Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
28 janvier 2019 1 28 /01 /janvier /2019 08:38
Récit d'un naufragé de Gabriel Garcia Marquez

 

Le 28 février 1955, huit membres de l’équipage du destroyer colombien Caldas tombent à l’eau en mer des Caraïbes lors d’une tempête digne du « Typhon » de Joseph Conrad. Ils sont rapidement portés disparus. Le Caldas revenait d’un long séjour à Mobile en Alabama où il avait subi quelques réparations. Dix jours après cette tempête, un naufragé du destroyer accoste à la nage sur une plage isolée des côtes colombiennes où il est soigné et sauvé et en mesure de rejoindre la capitale où il est traité en héros par les forces gouvernementales du dictateur Gustavo Rojas Pinilla et considéré comme une star par les marchands du temple qui n’hésitent pas à l’utiliser comme une icône pour leurs campagnes publicitaires. Si bien que, comme toutes les vedettes des médias, Alejandro Velasco, le naufragé survivant, voit sa côte de popularité s’effriter bien vite et ses revenus fondre à la même vitesse. Il cherche alors à vendre son histoire aux médias qui l’ont déjà achetée plusieurs fois. Quand il frappe à la porte de l’Espectador de Bogota, le journal où Garcia Marquez fait ses débuts, le premier réflexe est de le jeter à la rue.

 

Mais le jeune journaliste décide de raconter le naufrage du marin en le délestant de la propagande dont le pouvoir et les marchands l’avaient affublé. Garcia Marquez voulait dire la vérité et révéler que le Caldas était chargé de marchandises de contrebande et que cette surcharge avait peut-être contribué à la noyade des marins. Pour que son texte franchisse le seuil de la censure, il le publie sous forme d’un feuilleton signé par le marin lui-même. Ce n’est qu’après que la notoriété l’eût rattrapé qu’un éditeur lui demanda de le publier sous son nom et sous la forme d’un livre. Garcia Marquez ne comprit pas que l’éditeur voulait publier ce texte, si bien qu’il le laissât faire en disant simplement que ce n’était pas une bonne idée. Aujourd'hui, il figure parmi ses meilleurs ouvrages.

 

Dans ce récit Garcia Marquez raconte le naufrage des marins, la disparition de certains à quelques mètres de Velasco, comment l’un d’eux avait réussi à construire un radeau, comment il avait pu vivre dix jours sans manger en buvant seulement quelques gorgées d’eau de mer, enfin les longues heures d’angoisse, l’agression des requins, les signes d’espoir suivis de phases de désespoir, mais surtout la volonté de toujours vouloir croire au miracle. A cette époque, l’auteur n’était qu’un jeune journaliste opposé au pouvoir  et sans aucune référence littéraire, ce qui n’empêchait pas  son texte d’être excellent. Même lorsque  la mer et le ciel sont à l’unisson, qu’il ne se passe rien, le rythme du récit ne baisse jamais d’intensité et une formule littéraire redonne vite de l’intérêt au récit. Garcia Marquez possédait l’art du récit épique qui conserve vigilante l’attention du lecteur. Il se tenait toujours au plus près de son personnage, de ses humeurs, de ses espoirs ou de son désespoir, emportant chacun dans l’aventure de ce naufragé. Son récit peut voisiner avec ceux des  grands auteurs qui ont raconté des expéditions homériques sur terre et  mer, dans les sables brûlants ou sur les glaces polaires. Un feuilleton journalistique publié sous un faux nom qui, désormais, se situe en tête d’une œuvre littéraire remarquable.


Denis BILLAMBOZ


Pour consulter la liste de mes précédents articles cliquer  ICI


RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL
 

Récit d'un naufragé de Gabriel Garcia Marquez
Partager cet article
Repost0

commentaires

Présentation

  • : Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • : Grâce au pouvoir des mots, une invitation à voyager sur les lignes et interlignes.
  • Contact

TEXTE LIBRE

 4016234704 (Small)

Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

 Soëren Kierkegaard

 

Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche.

   Montaigne

 

Veux-tu vivre heureux ? Voyage avec deux sacs, l'un pour donner, l'autre pours recevoir.
   Goethe

 

 MES DERNIERS OUVRAGES PUBLIES ( cliquer sur l'icône pour accéder à leur présentation )

 

1184097919 profil de la nuit  2851620614

les signes pourpres  3190-NEL i 978-3-8417-7335-7-full

 

SI VOUS PREFEREZ LES IMAGES et le 7e Art, RENDEZ-VOUS SUR MON BLOG : 

 

Bannière pour Armelle 1 

 

 

Recherche