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27 mai 2019 1 27 /05 /mai /2019 07:38
Le camp de l'humiliation de Kim Yu-kyeong

 

Ce livre, bien évidemment écrit sous un pseudonyme, raconte la terrible vie des prisonniers politiques dans un camp de réclusion en Corée du Nord. C’est un document très rare car peu de prisonniers peuvent quitter ces camps et fuir ensuite à l’étranger. De façon plus générale, peu de témoignages attestent de la vie dans cette partie de la Corée.


 

 

 

Le camp de l’humiliation

Kim Yu-Kyeong

 

 

Pour bien comprendre la dimension dramatique qui imprègne l’ouvrage, il faut savoir que l’auteure est une romancière nord-coréenne qui s'est évadée de son pays pour se réfugier au Sud au début des années deux mille. Elle se cache derrière ce pseudonyme pour protéger les parents qu’elle a encore là-bas et certainement aussi les amis qui l’ont aidée à s’expatrier pour préserver sa vie. On peut ainsi remarquer que le chapitre qu’elle consacre au passage au Sud de l’un des héros est schématique, comme si elle n’avait pas voulu dévoiler les stratagèmes usités par ceux qui franchissent la frontière entre les deux Corée, pour ne pas mettre en danger ceux qui aident les fuyards à traverser cette frontière quasiment hermétique. Le nombre de Nord-Coréens qui réussissent à la franchir est  faible tant cette frontière est  bien surveillée.


 

Wonho est un fonctionnaire zélé qui compte faire carrière, c’est un fidèle soutien du régime, aussi est-il surpris quand, un soir, en rentrant du travail, il trouve sa maison sens dessus dessous et sa femme et sa mère recroquevillées, terrorisées dans un coin de la pièce principale. La police politique les emmène, après un long voyage sur le plateau d’un camion rustique, au nord du pays, dans un camp pour prisonniers politiques. Ils ne comprennent pas la raison de cette déportation. Ils ne font pas de politique, sa mère et son épouse sont des musiciennes de talent dans un orchestre de la capitale. Elles sont très connues des élites. Ils apprendront plus tard que la punition, qui leur est infligée, est due à la défection du père de Wonho, espion infiltré au Sud, selon le sacro-saint principe de la punition collective appliqué immuablement dans de telles circonstances.

 

La vie dans le camp dépasse largement le cadre de l’humiliation. Les gardiens ont recours à la cruauté la plus féroce avec un cynisme glaçant. Un prisonnier politique n’est rien, sa vie n’est qu’un détail, s’il meurt on l’enterre sans tombe pour que personne ne puisse situer sa sépulture. Dans les premiers mois, le trio souffre le martyre, affamés le couple et la mère n’ont pas la force d’accomplir les tâches qui leur sont assignées. Ils auraient disparu bien vite si un hasard n’avait pas mis sur leur route un responsable follement amoureux de Su-ryeon, l’épouse de Wonho qu’il avait connue quand ils habitaient la même petite ville. Il lui fait une cour très pressante en lui donnant de quoi améliorer leur ordinaire. Elle finit par céder pour que son mari et sa belle-mère subsistent. La tragédie prend alors une autre dimension, le cadre politique est dépassé, la famille entre désormais dans le cadre de la tragédie grecque. L’épouse accepte une relation avec son geôlier pour protéger son mari qui subit sans broncher cette situation jusqu’à ce que sa femme tombe enceinte. Une autre histoire commence alors…, elle connaîtra moult rebondissements. « Su-ryeon est devenue une prisonnière politique. Il (le geôlier amoureux) est contraint de la traiter non comme un être humain mais comme une bête et une ennemie de classe », mais aussi comme la mère de celui qui est peut-être son enfant.

 

Kim Yu-kyeong a écrit ce livre principalement pour dénoncer l’arbitraire d’un gouvernement, celui de la Corée du Nord, qui piétine sans vergogne les droits de l’homme, notion dont le peuple ignore jusqu’à l’existence. Mais elle va bien au-delà, elle emmène le lecteur sur le chemin de croix parcouru par les prisonniers politiques, un long calvaire auquel bien peu de détenus survivent. « J’ai choisi un camp de prisonniers politiques comme toile de fond mais l’existence en général de la population nord-coréenne n’est pas tellement différente de celles des protagonistes du roman ». Cette histoire bouleversante dénonce  la méthode appliquée par les dirigeants en Corée du Nord : le pouvoir absolu, l’arbitraire, la peur, la terreur, la punition collective, la soumission complète, l’endoctrinement total, … toute la panoplie de la dictature la plus abjecte qui soit.

 

Au fil de la lecture, une autre dimension se profile, la dimension humaine : soit la capacité de l’homme à résister, à faire face, à se rebeller, à composer avec le pouvoir le plus arbitraire et le plus cruel pour vivre encore un peu sans abandonner sa dignité, soit en se vendant comme vil sicaire pour survivre, même en tremblant comme une feuille au vent. Kim Yu-kyeong esquisse des personnages qui, chacun à leur façon, affronteront les tortures qui leur seront infligées avec leur force et leurs faiblesse et réalise ainsi une plongée au tréfonds de l’âme humaine en nous proposant une étude sans concession de la nature humaine quand celle-ci est poussée dans ses derniers retranchements.

« J’ai eu mal en me remémorant mes souffrances, et peur en me demandant si ces histoires si tragiques et épouvantables pourraient attirer l’attention et l’empathie des gens vivant dans le monde libre et si ceux-ci s’intéresseraient vraiment au calvaire qu’endure le peuple du Nord ».  Yu-kyeong, cette histoire m’a bouleversé, elle m’intéressera toujours, j’ai une profonde empathie pour ce peuple martyrisé, je voudrais pouvoir voler à son secours !

 

Denis BILLAMBOZ

 

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L'auteure.

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commentaires

T
Quelle cruauté ! Je note ce titre et je contemple le doux visage de Kim Yu-Kyeong.
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D
Je trouve cette photo d'un pioupiou perché sur une épine de barbelé vraiment très émouvante.
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G
Que cet exemple, vécu par une famille coréenne de nos proches, puisse freiner la montée en puissance des nationalists extremistes dans tous les coins du monde aujourd'hui.
Répondre
D
On ne peut qu'abonder dans ce sens. Les Coréens n'ont rien inventé, les vieilles recettes des dictateurs fonctionnent toujours aussi bien : violence, torture, privations, humiliation ... tout est bon pour s'imposer contre la volonté du peuple.

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