Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
4 février 2019 1 04 /02 /février /2019 08:31
Le voisin de la cité Villène d'Elodie Wilbaux

Jeune biographe professionnelle, Elodie Wilbaux aborde la fiction avec ce récit des audiences d’une cour d’assise amenée à juger une personne accusée de pédophilie. Un dossier complexe où les faits sont difficiles à établir et les intentions et motivations de chacun encore davantage.

 

 

                            Le voisin de la cité Villène
                                  
                                    Elodie Wilbaux

 

 

Elodie Wilbaux construit  sa fiction en déguisant une histoire de pédophilie bien réelle en un roman qui conserve la crédibilité des faits originaux surtout les émotions, les douleurs, la colère, la haine, la rancœur, la déception, le découragement… car les histoires de pédophilie, concernant plusieurs victimes, brassent énormément de sentiments et de sentiments différents. La pédophilie n’est pas un acte défini (même si juridiquement elle l’est clairement) pour les victimes, leurs proches, ceux de l’accusé et ceux qui gravitent autour de l’affaire. Elle recouvre, en effet, une multitude de formes, génère des réactions très diverses et laisse des stigmates plus ou moins douloureux. Elodie Wilbaux n’a pas seulement raconté les faits, elle a surtout essayé de faire ressentir aux lecteurs tout ce qui vibre au cœur et autour de cette affaire.

 

Elle narre dans ce roman les trois journées d’un procès d’assises tenu les 17, 20 et 21 octobre 2014 pour juger la culpabilité d’un homme de la fameuse cité Villène, (Vilaine peut-être ?) qui aurait commis des actes pédophiles plus ou moins graves sur plusieurs enfants du voisinage. Trois de ces enfants, dont le conjoint de la narratrice, ont obtenu ce procès après un long parcours judiciaire. Elodie a confié sa plume à la conjointe en question qui veut comprendre ce que son mari a subi pour souffrir encore près de trente ans après les faits. Avachie sur les bancs de tribunal, elle pleure en écoutant les insupportables débats mais ne s’écroule jamais définitivement. Quand elle n’en peut plus, elle sort, prend l’air et revient pour soutenir son mari qui doit affronter le coupable car pour lui et ses amis il n’est pas présumé, il est bien réellement le coupable, celui qui les a marqués aux fers de la honte et de l’indignité.

 

La narratrice décrit les épreuves que son compagnon affronte afin de se reconstruire en neutralisant les démons qui l’habitent depuis trente ans. Elle écoute, elle épie l’attitude de chacun de  ceux qui soutiennent les victimes, ils sont peu nombreux, alors qu’ils le sont davantage dans le clan de l’accusé, affichant leur arrogance, peut-être eux-mêmes sont-ils pédophiles ? L’auteure compatit avec ceux qui souffrent, souffre avec ceux qu’on bafoue, qu’on humilie, qu’on écrase. Plus que le procès, c’est ce qui se passe autour qu’elle se charge de nous décrire.

 

Par ailleurs, elle essaie de trouver les limites entre consentement et contrainte, tant elles sont floues et fluctuantes. Trente ans après, elle ressent la culpabilité, la honte, l’impression de salissure que les victimes ne peuvent cacher et qu’elles doivent même exhiber devant la cour. Il y a aussi les autres, les parents qui n’ont rien vu, qui n’ont peut-être pas voulu voir, les amis sans doute complices, ceux qui savaient et n’ont rien dit, ceux qui sont au courant depuis toujours mais ne saisissent pas encore que l’irréparable a été commis. Le livre d’Elodie est tout ensemble l'évocation des  sentiments, des attitudes, des émotions, des responsabilités, des non-dits, des dénis, des souffrances et des douleurs qui montre combien une affaire de pédophilie n’est pas uniquement une question d’abus sexuel, c’est beaucoup, beaucoup, plus.

Pour la narratrice tout a commencé par une banale question posée à son compagnon quand leur histoire balbutiait encore :
 

«  Tu as déjà couché avec un homme ?

Oui, mais c’était contre ma volonté. »

Alors, il fallut bien évoquer la chose…


Denis BILLAMBOZ


Pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer  ICI


RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL
 

L'auteure

L'auteure

Partager cet article
Repost0

commentaires

Présentation

  • : Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • : Grâce au pouvoir des mots, une invitation à voyager sur les lignes et interlignes.
  • Contact

TEXTE LIBRE

 4016234704 (Small)

Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

 Soëren Kierkegaard

 

Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche.

   Montaigne

 

Veux-tu vivre heureux ? Voyage avec deux sacs, l'un pour donner, l'autre pours recevoir.
   Goethe

 

 MES DERNIERS OUVRAGES PUBLIES ( cliquer sur l'icône pour accéder à leur présentation )

 

1184097919 profil de la nuit  2851620614

les signes pourpres  3190-NEL i 978-3-8417-7335-7-full

 

SI VOUS PREFEREZ LES IMAGES et le 7e Art, RENDEZ-VOUS SUR MON BLOG : 

 

Bannière pour Armelle 1 

 

 

Recherche