Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
21 janvier 2022 5 21 /01 /janvier /2022 10:27
Cantate pour un monde défunt

 

Vint le temps où l’homme s’emmura dans les villes,
artères bruyantes qui n’ont que l’apparence de la vie,
balafres sur la face condamnée du monde.
On y parlait d’abondance,
on s’y livrait parfois à de sombres pratiques.
De grands arums ornaient des vases de Lalique,
quelques glaïeuls aussi et quelques orchidées.
Mais ceux des villes avaient oublié le parfum âpre de la savane et des marais.

 

Luisance des toits qui encombraient le ciel,
cortège funambulesque des cheminées,
les enfants ne jouaient pas à un-deux-trois, nous n’irons plus au bois,
ni à colin-maillard, ni même à la marelle,
ils sombraient dans l’irréalité des corolles lancéolées sur les bras.
Loin d’eux les alpages enluminés de trolles et les clarines,
les ciels mouvants qui s’ennuageaient, les embellies.
Parfois on célébrait de grandes fêtes, des pâques solennelles
et la lumière, qui s’endiguait, creusait nuitamment de larges fosses
aux ombres qui venaient.
Soudain, le mouvement dans l’argile,
la matière transmuée qui s’oppose à l’ardente quête du sourcier.
Et l’eau coulait, elle s’épandait, c’est toute la terre qui s’en allait …
La main pressentant la douleur cherchait, là où le sang affleure,
cette forme indécise qui est l’offrande d’un dieu muet.


Ô langage des hommes qui ont tout oublié du sens sacré des mots !
Langage, jusqu’où forer ?
Un mot exalte ou pacifie, jamais lassé d’être roulé,
d’être brassé par la phrase qui le charrie.
(Phrase sans césure comme la houle insécable.)
N’être plus le décret, ne plus être la motion,
mais la tige assouplie dans la main du vannier.
Ne plus être l’orage mais le feu qu’on transmet,
n’être plus que l’épi à terme des moissons.


Armelle BARGUILLET  HAUTELOIRE
 

(Extraits de « Cantate pour un monde défunt » - Librairie Bleue/Les Cahiers bleus) Prix Renaissance de poésie


Pour consulter la liste des articles de la rubrique "Articles me concernant", cliquer   ICI


RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL


 

Cantate pour un monde défunt
Partager cet article
Repost0

commentaires

L
Tout simplement fort et magnetique.
Répondre
A
Beau poème empreint de nostalgie.
Répondre

Présentation

  • : Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • : Grâce au pouvoir des mots, une invitation à voyager sur les lignes et interlignes.
  • Contact

TEXTE LIBRE

 4016234704 (Small)

Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

 Soëren Kierkegaard

 

Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche.

   Montaigne

 

Veux-tu vivre heureux ? Voyage avec deux sacs, l'un pour donner, l'autre pours recevoir.
   Goethe

 

 MES DERNIERS OUVRAGES PUBLIES ( cliquer sur l'icône pour accéder à leur présentation )

 

1184097919 profil de la nuit  2851620614

les signes pourpres  3190-NEL i 978-3-8417-7335-7-full

 

SI VOUS PREFEREZ LES IMAGES et le 7e Art, RENDEZ-VOUS SUR MON BLOG : 

 

Bannière pour Armelle 1 

 

 

Recherche