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28 octobre 2019 1 28 /10 /octobre /2019 09:24
Mon hôte s'appelait Mal Waldron de Carino Bucciarelli

 

Avec ce texte, Carino Bucciarelli bouscule toutes les règles de l’écriture conventionnelle. En effet, son narrateur descend dans le roman pour rencontrer les personnages qu’il met en scène ou peut-être que ce sont les personnages qui s’incarnent pour rencontrer celui qui leur a donné une existence plus ou moins réelle, plus ou moins imaginée. Ainsi, l’auteur rencontre-t-il un pianiste de jazz décédé dont il veut écrire la vie, Malcom Waldron un pianiste noir qui a fini sa vie à Bruxelles. Il avait été frappé d’un AVC qui lui avait effacé totalement la mémoire, aussi avait-il dû réapprendre son jeu, sa musique, son style en écoutant ses propres enregistrements. Dans le roman, il s’interroge sur la véracité des enregistrements qu’on lui a fait écouter à longueur de journée. Dans la vraie vie, c’était un disciple de Thelonious Monk. Dans la fiction, il pense qu’on lui a fait écouter son maître et que depuis son accident il l’imite. Carino Bucciarelli est un grand admirateur de ce pianiste à qui il veut rendre hommage dans ce texte.  « Un musicien mort, somme toute il y a peu d’années, s’est invité dans mon livre. Il m’a accueilli dans un logement factice créé par de simples mots… ». Ce pianiste a joué avec les grands : Charles Mingus, Max Roach, il a accompagné Billie Holiday et Jeanne Lee, mais Bucciarelli le considère un peu comme son musicien. « L’homme que vous écoutez n’est pas le plus connu des pianistes de jazz. Parfois, même des amateurs avertis n’en ont pas entendu parler. J’ai l’impression qu’il ne joue que pour moi, comme s’il était mon invité ».

 

 

Avant de raconter la vie du pianiste, Bucciarelli a écrit une brillante biographie d’Isaac Newton qui lui a apporté une certaine gloire. Une biographie dans laquelle il s’interroge sur l’écriture, l’utilité d’écrire, l’utilité de créer et si oui comment y parvenir, comment dessiner des personnages. Il discourt sur la vérité, notamment au sujet de la vie de Newton. Ces personnages l’obsèdent, Waldron tout autant que Newton, quand il écrivait sa biographie.

 

 

Les biographies, qu’il rédige, le ramènent toujours à sa vie personnelle, la vie qu’il a eue avec ses deux femmes, celle qui l’a quitté quand il a adopté un enfant qu’il lui refusait avant et celle qui l’a quitté quand cet enfant est décédé. Pour certains personnages, il devient l’Autre, celui qui raconte leur vie, qui crée leur vie en jouant avec la vérité. " L’Autre ne laissait rien au hasard. Il avait détruit sa première femme en adoptant un enfant. Il l’avait détruite, elle, après la mort de l’enfant. La maison avait vu naître le savant auquel il avait consacré des mois de sa vie à le faire revivre sur papier." 

 

 

Avec ces histoires qui se mêlent, s’emmêlent, finissent toujours par se recouper, Carino Bucciarelli crée un processus littéraire novateur. Chacun des épisodes, qu’il nous narre, semble appartenir à une histoire nouvelle mais dans chacun d’eux un des personnages ramène toujours le lecteur au centre de l’intrigue parce qu’il connaît soit l’auteur, soit Newton, soit le pianiste, soit l’une des deux épouses. Ainsi d’allusions en fragments, l’histoire se construit : l’histoire du pianiste et l’histoire de son biographe qui n’arrive pas à stabiliser sa vie. Les protagonistes voyagent entre la fiction et la réalité de l’auteur ou la réalité factice du narrateur. Comme dans « Manuscrit trouvé à Saragosse » de Jean Potocki, ce livre comporte plusieurs mondes entre lesquels les personnages voyagent en se dédoublant, en se confondant, le narrateur devient l’interviewé, l’auteur interpelle le narrateur etc… Un bel exercice de gymnastique littéraire qui pose, in fine, l’éternelle question de la vérité confrontée à l’apparence de la vérité et de la vérité dissoute dans les multiples versions proposées par les acteurs et les narrateurs de l’histoire. En fermant le livre, je me suis dit que je devrais ressortir mes CD de jazz que j’ai un peu oubliés et peut-être que j’y trouverais ma vérité à moi.


Denis BILLAMBOZ


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20 octobre 2019 7 20 /10 /octobre /2019 08:39
Marcel Proust, prix Goncourt, une émeute littéraire de Thierry Laget

Thierry Laget nous conte d’une plume alerte l’émeute littéraire que suscita en 1919 la remise du prix Goncourt à Marcel Proust, considéré à l’époque  comme un écrivain mondain, connu d’un petit cercle de privilégiés, riches de préférence, ce qui va orienter le débat non seulement sur le terrain politique mais sur celui de la lutte des classes. D’autant que l’ouvrage couronné se présente aux lecteurs comme un texte qui n’est ni un roman, ni des mémoires, ni un recueil de maximes, qu’il est construit en dépit du bon sens et sans se référer aux règles littéraires habituelles, n’appartient à aucun genre, « mais participe de tous » souligne néanmoins  Pierre Valmont qui tente de remettre les choses à l’endroit.


En effet, « A l’ombre des jeunes filles en fleurs » est en compétition avec un ouvrage qui a ému les foules parce qu'il est un témoignage sur la guerre de 14, soit  « Les Croix de bois » de Roland Dorgelès, et évoque les souffrances des soldats et les plaies qui n’ont pas encore eu le temps de se cicatriser un an après l’armistice. L’auteur n’a-t-il pas traversé l’épreuve des tranchées et rendu palpable ce vécu dans la boue et le sang !  Thierry Laget  nous décrit avec ironie, sans omettre un seul détail et, ce, grâce aux nombreux documents qu'il a consultés, de la polémique qui a entouré le prix et nous en révèle  les dessous qui conduiront les éditions Gallimard à assigner en justice les éditions Albin Michel pour la raison que celles-ci avaient imprimé en gros caractères sur la bande  entourant le livre de Dorgelès : « Prix Goncourt » et en dessous en caractères minuscules « 4 voix contre 10 ». A l’issue du procès, Albin Michel sera prié de supprimer le bandeau et de payer deux mille francs à la librairie Gallimard en dédommagement du préjudice causé.


Parmi les jurés, Marcel bénéficiait de l’appui inconditionnel de Léon Daudet, frère de Lucien, dont on sait l’affection que l’écrivain éprouvait à son endroit, et qui pouvait  influencer son frère aîné. Et puis, pour quelles raisons, préférer les histoires de jeunes filles en fleurs sur une plage normande aux exploits et aux souffrances de nos soldats sur le front de la Marne, à Verdun ou au chemin des Dames ?  Les attaques de la presse vont aller jusqu’à parler de proustitution ou de goncourtisans et Proust souffrira d’avoir reçu le prix dans de telles conditions. Malgré l’émeute provoquée par sa remise à un auteur que certains considéraient comme un « planqué », les jurés ne céderont pas à l’air du temps et prouveront leur discernement à saluer un livre d’une facture exceptionnelle qui, déjà, laissait présager l’écrivain du siècle.


Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE


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Marcel Proust au temps de l'orchidée à la boutonnière.

Marcel Proust au temps de l'orchidée à la boutonnière.

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18 octobre 2019 5 18 /10 /octobre /2019 08:21
Des écrivains imaginés de Cécile Villaumé

L’auteure, originaire de la ville dont je ne suis que par  adoption, s’est livrée à un exercice de style délicat : faire revivre des auteurs, grands pour la plupart, oubliés ou en voie de l’être, en rédigeant des textes à leur manière ou des textes qui les concernent plus ou moins directement. Un bel exercice pour sortir ces auteurs des oubliettes et redonner vigueur à notre langue belle.

 

 

Des écrivains imaginés

Cécile Villaumé

 

 

Cécile Villaumé, bisontine d’origine,  invite le lecteur à une balade littéraire dans le cimetière des écrivains oubliés (Charles d’Orléans, Antoinette Deshoulières, Manon Roland), en voie d’oubli (Gérard de Nerval, Heinrich von Kleist, Louis Pergaud, Paul Morand, Françoise Dolto), pas encore oubliés car ils figurent encore dans certains manuels scolaires ou sont l’objet d’un véritable culte dans des cercles très restreints (Arthur Conan Doyle, Dostoïevski, Mallarmé, Colette, Proust, Ionesco, Marguerite Duras). Tous ne sont pas encore dans la fosse commune des écrivains délaissés mais peu sont encore lus par des lecteurs plus attirés par les livres présentés en tête de gondole dans les grandes surfaces.

 

Cette balade littéraire conduit le lecteur de Charles d’Orléans à Marguerite Duras en suivant l’ordre chronologique de leurs dates de naissance. Et pour chaque auteur, Cécile Villaumé écrit un court texte à la manière de l’auteur, une anecdote marquante de sa vie, un événement de son temps qu’il aurait pu commenter lui-même. Ainsi réunit-elle des personnalités qui ne sont peut-être jamais vues, ainsi fait-elle revivre celles et ceux que l'on a oubliés trop vite, et ainsi  profite-t-elle de cette opportunité pour remettre sur la feuille une langue qu’on ne sait plus écrire, bien qu’on la dise belle. Cécile Villaumé connait bien cette langue dont elle use avec adresse et élégance, aussi est-ce un vrai bonheur de lire ces courts textes que j’ai moi-même avalés d’une traite.

 

L’imagination déployée par Cécile Villaumé pour sortir ces écrivains de l’oubli et la finesse de sa langue ne sont pas les seuls arguments qui ont retenu cet ouvrage dans mes mains, m’interdisant de le poser avant d’en avoir épuisé le contenu. J’ai été très attiré par les événements qui se déroulent à Besançon ou dans le département du Doubs, l’auteure doit aimer sa région natale car elle n’a pas été avare en clins d’œil et autres allusions sur ces lieux. J’ai bien ri quand Jules Bonnot, un triste sire né dans le Pays de Montbéliard, a été l'employé de Conan Doyle ; j’ai suivi studieusement Mallarmé quand il était professeur là où j’ai été potache ; j’ai été ému quand j’ai appris que von Kleist avait séjourné au Fort de Joux comme prisonnier alors que je lisais ce livre à portée d’arbalète du célèbre château et j’ai noté quelques traits d’érudition historique : la rue Poitune n’existe plus, il faut avoir étudié l’histoire locale pour la retrouver aujourd’hui … Toutes ces anecdotes, tous ces événements et ces clins d’œil à  l'intention de cette terre qui nous est un peu commune m’ont passionné.

 

J’ai apprécié aussi l’effort de l’auteure pour rester le plus proche possible de la langue de chaque écrivain, c’est là un bel exercice de style. J’ai noté également quelques jolis calembours, jeux de mots, aphorismes, j’ai même surpris un zeugme bien venu. Je me rappelle ce jeu de mots car, il m’a bien amusé : «  haschischin carré dans son fauteuil », j’avoue que je n’ai pas essayé de la calculer.

Cécile, il reste suffisamment d’écrivains oubliés qui ne demandent qu’à réapparaître pour le plus grand plaisir de ceux qui, comme moi, aime notre belle langue. Alors … la suite au prochain numéro !

 

Denis BILLAMBOZ


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Cécile Villaumé

Cécile Villaumé

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16 octobre 2019 3 16 /10 /octobre /2019 09:13
Photo androuet.com

Photo androuet.com

Je dois l'avouer, j'aime particulièrement l'automne, la diversité de ses teintes, la douceur de ses lumières qui s'apprêtent à clore majestueusement le cycle des saisons avant les frimas de l'hiver. Demeurant dans une station balnéaire fréquentée, ce qui me frappe tout d'abord est la qualité du silence, l'espace revenu à sa solitude et dont les lignes et les reliefs de l'eau et du ciel composent le plus harmonieux et le plus dépouillé des décors. Ce qui étonne ensuite est le ciel qui semble s'être un peu tassé comme s'il voulait se pencher plus intimement vers la terre avec une infinie délicatesse ; ou bien s'est-il voilé, enveloppant dans une déclinaison apaisée le mouvement régulier des marées qui, à leur tour, se font soit plus discrètes, soit plus farouches. Ou bien, à l'heure ultime, il s'enflamme, se saisissant du paysage dans un furieux accord.

 

 

Mais la forêt n'est pas en reste. Contrairement au rivage qui se décline sur le mode mineur sauf au coucher du soleil, les coloris les plus éclatants embrasent la végétation et lui confèrent un rayonnement où dominent l'or et l'incarnat. Quelle beauté que la traversée des bois quand un mince filet de lumière s'immisce entre les feuilles et les fait resplendir. Et puis il y a les odeurs : celle du champignon qui domine dans les sous-bois et que l'on ramasse avec gourmandise, de même que les noisettes, les mûres et bientôt les châtaignes. N'allez pas vous attrister en pensant que l'hiver est proche, que les nuits sont déjà plus fraîches et les jours plus courts ! Nenni,  l'automne n'est-il pas une saison qui nous reconduit progressivement vers l'essentiel ? Les plaisirs de l'été se sont certes éloignés, mais n'y a-t-il pas beaucoup à attendre d'un feu de bois ronflant dans la cheminée, de la lecture que nous reprenons à la tombée du soir, des réunions familiales lors des jours de pluie, des soirées qui se prolongent, des légumes et des fruits goûteux que nous ne tarderons pas à déguster : raisins, figues, noix, potirons, sans oublier le vin nouveau qui s'invitera prochainement à l'étal des magasins. 

 

 

Oui, l'automne est une saison magnifique, un point d'orgue somptueux que nous dédie la nature après les fastes de l'été. C'est la beauté parvenue à son terme qui se plaît à se retirer progressivement avec grandeur et solennité, avant de faire relâche pendant trois mois, de manière à fignoler un retour, plus juvénile que jamais, en mars prochain.
 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
 

 

ODE A L'AUTOMNE

 

Saison des brumes et des tendres moissons !
Automne, ami de coeur du soleil qui sans cesse mûrit ;
Tu conspires avec lui ; tu charges et tu bénis

De fruits les vignes qui s'enroulent autour du toit de chaume ;
Tu fais plier sous les pommes les arbres moussus du verger,
Tu gonfles la courge et tu arrondis la coque des noisettes
Avec une douce amande, tu fais éclore encor
Plus de fleurs d'arrière-saison pour les abeilles,
Pour qu'elles pensent que les jours chauds resteront à jamais
Car l'été emplit à ras-bord leurs moites alvéoles.

 

Qui ne t'a vu souvent parmi tes trésors ?
Parfois celui qui cherche dans les champs te trouve
Assis sans souci sur le sol du grenier à blé,
La chevelure doucement relevée par le vent qui vanne ;
Ou bien endormi dans un sillon à demi moissonné,
Engourdi par la vapeur des pavots, tandis que ta faucille
Epargne l'andoin suivant et toutes ses fleurs nouées ;
Et parfois comme un glaneur chargé tu gardes
La tête droite au-dessus d'un ruisseau,
Ou bien à côté d'un pressoir à cidre, l'oeil patient,
Tu regardes, heure après heure, les gouttes suinter.

 

Où sont les airs de printemps ? Oui, où sont-ils ?
N'y songe pas ; toi aussi, tu as tes harmonies.
Tandis que des nuages bariolés fleurissent le jour qui meurt doucement
Et mettent une teinte rosée sur les plaines de chaume,
Alors, en un choeur attristé, les moucherons se lamentent
Parmi les saules de la rivière, portés vers l'azur
Ou s'enfonçant selon que la brise légère vit ou meurt.
Et les grands moutons bêlent au milieu des collines,
Les criquets chantent dans les haies, et l'on entend les trilles mélodieuses
Du rouge-gorge qui siffle dans l'enclos des jardins,
Et les hirondelles s'assemblent et trissent dans les cieux.

 

John KEATS

 

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Lumière d'automne
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14 octobre 2019 1 14 /10 /octobre /2019 09:04
Deux personnes seules au monde de Kim Young-ha

Tous ceux qui ne connaissent pas encore la littérature coréenne pourrait s’initier grâce à ce recueil de trois nouvelles sombres et plutôt surprenantes de Kim Youg-ha, car il me semble que c’est là une excellente porte d’entrée pour partir à la découverte de cette littérature où se nichent de nombreuses perles rares comme le roman du même auteur : « Ma mémoire assassine » qui évoque la perte de mémoire si  inquiétante pour bon nombre de personnes aujourd’hui.

 

 

Deux personnes seules au monde

Kim Young-ha

 

 

Kim Young-ha est l’une de mes portes d’entrée dans la littérature coréenne moderne. Avant de le découvrir, j’avais déjà lu quelques livres d’auteurs coréens mais je n’avais pas vraiment accroché, je trouvais leurs textes trop elliptiques, si bien qu'il m'était difficile de percer leur sens profond. Après avoir lu « Ma mémoire assassine », je suis entré dans un autre univers, découvert d’autres auteurs sortant d’une littérature un peu fossilisée et proposant des textes novateurs. Avec cette nouvelle publication "Deux personnes seules au monde", Kim Young-ha propose trois nouvelles écrites avec la même virtuosité que son roman "Ma mémoire assassine".

 

La deuxième nouvelle de l'ouvrage est particulièrement remarquable, l’écrivain y déploie sa virtuosité pour construire une intrigue particulièrement sophistiquée. Une intrigue qui démonte la machination machiavélique qu’un éditeur a élaborée pour se débarrasser de son auteur vedette devenu trop coûteux pour ce qu’il produit. Ce texte comblera les amateurs de romans les plus noirs tant le sujet est machiavélique. Cette nouvelle commence par le récit de la visite chez son psychiatre d’un patient qui se prend pour un épi de maïs.

 

« Que vous arrive-t-il ? l’interrogea le psychiatre.

  • Je suis poursuivi par des poules. J’ai tellement peur. »

… d’une voix douce, son psy tenta de le rassurer.

  • Vous n’êtes pas un épi de maïs, vous êtes un homme. Vous le savez, n’estce pas ?
  • Moi, je le sais bien sûr, mais elles, docteur ? »

 

 

Dans cette nouvelle où l’on ne sait plus qui manipule qui, l’écrivain en panne d’imagination comprend vite qu’il est l’épi de maïs qu’une grosse gallinacée voudrait bien picorer, mais l’homme de lettres peut comprendre les coups les plus tordus. Il a l’esprit plus affûté que l’assassin le plus imaginatif.

 

Les deux autres nouvelles ne manquent pas d’intérêt elles aussi. L’une raconte comment un père écrase totalement sa fille préférée qui ne trouvera sa voie dans la vie qu’après le décès de celui-ci. L’autre est celle pathétique d’un couple qui s’est fait ravir son enfant unique et ne le récupère que quand l’épouse a sombré dans la folie et que l’enfant, devenu adolescent, refuse cette famille invivable, entraînant une chute tout à fait inattendue. Incontestablement Kim Young-ha est un grand écrivain, un conteur qui sait construire des intrigues sophistiquées dans lesquelles il égare le lecteur le plus attentif pour le surprendre par une chute des plus époustouflantes.


Denis BILLAMBOZ


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L'écrivain coréen Kim Young-ha

L'écrivain coréen Kim Young-ha

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9 octobre 2019 3 09 /10 /octobre /2019 08:42
Dans quel monde vivons-nous ?

Il y a quelque temps de cela je posais déjà la question : dans quel monde vivons-nous ? Il est vrai que le monde change à une vitesse vertigineuse, au point que la plupart de nos références sont bousculées et que l’on sent dans la société une crispation et une inquiétude dues à la conjonction de l’emprise idéologique et du matérialisme. Notre société occidentale a valorisé à un point tel la matière au détriment de l’esprit, le superficiel au détriment du profond, la théorie plutôt que la réalité, que nous avançons dans un univers qui semble n’avoir d’autre horizon que celui du profit. Or, lorsque l’enrichissement devient l’unique souci de la plupart d’entre nous, lorsque les aspirations spirituelles sont moquées et couvertes de dérision, alors il n’est pas rare que le mensonge et la tricherie fassent une entrée en force. Et c’est bien le cas aujourd’hui.

 

Chaque jour nous dévoile son lot de fraudeurs tant il est vrai que le matérialisme est le levain d’une immense tricherie généralisée. Ne faut-il pas dissimuler et travestir la vérité pour faire oublier que le but auquel on aspire est tout simplement illusoire et irréalisable ? L’idéologie est une immense machine à tricoter du rêve et son discours destiné à être appliqué par les autres : les naïfs, les dupes, les pauvres gens trompés auxquels ont fait miroiter un avenir factice.  Oui, le paraître semble avoir pris le pas sur l’être, l’individu sur la personne que l'on robotise à force de la priver de sa liberté d’expression et de l’accabler sous les diktats d'une pensée unique. Jusqu’où cela ira-t-il ? « Dans ce genre de société – écrit la philosophe  Chantal Delsol – tout est si superficiel que bien souvent les gouvernants font semblant de gouverner, les journalistes font semblant d’informer, les banques font semblant de prêter, et tout est à l’avenant ». Le temps est venu de s’en inquiéter et de démasquer les vendeurs d’illusions, les tricheurs, les fossoyeurs d’une société qui avait ses faiblesses mais aussi ses grandeurs et ne se complaisait pas dans la posture et l'imposture. 

 

Néanmoins, les réponses aux questions que l'on se pose, c'est à chacun de les trouver en soi. Elles ne doivent nullement s'imposer au terme d'une démonstration péremptoire. Dans l'ordre de l'absolu et de la valeur, la vérité se montre mais ne se démontre pas. L'intervention de la liberté est indispensable à tout jugement. C'est la raison pour laquelle nous devons la défendre comme notre bien le plus précieux. Nous sentons d'ailleurs la nécessité de rassembler les hommes sur quelques principes de sagesse et sur quelques valeurs fondamentales. La sagesse correspond d'ailleurs à un immense besoin de nos jours. Bergson faisait observer qu'à tout progrès matériel devrait correspondre "un supplément d'âme". Car les savants ne sont pas forcément les...sages. De même que les psychiatres, les sociologues, les économistes, les hommes politiques. Cette élite n'est pas toujours éclairée, hélas ! Aussi chacun a-t-il la responsabilité totale du degré de clarté de sa propre pensée. 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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7 octobre 2019 1 07 /10 /octobre /2019 07:43
Tignasse étoile d'Evelyne Wilwerth

Cette semaine je vous propose une lecture d’un court mais bien joli roman qui évoque un des problèmes qui agite actuellement les populations : le droit à la procréation pour tous sans se préoccuper de l’avis de ceux qui naîtront de choix différents. L’auteure a donné la parole à une gamine que ses origines interpellent. Sans écrire un plaidoyer ni un réquisitoire, elle se pose les questions essentielles et jette sur son ascendance  un regard personnel et intéressant.

 

 

Tignasse étoile

Evelyne Wilwerth

 

 

Evelyne Wilwerth a écrit ce livre comme le livret d’un opéra, un petit opéra en la circonstance, les grands airs seraient la partie racontée par Jacinthe, la jeune héroïne, et les récitatifs les textes écrits en italiques, à la troisième personne, par le narrateur ou à la première pour les parties confiées par Jacinthe à son cahier intime. Avec ce processus littéraire faisant alterner les parties racontées par l’héroïne et les parties rapportées par le narrateur, l’auteure met en scène, en autant de chapitres qu’il y a d’anniversaires pour Jacinthe entre ses huit ans et ses dix-huit ans, plus un pour ses vingt-cinq ans, la vie de cette gamine entre sa mère qu’elle n’aime pas plus que l’école et son père qu’elle aimerait bien si, comme la mère, il ne fuyait pas les questions importantes.

 

Jacinthe est une bourgeoise, sa mère est la collaboratrice proche, très proche, d’un ministre de la culture, son père est un professeur de français à la pédagogie très personnelle et elle, elle est une enfant qui ne ressemble en rien à sa mère. C’est une sauvageonne à la tignasse ébouriffée qui refuse violemment qu’on y touche et qui ne se sent bien qu’avec la famille de Jorand son copain afghan qu’elle ne devrait pas fréquenter. Elle est très étonnée d’être née à Ottawa, six mois avant terme, ça ne colle pas, d’anniversaire en anniversaire elle y croit de moins en moins et elle ressemble de moins en moins à la grande bourgeoise qui lui sert de mère. Elle voudrait savoir,  mais son père lui-même ne collabore pas davantage que l’oncle préféré, tous fuient…

 

Cette histoire contemporaine met en scène des thèmes  actuels : la procréation, les nouvelles formes de maternité et de paternité, les familles à géométrie variable, les arbres généalogiques complexes et les enfants qu’on oublie trop souvent et qui ne comprennent rien à celui-ci. Mais ce que j’ai aimé surtout dans ce livre c’est :

 

  • Sa brièveté, Evelyne Wilwerth maîtrise le court que j’apprécie tout particulièrement, quelques mots, quelques phrases en disent souvent beaucoup plus que de longs discours.
  • La poésie qu’il comporte, certains textes sont quasiment des poèmes en prose,
  • Le langage fluide, très choisi, qui apporte une grande souplesse au texte sans lui retirer une once de sa puissance.


Ce texte  n’est pas plus un plaidoyer qu’un réquisitoire, c’est seulement un rappel adressé aux adultes qui se sont beaucoup préoccupés de leurs droits en matière de reproduction sans  penser aux droits des enfants à connaître leurs racines. Mais au-delà des querelles familiales, il reste l’art. Pour Jacinthe, la peinture, l’émotion artistique et les émotions que la nature apporte quand on la parcourt avec le respect qu’on lui doit. Et pour moi il reste cette qualité d’écriture qu’Evelyne Wilwerth réinvente en utilisant un processus littéraire qui m’a enchanté. Voilà un beau texte !


Denis BILLAMBOZ


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Tignasse étoile d'Evelyne Wilwerth
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2 octobre 2019 3 02 /10 /octobre /2019 08:49
Patrice de la Tour du Pin ou la liturgie intérieure
Patrice de la Tour du Pin ou la liturgie intérieure


Patrice de la Tour du Pin devait faire très jeune une entrée éblouissante dans le monde littéraire avec sa Quête de joie, entrée comparable à ce qu’avait pu être, en son temps, celle de Lamartine et de ses Méditations. Il avait 19 ans et venait d‘écrire un chef-d’œuvre. Difficile de devenir en un âge si tendre presque déjà insurpassable, car si le poète devait produire par la suite avec ce qui deviendra son œuvre unique et colossale "La Somme de Poésie", un travail admirable et admiré, jamais, peut-être, il n’aura été davantage poète que dans cette quête de sa toute jeunesse. C‘est Jules Supervielle qui avait remarqué le manuscrit et souhaité publier une première partie "Les enfants de septembre" à la NRF dès 1933.

 

Les bois étaient tout recouverts de brumes basses,

Déserts, gonflés de pluie et silencieux ;

Longtemps avait soufflé ce vent du nord où passent

Les Enfants sauvages, fuyant vers d’autres cieux,

Par grands voiliers, le soir, et très haut dans l’espace.

 

La jeunesse ne pouvait que se retrouver dans ces vers romantiques qui lui restituaient une atmosphère proche de celle du Grand Meaulnes. Poésie enchanteresse par cette grâce princière qui a quelque chose du Printemps de Botticelli et de la délicate nostalgie de Charles d’Orléans et n’a jamais rien concédé au confus et à l’obscur. Cette inspiration, Patrice de la Tour du Pin l’a puisée dans le pays de son enfance composé de bois giboyeux, d’étangs, de vertes prairies et de jardins secrets, qu’il aimait à parcourir seul ou avec sa sœur Phylis et son frère Aymar, domaine des vacances familiales dont il héritera par la suite et où il passera la plus grande partie de sa vie.

 

Va dire à ma chère Ile, là-bas, tout là-bas,

Près de cet obscur marais de Foulc, dans la lande,

Que je viendrai vers elle ce soir, qu’elle attende,

Qu’au lever de la lune elle entendra mon pas.

 

Cette "quête de joie" sera donc le premier fruit d’une solitude qui lui apportera une gloire précoce avant que les années de guerre et de captivité en Allemagne fassent de lui, selon la formule de Jean Guitton, non seulement un poète à ses heures mais à toutes les heures, ayant trouvé en soi son cloître intime où il vivrait reclus en poésie. Les autorités allemandes l’ayant relâché, il va se réfugier au Bignon-Mirabeau, la demeure familiale à l’extrême pointe nord-est du Loiret, ancrée au bord d’une vallée :

 

C’était un château de vallée,

L’herbe dressée de trois prairies

Les bois de pentes, aux chemins

Indéfinis qui s’en allaient,

Les Morailles, les Picardies

Avec leurs châteaux de sapins.

 

 

En 1943, il épouse sa cousine Anne de Bernis, dont le visage lui était apparu, lors d’un voyage en train, comme celui de la femme élue : « Suis-je à la fin du voyage ?/ Le monde d’amour n’est pas là ! / - Il ne vint aucune réponse ! / Juste la forme d’un visage, / Comme fut l’archange à l’annonce, / Et ce fut bien trop beau pour moi…".

Désormais le poète va vivre à deux un monde d’amour. Quatre filles viendront égayer ce foyer uni, tandis que le poète se consacre à son aventure spirituelle et poétique en achevant, dès 1946, Le Premier Jeu soit "Le jeu de l’homme en lui-même" et qu’il envisage structurellement ce que seront les deux suivants : "Le jeu de l’homme devant les autres" et "Le jeu de l’homme devant Dieu". Durant une dizaine d’années, de 1948 à 1958, l’auteur traverse une période d’angoisse et se voit confronté à cette traversée du désert que la plupart des mystiques ont connue et qui lui fait douter de ses capacités à mener à bien cette œuvre déjà construite dans sa pensée et que, soudain, en panne d’inspiration, il ne parvient plus à composer. Humble, il accepte l’épreuve d’être ainsi dépossédé par son Seigneur. "Les prières du désert" en font foi : « Si tu m’as conduit là, Seigneur, c’est pour renaître, / Si je renais ce n’est pas homme mais enfant, / Non pas de mon passé, mais de ton testament. / Tant pis pour le poète que j’aurais pu être ! / Tu me reprendras tout, dès le commencement, / Tu n’es pas Dieu qui repousse un enfant.»

 

 

C’est à la suite de ce passage à vide qu’il prend conscience que son intelligence est au service du baptême et sa volonté à celui de l’eucharistie. En 1964, l’Eglise du Concile Vatican II l’ayant appelé à faire partie de la commission des cinq membres choisis par l’épiscopat pour traduire en français les textes liturgiques, il dit oui spontanément sans prendre en considération la mesure de cet engagement. Ce oui contraste avec le non tout aussi spontané qu’il avait adressé aux immortels de l’Académie française lorsqu’ils lui avaient demandé de siéger parmi eux. Ce sont désormais dix années de sa vie qui vont être consacrées à ce travail de traducteur des oraisons de la messe, des préfaces, des quatre prières eucharistiques, des rituels du baptême et du mariage, des Psaumes du Psautier français liturgique, sans compter qu’il composera personnellement une vingtaine d’hymnes pour la liturgie des heures. Son langage audacieux ne fera pas toujours l’unanimité. Pierre Emmanuel écrira à ce propos : "On peut regretter que ceux avec lesquels il coopéra ne l’aient pas poussé à être davantage l’homme qu’il était. Mais sa tentative fut la première - et la seule - pour introduire la poésie dans le culte, dans l’expression canonique de la foi".

 

 

Le poète introverti qu’il est, consacré jusqu’alors à une œuvre personnelle destinée à quelques initiés, s’impose subitement de composer pour le public le plus large et passe sans transition de la solitude à la communion et d’un certain hermétisme à une grande clarté. Ne doutant pas un instant que le Christ travaille en lui, il s’attelle à cette tâche avec ferveur. Ce travail aura une influence sur la poursuite de son œuvre, la Somme dont il aborde "Le jeu de l’homme devant les autres". Ce Jeu, en se greffant à la liturgie, décrit l’état d’homme eucharistique et inscrit le Christ au centre de la vie et de la création. Ainsi l’auteur de "La quête de joie" devient-il théopoète, un peu à la façon d’un Grégoire de Nysse ou d’un Augustin, cultivant une théopoésie qui est, tour à tour, christologique, liturgique et sacramentelle, entièrement ordonnée autour de l’approche eucharistique du Dieu vivant, nous dit Jacques Gauthier, qui a consacré au poète une thèse de doctorat en théologie.

 


L’incroyance de son siècle l’a toujours stimulé et l’incite à opposer la louange à l‘indifférence ambiante. Affaibli par un cancer, il sait que, dorénavant, ses jours sont comptés et il se hâte à donner à la "Somme" et, surtout au dernier Jeu, celui de l’homme devant Dieu, sa forme définitive. L’avant-veille de retourner à son Seigneur, il dicte à sa femme un ultime poème "Ordre de mission" pour conclure ce parcours d’amour qu’ils ont partagé et mené d’un pas égal :

 

Sors de la chambre des enfants

Et du secret de ses trésors,

Et va révéler au-dehors

Ma version de l’homme vivant.

 

Ce mystère qu’on dit obscur

Est tout couvert de l’Eternel :

Il n’est pas vrai que les vents gèlent

En parvenant à ses bordures.

 

C’est un lieu d’une eau toujours vierge

Et qui ne peut se profaner !

Il redevient vierge, il renaît

Quand un rayon de Dieu l’immerge.

 

 

La poésie fut toujours pour Patrice de la Tour du Pin une manière d’être au monde, une façon de chanter l’existence, une expérience ou, plus exactement, une quête de sens. A cet égard, il appartient davantage à la famille des chercheurs d’absolu qu’à la communauté littéraire de son époque qu’il négligea, n’ayant pas avec elle les mêmes préoccupations de langage et d’objectif. Et il est certain que là où l’homme de foi trouve abondamment sa nourriture spirituelle, le simple amateur de poésie risque d’être déconcerté par autant d’exigence et dans l’incapacité de suivre ce premier de cordée à une telle altitude. Le néophyte regrettera l’œuvre première, "La quête de joie" où resplendissaient les poèmes de jeunesse. Indifférent aux modes et peu soucieux de séduire, Patrice de la Tour du Pin visait autre chose que la seule alliance des mots. Il lui avait fallu, pour édifier son grand œuvre, renoncer aux strophes fluides et presque murmurées des vers d’antan pour dire Dieu, ici et maintenant, et se mettre tout entier au service de la connaissance de l’homme dans le Christ. «Seigneur, la vocation d’un poète est tragique / Surtout lorsque pour Toi il veut tout renouveler». Au fil du temps, le désert, la solitude ont changé la quête de joie en quête d’eucharistie et le dernier "Jeu" n’aura d’autre mission que de proclamer les merveilles du Seigneur. Ainsi le théopoète marche-t-il vers des cieux nouveaux en bâtissant, avec les mots qui engagent tout l’être, sa terre nouvelle.

 

 

 

Cependant, Patrice de la Tour du Pin ne pouvait en aucune façon mener son Jeu devant Dieu, si Dieu Lui-même ne le menait pas en premier. L’initiative relève toujours de Lui seul. Nul ne cherche Dieu si Dieu ne l’a pas cherché. «Trouver Dieu pour le chercher davantage»selon la célèbre phrase de Pascal dans "Le Mystère de Jésus". Lors de cette célébration intime qu’est devenu le poème, l’amour est épiphanique et le texte se situe dans la plus pure lignée de ceux traitant de la contemplation. La foi, en dépassant la raison, n’est-elle pas elle-même une quête d’intelligence ? Et la poésie en dépassant l’idée ne s’ouvre-t-elle pas plus pleinement au mystère ? « Mon Dieu, je me heurte à tout autre, / Tout éclair, un versant caché. / Toute créature un abîme / Où ton souffle seul peut passer". 

 

 

En prenant conscience que l’intelligence, elle aussi, a été baptisée, Patrice de la Tour du Pin entendait rendre concevable au penseur honnête la mystique chrétienne. Et, puisque l’action de Dieu était en mesure d’organiser la poésie à cette fin, et, dès lors, qu’elle faisait corps avec l’expérience spirituelle la plus authentique, en vertu de quoi la poésie ne serait-elle pas autorisée à s’associer à la théologie dans l’approche du mystère et la révélation de l’union de Dieu et de l’homme ?   «N’attendez pas que votre chair / Soit déjà morte, / N’hésitez pas, ouvrez la porte, / Demandez Dieu, c’est lui qui sert, / Demandez tout, il vous l’apporte : / Il est le vivre et le couvert». Ici le Christ est choisi en même temps comme objet et sujet de la quête : «Je peux retourner à la terre / Sans peur n’étant pas seulement / Fils de mon père et de ma mère, / Car tu m’as fait dans mon désert / Fils de ta grâce et de mon sang».

 

Ce poème de "La veillée pascale" clôture cette "Somme" édifiée dans le silence. Le poète s’était consumé à l’écrire loin des vanités du monde et des courants littéraires de son temps, si bien qu’il s’en alla les mains vides, mais assuré, ô combien ! que le langage de la prière serait le seul à ne pas passer… Il meurt en 1975 à l'âge de 64 ans.

 

 

 

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Avec sa femme.

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30 septembre 2019 1 30 /09 /septembre /2019 08:11
Lily sans logis de Frédérique-Sophie Braize

Pour cette publication, j’ai choisi de vous raconter une belle histoire, une histoire pathétique et romantique comme on en écrivait  à une certaine époque. Les aventures d’une jeune fille qui ne vit que de la charité que lui prodiguent les personnes qui s’apitoient sur son triste sort de mère d’enfants handicapés. Un texte qui rappellera, à ceux qui ont connu la communale, les histoires qu’on nous lisait pour nous inciter à la lecture et à l’amour des livres.

 

 

Lily sans logis

Frédérique-Sophie Braize

 

 

Inspiré d'un fait divers réel, qui s’était déroulé au début des années mille-huit-cent-soixante en Haute-Savoie, Frédérique-Sophie Braize nous conte l'histoire de Lily, une jeune fille devenue orpheline, rejetée par le village qui la croit diabolique car elle élève un enfant, deux si on considère les têtes et les bustes, fruit d’une étreinte adultère. Accompagnée de son fidèle saint-bernard, elle décide de quitter sa montagne natale pour rejoindre Thonon-les-Bains où sa mère lui a dit avoir passé les plus belles heures de sa vie. Elle compte y exhiber les enfants siamois pour gagner les quelques sous nécessaires à sa subsistance et à celle de son, ou ses enfants, selon comme on le, ou les, considère, à l’occasion de la foire de Crête.

 

A cette foire, la foule se presse pour voir le curieux bébé, masquant deux individus aux intentions peut-être moins louables que celles des ménagères effrayées et apitoyées qui  se bousculent autour de la charrette du petit monstre. L’un est un affairiste qui voit très bien comment il pourrait utiliser cette jeune fille fraîche et naïve, l’autre est un anatomiste ambitieux rêvant de gloire et d’une notoriété internationale qu’il pourrait acquérir en séparant les bébés. Les bébés ayant disparu pendant la nuit, la jeune fille accepte l’aide de l’affairiste au risque de tomber dans ses rets. Elle connait alors une aventure qui la plonge au plus profond de la fange mais croit toujours en la possibilité de s’en sortir.

 

Cette histoire, ou du moins celle que l’auteure a réinventée, nous décrit la lutte éternelle du bien et du mal qui s’épanouit d’autant mieux dans une société imprégnée de syncrétisme, syncrétisme issu d’un mélange de croyances catholiques et d’un lot de superstitions païennes conservés dans ces contrées hostiles où les idées ne voyagent pas plus vite qu’un simple marcheur à pied. N’oublions pas que Saint François de Sales a vécu dans cette région qu’il a marquée de sa piété religieuse et dont le souvenir reste très prégnant. C’est aussi une leçon de foi et de courage à l’intention de celles et ceux qui ne persistent pas assez et ne croient pas suffisamment en eux et en ceux qui pourraient leur venir en aide.

 

Par de-là le récit et les messages qu’il transmet, "Lily sans logis" est également un ouvrage documenté sur la vie en Haute-Savoie au XIXe siècle. Frédérique-Sophie Braize connait bien la région, ses habitants, son histoire, ses coutumes, sa langue et sa culture. Elle a pris le parti d’utiliser un langage comportant beaucoup de mots et d’expressions usités à cette époque en ces lieux afin de rendre son récit plus crédible. Ainsi a-t-elle choisi une forme littéraire qui rappelle les ouvrages qui, au XIXe siècle, étaient souvent publiés sous la forme d’un feuilleton avant d’être éventuellement édités. En la lisant, j’ai eu l’impression de retrouver les romans dont je me régalais quand j’étais adolescent sur mes plateaux jurassiens.


Denis BILLAMBOZ


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L'auteure

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27 septembre 2019 5 27 /09 /septembre /2019 09:32
Le vieil homme et la mer d'Ernest Hemingway

« Le vieil homme et la mer » compte parmi les ouvrages que l’on se plaît à relire tant le sujet fixe un moment de vie qui tient tout ensemble du mythe et de la réalité et parce que l’écrivain a su faire d’une simple aventure de pêcheur une épopée éternelle. Pour la servir, Hemingway a eu recours au style le plus simple, au vocabulaire le plus courant, et cette simplicité d’écriture donne à son aventure marine une acuité rare, un formidable réalisme dans ce temps court qui est le sien. La prose, dont il use, nous plonge dans le quotidien d’un vieil homme qui aspire à capturer le plus gros poisson de toute sa vie afin d’offrir une conclusion heureuse à celle-ci et se prouver à lui-même qu’il est encore en mesure de se surpasser. Ce récit se déroule en une suite de tableaux, une imagerie réaliste et poétique qui s’appuie sur des signes de vie essentiels, des personnages frustes mais auxquels il confère une stature d’officiants. Qui sont-ils ? Un jeune adolescent qui aime le vieil homme et rêve de l’égaler un jour, et un vieil homme qui épouse sa solitude océanique comme le moine celle de sa cellule. L’art d’Hemingway nous immerge d’emblée dans cet univers marin où les poissons eux-mêmes sont des personnages. Santiago, le pêcheur, sait leur parler comme à des êtres respectables, de même qu’il converse avec les nuages, le ciel et les étoiles. Cela avec une certaine et touchante solennité qui n’est pas sans évoquer celle d’un Virgile.

 

« Il se mit à plaindre le grand poisson qu’il avait ferré. Il est merveilleux et étrange et Dieu sait quel âge il a, pensa-t-il. Je n’ai jamais attrapé un poisson aussi fort qui se comporte de façon aussi étrange. (…) Il ne peut savoir qu’il n’a qu’un homme contre lui, ni que c’est un vieil homme. Mais quel grand poisson ! (…) Il a attrapé l’appât comme un mâle, tire comme un mâle et se bat sans s’affoler. Je me demande s’il a un plan de bataille ou si seulement il ne sait plus quoi faire, comme moi. »


Chroniqueur d’une réalité concrète, ne cédant à aucune facilité de style, pas davantage à l’émotivité intime du héros ou à une quelconque subjectivité, l’écrivain se contente d’une prose descriptive qui nous met en phase avec une actualité d’une minutie extrême. Ce narratif dépouillé donne à cette histoire le caractère d’un cérémonial. Livre court, condensé, inoubliable, « Le vieil homme et la mer » traverse le temps car le temps du héros est celui d’un combat perpétuel, celui du courage et de la solitude dans l’univers le plus symbolique qui soit, celui de l’eau. Les scènes se passent au large de La Havane, capitale de l'île de Cuba, que l'écrivain a souvent fréquentée dans les années 50/60 avec sa troisième épouse Martha qui léguera d'ailleurs sa maison au gouvernement cubain, demeure devenue le musée Hemingway. Chasseur et pêcheur, celui-ci aimait se mêler à la population et partir au large taquiner le poisson. Au bar El Floridita, il crée un cocktail encore servi de nos jours sous les appellations de Papa doble ou papa Hemingway. En 1954 il dédiera son prix Nobel de littérature au peuple cubain.


Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE


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Le vieil homme et la mer d'Ernest Hemingway
Ernest Hemingway pêchant au large de La Havane.

Ernest Hemingway pêchant au large de La Havane.

Sa statue dans le bar de La Havane : El Floridita.

Sa statue dans le bar de La Havane : El Floridita.

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