Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
15 mai 2015 5 15 /05 /mai /2015 09:46
Baronne Blixen de Dominique de Saint Pern

 

 

Dominique de Saint Pern, journaliste et auteur de « L’extravagante Dorothy Parker » et de « Les amants du soleil noir », aime à l’évidence les personnalités en rupture de ban avec la société et il est vrai que Karen Blixen a mené une existence singulière, partagée entre l’Afrique où elle jouissait d’une liberté, qui entendait se libérer de tous les codes, et le Danemark où elle devint, dans la seconde moitié de son existence, une femme de lettres reconnue et redoutée, manquant de peu le prix Nobel. Avec cette biographie romancée, Dominique de Saint Pern nous retrace un destin vécu à coups de sabre, constamment contrarié dans son tracé et subi dans un incontestable inconfort de santé, puisque peu de temps après son mariage avec le baron Bror Blixen, Karen devait hériter de la syphilis, mal qu’elle trainera sa vie durant et contre lequel elle luttera avec l’incroyable énergie qui la caractérisait. « Vous ne pensez pas que je vais me plaindre ! » - assurait-elle. Et elle ne se plaignit pas malgré les douleurs, les opérations, les traitements de cheval dont elle fut accablée au fil des années, sa maladie se rappelant à elle sans relâche et jusqu’à son dernier souffle.

 

Qui était Karen Blixen, cette aristocrate danoise qui semblait être née pour une vie  convenue dans un milieu privilégié et une suite de belles demeures et de mondanités, milieu figé dans les exquises manières du passé et les rites des riches oisifs, et ne cessera néanmoins, et contre toute attente, d’être une aventurière au propre et au figuré, menant deux existences assez distinctes l’une de l’autre : la première au cœur de l’Afrique auprès des Kikuyus et l’autre dans sa résidence maritime de Rungstedlund où elle devint, lors de cette seconde partie de sa vie, un écrivain démiurge, mondialement célébré et lu ?

 

En effet, la baronne et son époux, qui lui avait donné son titre en même temps que la syphilis, avaient acheté une ferme près de Nairobi, au Kenya, avec l’argent de la famille de Karen, les Westenholz, ces vieilles corneilles selon elle. Ils s’y installèrent dans un environnement grandiose afin d’y cultiver le café. L’aristocratie anglaise y avait déjà ses habitudes et une gentry élégante se recevait dans des domaines où le champagne et les vins fins coulaient à flot et où les hommes se plaisaient à afficher leurs conquêtes et leurs trophées de chasse.

 

Dès les premières pages, nous sommes à Mbogani, au pied du Ngong, là où sera enterré Denys Finch Hatton, l’homme des safaris, la meilleure gâchette d’Afrique ; oui, nous sommes dans cette ferme africaine dont «  l’élégante véranda court le long de la façade offerte au levant ». Car Dominique de Saint Pern débute son roman au moment du tournage de « Out of Africa » et auprès de Meryl Streep chargée d’interpréter le personnage de cette romancière et conteuse qui sut envoûter successivement les Kikuyus et ses lecteurs. Karen était une magicienne, assez proche de l’héroïne des « Mille et une Nuits », conteuse hors pair qui ensorcelait ses auditeurs et ne cessa jamais d’être complexe, frivole et extravagante. Elle fut également une chasseresse au cuir endurci par les épreuves, ne se dérobant jamais face à l’obstacle et osant même braver les lions. Karen, divorcée de Bror, ce mari insouciant et futile qui se plaisait davantage dans les pubs et le lit des femmes qu’à gérer sa plantation de café, aimait alors Denys Finch Hatton, cocktail explosif d’érudition raffinée et d’instinct sauvage parfaitement aiguisé, qui lui faisait écouter Mozart, Haendel et Stravinsky sur son gramophone et portait aux nues sa liberté de fouler les terres sauvages et de voler à bord de son biplan jaune citron où il improvisait des loopings qui paniquaient Karen au début de leur liaison. Denys, qui n’acceptait aucune attaches, quelles qu’elles soient, n’épousait pas, disparaissait plusieurs mois d’affilé et trouvera la mort à bord de son avion peu de temps avant que Karen, ruinée par sa plantation, ne regagne le Danemark, abandonnant ses chers Kikuyus et un pays qui l’avait marquée d’une empreinte indélébile. Cette première partie du livre est fascinante et évoquée dans un style lyrique qu'illustrent des descriptions d’une réelle poésie ; on y devine une Karen heureuse, amoureuse, dans un cadre qu’elle a agencé avec goût, autant celui des fleurs et des parterres à l’anglaise que celui d’un intérieur cosy et raffiné où les Kikuyus la servaient en gants blancs dans des services  et cristallerie précieux, tout droit venus de Londres ou de  Copenhague. Ce sera donc le départ déchirant, l’adieu à l’Afrique, l’adieu à chacun de ses domestiques, à ses squatters et au fidèle Farah, le train qui s’ébranle depuis Mombassa, l’arrivée à Rungstedlung, et son retour, comme elle le souligne elle-même, à la taille enfant.

 

Karen jeune et sa ferme au Kenya, devenue un musée.
Karen jeune et sa ferme au Kenya, devenue un musée.
Karen jeune et sa ferme au Kenya, devenue un musée.
Karen jeune et sa ferme au Kenya, devenue un musée.
Karen jeune et sa ferme au Kenya, devenue un musée.

Karen jeune et sa ferme au Kenya, devenue un musée.

La seconde partie est un peu moins exaltante, bien que Karen s’apprête à devenir un écrivain de première grandeur. En entrant en écriture à l’âge de 50 ans, elle se transforme en Isak Dinesen et ouvre une page nouvelle de sa vie derrière un masque. Elle n’est plus la même femme, en effet, mais la baronne qui se bâtit une tour d’ivoire contre la douleur des relations humaines. Avant d’être éditée, elle va devoir subir pas mal d’humiliations et deviendra, à la suite de ces nouveaux échecs, une lionne rugissante. Son premier ouvrage « Les sept contes gothiques », sept merveilles chantournées avec sensualité, vont très vite connaitre un succès fou Outre-Atlantique et lui valoir une cour d’adorateurs. Dans sa propriété de Rungstedlund, elle mène une vie simple au côté de sa mère exigeante et tyrannique et se sent à l’étroit. « Les contes d’hiver » sortent puis « Une ferme africaine » en 1937 qu’elle rédige dans un hôtel, à l’extrême nord du Jutland, afin d’évoquer dans la solitude ce chant du cygne du monde indigène. Le succès de ce nouveau livre, publié en Amérique comme les précédents, et dans les deux langues anglaise et danoise, sera foudroyant et bientôt suivi du même succès en Grande-Bretagne. Puis, sa mère meurt, la guerre se déclare et l’oblige à vivre en autarcie dans sa demeure, transformée en ferme, afin de subvenir aux restrictions. En 1943, une certaine Clara Svendsen se propose de devenir sa traductrice en langue française et sera auprès d’elle une compagne dévouée et soumise à ses innombrables caprices et exigences, comme tous ceux qui l’approcheront sous son masque d'Isak Dinesen.

 

A Rungstedlund, cela devient une foire aux vanités, chacun plus ou moins satisfait de son reflet dans le miroir que la baronne, manipulatrice en diable, leur tend avec malice ou bienveillance. Bientôt se présente un poète Thorkild Bjornvig, de trente ans son cadet, avec lequel elle aura une sorte de liaison spirituelle, instaurant un pacte qui fera de lui sa créature. Il vivra chez elle longtemps, quittant femme et enfant, pour subir, de la part de cette habile magicienne, un envoûtement accompli dans les règles de l’art. De plus en plus malade et dénutrie, elle pèse 31 kilos, Isak Dinesen se rend néanmoins à New-York en 1959, invitée d’honneur de l’Académie des arts et des lettres, où elle parlera pendant plusieurs heures, suscitant un engouement invraisemblable et une standing ovation avec ses récits sur l’Afrique, puis se faisant photographier auprès de Marilyn Monroe et de son mari Arthur Miller. Mais la fin approche. Isak Dinesen, doublée de Karen Blixen,  fait ses adieux à ce qu’elle a aimé, la nature, les oiseaux, les lumières d’automne. Elle a encore rédigé « Les derniers contes » face à ses arbres triplement centenaires et créé sa fondation dans sa demeure de Rungstedlund, reposant désormais dans le parc, où elle s'est si souvent promenée, auprès de son chien Pasop.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique  LITTERATURE, cliquer  ICI

 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

Baronne Blixen de Dominique de Saint Pern
Baronne Blixen de Dominique de Saint Pern
Baronne Blixen de Dominique de Saint Pern
Partager cet article
Repost0
11 mai 2015 1 11 /05 /mai /2015 08:28
La claire fontaine de David Bosc

Mes racines familiales plongent dans le même sol que celles de Gustave Courbet, tout ce qui concerne le maître d’Ornans m’intéresse bien évidemment, donc ce livre ne pouvait qu’attirer ma curiosité et elle fut comblée car, même si le peintre n’apparait pas sous son meilleur jour, l’auteur, quant à lui, révèle un véritable talent d’écrivain.

 

 

 

                                             La claire fontaine

                                        David Bosc (1973 - ….)

 

 

 

Un beau matin de juillet 1873, Courbet quitte sa maison et s’engage, à gauche, dans la rue de la Froidière, là où, lorsque j’étais jeune, j’ai beaucoup festoyé, il chemine jusqu’au vieux pont de Nahin pour franchir sa rivière, la Loue, et gagner la route qui le mènera vers la Suisse en passant par la côte de Mouthiers, La Vrine et Pontarlier. Il quitte la France pour éviter les poursuites judiciaires engagées contre sa personne après la détérioration, pendant la Commune, de la colonne Vendôme. Il s‘installe définitivement à la Tour-de-Peilz, sur les rives du Léman, où il terminera sa vie. C’est cet épisode, le dernier de l’existence du célèbre peintre, que David Bosc met en scène dans cet ouvrage.

 

 

Le maître d’Ornans a quitté la France avec son élève Marcel Ordinaire qui gagnera une petite notoriété avec ce qu’il a appris à ses côtés, Cherubino Pata, l’homme de l’intendance qui assure les relations avec la famille, les amis, les clients, les Morel qui le rejoindront plus tard pour assurer l’intendance de sa maison qu’il ne sait pas gérer. « C’est un enfant, une femme faible plutôt, qu’il faut conduire par la main ; sa force est toute concentrée dans son talent, quant à l’homme, c’est la faiblesse incarnée ». Il continue de peindre, de peindre beaucoup, sa notoriété n’a pas faibli et il n’a pas perdu une once de son talent.

 

 

 

Il n’a perdu que sa hargne révolutionnaire, il se détache des biens de ce monde, se comporte comme un pauvre, se satisfait de son sort et désespère son entourage par son désintéressement. « Les pauvres avaient au moins le tact d’avoir envie de toutes les choses dont ils étaient privées. Tandis que celui-là vous gâchait le plaisir par son indifférence, par ce ni chaud ni froid que lui faisait toute marchandise ». Courbet ne se complait que dans les petits plaisirs d’une vie simple, de ses bains dans le lac Léman, l’eau étant son élément, sa « claire fontaine », des visites de sa famille et de ses amis, des répétitions et concerts avec la chorale de Vevey… mais surtout de l’ivresse que le petit vin blanc du pays, ingurgité en quantité de plus en plus inquiétante, lui procure. « Courbet se plaisait en la compagnie des petits-bourgeois, pour lesquels il était une sorte d’homme-cabaret, un type très fort, très rigolo et simple ! Et célèbre ! »

 

 

Daniel Bosc n’a pas choisi la période la plus exaltante de la vie de l’artiste pour en dresser le portrait.  Pour ma part, j’ai eu une curieuse impression en lisant cet ouvrage : je n’ai pas toujours vu un écrivain observant les faits et gestes, sondant les états d’âme d’un artiste ; j’ai davantage eu le sentiment de voir un peintre observer, derrière son « déci » de fendant, un auteur tentant de trouver les formules les plus adéquates, le style le plus adapté pour le faire vivre dans sa désescalade progressive. L’auteur m’a semblé donner la priorité à l’objet de son livre, soit l’exercice littéraire, au détriment de son sujet, la vie du peintre. Ceci n’est qu’une impression et nullement un reproche car l’auteur a atteint son objectif : le texte est de qualité et le sujet n’en manque pas. Mais je n’oublie pas ce que le peintre avait affiché dans son atelier :

 

«  Ne fais pas ce que je fais.

Ne fais pas ce que les autres font ».

 

 

Denis BILLAMBOZ

 

 

Pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer    ICI

 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

Partager cet article
Repost0
4 mai 2015 1 04 /05 /mai /2015 08:04
Tristano meurt d'Antonio Tabucchi

Encore Tabucchi diront certains, eh oui ! Antonio Tabucchi fait partie de mes écrivains préférés et chaque fois que je trouve une de ses œuvres dans une vente quelconque, dans une bibliothèque, dans une librairie, chez des amis,… je m’empresse de me la procurer pour vite la lire et vous en faire un commentaire.

 

 

 

                                                Tristano meurt

                               

                      Antonio Tabucchi ( 1943 – 2012)

 

 

 

Dans sa campagne italienne, Tristano se meurt, mais avant de décéder, il convoque son ami écrivain, qui a déjà publié une version de son histoire, pour lui raconter celle qu’il a réellement vécue, celle dont il veut se souvenir, celle qu’il veut qu’il écrive pour la postérité. Il est devenu un héros national quand il a abattu les fascistes qui venaient de liquider le chef de son groupe de résistance. Personne n’a assisté à cette scène macabre, est-il vraiment le héros que tous ont adulé ? A-t-il dissimulé certaines choses ? A-t-il abandonné son chef ? … Ses souvenirs sont flous, se superposent, s’embrouillent, se mêlent à ses rêves, à ses désirs, au délire provoqué par la morphine. Il raconte sa guerre en Grèce, l’Allemand qu’il a tué parce qu’il avait abattu deux innocents, la femme qui l’a caché et qu’il a aimée immédiatement, l’autre femme qu’il a rencontrée dans le maquis qui l’aimait mais qu’il ne pouvait pas aimer, la femme qui lui avait confié un enfant qu’il n’avait pas su protéger.

« Naturellement, cela ne se passa pas ainsi, tu l’auras compris. Mais toi, écris-le comme si c’était vrai, parce que pour Tristan ce fut vraiment vrai, et l’important est ce qu’il imagina durant toute sa vie, au point que c’est devenu un souvenir pour lui ».

Tout se confond dans ce texte dense, compact, sinueux : les souvenirs réels ou apparemment réels, la vérité construite par le héros, les fantasmes qui l’obsèdent, les délires qui le taraudent, les personnages qui se dissimulent derrière leur véritable nom, les divers surnoms dont Tristano les affuble et leurs nombreux pseudonymes de guerre, mais malgré tout le lecteur suivra le fil rouge déroulé par l’auteur  dans ses immenses phrases : la difficile construction de la vérité, la façon dont on écrit l’histoire, la manière dont on fabrique les héros. Ce livre évoque ainsi comment furent racontés les événements qui se déroulèrent à l’écart des grandes batailles, dans les coulisses de la clandestinité,  l’exploitation que certains ont fait de faits d’armes ou de pseudo exploits pour construire des carrières assises sur une gloire trop souvent artificielle, et l’imposture de ceux qui n’ont jamais combattu et qui s’honorent de la gloire de ceux qui ont réellement lutté dans l’anonymat le plus total.

 

 

Tabucchi pointe du doigt le rôle et la responsabilité des écrivains constructeurs de légendes, faiseurs de héros, rédacteurs de l’histoire, inventeurs de la postérité, distributeurs de la gloire et de l’opprobre.

« … les paroles imprimées ont cette fonction, au fond, elles sont elles aussi destinées à la mémoire future comme les statues, mémoire et en même temps oubli, car le premier élément sera toujours englouti par le second… »

Un gros effort de lecture mais un texte magistral ou s’emmêlent l’histoire, la légende, les réflexions de l’auteur, la dénonciation, l’accusation, dans les morceaux épars de ce que fut, de ce qu’aurait pu être, la vie de ce héros. Un règlement de compte à l’intention de ceux qui ont trahi l’idéal des hommes qui se battaient pour la liberté, la seule, la vraie, la Liberté. Un texte qui sonne comme un testament prématuré, un solde pour tout compte d’une vie d’engagement et de combat. On dirait que déjà Tabucchi, une dizaine d’années avant sa mort, voulait vider son sac, conclure. « … pourquoi est-on encore aujourd’hui ? … ça fait tout un mois que c’est aujourd’hui, fais venir le demain qui m’emportera ».

 

Denis BILLAMBOZ

 

Pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer   ICI

 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

Partager cet article
Repost0
2 mai 2015 6 02 /05 /mai /2015 07:39
Cathédrale de Strasbourg - le millénaire
1015 - 20151015 - 2015

1015 - 2015

 

La voir apparaître soudain, au détour d’une rue médiévale au charme envoûtant, dans l’ampleur de sa façade démesurée et néanmoins miraculeusement légère, dressée  sur sa place comme un sublime navire avec son unique voile déployée dans le ciel est un choc assez comparable à celui que j’ai éprouvé en apercevant  "la merveille" à Pétra en Jordanie . Et comment en serait-il autrement tant cette cathédrale que Claudel nommait « Le grand ange rose de Strasbourg » est incomparablement belle, joignant en une même ferveur, comme les mains d’un implorant, ce que l’homme, à travers les siècles, a réalisé de plus pur, de plus beau, de plus élevé, de plus admirable, de plus remarquable, de plus émouvant, de plus accompli. Elle rejoint dans la perfection le Mont-Saint-Michel et Chartres et quelques autres merveilles que les hommes, amoureux non de leur égo mais des cieux, ont bâties et sculptées, faisant appel à leur intelligence et à leur cœur, à leur espérance aussi, car c’est bien un message d’espérance et de foi que de tels monuments ont mission de nous communiquer, à travers les âges, à travers le temps.

 

La façade ouest de l’édifice avec son clocher élancé domine les maisons anciennes du centre historique et semble vouloir protéger la ville et surtout lui donner la notion de l’immensurable ou mieux l'assurer du message silencieux de l’infini. Tout y est agencé de façon à ce que la beauté s’y exprime de toutes les façons possibles : à la manière de l’architecte, du bâtisseur, du sculpteur, du verrier, de l’horloger, en sorte que  les métiers y soient impliqués à leur degré ultime d’excellence. Cela fut possible et réalisé par étapes au fil des siècles.

 

Une première église Notre-Dame sera édifiée vraisemblablement en bois dès 510, puis, à la suite d’un incendie, la première cathédrale carolingienne de 826 sera détruite et remplacée par une imposante basilique fondée en 1015 par l’évêque Wernher. L’édifice actuel en conserve la disposition générale du chœur  mais la partie occidentale, le narthex, est l’œuvre d’Erwin de Steinbach. Ainsi n’a-t-elle cessé de s’accomplir, de s’enrichir dans le plus pur  style gothique, en adoptant le principe constructif français, mais en conservant un caractère germanique, unissant les peuples dans un dessein  commun, sublime et exaltant. En ce lieu unique, les anges sont très présents, des anges souriants et doux, confiants comme si ces gracieuses figures préfiguraient  un au-delà à l’abri des conflits et des douleurs si communes aux hommes. C’est, par conséquent, une vision céleste que nous sommes  invités à  contempler, c’est dans l’intimité de cette beauté quasi surnaturelle que les Strasbourgeois sont priés de vivre, ainsi que  tous ceux qui ont le privilège  et l’honneur de venir un moment y déposer leur fardeau quotidien. Qu’importe que nous soyons croyants ou non croyants ; des hommes, comme  nous, ont simplement ouvert une page à lire, immémoriale et transcendante, afin que nous guérissions de nos plaies et que nos doutes ne soient plus une entrave à notre joie de vivre. 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

Pour prendre connaissance d'un autre article consacré aux cathédrales, cliquer sur son titre:

 

La cathédrale dans l'imaginaire des hommes

 

Et pour consulter les articles de la rubrique CULTURE, cliquer sur le lien ci-dessous 

 

Liste des articles de la rubrique CULTURE

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

pilier_des_anges_cathedrale_strasbourg.jpg

 

P1080010.JPG

P1080013.JPG P1080011.JPG

 

Partager cet article
Repost0
27 avril 2015 1 27 /04 /avril /2015 09:34
Nue de Jean-Philippe Toussaint

Je regrette vivement de vous présenter un opus de la tétralogie de Marie écrite par Jean Philippe Toussaint en choisissant le dernier, j’ai lu le premier il y a beaucoup trop longtemps pour vous en parler valablement et je n’ai pas encore lu les deux autres. Je compte bien vous les présenter un jour, toujours dans le désordre, ils peuvent-être lus indépendamment les uns des autres.

 

 

 

                                                         Nue

                                    Jean Philippe Toussaint (1957 - ….)

 

J’avais laissé le narrateur et Marie à Tokyo pour une séparation complexe, peu conventionnelle, qui semblait inéluctable entre deux personnages que le texte montrait très différents, lui anonyme, transparent, impersonnel qui ne semble vivre que dans l’ombre de Marie, que pour Marie, fasciné, subjugué, éclaboussé par cette femme qu’il dépeint comme exceptionnelles, rare, unique : « Marie, femme d’affaires, Marie, chef d’entreprise, qui signait des contrats et faisait des transactions immobilières à Paris et en Chine, qui connaissait le cours du dollar au quotidien et suivait l’évolution des places boursières, Marie, créatrice de mode, qui travaillait avec des dizaines d’assistants et collaborateurs dans le monde entier, Marie, femme de son temps, active, débordée et urbaine… ». Et Marie, la femme fragile, aérienne, dont  «l’ innocente lubie de se promener à poil à la moindre occasion, … était comme sa signature, ou son chiffre secret… »

 

Avec ce texte Jean Philippe Toussaint boucle la tétralogie de Marie qu’il avait inaugurée avec  « Faire l’amour », où le héros anonyme se séparait, à Tokyo, de la jeune femme, ou c’est plutôt elle qui se séparait de lui. Dans « Nue », le narrateur raconte, avec toute l’élégance et la finesse qui sont les siennes, qu’il a retrouvé Marie et comment il voudrait la reconquérir tout en douceur, très progressivement, bribe par bribe, morceau par morceau, objet par objet, afin de se réinstaller dans sa vie. Il se souvient aussi comment, de manière fortuite, il avait assisté quelques années au préalable, sans s’en douter, à la rencontre de Marie et de son nouvel amour. C’est seulement au moment de reconquérir Marie qu’il comprend comment il l’a perdue.

 

Comme tout livre de Toussaint, du moins ceux que je connais, ce texte est un bijou de littérature, une caresse verbale écrite pour attendrir Marie et la convaincre de partager à nouveau la vie du narrateur que nous ne connaitrons jamais, être impersonnel, transparent, sans relief ni caractère, vivant d’on ne sait quoi, seulement un amoureux subjugué. Mais, avec sa plume de velours, l’auteur sait aussi égratigner ce monde factice et puéril qui gravite autour de Marie, ce monde qui ne sait pas aimer cette fille et l’apprécier à sa juste valeur, ce monde qui a perdu le sens des valeurs réelles et de l’amour pur pour se complaire dans les apparences.

 

Jean Philippe Toussaint a la capacité de transformer l’écrit abstrait en images tangibles, vivantes, à entraîner le lecteur au cœur de son récit, dans des lieux qu’il décrit avec minutie ; on peut suivre ses personnages pas à pas dans l’univers de son héros de Paris à Tokyo en passant par l’Ile d’Elbe, et  dans son récit qui avance au rythme de ses descriptions minutieuses, précises et très détaillées. On peut ainsi suivre l’amoureux transi et sa belle comme on suit les personnages de Modiano dans les rues de Paris. Toussaint le confesse lui-même son monde est visuel : « Je l’ai su par l’image de façon subliminale, comme si l’invisible était entré dans ma vision, et l’éternité dans le temps. Je me rendis compte alors que tout ce que je vivais d’important dans ma vie était toujours transformé en images dans mon esprit…. »

 

Denis BILLAMBOZ

 

 

Pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer   ICI

 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

 

Partager cet article
Repost0
20 avril 2015 1 20 /04 /avril /2015 08:01
Le cuisinier de Talleyrand de J.Chistophe Duchon-Doris

Lire un polar qui met en scène le grand Antonin Carême ne peut que mettre l’eau à la bouche et, même, si le roman policier laisse un peu le lecteur sur sa faim, la partie gastronomique ravira même les moins gourmands.

 

 

                                              Le cuisinier de Talleyrand

                         Jean Christophe Duchon-Doris (1960 - ….)

 

 

En passant par Valençay, sur le parcours de mes vacances, je me suis un jour arrêté pour visiter le château du célèbre Prince de Bénévent, Charles-Maurice de Talleyrand, et j’ai acheté ce livre de Duchon-Doris rien que pour goûter, par l’imagination, la cuisine d’un des pères de la gastronomie française : Antonin Carême. J’ai dégusté ce livre qui évoque bien évidemment les belles recettes, l’immense talent et la géniale créativité du grand maître queux mais aussi une enquête policière devant élucider un crime odieux perpétré dans le foisonnement d’intrigues entourant les négociations du traité de Vienne qui essayait de dessiner la  nouvelle l’Europe après la déroute napoléonienne.

 

Un beau matin d’automne 1814, un rôtisseur de la batterie d’Antonin Carême est sauvagement assassiné alors qu’il se rend à Schönbrunn pour une raison inconnue de tous, ou presque, les circonstances du crime semblent accabler le célèbre cuisinier ; l’inspecteur Vladeski de la police de l’empereur d’Autriche est chargé de retrouver le meurtrier et de dénouer l’intrigue qui se dissimule derrière ce crime. Il se lie progressivement d’amitié avec le maître queux, séduit, comme beaucoup d’autres, par son immense  talent culinaire.

 

Ce roman policier n’est hélas pas aussi goûteux que la cuisine proposée par celui qui a donné son titre au livre ; le texte est beaucoup trop délayé, des descriptions multiples, parfois sans rapport avec l’intrigue, encombrent le déroulement de l’enquête, rompent le rythme du récit et la narration de diverses péripéties émaillant le Congrès ne restent pas seulement des éléments contextuels mais font aussi partie du récit comme si l’auteur voulait écrire un essai sur cette période clé de l’histoire de l’Europe. Par ailleurs, à chaque changement chapitre, Duchon-Doris prend le temps de camper le décor, coupant ainsi trop souvent le rythme de l’enquête, ces éléments contextuels sont certes indispensables au roman mais ils sont trop souvent  hors sujet. Les fêtes et les bals inondent le texte, les descriptions des réceptions, des toilettes et de multiples autres choses finissent par lasser le lecteur qui accepterait volontiers quelques coupures aérant ce narratif touffu.

 

Dommage car ce roman reste un bon polar historique qui ravira sans doute les disciples de Clio. Ceux-ci pourront, à sa lecture, réviser l’histoire de notre continent et découvrir les fondations de l’Europe du XIXe siècle et même d’une partie du XXe avant que les deux guerres modifient une nouvelle fois la géographie européenne. A trop vouloir en dire, l’auteur a noyé nombre de lecteurs, comme moi, qui ont navigué entre l’intrigue policière, le roman historique, la description de la Vienne impériale et les apartés gourmands avec le grand maître queux.

 

Denis BILLAMBOZ

 

Pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer   ICI

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

 

Partager cet article
Repost0
16 avril 2015 4 16 /04 /avril /2015 09:35
Trouville renoue avec son passé - Ouverture d'un complexe hôtel/cures marines
Trouville renoue avec son passé - Ouverture d'un complexe hôtel/cures marines

Trouville, qui avait été au XIXe siècle la reine des plages et, bien qu’ayant perdu de son éclat, restait néanmoins, à côté de sa luxueuse voisine Deauville, une plage familiale appréciée et un port plein de charme. Aujourd’hui, cette station balnéaire renoue avec le faste de son passé grâce à l’ouverture, en avril 2015, d’un hôtel 5 étoiles qui s’inscrit dans la continuité mythique de l’hôtel des Roches-Noires où séjournèrent des personnalités comme Marcel Proust et, plus tard, Marguerite Duras, d’un restaurant gastronomique et de cures marines prestigieuses.

 

 C’est le 1e juillet 1847 qu’avait eu lieu l’ouverture du Salon des bains sur un terrain ayant appartenu au docteur Olliffe, ce même docteur qui avait incité le frère de l’empereur, le duc de Morny, à s’intéresser aux étendues marécageuses qui se déployaient à perte de vue de l’autre côté de la Touques. Mais, pour lors, Deauville n’existait pas et Trouville brillait déjà de mille feux. La petite ville, découverte par le peintre Charles Mozin, qu’avaient séduit ses collines verdoyantes, ses pêcheurs sur la plage, ses barques dans la tempête, son estuaire au flux ou au jusant et, par-dessus tout, ses ciels qui varient de couleur et d’intensité à chaque heure, très vite suivi par Eugène Isabey, Paul Huet, Alexandre Descamps et Alexandre Dumas, oui, le petit port avait peu à peu pris le relais de Dieppe, lancé par la duchesse de Berry, et connaissait un essor grandissant. Aux aristocrates du début, qui bâtirent les premières grandes villas, ainsi la villa persane de la princesse de Sagan, celles de Monsieur de la Trémouille ou de la marquise de Montebello ou encore de Galliffet, s’ajoutaient bientôt la villa de Formeville, celle de Monsieur Leroy d’Etiolle, si bien que le modeste port de pêche s’était métamorphosé en quelques décennies en un lieu de villégiature recherché par des estivants tout autant épris de sport et de grand air que de confort et de mondanité.

 

En effet, c’est à Trouville, en 1891, que sera créée la Coupe de France  et, en 1906, les épreuves de régates dureront deux jours et seront remportées par une équipe allemande. Trouville aura également son vélodrome et, en 1893, le premier Paris-Trouville sera patronné par le Journal et ouvert aux vélopédistes comme aux tandémistes. Et, bientôt,  la construction du casino actuel, complété par une salle de spectacle que l’on aimerait voir rénovée  elle aussi, assurera sa renommée. Dans les rues montantes couronnant sa colline, sur la plage ou la jetée, on croisait Boudin, Courbet, Whistler, Monet, Corot, Bonnard, Charles Pecrus, Helleu, Dufy, Marquet, Dubourg pour ne citer que les plus connus. Davantage que le pittoresque, c’est la qualité de la lumière qui les fascinait, le duo subtil de l’eau et du ciel, les masses de couleurs distribuées par l’ocre des sables et les toilettes des femmes, les jeux d’ombres perpétrés par les parasols et les ombrelles qui deviendront emblématiques de l’impressionnisme. Tous essaieront de rendre sensible les vibrations de la lumière, les glacis fluides qui l’accompagnent et cet aspect porcelainé dont parlait Boudin.

 

Le train à voie étroite ramenait chaque été son lot de villégiaturistes. Les passagers descendaient enveloppés dans des pelisses, les femmes dissimulées sous des voilettes qui les protégeaient des escarbilles. Les calèches attendaient devant la gare inaugurée en 1863, trois ans après le pont de la Touques  et qui, dorénavant, reliait Trouville à Deauville, sa cadette. Cette cadette commençait d’ailleurs à s’émanciper et la période de 1910-1912 sera décisive pour les stations des deux bords de la Touques. Trouville n’était plus, alors, la seule à capter l’attention, il fallait compter avec Deauville. La lutte fut d’autant plus rude que s’y mêlèrent politique et rivalités de personnes. Ce fut entre autre la guerre des casinos. Mais, bientôt, la mise fut remportée par le magicien de la nuit Eugène Cornuché qui entraîna les initiés dans le somptueux établissement qu’il inaugurait à Deauville. Les trouvillais n’avaient plus que leurs larmes pour pleurer, d’autant que des nuages s’accumulaient à l’horizon et que le tocsin s’apprêtait à retentir dans toutes les églises de France. En l’été de 1914 éclatait la Première Guerre Mondiale.

 

En 1922, la guerre terminée, Cornuché, qui avait fait la gloire du casino de Deauville, reprenait pied à Trouville en même temps qu’un mécène, Fernand Moureaux, ambitionnait, quitte à en payer une partie de ses deniers, à redonner au petit port normand son caractère et son charme, tout en l’actualisant. Ainsi s’élèveront sur les quais rénovés et, d’après les plans de Maurice Vincent, la nouvelle poissonnerie avec criée et se réalisera la normandisation des maisons qui bordent la Touques. La guerre de 39/45 ne manquera pas,  à son tour, de laisser des cicatrices. Les allemands détruiront la jetée-promenade qui permettait l’accostage des bateaux à vapeur en provenance du Havre et une part du patrimoine immobilier sera également endommagée. Si bien que Fernand Moureaux, une fois encore, avancera sur ses fonds personnels les sommes nécessaires à la destruction des blockhaus et à la réhabilitation des bâtiments dont l’église Notre-Dame des Victoires qui avait perdu ses vitraux. Il ne faudra pas moins de douze années pour déminer et redonner à la cité balnéaire son cachet. Beaucoup de changements s’avèreront inévitables : les grands hôtels seront convertis en appartements, un complexe nautique remplacera les « bains bleus », mais la magnifique jetée-promenade ne verra pas aboutir le projet de sa reconstruction.

 

Quant aux cures marines, qui occupaient une partie du casino, et avaient été créées par le docteur Larivière en 1945, elles avaient été fermées dans les années 90 parce qu’elles ne correspondaient plus aux normes exigées. Or, elles ouvrent à nouveau en ce 16 avril 2015 avec une surface plus grande de 2500 m2 et sont les plus modernes d’Europe du groupe Accor. L’accès est direct avec l’hôtel 5 étoiles qui constitue avec elles un complexe de bien-être et de loisirs exceptionnel. C’est l’architecte Philippe Nuel qui a redonné son élégance de jadis à l’établissement, affligé depuis 20 ans d’un déclin inexorable. Doté de 103 chambres dont 16 suites, l’hôtel se plaît à jouer sur les variations autour des camaïeux de blanc et de gris, soulignés délicatement de bleu, en écho avec l’univers marin qui l’entoure. Au décor inspiré par les bains de mer de la Belle-Epoque s’ajoute une offre thalasso et spa exclusive qui ravira les amateurs de détente marine. D’ailleurs le directeur Emile Viciana ne se cache pas de réinventer le projet d’origine, celui des débuts de la Thalasso où le Tout-Paris se rendait à Trouville pour profiter de sa longue plage de sable et des bienfaits de la mer que l’on allait prendre en cabines roulantes. Si bien que, désormais, Trouville renoue avec son passé sans rien sacrifier de son présent puisque faisant de cet alliage un atout précieux.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique ESPRIT DES LIEUX, cliquer  ICI

 

Et pour prendre connaissance de l'article consacré à Trouville, cliquer sur son titre 

 

Trouville, le havre des artistes

 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Trouville renoue avec son passé - Ouverture d'un complexe hôtel/cures marinesTrouville renoue avec son passé - Ouverture d'un complexe hôtel/cures marinesTrouville renoue avec son passé - Ouverture d'un complexe hôtel/cures marines
Trouville renoue avec son passé - Ouverture d'un complexe hôtel/cures marinesTrouville renoue avec son passé - Ouverture d'un complexe hôtel/cures marinesTrouville renoue avec son passé - Ouverture d'un complexe hôtel/cures marines
Partager cet article
Repost0
14 avril 2015 2 14 /04 /avril /2015 10:35
L'échappée de Valentine Gobi

Ce livre de Valentine Goby date déjà de plusieurs années, il était sous ma pile de livres et je l’en ai extirpé pour enfin le lire car j’aime bien l’écriture de cette auteure et sa façon de mettre ses histoires en scène. Même si celui que j’avais lu avant celui-ci m’avait semblé plus abouti car publié plus récemment, ce dernier reste une belle lecture.

 

 

                                                          L’échappée

                                             Valentine Goby (1974 - ….)

 

 

Bonniche dans un hôtel-restaurant de Rennes réservé aux officiers allemands pendant la dernière guerre, Madeleine, Mado, pauvre petite paysanne bretonne, rencontre un des occupants de l’établissement retiré du front pour cause de blessure et qui se consacre à la musique. Il lui fait découvrir son art en mettant des images sur les sons qu’il tire de son piano, la jeune fille pénètre la musique tout en s’attachant progressivement au musicien qui la courtise avec plus en plus d’empressement, au grand dam de ses collègues serveuses. L’officier musicien refuse de partir sur le front russe et quitte définitivement le conflit laissant la jeune fille seule avec l’enfant qu’elle porte et la vindicte qui se déchaînera à l’heure du règlement des comptes. Mado passera le reste de son existence à fuir perpétuellement pour oublier son passé, mais surtout pour ne plus subir le regard et le mépris des autres, ceux qui la jugent sur ses actes mais jamais sur ses intentions.

 

 

Un récit lent qui avance pas à pas au rythme des descriptions des choses infimes qui, en s’ajoutant bout à bout, constituent la triste histoire de Madeleine dans un milieu triste à une époque triste, l’histoire d’un amour improbable, impossible, interdit. La double tragédie d’un officier allemand qui ne croit plus en son pays et en son rôle de militaire, préférant la musique de son piano à celle des armes à feu et celle d’une jeune fille française cherchant à s’évader dans la musique, qu’elle confondait avec le musicien, pour ne pas porter un secret trop lourd pour elle.

 

 

Madeleine est née du péché et elle engendra à son tour dans le péché d’une fille qui porte elle aussi cette malédiction qui semble s’acharner sur cette lignée de femmes miséreuses qui ne demandent qu’à vivre l’amour qu’elles ont rencontré dans leur totale innocence. Ce livre est un plaidoyer pour ces malheureuses victimes qui n’ont pas choisi leur camp, femmes qui veulent seulement vivre l’amour qu’elles ont rencontré au hasard de leur misérable existence. C’est aussi un discours en forme de plaidoirie pour réclamer haut et forme le droit pour les femmes d’user de leur corps comme elles l’entendent et avec qui elles l’entendent au-delà de toute barrière même celles érigées par les nations en guerre. Un thème que Valentine Goby développera encore, avec plus de maîtrise, dans un autre livre : « Qui touche mon corps je le tue ».

 

Denis BILLAMBOZ

 

Pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer  ICI

 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Partager cet article
Repost0
11 avril 2015 6 11 /04 /avril /2015 09:34
Cathédrale d'Amiens

Cathédrale d'Amiens

Les deux côtés de Swann et de Guermantes ne sont pas sans incidence sur ceux représentés, au sein même de la famille, par le côté de chez Proust et le côté de chez Weil. La famille maternelle de Marcel, originaire d’Allemagne, s’installa d’abord en Alsace, jusqu’à ce qu’un certain Baruch Weil ouvrît en 1802 un magasin de porcelaine à Paris et une fabrique qui occupera jusqu’à quatre-vingt-quatre employés. Il eut parmi sa clientèle les duchesses de Berry et d’Angoulême et fut décoré de la Légion d’honneur par Charles X. Il mourut à quarante-huit ans, ayant beaucoup œuvré pour la reconnaissance des juifs au sein de la communauté française. Nathé, l’aîné des enfants de son second mariage, allait se destiner à la finance et devint agent de change. Autoritaire et irascible, il était l’opposé de sa femme Adèle, fine et discrète, vive d’intelligence, éprise de littérature, qui se plaisait à citer Mme de Sévigné et avait avec sa fille une complicité rare, les deux femmes vivant dans une osmose assez proche de celle que Jeanne connaîtra plus tard avec son petit loup.

 

De toute évidence, les Weil étaient une famille unie, où chacun se montrait soucieux de l’autre, où l’on avait des intentions délicates, du tact, et où l’on faisait preuve d’une grande ouverture d’esprit, raison pour laquelle cette famille bourgeoise « arrivée » ne verra aucun inconvénient à ce que leur fille épouse un homme de quinze ans son aîné, nullement de la même condition sociale qu’elle, puisque fils et petit-fils de commerçants beaucerons sans fortune, mais dont les capacités intellectuelles lui permirent de surmonter les obstacles – dont on imagine qu’ils furent nombreux – qui le menèrent de la modeste école communale d’Illiers au doctorat, puis à l’agrégation de médecine, avant d’avoir atteint ses trente-cinq ans.

 

Adrien Proust était le premier d’une longue lignée à avoir quitté son bourg natal pour gagner la capitale et y faire carrière. Il avait eu pour maître Potain, Charcot et Fauvel, passé sa thèse de doctorat sur le pneumothorax et son agrégation sur le ramollissement du cerveau. Cet homme offrait donc une parfaite sécurité d’emploi et toutes garanties capables de rassurer les parents sur l’avenir et la position sociale qu’il était en mesure de proposer à leur fille. Mariés en 1870, aux derniers jours de l’Empire, les Proust eurent pour témoin Adolphe Crémieux, ancien ministre et grand-oncle de la mariée. Il avait été convenu entre les époux que les enfants à naître seraient élevés dans la religion catholique du père, mais que la mère ne serait pas tenue de se convertir. Mme Proust, respectueuse des convictions de chacun, se gardera toujours d’intervenir et de peser, de quelque façon que ce soit, sur leurs décisions.

 

Marcel, né un an après le mariage, baptisé à l’église Saint-Louis d’Antin, eut toujours pour les édifices et les rites religieux, curiosité, admiration et respect, et une connaissance des Ecritures dont il sut utiliser les symboles avec opportunité. Plus tard, il fera sienne la France pieuse de Ruskin et publiera en 1904, au moment du projet de loi concernant la séparation de l’Eglise et de l’Etat, un article consacré à « La mort des cathédrales » qui le rangera d’emblée dans le parti clérical, alors qu’éclatait le scandale de l’expulsion des congrégations.

( voir un document en cliquant  ICI  : Sa lettre à Georges de Lauris du 29 juillet 1903

 

Ce n’est pas sans raison que Proust, lorsqu’il fut entré en littérature, fonda sa démarche sur la souffrance qui aide à pénétrer les profondeurs de l’âme et sur le sacrifice qui permet le dépassement de soi, toutes valeurs fondamentalement chrétiennes. N’écrivait-il pas à Lionel Hauser en septembre 1915 que «  la préoccupation religieuse n’était jamais absente un jour de sa vie… Si je n’ai pas la foi, je ne nie rien, je crois à la possibilité de tout. » Ultérieurement, alors qu’il travaillait à la traduction de « La Bible d’Amiens », il fit un article qui parut dans le Mercure de France, où il disait ceci : «  Je voudrais donner aux lecteurs du Mercure le désir et le moyen d’aller passer une journée à Amiens, en une sorte de pèlerinage ruskinien. Ce n’était pas la peine de commencer par leur demander d’aller à Florence ou à Venise, quand Ruskin a écrit sur Amiens tout un livre, qui n’est ni traduit en français, ni connu en France. Et d’autre part, il me semble que c’est ainsi que doit être célébré "le culte du héros", je veux dire en esprit et en vérité. Nous visitons le lieu où un grand homme est né et le lieu où il est mort ; mais les lieux qu’il admirait entre tous, dont c’est la beauté même que nous aimons dans ses livres, ne les habitait-il pas davantage ? Nous honorons d’un fétichisme qui n’est qu’illusion une tombe qui ne contient de Ruskin que ce qui n’était pas lui-même et nous n’irions pas nous agenouiller devant les pierres d’Amiens, où il venait chercher sa pensée ».

 

En 1888, Proust n’a pas encore dix-huit ans et, entre son père qui est l’exemple type de la réussite par le travail et l’intelligence et sa mère, une alliée inconditionnelle certes, mais exigeante et qui espère beaucoup de son fils aîné, l’adolescent cherche sa place : qui sera-t-il ? Depuis son plus jeune âge, il fait preuve d’une acuité d’esprit et d’une curiosité certaines et possède un atout que chacun se plaît à lui reconnaître : il sait causer. Chez les Proust, plus que l’ambition, c’est le souci de servir qui domine ; le père s’y emploie en mettant le poids de ses compétences à éradiquer la peste et le choléra jusqu’aux confins de l’Europe, de l’Egypte et de la Perse, en se rendant en personne sur les lieux où sévissent les épidémies, tandis que son épouse se consacre, avec son dévouement naturel, à épauler son mari dans sa carrière, recevant les personnalités en vue, organisant des réceptions et des soupers, ayant son jour, c’est-à-dire salon ouvert un après-midi par semaine pour les épouses des notables de la IIIe République, enfin en surveillant scrupuleusement l’éducation et les études de ses deux garçons. Aussi, dans une telle famille, est-il préférable de choisir très vite sa voie et de s’y tenir. Ce sera le cas de Robert qui, tout jeune, s’orientera dans la même direction que son père, vers la médecine. Hélas ! ce ne sera pas celui de Marcel qui se montre hésitant, indécis, instable, modelé par des impressions diverses, souvent contraires, comme pris entre deux versants, deux rives, deux rêves. A une amie de son âge, Antoinette Faure, fille du futur président de la République, qui lui demande dans un questionnaire devenu célèbre : Quelle est votre occupation préférée ?, il répond  la lecture, la rêverie, les vers, l’histoire, le théâtre. La famille habite alors un vaste appartement 9, boulevard Malesherbes et Marcel est externe au lycée Condorcet. Ses fréquentes absences et l’irrégularité de ses résultats lui font redoubler sa seconde, mais les choses s’arrangent dans les classes terminales où il devient un élève plus assidu, surtout quand il a en rhétorique le professeur de philosophie Alphonse Darlu qui lui apprend à se garder des vérités reconnues, découvre son jeune talent et l’encourage à écrire. Il devait cette année-là obtenir le 2e prix d’honneur en composition française, un accessit en langue latine, un autre en langue grecque et un prix en philosophie. Un de ses camarades de l’époque, bien des années plus tard devait le décrire ainsi : « Etre d’exception, enfant d’une précocité originale et vertigineuse, il charmait ses petits camarades souvent bien plus rudes et il étonnait un peu. »

 

Son baccalauréat passé et réussi, il prend la décision, du moins le proclame-t-il, de se consacrer à la littérature. Avec ses amis de collège, Daniel Halévy, Robert Dreyfus, Jacques Bizet, le fils que Mme Straus avait eu de son premier mariage avec le compositeur de Carmen, il publie des simulacres de journaux : la revue Verte, la revue Lilas, où il ne craint pas d’avouer un certain penchant pour l’indolence : « Quand je me suis mis quelquefois à considérer les diverses agitations des hommes, et les périls et les peines où ils s’exposent dans la cour, dans la guerre, d’où naissent tant de querelles, de passions, d’entreprises hardies et souvent mauvaises, j’ai dit souvent que tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer dans une chambre. »

 

Retenons donc la leçon : avant de devenir un grand écrivain, il faut apprendre à perdre son temps, car n’est-ce pas le temps perdu qui donnera son sens, son axe, sa légitimité au temps retrouvé ? Et comment perdre son temps intelligemment, sinon en écoutant, en regardant, en mémorisant, c’est-à-dire en absorbant le monde comme l’éponge absorbe l’eau avant de la restituer, apparemment intacte, et néanmoins transformée ? Cette adolescence qui se prolonge, Proust la consacre à flâner et à se divertir. Il se rend au théâtre, à l’Opéra, au concert, dans les musées, écrit des lettres insensées à ses amis, débute quelque carrière avec ardeur à défaut de persévérance et part faire son service militaire avant l’appel, afin d’éviter les cinq ans réglementaires de l’époque. Revenu à Paris, il fréquente les salons en vue où sa conversation enjouée, pertinente et drôle, sa verve, sa déjà grande culture, ses imitations plaisent. Il est bientôt convié partout : chez Mme Straus, la mère de Jacques Bizet, qu’il courtise après que le fils ait éconduit ses avances en lui laissant entendre qu’il n’était pas de ce bord, chez Mme Armand de Caillavet, maîtresse d’Anatole France, chez Mme Aubernon de Nerville qui reçoit dans son manoir de Louveciennes au printemps et dans celui de Trouville en été, chez Madeleine Lemaire qui peint des roses et lui fera connaître le baroque Robert de Montesquiou, ce dernier ne dormant que dans un lit orné de têtes de dragon et jouit d’une réputation de poète précieux et décadent dont Proust s’inspirera pour son personnage de Charlus. Ce dernier lui sera d'autre part utile pour lui entrebâiller, puis lui ouvrir les portes de ces salons où l’on ne pénètre pas sans un passeport hautement vérifié : salons du noble faubourg tenus par des femmes telles que la princesse Mathilde, la comtesse de Chevigné, née Laure de Sade, et l’éblouissante comtesse Greffulhe, née Caraman-Chimay, à laquelle il prêtera l’élégance et la grâce presque indescriptible de sa princesse de Guermantes.

 

Les deux côtés sont donc présents dans la réalité comme dans la fiction. Ceux de Swann et de Guermantes étaient séparés par la Vivonne ; le faubourg Saint-Germain (rive gauche) où règnent la comtesse Greffulhe et le nouveau Paris haussmannien (rive droite) où il rencontre Mme Straus, Anatole France, Charles Haas, les Rothschild et où demeure sa famille, le sont par la Seine, si bien que le jeune Proust est toujours entre ces deux côtés, aux bords alternés de ces deux rives, en quête de lui-même, des autres, de sa vie réelle et de sa vie rêvée.

 

Cependant le remords le taraude toujours de ne pas travailler davantage, de ne pas se consacrer à un ouvrage précis, de remettre au lendemain la tâche qu’il aurait pu accomplir le jour même. Il souffre que son père désespère de son avenir, que sa mère, parfois, ait dans la voix et le regard un soupçon de reproche. Son œuvre se nourrira de cette peine qu’il a causée aux siens, elle le fera se fustiger à travers ses personnages avec une dureté impitoyable, elle l’incitera aussi à rédiger des pages d’une douceur et d’une tendresse bouleversantes, le conduira à être un visionnaire habité par une culpabilité que rien ne semble pouvoir apaiser ; sans nul doute, ce sentiment des fautes commises changera l’œuvre en une sorte d’exutoire, en fera non seulement la quête du temps retrouvé, mais celle des valeurs reconquises.

 

Chagrins, regrets, remords n’émoussent en rien sa redoutable ironie, ni n’altèrent l’acuité du regard qu’il pose sur la société et la comédie humaine qui s’y joue. En lecteur avisé, il n’a oublié aucune des leçons de ses maîtres et, s’il a presque tout lu, il a surtout longuement médité sur la vanité des choses. Ce temps perdu est celui que l’entomologiste consacre paisiblement à échantillonner les cas d’espèces, travail préparatoire qui demande des heures de recherche et d’observation mais, au bout du compte, quelle cueillette, quelle fabuleuse collection de spécimens rares que ce sensible, mais point sentimental, saura décrire le jour venu d’une plume acérée, mais rarement injuste ou mauvaise ! Cette société privilégiée illustre la société tout court, véritable système cosmique qui gravite sur des orbites plus ou moins distantes, mais n’en est pas moins affligé des mêmes maux.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE  ( extraits de « Proust et le miroir des eaux » Ed. de Paris )

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique DOSSIER MARCEL PROUST, cliquer  ICI

 

Pour prendre connaissance des précédents chapitres, cliquer sur leurs titres :

 

Marcel Proust et l'Eau-mère

 

Proust et les eaux marines

 

Proust et les eaux frontalières - les deux côtés de La Recherche

 

Proust ou les eaux troubles

 

Proust et les eaux violentes

 

Proust et les eaux crépusculaires

 

Proust et les eaux réfléchissantes

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Partager cet article
Repost0
7 avril 2015 2 07 /04 /avril /2015 07:42
Le trône d'Adoulis de Glen W. Bowersock

En inaugurant cette rubrique, je vous avais prévenu que j’élargirais le champ de mes lectures et que je ne vous présenterais pas que des romans, donc, cette semaine, profitant de l’actualité, je voudrais évoquer ce livre que j’ai lu récemment et qui évoque l’histoire du Moyen-Orient juste avant la naissance de l’islam. Une lecture édifiante pour ceux qui auront le courage de me suivre dans cette lecture.

 

 

                                             Le trône d’Adoulis

                                 Glen W Bowersock (1936 - ….)

 

 

Dans un texte, très documenté, richement annoté, plus proche du document historique démonstratif que du livre de vulgarisation, l’auteur raconte, à travers l’analyse des inscriptions du trône d’Adoulis (ville non loin de la côte ouest de la Mer rouge, en Ethiopie actuelle) et de bien d‘autres citations épigraphiques : « Les guerres de la Mer rouge à la veille de l’islam », un ouvrage que feraient bien de lire tous ceux qui prétendent interpréter les propos du prophète, combattre en son nom ou contre ceux qui suivent encore la route qu’il a tracée. « Le religion fut sans conteste le dénominateur commun de ce qui devait être une vaste ingérence internationale dans les affaires arabes ».

 

 

Au début du VIe siècle, un royaume juif avait prospéré au sud ouest de la péninsule arabique en Himyar (grosso-modo sur l’actuel territoire occupé par le Yémen) et, à peu près à la même époque,  un royaume chrétien s’était installé en Ethiopie. En 523, les Juifs d’Himyar ayant massacré un grand nombre de chrétiens éthiopiens issus de peuplades préalablement installées dans cette région, le Négus, roi catholique d’Ethiopie, aiguillonné par l’empereur byzantin, décida de conduire une expédition punitive pour venger ses coreligionnaires. En 525, il détruisit l’empire juif, instaurant un nouvel empire chrétien à la place. Ainsi, « le royaume juif d’Arabie prit fin en 525, quand les Ethiopiens le remplacèrent par un royaume chrétien de leur cru, mais l’héritage et la persécution himyarite laissa des traces dans les traditions arabe, syriaque et grecque. La sympathie des Perses pour les Juifs n’en fut généralement pas affectée notamment quand eux-mêmes réussirent à chasser les suzerains éthiopiens de Himyar, à la veille de la naissance de Muhammad, en 570 ou dans ces eaux-là ». Les Perses sassanides, traditionnels alliés des Juifs, ne pouvaient pas laisser leurs ennemis héréditaires, les Byzantins, prendre des positions stratégiques dans la Mer rouge, la route du commerce vers l’Orient, aussi, en 565, s’emparèrent-ils du royaume de Himyar.

 

 

« L’expulsion des Ethiopiens créa une instabilité religieuse que seule put contenir l’occupation perse. Le mélange de païens et de juifs à Yathrib (Médine) ainsi que les contemporains païens du jeune Muhammad à la Mecque constituèrent un terrain fertile, pour ne pas dire explosif, en Arabie entre l’empire chrétien byzantin, allié à l’Ethiopie, et les Sassanides zoroastriens ». Une voie royale était ainsi tracée pour l’installation d’une nouvelle puissance née dans le sillage d’un « Messager » porteur d’une révélation divine. Une voie qui s’élargit encore plus qu’en l’Empire sassanide s’écroula brutalement en Perse au milieu du VIIe siècle et que l’Empire byzantin entama lentement mais inexorablement son déclin après l’apogée qu’il avait connu sous Justinien. Rien ne pouvait plus s’opposer à l’extraordinaire expansion de l’islam. « On peut raisonnablement parler des tumultueux événements du VIe siècle en Arabie comme du creuset de l’islam ».

 

 

Le panthéon animistes a été bousculé par le panthéon grec mais est resté très présent chez les tribus du centre de l’Arabie. A leur tour, les dieux grecs ont été supplantés par le Dieu unique des chrétiens et des juifs. L’affrontement de ces deux religions avait affaibli les deux états qui les soutenaient,  l’Empire byzantin pour les chrétiens et l’Empire sassanide des Perses pour les juifs, ainsi les animistes trouvaient, en adoptant la nouvelle religion, une belle occasion de repousser ces deux religions monothéistes qui avaient tenté de les convertir. On peut ainsi croire que ces guerres à connotation religieuse sont à l’origine de la naissance d’une nouvelle foi qui engendra elle aussi de nombreux conflits qui ne sont, hélas, toujours pas éteints.

 

 

Du haut de son paradis, la Reine de Saba qui visita le Roi Salomon, doit sourire, elle reste très présente dans la légende éthiopienne aussi bien que dans l’histoire perse ou que dans l’épopée biblique. Elle était au confluent de toutes les puissances de la région : chrétiens d’Ethiopie, juifs d’Himyar, Sassanides de Perse et autres tribus encore. Elle doit cependant soupirer en voyant tous les enfants qu’elle a fait rêver, s’entre- déchirer à propos de différences qui n’en sont pas. Et si tous ces peuples en guerre perpétuelle priaient tous la Reine de Saba pour obtenir la paix éternelle ?

 

Denis BILLAMBOZ

 

Pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer  ICI

 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • : Grâce au pouvoir des mots, une invitation à voyager sur les lignes et interlignes.
  • Contact

TEXTE LIBRE

 4016234704 (Small)

Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

 Soëren Kierkegaard

 

Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche.

   Montaigne

 

Veux-tu vivre heureux ? Voyage avec deux sacs, l'un pour donner, l'autre pours recevoir.
   Goethe

 

 MES DERNIERS OUVRAGES PUBLIES ( cliquer sur l'icône pour accéder à leur présentation )

 

1184097919 profil de la nuit  2851620614

les signes pourpres  3190-NEL i 978-3-8417-7335-7-full

 

SI VOUS PREFEREZ LES IMAGES et le 7e Art, RENDEZ-VOUS SUR MON BLOG : 

 

Bannière pour Armelle 1 

 

 

Recherche