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31 octobre 2022 1 31 /10 /octobre /2022 09:26
Un héritage d'amour de Myette Ronday

Agnès, la fille que Mathilde a conçue avec Leni, un soldat allemand dont elle est tombée amoureuse en 1942, inventorie, en 1996, la maison laissée par sa mère après son décès alors que des promeneurs découvrent, dans l’estive, dont elle a hérité dans les Pyrénées, les restes d’un cadavre. La découverte des ossements et leur identification bousculent les plans ourdis par les quelques personnes concernées par cette affaire. Dans la maison de sa mère, Agnès recherche ses origines et son enfance à travers les cartes postales que son père lui a adressées et que sa mère ne lui a jamais remises, les lettres que sa mère a écrites à son père sans jamais les lui envoyer, et, enfin, dans les confidences d’un homme encore très jeune à l’époque, un témoignage sur la vie que le jeune couple a menée à l’estive.

 

Le père de Mathilde, chef dans la Résistance, avait conduit le jeune couple dans une cabane très sommaire sur son estive, le temps que la jeune femme assure sa grossesse. La guerre finie, le couple, avec son bébé, a rejoint la vallée où le papa allemand a été traité comme un prisonnier de guerre mais dans les meilleures conditions, à proximité de sa femme et de son enfant. Bientôt, Leni doit rentrer dans sa maison en forêt Noire pour redresser l’entreprise familiale en déroute. Il propose alors à Mathilde de le rejoindre mais elle refuse, elle a placé sa fille dans des internats pour qu’elle soit à l’abri des quolibets et maltraitances de la part des enfants du village. La relation entre la mère et la fille n’en n'est nullement renforcée, d’autant plus que la mère n’évoque jamais les origines de la jeune fille, allant même jusqu’à lui donner un père qu’elle épouse pour sauver la face. En grandissant Heide, désormais Agnès, se pose des questions et commence à comprendre certaines choses qui l’incitent à chercher ses véritables origines. 

 

Cette histoire pourrait faire partie de la constellation des dégâts collatéraux qui ont détruit de très nombreuses familles et communautés pendant et après la dernière guerre. Myette raconte les malheurs de Mathilde et la quête d’Agnès avec beaucoup de sensibilité et d’émotion, de douceur et de tendresse, malgré les arias qui encombrent le chemin de cette famille cherchant un avenir possible, un amour familial et même une relation sentimentale en ce qui concerne Mathilde. L’écriture poétique de Myette apporte encore plus de douceur et de tendresse dans le monde de violence où évolue cette famille détruite, cet amour éventé, cet avenir en pointillé…

 

Myette connait aussi très bien la nature où elle situe et décrit ses personnages. La flore, notamment les plantes sauvages, est son royaume, elle les connaît toutes comme aucun paysan ne les connait, elle sait les nommer, désigner leur propriétés, ainsi elle a su mettre de l’amour et de la tendresse dans les prés de l’estive et de la vallée. Nous avons, aujourd’hui, tellement besoin de tendresse et d’amour qu’il faudrait que Myette nous enseigne la poésie et la botanique pour calmer les ardeurs des va-t’en guerre qui peuplent la planète en l’enflammant.

 

Un petit post scriptum pour dire que j’ai apprécié son art de l’utilisation des mots que certains croient désuets et qui sont pourtant tellement savoureux et si expressifs.

 

Editions Complicités

 

Denis  BILLAMBOZ


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commentaires

E
Des mots désuets, une histoire qui semble belle et complexe (comme le sont les vraies histoires d'ailleurs...), une écriture poétique... L'eau à la bouche!!!
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A
Oui, un livre que j'ai également très envie de lire Edmée.

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Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

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