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24 décembre 2018 1 24 /12 /décembre /2018 09:44
Jours de dèche de Didier Delome

Galériste flambeur, il a usé toutes les ficelles pour tenir encore mais il doit définitivement quitter la scène, ou se contenter de vivoter comme un vrai pauvre, puisque, désormais, il a dilapidé ses ressources. Néanmoins, son étoile n’est pas totalement éteinte, elle prend la forme d’une fonctionnaire qui le guide dans le maquis, afin de trouver le chemin qui pourrait lui permettre de conserver sa dignité, même si sa fortune a fondu comme neige au soleil.
 

 

                                JOURS DE DECHE

                                      Didier Delome
 

 

Il le sait depuis longtemps, ça devait finir comme ça. Le cortège des expulseurs va débarquer dans sa galerie pour le mettre définitivement dehors avec ses animaux. Il ne veut pas leur offrir ce plaisir, aussi organise-t-il sa sortie de chez lui et de ce monde. Il prépare minutieusement son suicide, mais, comme trop souvent dans sa vie, il le rate. Perdant il est, perdant il restera même à l’approche de sa mort. Il était galériste, dandy flambeur, possédait un vaste loft où il exposait les œuvres qu’il souhaitait vendre, laissait vivre en ces lieux sa ménagerie personnelle, des chats, des chiens et cinq perroquets, et y habitait personnellement. La vie était belle, il ne comptait pas, mais il a progressivement décliné jusqu’à crouler sous les dettes après avoir utilisé les ficelles, les artifices, les astuces plus ou moins honnêtes dans le seul but de calmer ses créanciers. Ainsi est-il  arrivé au bout de sa vie de flambeur, abandonnant ses animaux chéris et ratant sa sortie.

 

Par chance, son avenir n’est pas aussi noir qu’il le supposait, une petite lueur brille encore au bout de son chemin, une certaine Madame M, une fonctionnaire des services sociaux convaincue qu’il pourra s’en sortir si elle lui donne le coup de pouce nécessaire à son installation dans une nouvelle vie. Pour commencer, elle lui trouve une chambre d’hôtel payée grâce à diverses aides mais pour huit jours seulement. Huit jours qu’elle renouvellera de très nombreuses fois en se faufilant dans le maquis des aides sociales. Mais les aides ne sont pas éternelles, même si elles peuvent subvenir un certain temps. Il faut que l’ancien galériste trouve très vite un travail et, là encore, la « bonne fée » se démène comme une diablesse pour lui assurer provisoirement des stages, des formations, des entretiens d’embauche. Hélas, rien n’y fait, personne ne veut d’un  soixantenaire asthmatique et trop enveloppé ! Lui-même n’a pas envie de travailler pour un autre, alors qu’il a toujours été son seul maître. Mais une nouvelle autre idée germe …

 

L’éditeur écrit que « Didier Delome raconte ses jours de dèche », je veux bien le croire. Ces jours de dèche l’ont ramené au rudiment de la vie, au stricte nécessaire de l’existence même si, grâce à la « bonne fée », il n’a jamais connu la rue. C’est la dèche mais pas la galère destructive que beaucoup d’autres ont traversée. Cette nouvelle manière de vivre, avec pour seule préoccupation de dépenser le moins possible afin de pouvoir manger le lendemain, lui permet de connaître la ville autrement. Il fait de longues balades, découvre des coins charmants et agréables qu’il n’avait jamais remarqués auparavant. « … je m’arrête dans un square ravissant rue de Bretagne, devant lequel je passais avant des millions de fois sans jamais y prêter attention ni m’y arrêter. Aujourd’hui j’apprécie de m’y reposer à l’ombre … »

 

Il apprend surtout à vivre autrement, sans aucune pression, sans le souci de paraître, de gagner beaucoup d’argent, d’épater la galerie, ses alentours et la ville entière. « Une nouvelle vie commence pour moi ; bien plus prometteuse que ce je viens de connaître ces derniers mois si déprimants … ». Il redécouvre les valeurs élémentaires de la vie : « Je me réhabitue aux joies infimes de l’existence », d’autant plus qu’il a eu une bonne idée : écrire ses pérégrinations dans le maquis de l’administration pour bénéficier des aides sociales tellement vantées par les politiciens, et dans cet autre encore plus touffu de la recherche d’un emploi. L’idée est bonne mais il lui faudra aussi se faufiler dans le maquis de l’édition pour tomber sur le bon éditeur. Cela sera une autre histoire que Didier écrira peut-être un jour. Le passage par la case redémarrage à zéro est parfois salutaire et salvatrice.

 

Denis BILLAMBOZ


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