Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
27 août 2018 1 27 /08 /août /2018 08:00
Généalogie du mal de Yu- Jeong Jeong

On écrit beaucoup sur les tueurs en série et autres meurtriers sanguinaires mais c’est la première fois que je lis un texte proposé par un asiatique sur ce sujet. J’ai eu l’impression que l’auteure faisait une analyse un peu différente de celle que propose en général les auteurs occidentaux que j’ai lus jusqu’à maintenant sur ce même sujet. Les asiatiques m’ont paru moins catégoriques, moins tranchés dans leur jugement, leur approche semble plus médicale, plus psychologique…

 

 

Généalogie du mal

Yu-Jeong Jeong  (1966 - ….)

 

 

Un matin d’hiver, entre cinq et six heures du matin, à Gundo, ville nouvelle dédiée aux loisirs au sud de la Corée, dans le vaste duplex de sa mère qui coiffe un building de bureaux, Yujin s’éveille péniblement d’un sommeil comateux. Il ne se souvient de rien mais il se sent emprisonné comme dans une gangue qui le recouvre de la tête au pied, une croûte sèche qui couvre aussi son lit. Emergeant progressivement de sa torpeur, il se rend compte qu’il est inondé d’une forte couche de sang séché et que sa chambre est elle aussi maculée du même liquide. Il ne comprend rien, il n’a aucun souvenir. « …je ne suis pas en mesure d’expliquer pourquoi j’ai pris la porte d’entrée, ni pourquoi je suis dans cet état, ni ce qui est arrivé à ma chambre ». Poussant ses investigations, il retrouve le cadavre de sa mère nageant dans une mare de sang, le rasoir de son père qui aurait pu trancher le cou de sa mère et divers indices qui éveillent son inquiétude : et s’il était l‘auteur de ce meurtre comme tout semble l’indiquer ? Mais ceci est impossible, il n’a pas pu tuer sa mère, il l’aime réellement.

 

Alors, il réfléchit, cherche des indices, essaie de reconstituer ce qui s’est passé au cours de cette nuit meurtrière et finit après un jour et une nouvelle nuit par reconstituer la tragédie … Ou presque : « Il ne me manque plus qu’une chose, la clé qui va ouvrir la porte du temps perdu de ma mémoire, entre minuit et 2 h 30 du matin, la nuit dernière ». S’il n’est pas le meurtrier qui peut l’être ? Seul son frère habite aussi l’immeuble et sa tante a pu rendre visite à sa sœur. Pour quelle raison le meurtrier a-t-il tué sa mère ? Et s’il est le meurtrier, pourquoi aurait-il commis un tel geste ? Il sait qu’on le traite pour des crises d’épilepsie et que la suspension de son traitement peut avoir des conséquences funestes, mais il ne supporte plus sa camisole chimique, il se sent tellement mieux quand il est libéré des contraintes médicamenteuses, même si les effets secondaires de la suspension du traitement sont douloureux et néfastes.

 

A travers un long récit particulièrement détaillé Jeong You-jeong analyse chirurgicalement les faits, les événements, les états psychologiques du presque unique personnage de ce roman angoissant qui pose bien des questions dont la première consiste à identifier le meurtrier et la seconde à analyser son geste. Pour cela, le narrateur doit remonter loin dans le temps, lorsque son père et son frère aîné ont tragiquement disparu en mer. Pour se souvenir de ce qu’il a fait et savoir quel rôle il a joué au cours de cette nuit tragique, il devra sans cesse choisir entre les sages conseils du « soldat blanc » et les impulsions instinctives transmises par le « soldat bleu », entre les deux pôles de sa bipolarité. Sa mère lui avait dit : « Tu ne mérites pas de vivre ». Pourquoi ? Il doit le comprendre !

 

Au moment où les multiples chaînes de télévision inondent les écrans des exploits des tueurs en série, prédateurs, terroristes, kamikazes et autres êtres tous plus sanguinaires les uns que les autres, à travers son analyse minutieuse et fouillée, l’auteure pose les questions essentielles sur la nature et le degré de la culpabilité, sur les limites de la compassion et du pardon, sur l’envie de vengeance. Elle plonge aussi au cœur du système psychique de ces assassins pour déceler d’où provient cette pulsion de meurtre : instinct de survie, instinct primitif ancré dans le cerveau reptilien... ? De cette analyse ressort aussi des éléments qui relèvent de la prédation, de la fatalité, de l’intérêt personnel, pécuniaire, affectif ou autres encore. Dans ce texte, le bien et le mal ne semblent pas clairement définis, ce qui relève de l’inné et ce qui s’ajoute à l’acquis se mélangent, le soldat blanc et le soldat bleu peuvent se liguer pour une même cause. Dans ces conditions, juger semble bien difficile tant il est compliqué de percevoir les motivations du coupable mais il semblerait que l’instinct de conservation, fondé sur le réflexe, agisse plus vite que le geste raisonné nécessitant la mise en œuvre d’éléments plus lents du cerveau. L’être humain n’est finalement qu’un animal, peut-être un peu plus évolué que les autres. Il faudrait donc tolérer certains débordements sanguinaires sans forcément les accepter.
 

Denis BILLAMBOZ


Pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer  ICI

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

L'auteure

L'auteure

Partager cet article
Repost0

commentaires

Présentation

  • : Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • : Grâce au pouvoir des mots, une invitation à voyager sur les lignes et interlignes.
  • Contact

TEXTE LIBRE

 4016234704 (Small)

Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

 Soëren Kierkegaard

 

Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche.

   Montaigne

 

Veux-tu vivre heureux ? Voyage avec deux sacs, l'un pour donner, l'autre pours recevoir.
   Goethe

 

 MES DERNIERS OUVRAGES PUBLIES ( cliquer sur l'icône pour accéder à leur présentation )

 

1184097919 profil de la nuit  2851620614

les signes pourpres  3190-NEL i 978-3-8417-7335-7-full

 

SI VOUS PREFEREZ LES IMAGES et le 7e Art, RENDEZ-VOUS SUR MON BLOG : 

 

Bannière pour Armelle 1 

 

 

Recherche