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21 octobre 2020 3 21 /10 /octobre /2020 08:20
Manoir de la Cour-Brûlée

Manoir de la Cour-Brûlée

          

Lorsque Proust séjourne plusieurs étés consécutifs à Trouville dans ses jeunes années, la station est considérée comme "la reine des plages" et est devenue en quelque sorte une annexe de la capitale, après qu’un peintre de 19 ans, arrivé d’Honfleur à marée basse par le chemin de grève, en une journée de l’été 1825, ait posé son chevalet et son parasol sur les bords de la Touques et, à cette occasion, lancé sans le savoir Trouville, qui ne va pas tarder à supplanter les autres plages du littoral normand. Il a pour nom Charles Mozin et sera bientôt rejoint chez la mère Ozerais - qui tient l’auberge du "Bras d’or" - par Eugène Isabey, Alexandre Decamps et Alexandre Dumas. Trouville s’apprête donc à détrôner Dieppe et Le Tréport où Marcel s’est rendu à plusieurs reprises quand il était enfant avec sa grand-mère maternelle et son frère Robert. Dieppe avait été lancé par les Anglais, à la tête desquels le prince de Galles, Trouville le sera par des artistes et principalement des peintres. Et Dieu sait qu’ils seront nombreux à apprécier ce village de pêcheurs et sa longue plage de sable ocre où le duo subtil de l’eau et du ciel ne cesse de les fasciner. Tous, les Boudin, Courbet, Whistler, Monet, Corot, Bonnard, Degas, Helleu, Dufy, Marquet, Dubourg essaieront de rendre sensible les vibrations de la lumière, les glacis fluides qui l’accompagnent et cet aspect « porcelainé»  dont parlait Boudin.
Mais les peintres ne sont pas les seuls à être subjugués par la beauté des lieux : Flaubert l’avait été, Proust le sera à son tour, envoûté par les paysages mer/campagne, lorsque, séjournant à Trouville, il se promenait dans les sentiers qui longent la mer et y respirait le parfum mêlé de feuillées, de lait et de sel marin. C’est ainsi qu’il décrit l’une de ses promenades dans une lettre à Louisa de Mornand :

«Nous étions sortis d’un petit bois et avions suivi un lacis de chemins assez fréquentés dans la campagne qui domine Trouville et les chemins creux qui séparent les champs peuplés de pommiers, chargés de fruits, bordés de haies qui laissent parfois percevoir la mer.»

Nous sommes en octobre 1891, le jeune homme a 20 ans, il a passé son baccalauréat, accompli son service militaire, dont il a devancé l’appel pour en écourter le temps, et débuté des études de droit et de sciences politiques afin de se plier aux exigences de son père qui refuse à son aîné les disciplines littéraires et artistiques. Il a, dans la foulée, commencé à publier des nouvelles et articles dans une revue "Le Mensuel", revue où écrivent également plusieurs de ses condisciples de Sciences-Po, sous la férule d’un certain Otto Bouwens van der Boijin, et dont le sommaire se partage entre des chroniques d’art, de mode et quelques textes de fiction. Marcel s’essaiera à tous les genres, y affirmera ses dons de critique et ses dispositions pour les exercices de plume.

A Trouville, il s’est installé au manoir des Frémonts, sur les hauteurs, invité par l’oncle de son camarade de Condorcet Jacques Baignières, le financier Arthur Baignières, qui a fait construire le manoir en 1869. Cette demeure admirablement située lui inspirera plus tard la propriété de La Raspelière où se passent de nombreuses scènes de "La Recherche" et qu’il décrit ainsi dans " Sodome et Gomorrhe ": 

«De la hauteur où nous étions déjà, la mer n’apparaissait plus, ainsi que de Balbec, pareille aux ondulations de montagnes soulevées, mais, au contraire, comme apparaît d’un pic, ou d’une route qui contourne la montagne, un glacier bleuâtre, ou une plaine éblouissante, situés à une moindre altitude. Le déchiquetage des remous y semblait immobilisé et avoir dessiné pour toujours leurs cercles concentriques ; l’émail même de la mer, qui changeait insensiblement de couleur, prenait vers le fond de la baie, où se creusait un estuaire, la blancheur bleue d’un lait où de petits bacs noirs qui n’avançaient pas semblaient empêtrés comme des mouches. Il ne me semblait pas qu’on pût découvrir de nulle part un tableau plus vaste. L’air à ce point si élevé devenait d’une vivacité et d’une pureté qui m’enivraient. J’aimais les Verdurin ; qu’ils nous eussent envoyé une voiture me semblait d’une bonté attendrissante. Je leur dis que je n’avais jamais rien vu d’aussi beau.»  

Non seulement le jeune Marcel est séduit par l’ampleur des paysages et l’élégance du manoir, mais c’est à l’occasion de ce séjour que le peintre Paul-Emile Blanche, ami d’Arthur Baignières, réalisera de lui un dessin au crayon qui sera suivi, un an plus tard, d’un portrait à l’huile, le fameux portrait à l’orchidée à la boutonnière qui se trouve aujourd'hui au musée d'Orsay, et dont Proust était si fier car il y apparaît dans la fraîcheur de ses 20 ans, lumineux de jeunesse, le regard caressant, ayant acquis une conscience plus aiguë de sa personne qui dément l’image d’un adolescent gauche, mal ficelé et boudeur, tel qu’en lui-même on le surprend sur nombre de clichés de collège. 

L’année suivante le retrouve de nouveau aux Frémonts que les Finaly, autres amis de Marcel, ont loué aux Baignières par son entremise. Marcel a connu les Finaly grâce à Horace qui se trouvait dans la même classe que lui au lycée Cordorcet. Fernand Gregh a évoqué plaisamment cette famille qu’il trouvait shakespearienne. L’ancêtre prestigieux était Horace de Landau qui vivait à Florence et que l’on appelait le Roi LIRE, en raison de sa fabuleuse bibliothèque. C’est lui qui achètera le manoir des Frémonts aux Baignières et l’offrira à sa nièce la belle madame Hugo Finaly pour la taquiner. Si bien que le vendeur s’exclamera « c’est Taquin le superbe !» Proust n’oubliera pas de placer ce bon mot dans la bouche d’Oriane de Guermantes à l’adresse de Charlus. Hugo Finaly, le père d’Horace et de Mary, incarne cette haute finance ( il dirigeait la banque de Paris et des Pays-Bas ) que Marcel a beaucoup fréquentée à travers d’autres relations comme les Fould, les Rothschild, et dont il s’est servi pour camper ses personnages Rufus Israël ou Nissim Bernard. Horace règnera à son tour sur les finances de France mais leur amitié se relâchera avec le temps.

L’été 1892 sera inoubliable pour toutes sortes de raisons : d’abord parce que sont réunis une bande de camarades du même âge dont la plupart sont des anciens du lycée Cordorcet : Jacques Bizet, le fils que Madame Straus a eu avec le compositeur de Carmen, Louis de la Salle et Fernand Gregh, qu’il fait beau et que Madame Straus, s’étant installée cette même année au manoir de la Cour-Brûlée (bâti en 1864) qu’elle a loué à Mme Lydie Aubernon de Nerville, on ne cesse de monter les uns chez les autres, la princesse de Sagan de sa villa persane, la marquise de Gallifet de son château des Roches, que l’on soupe en plaisante compagnie et qu’on s’attarde volontiers le soir à deviser sous les tonnelles, le long desquelles courent les ampélopsis et les chèvrefeuilles, tandis que tombe la nuit dans une somptuosité crépusculaire que Proust décrit d’une plume délicate :   

«Mais dans cette atmosphère humide et douce s’épanouissent, le soir, en quelques instants, de ces bouquets célestes bleus et roses, qui sont incomparables et qui mettent des heures à faner».

Tout concourt à faire de ce séjour un moment rare dont l’écrivain se souviendra avec émotion et qui lui inspirera quelques-unes de ses plus belles descriptions de la nature : les fleurs en quantité, les vieilles maisons cernées de vignes, les points de vue qui foisonnaient autour de «Douville», l’église toute en clochetons, épineuse et rouge, fleurissante comme un rosier, enfin ces veillées où apparaissaient dans le ciel ombré, pareille à une légère et mince pelure, une lune étroite  «qu’un invisible couteau avait taillé comme le frais quartier d’un fruit».

Pour nous en persuader, relisons ce qu’il écrira, des années plus tard à son amie Louisa de Mornand, lorsqu’il apprendra qu’elle se rend à Trouville :

 

" Ma petite Louisa,

J’apprends que vous avez l’intention de passer l’été près de Trouville. Comme je suis fou de ce pays, le plus beau que je connaisse, je me permets de vous donner quelques indications. Trouville est fort laid,, Deauville affreux, le pays entre Trouville et Villers médiocre. Mais entre Trouville et Honfleur, sur la hauteur est le plus admirable pays qu’on puisse voir dans la campagne la plus belle, avec des vues de mer idéales. Et là il y a des habitations connues seulement des artistes et devant qui j’ai entendu des millionnaires s’écrier : Quel malheur que j’aie un château au lieu d’habiter ici ! Et des chemins perdus admirables pour le cheval, de vrais nids de poésie et bonheur. Ce qu’il y a de plus beau, ( mais est-ce à louer ? ) est les Allées Marguerite, propriété affolante avec des kilomètres de rhododendrons sur la mer. Elle appartenait à un Monsieur d’Andigné et Guitry qui en était fou ( pas de Monsieur d’Andigné, de la propriété ) l’a louée plusieurs années. La loue-t-il encore ? Est-elle encore à louer ? Je ne puis vous le dire mais je pourrais vous le savoir et vous-même, si vous connaissiez Sacha Guitry, le pourriez. Peut-être serait-ce trop immense pour vous. Mais je crois qu’on a cela pour un morceau de pain. Près d’Honfleur, il y a aussi d’idéales maisons. Voulez-vous que je m’informe ? " 

   

Et quelques mois plus tard :

 

«Je suis content de vous savoir à Trouville puisque cela me donne la joie d’imaginer une des personnes qui me plaisent le plus dans un des pays que j’aime le mieux. Cela concentre en une seule deux belles images. Je ne sais pas au juste où est votre villa Saint-Jean. Je suppose qu’elle est sur la hauteur entre Trouville et Hennequeville, mais je ne sais si elle regarde la mer ou la vallée. Si elle regarde la mer, elle doit l’apercevoir entre les feuillages, ce qui est si doux et le soir vous devez avoir des vues du Havre admirables. On a dans ces chemins un parfum mêlé de feuillées, de lait et de sel marin qui me parait plus délicieux que les mélanges les plus raffinés.. Si vous donnez sur la vallée, je vous envie des clairs de lune qui opalisent le fond de la vallée à faire croire que c’est un lac. Je me souviens d’une nuit où je suis revenu d’Honfleur par ces chemins d’en haut. A chaque pas nous butions dans des flaques de lune et l’humidité de la vallée semblait un immense étang. Je vous conseille une promenade à pied très jolie qui s’appelle « les Creuniers». De là vous aurez une vue admirable, et une paix, un infini dans lequel on a la sensation de se dissoudre entièrement. De là tous vos soucis, tous vos chagrins vous apparaissent aussi petits que les petits bonshommes ridicules qu’on aperçoit sur le sable. On est vraiment en plein ciel. En voiture, je vous conseille une promenade plus belle : les allées Marguerite. Mais une fois arrivé il faut ouvrir la petite barrière de bois, faire entrer la voiture ( si le propriétaire actuel n’habite pas ) et vous promener pendant des heures dans cette forêt enchantée avec les rhododendrons devant vous et la mer à vos pieds ».  

 

Et au sujet de la si jolie église de Criquebœuf, s’adressant toujours à Louisia de Mornand, il poursuit :

   

«Dites-lui de tendres choses de ma part, et aussi à un vieux poirier, cassé mais infatigable comme une vieille servante, qui maintient de toute la force de ses bras tordus par l’âge mais encore verts, une petite maison du village avoisinant, à l’unique fenêtre de laquelle sourient souvent de jolies figures de petites filles, qui ne sont peut-être plus ni petites, ni jolies, ni même filles, car il y a longtemps de cela».

   

A l’époque, il ne fallait pas plus de 5 heures pour se rendre de Paris à Trouville où la campagne s’allie si étroitement à la mer, où les oiseaux «océanides» mêlent leurs chants à ceux des bois et des jardins, visions et sons qui marquèrent si profondément l’auteur de La Recherche, que cette recherche-là ne cessa de se confondre à l’autre. C’est ainsi, qu’habité par ses souvenirs, il a transposé dans son œuvre les images emmagasinées lors de ces séjours trouvillais au point que dans « Sodome et Gomorrhe» les trois points de vue dont il parle à propos de La Raspelière - que les Verdurin sont sensés louer à Madame de Cambremer - ressemblent à s’y méprendre à ceux des Frémonts :

   

" Disons du reste, que le jardin de la Raspelière était en quelque sorte un abrégé de toutes les promenades qu’on pouvait faire à bien des kilomètres alentour. D’abord à cause de sa position dominante, regardant d’un côté la vallée, de l’autre la mer, et puis parce que, de même d’un seul côté, celui de la mer par exemple, des percées avaient été faites au milieu des arbres de telle façon que d’ici on embrassait tel horizon, de là tel autre. Il y avait à chacun de ces points de vue un banc ; on venait s’asseoir tour à tour sur celui d’où on découvrait Balbec, ou Parville, ou Douville. De ces derniers, on avait un premier plan de verdure et un horizon qui semblait déjà le plus vaste possible, mais qui s’agrandissait infiniment si, continuant par un petit sentier, on allait jusqu’à un banc suivant d’où l’on embrassait tout le cirque de la mer ".

 

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Tandis que les jeunes gens refont le monde, que les femmes aiment à se promener sur les planches, la princesse de Sagan - toujours escortée par un petit page, noir comme l’ébène et vêtu de rouge, portant son parasol - en compagnie de la marquise de Galliffet et de la comtesse de Montebello, que les hommes sont allés jouer et fumer au Casino auquel vient d’être ajouté une salle de spectacle, la sœur d’Horace, la jeune Mary Finaly aux beaux yeux verts, joue les coquettes et les mystérieuses auprès de ses soupirants qui se disputent l’honneur de l’emmener se promener dans le parc au clair de lune ou d’aller goûter, avec le reste de la bande, dans une ferme-restaurant des environs. Ce sont les fermes dites des Ecorres, de la Croix d’Heuland, de Marie-Antoinette. On y boit du cidre en mangeant du pain brié, ce pain qu’introduisirent au XIVe siècle des moines espagnols échoués sur la côte du Calvados.

   

«Mais quelquefois au lieu d’aller dans une ferme, nous montions jusqu’au haut de la falaise, et une fois arrivés et assis sur l’herbe, nous défaisions notre paquet de sandwichs et de gâteaux. Etendu sur la falaise, je ne voyais devant moi que des prés et, au-dessus d’eux, non pas les sept ciels de la physique chrétienne, mais la superposition de deux seulement, un plus foncé - la mer - et en haut un plus pâle».

   

Et il ajoute :

«Nous partions ; quelque temps après avoir contourné la station de chemin de fer, nous entrions dans une route campagnarde qui me devint bientôt aussi familière que celles de Combray, depuis le coude où elle s’amorçait entre des clos charmants jusqu’au tournant où nous la quittions et qui avait de chaque côté des terres labourées. Au milieu d’elles, on voyait çà et là un pommier, privé il est vrai de ses fleurs et ne portant plus qu’un bouquet de pistils, mais qui suffisait à m’enchanter parce que je reconnaissais ces feuilles inimitables dont la large étendue, comme le tapis d’estrade d’une fête nuptiale maintenant terminée, avait été récemment foulée par la traîne de satin blanc de fleurs rougissantes».

 

Ce qui ne l’empêche nullement de décrire tout aussi bien dans «Sodome et Gomorrhe» les pommiers en fleurs, qu’il n’a probablement jamais revus depuis son enfance, ne résidant pas en Normandie ou dans une autre campagne au mois de mai, cela d’autant plus qu’il souffrait cruellement de l’asthme des foins et restait plus volontiers chez lui à cette époque de l’année :

 

« Mais, dès que je fus arrivé à la route, ce fut un éblouissement. Là où je n’avais vu, avec ma grand-mère, au mois d’août, que les feuilles et comme l’emplacement des pommiers, à perte de vue ils étaient en pleine floraison, d’un luxe inouï, les pieds dans la boue et en toilette de bal, ne prenant pas de précautions pour ne pas gâter le plus merveilleux satin rose qu’on eût jamais vu et que faisait briller le soleil ; l’horizon lointain de la mer fournissait aux pommiers comme un arrière-plan d’estampe japonaise ; si je levais la tête pour regarder le ciel entre les fleurs, qui faisaient paraître son bleu rasséréné, presque violent, elles semblaient s’écarter pour montrer la profondeur de ce paradis. Sous cet azur, une brise légère mais froide qui faisait trembler légèrement les bouquets rougissants. Des mésanges bleues venaient se poser sur les branches et sautaient entre les fleurs, indulgentes, comme si c’eût été un amateur d’exotisme et de couleurs qui avait artificiellement créé cette beauté vivante. Mais elle touchait jusqu’aux larmes parce que, si loin qu’elle allait dans ses effets d’art raffiné, on sentait qu’elle était naturelle, que ces pommiers étaient là en pleine campagne, comme des paysans sur une grande route de France».

   

A midi, on se saluait sur les planches ou à la plage - les bains de mer étant désormais à la mode et appréciés pour leurs vertus thérapeutiques ; plus tard au restaurant, au casino et enfin aux courses où Madame Straus entraînait Marcel. Pour toutes ces raisons, une autre relation de Marcel se plaisait à Deauville et prenait le temps d’installer son chevalet à bord de l’un de ses yachts, afin de saisir sur le vif les éclairages, les poses, les expressions, les reflets de la mer, l’atmosphère pétillante et légère de la vie estivale qui faisaient de chacune de ces fêtes au bord de l’eau des moments enchanteurs. C’était le peintre Paul Helleu, amoureux de la mer et des femmes. Et l’hippodrome en question n’était autre que celui de la Touques inauguré le 14 août 1864, dont le duc de Morny, frère adultérin de Napoléon III, avait souhaité parer la station balnéaire de Deauville, sœur siamoise de Trouville, qu’il avait fait naître en 1860 des sables et de l’eau et que seul un pont sépare toujours de son aînée. Le duc, propriétaire d’une écurie à Viroflay, membre du Jockey-club, initiateur du champ de courses de Longchamp, y voyait le moyen d’attirer les amateurs vers la cité normande en prolongeant la saison des courses dans un lieu qui offrait, par ailleurs, tant d’autres divertissements.

Dès la première édition, les courses de plat de Deauville s’affirmaient comme un événement mondain qu’il ne fallait manquer sous aucun prétexte et si Helleu avait choisi d’amarrer ses voiliers successifs dans le port de plaisance de Deauville - celui de Trouville étant consacré à la pêche et au commerce - c’est parce que la région était en passe de devenir le XXIe arrondissement de Paris et que le peintre retrouvait là, chaque été, non seulement la mer et les courses, mais les femmes de cette élégante société aristocratique qui composaient l’essentiel de sa clientèle. Les bateaux servaient alors de résidences secondaires avec parfois vingt-cinq à trente hommes d’équipage à bord et permettaient à leurs propriétaires de recevoir de façon plus conviviale et moins protocolaire mais avec tout autant de magnificence.

 

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                 Le manoir des Mûriers construit par les Straus en 1893 

 

En 1880, Henri Greffulhe, marié à la belle Elisabeth de Caraman-Chimay - dont Proust admirait tant la beauté et l’élégance divine qu’elle lui inspirera un peu de sa princesse de Guermantes - avait fait bâtir sur le front de mer de Deauville la villa «La Garenne», où son épouse poursuivait, à la saison estivale, les activités de son salon parisien, tandis que Mme Aubernon de Nerville, puis Mme Straus, qui avaient préféré le cadre mer/campagne des hauteurs de Trouville, régnaient sur l’autre rive de la Touques.

On sait que, pour sa part, Paul Helleu a participé à créer le personnage du peintre Elstir qui compose, avec le musicien Vinteuil et l’écrivain Bergotte, le trio artistique de La Recherche. Il semble donc, que durant ces étés trouvillais, se soient mis en place, dans l’inconscient de leur auteur, quelques-uns des personnages qui animeront, bien des années plus tard, son roman :

 

«De sorte que si, avant ces visites chez Elstir, avant d’avoir vu une marine de lui où une jeune femme, en robe de barège ou de linon, dans un yacht arborant le drapeau américain, mit le double spirituel d’une robe de linon blanc et d’un drapeau dans mon imagination qui aussitôt couva un désir insatiable de voir sur-le-champ des robes de linon blanc et des drapeaux près de la mer, comme si cela n’était jamais arrivé jusque-là, je m’étais toujours efforcé, devant la mer, d’expulser du champ de ma vision, aussi bien que les baigneurs du premier plan, les yachts aux voiles trop blanches comme un costume de plage, tout ce qui m’empêchait de me persuader que je contemplais le flot immémorial qui déroulait déjà sa même vie mystérieuse avant l’apparition de l’espèce humaine, et jusqu’aux jours radieux qui me semblaient revêtir de l’aspect banal de l’universel été cette côte de brume et de tempêtes, y marquer un simple temps d’arrêt, l’équivalence de ce qu’on appelle en musique une mesure pour rien » - lit-on dans  A l’ombre des jeunes filles en fleurs.

   

Ce que lui apprend le peintre où, plutôt, ce que nous apprend Proust par la voix d’Elstir, est que l’art met en lumière certaines lois et que chaque artiste est tenu de recommencer sans fin, et pour son compte, un effort individuel, afin de séparer le vrai réel du faux vrai. Et à Trouville, durant ces étés apparemment insouciants, il a pris la mesure des choses, voyant surgir, comme une flottille, les églises de Criqueboeuf ou de Hennequeville. C’est très probablement là que s’est révélé à lui l’idée que la tâche d’un écrivain est de re-dire - comme l’avait fait Homère - ce qu’il a vu et ce qu’il a senti, car ces choses contemplées, et fatalement quittées, prennent ensuite, dans notre mémoire, une importance extraordinaire, puisqu’elles nous apprennent que le temps peut renaître à tous moments, mais hors du temps. Ainsi l’artiste découvre-t-il des paysages qui fixent à jamais son goût et vers lesquels il reviendra comme cela se fait pour une œuvre picturale ou musicale. Ces paysages élus sont en quelque sorte des références sensibles et, grâce à eux et à l’évocation que l’on souhaite en faire, le goût et le style se façonnent et s’affinent. Ainsi les images recueillies en Normandie sont-elles, comme dans les toiles d’Elstir, celles de la campagne au-dessus de la mer et, plus précisément, au-dessus de Trouville. C’est du moins ce qu’il résume en quelques lignes dans un article intitulé  "Les choses normandes" publié dans le N° 12 de la revue «Le Mensuel» :

   

« Ainsi cette campagne, la plus riche de France qui, avec son abondance intarissable de fermes, de vaches, de crème, de pommiers à cidre, de gazon épais, n’invite qu’à manger et à dormir, se pare, la nuit venue, de quelque mystère et rivalise de mélancolie avec la grande plaine de la mer ».

   

Alors même que l’on retrouve de nouveau, dans un passage de Sodome et Gomorrhe, les évocations de ses séjours aux Frémonts qui servent à décrire et illustrer la résidence fictive de la Raspelière et prouvent à quel point ces visions l’ont profondément … impressionné :

 

« Et le jour où nous vînmes en automobile à la Raspelière, comme ce n’était pas lundi, M et Mme Verdurin devaient être en proie à ce besoin de voir du monde qui trouble les hommes et les femmes et donne envie de se jeter par la fenêtre au malade qu’on a enfermé loin des siens, pour une cure d’isolement. Car le nouveau domestique aux pieds plus rapides, et déjà familiarisé avec ces expressions, nous ayant répondu que si madame n’était pas sortie, elle devait être «  à la vue de Douville », qu’il allait aller voir, il revint aussitôt nous dire que celle-ci allait nous recevoir. Nous la trouvâmes un peu décoiffée, car elle arrivait du jardin, de la basse-cour et du potager, où elle était allée donner à manger à ses paons et à ses poules, chercher des œufs, cueillir des fruits et des fleurs pour faire son chemin de table, chemin qui rappelait en petit celui du parc, mais sur la table, à laquelle il donnait cette distinction de ne pas lui faire supporter que des choses utiles et bonnes à manger ; car, autour de ces autres présents du jardin qui étaient des poires, les œufs battus à la neige, montaient comme de hautes tiges de vipérines, d’œillets, de roses et de coréopsis entre lesquels on voyait, comme entre des pieux indicateurs et fleuris, se déplacer, par le vitrage de la fenêtre, les bateaux du large ».

                                                                                           

La vue sur la mer depuis le chemin des Creuniers.

La vue sur la mer depuis le chemin des Creuniers.

Le jolie Mary Finaly aux Frémonts.

Le jolie Mary Finaly aux Frémonts.

Madame Straus et Marcel Proust au manoir de la Cour-Brûlée.

Madame Straus et Marcel Proust au manoir de la Cour-Brûlée.

L’été suivant, Marcel séjourne de nouveau à Trouville à l’hôtel des Roches-Noires, non point seul mais en compagnie de sa mère. Cet hôtel était alors une sorte de palace international qui recevait de riches clients anglais et américains - dont certains débarquaient directement du Havre grâce à la longue digue-promenade qui avançait de 600 m dans la mer et sera détruite lors de la guerre de 39/45 - dans son bâtiment principal et son annexe  "les roches normandes". 

 

Cet hôtel cherchait à concurrencer les débuts prometteurs de Deauville et de son hôtel de charme  le Normandy et n’avait pas lésiné sur le confort et le luxe des installations. Madame Proust et son fils occuperont l’appartement 110 du 1er étage. Nous sommes en septembre 1893 et Geneviève Straus, qui a acheté un terrain de cinq hectares, voisin du manoir de la Cour-Brûlée qu’elle louait jusqu’alors, s’installe enfin chez elle au Clos des Mûriers. Cette femme occupe dans la vie de Marcel Proust une place très importante. Il en est amoureux à la façon dont il est amoureux des femmes. Fille du compositeur Fromental Halévy, veuve de Georges Bizet, mère de Jacques, elle a épousé en secondes noces l’avocat Emile Straus, homme riche et influant. Personnage de roman, follement narcissique et passablement neurasthénique, Geneviève tient un salon très prisé, où se rendent les Rothschild, la comtesse de Chevigné, Lucien Guitry et Réjane, la comtesse Potocka, la duchesse de Richelieu, Degas, Jules Lemaître, Paul Bourget, autant de gens à particules que d’artistes, et qu’elle anime de son intelligence acérée et de ses mots d’esprit que son mari, très fier d’elle, prend plaisir à propager à la ronde et dont on retrouvera bon nombre dans la bouche de Mme Verdurin ou de la duchesse de Guermantes. Proust la vénère et aura avec elle une correspondance suivie jusqu’à sa mort. En elle - dit-il - il retrouve tout ce qu’il peut aimer chez une femme : l’esprit, l’élégance, le charme, l’affection et l’allure maternelle et ce qu’il faut dans l’attitude et le comportement de subtile mélancolie.

 

Geneviève est donc heureuse cet été là de pouvoir tenir salon chez elle à Trouville. C’est l’architecte Le Ramey qui a été chargé de construire la demeure dans le style normand en 1893 et sur 3 étages, tandis que le jardinier-horticulteur Claude Tanton élaborera roseraies, pelouses et un jardin de fleurs à couper pour la décoration des salons et des chambres. Chacune de celles-ci a sa couleur : la mauve, la bleue, la rose et les invités, dont Charles Haas - on sait qu’il inspirera le personnage de Charles Swann - ainsi que le comte d’Haussouville et le prince d’Arenberg seront les premiers à s’émerveiller de l’aménagement et de la vue imprenable sur la mer.

Durant l’été 1894, Proust est encore une fois à Trouville et écrit des lettres enflammées à Reynaldo Hahn dont il vient de faire la connaissance chez Madeleine Lemaire dans son petit hôtel du 35 rue Monceau, et qu’il supplie de venir le rejoindre aux Roches-Noires dès que sa mère sera partie, appelée par ses devoirs de maîtresse de maison à Paris, de même qu’il rédige un texte  "La mort de Baldassare Silvande" , dont il avoue être assez fier.

«Je suis à une grande chose que je crois assez bien» - lui écrit-il.

   

Le paysage dans lequel se déroule l’histoire est celui qu’il aime par-dessus tout, la mer mauve surprise à travers les pommiers, et les sujets qu’il développe ceux déjà récurrents du baiser maternel, de la ressouvenance que cause le son lointain des cloches du village et le sentiment de culpabilité éprouvé par le héros qui n’a pas été en mesure de satisfaire les aspirations de ses parents, parce qu’il a préféré les plaisirs interdits et ceux de la vie mondaine aux exigences d’une vocation littéraire. Pour toutes ces raisons, Baldassare sera puni de mort.

En attendant de publier la nouvelle qui ouvrira Les plaisirs et les jours, Proust réitère ses appels au secours auprès de Reynaldo : « Comme maman partira bientôt, vous pourrez venir après son départ pour me consoler ». Hahn ne répondra pas à cette invitation pour des raisons qui nous sont inconnues. Si bien que Marcel n’aura plus qu’une hâte : regagner Paris à son tour. 

Durant l’hiver, leur relation va s’intensifier au point que l’été 1895 les verra réunis en Bretagne à écouter le chant de la mer et du vent et que Proust ne reviendra en Normandie qu’en 1907, soit 13 ans plus tard. En 1906, ses parents étant morts l’un et l’autre, sa santé n’ayant cessé de se détériorer, il cherche un lieu de villégiature pour se reposer loin des astreintes de la capitale. Son choix s’avère difficile malgré les bons offices et conseils de ses amis, dont sa chère Geneviève Straus qui continue à apprécier les agrément de son Clos des Mûriers dès que l’été fait son apparition. Proust envisage d’abord Trouville, qu’il aime tant, mais s’inquiète de savoir si le chalet d’Harcourt ou la tour Malakoff sont à louer ; il a même pensé acquérir un petit bateau pour longer le littoral normand, puis breton, mais renonce les uns après les autres à ces projets, épuisé par les soucis de son déménagement boulevard Haussmann. Plutôt que Trouville ou le bateau, ce sera l’hôtel des Réservoirs à Versailles où il s’empressera de tomber malade. Il décrit l’appartement où il séjourne avec humour :

« C’est un appartement genre historique, de ces endroits où le guide vous dit que c’est là que Charles IX est mort, où on jette un regard furtif en se dépêchant d’en sortir… mais quand il faut non seulement ne pas ressortir mais accomplir cette suprême acceptation, s’y coucher ! C’est à mourir ».

Cette description se retrouve au début de Swann.

 

Ce n’est donc qu’en 1907 que l’écrivain renoue avec sa chère Normandie et jette son dévolu sur Cabourg et le Grand-Hôtel qui vient d’être rénové et que l’on décrit comme un palais des mille et une nuits, disposant d’aménagements particulièrement raffinés et à la pointe du confort le plus moderne avec salles de bains privées et ascenseur. D’ailleurs la station ne commence-t-elle pas à concurrencer le prestige de Trouville ? On sait qu’il viendra à Cabourg chacun des étés suivants jusqu’en 1914 et qu’il écrira une partie de La Recherche dans la chambre qu’il occupait à l’étage supérieur pour ne pas être gêné par les voisins du dessus. Trouville, il ne s’y rendra plus qu’occasionnellement, en taxi, pour visiter Robert de Billy ou Geneviève Straus. Mais très vite leurs rendez-vous s’effectueront à mi-parcours et Trouville sera à jamais circonscrit dans sa mémoire, avant d’être transposé dans son œuvre. Néanmoins en 1917, il écrira ceci à Madame Straus, ce qui prouve à quel point le souvenir de Trouville restait prégnant :

"En dictant votre adresse, le nom de votre demeure m'émeut presque autant que le vôtre. Aucune campagne n'est perméable, poreuse, n'a un charme féminin comme la campagne normande. Et toutes les routes, où nous nous sommes promenés ensemble, en voiture et à pied sont des annexes de vous, aussi chères à mon souvenir, aussi incorporées à mon coeur. Mais plus que tout naturellement les maisons que vous avez là-bas habitées, le manoir de la Cour-Brûlée, dont le nom d'un romantisme Aubernon, fut inscrit par vous sur les cartes roses des Trois Quartiers, mais surtout celle qui fut créée par vous, par Mr Straus, que me ferment ma santé, les distances, et dont je voudrais bien pourtant une fois avant de mourir retrouver, fût-ce pour une heure, le sésame. Celui-ci (il s'agit de l'exemplaire dédicacé de "Sésame et le lys" de Ruskin traduit par Proust) plus heureux verra la pelouse inclinée, s'imprégnant du parfum des roses d'automne, et sera reçu par vos mains si belles." 

 

Armelle Barguillet Hauteloire

 

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Le manoir des Frémonts aujourd'hui
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19 octobre 2020 1 19 /10 /octobre /2020 08:46
Le ciel sous nos pas de Leïla Bahsaïn

Leïla fait partie de cette génération à cheval sur deux cultures et confrontée aux interdits de l’une et de l’autre. Dans ce texte, elle dénonce ceux qui profitent de cette situation et prouvent qu’avec un peu d’opiniâtreté, un minimum d’instruction et beaucoup de courage, il est possible de trouver sa place dans les deux sociétés.

 

 

Le ciel sous nos pas

Leïla Bahsaïn (1982 - ….)

 

 

Cette histoire, inspirée peut-être de celle de l’auteure, raconte la vie qu’une jeune fille marocaine a menée entre la Place de la Dame Libre, où elle résidait dans une ville du nord du Maroc, et la cité des Petits Nègres où, après le décès de sa mère, elle échoit  auprès de sa sœur dans la région parisienne. La vie entre la liberté que sa mère célibataire revendiquait malgré les contraintes sociales et religieuses imposées par la société marocaine, et la vie dans la discrimination qu’elle a découverte à Paris, dont elle avait longtemps rêvé et qu’elle considérait comme le « nombril du monde ».

 

L’auteure raconte sa mère, femme libre, trafiquante, éducatrice sévère, intraitable sur l’instruction et sa sœur très vite mariée avec un jeune homme de l’émigration qui l’emmène de l’autre côté de la Petite Mer. Elle était bonne fille et bonne élève mais n’était pas très obéissante, elle se permettait des libertés que la mère n’aurait jamais acceptées. La mort, de cette dernière, l’oblige à rejoindre sa sœur qui réside dans un quartier populaire. Elle découvre alors la vie dans les cités parisiennes ou de la proche banlieue, sans se laisser intimider, toujours aussi déterminée et décidée à s’en sortir grâce aux  études. Il lui faut alors conjuguer les règles du quartier, de la communauté et de la société avec ces fichus hormones que les filles doivent maîtriser mais que les hommes peuvent laisser déborder. Elle croit cependant en la liberté même si « la liberté ne se vend pas sur un rayon de supermarché non plus. La liberté se gagne et se paye à la sueur du corps ».

 

Cette histoire, en partie autobiographique, décrit une société où la politique et la religion sont étroitement mêlées sans jamais  pouvoir définir leurs territoires et compétences respectifs. D’autant plus que la société de consommation à outrance, qui sévit au Maroc comme ailleurs, perturbe encore plus les mœurs et les coutumes. Cette confusion, les expatriés et les migrants l’ont transportée dans les cités où ils ont été entassés sans autres formes d’intégration. C’est l’histoire de la débrouille, du fort contre le faible, mais aussi celle de l’intégration par l’instruction et la culture et, hélas, aussi celle de la manipulation des faibles et des incultes par les extrémistes. Triste sort des pays et des cités où « On vous sert une éducation dépouillée de toute culture, … ! On vous enfonce dans le culte de la consommation et on vous enferme dans une pensée prête à porter ».

 

Leïla rédige son texte avec verve, gouaille, humour, dérision, évoquant le langage imagé, vif, rapide des cités, les formules fulgurantes fusent à longueur de pages, mais elle les enrobe dans une belle culture littéraire, elle connait ses classiques, elle connait la langue et ses formules de style, j’ai remarqué quelques allitérations et zeugmes fort bien venus. Leïla ne fait aucune concession, elle dit ce qu’elle voit, ce qu’elle vit, ce qu’elle pense, la réalité de la situation que les émigrés connaissent aujourd’hui. Elle ne cherche pas à défendre l’un ou l’autre, elle dénonce  ce qui ne marche pas, elle réfute  les faux semblants et hypocrisies d’où qu’ils viennent. Elle n’évoque qu’une croyance, celle en l’instruction qu’elle dévoile en évoquant son investissement pour l’alphabétisation des femmes dans son pays natal. « Chaque écrivain est un poète qui livre une vérité du monde. Le mot écrit n’a rien à voir avec le mot dit. Le mot dit est volatil, il bascule vite dans la grande consommation et le fast-food ».


Denis BILLAMBOZ


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17 octobre 2020 6 17 /10 /octobre /2020 07:37
La promesse de l'aube de Romain Gary

En écrivant « La promesse de l’aube », l’écrivain Romain Gary, deux fois prix Goncourt, offre à sa mère le plus vibrant des hommages, un portrait bouleversant d’une femme hors du commun qui, dès la naissance de son unique enfant, en fît le centre de son existence, l’objet de ses ambitions, un univers à lui seul qu’elle contribuera  à bâtir afin qu’il devienne l’homme exceptionnel dont elle rêvait, le seul être auquel elle dédiait son ambition, son exaltation, sa foi :

« Quant à moi, élevé dans ce musée imaginaire de toutes les noblesses et de toutes les vertus, mais n’ayant pas le don extraordinaire de ma mère de ne voir partout que les couleurs de son propre cœur, je passai d’abord mon temps à regarder autour de moi avec stupeur et à me frotter les yeux, et ensuite, l’âge d’homme venu, à livrer à la réalité un combat homérique et désespéré, pour redresser le monde et le faire coïncider avec le rêve naïf qui habitait celle que j’aimais si tendrement. »

 

Après la Pologne où ils résidèrent quelques années, la mère et son fils vinrent habiter Nice, dans cette France à laquelle Mina vouait une sorte d’admiration enfantine et touchante, le plus beau pays du monde, selon elle, celui qui avait conservé le goût de ses valeurs. A cette époque, Mina confectionnait des chapeaux mais avait eu le tort de se faire passer pour une succursale de Paul Poiret, le grand couturier parisien, un rêve de plus qui allait lui coûter sa réputation : « Elle n’eut aucune peine à confondre ses détracteurs, mais la honte, le chagrin, l’indignation comme toujours chez elle, prirent une forme violemment agressive. »

Il est vrai que Mina n’est pas femme à se laisser abattre. Elle se remet de cette mésaventure, crée un salon de couture et, bientôt, la riche clientèle de la ville vient s’habiller chez elle. Les fruits de cette soudaine prospérité vont lui permettre d’offrir à son fils une gouvernante française, d’élégants costumes de velours et  des leçons de maintien, tant elle rêve que son enfant ait un destin hors du commun, ce dont elle ne doute pas un instant. Malheureusement, celui-ci ne parvient jusqu’alors qu’à gagner le championnat de ping-pong en 1932 …

 

Désormais, mère et fils vivent dans cette plaisante station balnéaire de la côte d’azur où Roman  Kacew poursuit ses études au lycée, tandis que Mina tente de vendre les objets précieux qu’elle a rapportés de Russie. Finalement, elle travaille pour une agence, fait du porte à porte et tente encore et toujours de gagner sa vie afin que son fils ne puisse avoir honte de sa condition. Mère courage s’il en est, elle n’a d’autre horizon que celui d’un destin exceptionnel pour Roman : « Ma mère venait s’asseoir en face de moi, le visage fatigué, les yeux traqués, me regardait longuement, avec une admiration et une fierté  sans limites, puis se levait, prenait ma tête entre ses mains, comme pour mieux voir chaque détail de mon visage, et me disait : « Tu seras ambassadeur de France, c’est ta mère qui te le dit. »

Son baccalauréat en poche, Roman Kacew s’oriente vers des études de droit et commence à rédiger des textes, à noircir des cahiers, tant sa mère se persuade qu’il sera un Tolstoï ou un Victor Hugo. Tant qu’à faire, Mina ne lésine jamais sur la qualité et surtout le prestige. « Attaqué par le réel sur tous les fronts, refoulé de toutes parts, me heurtant partout à mes limites, je pris l’habitude de me réfugier dans un monde imaginaire et à vivre à travers les personnages que j’inventais, une vie pleine de sens, de justice et de compassion. »

 

Tandis que le fils s'applique à composer un chef-d’œuvre immortel, sa mère exerce tous les métiers pour assurer le quotidien, lit les lignes de la main, change leur appartement en pension animale, assure la gérance d’un immeuble et agit comme une intermédiaire dans des ventes de terrain. Car elle ne flanche jamais. Son rêve la tient debout comme la déesse d’un imaginaire qui ne fait jamais la différence entre est et sera.

En 1933, Roman s’inscrit à la faculté de droit d’Aix-en-Provence. Ses examens passés, il est incorporé à Salon-de-Provence le 4 novembre 1938 pour y faire son service militaire avec l’espoir d'obtenir un rang convenable de sous-officier de l’armée de l’air. Hélas ! il est collé pour le simple motif qu’il est naturalisé depuis moins de dix ans et sort simple caporal.

« J’ai toujours regretté, depuis, qu’à défaut du général de Gaulle, le commandement de l’armée française ne fût pas confié à ma mère. Je crois que l’état-major de la percée de Sedan eût trouvé là à qui parler. Elle avait au plus haut point le sens de l’offensive, et ce don très rare d’inculquer son énergie et son esprit d’initiative à ceux-là mêmes qui en étaient dépourvus. »

 

A Bordeaux, où il est transféré, Kacew devient instructeur de navigation sur Potez-540 et nommé sergent. Mais la guerre est déclarée et le succès foudroyant de l’offensive allemande place soudain la France défaite sous la protection du maréchal Pétain et du général Weygand. A Bordeaux, où il se trouve alors, le jeune homme décide de rejoindre l’Angleterre et de Gaulle. Par téléphone, il annonce son départ à sa mère qui, dans un sanglot, s’écrie : «  On les aura ! »  « Ce dernier cri bête du courage humain le plus élémentaire, le plus naïf, est entré dans mon cœur et y est demeuré à tout jamais. – il est mon cœur. »

Cette guerre va être longue, difficile, des cinquante aviateurs que Kacew fréquente sur les aéroports, trois seulement assisteront à l’armistice. Heureusement, pour conserver le moral, le jeune aviateur reçoit de sa mère des lettres fréquentes qui le rassurent sur sa santé et sa vitalité alors que lui-même est atteint en 1941 s’une typhoïde compliquée d’hémorragies intestinales dont il guérit par miracle, l’armée ayant déjà organisé ses funérailles. « Ses premières lettres m’étaient parvenues peu après mon arrivée en Angleterre. Elles étaient acheminées clandestinement par la Suisse, d’où une amie de ma mère me les réexpédiait régulièrement. Aucune n’était datée. Jusqu’à mon retour à Nice, trois ans et six mois plus tard, j’ai été soutenu ainsi par un souffle et une volonté plus grande que la mienne et ce cordon ombilical communiquait à mon sang la vaillance d’un cœur trempé mieux que celui qui m’animait. »

Ainsi cette mère, se sachant atteinte d’un cancer inguérissable, a-t-elle imaginé de rédiger, à l’intention de son fils, ces deux-cent-cinquante lettres qui n’avaient d’autre but que de soutenir le moral, d’insuffler courage et confiance à son dieu vivant, alors qu’elle était morte depuis trois années déjà. En refermant ce livre de mémoire, on ne peut douter un instant que cet amour fut le feu secret qui ne cessa de nourrir et d’animer le destin flamboyant de l’écrivain Romain Gary.


Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE


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12 octobre 2020 1 12 /10 /octobre /2020 08:48
Debussy pour toujours de Zoran Belacevic

En Serbie, le français est enseigné dès l’école primaire comme une langue obligatoire. Zora Belacevic a pu ainsi acquérir une belle culture française et, comme il aime la musique et surtout Debussy, il lui a consacré cet ouvrage qui évoque surtout celle qui fut son plus grand amour.

 

                              Debussy pour toujours

                                   Zoran Belacevic

 

Gabrielle Dupont, Gaby aux yeux verts pour le demi-monde parisien, a déjà soixante-dix-huit ans, elle vit à Orbec non loin de sa maison natale de Lisieux où elle est née quelques années avant Sainte Thérèse. Il ne naît pas que des saintes à Lisieux. Gaby se souvient quand elle avait vingt-cinq ans, qu’elle était belle, jeune, dynamique, débordante d’énergie, ambitieuse, prête à tout pour réussir à Paris. Réussir selon elle, qui n’avait aucune fortune, pas plus de culture et d’instruction, consistait à s’attacher un amant fidèle et fortuné qui pouvait lui procurer le train de vie digne d’une grande dame. Une entremetteuse lui a trouvé par chance un comte peu séduisant mais suffisamment riche pour qu’elle lui soutire de quoi se montrer à son avantage dans les soirées parisiennes. Mais un jour elle faillit à sa règle fondamentale en tombant amoureuse d’un compositeur parfaitement inconnu qui vivait misérablement dans une mansarde.

 

Ce compositeur, encore inconnu, n’était autre que Claude Debussy, qui travaillait sur ses premières compositions, vivant de quelques expédients : cours de piano, copies de partition, etc… Entre les deux jeunes gens, un amour charnel se noue, ils n’ont rien en commun, elle est pratique et pragmatique, il est rêveur et intuitif. Elle l’abandonne mais, à chaque fois, revient auprès de lui vivre de nouvelles galères, de nouvelles querelles, nourrir de nouvelles rancœurs : « Cependant, même dans les périodes les plus obscures, le sexe ne les abandonne pas. Il représente leur salut, leur opium, l’aimant qui les maintient ensemble ». Malgré de nombreux sacrifices et moult efforts, Gaby ne parviendra jamais à concilier son besoin charnel de son amant avec ses besoins matériels, son envie de paraître, son goût de luxe et de confort. Lui, « Pauvre Claude, il n’aura jamais d’argent. Il vivra toute sa vie dans les nuages. Pour lui, la musique aura toujours la première place ».

 

En filigrane de cette passion tumultueuse, tapageuse, parfois violente, remplie de conflits et de réconciliations sous la couette, qui durera presque une dizaine d’années, Debussy composera une bonne partie de ses œuvres maitresses à un rythme si lent qu’il désespérait ceux qui croyaient en son génie alors qu'il croupissait dans la misère. Peut-être que la belle aux yeux verts l’a inspiré pour certaines œuvres, la mélodie du Prélude à l’après-midi d’un faune lui serait venue brusquement lors d’un déjeuner sur l’herbe avec Gaby.

 

Zoran Belacevic, dans son avant-propos, rappelle que le français est, en Serbie, une des trois langues obligatoires à l’école primaire et que, par conséquent, la culture française y est très présente, d’ailleurs de nombreux artistes comme Debussy y sont  très connus. Lui-même a eu envie d’écrire ces pages de la vie du compositeur après avoir écouté et aimé ses œuvres mais surtout après avoir découvert cette intrigue amoureuse hors du commun. Elle était forte, déterminée, têtue ;  il était plutôt bon bougre et peu rancunier ;  ils aimaient les étreintes charnelles passionnées, ils avaient tout pour écrire une histoire d’amour explosive que Zoran a bien vite saisie. L’amour charnel peut-être dévastateur quand il rencontre des forces contraires mais il n’a jamais pu porter atteinte au talent de Debussy et à la qualité de son œuvre.


Denis BILLAMBOZ


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Claude Debussy

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6 octobre 2020 2 06 /10 /octobre /2020 15:14
Pourquoi ai-je choisi la poésie ? Pour excéder le rêve ou  aggraver l'énigme ?

Au commencement était la poésie. Elle a illuminé mon enfance et, dès que j'ai su écrire, elle a été mon premier lieu d'expression, ma terre d'accueil et une évasion privilégiée pour l'enfant unique que j'étais, souvent livrée à la solitude. A 18 ans, alors que je suivais les cours de l'école du journalisme, je rédigeais Terre Promise que l'année suivante j'osais lire à mon père. Ce dernier m'encouragea à adresser le manuscrit à des éditeurs. C'est ainsi que je fis mes premiers pas dans le monde littéraire. J'avais 20 ans.

  

TERRE PROMISE      Ed. REGAIN 
 

Ce long poème a charge de rendre compte du regard qu'une adolescente pose sur le monde et la vie, d'énoncer l'interrogation qui se précise, d'exprimer le duo, quasi inséparable, de l'inquiétude et de l'enthousiasme. Comment naître à soi, comment se réapparaître dans le miroir trompeur où les apparences mènent le bal ? Apparences qui nous résument si mal que l'enfant -poète préfère jeter la sienne dans le fleuve, afin qu'elle coule avec la ville et ses bruits. Créer, n'est-ce pas d'abord se créer ? L'adolescente sait également que l'on ne peut exister sans les autres, qu'on ne se sauve pas seul. Terre Promise ne se réduit pas à une quête égocentrique du soi, mais se veut une quête de soi dans le regard de l'autre. Le qui suis-je devient alors le qui suis-je pour l'autre ? Ou mieux : puis-je être sans l'autre ?

 

" Je regarde cette rue de village
 Où erre la lueur vagabonde
 Et ce chat maudit perdu sur la chaussée
 Devenue immense,
 Sanctuaire d'ombre et d'épouvante.
 Je regarde les façades closes, lisses et immobiles,
 Et je me regarde marcher seule, toute seule,
 Mon pas inscrit des révoltes.
 J'irai au bout de la rue
 Et je serai au bois obscur,
 Là où prophétisent des dieux de mousse
.

 Je me réfugierai dans l'insouciance
 Et les cloches des villages
 Blasphémeront horriblement.
 La musique de foire fait pleurer
 Et les hommes, dans la plaine, marchent
 Comme des géants.
 C'est l'heure des tavernes magiques
 Et des prières basses
 Et c'est le grand soir de la fin du monde.
 Les routes ont mêlé leurs origines
Et l'horizon a confondu les éléments.
Je me suis assise sur un banc
Derrière Notre-Dame
Et je regarde passer la Seine.
Je me souviens alors de t'avoir rencontré.
Je suis de celle pour qui le soir est un retour."

 

Ce poème a été entièrement repris dans  PROFIL DE LA NUIT  ( voir plus bas comment se le procurer )


 

INCANDESCENCE       Ed. St GERMAIN- des-PRES  (1983 )   

                                          

Ce recueil cherche à replacer l'homme dans sa dimension spirituelle.
Confronté à la guerre, à l'usure du temps, il est gagné par le sentiment de l'irrémédiable. Ces poèmes sont empreints d'une grande mélancolie. Ce, d'autant plus, que le silence de Dieu  ajoute encore au doute qui étreint le poète. Jusqu'à ce que la parole humaine, retrouvée neuve au fond de l'irrémédiable, s'identifie, sans  se confondre, avec la parole divine. Un espoir vague est alors proposé aux hommes que nous sommes, secoués dans les tempêtes et les ténèbres de l'Histoire.  Car, au-delà ou en-deçà de la Parole retrouvée demeure la Source de la Parole et, de façon ultime, la source de toute parole divine et humaine.

 

O terre, il était écrit dans le livre sacré
à la page où se lèvent les aurores
que tu serais pour le promeneur attardé
un havre de repos et de paix
un lieu privilégié, un jardin
où les fleurs par grappes s'épandent
Où agenouillés dans l'intensité de nos prières
nous accordons nos coeurs et nos pensées.


O terre que ravinent fleuves et affluents,
cluses profondes et rides altières à ton front,
Tu fermentes les germes de tes phantasmes
et tes marnes te font l'haleine mauvaise.
Tu as l'âge de tes fièvres et de tes cancers.


Homme, ô homme, sauve-toi de ton humanité.
C
e vêtement étroit te rend le coeur amer.
La terre te fut donnée comme un poste avancé
aux confins des déserts, au centre le plus au centre
du cosmos ramassé sur cette seule pierre.
Ton esprit sur les flots se devait de souffler
et les villes naissaient comme autant de sanctuaires.
Des prières savantes aux lèvres pharisiennes
se brodaient d'adjectifs et de superlatifs.
Les pauvres se taisaient.


Peuple, il n'est plus de larmes pour pouvoir te pleurer,
il n'est plus de révolte pour vouloir te venger.
Les semailles formeront de grandes gerbes d'or,
les épis moissonnés feront vide le champ
et le grand chant du monde ne sera pas chanté...

 

  

LE CHANT de MALABATA                                                                 

Ed. Guy CHAMBELLAND / LE PONT de l'EPEE  ( 1986 )
    Couronné par L'ACADEMIE FRANCAISE en 1987
Réédité par LES CAHIERS BLEUS en 2001
Interprété au château du BARRY à LOUVECIENNES en
Mai 1987.

 

Au commencement, rejeté par la vague océane, Malabata, l'Adam éternel, gît, vassal de la terre et de la nuit. Seul. Des ténèbres qui embrument son âme, il cherche à percer le mystère. Il appelle et croit entendre :  Un pas léger, un glissement sur le sable / Quel coeur m'appelle, quel coeur semblable ?  Quel homme n'est pas en attente d'un ailleurs idéal, qui ne soit pas seulement un rêve ou qui ne déçoive pas son rêve le plus ardent ? Or voici que  dans l'aurore radieuse et  l'envol blanc des mouettes belliqueuses - une femme s'avance. Elle se nomme Géha. L'homme la découvre, la contemple. L'amour comme un parfum s'épand ou plutôt comme une haute vague s'élance. Et Géha,  femme aux rives immortelles, l'accueille. L'amour éclate dans toute sa plénitude et le secret de la chambre nuptiale. Mais, déjà, la nouvelle Eve a compris que cette offrande ne suffirait pas à combler leurs âmes exigeantes. La lumière s'attise à de plus hauts flambeaux...Ensemble nous dépasse(rons ) nos visions éphémères. Car Géha n'est pas seulement l'épouse de Malabata, elle est aussi la Femme éternelle, voulue par Dieu pour accomplir la promesse de l'amour ... à la fin des Temps. L'homme ne le comprend pas. Il s'afflige et se révolte de cet  amer exil  qui le mutile dans sa chair, avant que ne viennent l'apaisement et la célébration de la beauté.  Cet embrasement, surgi du tréfond de lui-même, va lui ouvrir les yeux sur  l'aurore nouvelle et la finalité d'un amour qui dépasse de beaucoup la finitude de la condition humaine.

 

Je t'ai couchée ce soir dans ma mémoire
et ton sommeil oscille, douce lumière qui veille.
Tes paupières ont enclos l'infini sous leurs ailes,
je me délecte à la seule vue de ta beauté.
Sur la vie tu règnes, plus faste qu'un été,
irradiant de fraîcheur une terre assoiffée.
Songeuse, tourne un peu ton visage.
Mais tu dors ? Oui, repose, qu'à tes pieds
je puisse, sans te faire de tort,                                            
déposer mes présents de pure gratuité.
 
Je ne connais plus la couleur de tes yeux,

ouvre-les un instant, un instant pour nous seuls,
que je m'y perde un peu et que je me souvienne.
Ton regard, rends-le moi, l'éternité y coule
lentement ses eaux bleues.
Pour un pacte d'amour qui n'a plus de durée,
je romps le cercle de servitude
où notre histoire s'enlise et où l'ingratitude                     
cueille les fleurs pauvres de l'infidélité.
Vers quelle source obscure en moi-même supposée,
remonterai-je en vain ?
Quelque chose se déchire, se brise à tout jamais,
une écluse relève ses vannes de tristesse
et libère mon être de sa charge de doute et de perplexité.
  

 

       Chant de Malabata - Stance III 

  

Ce poème a fait l'objet d'une lecture radiophonique et d'un spectacle au château du Barry de Louveciennes en 1986.

 

 LE CHANT DE MALABATA a été entièrement repris dans PROFIL de la NUIT.

 

 

CANTATE POUR UN MONDE DEFUNT

 

Editions des Cahiers Bleus / Librairie Bleue 1991

 

Poème lyrique, il raconte l'épopée des hommes en quête de destin. La terre, qu'ils ont aimée et cependant réduite à n'être qu'une hôtesse servile, retrouve - grâce à la parole innovante du poète - sa virginité native et redevient le lieu de toutes les mémoires, de toutes les promesses. Si bien qu'à bord de cette terre, soudainement détachée du Vieux Continent, s'effectue le passage salvateur entre l'ancien et le nouveau monde.

  

Vint le poète,
celui qui habitait sur l'autre rive,
le colporteur de mots, le convoyeur de songes.
Il connaissait les mystères du langage,
les messages des vents,
des eaux la pente au dur partage.
Il ouvrait une faille à la mémoire,
sondait l'invisible et les âmes.
Il arguait sur le devoir,
sur la souffrance et sur le mal.
Cet homme parlait de ce qu'il savait,
des vendanges, des moissons et des semailles.

Il venait de l'autre rive,
celle minérale et réflectante et aveuglante du désert.
Il y avait marché longtemps
dans les oscillations des dunes et des nuages,
le poudroiement de l'or et des étoiles,
à l'écoute de l'ample choeur symphonique
des orgues de basalte et de grès.
L'écho du vent tissait ses vocables
dans ce décor rendu à son épure d'éternité.
Il avait connu aussi la marche lente des caravanes
et les ergs
et la méditation grave de l'espace.

Il parlait une langue
qu'aucun des hommes présents
ne se souvenait avoir entendue, nulle part.
Ni dans les colloques des princes,
ni dans les grands amphithéâtres,
ni même dans les conclaves...
Peut-être en avaient-ils saisi des bribes
dans le murmure plaintif des galets.
Et cet homme avouait :

je suis venu assumer l'inexprimable. 

( ... ) 

Je vous prends tous à témoins,
amis et frères, entendez-moi !
Ne vous est-il jamais arrivé, un soir,
en remontant dans les vibrations de l'herbe
et le chant mélodique des cigales,
de l'avoir contemplée dans la jubilation du pampre,
la blancheur des amandaies,
elle, la bien-aimée des hommes,
elle, la belle épouse féconde,
terre qui n'était point de jachère
mais terre à blé, terre d'amarante,
façonnée dans l'argile simple du rêve
et qui se présentait à vous dans le rythme des combes,
le vallonnement des courbes pleines,
les hauts plateaux qui lui faisaient l'épaule ronde,
l'allure altière et sa tête rejetée dans les nuées.
Fiancée de l'universel, l'âpre désir à cette approche,
ce renouement aux flancs qu'enfièvre le temps seul.


 ( ... )

Passé le dernier amer, le dernier cap,
la salutation des astres,
ils allaient selon l'allure du vent,
à son amble,
portés par les bras de la terre en croix,
portés par la lame intarissable de l'histoire.

 

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5 octobre 2020 1 05 /10 /octobre /2020 09:20
La république du bonheur de Ito Ogawa

Celles et ceux qui ont lu « La papeterie Tsubaki » auront le grand plaisir de suivre les pérégrinations d’Hatoko et de celles et ceux qui l’accompagnent dans ces nouvelles aventures que narre Ito Ogawa. Les autres les découvriront avec tout autant de plaisir et avec, en plus, l’envie de lire l’ouvrage précédent.

 

 

La république du bonheur

Ito Ogawa (1973 - ….)

 

 

Hatoko, Poppo pour ses amis, a repris, comme nous le savons depuis le précédent ouvrage, les activités de la librairie Tsubaki, notamment celle d’écrivain public. Dans ce nouvel opus, elle raconte sa nouvelle vie. Elle a épousé Mitsurô, le tenancier du café et père de Haru, une fillette de sept ans qui a été admise à l’école le jour où les deux amis se sont mariés. Elle veut avec son mari fonder une vraie famille, elle a bien adopté la fillette qui en retour l’aime beaucoup mais la nouvelle famille n’est pas encore réunie, les époux vivent dans les locaux attenant à leur commerce respectif, ne partageant le logis que lors des week-ends. Mais Hatoko a une idée, un local commercial proche de sa papeterie pourrait être transformé en café et Mitsurô pourrait partager son logement. La famille est une valeur fondamentale, développée dans ce texte au point que l’héroïne n’envisage une nouvelle grossesse que lorsqu’elle sera considérée comme la mère d’Haru, et que sa mère physiologique, hélas disparue, fera partie intégrante de la famille. La famille recomposée est possible mais il faut qu’elle intègre tous les membres dans la même affection.

 

Toute la détermination et la tendresse qu’elle consacre à la construction d’une vraie famille japonaise fidèle à la tradition, elle les transcrit aussi dans les courriers qu’elle rédige pour le compte d’autrui. L’activité d’écrivain public est celle qu’elle préfère et celle qui lui apporte les plus belles satisfactions même si, parfois, elle doit faire face à des situations cocasses, compliquées et même plutôt incongrues. La préparation de ces missives lui donne l’occasion de pénétrer au plus profond de l’âme des commanditaires et, ainsi, de mieux comprendre les gens et leur manière de se comporter en couple ou en groupe.

 

Ce nouvel ouvrage est une autre leçon d’écriture. A travers son écrivain public, Ito Ogawa rappelle combien le choix des mots, la façon de les assembler, le ton de la phrase, la mise en forme du texte et même le choix de l’encre et du papier sont importants pour que  le livre ne soit pas seulement un assemblage de mots mais un véritable message transportant aussi des sentiments, des émotions et même, en certaines circonstances, de la contrariété, mais jamais de la colère ou de la rancune. Ito Ogawa décrit une société où les citoyens se comportent sagement, sans rancœur, seulement avec  une bouffée d’amertume ou d’aigreur. Pour elle le monde est harmonie, chacun doit être à sa place et respecter les autres. Ses personnages vivent aussi en harmonie avec le temps qui passe, sans courir après les honneurs, la fortune et le prestige.

 

Elle accepte la nouveauté, les innovations, mais dans le sens où ils contribuent à améliorer la vie. Elle tient surtout à conserver les traditions qui ont fait leurs preuves et sont toujours garantes d’une vie stable, sereine et paisible. « Parce que la vie, ce n’est pas une question de longueur, mais de qualité. Il ne s’agit pas de comparer avec le voisin pour savoir si on est heureux ou malheureux, mais d’avoir conscience de son propre bonheur ».


Denis BILLAMBOZ


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3 octobre 2020 6 03 /10 /octobre /2020 07:33
L'ombre d'une vie de Jirô Asada

L’histoire d’un Japonais victime d’un AVC qui reste dans le coma en percevant tout ce qui se passe autour de lui sans pouvoir le faire savoir à ceux qui l’entourent. Une histoire émouvante et une expérience qui emmène le héros dans des souvenirs oubliés ou méconnus. Jeune employé, j’ai connu un collègue plus âgé victime d’un accident cardiovasculaire resté plusieurs jours dans le coma sans pouvoir faire comprendre à son entourage qu’il entendait tout ce qui se disait autour de lui. Masakazu Takewaki connait cette même mésaventure quand il est lui aussi victime d’un AVC dans le métro de Tokyo en rentrant chez lui après le pot organisé par ses collègues pour son départ à la retraite. A l’hôpital, il entend la voix du Directeur Général, un ancien voisin et ami,  celle de son gendre et de son employeur meilleur ami de Masakazu  et aussi celle de sa femme qui le supplie de ne pas partir maintenant. Ses proches racontent leur vie, sa vie, les morceaux qu’ils ont partagés ensemble, évoquent ce que les autres ne savent pas et ce qu’eux-mêmes n’ont jamais su mais seulement supposé. Ces monologues et les réponses que le moribond adresse aux lecteurs, en italique dans le texte, sont l’occasion d’évoquer l’autre face de la vie, la face dégagée de toutes les obligations professionnelles, de montrer la puissance de l’emprise du monde du travail sur les citoyens japonais.

 

Et, un jour, il se réveille en présence d’une élégante vieille dame qui dit s’appeler Madame Neige. Bien qu’il ne connaisse  pas cette étrange grand-mère, elle l’invite à boire un café hors de l’hôpital. Il sort alors de son corps moribond pour l’accompagner. Cette aventure se renouvelle avec une belle femme au bord de la mer, puis avec Katchan, son voisin de lit, avec lequel il va au bain comme autrefois, et enfin avec la jeune et superbe Fuzuki Koga. La femme qui l’accompagne est de plus en plus jeune, comme s’il remontait le temps, comme s’il retournait vers ses origines inconnues. L’auteur fait alors dire à son héros :  ces personnages ont été « créés afin que mon histoire soit plus empreinte de naturel que dans la réalité virtuelle. Je parierais que telle est la véritable nature des « anges » et des « fées », ces entités à l’ambiguïté autant religieuse qu’ésotérique ». Comme si l’auteur lui-même était convaincu qu’il existe un autre monde où les morts existent et attendent ceux qu’ils ont connus et aimés. 

 

Asada conduit son récit avec maestria, évoquant dans le présent ceux qui racontent l’histoire complexe de cet employé parti de rien, qui a masqué ses origines pour ne pas entacher son curriculum vitae et ne pas prendre le risque d’être rejeté pour ses origines nébuleuses. Ceux aussi qui racontent comment il a fondé une famille solide et soudée, surmontant son éducation dans un orphelinat, épousant une fille de divorcés, sauvant l’honneur de tous par son courage, sa détermination, son obstination, cachant qu’il ne sait rien de ses géniteurs. Dans le Japon d’Asada, il faut avoir une famille bien nette, bien propre, honorable pour accéder à une bonne situation professionnelle et ainsi donner les meilleures chances à sa famille. La boucle qu’il faut sans cesse reboucler. « Je suis l’homme de la famille et c’est moi le responsable. Il est vraisemblable que notre génération sera la dernière à invoquer des principes aussi désuets. Il se peut que je sois le seul, qui sait ? Pourtant, je m’obstine à croire en ce schéma de paternité hérité du passé… »

 

Et, c’est dans l’autre monde qu’il rencontre les personnages qui vont l’accompagner sur le chemin de son enfance pour, peut-être, mieux comprendre ses origines. Un autre monde où le héros se déplace souvent en métro, le réseau vital qui irrigue cet autre monde et lui permet de se déplacer aussi bien dans l’espace que dans le temps. L’aspect fantastique de ce récit est peut-être le plus concret, le plus réel, celui qui évoque des réalités même s’il s’agit de réalités virtuelles comme le souligne l’auteur.

 

L’ombre d’une vie  est un véritable plaidoyer pour la famille que les aléas de la guerre, qui fabrique des orphelins en quantité, l’insouciance des parents qui divorcent sans se préoccuper du sort des enfants ne peuvent contester. La famille restera toujours le cocon où chacun peut se ressourcer et où tous peuvent afficher leur honneur si précieux dans la société japonaise. C’est un portrait de cette société qui n’a pas oublié son passé, un portrait où j’ai retrouvé des traits de plume de Kawabata, de Oé, d’Inoué, de Kafu et de nombreux autres auteurs japonais, auteurs  que j’ai eu la chance de croiser dans ma vie de lecteur insatiable. C’est aussi un puissant message adressé aux  jeunes générations  pour que jamais elles n’abdiquent même devant les pires difficultés, à l’image du jeune homme qu’il était : « Grâce à toi, j’ai pu racheter entièrement mon triste passé et il me reste même encore de la monnaie ».

 

Ce livre c’est aussi un roman d’amour plein de tendresse, d’émotion et de spiritualité. La scène de nativité dans le métro est merveilleuse et bouleversante, elle transcende la tradition en faisant intervenir des GI sous l’apparence  de rois mages qui chantent en anglais la fameuse chanson de Noël, « Silent night, holy night, » qu’on entonne  partout dans le monde à l’occasion de cette fête, donnant ainsi une dimension universelle et biblique à ce texte.


Denis BILLAMBOZ


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Jirô Asada

Jirô Asada

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2 octobre 2020 5 02 /10 /octobre /2020 09:18
Le sommeil de Marcel Proust de Dominique Mabin

 

 

Chacun sait que Proust était un insomniaque notoire et que le caractère morcelé de son sommeil contribua à détruire sa santé et à faire de lui un homme alité et souffrant. Les principales causes de ce sommeil difficile ont été l'asthme dont il fut affligé dès son enfance et l'angoisse qu'engendraient les crises, puis sa vie mondaine durant ses jeunes années où il prit la mauvaise habitude de se coucher le matin plutôt que le soir, enfin son sommeil fut presque totalement détérioré par les somnifères, le café et les drogues dont il usera et abusera après la mort de sa mère. Ce cycle infernal ne cessera plus de s'intensifier bien que Marcel ait, à maintes reprises, consulté des médecins pour tenter de retrouver des horaires de sommeil plus normaux ; les rechutes seront constantes et les prises de barbituriques de plus en plus fortes, entraînant une impossibilité à installer un repos normal et réparateur. C'est ce sujet que le docteur Dominique Mabin a choisi de traiter, inventoriant, avec la compétence du médecin qu'il est, le rude combat que Proust livrera, la plus grande partie de son existence au sommeil.

 

 

Il est 9 heures du matin, je n'ai pas dormi depuis plus de cinquante heures" - écrit-il un jour à Reynaldo Hahn.

 

 

On se souvient des visites qu'il lui arrivait de faire tardivement à certains de ses amis comme Paul Morand, qu'il sortit du lit une nuit, pour lui demander un détail sur l’une des toilettes de son épouse, la princesse Soutzo. Durant sa jeunesse, il dormait par bribes de trois ou quatre heures d'un sommeil qui pouvait être satisfaisant. Par la suite, il s'habitua aux somnifères en toxicomane qu'il devenait. Dès l'âge de 25 ans, il prit du trional, ensuite ce sera du véronal à haute dose, 3 grammes par jour qu'il associait au café. "Funeste caféine" - se plaignait-t-il, caféine qu’il absorbait pour deux raisons : la principale étant pour soulager ses bronches. Il lui arrivait d’en boire jusqu’à 17 tasses par 24 heures, ce qui ne faisait qu'intensifier les malaises. Ses amis connaissaient ses abus et Proust, lui-même, était conscient de son déséquilibre psychique profond, de ses angoisses permanentes liées à ses crises d'asthme qui pouvaient le faire haleter 48 heures durant. Aussi redoutait-il les refroidissements et était-il toujours exagérément couvert, non seulement de sa célèbre pelisse mais de chandails superposés et, dans sa chambre, qui n'était pas chauffée par crainte des émanations, entouré de bouillottes et surchargé d'édredons.

 

 

Plus tard,  Proust ajoutera, aux somnifères et au café, l'opium qui achèvera de léser son sommeil profond, sans oublier le sirop d'éther qu’il lui arrivait de prendre, bien qu’il en connût les conséquences graves. Il vivra les dernières années de sa vie reclus : " Je vis couché et ne mange pas, mais de temps en temps je me lève pour qu'on fasse ma chambre, et alors je vais dîner soi-disant au Ritz, parce qu'ayant des troubles de la parole il m'est très pénible de dîner chez des amis". Effectivement, les narcotiques affectaient son comportement, et parfois son travail intellectuel qu'il poursuivit néanmoins sans relâche, y épuisant ses dernières forces. Marcel Proust vit désormais dans une dépendance médicamenteuse qui contribue à l'anéantir et le prive de tout sommeil profond et réparateur. Les rêves eux aussi ont disparu, d'ailleurs Proust en parle peu en ce qui le concerne dans sa correspondance, mais en parle beaucoup dans son oeuvre. Ainsi, chez Bergotte, l’écrivain de La Recherche, les cauchemars sont constants, Proust ayant attribué à son personnage les mêmes insomnies et cauchemars que lui. D'autre part, Bergotte souffre d'hallucinations au moment de l'endormissement. Elles peuvent être intenses et non moins fréquentes. " Dans quels gouffres inexplorés le maître tout puissant nous conduira-t-il ? " - soupire-t-il.

 

 

D'ailleurs les cauchemars et hallucinations de Bergotte varient selon le narcotique absorbé, précise Proust. Ainsi, il y a le sommeil de l'opium, souligne le narrateur, de la valériane, de la belladone, tous différents. En provoquant le sommeil de façon artificielle, on obtient des phénomènes divers comme les fleurs que cultive le jardinier. Le sirop d'éther suscite une imagerie abondante, une désorientation momentanée, alors que l'opium occasionne une euphorie passagère. Proust a donc amalgamé des sensations et d'étranges visions qui se sont télescopées et peuvent être comparées à un voyage dans l'univers particulier des narcotiques.

 

 

C'est ainsi, poursuit Dominique Mabin, que le narrateur de La Recherche, dans le récit de la mort de Bergotte, fait allusion à différents événements liés au sommeil que nous connaissons bien aujourd’hui. Ses rapports avec l'insomnie ont révélé une analyse psychologique très aiguë, car fils et frère de médecin, il était au courant de l'action des médicaments sur le métabolisme. Mais c'est incontestablement grâce à sa correspondance que nous avons pu progresser dans la connaissance de sa maladie, celle d'un grand invalide respiratoire et sans doute cardiaque, insomniaque et poly-intoxiqué, alors que la plupart du temps l'histoire ne retient que sa seule maladie asthmatique. Son état général désastreux explique qu'il soit mort à 51 ans.

 

 

Le thème du sommeil devait accompagner Proust jusque dans les ultimes semaines de son existence. Dominique Mabin nous rappelle que les deux derniers textes publiés de son vivant et intitulés "La regarder dormir" et "Mes réveils" paraissent dans le numéro de la Nouvelle Revue française daté du 1er novembre 1922, dix-sept jours avant sa disparition. Il s'agit de deux fragments tirés de "La Prisonnière" qu'il corrige à ce moment-là, y apportant d'ailleurs des remaniements et des digressions étonnants. Symboliquement, l'oeuvre romanesque de Proust s'ouvre sur une évocation de sommeil : "Longtemps, je me suis couché de bonne heure" - et  cette évocation se retrouve dans ses derniers écrits ; ainsi dans le cercle créateur du sommeil, l'écrivain enferme-t-il la forme circulaire et infinie de son livre. Si bien que le lecteur peut faire sienne son affirmation première : " Un homme qui dort, tient en cercle autour de lui le fil des heures, l'ordre des années et des mondes ".

 
 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE  

 

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2 octobre 2020 5 02 /10 /octobre /2020 09:17

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LE VENT, NON DANS LES VOILES MAIS SUR LES TOILES

 

ENTRETIEN A BÂTONS ROMPUS AVEC LA PIANISTE ET COMPOSITRICE JULIA RIABOVA

 

SURCOUF, LE TIGRE DES MERS de DOMINIQUE LE BRUN

 

REVER, OSER, SE DEPASSER de JUSTINE HUTTEAU

 

LE GOÛT DE LIRE

 

JACQUES-EMILE BLANCHE, PEINTRE ET CRITIQUE D'ART

 

LA CRETE ENTRE REALITE ET LEGENDE

 

LUC FERRY EN QUÊTE D'UN NOUVEL HUMANISME

 

MA LETTTRE AU PERE NOËL - 2021 -

 

POMPEI OU L'APOCALYPSE SELON PLINE LE JEUNE

 

LA RIVIERE DES FILLES ET DES MERES d'EDMEE DE XHAVEE

 

HAÏTI, UN DESTIN SINGULIER

 

MA LETTRE AU PERE NOËL (2020)

 

LA LEGENDE DU ROI ARTHUR ET LA FORÊT DE BROCELIANDE

 

MON GRAND-PERE CHARLES CAILLE OU L'ART DES JARDINS

 

LA GUERRE DE VENDEE


POUR LE MEILLEUR ET POUR LE PIRE - LA VIE TUMULTUEUSE D'ANNA GOULD ET BONI DE CASTELLANE de LAURE HILLERIN


LA COMTESSE GREFFULHE de LAURE HILLERIN

 

UN AUTOMNE SUR LA COLLINE


UN PRINTEMPS SUR LA COLLINE

 

ELOGE DU SOUVENIR

 

CHERS DISPARUS

 

LUMIERE D'AUTOMNE

 

TOFFEE SUIVI DE LA PREFERIDA de EDMEE DE XHAVEE

 

LA PETITE DANSEUSE DE QUATORZE ANS de CAMILLE LAURENS

 

HUMEUR DE JUIN

 

PÂQUES AU SON DES CLOCHES DE NOTRE-DAME - QUAND RE-SONNERONT-ELLES ?

 

LA CATHEDRALE DANS L'IMAGINAIRE DES HOMMES

 

PHILIPPE VASSEUR OU LE PEINTRE FACE A SA PROPRE ENIGME

 

L'UNIVERS FLORAL de VERONIQUE DESJONQUERES

 

GEORGES BERNANOS, INCROYABLE VISIONNAIRE DE NOTRE TEMPS

 

LES CHATS DE HASARD d'ANNY DUPEREY

 

LA FIN DE L'HOMME ROUGE de SVETLANA  ALEXIEVITCH

 

L'AME DESARMEE de ALLAN BLOOM

 

MA LETTRE AU PERE NOEL 2018

 

LA GUERRE N'A PAS UN VISAGE DE FEMME de SVETLANA ALEXIEVITCH

 

LE RETOUR AUX SOURCES OU L'ART DE S'EMERVEILLER

 

UN ETE AVEC HOMERE de SYLVAIN TESSON
 


SILENCIEUX TUMULTES de EDMEE DE XHAVEE

 

L'AUBERGE DE LA MERE TOUTAIN, LE BARBIZON NORMAND

 

DESJONQUERES ET BOISSOUDY OU L'HUMAIN REHABILITE

 

ELOGE DES PETITES CHOSES

 

TROUVILLE ET LES PEINTRES

 

MARCEL PROUST, RUSKIN ET LA CATHEDRALE d'AMIENS de JEROME BASTIANELLI

 

LES LUMIERES DE SAINT AUGUSTIN d'ISABELLE PRETRE

 

RETOUR A LA PLAGE

 

THOMAS PESQUET, NOTRE PETIT PRINCE EST DE RETOUR

 

UNE JEUNE PEINTRE NOUS RACONTE HONG KONG

 

DICTIONNAIRE AMOUREUX de SAINT-PETERSBOURG de VLADIMIR FEDOROVSKI

 

JOYEUSES PAQUES

 

VERMEER OU L'ENIGME INTERIEURE

 

SUR LES CHEMINS NOIRS de SYLVAIN TESSON

 

LE MYSTERE DE LA JOCONDE EN PARTIE DEVOILE

 

MA  LETTRE AU PERE NOEL 2016

 

JOURNAL D'UNE VERVIETOISE DES BOULEVARDS d'EDMEE DE XHAVEE

 

LA GALERIE DES CARROSSES DE VERSAILLES

 

ONZE LECONS DE PHILOSOPHIE POUR REUSSIR SA VIE d'ISABELLE PRETRE

 

VERONIQUE DESJONQUERES OU LE VISAGE RETROUVE


BERTHE MORISOT, LA FEMME EN NOIR de DOMINIQUE BONA

 

EUGENE BOUDIN, LE MAGICIEN DE LA LUMIERE

 

CLAUDE MONET EN NORMANDIE

 

CETTE NUIT LA MER EST NOIRE de FLORENCE ARTHAUD

 

BARONNE BLIXEN de DOMINIQUE DE SAINT PERN

 

LES PAQUES DE MON ENFANCE AU RONDONNEAU

 

L'OISEAU DANS LA LITTERATURE

 

L'OISEAU DANS LE FOLKLORE FRANCAIS

 

QUI ETAIT LA DUCHESSE DE MORNY ?

 

L'HIVER DES POETES

 

LA GALETTE DES ROIS - SON HISTOIRE

 

NOS TABLES GOURMANDES - HISTOIRE  DE NOS REVEILLONS

 

NOEL, L'HISTORIQUE D'UNE TRADITION

 

TANZANIE/KENYA, PAYS MASSAI

 

MA LETTRE AU PERE NOEL ( 2015 )

 

LA MODE RETROUVEE - LES TOILETTES DE LA COMTESSE GREFFULHE

 

MADAME VIGEE-LEBRUN 

 

CHARLES MOZIN, LE PEINTRE DE TROUVILLE

 

L'ETE INDIEN

 

JARDINS DE PAPIER de EVELYNE BLOCH-DANO

 

LA VOLUPTE DES NEIGES de VLADIMIR FEDOROVSKI

 

AU FIL DES JOURS ET DE LA PLUME

 

L'AIR DU TEMPS OU LA RONDE DES PARFUMS

 

CATHEDRALE DE STRASBOURG - LE MILLENAIRE

 

LES DERNIERS MONDAINS de CAMILLE PASCAL

 

NOS GRANDS-MERES

 

ELOGE DE L'HIVER

 

Au bonheur des lettres de Shaun Usher

 

La Comtesse Greffulhe de Laure Hillerin

 

Beautiful because of your heart de Véronique Desjonquères

 

Nicolas de Stael - Lumière du nord, lumière du sud

 

L'animal est une personne de Franz-Olivier Giesbert

 

La Callas, légendaire et tragique

 

DEAUVILLE : l'hippodrome de la Touques

 

DEAUVILLE, à l'heure du Polo

 

DEAUVILLE, cité de la voile et du cheval

 

La duchesse de Berry, une redoutable amazone 

 

La Normandie à l'heure du souvenir

  

Le pays d'où l'on vient

 

La dame à l'hermine de Léonard de Vinci

 

Jeanne Toussaint, l'impératrice de la joaillerie française
 


  Eloge du printemps       

 

Saint-Maur, peintre nomade

 

Ma lettre au Père Noël ( 2013 )

 

Une fin d'automne

 

Stanley Rose ou l'empire du réel

 

Félix Vallotton, l'incompris

 

Georges Braque 

 

Retour au coeur de la matière

 

L'Atlantide et le mythe atlante 

 

Eugène Boudin et les plages normandes

 

Michel Ciry ou la reconquête spirituelle 

 

Il était une fois la voie lactée

 

Il était une fois l'atome - Hommage à Jean Marcoux

 

John Ruskin ou le culte de la beauté

 

VOIX

 

Eloge de la France       

 

Ma lettre au Père NOEL       

 

William Turner ou l'éclat insolite de la lumière

 

Frédérick Chopin, une vie vécue comme un impromptu

 

Les quatre saisons - fable

 

La cité du bonheur  

 

Lettre au petit Prince

  

La princesse retrouvée de Léonard de Vinci  

 

Mstislav Rostropovitch

            

Gabrielle Chanel ou l'indémodable élégance

 

Souvenir de Tivoli

 

Visages de mer *

 

Douze mythes qui ont fondé l'Europe de Michel BLAIN
 


La passion des livres   
    


Mozart à l'heure du requiem  
   

             
Sacha Guitry, l'indémodable     

 

La Russie, de la Volga à la Neva    

 

La Crète minoenne ou l'histoire revisitée par la légende

     

 Le carnaval de Venise

       

 

atome 1218207555 arthur 18404970 turner-peinture-2-499x374 1224252585 pee342 1261859806 la meditation du philosophe rembrandt wince

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30 septembre 2020 3 30 /09 /septembre /2020 09:18
Nairobi, le mont Kenya, pays des Kikuyus

En langue Maâ, Nairobi signifie " le commencement de toute beauté, la source de toute fraîcheur". Par elle-même la ville n'a pas grand intérêt. Si on l'apprécie, c'est surtout pour ses jardins que les Anglaises - probablement parce qu'elles s'ennuyaient en l'absence de leurs époux requis par leurs affaires et la chasse - ont su cultiver autour de leurs demeures. Si bien que la verdure a pénétré jusqu'au coeur des quartiers administratifs et qu'une débauche d'arbres, de plantes et de fleurs adoucit et éclaire cet univers de pierre et fait de Nairobi, peut-être la capitale la plus riante du continent africain.

Au début du siècle, le lieu était cependant inhospitalier, marécageux et infesté de bêtes sauvages. Mais il avait l'avantage d'être le dernier site plat avant l'escarpement du Rift. Aussi, est-ce en raison de cette commodité qu'il fût choisi pour établir le camp où vivraient en permanence les ingénieurs et les responsables du chemin de fer que les Anglais avaient entrepris de construire entre Mombasa et les rives du lac Victoria, afin de protéger les sources du Nil, d'en finir avec les caravanes des marchands d'esclaves et, par la même occasion, affirmer leur présence en Afrique de l'Est. Si les travaux pharaoniques nécessités par l'installation de la voie ferrée avaient coûté la vie à 2 500 ouvriers et fait 6 500 blessés, ils avaient permis très vite à Nairobi de se développer au point de détrôner l'antique Mombasa, d'affecter la ville neuve d'airs de plus en plus citadins au fur et à mesure qu'elle grandissait, s'imposait, voyait venir à elle industriels, hôteliers, marchands, négociants de tous poils et que s'implantaient les structures indispensables qui assureraient sa vie financière de grande cité. Mais si cette ville se proposait d'être un carrefour des religions, un centre urbain important où se côtoierait une société bigarrée, se signeraient des traités, délibéreraient des gouvernements, ce n'est pas là que se dévoile l'Afrique, ce n'est pas ici que bat son coeur. Pour l'atteindre et l'entendre, il est urgent d'emprunter le boulevard qui file vers l'ouest. Alors, soudain, s'ouvre devant nos yeux la grande Afrique, apparait le commencement de toute beauté.

On ne peut nier que la nature a façonné ce continent à une échelle monumentale où se découvrent aussi bien des prairies archaïques, qui semblent nous restituer les images fondamentales des grands espaces nourriciers, que des lacs vastes comme des mers, que l'on y baigne tantôt dans l'atmosphère mélancolique et étouffante des forêts, tantôt dans l'univers figé des neiges éternelles. Oui, les paysages les plus extrêmes s'y succèdent, depuis la savane quasi désertique à la végétation rare, que griffent ici et là quelques rus asséchés, jusqu'à la jungle équatoriale écrasée sous sa masse de feuillages parasites enlacée dans les noeuds de ses plantes rampantes et comme étouffée par la prolifération de ses végétaux. Rien ne semble apaiser l'appétit dévorant de la grandeur. Elle y est maîtresse de l'espace. Elle le conditionne selon le seul parti pris qui ait droit d'asile à ses yeux : le hors mesure. Non seulement elle est ici à son aise, mais elle y est sans rivale. Elle joue cavalier seul et ne se prive d'aucun excès. En ce pays où le fantastique rime avec quotidien, tout est disproportionné : les papillons sont gros comme des oiseaux, les montagnes, bien que situées à l'équateur, possèdent plusieurs glaciers et on traverse des régions désertiques comme des immensités sans confins. Rien en semble avoir changé depuis le commencement du monde. La lumière, l'eau, les nuages, les arbres ont conservé quelque chose de virginal, semblent se mouvoir dans leur fraîcheur native.

Nairobi, le mont Kenya, pays des KikuyusNairobi, le mont Kenya, pays des Kikuyus
Photos BarguilletPhotos Barguillet

Photos Barguillet

Au Kenya, qui se découvre au visiteur comme une terre promise, on peut à tout instant se croire revenu au commencement des Temps, quand rien encore n'avait changé, pas même le coeur de l'homme, et que le monde ouvrait les yeux à un avenir qui faisait encore la part belle à l'espérance, aucun danger ne paraissant être en mesure de le menacer. La splendeur, qui nous entoure, ne cesse d'émerveiller, d'inspirer un sentiment de reconnaissance et on se surprend à noter sur des petits carnets des descriptions de paysages qui vont des montagnes, dont les neiges éternelles alimentent des lacs couleur émeraude, font croître des forêts de camphriers et de conifères et tapissent les cratères d'une végétation de fougères géantes, de bambous et de lobélies, jusqu'aux rivières qui, après avoir dévalé dans un enchevêtrement de racines, se prélassent ensuite en déroulant, au long de leur cours devenu tranquille, une longue traînée arborescente, si bien que l'on est très vite gagné par une ivresse jubilatoire. 

Nous sommes ici au pays des Kikuyus, des gens de petite taille qui descendent des Bantous et dont on trouve les traces dès le troisième millénaire. Aucun détail ne permet cependant de situer les Kikuyus hors de la zone de collines qui entoure les flancs du mont Kenya où ils demeurent depuis le XVIe siècle, cultivant le café et le sisal et que, pour toutes sortes de raisons, on appelle "le pays Kikuyu". Et, il est vrai qu'aucune région n'est peut-être plus belle que la leur. Lorsque l'on vient de Nairobi, on traverse une succession de collines pressées les unes contre les autres, dans un paysage plein de mesure, dont les cultures les plus odorantes sont celles des caféiers aux poudreuses fleurs blanches et au parfum sucré. Puis, brusquement, tout change et s'entrechoque ; après les champs soignés et les forêts, on débouche sur l'escarpement du Rift et on s'engage dans des sentiers qui longent des failles abruptes pour atteindre un plateau au milieu de buissons de jasmin, d'arbres candélabres et d'épineux. Par la suite, on pénétrera dans d'épaisses forêts de cèdres entremêlés de lianes et de mousses aériennes, sous lesquelles poussent des orchidées et où abondent les éléphants, les buffles et les panthères, avant de gagner, après une longue et épuisante ascension, les sommets de cristal. Là, les sons eux-mêmes deviennent fragiles et tout est beau de la clarté bleue des glaciers aux pentes hérissées de séneçons. La légende Kikuyu veut que leur ancêtre Gekoyo eut un jour la visite de leur dieu et que celui-ci le transporta en haut de la montagne voilée devenue le Mont Kenya. Lui montrant l'ensemble du panorama composé de collines et de pâturages, de torrents et de troupeaux, il lui dit que désormais cet Eden lui appartenait parce qu'il en avait décidé ainsi. Dès lors, les Kikuyus se fixèrent en ces lieux et devinrent cultivateurs.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Les Kikuyus sont devenus un peuple de cultivateurs.Les Kikuyus sont devenus un peuple de cultivateurs.

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Présentation

  • : Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • : Grâce au pouvoir des mots, une invitation à voyager sur les lignes et interlignes.
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Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

 Soëren Kierkegaard

 

Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche.

   Montaigne

 

Veux-tu vivre heureux ? Voyage avec deux sacs, l'un pour donner, l'autre pours recevoir.
   Goethe

 

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