle a été inscrite dans une bonne école, où elle était la seule fille de couleur, et où elle subissait des humiliations et des traitements douloureux sous le regard indifférent et même complice des enseignants. Combative, déterminée, elle décide, pour échapper aux mauvais traitements, de créer sa propre affaire : un salon de beauté de luxe où elle travaille avec trois employés, un garçon et deux femmes.

 

Mais elle n’en est pas moins désespérée, car elle est convaincue qu’aucun homme digne d’elle ne tombera amoureux d’une fille noire ; seul son cousin Obeid, aussi noir qu’elle, la courtise avec persévérance mais elle ne veut pas céder à ses avances. « Que deviendront mes enfants, si j’accepte de me marier à Obeid ? Ils auront forcément la peau noire. Ils en souffriront, tout comme moi. Ils seront eux aussi humiliés dès leur plus jeune âge ». Sa vie est un drame auquel elle ne pourra mettre un terme qu’en retrouvant son père et en rencontrant un possible mari. Mais l’existence n’est pas toujours comme on l'espérerait et les secrets de familles et complexes masqués ne sont pas le propre de la narratrice. D’autres aussi, ses employés notamment, ont leurs failles cachées.

 

Ce roman est un regard acéré sur la société cosmopolite de Bahreïn où la religion ne semble pas peser sur les femmes qui se croisent dans cette histoire. Courtisane vit comme une femme européenne dans une ville qui semble très moderne, une de ces luxueuses villes nouvelles qui ont surgi dans les pays pétroliers notamment. L’argent y coule à flot mais la tâche originelle est indélébile, la couleur de la peau reste un stigmate très dévalorisant. Courtisane le fait comprendre en admirant la réussite d’Oprah Withney malgré la couleur de sa peau. « Je dépose le magazine d’Oprah sur la pile, au-dessus de tous les autres, en signe de respect pour ce qu’est devenue cette femme, malgré la couleur de sa peau ». Ce livre est aussi une leçon de persévérance dans sa tentative d’acceptation de sa personne, dans sa quête de foi en l’amour qui viendra bien un jour. Mais, même en Orient, « Oh que la vie est facile pour les blancs de peau ! »
 

Denis BILLAMBOZ

 

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