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20 mars 2016 7 20 /03 /mars /2016 10:26
Villa Philadelphie de Edmée de Xhavée

Nous le savions depuis ses tous  premiers ouvrages, roman ou nouvelle, Edmée de Xhavée est une conteuse qui se plaît à remonter le temps, à réveiller les belles au bois dormant assoupies dans les replis de sa mémoire, figures d’un passé que les photos familiales, les souvenirs de ses proches lui ont révélées, ce qui n'entrave nullement une imagination qui galope en tête et mène la danse. Aussi est-ce un monde à jamais disparu que notre auteure ressuscite aujourd'hui dans un roman qui nous parle de la vie d’une famille, de ses joies, ses peines, ses enchantements mais également de ses larmes et ses secrets, secrets évoqués d’une plume lisse et incisive, sans fioritures, par phrases courtes, obéissant à l’unité de lieu – tout se passe en Wallonie – à défaut de l’unité de temps, puisque l’histoire se déroule entre les années 1920 et 1960. Une tranche d’existence qui s’éveille au cours des années folles, au lendemain d’une guerre qui avait meurtri une partie de l’Europe, et s’achève durant les années 60 alors que se lève sur le monde une modernité qui entend bien changer le visage des choses.

 

 

Dans cet entre-deux, et au cœur d’une demeure cossue, une famille va écouler son présent composé de grandes joies, de nombreuses fêtes, d’alliances arrangées, de naissances, soit un quotidien presqu’ordinaire si ce n’est qu’il est vécu dans un écrin raffiné empli de jolis objets et constitué de rites immuables. Malgré cette aisance, les deux sœurs, Rosalie et Eveline, qui tiennent les rôles principaux, feront en sorte que l’actualité soit aussi malmenée que possible, que l’existence ne parvienne jamais à être le long fleuve tranquille  que leurs parents avaient souhaité pour elles. D’affrontements en ruptures, d’espérances en désillusions, elles mèneront des vies parallèles sans parvenir à créer l’harmonie  tant espérée par leur mère.

 

 

« Les deux sœurs se rendaient régulièrement avec leurs fiancés à leur futur logis, pour contrôler l’avancée des travaux de la double maison que Richard avait tenu à orner, sur la façade, d’une plaque où, emprisonnées par une frise de roses en mosaïque, des lettres dorées annonçaient : Villa Philadelphie. L’amour de deux sœurs ne méritait-il pas d’être mis en évidence, d’avoir son propre temple » - avait-il expliqué avec fierté. »

 

 

Edmée de Xhavée, qui connait bien le cœur féminin, nous brosse des portraits contrastés, fouillant l’inconscient de chacune, leurs aspirations et leurs refoulements, leurs attirances et leurs dégoûts, leurs plaisirs et leurs amertumes. Ce sont, par ailleurs, des portraits très intimes qu’elle propose et dévoile, nous entrainant à sa suite dans les méandres de ces cœurs qui se cherchent sans jamais se trouver. Jolie plongée dans les rumeurs intérieures.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

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Edmée de Xhavée

Edmée de Xhavée

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18 mars 2016 5 18 /03 /mars /2016 09:42
La part de l'ange de Jean Clair

 

Le livre attire d’emblée  la curiosité par  son titre « La part de l’ange », ouvrage publié récemment par l’académicien Jean Clair, évocation indifférente aux dates, attentive à notre époque dans ce qu’elle a de plus dérisoire et qui entend, dans ses divers propos, rendre justice à la part invisible de l’esprit, à « la part de l’ange ».  Cette part de l’ange  n’est autre que l’image de l’alcool qui s’évapore durant son vieillissement en fût. C’est également l’expression qui désignait jadis la part de l’oreiller laissé à découvert pour accueillir l’ange chargé de veiller sur le sommeil de l’enfant. Jean Clair, conservateur général du patrimoine, se plaît à renouer avec les symboles de notre passé, nous proposant tout d’abord une autre lecture de la peinture du XXe siècle que celle envisagée par le surréalisme et la modernité à l’américaine qui a vu progressivement disparaître le visage de l’homme  et le remplacer par des signes à géométrie variable. Incisif et percutant dans sa démonstration, l’auteur défend une peinture réaliste, essentiellement figurative. Ses peintres : Chardin, Manet, Bonnard, Balthus ; il aurait pu ajouter Michel Ciry, admirable portraitiste de visages en interrogation ou en prière. (Voir l’article que je lui ai consacré en cliquant  ICI )

 

 

D’où les belles pages que l’on peut lire sur les visages humains, figures surprises tour à tour dans leur intimité ou leur déchéance, leur inquiétude ou leur méditation. Belles pages aussi sur « l’origine du monde » et les énigmes du corps et de sa sexualité. Ce corps, compagnon rebelle, que désavoue souvent  le prude Jean Clair, lequel ne craint pas de passer pour misanthrope en avouant qu’il préfère la compagnie silencieuse des « objets » – c’est-à-dire des œuvres qui, souvent, rendent mieux compte de l’homme que l’homme lui-même. Et puis il y a la nature que cet amoureux de la campagne, où il a vécu son enfance, ne cesse de louer,  attaché à tout jamais à ses champs, à ses labours, à ses enclos, cette terre nourricière que l’on galvaude et abandonne. Jean Clair  rumine tout au long de ces pages  « la stabilité perdue de la ferme, cet univers borné et brodé de clôture, de culture et de coutume » qui s’est vu obligé de céder la place  à l’agriculture industrielle. A l’heure où se pose avec une acuité évidente la question de l’environnement, Jean Clair nous apparaît d’un pessimisme lucide car, selon lui, n’est-il pas déjà trop tard ? Ouvrage d’un taiseux et d’un méditatif qui s’attarde avec mélancolie à contempler la part que la poésie a perdu aujourd’hui dans nos vies, cette autre part de l’ange … Et se désole de voir l’ordinateur remplacer peu à peu le livre et l’écrit. Qui prend le temps d’écrire encore à sa famille, à ses amis, à ses proches ? Les sms n’ont-ils pas charge d’enterrer à tout jamais l’art épistolaire ?

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Vue de Dresde après les bombardements alliés du 13 et 14 février 1945

Vue de Dresde après les bombardements alliés du 13 et 14 février 1945

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16 mars 2016 3 16 /03 /mars /2016 08:57
La primevère

Une primevère adressait au soleil
Chaque matin cette prière :
Soleil ! Soleil ! disait-elle,
Emporte-moi dans tes rayons,
Qu’au firmament je puisse
briller de même façon,
Telle une fleur de lumière.
Ne suis-je pas la première levée
De toutes les fleurs de la terre,
Et ne suis-je pas parée,
Dans le souci de te plaire,
D’un zeste d’éclat solaire ?
L’astre acquiesçait volontiers,
Car, vraiment, cette primevère
N’avait pas sa pareille
Pour l’honorer avec ferveur.
Si elle n’était pas la plus belle,
Sa fraîcheur ne faisait pas moins d’elle
La plus délicieuse des fleurs.
Pour cette raison, le soleil
Prenait plaisir à lui parler :
C’est dans le jardin des hommes
Qu’il te faut croître et prospérer.
Que ferais-tu au firmament
Où brûlent des feux trop ardents ?
Apprécie, jeune fleur,
Le chant plaintif du vent
Et la complainte du torrent.
Et quand vient le matin,
Aux fins de te désaltérer,
Goûte  l’incomparable rosée.

 

Cher soleil, lui répondit-elle,
Ce qui m’entoure est certes charmant,
Mais il me paraît qu’au firmament,
Tout l’est davantage encore.
On n’y connait pas le sort
Qu’inflige la froidure de l’hiver.
Et là-haut, eh bien ! je suppose,
Que la vie semble plus rose.

 

Grands dieux ! soupirait le soleil,
Petite fleur tu t’illusionnes trop.
Dis-toi que sur terre comme au ciel,
Chacun souffre les mêmes maux.
Et s’il est vrai que tu m’aimes un peu,
Sois sur la terre, si tu le veux,
Mon ambassadrice de lumière.
Mais surtout, je t’en prie,
Reste fidèle à toi-même.
Qui sait si un vent mutin,
Ne dispersera pas un matin,
Dans le vaste univers,
Un petit nuage de pollen !
Si bien que, lorsque je serai cendres,
Tu seras encore une reine
Dans une galaxie lointaine.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE  ( Extrait de « La ronde des fabliaux » )
 

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La primevère
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14 mars 2016 1 14 /03 /mars /2016 10:24
Sous un ciel qui s'écaille de Goran Petrovic

Un texte qui évoque la Yougoslavie au moment où elle va disparaître, exploser en plusieurs nationalités, lors d’une guerre particulièrement meurtrière où toutes les haines ancestrales rejailliront. La salle de cinéma au plafond qui s’écaille n’est que la parabole de cet effritement annonciateur du séisme final.

 

 

 

Sous un ciel qui s’écaille

 

     Goran Patrovic (1961 - ….)

 

 

A Kraliévo, en Serbie, qu’on désignait encore en 1980 couramment sous le nom de Yougoslavie, une trentaine de personnes assiste à une projection cinématographique. L’auteur se souvient bien de cette séance mais ne se rappelle pas de ce qui a été projeté à cette occasion. Par contre, il se rappelle de l’histoire du local, le cinéma Uranie, aménagé dans la salle de bal et de réception d’un ancien hôtel de luxe, construit par un cordonnier enrichi après l’achat à un prix dérisoire, grâce un subterfuge malhonnête, d’un énorme stock de chaussures militaires revendu à un bon prix et avec un bénéfice consistant. Dans cette salle désuète, la trentaine de personnes présentes compose un échantillon  représentatif d’une petite ville de province yougoslave à la fin de l’ère de Tito.

 

 

L’auteur connait aussi l’histoire de chacun des spectateurs et sa position dans la société locale, position figée depuis le début des années du régime du Maréchal : chacun à sa place et rien ne changera jamais, du moins tant que le pouvoir ne changera pas de main, chacun respectant strictement cet ordre établi jusque dans la place qu’il occupe dans la salle du cinéma Uranie. Mais un jour tout s’écroule, un événement prévisible mais  impensable se produit, l’ordre établi explose, la société perd ses repères, une aventure nouvelle commence. « Mais dans les Balkans rien ne presse jamais, on sait prendre son temps, si bien que des dizaines d’années se sont écoulées sans que ceux qui avaient fidèlement servi le maître se soient entretués jusqu’au dernier. D’où l’impression parfois … que nous assistons à cet enterrement depuis plus d’un quart de siècle…. Que toute l’ex-Yougoslavie n’est en fait que l’immense mémorial du défunt président ». 

 

 

 On peut lire ce texte comme une parabole de la sclérose de la société yougoslave dans les années quatre-vingt, comme l’annonce de la disparition de cette société arrivée au bout d’un cycle et d’un changement radical pouvant intervenir à  court ou moyen terme. La parabole est énoncée dès le titre. "Le ciel qui s’écaille " n'est autre que le plafond de la salle du cinéma, la voûte céleste, le domaine d’Uranie,  mais peut-être aussi le ciel de la Yougoslavie qui s’assombrit en même temps que  la santé de son dictateur s’altère et annonce des jours sombres, orageux, douloureux. Et l’auteur, dans un texte burlesque, drôle, ironique, rapporte ce que chacun des spectateurs est devenu après les événements qui ont complètement changé les structures sociales et géopolitiques du pays. Une façon de décrire l’explosion de la Yougoslavie à travers la vie quotidienne de trente citoyens moyens d’une petite ville de province, sans sombrer dans le récit morbide et la description sanguinolente des atrocités qui ont torturé le pays à la fin du siècle précédent.

 

 

Et, quelle que soit le régime, la petite perruche n’ose jamais dire son nom, « Démocratie », il est trop dangereux, sulfureux, il n’apporte que le malheur, une image pour dire le peu d’espoir que l’auteur entrevoit dans cette région où un tyran est toujours remplacé par un autre tyran.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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7 mars 2016 1 07 /03 /mars /2016 08:35
Le p'tit cheval de retour de Michel Audiard

Ce livre était dans mon armoire depuis bien longtemps, je l’ai peut-être déjà lu, je ne me souviens pas, je n’ai pas pu m’empêcher de le reprendre pour le partager aujourd'hui avec vous. Je suis un admirateur inconditionnel d’Audiard, il a égayé ma jeunesse de rires et de fous-rires. J’espère qu’il vous rappellera à vous aussi quelques bons moments et incitera ceux qui ne l’ont pas connu à partir à sa découverte.

 

 

                                        Le p’tit cheval de retour

                             Michel Audiard (1920 – 1985)

 

 

Audiard, j’ai dégusté sans modération les dialogues qu’il a mis dans la bouche de Gabin et de bien d’autres acteurs de la même génération. J’ai couru les salles de cinéma pour me repaître des films dont il avait écrit les dialogues. Aujourd’hui, enfin, j’ai l’opportunité de me goinfrer de sa prose par la lecture, non plus par la parole des autres. Ce roman  raconte l’histoire de trois jeunes garçons qui, craignant l’arrivée des Allemands dans leur quartier parisien en 1940, ont vite enfourché leur bicyclette pour descendre vers le sud sans savoir réellement où ils allaient, simplement pour  fuir la guerre. « En somme, cette guerre, on voulait bien la gagner, à la rigueur la perdre, ce qu’on ne voulait surtout pas, c’était la faire. Ca, à aucun prix ! ».  Ils avaient entendu trop de choses sur cette guerre : « On s’était même fait des idées à propos d’elle, des idées très précises, très mûries. Notamment, que la guerre moderne – donc technique – était une affaire de spécialistes et qu’il ne faut jamais déranger les spécialistes dans leur spécialité ».  

 

 

Je suis un grand admirateur de sa prose argotique, vernaculaire, rabelaisienne, il invente des formules désopilantes, créé des images hilarantes, emprunte des raccourcis foudroyants dans un langage qu’il a gardé de son enfance dans les rues du XIVe arrondissement de Paris. Il peint un monde de jeunes gens fort démunis qui vivent de la débrouille, de quelques larcins, de petites combines, rien de bien grave, juste de quoi épater les filles du quartier en espérant trousser leurs jupons le plus vite et le moins longtemps possible pour ne pas s’attacher et garder leur liberté. Mais après, les drôleries de la Drôle de Guerre, il faut bien se rendre à l’évidence, les Boches sont aux portes de Paris et il est plus prudent de prendre les devants en quittant la capitale au plus vite.  « Pour expliquer bien clairement pourquoi on s’était retrouvés à vélocipède sur un itinéraire aussi fantasque, peut-être convient-il de replacer la photo de famille dans son cadre : juin 40. Un temps inouï. Un soleil de feu ».

 

 

Leur fuite à bicyclette prend des allures d'une chevauchée fantastique dans le flot de la France en pleine débâcle, sous les bombes des Stukas et la mitraille des Messerschmitt, puis, comme ils avançaient beaucoup moins vite que les panzers, au milieu de l’armée allemande fonçant, elle aussi, vers le sud. Au long de cette épopée picaresque, les jeunes gens rencontrent des personnages étonnants, tout en essayant de chaparder leur nourriture et de trousser, à chaque occasion, des filles et des femmes souvent très compréhensives mais pas toujours très séduisantes, ni très jeunes. Peu importe, ils veulent surtout devenir des hommes, des vrais, des hommes qui savent parler aux femmes et les satisfaire. Ils mènent ainsi une existence un peu bohême avec la seule contrainte de trouver leur pain quotidien dans un pays en pleine déliquescence où toutes les règles semblent abolies. « Elle était marrante la France d’alors !... Inconséquente…. feignasse….  Alcoolique… putassière…. moscoutaire… cagoularde…. mais merveilleusement légère et gaie. Ceux qui ne l’ont pas connue à cet âge-là ne sauront probablement jamais … comme elle a pu être gentille et drôle ».

 

 

Avec ce récit, Audiard donne sa vision de la France de la débâcle qui n’était pas encore celle de la collaboration ou de la résistance, la vision d’un jeune homme de vingt ans qui appartient à la première classe qui n’a pas été mobilisée. Cependant sous la blague, le bon mot, le raccourci, l’image comique, la formule colorée, il y a le regard acéré, le regard qui débusque la France qui va mal tourner, les affres de la veulerie, de la trouille, de la cupidité, de la vengeance facile par occupants interposés. L’aigreur perce vite sous les hâbleries de l’amuseur, il avait compris qu’une époque mourrait et que la suivante serait très différente, que des appétits nouveaux étaient en train de naître. « Ah, on y était vraiment dans la métamorphose des générations ! Le passage de témoins, comme disent les coureurs de relais !... madame Manière était sans doute un des derniers spécimens d’un romantisme décadent, un bel animal aux pulsations lentes, la fin d’une race à laquelle succéderait de petits fauves rudimentaires ». La belle décadente était le symbole de cette France en pleine mutation dans le malheur et la douleur.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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4 mars 2016 5 04 /03 /mars /2016 08:51
Andreï Makine ou l'héritage accablant

 

De lui, Dominique Fernandez, dans son Dictionnaire amoureux de la Russie disait,  il y a quelques années : « A voir la haute stature, le port rigide, le visage taillé à la serpe, la barbe de prophète, les yeux clairs, on dirait un de ces pèlerins qui parcouraient, un bâton à la main (…), l’immensité de la steppe. Mais sous ce physique serein de moine, se cache un esprit rebelle, tourmenté, violent ». Et c’est bien cette impression qu’il donne, à le voir, en photo ou derrière un micro, que son oeuvre, où l’on retrouve la Russie  immense et tourmentée, est bien celle d'une inspiration habitée par une inexplicable tragédie. 

 

Dans chacun de ses romans, l'écrivain nous plonge dans une Russie toujours plus rude où brille parfois un reflet de France. Mais, même lorsque la France est absente, c’est le français que Makine utilise pour décrire et raconter, comme s'il ne pouvait plus s'exprimer que dans la langue de Racine et de Voltaire.    

 

« Je crois qu’on détruit une œuvre en lui accolant une biographie » : Makine est très peu disert sur sa vie. Les critiques, les journalistes en sont souvent réduits à puiser dans ses romans des anecdotes qui leur paraissent autobiographiques. Et même si l'on peut envisager que l’écrivain ait pu, à un moment donné de sa vie, côtoyer les services de renseignement comme le narrateur de "Requiem pour l’Est", on ne trouve aucunement et précisément dans ses livres de traces autobiographiques. D'ailleurs l'homme s'en défend, même s'il n'en remet pas en cause la tentation, entretenant par là sa part de mystère. Dans un premier temps, il explique, en citant Flaubert, la raison pour laquelle il ne s’épanche pas : « Flaubert disait que l’écrivain ne devait laisser que ses œuvres, et que dire des choses sur soi était une tentation petite-bourgeoise à laquelle il avait toujours su résister. Je ne sais pas s’il est très intéressant de savoir si les crises d’épilepsie consécutives à sa syphilis ont pu avoir une influence sur l’écriture de Madame Bovary ». Mais, lorsque Makine avoue que s’il garde pour lui les éléments de son histoire personnelle, c’est pour ne pas en perdre la sève et la disperser en vaines paroles …  ne confirme-t-il pas, à cette occasion, qu’il y a beaucoup de lui dans ses romans ? Devant l’acharnement des journalistes, il répond, alors qu’il vient de publier "Une femme qui attendait: « J’aurais pu vous dire : “ Vous savez quand j’étais étudiant, j’ai été quelque temps dans un village de Sibérie, et bien là-bas il y avait une femme qui attendait depuis trente ans son fiancé parti à la guerre…” Quel intérêt ? Si je fais ça, j’assassine mon roman, je vends mon âme et l’âme de cette femme ».      

 

Andreï Makine est né en 1957 à Krasnoïarsk en Sibérie. Il serait devenu très tôt orphelin. A ce moment, une femme, sa grand mère, a beaucoup compté pour lui : elle l’a initié dès son plus jeune âge à la langue et à la culture française. Mais cette femme, que l’on retrouve sous les traits de Charlotte dans "Le testament français" et d’Alexandra dans "La terre et le ciel de Jacques Dorme",  se référait à une France d’un autre temps et le comportement de Makine aujourd’hui, à l’égard de la France contemporaine, est révélateur : dans "cette France qu’on oublie d’aimer" ou dans le "Testament français", Makine exprime une sorte de désillusion. Il ne retrouve plus la France surannée qu’on lui avait décrite et à laquelle il rêvait. Cela explique peut-être le réactionnaire qui subsiste en lui et que certains dénoncent.  

 

Après sa découverte du français, on retrouve Makine adolescent : il s’est alors passionné pour la poésie et lancé dans l’écriture, expression de sa liberté (cette « noble liberté intérieure des Russes » dont parlait Pouchkine). Et puisqu’il nous faut l’inscrire dans une filiation russe, il convient de préciser qu’il admire Dostoïevski, Boulkakov et Bounine auquel il consacrera sa thèse effectuée à la Sorbonne : « Poétique de la nostalgie chez Ivan Bounine ».  Par ailleurs, il a voulu s’affranchir de cet héritage en choisissant la langue française. Dès lors, dans la culture hexagonale, il se réfère à Marcel Proust, pour « sa vision poétique des choses » et à Guy de Maupassant « pour la qualité, la rigueur de sa narration ». S’il est vrai que quelques critiques l’ont aimablement surnommé le Proust des steppes, son écriture s'apparente davantage à celle du père de Madame Bovary de par sa parfaite maîtrise du français classique. Dominique Fernandez, dans un article paru le 26 octobre 1995 dans le Nouvel Observateur s’émerveille devant Makine : quand certains lui reprochent des fautes de français, lui y voit, et avec raison, des licences poétiques d’un « étranger qui manie la langue française avec une pertinence et une virtuosité de néophyte supérieures à celles de l’expert chevronné, jusqu’à s’autoriser des néologismes ou remettre en circulation de vieux mots oubliés (sirventès : poème satirique, terme dérivé du Moyen-Âge provençal) ». Cet éloge n’est pas le seul : en effet, on apprécie autant  l’accent slave de sa prose  que « la musique sobre de la nostalgie et de la douleur ». Makine dit de ses textes qu’ils sont très modernes tout en restant classiques. Et, il est vrai, que s'ils se révèlent modernes par leur inspiration, ils restent classiques dans leur forme. La Russie désenchantée que Makine décrit est servie par une langue admirable qui tient de celle de nos auteurs français du XIXe que, jeune homme, il a pu lire dans sa Russie natale où la censure n’interdisait pas les Balzac, Zola et Flaubert.   

 

Lorsque s'ouvre  l’ère Brejnev, dans les années 70, se profile pour le jeune Makine la tentation de la dissidence :  il aurait fréquenté alors les cercles de la contestation intellectuelle. Mais les ennuis, qui ne cessent de se faire plus inquiétants, l'incitent à partir pour la France : comme d’autres compatriotes écrivains il choisit l’exil. On peut  penser ici à  Ivan Chmeliov qui a exalté l’âme de sa terre dans  Pèlerinage en 1935 ou Alexandre Soljenitsyne, expulsé d’Union soviétique en 1977, bien que les immigrés russes en France aient toujours cultivé l’espoir de revoir un jour leur Sainte Russie. Et c'est là que le cas Makine est singulier : contrairement aux autres, il tire un trait sur ses racines en choisissant la nationalité française puisque la nationalité russe ne se conjugue à aucune autre. Abhorrant la société matérialiste de l’ère Gorbatchev, il obtient un statut de réfugié politique. Cependant on ne peut nier la douleur qu’il peut y avoir à se couper ainsi de son pays natal. La métaphore de l’amputation, développée dans "Requiem pour l’Est", apparaît dès lors explicite : «  Plus tard, dans la nuit, je pensai à cette douleur fantôme qu’éprouve un blessé après l’amputation. Il sent, très charnellement, la vie de la jambe ou du bras qu’il vient de perdre. Je me disais qu’il en était ainsi pour le pays natal, pour la patrie, perdue ou réduite à l’état d’une ombre, et qui s’éveille en nous (…) ».  

 

Avec difficulté, le statut de réfugié obtenu, il parvient à publier ses premiers romans dont la légende veut qu’il les ait présentés comme traduits du russe. En effet, Makine écrit en français et les éditeurs semblent avoir refusé de prendre ce moujik au sérieux. Lorsqu'on lui pose la question : pourquoi le choix du français? - il répond : « Pour ne pas être poursuivi par les ombres trop intimes de Tchekhov ou Tolstoï »? Le français serait donc choisi de façon arbitraire ? Et le russe délaissé du fait du poids de l’héritage littéraire ? En définitive, d’autres explications apparaissent plus satisfaisantes et révèlent le véritable culte que Makine voue à la langue française, un culte justifié par des critères de littérarité.    

 

En 1995, la gloire arrive enfin pour lui, grâce à la parution au Mercure de France ( Simone Gallimard se serait dite séduite ) du "Testament français". Evènement rarissime dans le milieu littéraire, le livre obtient deux récompenses prestigieuses : le Médicis et le Goncourt, auxquels s’ajoute le Goncourt des lycéens. Fait rare également, les jurés du Médicis choisissent de ne pas départager le russe Andreï Makine et le grec Vassili Alexakis, ce qui est significatif du dialogue qui spontanément s'intronise entre les divers pays sur le plan culturel. 

   

Après cette consécration, Makine, dont on ne sait plus trop s’il faut le considérer comme un écrivain russe d’expression française (selon François Nourrissier) ou comme un écrivain français d’origine russe (il a obtenu la nationalité française un an après le sacre du Goncourt) a acquis une place incontestable dans le milieu littéraire : il a publié de nouveaux romans, a reçu de nouveaux prix littéraires et est traduit en plus de trente langues. Aujourd'hui il entre à l'Académie française, dont il sera le membre le plus jeune, consécration d'un parcours exigeant et sans concession.

 

Afin de compléter cet article, prenez connaissance de celui-ci : L'art d'écrire selon Andreï Makine

 

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29 février 2016 1 29 /02 /février /2016 09:02
A l'enseigne du coeur épris de Jean-François Pigeat

L’auteur de cet ouvrage se penche avec une certaine nostalgie sur toutes ces familles qui explosent et essaient de se reconstituer en s'appliquant à saisir une seconde chance, mais reconstruire une famille avec un bagage bien plein, des enfants, des cicatrices, des habitudes,… ce n’est pas facile, même si ce coquin d’amour ne choisit pas ses cibles en fonction de l’âge.

 

 

A l’enseigne du cœur épris

Jean-François Pigeat

 

 

A l’époque où les mariages se  désunissent aussi vite qu’ils s’unissent, la Toile devient un havre précieux pour les marchands de bonheur conjugal et les candidats à une nouvelle tentative après un premier essai infructueux, les volontaires pour la construction des fameuses familles recomposées, cible privilégiée des marchands de promesses en tout genre. La ménagère, de moins de cinquante ans, a pris du plomb dans l’aile, les familles reconstituées l’ont poussée dans l’ornière du marketing.

 

 

Geneviève, orpheline trop tôt, mère trop jeune, veuve trop vite et Stéphane, quadra divorcé, tentent l’expérience. Elle est moins évidente qu’on ne le dit souvent dans les médias. Passé la quarantaine, on a une histoire, du vécu à raconter ou à cacher. Geneviève n’est pas très organisée, elle prend la vie comme elle vient sans chercher à y mettre un ordre trop stricte ; Stéphane, lui, est un peu plus rigide, ordonné voire maniaque.  Ils essaient d'organiser leur vie en  transigeant autant que possible, malgré des goûts et des habitudes assez différents, mais l’affaire devient beaucoup plus compliquée quand, brusquement, déboule un fils que Geneviève n’avait pas mentionné jusque-là dans son curriculum vitae, et pas n’importe quel fils, un jeune homme « bordélique », envahissant, négligeant, pas très soigné et plus apte à dépenser l’argent de sa mère qu’à en gagner lui-même. Et ce fils adulé a un frère presque jumeau, mais de père seulement, que sa mère n’a pas pu élever et que Geneviève a recueilli pendant une certaine période. Cela fait beaucoup pour Stéphane, trop peut-être, qui trouve la barque chargée et prend l’initiative de rompre. Certes, l’amour à quarante ans, comme à vingt ans, n’est pas facile, il ne se laisse pas diriger et les cœurs les plus rigides peuvent connaître des penchants de midinette. Geneviève disparait juste au moment où Stéphane voudrait recoller leur amour en kit, la quête commence, les palpitations agitent le cœur de l’amoureux, l’histoire d’amour prend une nouvelle dimension.

 

 

Jean-François Pigeat traite le problème des familles recomposées avec humour et sarcasmes dans un texte guilleret, primesautier, bourré de formules drôles, de raccourcis fusant toujours à propos et de mots volontiers savants ou recherchés. Derrière son texte plutôt humoristique, il faut tout de même constater la dénonciation d’une indiscutable décomposition de la société qui perd progressivement ses maillons fondamentaux, ceux des familles unies, soudées, cellules de bases de la civilisation occidentale. L’auteur ne juge pas, il constate, évalue et note les changements qui affectent la population toute entière en soulignant que l’amour sera toujours un sentiment étrange, pas facile à comprendre, qu’il fera encore bien des misères à ceux qui y sombrent, et, cela, quelles que soient  les âges et les statuts.

 

Denis BILLAMBOZ

 

 

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22 février 2016 1 22 /02 /février /2016 08:08
Histoire de Milad de Rafik Schami
Histoire de Milad de Rafik Schami

Ce roman écrit en 1968, mais qui n’a pas pu être publié avant 1997 en Autriche, revient en pleine lumière aujourd’hui avec les événements tragiques qui meurtrissent la Syrie. Il raconte à travers une histoire digne des contes orientaux médiévaux, les tares endémiques qui gangrènent la Syrie depuis sa fondation.

 

 

Histoire de Milad qui partit pour manger à sa faim pendant vingt et un jours

Rafik Schami (1946 - ….)

 

 

Un jour en rentrant chez lui un jeune Damascène rencontre un attroupement entourant un homme gravement blessé, il a été torturé par la police. Il connait ce personnage étrange, c’est Milad. Celui-ci vivait dans une grotte à Maaloula, mais sa famille l’héberge et le soigne désormais. Chaque soir, huit nuits durant, le blessé raconte son aventure au jeune homme : les vingt et un jours qu’il a passés à manger à sa faim avant de rejoindre la fée qu’il a connue dans la grotte où il s’était réfugié pour échapper à la violence de son beau-père. Le narrateur a écrit cette histoire en 1968 mais n’a pu la publier qu’en 1997, en Autriche, le pouvoir syrien et ses apparatchiks, les religieux, les éditeurs peureux et frileux ne voulant pas se compromettre en publiant ce récit.

 

Milad est enfant de la misère, son père disparait lors d’une attaque contre son village, sa mère, très pauvre, épouse un vieillard violent qui les frappe tous les deux, rejette l’enfant et le laisse quasiment mourir de faim. L’enfant fuit, se réfugie dans une grotte où il est visité par une fée bleue qui lui propose l’aventure qu’il confie au narrateur. « Au fil des années qui viennent, tu devras manger à ta faim vingt et un jours de suite. Puis tu viendras à moi, et de même que l’arc-en-ciel fait cadeau au ciel de ses couleurs, je remplirai ton cœur de joie ». Les sauterelles ont dévasté la région, Milad doit se mettre en marche pour trouver un maître capable de lui procurer une nourriture suffisante pendant les vingt et un jours imposés par la fée avant de connaître le bonheur. Le but du récit est bien sûr de raconter cette épopée, mais aussi de démontrer combien il était difficile de manger à sa faim pendant quelques jours de suite dans cette région en ce temps-là. Milad se débrouille comme il peut pour ne pas mourir de faim et expérimente toutes les solutions qui se présentent à lui pour manger durant les trois semaines imposées. Il est victime, complice et même parfois instigateur de toutes sortes d’escroqueries, combines, carambouilles et autres filouteries dans un périple rocambolesque qui le ramène sans cesse à sa grotte salvatrice.

 

Cette histoire ancrée dans la droite ligne des contes orientaux, digne des aventures de Rocambole, imprégnée de satire politique, se déroule dans les environs de Damas à l’époque où l’Empire Ottoman s’effritait sous la poussée des Français et des Anglais qui s’affrontaient pour imposer leur hégémonie sur cette partie du Moyen-Orient. L’auteur stigmatise tous les pouvoirs politiques, religieux, économiques qui utilisaient la corruption comme principe de gouvernement et d’administration sans oublier les riches marchands qui ont souvent construit leur fortune dans la plus parfaite illégalité.

 

Ce récit cocasse et drôle, même s’il évoque des épisodes souvent tragiques, décrit la face cachée de la naissance de la Syrie moderne, celle où les conflits actuels étaient déjà en germination. Il nous rappelle que l’Islam n’est pas la seule religion syrienne et que la corruption, la violence, l’intolérance et le pouvoir brutal et sanguinaire n’est pas l’exclusivité de ceux qu’on accuse aujourd’hui. Le système clanique a été un excellent support pour toutes les turpitudes, le reste semble bien n’avoir été souvent qu’arguties et prétextes pour imposer volonté et pouvoir. Chacun défendait son territoire en y laissant sa vie ou en fuyant après la défaite." Sais-tu à quel point c’est amer, de défendre un village avec le courage d’une panthère, pour ensuite tomber à genoux devant la faim invisible et silencieuse et devoir s’en aller comme un âne affamé ? » Comme le font encore aujourd’hui de nombreux Syriens qui prennent la mer au risque d’y sombrer.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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15 février 2016 1 15 /02 /février /2016 08:54
La porte rouge de Valentine Goby

Vous le savez, je l’ai déjà dit dans cette rubrique, plusieurs fois peut-être, j’aime l’écriture de Valentine Goby et surtout sa façon d’aborder son sujet. Elle choisit toujours l’angle qui peut valoriser le sujet le plus banal. Dans ce texte écrit pour des adolescents, elle met beaucoup de tendresse et de poésie à décrire un monde austère, brutal, violent, déshumanisé…. Elle veut redonner le goût de la vie aux enfants perdus de la zone, parents lisez ce petit livre, il est aussi pour vous.

 

 

                                                     La porte rouge

                                      Valentine Goby (1974 - ….)

 

 

C’est beau, c’est bourré de tendresse et elle fleure bon la poésie cette petite histoire rédigée par Valentine Goby à l’intention d’une classe de seconde d’un lycée de la banlieue parisienne, d’après une série de photos d’Hortense Vinet. Elle a su, à partir de ces documents, saisis à travers des lucarnes, des trous de serrure, raconter un monde déshumanisé, minéral, dur, décrépit, inventer une fiction étonnante, émouvante,  un peu trop moralisatrice sans doute, mais pleine d’espoir. De l’espoir dont manque tellement les adolescents qui peuplent ces cités sans âme.

 

Dans sa cité à elle, Dora, jeune lycéenne, se cloître dans l’appartement où elle vit avec sa mère. Dehors, elle a vu le diable mais elle ne veut le dire à personne. Par sa fenêtre, elle regarde la rue peuplée des seuls couchers de soleil. De l’autre côté du mur, Charlie, un jeune garçon court, court, court, pour fuir en permanence l’appartement où il vit, l’appartement qui sent mauvais, qui sent son père ivrogne et violent. Un soir Dora ose sortir pour une raison insignifiante, ramasser une ordure jetée par une main indélicate et, chaque soir, le rituel se répète avec une telle régularité qu’elle finit par attendre cette canette qui est le seul lien qui la relie à la société. Derrière cette canette mal élevée, il y a une main, quelqu’un, elle voudrait savoir qui, mais elle n’ose pas et pourtant cet objet insignifiant, sale, va la conduire vers l’autre, l’autre qui va lui tendre la main.

 

Quitte à me répéter, j’aime l’écriture de Valentine, je l’ai déjà avoué plusieurs fois, j’aime aussi cette histoire, même si elle est très morale, car elle est destinée à des adolescents en totale perte de confiance. Elle leur dit qu’ils doivent lutter pour vivre selon leur envie, se vêtir selon leur goût, une mini-jupe ne fait pas une pute, et choisir leur métier selon leur vocation. Elle dénonce avec tendresse et amour les préjugés, les a priori qui accablent cette jeunesse grandissant dans un monde sans humanité où seule la violence est vivace. Avec ces mots, ses mots, elle les aide à croire que les fleurs poussent aussi sur les tas de gravats et qu’un « Petit Prince » peut aussi courir autour des barres de la zone.

Un livre pour les adolescents que leurs parents feraient bien de lire, ils y prendraient certainement plaisir et ils comprendraient peut-être mieux leurs enfants.
 

Denis BILLAMBOZ
 

 

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13 février 2016 6 13 /02 /février /2016 08:34
L'ombre improbable

 

Descendons un peu plus bas
dans le silence qui touche aux origines.
La vérité est au-delà de la frontière des ombres.
Ni ombre, ni lumière vraiment,
mais une sorte de paix, une eau dormante
épargnée par le temps.
Suis-je encore vivante ? Je ne sais,
tant je vis ton absence
comme une terrible éternité.
Un jour, je fus ravie hors de ma propre conscience.
Je ne souffrais plus du simple poids des choses.
J’étais au seuil d’un autre monde
et me dévêtais de mon linceul d’humanité.
Que mon pas était léger !
Tout, dans le sens nécessaire, allait immuable
et je te cherchais en un pays de collines et de frangipaniers.
Quel écho me rendra ton appel et ta voix ?
Est-ce en mon âme que tu t’es égaré,
en ma mémoire que tu chemines fidèlement ?

 

Cette nuit, le jardin s’est refermé sur mon chagrin.
Bien que nous soyons en été,
mon cœur, de son hiver, est resté le prisonnier.
Combien de jours, de semaines, sans ton amour ?
Dans ce parc, tu m’as avoué
qu’il te plaisait de méditer,
aussi est-ce ton ombre improbable
que je suis venue guetter.
Tout à l’heure, il faisait clair,
il y avait là des enfants, des fleurs,
des bosquets, des marchands.
Me serais-je endormie ?
Sur quel aveu à te dire,
sur quelle peine à te confier ?

Pousse lentement la porte du jardin,
que ton pas s’inscrive,
oui, ton pas sans le mien,
sur la terre humide encore de la nuit,
arrête-toi, je te rejoins.
Quelle attente, quel souvenir lointain, un instant te retient ?
Mon absent, dans l’ombre révélatrice, reviens-moi, je t’en prie.

 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE  ( extraits de « Profil de la Nuit » )

 

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  • : Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
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Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

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