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19 mai 2021 3 19 /05 /mai /2021 07:23
Berthe Morisot, la femme en noir de Dominique Bona

 

Dominique Bona a vraiment été inspirée en écrivant la biographie de Berthe Morisot, cette femme exceptionnelle qui a été l’égale des plus grands peintres impressionnistes, leur sœur, leur compagne, et a laissé à sa mort, survenue à l’âge de 54 ans, une œuvre admirable qui est désormais présente dans les plus grands musées internationaux. Une vie qui sera sans faiblesse, une âme sans calcul, une artiste qui se montrera sans concession à l'égard d’elle-même et de son art.
 

Berthe Morisot (1841 - 1895) est d’abord une personne de caractère, une beauté sombre et fascinante, la dame en noir qui figure sur l’un des portraits qu’a fait d’elle son ami Edouard Manet, une femme qui a voué son existence à peindre « jusqu’au mouvement des choses inanimées », écrira à son sujet Arthur Baignières, l'un de ses admirateurs. En effet, il n’y a jamais pour Berthe de vision définitive, celle-ci évolue avec la lumière, ainsi peut-elle travailler des heures devant  un visage ou un coin de jardin. « Tandis que son pinceau se pose en traits vifs et doux, tandis qu’il effleure la toile, elle tire de cette exécution ses effets les plus forts » - précise Dominique Bona. Jamais satisfaite de ce qu’elle a fait, Berthe est une travailleuse infatigable, une femme en quête permanente de la perfection. Dure envers elle-même, elle est toute de verticalité et peut apparaître à certains distante et hautaine, alors qu’intérieurement elle n’est que sensibilité et tendresse. Mais son exigence l’aide à suivre sa voie avec un calme maîtrisé, une claire conscience de ce que la peinture signifie pour elle, un affranchissement, une liberté qu’elle s’octroie. Elle assume son style et mettra tous ses efforts, toute sa tension dans la recherche de cette vérité intérieure si difficile à saisir, mais qui seule l’intéresse. En quelque sorte, elle cherche en elle la source de sa lumière. Elle sera d’ailleurs la seule femme, dans l’aéropage des peintres qui l’entoure, avec lequel elle est unie par des liens profonds d’affection et d’estime : Manet dont elle épousera le frère Eugène, Monet,  Sisley, Pissarro, Puvis de Chavannes qui la courtisera, Degas dont elle redoute les jugements, Renoir l’ami consolateur, auxquels se joint le poète Stéphane Mallarmé qui sera le tuteur de sa fille Julie après sa mort. Ces artistes dissidents se baptiseront d’abord « Les intransigeants » avant de devenir « Les impressionnistes ». Berthe, bien que seule femme, suivra son chemin sans se laisser impressionner par eux mais par sa seule vision personnelle et, non seulement osera exposer ses tableaux, mais fera en sorte de les vendre.
 

Depuis longtemps sa rupture avec l’académisme est consommée. Une autre époque commence dans l’avant-garde, celle d’une oeuvre fluide et légère qui semble ne rien devoir à la matière. La peinture de Berthe est empreinte d’une atmosphère de rêverie qui met en échec la colère ou la rage, la haine et l’esprit de vengeance et offre à ceux qui la contemplent un moment de paix. Elle le dira elle-même : si elle peint, c’est pour tenter de fixer quelque chose de ce qui passe : un sourire, une fleur, un fruit, une branche d’arbre, un visage, un champ de blé ployant sous le vent et, parfois, un souvenir plus spirituel. Elle prend goût également à l’aquarelle. C’est cette méthode qui l’incitera à éclaircir sa palette et affinera sa touche, lui enseignant les profondeurs de la légèreté. Berthe peint sans appuyer le pinceau, sans souligner, surtout sans cerner ses divers sujets, par touches qui se juxtaposent, se frôlent, s’enlacent et gardent cette apparence spontanée qui donne le sentiment que la toile est inachevée. « On lui a laissé un peu de blanc, un air de liberté » - souligne Dominique Bona. Berthe usera de l’huile de la même façon, avec cette fantaisie et cette hardiesse, se refusant progressivement aux contrastes trop voyants. Son monde sera purement féminin mais sans mièvrerie aucune. Ce qui lui plaît, ce qu’elle recherche, ce sont moins les plaisirs primaires, la bonne chère ou la chair que cette anorexique déteste, que la lumière qui se dégage des choses, le rayonnement, la séduction de la vie et par-dessus tout la jeunesse.

 

Plus cérébrale que sensuelle, mais évidemment sensible et hypersensible, Berthe Morisot souhaite dépasser la simple apparence des êtres et des choses, saisir et retenir ce qui la surprend et l’intrigue, ce qui l’émeut, ce qui la trouble, elle voudrait en trouver l’origine et en comprendre le sens. Sa longue main fine esquisse une réponse aux questions qu’elle se pose, tandis que sur les toiles vierges surgissent des jardins, des visages enfantins, des jeunes filles en fleurs, des perspectives de ciel et d’eau. Son pinceau est précis, profond, perspicace et léger, il la dirige vers le seul univers qui l’attire, celui des claires apparences qui abritent des secrets.

 

La vie de Berthe sera celle d’une femme de devoir et d’une artiste incomparable, attachée aux siens, à ses parents, à ses deux sœur dont Edma qui fut peintre elle aussi, à son mari Eugène épousé sans passion mais qui se montrera un compagnon gagné à sa cause et d’un dévouement inlassable, et à sa fille Julie, sa seule grande passions avec la peinture. Une vie où les amis ont leur place ; Berthe reçoit chaque jeudi dans son appartement parisien et, aux beaux jours, dans sa propriété du Mesnil. La vie bourgeoise et confortable, entourée de beaux esprits, est vouée à l’art que l’on vénère et auquel  on consacre le plus clair de son temps et de son énergie. Berthe reproche aux femmes d’être trop bavardes. Cette silencieuse apprécie la grâce des jeunes filles toute d’interrogation et celle des enfants qui posent sur le monde un regard curieux et émerveillé. Elle-même a gardé quelque chose de l’enfance ; elle saura se surprendre jusqu’à son dernier souffle, assumer son exigence et mourir lucide et questionnante comme une quêteuse d’absolu. Sa vie durant, Berthe Morisot refusera de se cantonner dans le gynécée ou les antichambres des ateliers, échappant à l’amateurisme qui est la plaie des peintres de salon. C’est toujours à sa vigilance qu’elle fera confiance. Le poète irlandais George Moore écrira après sa mort : « Ses toiles sont les seules toiles peintes par une femme qu’on ne pourrait détruire sans laisser un blanc, un hiatus dans l’histoire de l’art ».

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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