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29 août 2016 1 29 /08 /août /2016 07:16
Fausse route de Pierre Mérindol

De temps à autre, j’aime bien extraire des oubliettes de la littérature des auteurs dont on a totalement perdu la trace, on ne sait même plus s’ils sont encore en vie. Pierre Mérindol est, lui, décédé en 2013 et la réédition de son roman « routier » est l’occasion de rendre hommage à sa mémoire.

 

 

 

                                                        Fausse route

Pierre Mérindol (1926 – 2013)

 

 

« L’histoire de cette histoire commence au comptoir… », comment bouder un livre qui commence au comptoir, même s’il ne s’agit que de la préface, une préface goûteuse comme une assiette de charcuterie dégustée à l’heure du casse-croûte sur le zinc d’un bar, avec un pichet de brouilly ou de côte du Rhône. Un morceau d’anthologie qu’il ne faut surtout pas éluder. Cette histoire sent le cambouis, le gasoil, la goldo froide ou fumante selon les moments, le chou, le poireau ou un autre légume encore selon le chargement transbahuté à l’arrière et, les jours de bonne fortune, les relents des étreintes passagères. C’est un road movie des années cinquante, une histoire de routier qui s’ennuie à longueur de journée dans un camion poussif qui se traîne entre Marseille et Paris pour garnir le ventre affamé de la capitale.

 

 

Avec son pote Edouard, le narrateur, fait la route sillonnant la France selon l’axe nord-sud, où l’inverse, en faisant halte dans des auberges ou des hôtels dont les tenanciers sont, à la longue, devenus des amis. La nourriture, que  l’on sert, est riche et goûteuse, les vins ne sont pas frelatés, le gîte est bon et la patronne pas toujours farouche. La route est leur résidence, l’hôtel et l’auberge un lieu de passage indispensable  pour satisfaire les besoins élémentaires. Une vie simple, sans histoire, réglée par l’obligation de livrer à une heure bien précise la marchandise que l’on transporte, une vie qui laisse le temps de flâner le soir, le dimanche et les jours sans frets.

 

 

Et pourtant, un jour, Edouard arrête le camion pour prendre à bord une jeune femme seule sur le bord de la route. Il n’attend d’elle qu’une étreinte passagère mais la fille s’installe bientôt à bord pour faire la route avec les deux amis, s’incrustant de plus en plus dans l’existence d’Edouard au point que ce dernier finit par acheter un bar à la Moufte afin d’installer sa belle à demeure. Ainsi va la vie jusqu’à ce qu’un ancien pote d’Edouard débarque à Paris pour lui demander d’accueillir son fils venu suivre ses études à Paris. Le jeune homme donne un coup de main à la tenancière du bar pendant que le routier sillonne la France mais celui-ci n’est pas tranquille, il a flairé l’embrouille, le drame se noue…

 

 

Le préfacier, Philibert Humm, prévient : « Le roman justement, puisque c’est de lui qu’on cause, n’est pas un chef-d’œuvre inconnu. Autant vous le dire tout de suite. Et c’est précisément ce qui nous plaît ». Non, ce roman n’est peut-être pas le livre inoubliable qu’on imposera aux potaches de France et de Navarre, c’est une histoire simple, une banale tragédie domestique dont regorgent les journaux,  évoquant les gens simples qui se démenaient pour construire une vie décente après avoir traversé une guerre horrible. C’est aussi un portrait de la France de l’après-guerre avec ses bistrots, ses stations-service, ses hôtels de préfecture, ses routes sinueuses et ses lourds camions que nous guettions, sur le bord des routes, avec une grande curiosité. C’est la France de la reconstruction, l’aube des trente glorieuses, une bouffée de nostalgie qui évoque l’enfance de ceux de ma génération. C’est aussi la preuve qu’il ne faut pas laisser les auteurs, comme Mérindol, enterré à jamais dans le cimetière des écrivains oubliés. Rappelons-nous que cet auteur, avant de faire une longue carrière journalistique au Progrès de Lyon, a traîné sa misère du côté de Montparnasse avec Robert Giraud et Robert Doisneau avant que ce dernier devienne célèbre et laisse ses camarades de bohème orphelins.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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22 août 2016 1 22 /08 /août /2016 07:37
Le bateau-usine de Kobayashi Takiji

Arrêté puis torturé à mort après la publication de ce livre, Takiji est un excellent représentant de la littérature sociale. Ce roman servit longtemps de manuel d’enseignement à l’intention des nouvelles recrues du parti communiste dans de nombreux pays.  Malgré cette connotation politique très marquée ce roman a une réelle qualité littéraire qui provoqua sa renaissance au début du XXIe siècle.

 

 

 

Le bateau-usine

Kobayashi Takiji (1903 – 1933)

 

 

 

« C’est parti ! En route pour l’enfer ! » Dès la première phrase de ce roman, Takiji annonce la couleur, on sait immédiatement où va nous emmener le Hakkô-maru, navire-usine qui quitte le port de Hakodate, un port de l’île de Hokkaido, à la pêche aux crabes dans la Mer d’Okhotsk  en défiant les  Russes encore ennemis privilégiés du Japon après la guerre russo-japonaise. La vie à bord de ces bateaux est encore pire que dans les mines décrites par Zola. Ces bateaux ne sont pas considérés comme des navires et échappent donc aux lois régissant la vie à bord et tout autant à celles réglementant le travail dans les usines, c’est un véritable espace de non-droit où même le capitaine n’est pas maître à bord, il doit subir le pouvoir de l’intendant représentant de l’armateur et véritable patron à bord après l’empereur.  Le Hakkô-maru affronte des tempêtes et des grains que Takiji décrit aussi brillamment que Joseph Conrad quand il dépeint un Typhon en Mer de Chine ou que Francisco Coloane quand il nous entraîne Dans le sillage de la baleine dans les mer du sud. Les bateaux-usines japonais sont des rafiots déglingués, vieux navires hôpitaux ou transports de troupes mis au rebut après la guerre russo-japonaise et transformés, au moindre coût, en navires-usines pour le plus grand profit des capitalistes qui arment ces navires pour la  très lucrative pêche aux crabes sans aucune considération pour la vie des  nombreuses personnes employées à bord pour la conduite du navire, la pêche et la fabrication des conserves.

 

 

Ce livre écrit par Takiji en 1929, fut immédiatement interdit et son auteur recherché par la police dans le cadre de la lutte contre les mouvements de gauche fleurissant à cette époque au Japon. Takiji fut donc contraint de se réfugier dans la clandestinité pendant deux ans, il fut finalement arrêté par la police et mourut sous la torture en 1933. La publication, en 2008, dans la presse, d’un échange entre deux éminentes figures de la gauche japonaise, évoquant ce livre dans leur propos, provoqua un véritable raz de marée littéraire. Ce texte devint alors un classique de la littérature prolétarienne japonaise et  fut édité dans de nombreuses langues. Il reste aujourd’hui un ouvrage de référence pour étudier la lutte prolétarienne contre le capitalisme galopant.

 

 

Ce livre a une réelle dimension littéraire, il n’est pas abusif de comparer certains passages, certaines scènes concernant la vie en mer, notamment quand celle-ci est mauvaise, à des textes de Conrad ou de Coloane, mais il faut bien admettre que Takiji a écrit ce roman pour démontrer l’emprise du patronat capitaliste sur le sous-prolétariat constituant la main d’œuvre à bord de ces navires et la possibilité pour celui-ci de renverser les rôles en se soulevant, à l’unisson, contre les profiteurs qui l’exploitent. L’auteur a situé ce manifeste, ce manuel de révolte, sur un navire pour disposer d’un monde clos où les deux forces en présence peuvent  s’affronter sans intervention extérieure, même si un destroyer se mêle un peu de l’affaire. Ce livre servit donc très souvent de manuel de propagande pour le parti communiste auquel appartenait Takiji sans que cela retire quoi que ce soit à sa qualité littéraire.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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16 août 2016 2 16 /08 /août /2016 08:06
Animots de Jean Jacques Marimbert

Il y a longtemps que je ne vous ai pas proposé un peu de poésie et pourtant nous en avons bien besoin dans notre monde actuel violenté de toutes parts. J’ai choisi ce recueil de Jean Jacques Marimbert plein de douceur et de tendresse dispensées par ces animaux tout petits que nous ignorons trop régulièrement.

 

 

Animots

Jean Jacques Marimbert (1950 - ….)

 

 

Jean de la Fontaine les a mis en fables, Louis Pergaud les a utiliser pour écrire des nouvelles (De Goupil à Margot) qui lui valurent le Prix Goncourt, Birago Diop les a fait vivre dans ses Contes et lavanes… les animaux, du meilleur ami au pire ennemi de l’homme, ont souvent été un sujet d’inspiration pour les écrivains. Aujourd’hui, je referme un recueil de poésie de Jean-Jacques Marimbert qui héberge dans le creux de ses vers autant d’animaux que de poèmes figurant dans cet opus : cinquante animaux, présentés par ordre alphabétique, pour cinquante poèmes. Cinquante animaux déguisés en « animots » pour se nicher entre les pieds des vers :

 

Mots animés sans cesse

traquent sans jamais

l’atteindre la vie.

 

Cinquante poèmes comme cinquante histoires, cinquante petits drames affectant la vie des cinquante animaux mis en scène par l’auteur. Des histoires courtes qu’il faut lire, de préférence à haute voix, comme de la prose en vers pour goûter la musique et le rythme de ces poèmes. Des textes chauds, une musique douce, pour écrire un monde irénique, serein, paisible comme on l’imagine à l’origine.

 

Petit sar écrasé

de soleil colle à

la roche rouge

frangées d’éclats

moirés clapotis

huileux coques à

chevelures d’algues

anémones lascives

virgules argentées

d’alevins doucement

chahutés par l’eau.

 

Mais, l’auteur le sait et essaie de nous le faire comprendre, la vie paisible et douillette ne peut pas durer longtemps, le grain de sable survient inéluctablement et presque toujours rapidement et brutalement au détour des derniers vers.

 

Une belle salamandre

entre roches mouillées

danse dans le faisceau

tremblant de la torche

                                                         qu’un bras d’enfant

brandit cri de victoire

sur le ciel de charbon.

 

La poésie de ces vers ne donnerait pas toute sa mesure si l’auteur n’avait pas confié une partie de son espace à Etienne de Lodého pour y loger de nombreuses illustrations en noir et blanc, épures de l’image comme les poèmes sont épures du texte, ces gravures donnent une force supplémentaire à ces « animots » qui prennent ainsi véritablement corps dans ce recueil. De la belle ouvrage.

 

Denis BILLAMBOZ

 

 

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10 août 2016 3 10 /08 /août /2016 08:43
La galerie des carrosses de Versailles

Le château de Versailles s’est enrichi récemment d’une exposition supplémentaire : celle des carrosse qui se tient dans la Grande Ecurie Royale, offrant aux yeux des visiteurs un ensemble somptueux de quelques-unes des merveilles sorties des mains des artisans de la Cour. C’est vers 1665, sous le règne de Louis XIV, qu’apparaissent les premières voitures modernes en France. La collection de Versailles, l’une des plus importantes d’Europe, ne se contente pas de nous dévoiler les voitures de voyage mais également celles de gala, richement décorées qui contribuèrent à la splendeur des grandes cérémonies de l’Histoire : baptême, mariage, sacre, funérailles. Certains de ces carrosses sont de véritables chefs-d'oeuvre. La plupart ont été malheureusement détruits à la Révolution comme tant d'autres oeuvres d'art, mais l’Empire et la Restauration ont eu à coeur de renouer avec les carrosses d'apparat, ceux présentés ici et remis en état par l'industrie des pneumatiques Michelin. En 1872, les carrosses céderont la place aux voitures hippomobiles de la Présidence, certes plus sobres mais moins élégantes.
 

 

Désormais sont réunis à la Grande Ecurie royale de Versailles quelques-uns des carrosses rénovés ou reconstruits pour accompagner les grandes heures de l’empire. Ils ont été utilisés le 2 avril 1810 pour le mariage de Napoléon  avec Marie-Louise d’Autriche. Ce jour-là, 40 berlines de grand luxe et plus de 240 chevaux descendront les Champs-Elysées jusqu’au jardin des Tuileries. Comme les rois avant lui, l’Empereur  manifeste son pouvoir et sa puissance par la grandeur et la beauté du cortège. Il veut surtout faire mieux que les précédents rois puisque, pour ce type d’événement, les Bourbons n’utilisaient que 30 carrosses.

 

 

Dix années plus tard,  il ne fallut  pas moins de douze jours de fête pour célébrer le baptême du duc de Bordeaux, seul et dernier héritier des Bourbons, dont la naissance inespérée le 29 septembre 1820 suivait de cinq mois l’assassinat de son père le duc de Berry au pied des marches de l'Opéra de Paris. Le baptême de celui qui refusera le trône de France au motif qu’il ne pouvait se rallier  au drapeau tricolore et passera à la postérité sous le nom de Comte de Chambord, est célébré en grande pompe : 27 carrosses forment le cortège, précédés et suivis de la garde royale à cheval. Au centre, la berline avec l’enfant, placé sur les genoux de sa gouvernante, aux côtés de sa sœur mademoiselle d’Artois. Le bébé représente l’avenir de la royauté, il est le petit- fils du comte d’Artois qui a succédé à ses frères Louis XVI et Louis XVIII et a accédé au trône sous le nom de Charles X. C’est la raison pour laquelle on a donné à son baptême un tel faste.

 

Le carrosse du sacre et du mariage impérial.
Le carrosse du sacre et du mariage impérial.Le carrosse du sacre et du mariage impérial.

Le carrosse du sacre et du mariage impérial.

C’est toutefois avec le sacre de Charles X que la pompe  atteint des sommets. Après la Révolution et l’Empire, le nouveau monarque veut renouer avec les splendeurs du Roi-Soleil lui-même. La cérémonie se déroule en 1825 dans la cathédrale de Reims et le carrosse, conçu pour l’occasion, est si extraordinaire qu’il fait le voyage à Reims protégé dans une housse de toile avec des roues spéciales et moins ouvragées pour le temps du transfert. L’inhabituelle richesse des ornements de bronze en faisait un véhicule très lourd (près de 4 tonnes). Il resservira une ultime fois en 1856 lors du baptême du fils de Napoléon III. Les signes royaux sont alors remplacés par les emblèmes impériaux.

 

 

L’exposition nous permet de voir également des chaises à porteurs, de magnifiques traîneaux aux formes fabuleuses, uniques témoins de l’Ancien Régime avec la petite berline de Louis-Joseph, le premier enfant de Louis XVI et de Marie-Antoinette mort en 1789, où l’enfant malade prenait place afin de se promener un peu dans le parc de Versailles. Ainsi que la berline du futur Louis XVII, le second fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette  que tirait deux animaux, sans doute des poneys, et que le petit garçon, qui mourra au Temple dans des conditions affreuses, se plaisait à conduire. C’est  bien entendu en hiver que les traîneaux étaient utilisés, lorsque la neige faisait son apparition au cours d’hivers rigoureux. Et ils furent nombreux. Ainsi le roi et ses courtisans faisaient-ils des courses dans le parc de Versailles. Louis XV conduisait le sien à vive allure, si bien que les duchesses avaient peur de monter à ses côtés. Plus tard la reine Marie-Antoinette organisera de grandes promenades agrémentées de collations. D’ailleurs, Versailles était la seule cour d’Europe où les femmes pouvaient conduire elles-mêmes leurs traîneaux.

 

 

La fabrication d’un carrosse impliquait la participation d'un grand nombre d'artisans. Le carrossier était en charge de la réalisation complète de la voiture, mais il travaillait en association  avec un dessinateur en voitures, un menuisier, un charron, un sculpteur, un peintre, un doreur, un serrurier, un miroitier, un lanternier  et un bourrelier. Au total, 25 corps de métiers se succèdaient. Leur savoir-faire était tel que du XVIIe au XIXe siècle, la qualité et l’élégance de la carrosserie française seront célèbres dans toute l’Europe.

 

Détail des roues, chaise à porteurs et carrosse funéraire. Il a servi une ultime fois pour les obsèques du président Félix Faure.
Détail des roues, chaise à porteurs et carrosse funéraire. Il a servi une ultime fois pour les obsèques du président Félix Faure.
Détail des roues, chaise à porteurs et carrosse funéraire. Il a servi une ultime fois pour les obsèques du président Félix Faure.

Détail des roues, chaise à porteurs et carrosse funéraire. Il a servi une ultime fois pour les obsèques du président Félix Faure.

Quant au nombre des chevaux attelés, il est également un signe de pouvoir et de prestige. Le roi attèle toujours 8 chevaux, la reine n’en utilise que 6… Mais seuls les deux premiers, les plus proches de la voiture, tirent la charge. Les autres ne sont là que pour la magnificence. D’un règne à l’autre, le nombre de chevaux dans les écuries royales ne cessera de croître : de 382 en 1684, on passe à 700 en 1715 et à plus de 2 000 en 1787. Les Ecuries Royales abritent aussi l’Ecole des Pages, où de jeunes nobles, désignés par le roi, s’exercent avant de devenir officiers de cavalerie, le corps le plus prestigieux de l’armée. Pour y entrer, il faut avoir 15 ans, mesurer moins de cinq pieds deux pouces (1m68), être bien fait de sa personne et fournir la preuve de sa noblesse qui est vérifiée par le généalogiste de la Cour. Aujourd’hui les écuries existent toujours. Créée en 2003 par Bartabas, soucieux de transmission artistique, l’Académie équestre de Versailles est un corps de ballet unique au monde. L’enseignement original associe le travail de dressage de Haute Ecole et diverses disciplines telles que l’escrime, la danse, le chant ou le Kyudo (tir à l’arc japonais). Les écuyers acquièrent une véritable sensibilité artistique. Le spectacle de répertoire « La voie de l’écuyer », chorégraphié par Bartabas évolue et s’enrichit chaque année de l’expérience des écuyers. Ouvertes tout l’été, les portes de ce lieu atypique « La Grande Ecurie du roi » offre aux visiteurs l’occasion de découvrir le travail de cette école des pages contemporains et d’assister à un spectacle d’une suprême élégance.

 

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La Grande Ecurie Royale et la calèche du dauphin Louis  XVII.La Grande Ecurie Royale et la calèche du dauphin Louis  XVII.
La Grande Ecurie Royale et la calèche du dauphin Louis  XVII.

La Grande Ecurie Royale et la calèche du dauphin Louis XVII.

Deux modèles de traîneaux.
Deux modèles de traîneaux.

Deux modèles de traîneaux.

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8 août 2016 1 08 /08 /août /2016 07:51
La pluie ébahie de Mia Couto

Si vous ne connaissez pas cet auteur précipitez-vous chez votre libraire, j’ai lu deux de ses publications, deux textes magnifiques. Mia Couto réinvente la littérature, sa prose n’est que poésie, son vocabulaire laisse une large place à l’invention et son texte résonne comme une symphonie métissée de jazz, de blues, de lieder et de toutes les musiques qui vous passeront par la tête pendant votre lecture.

 

 

                                                    La pluie ébahie

                                           Mia Couto (1955 - ….)

 

 

Ce magnifique texte de Mia Couto ne correspond à rien de connu et de codifié, c’est évidemment un peu un roman avec une histoire, des personnages et une chute, mais c’est aussi un conte, une fable, une parabole de l’Afrique d’aujourd’hui, c’est également une forme de manifeste contre le peu de respect des colons envers le pays et ses habitants et, pour moi, c’est de la poésie en prose, un travail sur l’écrit, sur les mots, sur le langage. Une merveille de texte rempli de mots inventés, tous plus goûteux les uns que les autres, à déguster sans modération : chantepleurant, pluviotis, s’irrupta, poissonnement du temps, pêchitude, …  Il faut impérativement saluer le travail que la traductrice a dû fournir pour rendre la version française aussi alléchante.

 

 

« A la courbe du fleuve » pour parodier VS Naipaul, dans un petit village indigène du Mozambique, il ne pleut plus depuis longtemps, l’eau ne tombe plus, elle reste en suspension entre ciel et terre, les gouttes ne sont pas assez lourdes pour se répandre sur le sol et l’abreuver comme il le faudrait. Malgré l’humidité ambiante, le fleuve a cessé de s'épandre, le grand-père s’assèche lui aussi. « Grand-père était en train de sécher. En lui j’assistai à la vie et à sa destinée : nous naissons eau, nous mourrons terre ». Chacun des membres de la famille réagit à sa façon et cherche une solution pour mettre un terme à cette sécheresse nébuleuse. L’enfant regarde, écoute, participe à sa façon au désarroi des adultes, il écoute le grand-père, figé sur son siège, qui raconte l’histoire familiale, la tradition, les secrets de famille, les forces occultes, le mauvais sort…, la tante qui se répand en prières et autres bondieuseries enseignées par les blancs, le père qui croit encore aux dieux de ses ancêtres, et la mère qui, seule, a compris que cette situation ne doit rien à un quelconque être supérieur, qu’il ne s’agit en fait que de la pollution provoquée par l’usine construite à proximité par  les blancs.

 

 

Avec ce texte court, magnifique, Mia Couto démontre, une fois de plus, qu’on peut évoquer énormément de choses sans profusion de mots, qu’il suffit de bien les choisir et éventuellement d’inventer ceux qui manquent en déformant ceux qui existent. Ainsi, avec la voix et les mots du poète, il dénonce l’agression des marchands contre l’Afrique, les atteintes à la nature, à l’environnement en général, les reliquats de racisme, le sort réservé aux femmes, l’obscurantisme religieux, la misère de l’Afrique, notamment de l’Afrique du sud-est. Cette Afrique que tous veulent quitter, ce n’est pas un hasard s’ils ont appelé leur village « Senaller ».

 

Mia Couto a incontestablement la stature d’un nobélisable, espérons que l’Académie suédoise aura le bon goût de lui en offrir le costume.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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2 août 2016 2 02 /08 /août /2016 07:26
Eugène Boudin - Trouville

Eugène Boudin - Trouville

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Le port idéal pour Boudin, ce fut longtemps Trouville. Ses dimensions moyennes n'excluaient pas la présence d'une infinité de motifs, ceux de la mer, des bateaux et de la plage. Et, comme à Honfleur, il y avait le marché aux poissons et l'étagement de la ville en arrière-plan, sans oublier la présence des laveuses faisant " la buée" au bord de la Touques à marée basse. Et sans compter le ciel qui, mêlé aux reflets de l'eau, doublait ses mirages. Les oeuvres de Boudin, qui nous sont devenues familières, n'allaient pas de soi à l'époque. Les conventions voulaient que la bourgeoisie et l'aristocratie soient représentées dans des portraits solennels et non prises sur le vif dans les attitudes de la vie quotidienne, les jeux des enfants, les femmes assises avec naturel, leurs visages protégés par des ombrelles, devisant en toute simplicité avec leurs voisines. Voici comment les frères Goncourt le relatent dans leur journal :

"C'était la plage de Trouville par un beau jour d'août vers six heures du soir. (...) Là, sous le rose tendre et doux des ombrelles voltigeant sur les visages, les poitrines, les épaules, étaient assises les baigneuses de Trouville. Le pinceau du peintre y avait fait éclater, comme avec des touches de joie, la gaieté de ces couleurs voyantes qu'harmonise la mer, la fantaisie et le caprice des élégances nouvelles de ces dernières années, cette mode prise à toutes les modes, qui semble mettre au bord de l'infini un air de bal masqué dans un coin de Longchamp. (...) Puis, sur des chaises groupées et serrées, de pourpre et de blanc, ces taches franches, brutales, criardes, qui jettent leur vie et leur fête dans l'aveuglante et  métallique clarté de ces paysages sur le bleu dur du ciel, sur le vert glauque et froid de la Manche. Au loin, un vieux cheval ramenait au galop une cabine à flot ; plus loin encore, au-delà de la dernière "nau", avec cette touche nette et piquante de ton que l'horizon de la mer donne aux promeneurs microscopiques qui la côtoyent, se détachait une folle cavalcade d'enfants sur des ânes."

 

Ainsi, Boudin nous offrait-il avec ses comparses d'alors, Monet et quelques autres, un panorama séduisant de l’art de ce XIXe siècle qui voyait le goût des bains de mer et des paysages bucoliques prendre naissance et s’exprimer sur des toiles et aquarelles que la lumière transfigurait. Témoin du développement des stations balnéaires, notamment de Trouville et Deauville, Boudin n'hésitait pas à prendre pour modèle la population mondaine qui se réunissait alors sur les plages. Il espérait séduire ainsi une clientèle fortunée. Son approche, d’abord descriptive, évolue au milieu des années 1860 pour devenir plus atmosphérique. Le ciel, les effets de la lumière sur le sable prennent une importance croissante. Après 1870, Boudin semble saisir la vision fugitive d’un instant. "Le roi des ciels" comme le nommait son aîné Corot travaillait d'abord sur la lumière  normande si particulière dans ses dégradés de gris, variant quotidiennement d'instant en instant. Boudin n'a cessé d'observer les courants, les couleurs et de surprendre les atmosphères, voire les vents. Ne sommes-nous pas  déjà dans le pré-impressionnisme qui s’attarde sur l’atmosphère des lieux, la présence des êtres et des choses saisie dans leur quotidien ? Bien qu’il ait abandonné assez tôt le portrait, Boudin ne délaissera jamais les représentations des figures dont il multiplie les études dessinées et peintes. Même lorsque les silhouettes se fondent dans l’immensité du paysage, elles témoignent de la place prépondérante qu’occupe l’homme dans l’œuvre de l’artiste.

 

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Au salon de 1859, Baudelaire, dont la mère possédait un pavillon près de l’hôpital de Honfleur, écrira :

« J’ai vu récemment chez Mr Boudin plusieurs centaines d’études au pastel, improvisées en face du ciel et de la mer. (…) Plus tard, sans aucun doute, il nous étalera dans des peintures achevées les prodigieuses magies de l’air et de l’eau. Ces études, si rapidement et si fidèlement croquées d’après ce qu’il y a de plus constant et de plus insaisissable dans sa force et dans sa couleur, d’après des vagues et des nuages, portent toujours écrites en marge la date, l’heure et le vent, ainsi par exemple, 8 octobre, midi, vent de Nord-Ouest. Si vous avez eu quelquefois le loisir de faire connaissance avec ces beautés météorologiques, vous pourriez vérifier par mémoire l’exactitude des observations de Mr Boudin. La légende cachée avec la main, vous devineriez la saison, l’heure et le vent. Je n’exagère rien. J’ai vu. A la fin, tous ces nuages aux formes fantastiques et lumineuses, ces ténèbres chaotiques, ces immensités vertes et roses suspendues et ajoutées les unes aux autres, ces fournaises beautés, ces firmaments de satin noir ou violet, fripé, roulé ou déchiré, ces horizons en deuil ou ruisselants de métal fondu, toutes ces profondeurs, toutes ces splendeurs me montèrent au cerveau comme une boisson capiteuse ou comme l’éloquence de l’opium. Chose assez curieuse, il ne m’arriva pas une seule fois devant ces magies liquides ou aériennes de me plaindre de l’absence de l’homme. »

 

Comment mieux décrire l’œuvre magique de Boudin toute en ciel et en liquidité, en lumière diffuse, en couleurs voilées comme si la fin du jour, les frémissements de l’automne posaient sur les paysages leur ardeur apaisée, leur troublante mélancolie, leur recueillement insistant. Non loin de là se trouvait l’auberge mythique Saint-Siméon  - devenue un 5 étoiles - qui a conservé le cachet d’antan, le charme de ces lieux où, du temps de la mère Toutain aubergiste accueillante, les peintres et les artistes aimaient à se réunir dans un décor mer/campagne qui devait être époustouflant de beauté. On imagine l’estuaire de la Seine d'alors avec ces vieux gréements, ces caravelles, voiles déployées, longeant les rives verdoyantes de la campagne normande. De nos jours, ce ne sont plus les peintres  en goguette qui hantent les lieux, mais les VIP de la politique et du spectacle. Ainsi en emporte le vent …

 

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Boudin, ce vagabond solitaire, a toujours aimé les espaces dégagés. Dans ce domaine, il reste inégalé. D’autres peintres ont travaillé également au bord de la Manche. Jongkind a cherché l’azur ou la lumière froide du matin ; Monet fut le peintre de l’eau, au moment où  l’élément liquide repousse peu à peu le ciel jusqu’à le réduire à un mince filet et le condamne à n’être plus qu’un reflet sur le bassin des nymphéas ; Pissaro préférera toujours la terre ; finalement ces peintres se replieront à l’intérieur des campagnes, dans les chemins creux et les lointains collineux, là où les nuages naviguent et où la lumière conserve une relative stabilité. Boudin ne changera pas, le ciel restera sa grande affaire et, si ce n’est sur le littoral, il quêtera sa présence au bord des fleuves, des rivières, des étangs, et le déclinera autrement en variant ses tonalités. Plus qu'à l'objet représenté, ce seront les reflets qu'il produit qui le captiveront, si bien qu'au bout de son pinceau il tentera de  retenir la fugacité de l'instant, conférant comme un goût d'inachevé à ses dernières toiles.

 

Depuis Trouville, où il posa tant de fois son chevalet, l'oeil de Boudin scrutait les taches de lumière qui papillotaient. Il pouvait donner ainsi libre cours à son plaisir de saisir l’insaisissable, le jeu des nuages, la marée repoussée aux confins des sables : «  De beaux et grands ciels tout tourmentés de nuages, chiffonnés de couleurs, profonds, entraînants. Rien dessous s’il n’y a rien. » - notait-il dans son journal. Les romantiques ayant épuisé le sujet des grands effets, Boudin négligera les éléments déchaînés, les convulsions de la nature, pour nous rendre grâce de la sérénité d’un jour ordinaire. Et les impressionnistes à leur tour emprunteront la voie qu’en précurseur il aura ouverte à leur inspiration.

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Eugène Boudin, le magicien de la lumière
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1 août 2016 1 01 /08 /août /2016 08:07
Mon amour pour la vie en moi de Gérard Sendrey

Cette lecture, et la chronique que j’en ai tirée, m’ont permis d’entrer en relation avec Gérard Sendrey et de nouer avec lui un bout d’amitié qui ne demande qu’à se renforcer. Gérard est un maître dessinateur, j’ai eu l’occasion d’admirer quelques-uns des très nombreux dessins qu’il a réalisés, la postérité lui donnera certainement raison. C’est aussi un homme de grand esprit et il est presque nécessaire de lire les enseignements de la déjà longue vie qu’il vécue.

 

 

Mon amour pour la vie en moi

Gérard Sendrey (1928 - ….)

 

 

Je connaissais le crayon de Gérard Sendrey pour avoir apprécié les illustrations incluses dans le dernier recueil d’aphorismes de son éditeur, Jean-Louis Massot, « Sans envie de rien », mais j’ignorais qu’il avait aussi une plume et même une belle plume. Dans cet opuscule qui hésite entre témoignage personnel sur la vie qu’il a menée et essai sur la façon d’appréhender la vie pour en tirer profit, on pourrait voir une sorte de livre testament mais de testament fragmentaire car l’auteur aura encore l’occasion de préciser certains points de sa pensée dans des publications à venir. Il ne peut abandonner ses lecteurs alors qu’il vient seulement de comprendre la signification de ce qu’il chantait il y plus de cinquante ans.

« Je suis heureux d’exister et de déguster en des moments d’émotions profondes cet amour de la vie que je chantais, il y a plus de cinquante ans, grâce à Eddie Constantine, en prononçant des paroles dont je n’ai compris qu’à l’orée de ma quatre-vingt-huitième année la signification d’un passage capital de son contenu : «  J’ai fait mon paradis sur la terre, et la paix règne au fond de mon cœur, et vraiment, si c’était à refaire, je serais pour garder le bonheur… »

 

 

Enfant né au mauvais moment, un peu trop tard pour réjouir des parents qui le laissent orphelin trop vite, juste assez tôt pour pâtir des affres de la dernière guerre, enfant turbulent qui éprouve le besoin de se distinguer pour signifier son existence, enfant nourri de bondieuserie par la tante bigote chargée de son éducation, enfant complexé parce que ses parents ne se sont pas préoccupés assez tôt de son bénin problème sexuel, enfant qui entre dans sa vie d’homme avec ce qu’il a découvert pendant et après la guerre, notamment l’antisémitisme et la shoah qui l’ont profondément marqué. Adulte, il comprendra vite qu’il ne faut pas confondre certitude et croyance, la religion restera un élément essentiel de sa vie.  Il dit toujours qu’  « Il y a pour moi trois mots synonymes dans notre langue française pour désigner la même notion relevant de l’inconnu … ces trois mots significatifs de données indéfinissables sont pour moi Dieu, la vie, le mystère »

 

 

Devenu plus âgé, il attribue à sa part féminine, dont il avoue l’importance sans jamais avoir été tenté par des aventures homosexuelles, une meilleure compréhension des nombreuses femmes qui évoluèrent souvent platoniquement dans son entourage, et une meilleure appréhension de la vie qu’il a fini par trouver belle lorsqu’il a admis qu’il était nécessaire de s’aimer soi-même pour pouvoir réellement aimer les autres. Le titre de l’ouvrage devient alors un véritable credo, il faut aimer la vie, la vie qu’on a en soi afin de pouvoir aimer les autres et vivre pleinement son existence.

 

 

Au soir de la sienne, il aborde aussi le thème du libre arbitre, du déterminisme, de l’acquis et de l’inné, il ne croit pas au hasard, « Le hasard n’existe pas et la vie se charge d’organiser les différentes existences à sa façon », pas plus en l’humanité : « Une reconnaissance capitale des insuffisances de l’homme,… qui ne pourra jamais comprendre son propre fonctionnement corporel et intellectuel dans les diverses parties de son corps… ». Comme Pascal Mercier le démontre dans « Train de nuit pour Lisbonne », il croit lui aussi que nous possédons en nous une quantité de vies potentielles dont nous ne menons qu’une infime partie. Cependant, il pense que les lois qui régissent l’univers se chargent d’organiser l’existence de chacun alors que Mercier laisse cette mission au hasard le plus pur. Tous  deux ont la quasi certitude que nous développons les talents vers lesquels nous sommes orientés mais que nous pourrions en développer beaucoup d’autres et mener des existences très diverses.

 

 

Dieu, la religion, la bêtise humaine, le hasard, les forces supérieures inconnues, la perspicacité féminine … voilà les préoccupations qui ont conduit Gérard Sendrey à prendre modestement la plume car, comme nous l’a appris Queneau, on peut bien écrire sans être écrivain et sans vendre des montagnes de livres avec, pour objectif, de nous faire partager son credo en la vie qui coule dans nos veines et qu’il faut aimer  pour pouvoir aimer les autres.

 

Denis BILLAMBOZ

 

 

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Mon amour pour la vie en moi de Gérard Sendrey
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27 juillet 2016 3 27 /07 /juillet /2016 08:16
Marcel Proust en 1916

En 1916, la France est en guerre et Proust à Paris, cette capitale qu’il ne quittera plus désormais. C’est une année où il se porte plutôt bien, sauf au moment d’une grosse chaleur qui l’oblige au repos et aux fumigations, dont les émanations créent une ambiance étouffante dans sa chambre. Cette année est d’autant plus terrible que c’est celle de Verdun. 300.000 morts et autant de blessés et 150.000 disparus des deux côtés : français et allemand. Les consignes sont strictes : couvre-feu, ne pas parler à n’importe qui, économies d’essence, prix du pain taxé. On a même fait appel à des  soldats russes qui débarquent en renfort à la gare de Versailles. Les céréales sont imposées, l’éclairage public s’éteint à 20 heures et celui des magasins à 18 heures. On lance également un second empreint et 11 milliards de francs seront levés en France.

 

 

Cette année-là, on ne parle guère de paix. Bertrand de Fénelon, un ami proche de Marcel, est tué au combat. Si Proust conserve foi en la victoire, il juge que les arguments de la propagande officielle mériteraient d’être perfectionnés. Ayant tout loisir de réfléchir, il considère qu’il a une meilleure appréciation des événements que celle des journalistes chargés de les relater dans l’improvisation et la hâte. Proust, par ailleurs, toujours soucieux de  ses finances, correspond assez régulièrement avec son homme d’affaires Lionel Hauser car il s’inquiète de l’impôt sur le revenu dont il doit s’acquitter. « Faut-il faire prochainement la déclaration ? » – lui demande-t-il. Comme il ne sait pas comment s’y prendre, il envoie une feuille de déclaration vierge avec l’espoir que Hauser la remplira à sa place. Sa situation est complexe, il est vrai, avec des actions diverses et dans différentes banques. Aussi Proust reproche-t-il à Hauser d’être dur et ironique à son égard et celui-ci, exaspéré, estime qu’il se pose trop souvent en victime :

 

« Tu vis malheureusement dans une atmosphère d’idéalisme dans laquelle tu puises certainement des jouissances infinies que tu pourrais difficilement trouver sur la terre. (…) Tu as grandi depuis ton enfance, mais tu n’as pas vieilli, tu es resté l’enfant qui n’admet pas qu’on le gronde même quand il a été désobéissant. C’est pourquoi tu as plus ou moins éliminé de ton cercle tous ceux qui, ne se laissant pas prendre à tes câlineries, avaient le courage de te gronder quand tu n’avais pas été sage. (…) Je veux bien te laisser plonger corps et âme dans l’absolu, mais seulement après que tu auras remboursé toutes tes avances. » - lui assène-t-il dans un courrier. Avec  Proust, Hauser use de la dynamique, ce qui touche Proust au plus vif.

 

 

Toujours en quête d’informations au sujet des créations vestimentaires de Fortuny, dont il pare si souvent ses héroïnes, principalement Madame de Guermantes et Albertine, il écrit à plusieurs reprises à Maria de Madrazo, la sœur de Reynaldo Hahn, afin de savoir quels sont les motifs dont Fortuny s’inspire pour élaborer ses tissus. ( lire mon article "Fortuny ou le magicien de Venise", en cliquant  ICI ). La jeune femme lui apprend que le couturier s’inspire de Carpaccio et lui prête une étude sur Carpaccio dont il se servira lors de sa description de la cité des eaux, toujours soucieux de rester précis et réaliste dans ses évocations. Il interrogera également Albert Nahmias sur les toilettes que portent les jeunes filles qui dînent en ville au bord de la mer et sur le petit chemin de fer d’intérêt local entre Caen et Cabourg, ainsi que les surnoms qu’on lui prête, soit le tortillard, le tacot ou le décauville. C’est, par ailleurs, en cette année 1916 que Proust rédige le premier jet de l’épisode consacré à Paris pendant la guerre où la vie quotidienne apparait si différente de celle d’autrefois.

 

 

Proust, toujours soucieux du fait qu’il n’est pas définitivement « réformé », souffre aussi  des yeux mais néglige de se rendre chez un oculiste car les heures de consultations ne sont pas les siennes, puisqu’il dort une partie de la journée et vit et travaille de préférence la nuit. Depuis  quelques années, Beethoven et César Franck constituent son principal aliment spirituel. Le 14 avril, il assiste à un récital Fauré donné à l’Odéon par le quatuor Poulet et le compositeur au piano. Dès lors, Proust aspire à entendre ce quatuor en privé et sonne un soir, vers 23 heures, au domicile de Gaston Poulet, lui proposant d’aller en taxi chercher les autres musiciens, qui acceptent de se rendre Bd Haussmann, afin de lui interpréter  le quatuor de César Franck. Il les rappellera à plusieurs reprises et leur demandera de lui jouer du Mozart, du Ravel, du Schumann et surtout du Fauré et du Franck, Gabriel Fauré étant le musicien le plus proche de sa sensibilité. «  Marcel Proust a été pour nous un merveilleux auditeur, simple, direct, un homme qui a bu la musique sans se poser de problème. (…) Et la vibration de son style, on la sentait en lui, inversement. » - souligneront les musiciens. Parfois, il leur demandait de lui rejouer le troisième mouvement de la sonate de Franck et les derniers quatuors de Beethoven et les écoutait, allongé sur un divan, dans un profond recueillement.

 

 

Le 24 février 1916, le personnel de Grasset étant mobilisé, l’éditeur a fermé, si bien que Gide propose à Proust de publier la suite de Swann à la NRF. Gide, en effet, tente de rattraper son erreur d’avoir refusé l’édition du premier volume de l’écrivain sous le prétexte que c’était plein de duchesses et que le thème ne correspondait pas à la politique éditoriale de Gallimard. « Si l’occasion se présente jamais de rééditer ou de racheter votre œuvre, vous pouvez compter sur moi, entièrement, sans aucune restriction. » - s’empresse-t-il de lui écrire. Mais Proust a des scrupules. Il se sent lié à Grasset et répond par une lettre de refus, imprégnée néanmoins du désir d’accepter. C’est alors que Léon Blum s’offre comme intermédiaire auprès de Grasset. De son côté, et pour tâter les bonnes dispositions de Gaston Gallimard, Proust met en avant son devoir de délicatesse vis-à-vis de son premier éditeur et le caractère d’immoralité du volume intitulé « Sodome et Gomorrhe » : « Si les raisons que je vous ai données ne vous découragent pas, alors je vais essayer de me dégager vis-à-vis de Grasset ». Grasset ne cachera pas sa déception de perdre un écrivain qu’il affectionnait. Proust lui propose une indemnité, mais l’éditeur, froissé dans son amour-propre, lui répond qu’il n’est pas question qu’il retienne un auteur qui n’a plus confiance en lui. Libéré de ses engagements, Proust écrit à Gide qu’il accepte sa proposition d’éditer les suites de « La Recherche ». Satisfait de cet accord, Gallimard en personne lui rend visite et passe un long moment auprès de lui. Il le trouve : « tel qu’il apparaît dans son œuvre, sa conversation est comme son style, vivante, pleine de retours d’incidente, charmante, pleine de tendresse. » Quelque temps plus tard, le 5 ou 6 novembre, l’écrivain lui confiera la première partie de « A l’ombre des jeunes filles en fleurs ».

 

 

A la fin de cette douloureuse année 1916, où Proust est affligé du « malheur universel », il considère qu’il n’est guère aisé de connaître le bonheur, ni même d’oser le souhaiter tant que « les Allemands seront à Noyon ». « On est comme les gens en deuil pour qui il n’y a plus de fêtes. » C’est d’ailleurs pour lui l’occasion de rédiger la partie la plus importante de « Monsieur de Charlus pendant la guerre ».

 

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Marcel Proust en 1916
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25 juillet 2016 1 25 /07 /juillet /2016 08:20
Nosaka aime les chats de Akiyuki Nosaka

Ceux qui ont lu « La tombe des lucioles » se jetteront sur ce livre, ceux qui aiment les chats, ou plus généralement les animaux de compagnie, le feront aussi, et ceux qui aiment les beaux textes ne seront pas déçus. Nosaka est un grand écrivain, il a rejoint récemment le paradis des hommes de lettres mais nous continuerons à le lire avec le même plaisir et le même intérêt.

 

 

                                                Nosaka aime les chats
                                        
Akiyuki Nosaka (1930 – 1915)

 

 

En prenant connaissance de la biographie de Nosaka, j’ai découvert avec tristesse qu’il est décédé le 9 décembre dernier, apparemment dans la plus grande discrétion, je n’ai vu ou entendu cette nouvelle sur aucun média, peut-être suis-je mal informé. Je voudrais donc que les quelques mots que je vais écrire sur son dernier livre, traduit en français, « Nosaka aime les chats », soit mon hommage rendu à cet écrivain qui m’a tellement bouleversé avec sa nouvelle « La tombe des lucioles », il y a déjà bien des années, sûr que je n’oublierai jamais ce texte. Dans le livre, qu’il consacre à ses compagnons de vieillesse (c’est tout à fait relatif car il a écrit ce livre alors qu’il n’avait pas encore soixante-dix ans), on ressent, bien que de nombreuses années aient fait leur office, des séquelles de la vie qu’il a subie sous les bombardements et de l’errance qu’il a vécue dans les décombres, subsistant de toute sorte d’expédients avant d’être arrêté par la police.

 

 

Nosaka n’a découvert les chats qu’assez tard, après les chiens, il n’y en avait pas dans le quartier où il est né. Et, après les bombardements, les chiens et les chats avaient disparu de la circulation faute de nourriture ou ayant servi eux-mêmes de nourriture aux humains affamés. Il avoue en avoir lui-même mangé quand il errait dans les décombres de la ville, le ventre creux. La paix revenue, le succès littéraire arrivé, il a adopté des chiens et des chats, et commencé son récit en racontant sa rencontre avec son dernier, à l’époque où il écrit « Chat ». Alors qu’il promenait, comme chaque jour, sa chienne Husky, il a trouvé un chaton malingre qu’il a ramené dans sa maison où vivaient déjà cinq chats himalayens qui n’ont jamais réellement accepté le petit dernier, resté à leurs yeux sans doute un intrus, un chat des rues, un sorte de petit voyou.

 

 

Nosaka vivait un peu en marge du monde, il avouait n’avoir pas connu beaucoup de succès dans ses relations avec les humains, les femmes le fuyaient, les hommes l’évitaient, il avait peu d’amis, il n’avait que deux filles qui constituaient avec sa femme une compagnie où sa place était mesurée. « Les puces de nos chats, ma femme les leur enlève avec le plus grand soin. Les miennes, personne ne s’en soucie ». Ses vrais compagnons étaient les animaux : son chien, ses chats, les oiseaux qu’ils nourrissaient et toute la gente animale qui fréquentait sa maison et son jardin. « Je ne vais pas jusqu’à considérer comme des frères l’ensemble des êtres de la création animale mais j’ai de l’affection pour eux ». Il acceptait sans sourcilier de vivre dans une maison dévastée par son chien et ses chats, se méfiait des humains, vétérinaires et autres prétendant à traiter les animaux. Il pensait même, ayant passé beaucoup de temps dans les cliniques animalières, que ceux-ci étaient capables de se soigner eux-mêmes sans recourir à la médecine ou à d’autres pratiques. Avec eux, il retrouvait un peu la vie qu’il avait menée dans les décombres de la ville se contendant d’une nourriture frugale et d’une hygiène de vie élémentaire. « Pour quelle raison l’homme est-il le seul à rouler des mécaniques en se prétendant le roi de la Création ? »

 

 

L’écrivain passe son temps à observer les animaux, à essayer de les comprendre, à constater qu’ils ont chacun une personnalité bien définie et qu’ils ne correspondent en rien aux standards énoncés dans les livres de référence. Les animaux sont aussi différents et divers que les hommes, ils ont  leur caractère, leurs préférences, leurs phobies, leur goût, leurs manies, leurs habitudes,…. Ce sont de vrais compagnons mais aussi de véritables tyrans. « C’est moi qui me dévoue à sens unique, et si je veux bien admettre que ce soit dans l’ordre des choses, je m’estime aussi en droit de les voir esquisser un geste qui m’apporterait quelque consolation, eh bien, je t’en fiche ! » La compagnie d’un animal se mérite.

 

 

« Lorsqu’on a des animaux près de soi, la mort devient un événement naturel, il n’est pas besoin d’être un grand sage pour comprendre qu’il ne s’agit que de retourner d’où l’on vient ».  La mort est très présente dans la vie de Nosaka, il a perdu ses parents très jeune, il a connu les bombardements, il a vécu l’horreur, il ne craint plus la mort, il supporte mieux son approche avec la compagnie de ses animaux qui ont toujours fait preuve d’une très grande dignité au moment où il fallait quitter ce monde.

 

 

Ceux qui aiment les animaux de compagnie dévoreront ce livre et ceux qui n’en ont pas comprendront mieux ceux qui en ont, mais surtout ils constateront que les animaux ont plus d’humanité que bien des hommes et que la bestialité qu’on prête à certains n’a rien à voir avec le comportement de ceux qui ne sont pas simplement nos amis, mais des êtres à part entière.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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24 juillet 2016 7 24 /07 /juillet /2016 08:59
Claude Monet en Normandie

La Normandie sera  pour Claude Monet sa province de prédilection, celle de son enfance au Havre où son père, négociant, s’installe en famille en 1845, cinq ans après la naissance de Claude, et demande à la municipalité d’accorder une bourse à son fils, visiblement doué pour le dessin. Sa requête sera rejetée. C’est alors que le jeune homme  se recommande comme élève auprès d’Eugène Boudin qui tient un commerce de papetier-encadreur et profite de ses moments de loisir pour les consacrer à son chevalet. Séduit par son travail, Monet lui emboîte le pas : «  J’achetais une boîte de peinture et nous voilà partis pour Rouelles, sans grande conviction de ma part … Boudin installe son chevalet et se met au travail. Je le regarde avec quelques appréhensions, je le regarde plus attentivement, et puis ce fut tout à coup comme un voile qui se déchire : j’avais compris, j’avais saisi ce que pouvait être la peinture ; par le seul exemple de cet artiste épris de son art, et d’indépendance, ma destinée de peintre était ouverte. » - racontera-t-il le 31 août 1911 dans son journal, rendant à Boudin ce qu’il doit à Boudin.

 

 

Ses premières toiles seront les paysages des environs du Havre et de la campagne havraise dont Boudin lui a fait découvrir les charmes et, cette première étape dans son existence d’artiste en herbe, celle de la formation, des rencontres et des amitiés. A cette expérience sur le terrain, il va ajouter, sans plus  tarder, des séjours à Paris afin de former son jugement au contact d’autres artistes auxquels Boudin l’a recommandé et à celui des salons où tout se joue sur le plan du jugement esthétique. Monet fait déjà preuve, dans son courrier, d’une étonnante perspicacité et d’un bon esprit de synthèse et entend  forger son jugement et choisir son style en toute indépendance, ce  qui fera très tôt de lui un chef de file.

 

 

En 1865, l’artiste expose au salon  2 œuvres : « L’estuaire de la Seine à Honfleur » et « La pointe de la Hève à marée basse » et obtient un succès d’estime grâce à ses effets lumineux très personnels. En 1866, il est à Honfleur et y passe l’hiver, soit à l’auberge Saint-Siméon, soit à l’hôtel du Cheval blanc où  il a installé son atelier. Il travaille alors à sa toile « Les femmes au jardin » et « Le chemin enneigé », une vue de la route de Trouville derrière la ferme Saint-Siméon qui prouve son goût de la solitude dans les moments de création et son aptitude à résister aux intempéries en travaillant des heures à l’extérieur et  par tous les temps.

 

La pointe de la Hève, les femmes au jardin et le chemin enneigéLa pointe de la Hève, les femmes au jardin et le chemin enneigé
La pointe de la Hève, les femmes au jardin et le chemin enneigé

La pointe de la Hève, les femmes au jardin et le chemin enneigé

L’année 1870 le mène à Trouville où il se consacre à des sujets assez proches de ceux de Boudin : la plage, l’hôtel des Roches-Noires, les jetées, le port. Monet traverse alors une situation financière difficile. De plus, le 19 juillet, la France déclare la guerre à la Prusse et le 9 septembre Monet ne peut plus payer son hôtel, si bien qu’il part se réfugier à Londres. Néanmoins, ces toiles trouvillaises respirent la gaieté et la joie de vivre. La plage est inondée de soleil, les personnages apparaissent détendus, les robes à crinolines et les drapeaux suggèrent une douce brise. Il semble que le peintre ait fixé le moment où tout se fige en un instantané de bonheur. Mais ces sujets ne font pas moins partie du répertoire de son maître … Ainsi les embarcations à l’entrée des jetées de Trouville/Deauville où l’on saisit les détails de la vie quotidienne, des barques amarrées les unes près des autres, des promeneurs sur la jetée et des laveuses au bord de la Touques, tandis que l’on apprécie la beauté d’une voile orange qui anime l’eau et y suspend son reflet alors que les nuages naviguent en ce double miroir.

L'hôtel des Roches-Noires et la plage de Trouville
L'hôtel des Roches-Noires et la plage de Trouville

L'hôtel des Roches-Noires et la plage de Trouville

à Trouville
à Trouville

à Trouville

L'entrée du port de Trouville

L'entrée du port de Trouville

En 1871, Charles d’Aubigny, peintre confirmé, le présente à Paul Durand-Ruel qui deviendra son marchand attitré et qui, d’emblée, décèle le génie de Monet : « Voilà un jeune homme qui sera plus fort que nous tous. » Mais vivre à Paris ne complaît pas au jeune peintre. Il n’aime guère la vie citadine, redoute d’y perdre sa vérité et sa sensibilité dans un monde où se font et défont si aisément les réputations et les modes. En 1874, aux paysages normands du Havre et de Rouen s’ajoutent ceux de la Seine que Monet va immortaliser avec passion après s’être installé à Argenteuil. Il y évoque volontiers les fêtes au bord de l’eau et les voiliers glissant sur l’onde paisible. Mais cela sera de courte durée. Les années 1880/1890 voient ses retours répétés en Normandie avec des points d’ancrage à Etretat et Pourville et bientôt Giverny, où il s’installera en 1883. Sa situation financière s’étant améliorée grâce aux ventes de Durand-Ruel, il s’achète une jolie demeure qui deviendra son port d’attache afin d’y élever sa nombreuse tribu auprès d’Alice Hoschedé, épousée après la mort de Camille, et qui a elle-même six enfants auxquels s’ajoutent les deux fils de Monet : Jean et Michel. Il lui arrive souvent de consacrer 10 à 12 séances de travail à une seule œuvre et de la parfaire sans cesse en la comparant à l’original : la nature. Ainsi à Etretat où il tente d’innover : « Je compte faire une grande toile de la falaise d’Etretat, bien que ce soit terriblement audacieux de ma part de faire cela après Courbet, qui l’a faite admirablement, mais je tâcherai de la faire autrement. »

 

 

A Rouen, il poursuit son combat contre le temps en saisissant la façade de la cathédrale à toutes les heures du jour alors que la lumière ne cesse de se modifier et de transfigurer ou de dramatiser l’édifice, déployant elle aussi sa palette aux mille et une métamorphoses. C'est en étudiant la nature que Monet avait eu l'idée de ces séries si fameuses comme celles des peupliers, plus tard des nymphéas.  Octave Mirbeau écrira au sujet des peupliers : " J'ai éprouvé là des joies complètes, une émotion que je ne puis rendre, et si profonde que j'aurais voulu vous embrasser.  La beauté de ces lignes, la nouveauté de ces lignes et leur grandeur, et l'immensité du ciel, et le frisson de tout cela ... Vous entendez, mon cher Monet, jamais, jamais, aucun artiste n'a rendu de pareilles choses ; et c'est encore une révélation d'un Monet nouveau ... je suis atterré." Il est vrai que chaque version a sa lumière, son atmosphère ; sur l'une d'elle il y a du vent, sur l'autre du soleil, sur une troisième de la pluie. Au sujet de la cathédrale, Monet choisira une touche rugueuse en écho avec la pierre de l'édifice qui accroche la lumière et la fait vibrer. Ainsi l'artiste transmet-il un sentiment de vie, une impression de mouvement, tandis que la lumière bénéficie de couleurs franches et vives que l'on ne discerne pas réellement dans la nature mais qui paraissent néanmoins naturelles sur la toile. Monet et les artistes impressionnistes perçoivent et peignent la lumière de façon différente de celle des artistes qui les ont devancés, tant ils sont poussés par la quête de la beauté de l'instant et de l'impression reçue.

Par la suite, Clemenceau, son ami fidèle, imposera ses « Nymphéas » à l’Orangerie et s’écriera le jour de ses obsèques en arrachant le drap noir que l’on avait posé sur son cercueil : « Pas de noir pour Monet ! »

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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à Trouville
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Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
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