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9 juin 2020 2 09 /06 /juin /2020 08:25
Romain Gary de Dominique Bona

 

 

Une biographie qui vous emporte dès les premières pages pour deux raisons : tout d’abord parce que le personnage est passionnant, viril, improbable, il a traversé la vie comme un météorite ;  par ailleurs, qui mieux que Dominique Bona pouvait nous rendre tellement vivante,  présente,  cette personnalité hors du commun qui a su mêler la folie et la raison, le  talent et l’improvisation. Romain Gary, c’est tout en un : un homme qui  a assumé ses passions et un écrivain qui a fait en sorte de les conserver. Et comme sa vie fut  menée  au pas de charge, il fallait une plume alerte pour  la mettre en mots,  après que le héros ait su la mettre en actes. D’ailleurs Dominique Bona ne s’est pas cachée pour avouer dans son bel ouvrage  « Mes vies secrètes »,  après la lecture de "Les promesses de l'aube", combien sa rencontre avec Gary avait été violente et définitive : «  La foudre est tombée sur moi. Je n’avais encore rien lu de son auteur. Mais ce premier Gary a été une révélation. Dès le premier chapitre, j’ai été transportée, envoûtée : vocabulaire de la passion. Je ne sais trop comment le dire pour être fidèle à ce moment, dont l’intensité ne s’est jamais reproduite – au moins dans un livre. Et j’ai presque honte de l’avouer, tant cette déclaration me paraît exaltée, impudique, de l’ordre du secret et de la confession. Mais elle est pourtant vraie: Gary a changé ma vie. C’était une voix de basse, une voix d’homme qui racontait cette histoire. Loin du style policé, raffiné, volontiers savant des écrivains français, elle ressemblait à celles que j’avais entendues dans mon enfance: voix de conteur, puissante et caressante, chargée d’expérience et de mystère, elle me semblait ne parler qu’à moi seule. »


C’est avec un brio incroyable que cette excellente biographe nous décrit les grandes heures, le grand galop de la vie militaire, puis diplomatique et enfin littéraire de Romain Gary, soulignant les moments marquants et les étincelles d’un parcours hors du commun. Gaulliste de la première heure, Gary a toujours eu un comportement viril, sans faiblesse vis-à-vis des hommes et des événements. Marié une première fois avec une femme intelligente qui sut garder son indépendance, il tomba amoureux plus tard d’une fée-enfant dont la fragilité sut attendrir son cuir rugueux et qui, un an avant lui aura la même fin tragique. Ainsi leurs destins seront-ils scellés dans la fulgurance et liés dans une actualité qu’ils ne cessèrent d’animer avec un indiscutable talent : elle dans un souci de révolte, lui dans un souci de dépassement. En effet, Gary ne fut jamais en confiance qu’au feu de l’action.

 

Ses débuts sont déjà prometteurs. Le Russe Romain Kacew publie dès juin 1945 « Education européenne » qui obtiendra le Grand prix des Critiques et met déjà en perspective son avenir d’écrivain avant même celui de diplomate et juste après celui d’aviateur dans les Forces françaises libres, soldat de De Gaulle. On ne peut passer sous silence, à ce moment même de la vie de Gary, les lettres que sa mère Nina lui écrivit en « les ornant de toutes les parures de son imagination », alors que la mort l’avait déjà ensevelie dans son silence nocturne, afin qu’il conserve l’espoir de la retrouver à son retour. Il racontera cet amour fou d’une mère qui avait tout misé sur son unique enfant dans « Les promesses de l’aube », l’un de ses plus beaux romans avec « Les racines du ciel », un titre à faire pâlir d’envie tous les romanciers.

 

L’Amérique des années 50 le subjugue. Mais ce sera un parcours du combattant sur un chemin semé d’embûches et de chausse-trappes où il s’agit surtout de briller, ce que Gary réussit fort bien avec son physique de Tartare, ses yeux bleus et sa voix grave, d'autant qu'il n’est jamais plus à l'aise que dans les improvisations, seul face à un public. Oui, il sait séduire. Avec sa femme d’origine anglaise Lesley, qui écrit admirablement et reçoit tout aussi admirablement, ils offrent à la France une tribune respectable. C'est à cette époque brillante de sa vie que « Les racines du ciel » seront couronnées par le Goncourt (1956), ouvrage qui ne fera pas l’unanimité de la critique.

 

Sous les feux de Los Angelès, il rencontre  bientôt son grand amour, la délicate Jean Seberg mariée à François Moreuil et déjà célèbre des deux côtés de l’Atlantique. C’est un coup de foudre de part et d’autre, époque où la jeune actrice tourne dans la douleur la Jeanne d’Arc de Preminger, une Jeanne de 19 ans terrorisée par son mentor. Lesley saura s’effacer avec une rare élégance lorsqu’elle apprendra que Jean attend un bébé et que Gary tient à l’épouser. A son tour, l’écrivain sera attiré par le 7e Art mais ce n’est pas ce que l’on retiendra de lui. Son film « Les oiseaux vont mourir au Pérou » sera un four aux Etats-Unis et bien accueilli qu’en Suède et en Allemagne où il ne sera jugé ni porno, ni hard. A 57 ans, auteur de 15 romans, Gary est un écrivain à vocation cosmopolite qui voyage beaucoup pour ne pas se figer dans la pose d’un vétéran. Jean a repris sa liberté et mit au monde une petite fille mort-née. Un désarroi immense s’est abattu sur elle. Si elle revient rue du Bac, ce lieu n’est plus pour elle qu’une escale où elle reprend un semblant de force. Tous deux fuient à leur façon leur rêve désenchanté. Jean se suicidera le 8 septembre 1979, alors que Gary joue avec son neveu à qui perd gagne avec le roman « La vie devant soi » publié sous le nom d’Emile Ajar, un roman burlesque  et sombre qui obtiendra le prix Goncourt et signe, avec une franche désinvolture, le plus grand canular du monde littéraire français. Gary aura si bien manoeuvré que l'on ne découvrira le véritable auteur, lui bien entendu, qu’une fois qu'il aura quitté la scène en se tirant une balle de revolver dans la bouche et assuré dans un bref message déposé sur son bureau : « Je me suis bien amusé. Au revoir et merci. » Ainsi, aura-t-il mené son destin en homme qui se plaisait à l'organiser et à le gérer mais également ... en écrivain incendié de songes.


Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE


Pour consulter la liste des articles de la rubrique LITTERATURE, cliquer  ICI

Et pour prendre connaissance des articles des autres ouvrages de Dominique BONA, cliquer sur leurs titres :

 

Je suis fou de toi - Le grand amour de Paul Valéry         

Deux soeurs

Berthe Morisot, le femme en noir 

Mes vies secrètes

 

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Gary et Jean Seberg

Gary et Jean Seberg

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commentaires

A
Oui, Dominique Bona est une formidable biographe. J'ai aimé tous ses livres. Belle plume et formidable documentation. Son livre sur Romain Gary est passionnant.
Répondre
E
Ah ça, j'en ai bien envie... Un auteur que j'adore raconté par une biographe passionnante...
Répondre

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