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16 avril 2015 4 16 /04 /avril /2015 09:35
Trouville renoue avec son passé - Ouverture d'un complexe hôtel/cures marines
Trouville renoue avec son passé - Ouverture d'un complexe hôtel/cures marines

Trouville, qui avait été au XIXe siècle la reine des plages et, bien qu’ayant perdu de son éclat, restait néanmoins, à côté de sa luxueuse voisine Deauville, une plage familiale appréciée et un port plein de charme. Aujourd’hui, cette station balnéaire renoue avec le faste de son passé grâce à l’ouverture, en avril 2015, d’un hôtel 5 étoiles qui s’inscrit dans la continuité mythique de l’hôtel des Roches-Noires où séjournèrent des personnalités comme Marcel Proust et, plus tard, Marguerite Duras, d’un restaurant gastronomique et de cures marines prestigieuses.

 

 C’est le 1e juillet 1847 qu’avait eu lieu l’ouverture du Salon des bains sur un terrain ayant appartenu au docteur Olliffe, ce même docteur qui avait incité le frère de l’empereur, le duc de Morny, à s’intéresser aux étendues marécageuses qui se déployaient à perte de vue de l’autre côté de la Touques. Mais, pour lors, Deauville n’existait pas et Trouville brillait déjà de mille feux. La petite ville, découverte par le peintre Charles Mozin, qu’avaient séduit ses collines verdoyantes, ses pêcheurs sur la plage, ses barques dans la tempête, son estuaire au flux ou au jusant et, par-dessus tout, ses ciels qui varient de couleur et d’intensité à chaque heure, très vite suivi par Eugène Isabey, Paul Huet, Alexandre Descamps et Alexandre Dumas, oui, le petit port avait peu à peu pris le relais de Dieppe, lancé par la duchesse de Berry, et connaissait un essor grandissant. Aux aristocrates du début, qui bâtirent les premières grandes villas, ainsi la villa persane de la princesse de Sagan, celles de Monsieur de la Trémouille ou de la marquise de Montebello ou encore de Galliffet, s’ajoutaient bientôt la villa de Formeville, celle de Monsieur Leroy d’Etiolle, si bien que le modeste port de pêche s’était métamorphosé en quelques décennies en un lieu de villégiature recherché par des estivants tout autant épris de sport et de grand air que de confort et de mondanité.

 

En effet, c’est à Trouville, en 1891, que sera créée la Coupe de France  et, en 1906, les épreuves de régates dureront deux jours et seront remportées par une équipe allemande. Trouville aura également son vélodrome et, en 1893, le premier Paris-Trouville sera patronné par le Journal et ouvert aux vélopédistes comme aux tandémistes. Et, bientôt,  la construction du casino actuel, complété par une salle de spectacle que l’on aimerait voir rénovée  elle aussi, assurera sa renommée. Dans les rues montantes couronnant sa colline, sur la plage ou la jetée, on croisait Boudin, Courbet, Whistler, Monet, Corot, Bonnard, Charles Pecrus, Helleu, Dufy, Marquet, Dubourg pour ne citer que les plus connus. Davantage que le pittoresque, c’est la qualité de la lumière qui les fascinait, le duo subtil de l’eau et du ciel, les masses de couleurs distribuées par l’ocre des sables et les toilettes des femmes, les jeux d’ombres perpétrés par les parasols et les ombrelles qui deviendront emblématiques de l’impressionnisme. Tous essaieront de rendre sensible les vibrations de la lumière, les glacis fluides qui l’accompagnent et cet aspect porcelainé dont parlait Boudin.

 

Le train à voie étroite ramenait chaque été son lot de villégiaturistes. Les passagers descendaient enveloppés dans des pelisses, les femmes dissimulées sous des voilettes qui les protégeaient des escarbilles. Les calèches attendaient devant la gare inaugurée en 1863, trois ans après le pont de la Touques  et qui, dorénavant, reliait Trouville à Deauville, sa cadette. Cette cadette commençait d’ailleurs à s’émanciper et la période de 1910-1912 sera décisive pour les stations des deux bords de la Touques. Trouville n’était plus, alors, la seule à capter l’attention, il fallait compter avec Deauville. La lutte fut d’autant plus rude que s’y mêlèrent politique et rivalités de personnes. Ce fut entre autre la guerre des casinos. Mais, bientôt, la mise fut remportée par le magicien de la nuit Eugène Cornuché qui entraîna les initiés dans le somptueux établissement qu’il inaugurait à Deauville. Les trouvillais n’avaient plus que leurs larmes pour pleurer, d’autant que des nuages s’accumulaient à l’horizon et que le tocsin s’apprêtait à retentir dans toutes les églises de France. En l’été de 1914 éclatait la Première Guerre Mondiale.

 

En 1922, la guerre terminée, Cornuché, qui avait fait la gloire du casino de Deauville, reprenait pied à Trouville en même temps qu’un mécène, Fernand Moureaux, ambitionnait, quitte à en payer une partie de ses deniers, à redonner au petit port normand son caractère et son charme, tout en l’actualisant. Ainsi s’élèveront sur les quais rénovés et, d’après les plans de Maurice Vincent, la nouvelle poissonnerie avec criée et se réalisera la normandisation des maisons qui bordent la Touques. La guerre de 39/45 ne manquera pas,  à son tour, de laisser des cicatrices. Les allemands détruiront la jetée-promenade qui permettait l’accostage des bateaux à vapeur en provenance du Havre et une part du patrimoine immobilier sera également endommagée. Si bien que Fernand Moureaux, une fois encore, avancera sur ses fonds personnels les sommes nécessaires à la destruction des blockhaus et à la réhabilitation des bâtiments dont l’église Notre-Dame des Victoires qui avait perdu ses vitraux. Il ne faudra pas moins de douze années pour déminer et redonner à la cité balnéaire son cachet. Beaucoup de changements s’avèreront inévitables : les grands hôtels seront convertis en appartements, un complexe nautique remplacera les « bains bleus », mais la magnifique jetée-promenade ne verra pas aboutir le projet de sa reconstruction.

 

Quant aux cures marines, qui occupaient une partie du casino, et avaient été créées par le docteur Larivière en 1945, elles avaient été fermées dans les années 90 parce qu’elles ne correspondaient plus aux normes exigées. Or, elles ouvrent à nouveau en ce 16 avril 2015 avec une surface plus grande de 2500 m2 et sont les plus modernes d’Europe du groupe Accor. L’accès est direct avec l’hôtel 5 étoiles qui constitue avec elles un complexe de bien-être et de loisirs exceptionnel. C’est l’architecte Philippe Nuel qui a redonné son élégance de jadis à l’établissement, affligé depuis 20 ans d’un déclin inexorable. Doté de 103 chambres dont 16 suites, l’hôtel se plaît à jouer sur les variations autour des camaïeux de blanc et de gris, soulignés délicatement de bleu, en écho avec l’univers marin qui l’entoure. Au décor inspiré par les bains de mer de la Belle-Epoque s’ajoute une offre thalasso et spa exclusive qui ravira les amateurs de détente marine. D’ailleurs le directeur Emile Viciana ne se cache pas de réinventer le projet d’origine, celui des débuts de la Thalasso où le Tout-Paris se rendait à Trouville pour profiter de sa longue plage de sable et des bienfaits de la mer que l’on allait prendre en cabines roulantes. Si bien que, désormais, Trouville renoue avec son passé sans rien sacrifier de son présent puisque faisant de cet alliage un atout précieux.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Trouville, le havre des artistes

 

 

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14 avril 2015 2 14 /04 /avril /2015 10:35
L'échappée de Valentine Gobi

Ce livre de Valentine Goby date déjà de plusieurs années, il était sous ma pile de livres et je l’en ai extirpé pour enfin le lire car j’aime bien l’écriture de cette auteure et sa façon de mettre ses histoires en scène. Même si celui que j’avais lu avant celui-ci m’avait semblé plus abouti car publié plus récemment, ce dernier reste une belle lecture.

 

 

                                                          L’échappée

                                             Valentine Goby (1974 - ….)

 

 

Bonniche dans un hôtel-restaurant de Rennes réservé aux officiers allemands pendant la dernière guerre, Madeleine, Mado, pauvre petite paysanne bretonne, rencontre un des occupants de l’établissement retiré du front pour cause de blessure et qui se consacre à la musique. Il lui fait découvrir son art en mettant des images sur les sons qu’il tire de son piano, la jeune fille pénètre la musique tout en s’attachant progressivement au musicien qui la courtise avec plus en plus d’empressement, au grand dam de ses collègues serveuses. L’officier musicien refuse de partir sur le front russe et quitte définitivement le conflit laissant la jeune fille seule avec l’enfant qu’elle porte et la vindicte qui se déchaînera à l’heure du règlement des comptes. Mado passera le reste de son existence à fuir perpétuellement pour oublier son passé, mais surtout pour ne plus subir le regard et le mépris des autres, ceux qui la jugent sur ses actes mais jamais sur ses intentions.

 

 

Un récit lent qui avance pas à pas au rythme des descriptions des choses infimes qui, en s’ajoutant bout à bout, constituent la triste histoire de Madeleine dans un milieu triste à une époque triste, l’histoire d’un amour improbable, impossible, interdit. La double tragédie d’un officier allemand qui ne croit plus en son pays et en son rôle de militaire, préférant la musique de son piano à celle des armes à feu et celle d’une jeune fille française cherchant à s’évader dans la musique, qu’elle confondait avec le musicien, pour ne pas porter un secret trop lourd pour elle.

 

 

Madeleine est née du péché et elle engendra à son tour dans le péché d’une fille qui porte elle aussi cette malédiction qui semble s’acharner sur cette lignée de femmes miséreuses qui ne demandent qu’à vivre l’amour qu’elles ont rencontré dans leur totale innocence. Ce livre est un plaidoyer pour ces malheureuses victimes qui n’ont pas choisi leur camp, femmes qui veulent seulement vivre l’amour qu’elles ont rencontré au hasard de leur misérable existence. C’est aussi un discours en forme de plaidoirie pour réclamer haut et forme le droit pour les femmes d’user de leur corps comme elles l’entendent et avec qui elles l’entendent au-delà de toute barrière même celles érigées par les nations en guerre. Un thème que Valentine Goby développera encore, avec plus de maîtrise, dans un autre livre : « Qui touche mon corps je le tue ».

 

Denis BILLAMBOZ

 

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11 avril 2015 6 11 /04 /avril /2015 09:34
Cathédrale d'Amiens

Cathédrale d'Amiens

Les deux côtés de Swann et de Guermantes ne sont pas sans incidence sur ceux représentés, au sein même de la famille, par le côté de chez Proust et le côté de chez Weil. La famille maternelle de Marcel, originaire d’Allemagne, s’installa d’abord en Alsace, jusqu’à ce qu’un certain Baruch Weil ouvrît en 1802 un magasin de porcelaine à Paris et une fabrique qui occupera jusqu’à quatre-vingt-quatre employés. Il eut parmi sa clientèle les duchesses de Berry et d’Angoulême et fut décoré de la Légion d’honneur par Charles X. Il mourut à quarante-huit ans, ayant beaucoup œuvré pour la reconnaissance des juifs au sein de la communauté française. Nathé, l’aîné des enfants de son second mariage, allait se destiner à la finance et devint agent de change. Autoritaire et irascible, il était l’opposé de sa femme Adèle, fine et discrète, vive d’intelligence, éprise de littérature, qui se plaisait à citer Mme de Sévigné et avait avec sa fille une complicité rare, les deux femmes vivant dans une osmose assez proche de celle que Jeanne connaîtra plus tard avec son petit loup.

 

De toute évidence, les Weil étaient une famille unie, où chacun se montrait soucieux de l’autre, où l’on avait des intentions délicates, du tact, et où l’on faisait preuve d’une grande ouverture d’esprit, raison pour laquelle cette famille bourgeoise « arrivée » ne verra aucun inconvénient à ce que leur fille épouse un homme de quinze ans son aîné, nullement de la même condition sociale qu’elle, puisque fils et petit-fils de commerçants beaucerons sans fortune, mais dont les capacités intellectuelles lui permirent de surmonter les obstacles – dont on imagine qu’ils furent nombreux – qui le menèrent de la modeste école communale d’Illiers au doctorat, puis à l’agrégation de médecine, avant d’avoir atteint ses trente-cinq ans.

 

Adrien Proust était le premier d’une longue lignée à avoir quitté son bourg natal pour gagner la capitale et y faire carrière. Il avait eu pour maître Potain, Charcot et Fauvel, passé sa thèse de doctorat sur le pneumothorax et son agrégation sur le ramollissement du cerveau. Cet homme offrait donc une parfaite sécurité d’emploi et toutes garanties capables de rassurer les parents sur l’avenir et la position sociale qu’il était en mesure de proposer à leur fille. Mariés en 1870, aux derniers jours de l’Empire, les Proust eurent pour témoin Adolphe Crémieux, ancien ministre et grand-oncle de la mariée. Il avait été convenu entre les époux que les enfants à naître seraient élevés dans la religion catholique du père, mais que la mère ne serait pas tenue de se convertir. Mme Proust, respectueuse des convictions de chacun, se gardera toujours d’intervenir et de peser, de quelque façon que ce soit, sur leurs décisions.

 

Marcel, né un an après le mariage, baptisé à l’église Saint-Louis d’Antin, eut toujours pour les édifices et les rites religieux, curiosité, admiration et respect, et une connaissance des Ecritures dont il sut utiliser les symboles avec opportunité. Plus tard, il fera sienne la France pieuse de Ruskin et publiera en 1904, au moment du projet de loi concernant la séparation de l’Eglise et de l’Etat, un article consacré à « La mort des cathédrales » qui le rangera d’emblée dans le parti clérical, alors qu’éclatait le scandale de l’expulsion des congrégations.

( voir un document en cliquant  ICI  : Sa lettre à Georges de Lauris du 29 juillet 1903

 

Ce n’est pas sans raison que Proust, lorsqu’il fut entré en littérature, fonda sa démarche sur la souffrance qui aide à pénétrer les profondeurs de l’âme et sur le sacrifice qui permet le dépassement de soi, toutes valeurs fondamentalement chrétiennes. N’écrivait-il pas à Lionel Hauser en septembre 1915 que «  la préoccupation religieuse n’était jamais absente un jour de sa vie… Si je n’ai pas la foi, je ne nie rien, je crois à la possibilité de tout. » Ultérieurement, alors qu’il travaillait à la traduction de « La Bible d’Amiens », il fit un article qui parut dans le Mercure de France, où il disait ceci : «  Je voudrais donner aux lecteurs du Mercure le désir et le moyen d’aller passer une journée à Amiens, en une sorte de pèlerinage ruskinien. Ce n’était pas la peine de commencer par leur demander d’aller à Florence ou à Venise, quand Ruskin a écrit sur Amiens tout un livre, qui n’est ni traduit en français, ni connu en France. Et d’autre part, il me semble que c’est ainsi que doit être célébré "le culte du héros", je veux dire en esprit et en vérité. Nous visitons le lieu où un grand homme est né et le lieu où il est mort ; mais les lieux qu’il admirait entre tous, dont c’est la beauté même que nous aimons dans ses livres, ne les habitait-il pas davantage ? Nous honorons d’un fétichisme qui n’est qu’illusion une tombe qui ne contient de Ruskin que ce qui n’était pas lui-même et nous n’irions pas nous agenouiller devant les pierres d’Amiens, où il venait chercher sa pensée ».

 

En 1888, Proust n’a pas encore dix-huit ans et, entre son père qui est l’exemple type de la réussite par le travail et l’intelligence et sa mère, une alliée inconditionnelle certes, mais exigeante et qui espère beaucoup de son fils aîné, l’adolescent cherche sa place : qui sera-t-il ? Depuis son plus jeune âge, il fait preuve d’une acuité d’esprit et d’une curiosité certaines et possède un atout que chacun se plaît à lui reconnaître : il sait causer. Chez les Proust, plus que l’ambition, c’est le souci de servir qui domine ; le père s’y emploie en mettant le poids de ses compétences à éradiquer la peste et le choléra jusqu’aux confins de l’Europe, de l’Egypte et de la Perse, en se rendant en personne sur les lieux où sévissent les épidémies, tandis que son épouse se consacre, avec son dévouement naturel, à épauler son mari dans sa carrière, recevant les personnalités en vue, organisant des réceptions et des soupers, ayant son jour, c’est-à-dire salon ouvert un après-midi par semaine pour les épouses des notables de la IIIe République, enfin en surveillant scrupuleusement l’éducation et les études de ses deux garçons. Aussi, dans une telle famille, est-il préférable de choisir très vite sa voie et de s’y tenir. Ce sera le cas de Robert qui, tout jeune, s’orientera dans la même direction que son père, vers la médecine. Hélas ! ce ne sera pas celui de Marcel qui se montre hésitant, indécis, instable, modelé par des impressions diverses, souvent contraires, comme pris entre deux versants, deux rives, deux rêves. A une amie de son âge, Antoinette Faure, fille du futur président de la République, qui lui demande dans un questionnaire devenu célèbre : Quelle est votre occupation préférée ?, il répond  la lecture, la rêverie, les vers, l’histoire, le théâtre. La famille habite alors un vaste appartement 9, boulevard Malesherbes et Marcel est externe au lycée Condorcet. Ses fréquentes absences et l’irrégularité de ses résultats lui font redoubler sa seconde, mais les choses s’arrangent dans les classes terminales où il devient un élève plus assidu, surtout quand il a en rhétorique le professeur de philosophie Alphonse Darlu qui lui apprend à se garder des vérités reconnues, découvre son jeune talent et l’encourage à écrire. Il devait cette année-là obtenir le 2e prix d’honneur en composition française, un accessit en langue latine, un autre en langue grecque et un prix en philosophie. Un de ses camarades de l’époque, bien des années plus tard devait le décrire ainsi : « Etre d’exception, enfant d’une précocité originale et vertigineuse, il charmait ses petits camarades souvent bien plus rudes et il étonnait un peu. »

 

Son baccalauréat passé et réussi, il prend la décision, du moins le proclame-t-il, de se consacrer à la littérature. Avec ses amis de collège, Daniel Halévy, Robert Dreyfus, Jacques Bizet, le fils que Mme Straus avait eu de son premier mariage avec le compositeur de Carmen, il publie des simulacres de journaux : la revue Verte, la revue Lilas, où il ne craint pas d’avouer un certain penchant pour l’indolence : « Quand je me suis mis quelquefois à considérer les diverses agitations des hommes, et les périls et les peines où ils s’exposent dans la cour, dans la guerre, d’où naissent tant de querelles, de passions, d’entreprises hardies et souvent mauvaises, j’ai dit souvent que tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer dans une chambre. »

 

Retenons donc la leçon : avant de devenir un grand écrivain, il faut apprendre à perdre son temps, car n’est-ce pas le temps perdu qui donnera son sens, son axe, sa légitimité au temps retrouvé ? Et comment perdre son temps intelligemment, sinon en écoutant, en regardant, en mémorisant, c’est-à-dire en absorbant le monde comme l’éponge absorbe l’eau avant de la restituer, apparemment intacte, et néanmoins transformée ? Cette adolescence qui se prolonge, Proust la consacre à flâner et à se divertir. Il se rend au théâtre, à l’Opéra, au concert, dans les musées, écrit des lettres insensées à ses amis, débute quelque carrière avec ardeur à défaut de persévérance et part faire son service militaire avant l’appel, afin d’éviter les cinq ans réglementaires de l’époque. Revenu à Paris, il fréquente les salons en vue où sa conversation enjouée, pertinente et drôle, sa verve, sa déjà grande culture, ses imitations plaisent. Il est bientôt convié partout : chez Mme Straus, la mère de Jacques Bizet, qu’il courtise après que le fils ait éconduit ses avances en lui laissant entendre qu’il n’était pas de ce bord, chez Mme Armand de Caillavet, maîtresse d’Anatole France, chez Mme Aubernon de Nerville qui reçoit dans son manoir de Louveciennes au printemps et dans celui de Trouville en été, chez Madeleine Lemaire qui peint des roses et lui fera connaître le baroque Robert de Montesquiou, ce dernier ne dormant que dans un lit orné de têtes de dragon et jouit d’une réputation de poète précieux et décadent dont Proust s’inspirera pour son personnage de Charlus. Ce dernier lui sera d'autre part utile pour lui entrebâiller, puis lui ouvrir les portes de ces salons où l’on ne pénètre pas sans un passeport hautement vérifié : salons du noble faubourg tenus par des femmes telles que la princesse Mathilde, la comtesse de Chevigné, née Laure de Sade, et l’éblouissante comtesse Greffulhe, née Caraman-Chimay, à laquelle il prêtera l’élégance et la grâce presque indescriptible de sa princesse de Guermantes.

 

Les deux côtés sont donc présents dans la réalité comme dans la fiction. Ceux de Swann et de Guermantes étaient séparés par la Vivonne ; le faubourg Saint-Germain (rive gauche) où règnent la comtesse Greffulhe et le nouveau Paris haussmannien (rive droite) où il rencontre Mme Straus, Anatole France, Charles Haas, les Rothschild et où demeure sa famille, le sont par la Seine, si bien que le jeune Proust est toujours entre ces deux côtés, aux bords alternés de ces deux rives, en quête de lui-même, des autres, de sa vie réelle et de sa vie rêvée.

 

Cependant le remords le taraude toujours de ne pas travailler davantage, de ne pas se consacrer à un ouvrage précis, de remettre au lendemain la tâche qu’il aurait pu accomplir le jour même. Il souffre que son père désespère de son avenir, que sa mère, parfois, ait dans la voix et le regard un soupçon de reproche. Son œuvre se nourrira de cette peine qu’il a causée aux siens, elle le fera se fustiger à travers ses personnages avec une dureté impitoyable, elle l’incitera aussi à rédiger des pages d’une douceur et d’une tendresse bouleversantes, le conduira à être un visionnaire habité par une culpabilité que rien ne semble pouvoir apaiser ; sans nul doute, ce sentiment des fautes commises changera l’œuvre en une sorte d’exutoire, en fera non seulement la quête du temps retrouvé, mais celle des valeurs reconquises.

 

Chagrins, regrets, remords n’émoussent en rien sa redoutable ironie, ni n’altèrent l’acuité du regard qu’il pose sur la société et la comédie humaine qui s’y joue. En lecteur avisé, il n’a oublié aucune des leçons de ses maîtres et, s’il a presque tout lu, il a surtout longuement médité sur la vanité des choses. Ce temps perdu est celui que l’entomologiste consacre paisiblement à échantillonner les cas d’espèces, travail préparatoire qui demande des heures de recherche et d’observation mais, au bout du compte, quelle cueillette, quelle fabuleuse collection de spécimens rares que ce sensible, mais point sentimental, saura décrire le jour venu d’une plume acérée, mais rarement injuste ou mauvaise ! Cette société privilégiée illustre la société tout court, véritable système cosmique qui gravite sur des orbites plus ou moins distantes, mais n’en est pas moins affligé des mêmes maux.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE  ( extraits de « Proust et le miroir des eaux » Ed. de Paris )

 

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Marcel Proust et l'Eau-mère

 

Proust et les eaux marines

 

Proust et les eaux frontalières - les deux côtés de La Recherche

 

Proust ou les eaux troubles

 

Proust et les eaux violentes

 

Proust et les eaux crépusculaires

 

Proust et les eaux réfléchissantes

 

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7 avril 2015 2 07 /04 /avril /2015 07:42
Le trône d'Adoulis de Glen W. Bowersock

En inaugurant cette rubrique, je vous avais prévenu que j’élargirais le champ de mes lectures et que je ne vous présenterais pas que des romans, donc, cette semaine, profitant de l’actualité, je voudrais évoquer ce livre que j’ai lu récemment et qui évoque l’histoire du Moyen-Orient juste avant la naissance de l’islam. Une lecture édifiante pour ceux qui auront le courage de me suivre dans cette lecture.

 

 

                                             Le trône d’Adoulis

                                 Glen W Bowersock (1936 - ….)

 

 

Dans un texte, très documenté, richement annoté, plus proche du document historique démonstratif que du livre de vulgarisation, l’auteur raconte, à travers l’analyse des inscriptions du trône d’Adoulis (ville non loin de la côte ouest de la Mer rouge, en Ethiopie actuelle) et de bien d‘autres citations épigraphiques : « Les guerres de la Mer rouge à la veille de l’islam », un ouvrage que feraient bien de lire tous ceux qui prétendent interpréter les propos du prophète, combattre en son nom ou contre ceux qui suivent encore la route qu’il a tracée. « Le religion fut sans conteste le dénominateur commun de ce qui devait être une vaste ingérence internationale dans les affaires arabes ».

 

 

Au début du VIe siècle, un royaume juif avait prospéré au sud ouest de la péninsule arabique en Himyar (grosso-modo sur l’actuel territoire occupé par le Yémen) et, à peu près à la même époque,  un royaume chrétien s’était installé en Ethiopie. En 523, les Juifs d’Himyar ayant massacré un grand nombre de chrétiens éthiopiens issus de peuplades préalablement installées dans cette région, le Négus, roi catholique d’Ethiopie, aiguillonné par l’empereur byzantin, décida de conduire une expédition punitive pour venger ses coreligionnaires. En 525, il détruisit l’empire juif, instaurant un nouvel empire chrétien à la place. Ainsi, « le royaume juif d’Arabie prit fin en 525, quand les Ethiopiens le remplacèrent par un royaume chrétien de leur cru, mais l’héritage et la persécution himyarite laissa des traces dans les traditions arabe, syriaque et grecque. La sympathie des Perses pour les Juifs n’en fut généralement pas affectée notamment quand eux-mêmes réussirent à chasser les suzerains éthiopiens de Himyar, à la veille de la naissance de Muhammad, en 570 ou dans ces eaux-là ». Les Perses sassanides, traditionnels alliés des Juifs, ne pouvaient pas laisser leurs ennemis héréditaires, les Byzantins, prendre des positions stratégiques dans la Mer rouge, la route du commerce vers l’Orient, aussi, en 565, s’emparèrent-ils du royaume de Himyar.

 

 

« L’expulsion des Ethiopiens créa une instabilité religieuse que seule put contenir l’occupation perse. Le mélange de païens et de juifs à Yathrib (Médine) ainsi que les contemporains païens du jeune Muhammad à la Mecque constituèrent un terrain fertile, pour ne pas dire explosif, en Arabie entre l’empire chrétien byzantin, allié à l’Ethiopie, et les Sassanides zoroastriens ». Une voie royale était ainsi tracée pour l’installation d’une nouvelle puissance née dans le sillage d’un « Messager » porteur d’une révélation divine. Une voie qui s’élargit encore plus qu’en l’Empire sassanide s’écroula brutalement en Perse au milieu du VIIe siècle et que l’Empire byzantin entama lentement mais inexorablement son déclin après l’apogée qu’il avait connu sous Justinien. Rien ne pouvait plus s’opposer à l’extraordinaire expansion de l’islam. « On peut raisonnablement parler des tumultueux événements du VIe siècle en Arabie comme du creuset de l’islam ».

 

 

Le panthéon animistes a été bousculé par le panthéon grec mais est resté très présent chez les tribus du centre de l’Arabie. A leur tour, les dieux grecs ont été supplantés par le Dieu unique des chrétiens et des juifs. L’affrontement de ces deux religions avait affaibli les deux états qui les soutenaient,  l’Empire byzantin pour les chrétiens et l’Empire sassanide des Perses pour les juifs, ainsi les animistes trouvaient, en adoptant la nouvelle religion, une belle occasion de repousser ces deux religions monothéistes qui avaient tenté de les convertir. On peut ainsi croire que ces guerres à connotation religieuse sont à l’origine de la naissance d’une nouvelle foi qui engendra elle aussi de nombreux conflits qui ne sont, hélas, toujours pas éteints.

 

 

Du haut de son paradis, la Reine de Saba qui visita le Roi Salomon, doit sourire, elle reste très présente dans la légende éthiopienne aussi bien que dans l’histoire perse ou que dans l’épopée biblique. Elle était au confluent de toutes les puissances de la région : chrétiens d’Ethiopie, juifs d’Himyar, Sassanides de Perse et autres tribus encore. Elle doit cependant soupirer en voyant tous les enfants qu’elle a fait rêver, s’entre- déchirer à propos de différences qui n’en sont pas. Et si tous ces peuples en guerre perpétuelle priaient tous la Reine de Saba pour obtenir la paix éternelle ?

 

Denis BILLAMBOZ

 

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3 avril 2015 5 03 /04 /avril /2015 08:42
Les promesses de demain de Edmée de Xhavée

A n’en pas douter, Edmée de Xhavée a la plume d’une nouvelliste. Ce second ouvrage de nouvelles « Les promesses de demain » *, après « Lovebirds », est là pour le confirmer. Personnellement, j’ai pris goût à ces récits courts et concis où l’auteure nous brosse, d’un trait vif, des histoires où entrent tour à tour les parfums de l’été, le froid d’un vent coulis, les maisons au charme désuet, les amours brisés ou impossibles, les sourires et les larmes, en quelque sorte des lieux et des personnages saisis en un moment de vie, un instantané où tout est dit d’un bonheur, d’un malheur, d’une attente, d’un compromis, d’un irrémédiable naufrage.

 

 

Cet art est proche de celui de l’aquarelle pour le peintre. Il y faut une plume légère, des couleurs ni trop appuyées, ni trop criardes, un tracé fin et délié, des teintes qui s’estompent et surtout un non-dit qui est le savoir-faire suprême de l’éloquence feutrée. Ainsi, les récits prennent-ils la saveur de ce qui, en peu de mots, vous a convaincu de l’essentiel, est allé au but sans tergiverser. Ici, l’amour ou le non amour est le fil d’Ariane que l’on suit face à un horizon, un univers que l’écrivain, qui se tient à l’écart, vous dévoile depuis ce simple trou de serrure. C’est cela la nouvelle, une suite de tableaux intimistes, murmurés, sans fièvre inutile, sans détails superflus, qui cerne les actions au plus près, où, d’emblée, vous êtes de plein pied dans l’histoire, le drame, la séparation, une existence qui coule comme une larme, s’allume comme un feu, éclate comme un rire.

 

 

On y rencontre des gens de tous les jours, en lumière ou en ombre, en joie ou en peine, en colère ou en manque, l’amour s’y meurt ou s’y consume, s’y cogne ou s’y cache, et les mots, qui le relatent, sont sans emphase, simples et journaliers ; la mort rode également, fuite en avant de celui ou celle que l’attente a usé, la malchance rompu, l’injustice révolté. « Sa robe flotte sur la surface alors qu’elle s’avance, immaculée, et jeune, et immortelle, et amoureuse, et libérée au-devant de lui, lui qui incline vers elle son sourire ourlé et son regard qui l’avale toute entière. Elle lui tend la main et, confiante, le suit jusqu’où elle peut marcher, et puis se met à nager, pour s’abandonner à lui qui la saisit à bras-le-corps. Enfin ! dit-elle. » Ainsi finit une nouvelle particulièrement belle et poétique.

 

 

Et ces héroïnes, car elles sont plus nombreuses que les héros, ont noms : Henriette, Agnès, Nicole, Magali, Asie, Marguerite, mais également elle, lui, unis dans une poésie qui les enveloppe comme le suaire d’un amour sublimé. Il y a encore Thérèse-Adèle, la délicieuse tante Madeleine,  Léonie, Isotta, beaucoup de secrets de femme qui se tissent dans le silence, se voilent avec pudeur et fierté.

 

Au final, un bel ouvrage rédigé avec élégance par une écrivaine dont le sens du récit, cousu à petits points, est la panacée contre les duretés du temps et du monde, et dont la sensibilité, la connaissance des êtres, les subtilités du cœur jouent en elle comme en une caisse de résonnance dont elle nous fait partager l’écho.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

*Editions Chloé des Lys

 

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LOVEBIRDS

 

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30 mars 2015 1 30 /03 /mars /2015 07:59
Un petit nuage de James JOYCE

Ceux qui comme moi, ont abandonné Joyce (1882-1941) définitivement, ou qui pense l’avoir abandonné définitivement, peuvent, comme moi, retrouver une bonne raison de renouer avec le maître irlandais en lisant ces quelques nouvelles très abordables et très littéraires. Une occasion de découvrir un autre Joyce et de prendre goût à ses nouvelles avant de repartir, pourquoi pas ? -  dans Ulysse ou Dedalus.                                       

 

Il y a bien longtemps déjà, je me suis perdu dans la prose de Joyce, définitivement croyais-je, en errant dans les méandres de  « Dedalus » mais une âme charitable, soucieuse de mon inculture, a décidé de me ramener vers le maître irlandais en me prêtant ce recueil de cinq nouvelles extraites de « Dublinois ». J’y ai trouvé un texte beaucoup plus clair que celui que je m’attendais à devoir lire, même si les phrases sont très construites, très élaborées, le style reste fluide et la prose plutôt facile à lire.

 

A travers ses nouvelles, l’auteur dépeint le Dublin du début du siècle dernier et ses habitants, en l’occurrence surtout des hommes souvent assez jeunes encore pour faire la cour à des femmes plutôt naïves. On rencontre dans les pages de Joyce des dandys,  joueurs insouciants, des jeunes garçons qui voudraient être des dandys mais qui n’ont pas forcément les moyens de leurs désirs, des jeunes  mariés pas aussi bien mariés qu’ils l’espéraient ou pas forcément mariés avec la nymphe qu’ils enviaient, et même un homme qui a refusé les avances d’une femme qui lui fit bien défaut quand il comprit qu’il finirait ses jours seul. Des gens qui croient encore que la vie va leur apporter les joies qu’ils espèrent en recevoir et qui fatalement doivent déchanter, la vie n’étant pas aussi généreuse qu’ils le croyaient.

 

James Joyce possède l’art de la nouvelle sur le bout de la plume, il m’a réconcilié avec ce genre que beaucoup ont galvaudé, au point que j’hésite souvent avant d’entrer dans un recueil, le genre sert bien son projet littéraire. Il utilise la nouvelle pour mettre en scène une situation qui lui permet de dépeindre un trait de caractère qui vient étoffer l’idée qu’il se fait des jeunes Dublinois, de l’humanité en général et plus largement de l’existence. Ses héros entrent dans la vie comme dans ses nouvelles, pleins de joie et d’espoir, insouciants, sereins, sûrs d’eux… mais à la toute fin de l’histoire, comme du texte, après un temps plus ou moins long, l’amertume sourd, le déboire s’installe et le héros comprend qu’il est passé à côté de ce qu’il espérait et qu’il est bien loin des certitudes qu’il avait nourries en s’engageant dans son entreprise sentimentale ou autre.

 

Denis BILLAMBOZ

 

 

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23 mars 2015 1 23 /03 /mars /2015 09:21
Des mille et une façons de quitter la Moldavie de Vladimir Lortchenkov

Je propose cette semaine, un livre que j’ai trouvé par hasard, on en parle très peu dans les médias et pourtant il mérite bien un peu d’attention tout comme le pays qu’il évoque : la Moldavie que  le monde a oubliée, perdue aux confins de l’ex empire soviétique et de l’Union européenne. Un pays qui n’intéresse personne, un pays de misère et de famine raconté par un écrivain de talent.

 

 

                         Des mille et une façons de quitter la Moldavie

                                  Vladimir Lortchenkov (1979 - ….)

 

 

J’ai rencontré Vladimir Lortchenkov sur le salon littéraire de ma ville de province, Besançon, et, même si le titre ne m’attirait pas particulièrement, je lui ai acheté son livre car je ne connais aucun autre écrivain moldave et je ne sais rien de ce pays, coincé entre l’ex empire stalinien et l’Union européenne, qui cherche encore ses limites. J’aurais voulu croire que ce livre n’est que ce qu’il apparait de prime abord, ce qu’on découvre en lisant les premiers chapitres, un roman surréaliste, burlesque, satirique, peuplé de héros picaresques, mais, hélas, l’ironie, la dérision, l’humour, l’exagération,… occultent mal la tragédie qui sourd entre les lignes, le drame d’un peuple abandonné de tous, oppressé entre deux géants qui l’ignorent « républiquement » et « soviétiquement ». Après son indépendance, ce pays pauvre, très pauvre – son PIB était alors inférieur à celui du Bangladesh -, les populations n’avaient plus qu’une issue : fuir pour survivre ailleurs.

 

  • « … Regarde-moi ça on est entouré par de la saleté, de la pauvreté, des immondices. Ah vraiment, on n’a pas mis longtemps à dégénérer, ça fait à peine vingt ans que l’URSS s’est effondrée.
  • On vivait pas bien non plus sous l’URSS, …. Toi, tu es trop jeune pour t’en souvenir. Mais moi, j’ai pas oublié : que ce soit la saleté, la pauvreté ou les immondices, y en a toujours eu, ici. »
  •  

Vladimir Lortchenkov raconte l’histoire de cet exode des temps modernes à travers les combines et inventions les plus audacieuses, les plus incroyables, les plus improbables, les plus farfelues, les plus fantaisistes, imaginées par les habitants de Larga, un petit village du nord du pays. Un habitant de ce village, s’étant pris de passion pour tout ce qui est italien, a créé un véritable mythe de l’Italie, paradis sur terre, destination qu’il faut impérativement prendre pour trouver le bonheur et la richesse qui permettront à ces pauvres ères de vivre leur rêve. « Rares étaient les villageois à ne pas rêver de l’Italie, et aucun n’avait le premier sou pour entreprendre le voyage ».  S’ils n’avaient pas d’argent, ils avaient des idées et quelles idées ! Même celle d’organiser une croisade des temps modernes pour reconquérir les lieux saints romains accaparés par les mécréants, un véritable Exodus moldave !

 

On rit beaucoup en lisant ce livre drôle mais on rit aussi un peu jaune devant un tel dénuement et une telle malédiction, un tel acharnement de la misère. Sur les marges de l’Union soviétique, quasiment abandonné du pouvoir central, ce pays en récupérant sa souveraineté a perdu le minimum vital fourni par le pouvoir central et s’est enfoncé encore davantage dans la pauvreté qui a alimenté le rêve italien. Ce livre est une forme d’appel au secours lancé par l’auteur pour alerter l’opinion internationale sur la situation désastreuse dans laquelle se débattent ses concitoyens. Il nous fait toucher du doigt ce fameux tropisme européen qui attire une bonne partie de la planète vers les contrées les plus nanties, là où il reste un peu d’espoir.

 

« Pays de l’absurde et de l’amour, pays dont un habitant sur quatre a émigré, pays organisant une croisade moderne vers l’Europe. Moldavie…

Si j’avais été François Villon, j’aurais composé La Ballade des pendus.

Comme je suis Vladimir Lortchenkov, j’ai écrit ce roman ».

 

Denis BILLAMBOZ

 

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19 mars 2015 4 19 /03 /mars /2015 11:04
Les derniers mondains de Camille Pascal

Voilà un livre plaisant, rédigé par l’ancienne plume de Nicolas Sarkozy, dans un style alerte et un brin nostalgique, qui nous explique pourquoi et comment le pays des "Guermantes" existe toujours, comment le snobisme se porte bien et a encore de beaux jours devant lui, pourquoi l’argent a simplement changé de poche et les personnages changés de look. Ce recueil de portraits n’est ni plus, ni moins, un clin d’œil à Marcel Proust et à Saint Simon et on comprend mieux encore que l’homme sera toujours l’homme et que ce faubourg Saint-Germain, que l’on croyait à jamais disparu, n’a fait qu’entrer dans la clandestinité ; le nouveau ayant traversé la Seine et usant de codes différents ; tous deux, ancien et moderne, prouvant, si nécessaire, que la dualité continue sa permanence à travers le temps. Oui, n’est-ce pas un même petit monde qui, cent après Charlus et la duchesse de Guermantes, fait et défait les modes, les réputations, les usages, lance les idées, les coteries, oui, un monde qui a été régénéré par l’actualité et s’emploie, comme le précédent, avec moins de mesure et de subtilité, à régir nos coutumes et nos mœurs. Ce n’est en somme qu’un changement de perspective, peut-être une simple illusion d’optique…

 

Car, face à ces hussards de la mondanité nouvelle, survit tant bien que mal une société qui s’efforce à sauvegarder son art de vivre à la française, société composée d’un mélange de bon goût et d’extravagance dans le trait d’esprit, le comportement et l’éloquence. Ainsi coexistent deux mondes parisiens : l’ancien, où ce qui importe est d’être bien né et bien éduqué, monde sociétal qui évolue dans des décors somptueux mais souvent défraîchis et marqués par le passage du temps et, l’autre, une jet set bruyante et flamboyante, familière du pouvoir et de l’imprécation où l’on voit, attablés, hommes et femmes politiques, journalistes et acteurs devisant de conserve. Bien sûr, la vie est ailleurs : dans notre ruralité aux prises avec les véritables réalités.

 

L'ancien monde compterait entre 50 et 100 personnes descendantes de l’aristocratie de cour et de grandes fortunes du XIXe siècle. C’est un milieu qui se protège de l’extérieur et dans lequel l’actualité n’entre qu’à pas feutrés. On s'y entretient du passé, de l’Histoire avec un grand H qui semble un éternel recommencement. Les membres de cette petite communauté s’emploient, autant que faire se peut, à maintenir des rites immémoriaux et, principalement, l’art de la conversation désormais en déshérence. C’est un exercice subtil qui requiert des siècles d’expérience et d’éducation. Dans une époque éprise d’égalitarisme, certains intègrent de grandes entreprises ou la fonction publique, aussi leur position sociale, appuyée sur leur carrière, rend-t-elle leur relation ambiguë avec leurs aînés. "Le grand monde" est devenu une société secrète. On y croise des académiciens, des ambassadeurs, convives reçus avec infiniment de bienveillance comme les émissaires du monde extérieur. L’étranger y est le bienvenu également, à condition qu’il respecte les codes où la bonne éducation est essentielle.  

 

Quoi qu’il en soit, ce monde, qui apparaît si passéiste de nos jours, a contribué au rayonnement de la France de façon indiscutable. Ces hommes et femmes ont protégé les artistes, suscité des œuvres, lancé des projets, couvert nos villes de monuments magnifiques, entretenu leurs demeures que, dorénavant, ils font visiter et qui sont des témoignages de notre histoire. Voilà une société qui survit dans l’ombre face à ces nouveaux mondains qui occupent les lieux, les pages de nos quotidiens, défient souvent avec outrance les bonnes manières et l’élégance. Changement de valeurs, modification des goûts et des canons esthétiques, c’est encore et toujours les anciens contre les modernes…

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

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16 mars 2015 1 16 /03 /mars /2015 08:28
L'ironie du sort de Didier da Sylva

Un livre étrange, un livre que je ne suis pas sûr d’avoir bien compris mais un livre qui m’a rappelé que Didier Da Silva est un grand architecte de la phrase et qu’il faut le relire périodiquement pour se bonifier à sa lecture.

 

 

 

                                                      L’ironie du sort

                                         Didier Da Silva (1973 - ….)

 

 

Si ce livre n’était pas écrit par Didier Da Silva, je ne suis pas sûr que je l’aurais lu jusqu’au bout même si je suis habituellement plutôt persévérant et tenace.  A la lecture des premières pages, j’ai eu un  peu l’impression que l’auteur avait feuilleté une pile de vieilles éphémérides où il aurait relevé quelques coïncidences qui sont absolument incontournables quand on considère la population de la planète dans son ensemble. Mais les phrases bâties comme des châteaux classiques, tout en longueur, harmonieusement rythmées, où tout a une fonction architectonique, rien n’étant concédé à une quelconque décoration superflue, ces phrases que l’on ne peut mesurer qu’à l’aune de la page, m’ont séduit par leur rythme, leur musique, l’eurythmie qu’elle dégage. Cet Hardouin-Mansard de la phrase méritait bien une lecture attentive, il faut qu’elle le soit car son texte est un entrelacs d’événements très variés : créations artistiques remarquables (romans, poésies, symphonies, opéras, films, …), crimes les plus sordides, naissances, décès, rencontres,… de personnages célèbres ou appelés à le devenir, faits divers retentissants, grandes premières, innovations révolutionnaires, un ensemble d’événements qui, pour un historien, constitue une part de la matière première de ses études. Son travail peut s’expliquer par celui qu’il prête à l’un de ses très nombreux héros :

« … depuis que l’homme pense il rapproche des faits sans lien apparent et trouve le joint avec, le plus souvent, une facilité déconcertante, une fois configurées les données d’un système les signes s’attirent comme des aimants, pour ainsi dire spontanément : il faut seulement veiller à ne pas l’élargir trop, le système, car il perdrait à proportion de sa pertinence : à considérer le tout évidemment que tout se tient, la belle affaire, mais alors le charme se rompt, les coïncidences n’en sont plus et le trouble fait place à l’incompréhension. »

 

Même si je n’ai pas très bien compris l’objet de ce livre, si ce n’est la volonté de montrer la grande agitation qui anime perpétuellement l’humanité et la nature et le nombre incalculables de coïncidences qu’on pourrait déceler en épluchant méticuleusement les éphémérides, je considère, en ce qui me concerne, que ce texte est avant tout un grand exercice de jonglerie lexicographique, une savante construction d’un fastueux édifice littéraire, un paysage dessiné et aménagé par un « Le Nôtre » des jardins littéraires avec une foison de mots oubliés, savants ou banals, artistiquement dispersés en des bosquets en forme de phrases longues comme les allées d’un parc.

 

Ce texte est court mais très dense et le lecteur, qui pensera en sortir en une heure ou deux de lecture, risque de sérieusement se tromper car il est particulièrement dense, quelques paragraphes seulement pour l’ensemble du livre, et se réfère à un nombre impressionnant de sujets et de connaissances. Soit Didier Da Silva est le Pic de la Mirandole de notre époque, soit il a travaillé sérieusement sa culture générale pour arriver à produire cette œuvre qui, in fine, m’a impressionné tant par la qualité de sa rédaction que par l’encyclopédisme de l’auteur.

 

Denis BILLAMBOZ

 

 

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14 mars 2015 6 14 /03 /mars /2015 08:42
Frédérick Chopin, une vie vécue comme un impromptu

      
A quoi ressemble Chopin ? A sa musique - déclarait le compositeur Moschelès. Une musique née d'une inspiration nourrie de dualités, dont celle de ses origines panachées entre Pologne et France. Aristocrate de petite noblesse par sa mère et petit-fils de charron du côté de son père, émigré lorrain, Chopin porte en lui, et dans son oeuvre, cette double ascendance paysanne et noble. Son père, arrivé en Pologne en 1787, deviendra un patriote polonais si convaincu qu' il participera au soulèvement contre l'autorité russe. Professeur de langue et de littérature française, il tient à Varsovie une célèbre pension et consacre son existence à l'éducation de jeunes gens, sans jamais mettre en avant son identité française.


Le jeune Fryderyk, né en 1810, grandit au milieu de ces fils de hobereaux fortunés avec lesquels il lie des amitiés souvent exclusives. De cette atmosphère emplie d'insouciance et de gaieté, le jeune homme conservera une profonde nostalgie que l'on retrouve plus tard dans sa musique. C'est sa mère qui l'initie au piano, dont elle joue volontiers, tandis que, dissimulé dans un coin, son fils de trois ans, transporté, n'a plus qu'un désir : l'imiter et jouer à son tour. Ses progrès sont rapides et surprennent son entourage. Commence alors l'itinéraire d'un enfant surdoué, que sa passion éloignera progressivement du commun des mortels. De salon en salon, sous le regard d'un père qui ne veut pas en faire un instrument à sa gloire, le jeune Chopin éblouit. On ne l'appelle plus que le petit 'Mozart'. Il surprend jusqu'au grand-duc Constantin, frère du tsar Nicolas. Ainsi peut-on lire dans le journal de Varsovie : "Sur notre terre aussi naissent des génies. Même la tsarine Maria Fiodorovna vient lui rendre visite dans sa classe de lycée." 
 
Lors de ses séjours à la campagne, il s'émeut du folklore polonais et en interprète les thèmes au piano, élevant ainsi à l' universel ces inspirations populaires. L'un de ses élèves dira un jour que Chopin a mis la Pologne en musique. Mais bientôt il se rapproche des milieux  progressistes et se refuse à jouer devant la famille royale. Sa volonté d'être libre le contraint à l'exil, décision d'autant plus difficile à prendre pour une nature aussi sensible que la sienne et attachée au milieu familial. Mais Chopin est atteint du mal du siècle, mal d'une génération qui oscille entre langueur et révolte. Le 2 novembre 1830, il quitte la Pologne en pleine insurrection et c'est à Stuttgart, où il a fait étape, qu'il apprend  la chute de Varsovie, écrasée par l'armée russe. Plongé dans le désespoir,  il entend que son oeuvre soit désormais l'expression de cet indicible malheur. "Grâce à lui" - écrira Norwid - " les larmes du peuple polonais dispersées parmi les champs furent rassemblées dans le diadème de l'humanité ".


Lorsqu'il arrive à Paris en septembre 1831, il est persuadé de n'être là que de passage, tant il se sent apatride, mais la capitale française aura le mérite de l'accueillir avec chaleur. Liszt, Hiller, Mendelssohn, Osborne, Berlioz deviennent ses amis et son premier concert à la salle Pleyel est un triomphe. "Paris, c'est tout ce que l'on veut" - écrit-il à sa famille. "A Paris, on peut s'amuser, s'ennuyer, rire, pleurer, faire tout ce qu'il vous plaît ; nul ne vous jette un regard car il y a des milliers de personnes qui y font la même chose et chacune à sa manière".


Très vite, il est admis dans les cercles fermés du faubourg Saint-Germain, où son physique aristocratique et son élégance hautaine ont le goût de plaire. On l'invite partout, partout on le sollicite et on le traite en prince, prince de la musique s'entend. Pour vivre, il donne des leçons de piano fort coûteuses - car il faut tenir son rang - à des jeunes filles qui s'amourachent de lui. Et puis sa musique, ses improvisations brillantes, sa courtoisie font merveille sur cette intelligentsia dorée. Si bien que ce milieu sulfureux, où seul l'art est sacré, finit par le séduire. N'y croise-t-il pas des personnalités qui ont pour noms Delacroix, le marquis de Custine, George Sand, dont les carnets d'adresses ont l'avantage de vous ouvrir les portes les plus hermétiques ?  George Sand ne tarde pas à le prier de venir la rejoindre à Nohant, en compagnie de Liszt et de Marie d'Agoult qui ont chez elle leurs habitudes. Sentant qu'il risque fort de devenir la proie de celle qui scandalise les parents de ses élèves, il décline l'invitation, avant d'y céder, bien entendu...


Sand sera, du moins dans les premiers temps, une mère pour lui. Un mère certes captatrice, mais qui va le protéger, le soigner, le chérir, et lui permettre de travailler, car si il y a quelque chose que l'écrivain respecte, c'est bien la créativité. Elle sera donc une protectrice tyrannique et éclairée. Dans l'utopie de leur idylle, ils partent à Majorque, pensant que la douceur du climat sera bénéfique à la santé fragile du musicien. Hélas, l'hiver 1838 -39  sera particulièrement froid et la Chartreuse de Valldemosa  peu confortable. George est dépitée et Chopin croit un moment mourir en terre espagnole. Mais il compose néanmoins dans cet isolement oppressant quelques-unes de ses plus belles oeuvres : les 24 préludes. Pendant ce temps, Sand gratte du papier, comme elle le fait en permanence, ayant la plume aussi altière qu'expansive. Et elle confie à propos de son compagnon d'infortune : " Ce Chopin est un ange, sa bonté, sa tendresse et sa patience m'inquiètent quelquefois, je m'imagine que c'est une organisation trop fine, trop exquise et trop parfaite pour vivre longtemps ".
 

Rentrés en France,  leur vie reprend son cours normal. Sand reçoit et  rédige lettres, articles, romans, contes, tandis que Chopin passe des heures devant son clavier, corrigeant  les morceaux, qu'il improvise avec une surprenante facilité, mais qu'il ne cesse de reprendre, de retravailler, étant envers lui-même d'une exigence implacable. Ce travail, qu'il assume dans un état de constante inquiétude, l'épuise et Sand se lasse peu à peu de le sentir si peu disponible et de vivre à ses côtés un amour de plus en plus chaste. " Je dois travailler - lui dit-il - je dois tirer des mazurkas de ce coeur déchiré ".

 
" Une affection si élevée devait se briser, et non s'user dans des combats indignes d'elle " - confiera-t-elle. Mère, Sand veut bien l'être, nonne, certes pas. " Il y a sept ans que je vis comme une vierge avec lui " - se plaint-elle. La rupture s'avère inévitable et se fera en juillet 1847, après neuf années de vie commune. Sand, dotée d'une solide santé, s'en remettra, Chopin, non. A partir de ce moment, la sienne ne cessera plus de s'altérer. Il a loué un appartement à Paris et repris, pour vivre, ses leçons de piano. Un voyage en Angleterre en 1848, avec deux de ses élèves, achève de consumer le peu de force qu'il lui reste. Au retour, il s'alite et ne se relèvera plus. " Lui - se souvient Norwid - dans l'ombre du grand lit à rideaux, appuyé aux oreillers, enveloppé d'un châle, était beau comme il l'avait toujours été dans les plus simples attitudes de la vie. Il avait ce quelque chose d'achevé, de monumental, que l'aristocratie athénienne aurait pu entourer d'un culte à la meilleure époque de la civilisation grecque. (...) Chaque fois et en quelque circonstance que j'aie rencontré Chopin, j'ai trouvé en lui cette perfection d'apothéose " .

 

Il s'éteindra le 17 octobre 1849, laissant derrière lui la plus belle oeuvre jamais écrite pour le piano et deux admirables concertos. Celui en fa mineur, opus 21, composé en 1829, dont l'adagio fut rédigé à l'intention de la jeune chanteuse varsovienne Konstanaja Gladkowska et l'ensemble dédié à la comtesse Delphine Potocka. Et le concerto en mi mineur, opus 11, composé en 1830, dont la première eut lieu le 11 octobre de la même année, à Varsovie, lors du concert d'adieu du musicien à son pays natal. Ce concert ne remporta pas le succès escompté, la capitale polonaise étant déjà en proie à l'effervescence suscitée par l'invasion russe.

 
 

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george-sand-maison-de-nohant.jpg Nohant, la maison de George Sand

 

 

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