Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
1 août 2022 1 01 /08 /août /2022 07:30
Femmes empêchées de Leïla Zerhouni

 

Dans un petit village de l’Ardenne belge, Ania, un gamine née sous x dans une clinique de Lille, est adoptée par la boulangère restée célibataire avec un fort désir d’enfant insatisfait. Quand la petite atteint sa dixième année, la boulangère décide de lui parler de ses origines en lui révélant qu’elle n’est pas sa mère biologique mais sa mère affective et nourricière. Tout s’embrouille dans la tête de la gamine qui ne sait plus très bien qui elle est et d’où elle vient. En proie à une véritable crise identitaire, Ania se réfugie dans le rayon librairie du bazar ouvert récemment au village par une femme seule, elle aussi. Cette dernière initie la jeune fille à la littérature et l’emploie pour l’assister dans le classement des livres. C’est là qu’elle rencontre un jeune journaliste dont elle s’éprend mais qui, hélas, la quitte pour parcourir le monde et sauver ceux qui sont en danger.

 

Son amoureux parti vers des contrées sous pression, Ania poursuit son voyage sédentaire dans les livres, devient l’héritière de la libraire et conseille ceux qui cherchent des ouvrages pour élargir leurs connaissances. Un jour, elle rencontre son presque double, une jeune fille qui essaie de voler le livre qu’elle voudrait lire parce qu’elle n’a pas les moyens de se l'offrir. Ania lui prête le livre, devient  son amie et, plus tard, après des années d’amitié, la marraine de sa fille.

 

Leïla Zerhouni, je l’ai déjà croisée dans un recueil de poésie édité chez Bleu d’encre où elle traitait de la séparation douloureuse. Dans ce roman, comportant lui aussi quelques poèmes incrustés dans le texte, elle évoque la filiation, la vie que l’on perpétue avec ou sans désir, par hasard ou avec le souhait de transmettre sa propre vie, de perpétuer la famille… Dans ce texte, l'auteure met en scène une femme abandonnant son enfant qu’elle n’a pas désiré et qu’elle n’a pas les moyens d’élever, une femme qui n'a pas trouvé de géniteur pour lui donner l’enfant auquel elle aspirait ardemment, une femme qui accouche  d’enfants jumeaux, une autre qui met volontairement terme à sa grossesse pour ne pas accoucher d’un enfant sans père. Explorant tous les aspects de la maternité, elle met aussi en scène un médecin charitable qui assiste les femmes enceintes dans le plus profond désarroi.

 

Elle évoque également dans ce roman la mixité dont elle est elle-même issue, avec toute la richesse qu’elle suppose. C’est aussi, pour l'auteure, l’occasion d’établir un pont culturel entre l’Ardenne belge cloîtrée dans sa paisible vie campagnarde et l’Algérie des années noires où la violence et la mort régnaient sans discernement. L’Algérie où le régime avait encore sensiblement altéré la condition des femmes déjà peu reluisante auparavant. Bien que publié avant la guerre qui y règne actuellement, l’Ukraine fait une petite apparition dans ce livre comme pays où les artistes ont du mal à exister. Ainsi, Leïla pointe-t-elle du doigt les nombreux problèmes de la société d’aujourd’hui tout en évoquant largement la littérature qu’elle semble beaucoup apprécier. Au long de ce récit, elle cite de nombreux auteurs que j’ai, pour la plupart lus et appréciés, mais c’est avec un plaisir particulier et une certaine surprise que j’ai vu qu’elle citait Louis Scutenaire, Achille Chavée, Jean Amrouche (même si j’aurais apprécié d’y voir aussi sa sœur Taos, une de mes idoles littéraires), de grands auteurs trop souvent ignorés et quelque peu oubliés. La transmission de la vie est  un exercice compliqué, il faut que deux êtres partagent le même désir, puissent le faire perdurer dans le temps, se décident ensemble et que la nature et la société ne se mettent pas en travers de leur souhait commun. La vie est une chose précieuse qu’il faut savoir choyer pour la transmettre avec amour sans que les femmes soient empêchées…


Denis BILLAMBOZ


Pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer   ICI


RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Femmes empêchées de Leïla Zerhouni
Partager cet article
Repost0

commentaires

Présentation

  • : Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • : Grâce au pouvoir des mots, une invitation à voyager sur les lignes et interlignes.
  • Contact

TEXTE LIBRE

 4016234704 (Small)

Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

 Soëren Kierkegaard

 

Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche.

   Montaigne

 

Veux-tu vivre heureux ? Voyage avec deux sacs, l'un pour donner, l'autre pours recevoir.
   Goethe

 

 MES DERNIERS OUVRAGES PUBLIES ( cliquer sur l'icône pour accéder à leur présentation )

 

1184097919 profil de la nuit  2851620614

les signes pourpres  3190-NEL i 978-3-8417-7335-7-full

 

SI VOUS PREFEREZ LES IMAGES et le 7e Art, RENDEZ-VOUS SUR MON BLOG : 

 

Bannière pour Armelle 1 

 

 

Recherche