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15 juin 2022 3 15 /06 /juin /2022 08:22
Philosophie et croyance sont-elles les fruits de notre liberté ?

Il y a une différence entre ce qui est vrai et ce que l’on croit, tant la vérité est une certitude démontrable qui se doit d’être objective, alors que la croyance est une adhésion subjective non démontrable. Ainsi y-a t-il trois formes de croyance :


la superstition = croire à

l’opinion = croire que

la foi = croire en
 

et, à ces trois formes de croyance, l’objectivité s’oppose. Quant à la superstition, c’est une croyance irrationnelle qui admet l’existence de puissances occultes et risque de faire sombrer la personne dans l’irrationnel, souvent par peur ou anxiété. La superstition est le plus souvent le fruit de l’ignorance et de l’inquiétude, sorte de pensée magique qui concerne tous les humains depuis la petite enfance où le nourrisson crie pour que la mère apparaisse aussitôt. Alors quelle différence entre la pensée magique et la religion puisque le religieux a tendance à renvoyer l’homme à un au-delà transcendant ?

Il est vrai que la foi exige un engagement total mais n’est pas fondée sur des arguments rationnels. Croire n’est pas savoir, si bien que le philosophe se refuse à toute croyance, redoutant que la foi opère un déplacement face à la réalité. Lucrèce disait que l’homme a volontiers peur des dieux et de l’au-delà. Epicure, que les dieux de l’Olympe ne peuvent être que bons et parfaits et que l’homme n’a rien à craindre d’eux. Alors que Xénophane s’élevait contre ceux qui projetait l’image des hommes sur les dieux. Descartes, philosophe plus proche de nous, a eu l'audace d'établi trois preuves de l’existence de Dieu. « Il faut nécessairement conclure que Dieu existe ; car je n’aurais pas l’idée d’une substance infinie, moi qui suis un être fini, si elle n’avait pas été en moi par quelque substance qui fût véritablement infinie. »

Selon lui, l’erreur avait pour origine le concours de deux causes : la faculté de connaitre et le libre arbitre. Il fut d’ailleurs poursuivi pour ces propos, péché d’orgueil, assurait-on.  Comment osait-il prouver l’existence de dieu ! On affirmait que ni Dieu, ni l’âme ne pouvaient être démontrés et que la connaissance devait s’astreindre à certaines limites, autrement elle risquait de sombrer dans l’illusion. Les mystiques disent qu’il y a des vérités qui dépassent le savoir et qu’il faut alors s’obliger à une forme supérieure de certitude. A ce propos, Saint Bonaventure soulignait qu’il y a en nous trois regards possibles : celui de la chair, celui de la raison et celui de la contemplation. Or la philosophie entend s’appuyer sur le seul regard de la raison parce que l’on ne peut démontrer que ce que l’on est en mesure de comprendre et de vérifier. D’où la différence de domaine impartie à chacun d’eux. Je peux certes communiquer mon savoir mais je ne puis communiquer ma foi. La foi relevant de l’arbitraire individuel. Sceptique, le philosophe se méfie de tout ce qui n’est pas le fruit de la raison alors que la foi dépend de l’ordre de la croyance.

L’opinion, quant à elle, est bien entendu le fruit de la pensée. Socrate et Platon furent les premiers à partir en guerre contre l’opinion parce qu’il y a deux formes d’opinion : l’opinion juste et l’opinion vraie. Ainsi, arrive-t-il à chacun de nous de dire une chose vraie sans être en mesure de la justifier. Oui, l’opinion énonce très souvent  une vérité sans être capable de la connaître réellement, seulement de la supposer … Dans « La République », Platon précise la différence qui existe entre l’opinion et la réflexion. A chaque chose de notre monde correspond une idée et, en nous tournant vers l’idée de ces choses, nous pouvons atteindre leur connaissance. Quant à l’opinion, elle s’établit sur des réalités sensibles alors même que le monde sensible change et que seul le monde des idées est éternel. Si bien qu’entre vérité et erreur, quelle marge de manœuvre avons-nous pour déceler une vérité ?

Pour ne point les confondre, il faut saisir le mécanisme de la connaissance. Descartes, encore lui, écrit que le pouvoir de comprendre et le pouvoir de juger relèvent de deux facultés différentes : l’entendement et la volonté. Notre entendement est limité, alors que notre volonté peut être totale. Et l’homme s’apparente à Dieu par la volonté, celle qui lui permet de dire oui ou non. Il n’y a rien que la volonté ne puisse s’approprier, tant elle adhère à ce que l’entendement propose. L’erreur n’est pas du côté de la raison mais de la faculté d’affirmer par la volonté que cette idée est vraie ou fausse. Une idée claire est tout de suite présente à l’esprit. Elle ne passe pas par la mémoire, elle est irrésistiblement actuelle. Admettons que le monde soit construit par l’esprit, si bien que c’est lui qui élabore notre univers et lui donne sens. C’est parce que nous avons une liberté et une volonté que nous pouvons adhérer ou nous tromper, coupables d’avoir mal usé de notre entendement et fait mauvais usage de notre liberté. Si bien que nos erreurs sont le résultat de notre liberté, alors qu’une machine peut dijoncter mais ne se trompe pas pour autant puisqu’elle ne peut user d’une quelconque liberté.

Dans l’opinion, n’en doutons pas, la vérité est constamment à l’œuvre. C’est en quelque sorte l’enfance de l’esprit et son pouvoir inaliénable. Si bien que contrairement au corps, l’esprit invite à la vie et évoque le souffle intérieur qui s’oppose à l’attachement aux seules réalités visibles.


Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE


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commentaires

I
Comprends pour croire.<br /> Crois pour comprendre.<br /> Disait l'immense intellectuel Saint Augustin.<br /> Il avait raison.<br /> Il n'y a pas d'incompatibilité entre Foi et Raison, puisque les deux nous sont données par Dieu, pour le joindre et avancer toujours plus vers le vérité.<br /> Vous savez, Armelle, il y a deux êtres en nous: un être d'intelligence pure qui cherche avec son cerveau et veut tout comprendre et analyser , et un être liturgique qui tend les bras vers l'Amour et communie à un mystère qui le dépasse.<br /> Anesthésiez ou tuez l'être liturgique, et comme dirait Jung une part de nous est dans le noir et l'inconfort, amputée d'une part de lui même, une part refoulée pour son malheur. Et puis souvenez -vous de la phrase célèbre " Tu ne me chercherais pas si tu ne m'avais déjà trouvé".....<br /> C'est une évidence, et le Christ par Pascal a répondu lui -même aux agnostiques.<br /> Il n'y a pour la religion orthodoxe que j'aime tant qu'un seul péché: rester indifférent, insensible, au Ressuscité.<br /> Quand on croit en LUI, quand on L'aime, on cesse les questions intellectuelles...On se repose à jamais dans la confiance absolue.<br /> Pour moi un seul mystère m'enchante et pose problème. Comment peut on aimer autant Quelqu'un que l'on n'a jamais vu? Et bien voyez -vous il se peut après tout qu'il s'agisse de Sa signature au fond de nous.<br /> Isabelle
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A
Que c'est beau ce que vous me dites, chère Isabelle Prêtre. La foi réécrit ce dont nous usons avec le seul recours de l'intelligence.
L
Helas, il me semble que le monde d'aujourd'hui ne s'attache qu'aux seules realites visibles. Le retour aux sources s'impose evidemment.
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I
Chère Armelle je comprends et respecte ce que vous dites, mais pour moi la foi n'est pas un gant. Un gant que l'on perd ou que l'on retrouve.<br /> Elle n'est pas un état d'âme non plus. Croire quand tout va bien , ne plus croire quand tout va mal.<br /> Elle ne peut venir de la raison et pourtant il est raisonnable devant l'immensité et le mystère d'abandonner la raison, fruit du cerveau, comme disait Bergson, ce qui signifie qu'elle est limitée!<br /> Je n'aime pas, et vous le savez, le mot " Foi" Je l'ai depuis toujours longtemps remplacé par les mots " confiance absolue en Dieu", et nul selon moi ne peut avoir cette confiance absolue sans L'aimer.<br /> A ce sujet je suis proche de St Augustin. Aime d'abord disait il tu comprendras ensuite.<br /> La Foi est une force théologale qui ne sert qu'à celui qui la vit et la connait, mais ce mot autrement ne signifie rien du tout. Elle cache simplement une rencontre. On rencontre le Christ ou pas, et quand on LE rencontre je me demande comment il est possible de ne pas l'aimer et de ne pas croire d'une manière absolue à Son existence, à Son amour, et à notre éternité!<br /> si je me plaçais sur le plan strictement intellectuel je pourrais douter il y a autant de bien que de mal, de laideur que de beauté, mais voilà j'abandonne la raison pour choisir l'Amour et aussi parce qu'Il m'a été présenté et que tous ceux qui lui ont donné leur vie, prêtres et autres, sont une preuve suffisante selon moi pour ne jamais douter.<br /> Isabelle
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A
Je suis absolument d'accord avec vous sur le fait que je ne puis imaginer la vie, le monde sans Dieu. Nous en avions parlé lors de notre entretien à la radio. Mais je ne puis éviter que le doute ou l'incompréhension me traverse parfois, je parlerai plutôt de l'incompréhension. Pourquoi le monde est-il dans un tel état, pourquoi l'homme connait-il tant de souffrance, tant de misère. Pourquoi le mal semble-t-il avoir presque toujours le dessus ? Oui, la foi est souvent mise à rude épreuve.
A
La foi peut nous manquer à tout moment, chère Isabelle. Des saints ont traversé cette épreuve comme Thérèse de l'Enfant Jésus. On peut rencontrer l'absence, le manque, épreuve que l'on attribue souvent, et par erreur, à la lucidité mais qui n'est qu'un refus d'absolu.
I
J'aurais choisi un autre intitulé; une autre question, comme par exemple Croyance et Vérité, ou Foi et Certitude. Car là, pardonnez-moi, on ne voit pas le but de la question.<br /> Oui, vous avez bien défini les termes et fait appel à des philosophes.. mais selon moi on tourne en rond. Même si , Armelle, tout ce que vous dites est juste et vrai.<br /> Je ne crois pas que vous divulguerez cette critique de prof...<br /> Philosophie et croyance sont les fruits de notre liberté en un seul sens: c'est nous qui pensons, nous.<br /> Nous sommes donc libres de croire et de philosopher car un Dieu l'a permis et sans doute voulu.<br /> Mais cette liberté s'arrête là.<br /> On est libre de penser et de croire ce que l'on veut, mais on n'est pas libre d'être ce que nous sommes, donc la liberté est liée à notre subjectivité.<br /> La philosophie que vous placez à juste titre du côté de l'objectivité, si l'on veut l'opposer à la subjectivité de la croyance est en fait....Une croyance. Chaque philosophe a la sienne, et elle est issue à la fois de son cerveau et de son psychisme, comme l'a si bien vu Nietzsche et comme je le répète après lui.<br /> Quant la la croyance il y a, en effet une grande différence, entre dire " je crois qu'il ferai beau demain" et " je crois en Dieu"<br /> comme il y en a une entre croire que Dieu existe et croire EN lui. Premier cas? Certitude intellectuelle ( ou doute mais porte ouverte, cas de l'agnostique). Dans le second cas? Certitude produite par l'amour.<br /> On ne se base plus sur la possibilité d'une existence mais sur la confiance absolue en une Personne.<br /> <br /> Je pourrais continuer longtemps ainsi mais j'arrête là.<br /> Je vous renouvelle ma joie de converser avec vous.<br /> Isabelle
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I
Non, chère Armelle Thérèse de Lisieux n'a jamais douté de Dieu et de son existence. Jamais. Elle s'était mise à douter du ciel en ce qui la concernait, ce fut donc un manque d'Espérance et non de foi qui s'était saisi d'elle. ce beau ciel qu'elle avait tant imaginé lui semblait soudain clos.<br /> Mais elle était dans une extrême souffrance, un extrême épuisement, et cet état était normal, puisque dans un tel état on ne sent plus rien du tout!<br /> voilà pourquoi je dis que la foi n'est pas un sentiment ou une sensation, sinon elle est basée sur du vent. Or jusqu'au bout, et elle l'a prouvé par ses derniers mots elle a adoré le fils de Dieu.<br /> Et les autres saints dont vous parlez ont traversé parfois la nuit mystique, grande épreuve pour ceux qui se donnent à Dieu, mais lisez leurs vies et vous verrez que la dépression chez les plus grands saints les prend aussi, et qu'il est naturel alors je le redis de ne plus rien sentir.<br /> Que le doute surgisse d'un tel état n'a rien d'étonnant.<br /> Mais chez tous, ou presque , la confiance absolue est demeurée jusqu'à la fin, ou est revenue à la fin.<br /> Isabelle
A
La difficulté que nous rencontrons, chère Isabelle, est de croire. On peut croire en son savoir mais il est plus difficile d'unir le savoir et le croire. Il faut y ajouter une part secrète d'adhésion : la foi. Cette adhésion en ce que j'appelle "l'enfance de l'esprit" est parfois un long cheminement hérissé d'obstacles philosophiques et humains. Chez moi, la foi a souvent été perdue puis retrouvée. C'est sans doute ce qui lui procure sa complexité et sa force.

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Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
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Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

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