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21 mars 2022 1 21 /03 /mars /2022 09:55
Le complexe du gastéropode de Catherine Deschepper

 

Un aristocrate terrien s’ennuyant dans sa campagne wallonne décide, sous l’impulsion de son épouse désireuse de jouer les égéries littéraires, de créer une résidence d’écrivains dans son château.  Quatre auteurs « en devenir » sont sélectionnés pour résider un mois dans la propriété en y écrivant leur deuxième livre, celui qui compte réellement, celui qui assure le succès et la réputation. Le meilleur des textes sera édité. Sont donc réunis dans le château Emile qui n’est là que pour profiter d’un logement le temps d’en trouver un autre après avoir été chassé du sien, Jean Paul qui n’est là que par la force de la conviction de sa nouvelle compagne Nadine qui jouit déjà d’une réputation suffisante pour entraîner avec elle une bande de fans surexcités, et Nicolas celui qui se sent le plus à même de remporter le trophée. « Ils étaient quatre auteurs présents dans un même endroit, pendant un mois, pour obtenir une promesse d’édition, le livre second, celui qui compte, celui qui ferait décoller sa carrière. Il faudrait donc que Nicolas élimine un à un tous ses concurrents. » Nicolas est décidé, il éliminera ses adversaires en écrivant son forfait : « Ce n’était pas bien compliqué à imaginer un huis clos dans un château, un trophée à l’arrivée, une concurrence à éliminer.»

 

Dans un texte un peu surréaliste mais surtout burlesque, nourri de néologismes destinés à actualiser le langage, à le mettre en phase avec la langue parler actuelle, Catherine raconte les tribulations rocambolesques de ces quatre auteurs, tous un peu déjantés, qui subissent les événements avant même de commencer leur copie. Avec ce texte elle entend  montrer ce qu’est la littérature belge aujourd’hui, ce qui la motive : le besoin d’écrire, l’argent, la gloire, la reconnaissance, le besoin de paraître, l’art pour l’art. Un exposé brossant un tableau comme un condensé de la littérature belge contemporaine. C’est aussi une métaphore de tous les problèmes rencontrés par les auteurs contemporains : la difficulté de se faire éditer, le tropisme parisien, le manque de notoriété, la faiblesse de la médiatisation, le manque de reconnaissance, l’insuffisance des structures et des relais de promotion, tout ce qui prive les auteurs belges de rayonner sur l’ensemble de la francophonie. Les fans de Nadine ne sont que des énergumènes aculturés. « Elle mesurait aussi que son enfermement avait renforcé chez ses lecteurs cet effet d’empathie voyeuriste et de curiosité malsaine qu’on observait chez les amateurs de télé-réalité. » La littérature n’échappe pas aux travers humains, au contraire, elle pourrait peut-être les aviver.

 

L’échec du plan de Nicolas, les déconvenues essuyées par les autres, l’extravagance et l’inconsistance de ces pseudos auteurs provoquent une véritable débandade qui atteint son paroxysme au moment de la conférence de presse décisive pour l’attribution du prix. La soirée se termine en une lamentable déconfiture qui laisse présager des lendemains bien difficiles pour les lettres belges. La maîtresse des lieux comprend vite l’étendue du désastre, « Elle ressentit un dégoût proche de la nausée et le besoin urgent de lire des livres sans rien connaitre de ceux qui les écrivent, les produisent, les commentent, les promeuvent ». Comme disait un auteur de ma connaissance : « le texte, que le texte »,  je le crois de plus en plus.
 

Denis BILLAMBOZ


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