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1 septembre 2021 3 01 /09 /septembre /2021 09:30

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Nuit irisée, nuit haubanée
De mercure tout enchâssée, de givre tout opalisée,
les amants se sont avancés, le seuil est proche.
Le vent, dans la moirure des phares, couve l'attente,
là où le soulèvement de la vague
forge l'écume dans le quartz.
Le temps, au goût d'écorce amère,
s'ensable sous les ombelles pures des sources,
alors, qu'encore lointaine, sous son mât de misaine,
dans ses diaprures de plancton,
la mer conduit au large de ses dunes ses légions de phaétons.

 

Cet exode fut long, cependant ne crois pas que j'en revienne.
On ne revient pas de nulle part. Je me tiens au milieu de l'océan.
Je suis un point fixe ainsi qu'une étoile.
Si l'étoile est illusion, j'en suis une aussi.
J'écris sur un cahier blanc. Chaque lettre porte les couleurs de l'esprit,
chaque mot esquisse une trajectoire. Je sui bien.
Ici il n'y a pas de route, pas de cité.
Dans le clair-obscur d'alentour, je vois les lourdes charpentes de l'univers s'abattre.
Quelle erreur de le dire immortel.
De l'immortalité, on s'en retourne plus mortel encore.


Tu me demanderas : que faisais-tu ?
Patiente je t'écrivais une lettre sans point, sans finalité.
On ne peut enclore la vie.
Avide, je cherche des signes, des points de ralliement.
J'entretiens ces feux. J'écris parce que les mots gardent intacts

le pouvoir de ranimer nos chimères, qu'ils tissent les fils
qui, lentement, me reconduiront vers toi.
Il y a tant à voir, tant à louer.
Je me rappelle la périssoire, l'étrave qui soulevait l'embrun,
la carène qui modelait l'eau. L'arche se dévoilait dans sa pure beauté,
arabesque de lumière, longs effilages des palmes

 

 Il me faut cette soif, cette faim pour tenir.
Ailleurs le provisoire, l'inaccompli,
L'astre qui clôt la nuit de son avènement.
Hier le divin couvrant nos fronts de sa vie obscure.
Lorsque nous aurons résolu l'énigme,
Le rivage refluant, nous quitterons les môles
Où nichent des colonies d'oiseaux.
Sourciers, sorciers, pour l'ultime écoulement vers la terre absente.
Ainsi l'image du premier jour, ainsi l'eau à la proue parée pour le passage,
ainsi l'hésitation au bord de la houle qu'affranchira le temps. J'ai peur,
parce que l'odeur de paille n'éveillera pas le grillon, que le coq s'est tu,
que la cloche ignore le tintement qui l'ébranle.
Je sais que le continent brûle d'un feu dissipé,
que le ciel brille d'un éclat perdu.
S'éloigner n'a plus le même sens que jadis. 
Chacun porte en soi son nouveau monde.
Les lèvres sèches, on contemple une ligne qui n'est pas l'horizon,
mais une trace originelle. La matière s'estompe enfin.
A l'avant, il n'y a plus que l'absolu à distinguer.


Je t'écris d'Atlantique.
La mer, ce soir, se couronne de phosphore.
Il serait simple d'y mourir, d'y revivre,
laissant filer l'haussière, gagner l'infini,
y pénétrer, bien que l'incohérence
nous suive et nous approche.

                                                                     

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

PROFIL DE LA NUIT   ( extraits )    Editions  : L'Etoile du Berger

 

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Je t'écris d'Atlantique - poème
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commentaires

L
Toujours si vrai et ample ce que la mer vous inspire.
Répondre
G
Poème décidément pétri de l'ocean et qui a l'avantage sur "le bateai ivre" d'avoir été vecu, fruit d'une expérience en meme temps qu'il me paraît prémonitoire...aujourd'hui! Je suis volontiers sa dimension métaphysique qui nous conduit, non sans une certaine angoisse et dans la nostalgie d'une "terre absente", par delà la mort, vers l'infini. Merci Armelle vous me faites regretter de plus en plus de n'avoir pas navigué...Mais je sais d'autres dépouillements
Répondre
A
Cher Yannick Girouard, poète et écrivain, vous savez ce que les mots portent en eux de nos tristesses secrètes, de nos inquiétudes et de nos aspirations, s'assemblant presque malgré nous dans une ordonance qui, souvent, nous dépasse.
A
Une écriture très imagée, venue de l'océan mythique.

On s'y ressent au milieu de nul part et tout porte à la rêverie.

Seul un océan nous offre cette impression éternité et bizarrement nous enlève la notre. Il nous rend humble et minuscule.

Merci pour ce texte qui m'impressionne énormément tant par sa qualité d'écriture que par sa teneur.

Amitiés

Pierre

Ps: étonné du peu de commentaires sur une telle capacité de plume...
Répondre
A
Voilà des vers qui "appellent" le grand large. Imprimés, j'en profiterai une nouvelle fois dans l'un de mes endroits de prédilection. Tout en haut du vieux Bidart. Un endroit incomparable où l'on
se croit suspendu entre ciel et océan. Merci Armelle.
Répondre
P
Armelle, magnifique poème d’Atlantique que tu as écrit auquel j’ai eu envie de rajou-ter ces quelques vers d’un poète dont j’ai oublié le nom :
« Aux tempêtes injurieuses, les nefs subirent

Tant de véhémence – Tephillim tympanon

Qu’en finalité létale elles se fendirent

Et délivrèrent aux océans leurs cargaisons.

– Aux tempêtes injurieuses, les nefs subirent… »
Répondre
C
Chose incompréhensible, si peu de commentaires pour un si beau poème qui m'a fait voyager dans les eaux tumultueuses de l'Atlantique,

Goût de l'aventure très prononcé, où l'on ressent la difficulté de survivre dans les hautes mers, avec comme un appel des sirènes, tel "Ulysse" happé par ce monde des profondeurs partant à la
découverte mais aussi surplombant l'océan, son horizon en Maître des lieux, ayant été guidé par l'Étoile du Berger.

La fin de ce récit est doux comme une vague qui repart d'où elle vient après s'être déchaînée, pour nous déposer sur la plage après un voyage exaltant, nous laissant plein d'images et de
sensations, comme dans un rêve...Nous laissant nous réveiller en douceur sous le ciel encore étoilé pouvant observer à notre tour l'Étoile du Berger.

Pour ma part, je laisse trace de ma lecture et du plaisir que j'ai eu à découvrir votre poème qui m'a emporté dans ce monde que vous avez décrit "Armelle".

Je souhaite que d'autres feront de même !!!

Je vais m'empresser de vérifier si vous avez édités d'autres poèmes de votre recueil, avec espoir de pouvoir vous relire, mais aussi que vous écrirez de nouveau,

Mes respects,

Carou
Répondre
T
"J'écris, parce que les mots gardent intact
Le pouvoir de ranimer nos chimères,
Qu'ils tissent les fils qui, lentement, me reconduiront vers toi."

Permettez-moi de répéter ces beaux vers d'un poème de pleine mer en plein vent, de rester dans son sillage.
Répondre
M
Une grande bouffée maritime. Beau.
Répondre

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  • : Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • : Grâce au pouvoir des mots, une invitation à voyager sur les lignes et interlignes.
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Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

 Soëren Kierkegaard

 

Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche.

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