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11 mai 2020 1 11 /05 /mai /2020 16:46
En quête d'Azalée de Jacques Pimpaneau

Le grand sinologue Jacques Pimpaneau, à travers divers ouvrages, fait revivre l’histoire chinoise en racontant celle de personnages particuliers. Dans le présent roman, il narre celle d’Azalée une peintre en même temps qu’une forte personnalité.

 

 

En quête d’Azalée

Jacques Pimpaneau (1934 - ….)

 

 

Après avoir donné vie à une courtisane au IXe siècle et à un saltimbanque au XVIe, Jacques Pimpaneau, dans ce nouveau roman, raconte un autre personnage de la Chine médiévale en la personne d’Azalée, une talentueuse et bien singulière artiste peintre. Selon ce texte, elle aurait vécu au XIe siècle mais, comme tous les personnages de Pimpaneau, on ne sait si elle est réelle ou imaginée. De toute façon cela n’a aucune importance, il y a très peu de différence entre une artiste peintre dont on ne connait presque rien et une artiste peintre inventée par un historien connaissant très bien le milieu dans lequel elle vit. Dans son préambule, l’auteur tient à préciser que : « ce livre résulte d’une enquête menée par un lettré sur une femme peintre chinoise se prénommant Azalée qui vécut dans la seconde moitié du XIe siècle… on ne sait rien sur l’auteur... ». J’ai donc suivi les chemins indiqués par Pimpaneau pour découvrir ce personnage d’autant plus énigmatique qu’elle serait la seule femme peintre de cette époque en Chine.

 

Pour nous conter le destin de cette femme si particulière, Pimpaneau a eu accès au texte écrit par l’inconnu qui a rencontré les personnes les plus proches de l’artiste : sa servante qui n’était pas que sa servante, le médecin qui lui a annoncé sa mort prochaine, l’antiquaire qui vendait ses tableaux, le chef des mendiants qui admirait son œuvre et d’autres personnes  qu’elle a croisées dans le cadre de ses activités picturales ou lors des voyages qu’elle a faits. Ces témoignages et les quelques notes laissées par Azalée elle-même dessinent un portrait sensuel et émouvant de cette artiste, décrivent la Chine de cette époque et montrent la place que l’art, et notamment la peinture, y occupait.

 

On découvre ainsi les techniques picturales, les sujets reproduits, les sources d’inspiration, les pratiques d’encadrement et le marché de l’art en Chine en ce temps-là. Azalée aurait marqué l’auteur du document non seulement parce qu’elle était une femme, mais surtout parce qu’elle était une femme libre et affranchie de toute contingence. C’était une féministe avant l’heure, elle avait une sexualité très libre, dégagée des considérations liées à la reproduction, consacrée seulement au plaisir, elle refusait le mariage qui enferme, elle se méfiait beaucoup de la religion, du pouvoir et de l’administration. Elle était attirée par la spiritualité mais se plaignait que les hommes détournent trop souvent les religions pour les mettre au service de leurs ambitions. Le pouvoir et l’administration n’étaient que sources de contraintes surtout pour les artistes. Elle refusait toutes les cases et classifications dans lesquelles on cherchait déjà à enfermer les artistes.

 

Avec ce livre, Jacques Pimpaneau ne dresse pas seulement le portrait d’une artiste peintre libre, généreuse, conviviale, inventive, créatrice, novatrice, ayant des idées sur tout et n’hésitant jamais à les exposer. Ainsi va-t-il plus loin que la description de l'existence des artistes et de ceux qui les entouraient en Chine au XIe siècle, il déplore que les problèmes de fond, préoccupant les Chinois à cette époque, ne soient toujours pas résolus aujourd'hui. Les gouvernants et les gestionnaires se comportent comme des privilégiés abusant de leur pouvoir pour engraisser leur fortune et assurer leur emprise sur ceux qu’ils devraient simplement gouverner et administrer honnêtement et efficacement, la religion servant encore trop souvent à manipuler les foules sans souci de la moindre spiritualité, les femmes devant toujours revendiquer la place qui devrait être la leur dans la société, les tabous sexuels pesant toujours aussi lourdement dans les relations entre les individus et l’art étant encore trop souvent considéré comme une marchandise. Après avoir lu ce texte, on a le sentiment qu’en un millénaire le monde semble n’avoir pas beaucoup changé, la technologie a certes considérablement modifié notre mode de vie mais les mentalités et les mœurs semblent n’avoir peu évolué. Tout change de plus en plus vite mais tout reste figé, Azalée pourrait revenir dans notre monde et tenir le même discours :

« … il existe trois sortes de personnes ayant chacune leur mentalité : les gens comme moi, artisans ou paysans, les penseurs les rêveurs, les artistes, les poètes, les marginaux et les marchands, les fonctionnaires. Les deux premières catégories ont des façons de penser différentes, mais ne se comprennent pas, s’estiment mutuellement, malgré la distance qui les sépare. Par contre, toutes les deux détestent et méprisent ceux qui pensent comme des marchands ou des fonctionnaire ».

Denis BILLAMBOZ

 

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