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2 mai 2016 1 02 /05 /mai /2016 08:28
Vie des hauts plateaux de Philippe Annocque

 

Ce n’est pas la première fois que je présente un livre de Philippe Annocque. C’est un auteur très prolifique et un écrivain que je suis régulièrement car son œuvre est  riche et diverse, elle ne lasse jamais, bien au contraire, elle ouvre à chaque fois de nouvelles portes sur le vaste monde de la littérature.

 

 

                                            Vie des hauts plateaux

                                   Philippe Annocque (1963 - ….)

 

 

Une lecture d’Annocque est toujours une aventure, cette fois encore je me demandais bien ce à quoi je devais m’attendre en ouvrant l’opus et je ne fus point déçu, ce livre propose une autre facette du talent de cet auteur protéiforme. Philippe Annocque n’aime pas les catégories, les classements, les écoles - même s’il y travaille -  il s’évertue dans chacune de ses publication d’exposer une nouvelle version de ses aptitudes littéraires. En la circonstance, il présente au lecteur des textes courts qui ressemblent à une ébauche de roman, à une histoire en morceaux qui n’aurait pas encore été assemblée en un scénario définitif. Mais ces textes sont reliés entre eux par un fil rouge enroulé autour de thèmes toujours présents, même s’ils ne sont pas exposés de façon péremptoire.

 

« Vie des hauts plateaux » est surtout une affaire de mort, de mort rapide, expéditive, comme dans les jeux vidéo. Comme dans les jeux vidéo, la mort n’est pas obligatoirement définitive, il peut y avoir des rattrapages. Une affaire d’amour aussi, celui que l’on fait, moins que celui que l’on éprouve. Aucun sentiment dans ces textes froids comme la glace, rien que des faits, la mort, l’amour, la vie qui s’en va et sans cesse revient. Annocque n’aime pas beaucoup les histoires, elles se ressemblent toutes. « Qui que je sois, mon histoire commencera toujours de la même manière : il me faudra d’abord faire ceci, puis cela, puis autre chose et autre chose encore ; mais toujours les mêmes choses, invariablement les mêmes,  et toujours dans le même ordre ». Il préfère bouger les lignes, bousculer les mots, fausser les perspectives, laisser le lecteur trouver le chemin qu’il esquisse à peine.

 

Ce livre est totalement décalé, il dit tout ce qu’on ne lit pas, le cynisme omniprésent cache mal les sentiments du narrateur ou des narrateurs, on ne sait pas si l’auteur change de sexe ou s’il y a plusieurs narrateurs de sexe différent mais, peu importe, le narrateur ne s’arrête pas à ce genre de détail. « Je sais bien que ces considérations n’entrent pas en ligne de compte : ni l’âge ni le physique, ni même la différence de sexe ne sont véritablement en jeu dans les relations amoureuses ».

 

Comme à chaque lecture nait un nouveau livre, je voudrais faire part des impressions très personnelles qui ont contribué à la construction de ma version de ce texte. En plein débat sur le mariage pour tous, la redéfinition de la famille, la théorie du genre, j’ai eu le sentiment qu’Annocque ouvrait des pistes de réflexion. Ses héros se marient avec toutes et tous, peu importe le sexe, le statut, la couleur,… les familles s’emmêlent allègrement, chacun ayant des enfants avec d’autres qui eux aussi ont des enfants avec d’autres encore etc…, le sexe de ses personnages n’est pas très défini, il est souvent provisoire, de circonstance…  Une façon de ne rien dire sur le sujet (« C’est plutôt difficile à expliquer – comme toujours : la vérité, c’est toujours difficile à expliquer ») et d’inviter le lecteur à réfléchir à ces questions en méditant sur ce qui transparait entre les lignes de ce texte. Le transit et les stationnements intensifs entre sa porte et son lit pourraient être aussi une parabole de l’afflux et de l’accueil des migrants qui déferlent actuellement vers nos cités, ces interprétations possibles montrent la richesse de ce texte dans lequel  je verrais avant tout une forme de variation sur le thème de la différence abrogée à travers l’accession à l’unicité sexuelle sans que cela apparaisse pour autant pour une théorie émise par l’auteur, seulement une farce pour dédramatiser un débat qui prend une mauvaise tournure. Annocque ne fait pas la morale, il ironise, il joue, il nargue, il nous dit ce qui pourrait être, à chacun de se débrouiller avec ces diverses suggestions.

 

J’ai eu également l’impression que cet ouvrage venait au moment où son auteur sentait qu’il avait atteint le sommet de la phase ascendante de sa vie et qu’il sentait venir les premiers symptômes de la seconde partie de son existence, celle qui descend, « …l’âge m’est tombé dessus et dès le lendemain sur le dos de ma femme ».

 

Denis BILLAMBOZ

 

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29 avril 2016 5 29 /04 /avril /2016 10:24
Cette nuit la mer est noire de Florence Arthaud
Cette nuit la mer est noire de Florence Arthaud

J’ai toujours eu pour elle une immense admiration. Son courage, son énergie, son insolence, son panache, tout en elle provoquait mon enthousiasme. Sa mort brutale, le 9 mars 2015, dans un accident stupide d’hélicoptère avec d’autres jeunes champions, m’avait bouleversée. Aussi ai-je lu son livre,  « Cette nuit la mer est noire », publié un an après sa disparition, avec émotion et un intérêt grandissant tant il est rédigé avec naturel, simplicité et talent. On y retrouve Florence dans toute sa spontanéité et son intelligence, sa gentillesse aussi, sa passion absolue pour le grand large mais également son amour des siens et de la nature, sans oublier son chat Bylka qui restera seul sur son bateau à la dérive pendant 24 heures. Nous sommes le 29 octobre 2011, Florence fête ses 54 ans et a envie d’être seule en mer pour cette occasion. C’est ainsi. Ce soir-là, elle est en Méditerranée,  au large du Cap Corse et navigue  en direction de Marseille. Subitement, une vague va la renverser alors qu’elle se trouve à  l’arrière du bateau dans une position…délicate.

 

« J’ai basculé en une fraction de seconde. Je suis dans l’eau. Il fait nuit noire. Je suis seule. Je tourne la tête en tous sens, instinctivement. Je vois mon bateau qui s’éloigne. Je cherche un repère. Une lueur. Un objet. Un signe de vie. Rien. Je suis absolument seule. Isolée dans l’immense masse sombre et mouvante de la mer. Dans quelques instants, la mer, ma raison de vivre, va devenir mon tombeau. »

 

Ces terribles instants, où elle va lutter pour survivre, feront remonter à sa pensée les moments clés de son existence qu’elle évoque avec beaucoup de spontanéité dans ce livre-mémoire qui nous touche d’autant plus que la mort ne lui laissera que trois années et demie de sursis, avant de la rattraper. Elle revenait de deux mois de navigation qui l’avait conduite à Ibiza, puis à Alger, enfin à Carthage et à Rome. C’est alors l’accident, l’effroi, l’eau noire.

 

« La  peur que j’éprouve n’a rien des frayeurs que je rencontre en course. Ces frissons-là, ces montées d’adrénaline,  je les recherche ! Sur les océans, même déchaînés, on reste projeté vers cet horizon qui, invisible ou non, signifie la vie, l’existence intense, limpide, et sans aucun doute l’éternité. Si je n’avais eu cet amour des grands frissons, je serais restée chez moi, j’aurais pris un travail comme tout le monde. Et j’aurais fait du tricot. »

 

Le goût de la mer, Florence l’a éprouvé dès l’enfance où, en compagnie de ses deux frères, son père l’emmenait en Méditerranée à bord de son voilier. D’autre part, ce père éditeur lui aura permis de rencontrer les plus grands marins du monde et de les écouter narrer leurs histoires, leurs démêlés avec les océans, leurs tours du monde à la voile. Quelle meilleure initiation ? Si bien que la jeune fille de bonne famille, éduquée chez les religieuses, quittera à 18 ans le domicile familial, en laissant un petit mot d’adieu sur son oreiller, pour connaître à son tour le grand frisson de l’inconnu et, à force de volonté, de se forger un destin. On se souvient de son arrivée en Guadeloupe en 1990 à bord de son « Pierre Ier », victorieuse de cette Course du Rhum mythique où elle parvint  à laisser assez loin derrière elle ses concurrents, tous des marins chevronnés, alors qu’elle portait une minerve et avait été victime d’une hémorragie. Quelle arrivée ! Une femme pour la première fois victorieuse d’une telle course !

 

«  Malgré la minerve, l’hémorragie, la panne de pilote automatique et l’absence de radio, j’ai gagné cette Route du Rhum 1990, dans des conditions où j’aurais pu abandonner mille fois, dès le départ. J’avais senti, je sentais qu’il n’y avait qu’une seule chose à faire, précisément : gagner cette course.  (…) Unie par toutes mes fibres à mon bateau et à l’océan, je vivais mon destin ».

 

Cet exploit magnifique, quasiment inimaginable, la faisait entrer d’emblée dans la légende des océans et la baptisait « La petite fiancée de l’Atlantique ». Ses amis marins se sont inclinés avec admiration devant cette prouesse, les Poupon, Kersauson, Lamazou, Péron et quelle est la femme qui n’a pas été fière de voir cette frêle jeune fille prouver aux hommes qu’elle pouvait avoir les mêmes capacités qu’eux, la même intelligence, la même persévérance, la même audace à vaincre le danger et à s’affronter au plus redoutable des éléments ? Une course est aussi une stratégie. Il faut user de feeling et jouer à qui perd gagne avec les probabilités, ruser avec la houle et les vents, choisir les bons angles d’orientation, être un stratège habile avec les vagues. Oui, naviguer est un art difficile et, sans nul doute, Florence Arthaud était un grand marin. Elle avait un sens inné de la mer, elle savait comment l’affronter, comment surmonter ses colères et ses caprices, comment s’y maintenir et s’y conduire.

 

« Comme toujours, je voulais être seule sur mon bateau. Profiter de cette intimité avec les vagues et l’infini du cosmos. La beauté de cette solitude ne peut être décrite que par ceux qui la vivent. Beauté de ce décor sauvage, beauté de la liberté goûtée ici sans entraves, beauté de ces moments magiques où le temps n’existe plus et où les rêves peuvent devenir réalité. »

 

Toujours prisonnière des eaux noires en cette nuit du 29 octobre, Florence ne devra la vie sauve qu’à son portable retrouvé dans la poche de sa veste de quart. Par miracle, il est étanche. Ainsi, peut-elle joindre sa mère, qui prévient son frère et le Cross de Toulon (Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage). Celui-ci fera diligence et parviendra à la sauver in extremis car, autre miracle, Florence avait relevé sa position juste avant de tomber à l’eau. Si bien que l’hélicoptère la repère assez aisément. Cette nuit, la mort n’a pas voulu d’elle. Florence va retrouver son bateau et son chat Bylka, sa fille Marie, sa mère qui, au téléphone, avait bien cru assister à la mort de sa fille en direct.

 

« Aujourd’hui, j’ai conscience que j’aurais pu – que j’aurais dû – mourir et cela me touche profondément. C’est sans doute ce qui m’oblige à témoigner. Vivre pour moi-même, franchement, je m’en moque. (…) Ce salut m’a été donné, je le ressens comme une deuxième vie qui m’est offerte. »

 

Pas pour longtemps hélas ! Mais quel bel exemple de vie, quel beau parcours hors norme, que de rêves et d’enthousiasmes suscités par cette femme qui aimait la houle, les grands horizons, les hommes et femmes de bonne volonté et les chats.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Cette nuit la mer est noire de Florence Arthaud
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25 avril 2016 1 25 /04 /avril /2016 08:19
Kinderzimmer de Valentine Goby

Je ne voulais pas lire ce livre, j’en ai déjà trop lu sur cet épisode abominable de l’humanité, cette version inadmissible, impensable, insupportable, indigne, … d’êtres se disant humains et pourtant je l’ai lu car je ne sais pas résister à la prose de Valentine et à sa façon d’aborder les sujets même les plus rebutants. Et encore une fois, je ne le regrette pas, Valentine a vraiment un grand talent d’écriture.

 

 

 

Kinderzimmer

Valentine Goby (1974 - ….)

 

 

Valentine Goby, avec ce roman à succès, nous offre un nouveau livre sur la tentative de survie dans un camps de concentration mais pas un livre de plus, un livre différent, un livre qui ne cherche pas seulement à témoigner mais un livre qui, par la fiction, essaie de recréer les vides laissés béants par la mémoire des témoins. Un livre qui pousse des portes qui, jusque-là, n’avaient été qu’entrouvertes, on savait qu’il y avait eu des enfants dans les camps de déportation mais on connaissait assez mal leur vie et surtout leur mort, tous sont presque morts avant l’âge fatidique des trois mois. Un livre sur un sujet méconnu mais surtout un livre d’une énorme sensibilité, d’un grand humanisme, exprimé en creux à travers l’odieuse inhumanité du monde concentrationnaire, la négation de la vie, la destruction de la personnalité, l’abolition de l’être en tant que personne pensante pour en faire une bête de somme appelée à être exterminée quand elle ne sera plus assez solide pour travailler.

 

En s’appuyant sur la vie de femmes ayant été effectivement déportées à Ravensbrück, Valentine Goby reconstitue l’extraordinaire lutte de ces femmes pour se lever chaque matin en espérant vivre un jour de plus. Mila, jeune résistante française déportée, après avoir été dénoncée, est le centre de ce récit, elle porte les témoignages que l’auteure a pu entendre ou lire et les bouts de fiction qu’elle a dû inventer pour donner vie (dans ce contexte, vie est un mot usurpé, il conviendrait mieux de parler de survie ou de marche vers la mort) à ses personnages. Mais, en arrivant dans le camp, Mila découvre vite qu’elle est enceinte et que c’est un motif de mort immédiate. Elle doit cacher son état puis son bébé avec l’aide de toute une bande de femmes, parfois très jeunes, qui constituent une chaîne de solidarité en prenant des risques incroyables pour chaparder des petites parcelles dans le presque rien dont elles disposent ou dans l’abondance qui leur est confiée au travail. C’est à partir de ce témoignage réel que Valentine peut pousser la porte de cette fameuse Kinderzimmer si méconnue jusqu’à présent.

 

Primo Levi, Imre Kertesz et d’autres encore ont témoigné froidement en énonçant des faits, en dressant des descriptions et des portraits sans jamais livrer leurs sentiments ni leur avis, espérant ainsi rester crédibles et être entendus. Valentine n’a plus aujourd’hui le risque de ne pas être crue, elle a pu se livrer à l’exercice de la reconstitution, ce qu’elle fait remarquablement. Le risque était de trop en faire, de laisser son pathos déborder dans ses pages, de jouer sur la corde sensible, de provoquer la haine, mais elle a su, par son regard, son langage, sa sensibilité, son courage affronter l’horreur et la décrire dans toute son atrocité en faisant vivre ces femmes au cœur de cet enfer comme des êtres humains moyens avec toute la panoplie des forces et des faiblesses existant dans notre monde.

 

Comme ces héroïnes, Valentine a dû affronter les mots car son langage, comme le nôtre, comme celui des déportés, ne comporte pas de termes pour dire ce qui va arriver à celui ou celle qui est condamné, dans un wagon à bestiaux, à partir en Allemagne. Elles savaient qu’on pouvait être déporté en Allemagne mais elles ne savaient pas ce que signifiait le mot « déporté » et l’Allemagne c’est grand, elles ignoraient où on les conduisait, leur destination, la durée du voyage et où elles allaient échoir. Elles ont découvert le mot « Ravensbrück » en arrivant à destination, comme elles ont découvert tout un langage nouveau qu’elles ne comprenaient pas, un langage phonétique composé avec des mots allemands déformés et un peu de toutes les langues pratiquées par les détenues arrivées avant elles, surtout des Polonaises. Elles n’avaient pas de mots non plus pour décrire les atrocités qu’elles devaient subir, il n’y a pas de mots pour dire les choses qu’on pense impossible, elles ont dû inventer, avec celles qui les ont précédées, un vocabulaire de l’horreur. Il fallait créer ce dictionnaire virtuel de l’enfer pour pouvoir commencer à survivre, organiser un semblant de vie, structurer une nouvelle société inconnue jusqu’alors de l’humanité, un monde en équilibre entre la vie et la mort, un monde de morts vivants mais un monde qui lutte, qui lutte pour vivre un jour de plus, qui dit, qui raconte pour qu’un jour quelques-unes puissent témoigner. Mais pour témoigner, être entendu, être cru, il faut trouver les mots que, ceux qui n’y étaient pas, peuvent comprendre.

 

Valentine a eu ce talent de transmettre, de  témoigner de l’horreur que ces femmes ont traversé, souvent à en mourir parce qu’elle a écouté, entendu, compris celles qui ont parlé, celles qui ont écrit. Elle a  su choisir les bons angles pour que son regard soit celui de nos yeux, de nos cœurs, de nos tripes. Elle a su construire son récit, son  texte, ses chapitres, ses paragraphes, ses phrases pour qu’on la croit, qu’on voit vivre, souffrir et mourir ces femmes. Son écriture riche, dense, intense nous a conduit au cœur de l’horreur, de l’inhumanité, sans qu’on lâche le livre, ces mots étaient à la limite du supportable, mais il était impossible d’abandonner les femmes qu’ils faisaient revivre.

« Le camp, est une régression vers le rien, le néant, tout est à réapprendre, tout est à oublier ».

 

Denis BILLAMBOZ

 

 

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18 avril 2016 1 18 /04 /avril /2016 07:46
Ozu de Marc Pautrel

Voici un texte qui devrait ravir tous les cinéphiles, il pourrait même figurer sur le blog qu’Armelle consacre au cinéma. Ce livre n’est certes pas une biographie, c’est un texte qui s’inspire profondément de la vie du grand cinéaste Yasujirô Ozu, l’auteur notamment du film mythique,  « Voyage à Tokyo ».

 

 

Ozu

Marc Pautrel (1967 - ….)

 

 

C’est le second livre que je lis à l’occasion de cette rentrée littéraire qui fleure bon la littérature japonaise. Delphine Roux m’a enchanté avec « [Kokoro] » et Marc Pautrel me ravit à la lecture de ce texte inspiré de la vie du grand cinéaste nippon Yasujirô Ozu né à l’aube du XXe siècle à Tokyo, sa ville de toujours, celle qu’il préféra à toutes les autres, même les plus belles et les plus grandes, comme Kawabata resta amoureux toute sa vie de Kyoto. Dans un texte découpé en chapitres courts comme un film est découpé en scènes et en plans, Pautrel raconte ce qui aurait pu être la vie de ce géant du cinéma japonais reconnu à l’étranger alors qu’il était mort depuis longtemps déjà.

 

Le 1er septembre 1923, Ozu est à son bureau dans les studios de cinéma où il travaille quand le fameux tremblement de terre du Kantô, qui détruisit une grande partie de Tokyo, secoue la ville pendant quatre longues minutes. Il échappe à la mort mais la ville et ses studios sont la proie des flammes pendant deux jours entiers. Ozu se reconstruit, comme la ville, et refait sa vie de cinéaste qui prend une nouvelle saveur avec la naissance de son  neveu qui, hélas, décède bien trop vite pour le grand malheur de la famille. Et, sa vie continue avec la même alternance de deuils et de catastrophes violents et douloureux et de périodes de reconstruction. A travers cette existence, on peut voir un symbole de la précarité de l'existence au Japon toujours exposée aux cataclysmes : tsunamis, tremblements de terre, décès de tous ceux et tout ce qu’on aime. « Mais le Japon est le Japon, il se reconstruit sans cesse, … » et lui recommence à faire des films car il faut procurer des  émotions aux spectateurs pour qu’ils surmontent ces événements destructeurs. « Je veux que le spectateur ressente la vie » - répète-t-il chaque fois qu’on l’interviewe.

 

Comme Kawabata, il est fasciné par le spectacle des cerisiers en fleurs, il éprouve de fortes émotions devant les miracles que la nature met en scène tout aussi joliment dans certains quartiers de Tokyo qu’à Kyoto. Cette émotion, il voudrait la capturer pour la mettre dans ses films et l’offrir aux spectateurs qui, comme lui, subissent les innombrables catastrophes que le Japon endure régulièrement. A cette fin, il créée avec son complice Noda, son fidèle scénariste, un style bien personnel qui ne fait pas immédiatement l’unanimité. Son regard sur le Japon contemporain ne fait pas plus l’unanimité. « Les japonais pensent qu’il montre un pays trop occidentalisé et les Occidentaux trouvent qu’il montre la quintessence du Japon traditionnel ». Ozu a compris, à travers les épreuves de sa vie, que le Japon est éternel, qu’il renaitra toujours de ses cendres mais que, pour revivre encore plus fort, il devra s’en donner les moyens en utilisant les techniques mises au point par les Occidentaux.

 

Il faudra attendre la fin de sa vie pour que l’Académie japonaise reconnaisse son talent, bien après les spectateurs qui lui ont fait un triomphe longtemps avant, et il faudra attendre encore plus longtemps, après sa mort, pour que le monde découvre ses œuvres et lui réserve un accueil enthousiaste. Je ne sais pas si Marc Pautrel est fidèle à la biographie d’Ozu, mais il a su, à travers un excellent texte, sobre, clair, épuré, nous faire ressentir la violence des émotions que ce géant du cinéma a pu ressentir au long de sa trop courte vie -  il est décédé le jour de son soixantième anniversaire - pour nourrir ses films. Je pense que de nombreux lecteurs se souviendront de « Voyage à Tokyo » qui a connu un réel succès en France comme partout ailleurs. Et, le livre de Marc devrait, lui aussi, connaître un joli succès car l’auteur décrit les émotions et motivations du cinéaste dans un texte aussi  passionnant qu’un bon roman.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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Image du film "Voyage à Tokyo".

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12 avril 2016 2 12 /04 /avril /2016 08:06
Les larmes de la mer

 

Si le ciel vire ses voiles,
vous saurez que les navires, partis à l'aube,
ont ouvert des voies d’eau sur l’infini,
que les hommes voguent vers la haute mer,
qu’ils reposent au fond des cales, sous des bâches,

la tête pleine de chimères.
Vous connaîtrez l’angoisse, l’obsession,
quand tout se tord et se tend,
que tout s’exaspère,
que les cordages lâchés se lovent sur les ponts.
L’air saturé d’étoiles est un miroitement sans fin.

 

Dans cette pénombre,
des signaux brefs nous disent
qu’ailleurs est un espace familier et meilleur,
au loin, alors qu’un cap se profile,
notre faim s’accroît d’un dernier désir.
Les marins, l’oreille en alerte,

surprennent le bruit sourd des vents qui remontent à leur base.
Désormais, n’y–t-il plus d’attente à espérer ?
Ce continent nous restera-t-il inconnu ?
Où mener notre course sans céder, sans faiblir trop vite ?

 

Ecoutons respirer les éléments,
voyons le ciel se mouvoir.
Qui s’avance, qui va dans la nuit ?
Il y a mieux à faire que de dormir. Veillons !
Tenons-nous à la proue, droit, le visage impérieux.
Force nous est de scruter, d’imaginer des contrées
où s’honoreraient des bêtes mythiques.
L’oiseau passe qui annonce un continent proche, une terre sauvage.

 

Reflet qu'un chemin de solitude propage,
demain nous apprendra que la fin est proche,
que le jour tarde à se lever.
Il hésite à la frontière des mondes.
N'est-ce pas des galaxies qui neigent dans l'univers,
n'est-ce pas l'éclipse qui s'accomplit avec majesté ?
Il faut se refuser à la médiation,
accepter que la route aboutisse ou bien reprendre l'océan.

En Atlantique, rien ne meurt vraiment.
Il y a une vérité à comprendre,
un chemin de halage à emprunter.
J’ai soif ! Quel océan pour m’abreuver,
quelle terre pour, à son terme, accueillir mon voyage ?
Je ne connais que l’illusion de l’apparence,
que son destin tragique.


La nuit sur tous les fronts.
Elle gave la terre, un limon putride tapisse les ruisseaux.
Le ciel germe ses feux. L'éclosion d'une flamme assemble les cris.
On brise les sceaux de tout un peuple,
on saccage les villes bâties à la hâte sur des éperons rocheux.
L'Atlantique est une contrée au-delà du possible.
D'étranges choses s'y passent.
On ne lève pas l'ancre pour s'affranchir 
mais pour se porter secours.
Celui qui revient porte son deuil.
De là où je suis, je prends en compte l'éternité.
Avec elle, je dérive, je l'étarque fort,
je la mène vers ce point que je refais chaque jour,
à chaque heure. Un point qui sursoit ma vision.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE  ( Extraits de « Profil de la Nuit » )

 

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11 avril 2016 1 11 /04 /avril /2016 08:26
Dictionnaire de trois fois rien de Marc-Emile Thinez

Un tout petit ouvrage en forme de dictionnaire que l’auteur a rédigé pour décrire le père qu’il a eu, un homme qui n’a pas eu la chance d’apprendre tout ce qu’il aurait voulu savoir et qui essayait de combler ses carences en remplissant des grilles de mots croisés.

 

 

                                      Dictionnaire de trois fois rien

                                 Marc-Emile Thinez (1975 - ….)

 

 

« Algèbre … Une contrainte qui compte. Jean n’aime pas les maths, les Arabes non plus ». La première définition de ce dictionnaire est édifiante, le raccourci est fulgurant. Jean est déjà sur la sellette. Jean c’est apparemment le père de l’auteur, du moins dans cet ouvrage, c’est un cruciverbiste fidèle, il fait chaque jour la grille de l’Huma car Jean est communiste, un peu franchouillard, communiste comme d’autres sont catholiques ou philatélistes. Il ne conteste jamais la parole du parti, l’Huma est son bréviaire. Il ne se pose pas de questions, ce n’est pas un intellectuel, il exécute et fait des mots croisés avec son fidèle dictionnaire, « Le dictionnaire est Le Livre, sa bible à lui, le mécréant ».

 

Marc- Emile c’est le fils, le fils doué qui sait lire très tôt les bulles de Pif le chien dans l’Huma, c’est lui plus tard qui établira ce dictionnaire des termes qui  définissent le mieux son père. Ces mots, dont il donne une version littéraire, lexicologique, et une illustration appliquée à l’usage que Jean en fait ou à la description de l’univers de Jean.

 

Ce dictionnaire est bien sûr très drôle, l’auteur joue avec les mots comme d’autres avec les balles, ne rechignant jamais à formuler calembours, aphorismes et autres jeux de mots toujours savoureux. Mais tous ces jeux avec les mots cachent mal une satire acerbe de la France profonde manipulée par les partis politiques et les leaders d’opinion. Jean est communiste mais il pourrait appartenir à n’importe quel autre parti, il se comporterait de la même manière, comme un bon vieux godillot, comme un électeur sûr et convaincu, comme un militant zélé ne contestant jamais les décisions prises par les instances supérieures. Sous cette satire acide, il y a aussi beaucoup de tendresse pour ce père qui n’a pas eu la chance de poursuivre ses études bien longtemps ; il a quitté l’école à onze ans et voudrait apprendre encore en faisant ses mots croisés avec son dictionnaire fétiche. Jean est le père que de nombreux enfants ont eu au siècle dernier quand il y avait encore des ouvriers et des agriculteurs qui apprenaient tout sur le tas.

 

Une fois de plus, la preuve est faite qu’un petit livre peut contenir beaucoup, beaucoup de choses. Ainsi, peut-on évoquer la réflexion de l’auteur au sujet de l’ambigüité du langage à qui on peut faire dire tout ou rien ou tout et rien. En lisant ces lignes, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à ces réunions auxquelles j’ai participé et au cours desquelles on essayait d’écrire en commun une délibération, une clause, une motion … Le déficit de langage n’est pas le propre des ouvriers de la fin du XXe siècle, elle perdure encore, même chez des gens qui ont fréquenté l’université. Ne sont-ils pas capables de parler de tout et de rien pendant des heures sans rien décider du tout ! Chacun ne met pas « La même application à chercher le bon mot que son prédécesseur le bon champignon ».

 

Un tout petit livre qui n’a l’air de rien mais qui dit tout sur le rien et le tout et sur la grande difficulté qu’il y a à se comprendre avec seulement des mots, comme le savent bien ceux qui fréquentent assidûment les réseaux sociaux et les débats houleux qu’ils génèrent pour de simples incompréhensions.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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6 avril 2016 3 06 /04 /avril /2016 08:05

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Avec une oeuvre riche d'une trentaine d'ouvrages, de multiples récompenses dont le Nobel 2010 de littérature, une carrière de cinq décades, maints combats politiques et engagements qui vont du tiers-mondiste à l'ultra libéralisme, Mario Vargas Llosa est un écrivain incontournable de la littérature internationale, traduit dans presque toutes les langues et auteur d'une oeuvre solidement ancrée dans la réalité politique sud-américaine. Cette oeuvre, a-t-il avoué devant les jurés de Stockholm - " exalte la résistance de l'individu, de sa révolte à son échec " - et prend sa source au plus intime de son auteur.

 

Né en 1936 dans la ville d'Arequipa au Pérou, l'écrivain a passé la plus grande partie de son enfance en Bolivie auprès d'un grand-père qui aura la bonne idée de l'initier à la lecture - " ce qui m'est arrivé de plus important dans ma vie" - confiera Llosa, reconnaissant à cet ancêtre éclairé. Mais en 1948, sa mère avec laquelle il vit - son père étant resté au pays auprès d'une autre femme - s'installe à Piura au Pérou et c'est alors que la figure paternelle réapparait et que ce père inscrit son fils, qui lui semble trop confiné dans son imaginaire, au collège militaire de Leoncia-Prado, où l'adolescent va vivre un véritable enfer. Après cette expérience douloureuse, Llosa prend son destin en main et choisit l'université et des études littéraires pour lesquelles il se sent depuis toujours une vocation. Très vite, encouragé par la lecture de Sartre, il rejoint l'organe clandestin du Parti communiste et devient un militant de gauche qui combat la dictature du général Odria, expérience qui nourrira l'un de ses grands romans "Conversation à la cathédrale". Puis, il part pour l'Europe afin de rédiger sa thèse de doctorat, lit Flaubert, Sartre et Camus, ce dernier l'éloignant progressivement du dogmatisme sartrien. C'est à Paris que naît son amitié pour des écrivains comme le Colombien Gabriel Garcia Marquez, l'Argentin Julio Cortazar et le Mexicain Carlos Fuentes.

 

Son premier roman "La ville et les chiens"  sera publié en 1963, vision sombre du Pérou d'alors à travers la description d'un collège militaire où le jeune homme avait passé tant d'heures difficiles. Ce premier ouvrage sera salué d'emblée par la presse qui le considère d'ores et déjà comme un novateur. Cela grâce à une construction rigoureuse et au don de conteur de Mario Vargas qui sait utiliser à bon escient les techniques modernes. A 30 ans à peine, le voilà salué comme le chef de file de la littérature sud-américaine.

 

Fort de cette notoriété naissante, Mario Vargas se retire quelques années dans son pays natal et y rédige "La maison verte" ( 1966 ), récit touffu qui lui vaut néanmoins son premier prix, l'international de littérature Romulo-Gallegos. C'est à l'occasion de son discours de réception qu' il définit sa conception de la littérature : - "La littérature est feu, cela signifie non-conformisme et rébellion ; la raison d'être de l'écrivain est la protestation, la contradiction et la critique." Il ne dira pas davantage, ni mieux, 43 ans plus tard à Stockholm : - " Nous serions pires que ce que nous sommes sans les bons livres que nous avons lus ; nous serions plus conformistes, moins inquiets, moins insoumis, et l'esprit critique, moteur du progrès, n'existerait même pas." -

 

Lors d'un voyage à Cuba, l'affaire Padilla, du nom d'un poète cubain emprisonné pour ses écrits subversifs contre le totalitarisme de Castro, lui fait prendre conscience de l'anormalité de la situation et le décide à rompre avec son engagement castriste. A la suite de cet événement, sa conscience politique évolue à la faveur de faits marquants, ainsi le Printemps de Prague ( 1968 ), la lecture de "L'Archipel du goulag" de Soljenitsyne ( 1973 ), les analyses politiques d'un Aron et d'un Revel, ces maîtres en lucidité, et il reconnaîtra bien volontiers ses propres erreurs de jugement en écrivant " que l'intelligentsia occidentale semblait alors, par frivolité ou opportunisme, avoir succombé au charme du socialisme soviétique ou, pis encore, au sabbat sanguinaire de la révolution culturelle chinoise." Aveu courageux que tous les acteurs de cet opportunisme ou cet aveuglement n'ont pas formulé.

 

C'est probablement avec "La guerre de la fin du monde" que Mario Vargas Llosa atteint le sommet de son art romanesque. Pour la première fois, celui qui se définit comme agnostique, aborde un thème religieux et décrit un épisode fascinant que les historiens nomment la guerre des Canudos ( 1896 - 1897 ), où une poignée de chrétiens défie la République brésilienne et édifie une communauté ascétique, qui n'est pas sans rappeler ce que fut chez nous la guerre de Vendée. De retour au Pérou, l'écrivain quitte l'ambiance feutrée des salons littéraires pour se jeter dans l'arène politique et se confronter aux rudes réalités de son pays alors en pleine déroute économique. Il fonde le mouvement "Liberté" et présentera sa candidature à l'élection présidentielle de 1990. Battu au second tour de scrutin, il s'estime humilié et s'expatrie cette fois définitivement. En 1997, il publie Les Cahiers de Don Rigoterto où il résume sa philosophie au travers de propos tenus par son personnage Ayn Rand : " Tout mouvement qui prétendrait transcender ou reléguer au second plan le combat pour la souveraineté individuelle, en faisant passer d'abord les intérêts de l'élément collectif - classe, race, genre, nation, sexe, ethnie, église, vice ou profession -, ressortirait à mes yeux à une conjuration pour brider encore davantage la liberté humaine déjà bien maltraitée." Profession de foi qu'il reprend et réaffirme dans "La fête du bouc" paru en 2000. Ainsi, non content d'être un conteur, un passeur, Mario Vargas Llosa, tout au long d'une oeuvre pleinement engagée, s'est-il voulu porteur de flambeau.

 

L’écrivain péruvien rejoint ce mois-ci Jean d’Ormesson parmi les auteurs pléiadisés de leur vivant. À 80 ans, Mario Vargas Llosa ne boude pas son plaisir : « La Pléiade, c'est le rêve de toute ma vie d'écrivain. Un miracle français qui me permettra désormais d'être lu en tout temps et dans tous les pays. C'est plus important que le Nobel ». Nobélisé en 2010, il boucle la boucle. Les deux volumes, qui viennent d'être publiés dans la célèbre collection, regroupent dans une nouvelle traduction quelques-uns de ses meilleurs romans comme "La Ville et les Chiens" (paru en 1963) et "Conversation à La Cathédrale", tous deux classés parmi les 100 meilleurs romans en espagnol du XXe siècle. Mais aussi  "La Fête au Bouc" et "Le Paradis un peu plus loin", qui connurent au tournant des années 2000 d'immenses succès publics en France.

 

Mario Vargas Llosa, Oeuvres romanesques, tomes 1 et 2. Coffret : 130 euros jusqu'au 31 décembre 2016.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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4 avril 2016 1 04 /04 /avril /2016 07:26
Le bunker de Balval Ekel

L’éditeur Jacques Flament avait proposé un challenge à ses auteurs : rédiger un texte selon des contraintes qu’il avait lui-même rédigées. Balval Ekel sera la sixième à se soumettre à cet exercice, depuis plusieurs autres ont eux aussi relevé le défi.

 

 

 

                                   Le bunker – Sixième témoignage

                                          Balval Ekel (1963 - ….)

 

 

Pour bien comprendre ce sixième témoignage, il faut revenir au premier qui se chargeait de décrire le contexte. « Le 21juillet 2014, 217 personnes, assises côte à côte, à 10 mètres sous terre, écoutent avec attention les discours inauguraux de L’ANTRE ET DES ARTISTES, un espace culturel souterrain de béton, unique en son genre. C’est à ce moment que la catastrophe … se produit. Sans préavis.  chacun des 217 occupants du bunker est affolé, accablé, sidéré, bête aux abois enterrée vivante dans un immense terrier de béton sans aucune issue immédiate. Peut-être sortiront-ils un jour. Peut-être pas. Ils sont les survivants de la catastrophe, et se doivent d’être des survivants créateurs. Chacun à sa manière, avec son style, témoignera du présent, du passé, du futur hypothétique, de son bonheur d’avoir vécu sur terre ou de sa douleur de la perte des repères et des êtres chers. Ou peut-être, tout simplement, tracera-t-il la marque de son insondable vanité de puceron éphémère dans un monde terrassé d’avoir été trop loin dans sa folie ».

 

Il appartient donc à Balval Ekel de formuler le sixième témoignage.Balval est lauteure dune biographie de son père génétique quelle a cherché longtemps sans le trouver ; il était déjà décédé quand elle a pu l’identifier. Ainsi, grâce à ce nouvel ouvrage, ai-je renoué avec la biographe et la femme que j’avais quittée dans la description de cette quête. Son écriture est toujours aussi empathique, elle donne toujours l’impression de vouloir prendre le lecteur par la main pour l’emmener dans la vie qu’elle a construite dans la douleur au milieu des tracas et ennuis de tout genre. Dans ce témoignage fictif de ce qui pourrait être l’Apocalypse, elle revient sur la vie qu’elle a eue : son enfance, sa jeunesse, ses errances et finalement la rencontre de celui qui lui apporta, la quarantaine venue, l’amour et la stabilité. Elle évoque ce qui fut fondateur de sa personnalité : le sport (le dirigeant que je suis ne peut qu’apprécier ce qu’elle en dit), la peinture, la sculpture et la musique.

 

 

Pour meubler son temps dans cet espace clos, elle décrit la vie de cette petite communauté qui s’est constituée sous terre par hasard, sans qu’aucun des membres n’ait prévu quoi que ce soit. Elle n’a même pas une feuille de papier pour écrire ce qu’elle veut laisser, ne serait-ce qu’une mince trace, au cas où d’autres survivants la retrouvent, alors elle écrit au dos des fiches de présentation des œuvres d’art figurant dans le dossier de presse de la manifestation. Les noms des artistes, de leurs œuvres et de leur pays d’origine sont indiqués au haut de chaque fiche qui porte chacune un texte, une réflexion, un souvenir, une observation…. Elle ne s’attarde pas trop sur le comportement des membres enfermés avec tout ce qu’il faut pour subsister un long moment, elle se concentre essentiellement sur sa famille qu’elle a su stabiliser malgré les difficultés et à laquelle elle est très attachée.

 

 

Cette fin de vie possible, voire cette fin du monde ne l’inquiète pas trop, elle dit sa joie d’avoir enfin réussi sa vie, d’avoir eu des enfants qu’elle aime par-dessus tout, d’avoir trouvé le compagnon qu’il lui fallait. Mais, elle dit aussi sa désolation devant le peu de respect que les hommes ont envers la planète qu’ils habitent, elle pense que cette négligence est à l’origine de tous les tracas qui perturbent le monde et certainement de cette catastrophe qui les enferme dans ce bunker.

 

 

Denis BILLAMBOZ

 

 

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28 mars 2016 1 28 /03 /mars /2016 07:52
Fuir de Jean-Philippe Toussaint

J’ai lu dans le désordre trois livres de la célèbre tétralogie de Marie, je m’en excuse auprès des lecteurs, celui-ci, « Fuir », est le deuxième opus de cette série, il succède à « Faire l’amour » que j’ai lu il y a déjà un bon bout de temps. Il marque une étape après la séparation des deux amoureux qui, déjà, laisser entrevoir une intention de rapprochement.

 



Fuir

  Jean Philippe Toussaint (1957 - ….)

 

 

Avant de commencer la lecture de « Fuir », j’avais la chance d’avoir déjà lu deux des quatre opus qui constituent le cycle « Marie Madeleine Marguerite Montalte » dont le premier, « Faire l’amour », introduit fort utilement celui que j’avais décidé de lire. Je pense qu’il est nécessaire de connaître un peu ce cycle littéraire pour comprendre le présent texte, sinon comment interpréter ce long voyage en Chine sans aucun objet, du moins sans objet expliqué dans le texte, effectué par le narrateur à la demande de la femme qui l’a récemment quitté. Le narrateur en question, toujours aussi invisible, insaisissable, indéfini, comme dans le précédent ouvrage, arrive en Chine (les romans de ce cycle quadrangulaire se déroulent tous, sauf peut-être celui que je n’ai pas encore lu, dans un triangle dont les pointes sont Paris, l’Extrême Orient, le Japon ou la Chine, et l’île d’Elbe), chargé d’une mission dont on ne sait pratiquement rien. Cette mission mystérieuse s’accomplit avec deux protagonistes locaux qui semblent tout droit sortis d’un film de kung fu : un homme, genre garde du corps plutôt belliqueux, et une pin-up enjôleuse mais ambigüe. L’action est elle aussi digne d’un film de ce genre : brutale, de plus en plus rapide, effrénée, jusqu’à une chute banale, confuse, mystérieuse, sans justification. Le narrateur est éjecté de l’action et se réfugie auprès de Marie.

 

Marie, il en a été l’amant, elle est son aimant, ils sont séparés, elle lui confie une mission qui parait d’une grande importance, elle l’appelle, lui d’abord, quand son père décède brutalement, il court vers elle quand elle est dans le deuil. Il fuit, elle fuit, mais à chaque tournant, le courant qui relie les deux ex amants les reconduit l’un vers l’autre sans pouvoir réellement les réunir. Dans « Fuir », l’auteur introduit la mort, la mort qui rapproche les deux protagonistes sans les unir pour autant, on comprend alors que c’est la mort qu’ils cherchent à fuir tous les deux, pensant qu’ils la fuiront plus facilement ensemble, bien qu'ils ne soient liés par aucun lien particulier.

 

Ce roman m’a paru plus obscur que les deux précédents du cycle, les explications fournies par l’auteur, à la fin de l’ouvrage, dans une interview accordée à son éditeur chinois, m’ont éclairé mais pas suffisamment pour que le livre soit devenu lumineux. L’écriture de Jean-Philippe Toussaint m’est certainement plus précieuse à la lecture du texte que les explications qu’il tente de donner, une bonne partie du récit doit être en lui, il le dit, comme il dit qu’il a vécu les événements constituant le roman. J’aime son écriture même si certaines phrases semblent bien longues, mais le texte est bien scandé, bien rythmé, il suffit de se laisser glisser au fil des pages, les ruptures et les respirations arrivent toujours à point nommé pour que le lecteur ne s’essouffle pas. Je reste aussi très admiratif de cette façon de construire un roman dont le centre est excentré, le narrateur parle à la première personne mais il n’est pas le centre du roman, celui-ci n’est autre que Marie, même si elle est parfois très loin de l’action, on sent constamment sa présence comme lorsqu'elle appelle le narrateur au moment où il va faire l’amour avec la belle Chinoise.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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26 mars 2016 6 26 /03 /mars /2016 09:28
La maison de famille proche de Meung-sur-Loire

La maison de famille proche de Meung-sur-Loire

Lorsque j’étais enfant, la fête que je préférais, en dehors de Noël, était la fête de Pâques. Je crois même que j’avais un faible pour elle. Bien que j’appréciais le sapin décoré et semé de flocons de coton, le feu dans la cheminée, les cadeaux étagés autour des souliers au petit matin et la crèche attendrissante, Pâques avait le privilège de correspondre avec le renouveau de la nature, le retour dans la maison de campagne, qui avait été fermée durant l’hiver, et que nous allions ouvrir grâce au retour du soleil printanier. Quitter Paris pour une dizaine ou une quinzaine de jours était  un événement que j’attendais depuis des mois et qui supposait une immersion totale dans ce que j’aimais le plus : le jardin, les fleurs, l’autorisation de vivre au gré de ma fantaisie, de retrouver le parc et ses arbres centenaires, la rivière des Mauves qui serpentait nonchalamment au pied de la demeure. Comment n’aurais-je pas été enthousiaste et ravie à la seule pensée de renouer avec ce monde végétal que j’appréciais plus qu’aucun autre, en compagnie des oiseaux qui préparaient patiemment leurs nids et accordaient leurs voix, avec les amples espaces qui ne cessaient de solliciter  mon regard, enfin avec cette bonne odeur de terre qui germait en silence. Le rendez-vous s’annonçait chaque année sous les meilleurs auspices.

 

Mes parents préparaient l’automobile la veille au soir et la chargeaient de l’indispensable, ce qui était suffisant pour que nous ayons l’air d’effectuer un véritable déménagement. Pour ma part, je n’emportais que peu de chose. J’avais laissé dans un placard les quelques vêtements nécessaires à mes vagabondages et les vacances de Pâques étaient trop courtes pour que je sois astreinte à des devoirs de vacances. N’était-ce pas la liberté à plein temps, l’assurance d’organiser mes journées selon les caprices de mon imagination ?

 

A peine le portail s’ouvrait-il sur le paysage bucolique que j’avais déjà oublié les rigueurs du collège, les rues parisiennes et leur agitation, le macadam qui privait la végétation de tout espace de liberté, les horaires strictes, les obligations scolaires et que la seule vue des coucous parsemant le gazon, de la grive musicienne répétant ses gammes, de la pie préparant laborieusement son nid, oui, je devenais autre, je n’avais plus rien en commun avec la petite élève appliquée et austère. Quelque chose d’irrépressible jaillissait soudain de moi, j’aurais voulu tout embrasser, tout étreindre : le ciel d’un bleu tendre, la rivière murmurante et discrète, les champs au loin qui portaient la promesse des moissons, l’éclat des bourgeons qui timidement venait ressusciter l’architecture dénudée des arbres et des bosquets. C’était un lien fusionnel qui s’établissait alors entre cette nature en train de se reconstruire et mon enfance qui progressivement s’éveillait au monde, en découvrait les mystères infinis, les ressources insoupçonnées, les sublimes réalisations.

Mes cousins et moi ( je suis devant) près de notre cabane.

Mes cousins et moi ( je suis devant) près de notre cabane.

Les ruines de l'abbaye du Rondonneau

Les ruines de l'abbaye du Rondonneau

Cette soudaine intimité rurale éveillait ma curiosité : les vaches à traire, le cheval à rentrer du labour – tous les paysans n’avaient pas encore de tracteurs – les premiers légumes à ramasser, les  plantations à prévoir, les arrosages à assurer, les végétaux à tailler ; oui, tout me séduisait de cette vie qui imposait ses rythmes, de cette nature qui ne cessait d’alterner ses spectacles. La maison de nouveau habitée et chauffée, les enfants avaient quartier libre. Nous pouvions gagner les bois pour d’interminables parties de cache-cache, sauter dans une barque pour se laisser glisser dans les méandres de la rivière, préparer un goûter dans la petite cabane où nous avions un vieux fourneau à notre disposition ou bien inventer un jeu de piste, partir à travers champs à la découverte de la tour fantomatique du château des Touannes  qui levait en moi toutes sortes de rêves de princesse oubliée et d’amours sacrifiés. Mes cousins et cousines étant plus âgés, je courais à leurs basques ne voulant pour rien au monde être exclue de leurs jeux, d’autant que mon imagination, plutôt féconde, me valait de les surprendre en maintes occasions. Je leur proposais de partir en quête de personnages de légende que les ruines voisines ne pouvaient manquer d’évoquer. N’avions-nous pas ici, au Rondonneau, le départ de plusieurs souterrains qui, jadis, reliaient la petite abbaye à Cléry et la guerre de cent ans n’avait-elle pas laissé des traces dans les environs tout proches d’Orléans et de Patay qui se rappelaient le passage de Jeanne d’Arc ? Et que dire du château de Meung-sur-Loire qui, en 1461, avait  compté le poète François Villon parmi ses prisonniers. Comme la propriété appartenait, à l’époque, à une famille, j’étais parfois conviée par la fille aînée qui, à l’aide d’une torche électrique, m’invitait à descendre visiter les prisons, ce qui provoquait en moi des frissons de terreur. On y voyait encore les chaînes des prisonniers, des outils de torture, de quoi nourrir pour plusieurs mois une imagination enfantine. On sait que la lugubre réputation de ces cachots n’a eu d’autre cause que la dureté des détentions qui provoqua la mort de nombreux prisonniers. On sait aussi que le passage du pont de Meung a marqué le début de la victoire définitive de la Pucelle sur l’occupant anglais. Elle est relatée comme suit par un chroniqueur de l’époque : « Et alors de Duc Jean II d’Alençon, comme lieutenant général de l’armée du roi, accompagné de la Pucelle, de messire Louis de Bourbon, comte de Vendôme, d’autres seigneurs, capitaines et gens en armes en grand nombre tant à pied qu’à cheval, partirent d’Orléans avec une importante quantité de vivres, de charrue et d’artillerie, le mercredi 15 du mois de juin, pour aller mettre le siège devant Beaugency mais en voyant le pont de Meung-sur-Loire combien les anglais l’avaient fortifié et fortement défendu par des  vaillants combattants, qui tentaient de le défendre. Malgré cette défense, le pont fut pris dans l’assaut, sans guère retarder l’armée. »

Le château de Meung-sur-Loire et ses fameuses prisons
Le château de Meung-sur-Loire et ses fameuses prisons

Le château de Meung-sur-Loire et ses fameuses prisons

Par ailleurs, ma familiarité avec les animaux s’est évidemment intensifiée à les côtoyer de si près. Ce fut néanmoins une initiation difficile avec ses joies et ses chagrins. Le premier de ces chagrins eut lieu alors que j’accompagnais Renée, notre employée de maison, qui venait de capturer une poule. Je ne comprenais pas très bien ce qu’elle allait faire et fut épouvantée lorsque je la vis suspendre dans la buanderie l’animal par les pattes, sortir un couteau et lui couper la gorge. Je me mis à hurler en voyant la pauvre bête battre des ailes avant de se raidir. Et bien quoi ? – me dit Renée, si tu aimes manger de la poule, il faut bien la tuer et la plumer. C’est seulement alors que j’ai fait la relation entre la souffrance de l’animal sacrifié et le plaisir que je prenais à savourer une aile ou une cuisse dorée à point. Cette prise de conscience fut un véritable choc. Bien entendu, lors du déjeuner du lendemain où la pauvre poule était servie sur un plateau, je susurrais que je n’avais pas faim. Tu n’as pas faim ? - s’étonna ma mère. Mais tu as couru toute la matinée, tu dois avoir de l’appétit ou bien tu es malade ? Je fis donc semblant d’être malade. Mais cela ne pouvait durer. Il fallut que je m’habitue à cette réalité brutale. La vie n’est faite que de cela. Et l’apprendre suscite autant d'affliction que de résignation. Ainsi les vacances de Pâques voyaient-elles alterner les effrois et les émerveillements. La nature si belle jouait de toutes ses féeries, les cloches carillonnaient  le retour de toutes les espérances, on ramassait des œufs en chocolat dans les buissons et un lapin manquait dans le clapier.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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La rivière des Mauves

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