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5 août 2013 1 05 /08 /août /2013 08:04

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Nous avons parcouru le monde à travers les livres pendant près de deux ans, je vous propose aujourd’hui de partir à la découverte de textes souvent méconnus malgré leur grande qualité. Chaque semaine, je vous présenterai donc une lecture récente ou ancienne, peu importe les effets de mode, d’un auteur français ou étranger. Comme la littérature n’a pas de frontière, le talent non plus, je me laisserai guider par le seul talent des auteurs que je rencontre au hasard de mes vagabondages dans le monde des livres. Et pour commencer cette rubrique, j’aimerais vous proposer ma lecture du dernier livre d’Armelle qui mériterait un grand succès de librairie car c’est un très beau texte, d’une grande qualité littéraire et une belle histoire.
 

 

Le jardin d’incertitude

Armelle Barguillet Hauteloire

 

Ce  texte, au début, policé, académique, lisse, fluide, à peine vieilli, comme un vieux livre qu’on relit à la manière dont on réécoute un ancien vinyle adulé bien des années auparavant, prend progressivement un ton plus ferme, plus dur, balançant même entre cynisme et désillusion. Mais c’est, avant tout, à mon avis, un livre, non pas testament car il y en aura certainement d’autres sous la plume d’Armelle Barguillet, mais tout de même un livre bilan qui pourrait révéler en filigrane quelque douleur mal éteinte ou des plaies pas totalement cicatrisées. Un récit qui laisse apparaître une certaine dose d’amertume vis-à-vis de l’humanité trop pragmatique, pas assez affectueuse, pas assez généreuse, pas assez désintéressée, et même une pointe d’aigreur et un peu de déception. Un texte d’un réalisme presque froid montrant les limites des espérances juvéniles qui se brisent inéluctablement sur les travers de l’humanité. Je sais que ce livre a connu une première ébauche il y a déjà bien des années et je suppose que le changement de ton peut être imputé au temps qui s’est écoulé entre le début et la fin de la rédaction de ce roman.

 

Sur les bords de la Loire, dans son manoir décrépi, Anne-Clémence, une jeune femme qui a vu les siens partir ou disparaître, écrit ses souvenirs : son enfance avec ses parents et sa grand-mère entouré d’une importante maisonnée, son départ à Paris, ses études, son premier amour, son mariage, sa volonté, ses espoirs, l’échec de ce mariage… Elle décrit un monde, comme celui de Proust, qui tire vers sa fin, une société en voie de disparition, une aristocratie qui passe la main à la bourgeoisie enrichie dans les affaires. Pendant ma lecture, à un certain moment, encore vers le début, je lisais tranquillement sans me préoccuper réellement de l’auteur mais plutôt du texte, quand j’ai eu comme l’impression d’être à Combray, ou dans Combray dont je lis parfois quelques pages avant de m’endormir. J’ai ressenti cette même douce nostalgie, cette même musique dans le texte, cette atmosphère à la fois familiale et campagnarde. Armelle ne peut pas dissimuler son admiration pour le maître, elle est écrite dans le marbre du texte.

 

Anne-Clémence explore son arbre généalogique où elle ne trouve pas que de la tendresse, elle y rencontre aussi de la dureté et même parfois un peu de cruauté. Un arbre généalogique double : celui de l’état civil et celui qui se construit dans les draps où ailleurs où les corps peuvent s’unir au risque de procréer ; Armelle n’hésite pas à soulever la couette pour exhiber toutes les turpitudes qui animent la vie et gouvernent souvent le monde.

 

Avec son écriture  fluide et souple coulant comme un frais ruisseau normand charriant  des mots que nous avons presque oubliés, des mots goûteux, gourmands, qu’on déguste avec un grand plaisir tant le vocabulaire est riche, Armelle raconte la fin de cette société campagnarde, l’avènement d’un monde nouveau où les jeunes femmes comme Anne-Clémence ont bien des difficultés à trouver leur place. Elle a aussi un art consommé du portrait, de l’analyse psychologique et un vrai talent pour évoquer la sensibilité aussi bien que les émois de la chair. Toutes les qualités nécessaires pour dessiner le parcours initiatique d’une jeune fille née d’une famille qui avait vécu plus pour les apparences de son rang que pour ce qu’elle était réellement. Je n'aurais pas cru qu’Armelle aurait tant d'audace dans certaines évocations et qu’elle aborderait les sujets essentiels de l'existence avec une telle franchise et une telle lucidité. J'ai pensé à certains moments à DH Lawrence quand elle parle de cette femme libre qui assume totalement sa vie et ses désirs - très beau personnage - comme Constance Chatterley. Elle a bien fait de laisser mûrir ce livre qui n'aurait peut-être pas eu la même dimension il y a dix ou quinze ans, on sent bien tout ce que la vie lui a apporté - des joies et des épreuves - toutes ses déceptions, ses désillusions mais aussi ce refus de se résigner, cette volonté de repartir au combat en faisant table rase du passé.

 

Armelle a bien compris ce que d’autres comme moi pourraient objecter après la lecture de ce roman, aussi a-t-elle pris les devant pour désamorcer les critiques : « Certes, je veux bien admettre que tout a déjà été conté, des bonheurs et malheurs de l’homme, de ses amours et de ses désamours, des guerres et de leurs conséquences, mais je crois que nous sommes arrivés à la fin d’un monde ou d’une civilisation et que chaque moribond est en droit d’être veillé ». Alors veillons en cherchant quelques certitudes dans ce jardin où le vice fleurit hélas mieux que la vertu.

 

Denis BILLAMBOZ

 

Pour se procurer l'ouvrage, cliquer   ICI

 

Et pour consulter la liste des articles de la rubrique "Les coups de coeur de Denis", cliquer    ICI

 


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commentaires

L
Je viens de relire cet ouvrage que j'ai d'ailleurs apprecie davantage a cette seconde lecture et cela pour toutes sortes de raisons: le style d'abord fluide, clair et poetique, la qualite de la structure du roman en lui-meme, parfaitement equilibree et le sujet, celui d'une famille aux alentours des annees 50-70 ou s'amorce deja un veritable changement culturel et civilisationnel. On y voit cette famille qui va peu a peu se dissoudre dans une actualite qu'elle ne partage pas. Je trouve qu'il y a une compassion et une justesse de ton qui n'evacut ni l'ironie, ni la tendresse a l'egard de ces vies en train de se briser. C'est un roman qui joue de toutes les nuances et d'une acuite psychologique remarquable. On y voit une religieuse quitter son ordre, un aristocrate perdre sa superbe et une jeune auteure se poser des questions sur l'avenir de la litterature.
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&
Quel hommage ! Que d'émotion !
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A
Comment ne pas être émue par un tel commentaire qui me va droit au coeur. Un auteur a toujours besoin d'être rassuré, d'autant que travaillant avec de petits éditeurs, je n'ai guère accès aux<br /> grands médias et qu'il n'y a que le bouche à oreille qui peut diffuser votre ouvrage. Et les réactions de vos pensionnaires sont pleines de bon sens et de justesse. Dites-leur que je les remercie<br /> du fond du coeur et que ,grâce à elles, mes personnages vivent cette autre vie qui est celle de la fiction, parfois supérieure à la nôtre.
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C
Bonjour, avec certains collègues nous avons fait des séances de lecture à plusieurs de nos pensionnaires toujours passionnées par les mots quand ils sont intelligents et bien mis en valeur. C'est<br /> Alain (Le ciné d'Alain) qui nous a prêté votre livre le Jardin d'incertitude. Sur ses conseils, nous avons commencé les séances, qui furent en fait, de grands et beaux moments de plaisirs. Alain<br /> m'a dit que je pouvais vous faire part de certains commentaires de nos pensionnaires. Je vous en livre quelques-uns. Notre doyenne, Marthe : "cette dame a pris le décor de ma maison et son jardin<br /> ressemble au mien. Moi aussi j'avais des catalpas en nombre. Quant au mariage, je revois ma belle mère, c'était tout à fait ça. Croire que s'habiller aux Dames de France suffisait à faire chic.<br /> Pauvre femme, elle m'a bien pourrie la vie quand même". Elle a rajouté " Mais je me retrouve tout à fait dans ce que j'ai eu à vivre, dans la douceur d'une époque où l'environnement offrait<br /> davantage de plaisirs que celui d'aujourd'hui où tout se casse la gueule". Gisèle a été émerveillée par le personnage d'Emilie. En rajoutant : "j'aurais été plus belle j'aurais pu être elle". Notre<br /> "hôte" la plus difficile a regretté qu'Alain ne vienne que deux fois pour prendre le relais dans ces lectures. Car m'a-t-elle dit : "Tu lis comme un pied. Avec Alain on découvre les images et même<br /> le physique des principaux héros du roman." En gros, le succès est total. L'ensemble a détesté cette Mademoiselle Charme. A-t-elle tué ou pas ? Le mystère restera entier. Visiblement sous d'autres<br /> noms, des sœurs jumelles de cette demoiselle se sont multipliées par ici. Nos "dames" parlent encore avec enchantement de votre livre. Avant de vous envoyer ce message chacune a tenu à ce que je<br /> leur fasse part de ce que j'écrivais, au cas où je ne traduirais pas assez les bonheurs que vous leur avez donné. Et à nous, dans le même temps. Très sincèrement merci. Christophe.
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A
Je suis très touchée Agnès du commentaire élogieux que vous avez eu la gentillesse de rédiger après la lecture de mon dernier ouvrage. Tout ce que vous dites est très juste et je suis<br /> particulièrement sensible au fait que vous ayez souligné le rôle de vampire de mademoiselle Charme. Surtout que je laisse planer un doute à la fin sur son rôle effectif... Merci infiniment Agnès.<br /> La fidélité de Pascal nous est également très précieuse à Denis comme à moi.
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P
Salut Denis,<br /> <br /> Je te mets en copier/coller le commentaire de mon épouse qui a beaucoup aimé le roman de notre amie Armelle. A + :<br /> <br /> <br /> Bonjour Armelle,<br /> <br /> Bonjour Armelle,<br /> <br /> Je suis la femme de Pascal, un de vos visiteurs fidèles. Il prend grand plaisir à lire vos articles lors de ses rares moments de détente. Quant à moi j’ai lu votre roman avec un réel intérêt ainsi<br /> que ma mère, nous avons trouvé les personnages, l’atmosphère admirablement rendus et la construction du roman très rigoureuse, sans un instant de relâchement, tout s’enchaîne à merveille malgré le<br /> nombre de personnages. Mais ce qui a le plus retenu mon attention est combien vous rendez palpable et évidente cette incertitude où nous sommes tous et sur tous les plans, aussi bien des<br /> sentiments, de la vie personnelle et de la vie tout court. Le personnage de Marie-Liesse m’a touché parce qu’il illustre bien la femme d’une époque, pas lointaine d’ailleurs, où on ne demandait à<br /> une fille ou à une épouse qu’à se couler dans le moule traditionnel et également le personnage central d’Anne-Clémence qui, placé à la croisée des chemins, a de la peine à se situer et s’évade dans<br /> l’écriture.<br /> Tout est bien senti et souvent décrit avec humour, ainsi le personnage de la tante Victoire si imbue de sa position sociale et le cousin Thomas qui rend bien compte du cadre arrivé d’aujourd’hui.<br /> Quelle palette de caractères et de tempéraments, ainsi la douce Catherine et la dévouée et émouvante Renée. Et aussi les descriptions d’un décor, ce jardin apparemment paradisiaque où tout va finir<br /> par se consumer. La fin est inattendue et très bien évoquée. Et très curieux aussi cette Adeline Charme, sorte de vampire qui se venge du mauvais sort par une sorte de substitution de personnalité.<br /> Merci Armelle pour ce livre où je retrouve votre plume de poète.<br /> <br /> Agnès
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A
Merci, cher Alain, ces mots me font d'autant plus plaisir qu'ils viennent de vous dont je connais l'intérêt pour tout ce qui concerne l'écriture et l'art en général. J'attends avec impatience votre<br /> critique et souhaite que, jusqu'à la dernière ligne, mon roman saura mériter votre intérêt et votre exigence.
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C
Bonjour Armelle, quel plaisir que ce temps passé dans les pages ce "Jardin d'incertitude". Je vais revenir sur certains passages et rédiger un article sur mon blog que je vous soumettrai avant<br /> publication. Si j'ai reconnu votre style, l'élégance de l'écriture, la précision dans vos descriptions, j'ai également découvert une Armelle légèrement nostalgique et drôle dans la description de<br /> certains de vos personnages. Celle de la belle-mère de l'héroïne m'a fait éclater de rire ! Merci chère Armelle.
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&
Maxime, je partage ton analyse. Il y a beaucoup de choses dans ce livre.
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M
Je viens de terminer le livre qui m'a beaucoup plu, surtout pour l'étude psychologique des personnage qui est fouillé.Enfin pour le style qui est fluide et poétique, sans fadeur, bien au contraire<br /> et pour les descriptions de la nature. La fin est belle, on ne s'y attendait pas et le personnage d'Adeline Charme extrêmement ambigu. Enfin l'auteur ne cache aucune des faiblesses et bassesses<br /> humaines, elle dit les choses sans fards mais avec finesse. Vraiment un bon livre, une vrai qualité d'écriture, ce qui se fait plutôt rare. Je suis d'accord avec ce que dit Denis qui a bien analysé<br /> l'ouvrage.
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Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

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Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche.

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