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23 mars 2020 1 23 /03 /mars /2020 08:40
La renaissance de la liberté de Paul Valéry

Paul Valéry a connu la notoriété assez rapidement, il a donc été très vite sollicité pour fournir des textes de circonstance, ouvrir des manifestations, prononcer des discours, écrire des préfaces, tout un ensemble de propos dans lequel Michel Jarrety a puisé pour composer ce recueil évoquant l’esprit européen de Paul Valéry.

 

 

La renaissance de la liberté

Paul Valéry (1971 – 1945)

 

 

Ce recueil a été établi, présenté et annoté par Michel Jarrety. Dans sa préface, il explique l’objet de cette publication, ce qu’elle comporte et comment il a procédé pour l’établir. Comme son sous-titre «  Souvenirs et réflexions » l’indique de manière explicite, elle se compose de deux parties : une première regroupant des souvenirs que Paul Valéry a laissés dans ses nombreux écrits, la seconde comportant des réflexions formulées sur son œuvre, la littérature, le langage, l’Europe qui le préoccupait fort, surtout depuis qu’il faisait parti d’une commission de la Société des Nations. Pour présenter ce recueil, Michel Jarrety a regroupé quelques-uns des très nombreux textes de circonstance que Valéry a rédigés, parfois à la hâte, cédant à la pression de ses amis et autres personnalités qui jugeaient  utile d’user de sa gloire et de sa notoriété pour valoriser leurs œuvres ou leurs entreprises.

 

Dans cet ouvrage, le lecteur trouvera donc des préfaces, des contributions ou des introductions à des conférences, congrès ou autres manifestations culturelles, des hommages, des témoignages, des discours, mais aussi des articles, des courriers, des notes plus ou moins personnelles, des notules, etc… Certains de ces textes ont été repris, parfois à plusieurs reprises, dans des publications précédentes et d’autres sont restés parfaitement inédits, non pas parce qu’ils étaient inintéressants mais plutôt parce qu’il y avait surabondance de matière et qu’ils ont été écartés faute de place. Ceux-ci ne sont pas tous de  même qualité littéraire, certains, manifestement, ont été écrits à la hâte, juste pour ne pas dire non à un ami ou à un personnage important, d’autres comportent des passages dignes des grandes oeuvres de Valéry. Si bien qu’ils ne bénéficient pas tous du même intérêt, les uns n'abordent que des faits relativement banals, les autres sont de profondes réflexions, souvent très pertinentes, notamment quand l’auteur formule des projections sur l’avenir des lettres ou de l’Europe.

 

La première partie évoque, sous diverses formes, ses souvenirs dans un ordre chronologique ; elle commence par un billet sur Montpellier en 1890 où il a rencontré Pierre Louÿs qui n’était encore que Pierre Louis. Il parle  ensuite de ses divers séjours en Angleterre où il avait de la famille et où il rencontra de nombreuses personnalités du monde des lettres, notamment Joseph Conrad. Et ainsi de suite, de note en billet, de lettre en hommage, il évoque de très nombreux personnages, Rilke dans une lettre, Léon Paul Fargue dans une notule, tout un ensemble d’auteurs et gens de lettres gravitant dans le monde littéraire de la première moitié du XXe siècle en Europe. Paul Valéry croyait ferment à une culture européenne, vecteur de l’identité, du rayonnement et du développement de ce continent.

 

Dans la seconde partie consacrée à des réflexions formulées surtout à travers des interventions dans des manifestations culturelles, il aborde son œuvre, bien que ce ne soit pas son sujet de prédilection. De manière générale, il parle peu de lui et de sa vie privée. En contrepartie, il intervient plusieurs fois sur l’avenir de la littérature qu’il juge bien sombre face à la montée en puissance de la presse écrite et de la radiophonie. Il formule même des conjectures qui auraient encore un sens aujourd’hui en remplaçant presse et radio par réseaux sociaux, Internet, téléphones androïdes, etc… Il juge que les lecteurs « ne lisent en général que des journaux ; or, au point de vue des formes et au point de vue des idées, une culture fondée sur la lecture des journaux uniquement, est une culture finie ». Il est encore plus inquiet sur l’avenir du langage, véritable nourriture de la littérature. « Il y a une foule de mots français qui ont disparu dans l’espace d’une génération à peu près, des mots précis, d’origine populaire, généralement très jolis ; ils s’effacent devant la mauvaise abstraction, devant les termes techniques qui envahissent notre langue ». Là aussi son jugement était prémonitoire, bien qu’il ne connaissait pas encore la création d’un jargon international incapable de véhiculer une quelconque culture, seulement des éléments de technologie basiques.

 

Il y aurait beaucoup d’autres choses à dire après la lecture de ces courts textes, on sait depuis longtemps que la forme courte permet de dire beaucoup en peu de mots, mais il faut laisser au lecteur le soin de découvrir lui-même les idées qui l’intéressent. Pour ma part, j’ai noté avec un réel intérêt ce que Paul Valéry pense des chroniqueurs qui ont lu ses œuvres et en parlent. Pour lui, l’auteur n’a que son propre point de vue sur son œuvre alors que les lecteurs peuvent  mettre en évidence beaucoup d’autres thèmes et susciter d’autres questions. La plupart du temps, le lecteur ne connait  l’auteur qu’à travers ce qu’il écrit et non en ce qu’il est réellement. « Entre l’auteur tel qu’il est et l’auteur que l’œuvre a fait imaginer au lecteur, il y a généralement une différence qui ne manque pas de causer les plus grands étonnements… ». Et Paul Valéry ajoute que l’auteur est souvent victime du message qu’il a voulu passer, oubliant certaines idées figurant  dans son texte. « En un certain sens on peut dire que l’auteur ignore son œuvre ; il l’ignore en tant qu’ensemble, il l’ignore en tant qu’effet ; il ne l’a éprouvée qu’à titre de cause, et dans le détail ». J’essaierai de ne pas oublier ces  sains principes quand je m’aventurerai encore à parler des écrits des autres.


Denis BILLAMBOZ


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