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26 novembre 2018 1 26 /11 /novembre /2018 08:23
Nouvelles septentrionales de Thierry Radière

 

Dans ce recueil, Thierry Radière a rassemblé quatre nouvelles inspirées par des événements importants de son passé qui ont tous pour cadre les septentrions de la France, là où il est né, a grandi, a fait ses études et où vivent encore certains membres de sa famille, c’est du moins ce qu’on peut penser à la lecture de ces textes. J’ai lu des noms de lieux que j’ai visités lors de mes périples dans la « France profonde » : Soissons, Laon, Vouziers… des noms qui fleurent bon nos provinces.

 

Mémé est morte, tout là-haut sur la carte, dans le village de naissance de l’auteur qui se rend aux obsèques avec une grosse valise, ce qui interpelle sa petite fille qui se demande s’il va ramener la grand-mère dans cet énorme bagage. Les obsèques au village suivent un rituel marqué par la religion, un rituel qui a bien peu évolué et dans lequel l’auteur ne reconnaît pas forcément son idée de la mort et de ce qui en découle. Et, comme partout dans nos villages, un décès est l’occasion de resserrer les liens au sein de la communauté en partageant un café et une part de gâteau local. Mais pour une fois, la cérémonie va prendre une tournure particulière, le petit frère veut épater son aîné mais la démonstration ne se passe pas comme il le pensait. Et le récit devient nouvelle. J’ai été pris d’émotion en lisant ce texte car il a fait remonter à ma mémoire les obsèques de ceux qui me furent particulièrement chers.

 

La deuxième nouvelle est l’illustration de ce qu’on appelle « le syndrome du coucou », l’oiseau qui niche dans le nid des autres pour finir par les évincer. Gérard, un ancien pote de fac perdu de vue depuis longtemps, et rendu insupportable par son exubérance, son sans-gêne et son besoin de reconnaissance, téléphone de plus en plus souvent à la mère de l’auteur qui, prise de pitié pour cet homme solitaire, passe son temps à l’écouter jusqu’à le laisser entrer dans la vie de sa famille.

 

Raté son bac deux années consécutives, il y a de quoi se flinguer et c’est ce à quoi songe l’auteur dans sa troisième nouvelle, après avoir cherché désespérément son nom sur la liste des candidats admis à l’oral. En retrouvant une balle de 22 long rifle dans le fatras de ses tiroirs, il mûrit un plan mais, de l’élaboration de celui-ci  à sa mise en œuvre, il y a encore la place pour que quelques grains de sable fassent grincer la mécanique du fatal projet.

 

Dans sa quatrième et dernière nouvelle, Radière raconte comment une fille, dont il a été amoureux lorsqu'il était collégien, est devenue la principale suspecte de l’assassinat et de la mutilation de son mari. Il frissonne en pensant qu’il aurait pu être la victime. Et essaie de comprendre comment cette fille, qu’il a aimée, en est arrivée à ces gestes extrêmes. Je lis Thierry Radière depuis quelques années mais je crois que c’est la première fois que je suis confronté à des textes aussi sombres, la mort rode au sein de trois des nouvelles rassemblées dans ce recueil. L’ambiance créée par l’auteur, les descriptions détaillées des événements, donnent au lecteur l’impression de revivre des heures tragiques qu’il aurait pu lui -même connaître, c’est du moins ce que j’ai personnellement éprouvé. J’ai eu le sentiment que l’auteur cherchait à évacuer dans des évocations morbides des souvenirs anciens toujours douloureux, à tirer un trait définitif sur une partie de sa vie qui le chagrine encore. Mais peu importe l’intention tant qu’il nous reste le plaisir de déguster son art de l’écriture, de la narration et de la formule de style.

 

Alors pour conclure, je garde en mémoire ces quelques mots de Thierry Radière qui peuvent éclairer la lecture de ces nouvelles même s’ils s’appliquent principalement à la quatrième : « C’est la première fois que j’analyse mon passé en ces termes, je veux dire comme un texte à commenter. Je suis passé du réel au fictif (du récit à la nouvelle) en m’accrochant à des figures de style, seules capables de m’aider à comprendre un peu mieux le mystère de cette histoire (la quatrième et peut-être les autres aussi). »

 

Denis BILLAMBOZ


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