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24 septembre 2018 1 24 /09 /septembre /2018 08:12
Tombe, tombe au fond de l'eau de Mia Couto

Au sud-est de l’Afrique de belles voix s’élèvent et viennent enrichir la littérature africaine. A leur tête j’installerais Mia Couto, auteur mozambicain lusophone, qui écrit des textes d’une grande poésie avec une langue novatrice qui s’inspire de l’oralité de son pays pour dire ce que notre langue ne permet pas de décrire avec toute la précision et l’émotion nécessaires.

 

 

Tombe, tombe au fond de l’eau

Mia Couto (1955 - ….)

 

 

 « Je ne suis heureux que par paresse. Le malheur, c’est trop de boulot ! » Sur un coin de la côte du Mozambique, Zeca, un ancien pêcheur meuble son temps en essayant de convaincre sa voisine de lui accorder ses faveurs. Le pêcheur cherche un peu d’amour pour adoucir les affres de sa vieillesse, l’âge n’éteint pas le désir et l’envie de séduire. Lui est noir, elle, Dona Luarmina, est mulâtresse, ces deux vieux n’ont connu que la solitude, lui en mer, elle dans un couvent, ils pourraient réunir leurs deux solitudes mais ils n’ont pas appris à vivre ensemble.

 

Chaque jour, dans une langue enrichie de termes vernaculaires, d’approximations langagières et d’inventions pures de l’auteur, ils racontent les événements insolites, drôles, émouvants ou même tragiques de leur vie, leur vision de leur vieillesse, la fin de leur vie, leur départ pour l’autre monde. A travers ces dialogues les deux vieux évoquent le temps qui passe trop vite, l’âge qui pèse de plus en plus sur leurs épaules, leur corps qui peine et souffre de plus en plus, la vieillesse qui arrive trop tôt. Heureusement, il leur reste le rêve, le rêve qui s’affranchit du temps, le rêve qui refonde la réalité et leur réserve un espace pour vivre en dehors du temps.

 

Mais, comment pourrait-il se rencontrer ? La culture et la tradition africaines s’opposent à une telle union, le Noir ne peut pas singer le Blanc, le Noir et le Blanc ne peuvent pas s’unir. La faute pèse déjà sur leur couple, l’ancêtre a trahi la tradition, la vengeance est inéluctable, seule la nature et les rites, qui la glorifient, dispensent le bonheur ou infligent les sanctions à ceux qui ont failli. La sanction sera infligée par le feu ou par l’eau, les deux bras vengeurs de la nature.

 

Ce texte très court est un magnifique récit poétique, une ode à la nature et à la culture africaine qui seules peuvent assurer le bonheur des peuples abandonnés dans leur coin perdu, un grand moment d’émotion et de tendresse à l’endroit de ces deux vieux qui n’ont connu que la solitude avant de se retrouver voisins et la confirmation que Mia Couto est un très grand écrivain qui mériterait bien une consécration internationale.
 

Denis BILLAMBOZ

 

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