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25 mai 2020 1 25 /05 /mai /2020 07:48
Loin des querelles du monde d'Anna Rozen

Ecrivain célèbre et adulé, Germain, se croit à l’abri de tout, du besoin matériel comme des carences affectives, mais le virage de la cinquantaine venant, les conquêtes deviennent de moins en moins faciles, les filles le poursuivent moins de leur assiduité, son éditeur est moins réceptif, la solitude le guette.

 

 

Loin des querelles du monde

Anna Rozen (1960 - ….)

 

 

Germain Pourrières est un écrivain célèbre, connu et reconnu, il a passé la cinquantaine et sa compagne Riccarda l’a quitté pour qu’il ne la voit pas vieillir, y a pire comme motif ! Il vit avec son neveu Joseph, fils de sa sœur bergère, éleveuse de chèvres dans les Cévennes, ça ne s’invente pas ! -  avec laquelle il est en perpétuel conflit depuis l’enfance et surtout depuis le partage de l’héritage. Joseph est un jeune d’aujourd’hui parfaitement incompris par son oncle resté un peu vieux  jeu, mais beaucoup moins que la petite Julie, une artiste elle aussi, tout autant incomprise du vieil écrivain. Son statut d’auteur médiatisé et fortuné lui permet certaines conquêtes féminines que d’autres ne pourraient espérer même si sa vie mondaine n’est pas exubérante. Il rencontre ses amantes d’un soir, d’un jour, de quelques jours, lors des dîners proposés par ses amis Marina et Jacko spécialistes de l’organisation de rencontres improbables.

 

Mais Germain en a assez de cette  vie tranquille, il veut bien vivre solitairement et chichement mais il ne veut plus écrire des livres dans l’unique souci de flatter le « goût corrompu » de ses lecteurs. Il souhaite laisser une œuvre et tente de l’expliquer à son agent littéraire qui gagne bien sa vie grâce à son auteur favori. « Terminé pour moi les grosses machines, je pense qu’à mon âge et à mon niveau, j’ai le droit de faire ce qui me chante, de prendre des risques, de sortir des sentiers battus… » Jean-François, l’agent littéraire, comprend bien son désir mais ne croit pas le moins du monde à sa concrétisation. « … je ne pense pas que tu sois incapable d’écrire autre chose que des best-sellers, mais je crois tes lecteurs incapables de faire la différence. »

 

Son envie d’écrire autre chose correspond à un moment de sa vie où son entourage se délite. L’auteur n’a plus de nouvelles de Riccarda, la belle Salomé lui échappe, tout comme l’énigmatique Noa. Il lui reste Simone, qui voudrait régenter sa vie sexuelle et sentimentale. Joseph part en Inde à la recherche de son géniteur en plaquant la petite Julie qui vient pleurer dans son giron. Sa sœur ne reviendra pas à Paris, son agent littéraire ne peut plus le stimuler. Il se retrouve un peu seul avec des filles de circonstance que son statut lui rend encore accessibles et ses livres à écrire qui finalement ne seront pas très différents des précédents.

 

Anna Rozen dans cet ouvrage pétillant, alerte, bourré d’humour, de calembours, d’aphorismes et autres jeux de mots, raconte la crise de la cinquantaine qui affecte aussi les célébrités, même si leur renommée leur accorde encore les faveurs de quelques jolies femmes plus ou moins intéressées. C’est aussi l’évocation du choc culturel provoqué par la montée en puissance de la génération suivante qui bouscule les idées reçues aussi bien que les mœurs et méthodologies. Les technologies ont changé, les idées aussi et Germain a du mal à le comprendre. Heureusement, il lui reste Toulouse-Lautrec et notamment Les Almées qu’il se plaît à contempler régulièrement au Musée d’Orsay. Ainsi que la gastronomie, qui est importante pour lui, et je soupçonne Anna d’être une fine gourmette, je la verrais même se régaler de sucré-salé et d’acide-amer comme elle le fait dans son texte. Elle manie avec ironie et espièglerie la satire pour rire des bobos bien-pensants, cherchant à flatter leur bonne conscience, se noyant dans des actes symboliques mais souvent puérils afin de refléter la meilleure image d’eux-mêmes sans se soucier de l’efficacité de leurs actes. Germain se retrouve coincé entre cette société légère et infantile sortie sans trop réfléchir des Trente Glorieuses et un tas de problèmes qui se profilent à l’horizon. L’humour d’Anna grince aux entournures en évoquant le passage d’un monde conquérant et festif à un monde nouveau plein d’inconnus dont certains sont déjà perceptibles et inquiétants.

« … ce monde jumeau du nôtre, où les villes ne servent plus qu’à l’agrément des touristes et où il n’y a plus de boulot qu’à leur service ».


Denis BILLAMBOZ


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Anna Rozen

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commentaires

Edmée De Xhavée 25/05/2020 10:21

Pas banal ni ennuyeux du tout, on dirait :D Un puzzle de la cinquantaine, quoi, et d'une cinquantaine faite d'un peu de tout!

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