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23 décembre 2014 2 23 /12 /décembre /2014 08:56

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En septembre 2013, je vous ai présenté le livre d’Oriane Jeancourt-Galignani, « Mourir est un art, comme tout le reste », qui évoque d’une manière romancée le suicide de Sylvia Plath, la grande poétesse américaine. Aujourd’hui, je vous propose « La cloche de détresse », le livre de Sylvia Plath elle-même dans lequel elle raconte la déprime d’une fille qui est en grande partie la sienne même si elle a rajouté certaines choses à son histoire. Deux livres qui pourraient se joindre bout à bout pour constituer une biographie très crédible de Sylvia Plath.

 

 

La cloche de détresse

Sylvia Plath (1932 – 1963)

 

 

« C’était un été étrange et étouffant. L’été où ils ont électrocuté les Rosenberg », Esther Greenwood, l’auteure elle-même, une jeune fille de dix-neuf ans, débarque à New-York après avoir gagné, avec quelques autres lauréates, un concours de poésie organisé par un magazine de mode. Elle découvre alors la grande ville, les idoles, les élites, les étudiants des écoles prestigieuses, la vie facile, les soirées mondaines, les frivolités et entrevoit même la possibilité de faire carrière dans une compagnie en vogue. Parallèlement, elle se souvient de son enfance qui a basculé quand son père est décédé, de son adolescence, de ses premiers amours, de ses premières désillusions et de ses premiers échecs.


Cette fille, qui semble comme l’auteure avoir toutes les capacités et tout le talent nécessaire pour entrevoir une belle carrière et espérer un beau mariage, sombre brusquement dans la déprime et commence un long chemin de croix d’asile psychiatrique en maison de soins plus sordides les uns que les autres. L’idée de la mort l’obsède, elle se sent inutile - « Je me sentais comme un cheval de course dans un monde dépourvu d’hippodromes » -, incapable, rejetée, elle ne trouve pas sa place sur terre. L’idée du suicide germe dans son esprit un jour où elle fait du ski sur une pente trop dangereuse pour elle, « l’idée que je pourrais bien me tuer a germé dans mon cerveau le plus calmement du monde, comme un arbre ou une fleur », alors progressivement elle l’envisage, le prépare, le tente, l’élude au dernier moment mais finit tout de même par organiser une vraie tentative qui échoue de peu. Son récit s’arrête là, au moment où elle sort de l’hôpital après le long chemin qu’elle a accompli pour guérir de sa déprime et de son désir de mort. Là où Oriane Jeancourt Galignani a repris le récit dans « La mort est un art, comme tout le reste » pour raconter, de manière, certes un peu romancée, la longue désescalade qui a conduit Sylvia vers une ultime et fatale tentative de suicide.


Ainsi, dans « La cloche de détresse », Sylvia Plath narre-t-elle la grande crise suicidaire qu’elle a traversée lorsqu'elle avait à peine plus de vingt ans, en 1953. Elle précise bien que ce texte n’est pas une biographie fidèle, ce n’est que le roman qu’elle voulait écrire depuis longtemps et qu’elle n’arrivait pas à coucher sur le papier. « Ce que j’ai fait c’est ramasser ensemble des événements de ma propre vie, ajouter de la fiction pour donner de la couleur… cela donne une vraie soupe, mais je pense que cela indiquera combien une personne solitaire peut souffrir quand elle fait une dépression nerveuse ». Ce livre publié en 1963 connait un beau lancement qui lui assure un joli succès, et c’est à ce moment que Sylvia met définitivement fin à sa vie à la grande surprise de ceux qui l’entourent et à l’incompréhension de tous. Elle n’avait pas trouvé la place qu’elle cherchait à vingt ans, sa vie n’était qu’une suite d’échecs, son mari l’étouffait, elle menait une vie difficile, démunie de tout.


La vie de Sylvia est construite autour de deux objectifs qu’elle ne parvient pas à concilier, ni même à réussir individuellement ; d’une part, elle n’accepte pas d’exercer les métiers indignes d’elle qui lui sont accessibles mais refusent d’entreprendre les études nécessaires pour accéder aux professions qui lui sembleraient supportables et correspondre à son talent. D’autre part, elle ne se considèrera pas comme une femme tant qu’elle restera vierge, elle cherche donc l’homme qui la fera femme en étant aussi un mari acceptable, respectueux de sa carrière et de ses ambitions. Un ensemble de contraintes qui compromet sérieusement son avenir et complique la perception de sa vie. « Si c’est être névrosée que de vouloir au même moment deux choses qui s’excluent mutuellement alors je suis névrosée jusqu’à l’os. Je naviguerai toute ma vie entre deux choses qui s’excluent mutuellement». Sa névrose est certainement dans ces contradictions et son incapacité à se donner les moyens de ses aspirations et ambitions.


Ce livre est le récit d’une tentative de suicide perpétrée en 1953 et du cheminement qui a conduit l’héroïne, et certainement l’auteure, à cette douloureuse extrémité, ce n’est surtout pas le récit du suicide de Sylvia Plath qui est survenu en 1963, mais on ne peut  pas ignorer ce texte si l’on veut comprendre l’acte fatal commis par la poétesse. Entre 1953 et 1963 d’autres événements affecteront sa vie et contribueront certainement aussi à son suicide, notamment son mariage peu heureux avec un écrivain célèbre à l’époque qui ne lui permettait pas de valoriser son talent pour ne pas faire de l’ombre au sien. Déjà, en 1953, elle manifestait des penchants féministes, au moins une volonté de voir les femmes s’assumer par elles-mêmes, réussir par leur propre talent, mener une vie aussi libre que celle des hommes : « Je n’acceptais pas l’idée que la femme soit obligée de rester chaste alors que l’homme  lui peut mener un double vie, l’une restant pure, l’autre pas ». La suite est à lire sous la plume d’Oriane Jeancourt Galignani, il est bien difficile de dissocier les deux textes pour comprendre la vie et surtout la mort de Sylvia. On peut même penser que la publication de « La cloche de détresse » n’est pas pour rien dans sa décision finale.


L’héroïne, comme l’auteure, ne s’est pas cantonnée dans une vie passive, elle ne s’est pas contentée de constater ses contradictions et d’évaluer ses envies, elle s’est souvent remise en question, a pris des décisions, s’est bottée les fesses, « Tu n’arriveras jamais à rien comme ça ! » Elle le savait, elle se le répétait mais elle ne pouvait pas soulever la cloche qui l’enfermait dans son piège. Comme souvent les personnes atteintes de maladie neurologique, l’héroïne a une perception exacerbée et très perspicace de l’existence et de tous les détails qui peuvent être interprétés pour donner des indications sur les intentions de ceux qui jouent un rôle dans leur existence. Elle sait ce qui l’attend mais ne peut pas l’empêcher : « Pour celui qui se trouve sous la cloche de verre, vidé et figé comme un bébé mort, le monde lui-même n’est qu’un mauvais rêve ».


Et, hélas, on peut considérer cette phrase prémonitoire comme une belle preuve de cette lucidité et l’apposer en conclusion : « Cela me semblait une vie triste gâchée pour une jeune fille qui avait quinze ans de sa vie ramassé des prix d’excellence ».

 

Denis BILLAMBOZ

 

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20 décembre 2014 6 20 /12 /décembre /2014 15:42
Les patineurs de Pieter Brueghel

Les patineurs de Pieter Brueghel

                
Nous avons la chance d'habiter une région tempérée qui voit se succéder les saisons et varier les paysages. Il semble que ce qui était normal, habituel autrefois, le soit moins aujourd'hui, comme si le froid, la neige, le verglas n'étaient pas les conditions météorologiques habituelles en période hivernale. Alors oublions un peu les regrettables cafouillages et les désagréments qui surviennent fréquemment en ces mois de froidure et disons-nous que l'hiver est beau. Bien sûr il fait froid, bien sûr les routes sont parfois difficiles et dangereuses, bien sûr nous avons le bout du nez rouge, mais diantre ! que la neige est belle quand elle est là, que le froid est tonique et que les ciels semblent avoir été taillés dans le cristal !



Blanche la nature en hiver ? Oui ! Mais aussi verte, brune ou rousse, selon le lieu, la nature du sol, la végétation. Saison du froid, du givre et de la neige, l'hiver est aussi celle des fêtes. Elles sont nombreuses à parsemer le calendrier : Noël, la fête de l'enfance par excellence, celle de la naissance et de la re-naissance symbolisée par un Dieu qui s'incarne pour épouser notre condition, le Nouvel an qui marque le passage d'une année à une autre avec son cortège de voeux, l'Epiphanie et sa galette des rois, la Chandeleur et ses crêpes, Mardi-Gras et sa bonne table avant Carême, le Carnaval avec ses chars et ses masques et la Saint-Valentin avec ses billets doux. Autant de fêtes dont les racines remontent aussi loin que la mémoire des hommes et autant d'occasions de se réjouir ensemble.



Certes la nature paraît ensommeillée et comme immobile dans son corset de givre. Mais nenni, il n'en est rien ! Car, à l'abri des regards indiscrets, fleurs et plantes préparent patiemment le printemps et le spectacle de la nature ne fait relâche ... qu'en apparence. Regardez bien ! Ici une rose jette son ultime éclat ; là, un iris semble défier les frimas et bientôt les perce-neige, les crocus, le jasmin d'hiver feront leur apparition. Dans les arbres défeuillés, le gui vit toujours. Cette plante née des fientes des oiseaux est un des miracles de l'hiver, une trace de vie dans un univers glacé. Et si les fruits frais sont trop chers, profitons des fruits secs. Riches en protéines et en substances grasses, ils sont énergétiques et allient saveur et qualités nutritives. Quant aux légumes, ils ne manquent pas et sont peu coûteux. Ré-apprenons à cuisiner les lentilles, les choux, les endives, les poireaux, la pomme de terre, sans oublier le navet dont on disait jadis qu'il était l'allié idéal pour soigner les maladies de poitrine.



Quant à la galette des rois que l'on déguste volontiers les dimanches de janvier avec famille et amis, voici une recette simple qui vous prendra peu de temps à réaliser :

 

300g de farine - 150 g de sucre - 150 g d'amandes en poudre - 200 g de beurre - 4 oeufs

Mélanger la poudre d'amande et la farine. Ajouter le sucre, une pincée de sel, le beurre ramolli, les oeufs et un peu d'eau, puis travailler la pâte du bout des doigts. Avec un rouleau former la galette et y introduire la fève. Dorer au jaune d'oeuf le dessus de la galette et enfourner à four chaud pour environ 30 minutes.

 

 

L'hiver est une si belle saison qu'elle n'a cessé d'inspirer les artistes : les musiciens - pensons à Vivaldi et ses quatre saisons, Ravel et son Noël des jouets, Schubert et son Voyage d'hiver ; ainsi que les peintres depuis Brueghel l'ancien en passant par Arcimboldo, les impressionniste qui se sont plus à fixer sur leurs toiles les paysages enneigés, le norvégien Edvard Munch et les Japonais dont le thème des saisons se retrouve à la fois dans les peintures, les paravents, les portes coulissantes, les éventails. Les poètes ne l'ont pas dédaigné non plus, que ce soit Charles d'Orléans et son Rondeau de l'hiver, Théophile Gautier et son Bonhomme de neige, Pierre Emmanuel et son Adoration des bergers, Francis Jammes et son âne était petit, Jean Richepin et son Noël misérable, Guillaume Apollinaire et son Mardi-Gras ; enfin les écrivains ne l'ont pas mis sous le boisseau, depuis L'hiver chez les Scythes de Virgile jusqu'à Séraphîta de Balzac, Le voyage égoïste de Colette, Le petit jour de Marie Noël, La dinde de Noël de Moravia ou Un balcon en forêt de Julien Gracq.

 


Le nez rouge, la face blême,
Sur un pupitre de glaçons,
L'hiver exécute son thème
Dans le quatuor des saisons.

Il chante d'une voix peu sûre
Des airs vieillots et chevrotants ;
Son pied glacé bat la mesure
Et la semelle en même temps ;

Et comme Haendel, dont la perruque
Perdait sa farine en tremblant,
Il fait envoler de sa nuque
La neige qui la poudre à blanc.

                                                       Théophile Gautier

 


Si les températures de l'hiver restreignent certains de nos loisirs pratiqués en extérieur, elles favorisent ceux qui sont liés à la neige et à la glace : le patinage et le ski. Les sports d'hiver ont connu un extraordinaire engouement depuis l'après-guerre et ont constamment su se renouveler avec l'apparition de nouvelles techniques et de nouvelles disciplines. Aucun sport d'été n'en égale la saine et parfaite volupté. C'est la mort de la neurasthénie, la ruine des médecins, le krach des drogues. Un week-end à la montagne suffit à booster votre énergie pour le restant de l'hiver.

 

 

Quant aux mots de l'hiver, ils émaillent nos proverbes et nos dictons. Lorsque l'année commence, regardons bien le ciel. Cela nous permettra de savoir ce que seront les conditions météorologiques de l'année à venir. C'est du moins ce que prédit le dicton : Les douze premiers jours de janvier indiquent le temps qu'il fera les douze mois de l'année. Et ce que confirme cet autre : Les jours entre Noël et les Rois indiquent le temps des douze mois.

 


En janvier, un temps doux n'est apprécié que des citadins. A la campagne, cela n'augure rien de bon. Un mois de janvier sans gelée, n'amène guère une bonne année. Ou : Il vaut mieux voir un voleur dans son grenier qu'un laboureur en chemise en janvier. Le jour de la Saint Vincent ( 22 janvier ) est un jour important en zone rurale : c'est la fête des vignerons. Il semblerait que ce jour-là, l'hiver hésite : soit il s'achève, soit il redouble. A la Saint Vincent, l'hiver monte ou descend. Ou : A la Saint Vincent, tout dégèle ou tout fend.


Alors ...  JOYEUX HIVER !

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

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                                        Neige - Claude MONET  ( 1879 )

 

 

 

Route enneigée à Trouville de Monet

Route enneigée à Trouville de Monet

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18 décembre 2014 4 18 /12 /décembre /2014 09:26

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Il est à craindre aujourd'hui que le développement du numérique fasse perdre à l’art épistolaire l’importance qu’il avait jusqu'alors et qu'un pan de notre mémoire familiale et collective se voit réduit à quelques cartes postales rédigées à la hâte dans le même style télégraphique que les sms, aussi l'initiative de Shaun Usher de rassembler en une anthologie drôle, tragique ou incisive 125 lettres où se reflètent les joies, les drames et le quotidien d'inconnus comme des grands noms de ce monde, est à saluer avec enthousiasme. En effet, que serait la littérature sans les lettres de Madame de Sévigné, de George Sand, de Flaubert, de Proust ; n'est-ce pas un pan entier de notre histoire qui aurait disparu, sans compter les lettres retrouvées de nos poilus qui ont été le témoignage le plus authentique de la guerre de 14, nous donnant à toucher du doigt et du cœur ce que furent ces années d’héroïsme dans les tranchées ?

 

 

L’idée de Shaun Usher mérite sans nul doute attention et  intérêt, tant ce beau libre est une mine de découvertes surprenantes, sorte de livre-musée de la correspondance, illustrant son charme à l’ancienne au moment même où l’art épistolaire s’évanouit sous nos yeux. Oui, celui-ci est bien un art à part entière qui reflète la vie, la nôtre et celle des autres, au jour le jour, selon l’émotion du moment, l’amour, l’attente, les larmes, les ruptures, les retrouvailles. Tout nous est conté des choses sensibles, c’est-à-dire de ces faits quotidiens et intimes qui nous concernent. Au-travers des lettres choisies avec éclectisme, nous découvrons des documents concernant aussi bien Andy Warhol que les Rolling Stones, la reine Elisabeth II donnant une recette de cuisine à Eisenhower, mais oui ! celle des drop scones ; la réplique d’un esclave noir affranchi à son maître ; la lettre de Virginia Woolf, peu avant son suicide, faisant ses adieux à son époux ; un soldat de la guerre de Sécession – peut-être la lettre la plus émouvante – s’excusant auprès de sa femme et de ses fils de devoir mourir au combat ; une lettre de motivation inattendue de la part de Léonard de Vinci ; des conseils de Clémentine Churchill à son illustre époux ; une missive datant de 1666 écrite durant l’incendie de Londres par le maître de Poste James Hicks ; enfin un courrier du scientifique Francis Crick à son fils pour lui annoncer la découverte de l’ADN. Et, chose passionnante pour une graphologue, la plupart d’entre elles sont manuscrites, proposant à notre lecture non seulement un texte, mais les composantes du caractère du rédacteur en herbe ou en maturité ( n'y a-t-il pas un courrier de Fidel Castro, alors âgé de 14 ans, au président Franklin D. Roosevelt ! ), sa façon de se positionner sur le parchemin comme il le fait dans la société. Tracé épais qui dit l’attachement au monde dans ce qu’il a de plus concret ; tracé peu encré, aérien, qui suppose l’abstraction, l’importance de la fonction pensée.

 

 

Oui, ce recueil est un hommage au graphisme dans son élégance, sa spontanéité, ses élans, ses pudeurs, ses retenues, ses politesses ; également l’assurance d’émotions en direct depuis une tablette d’argile datant du XIVe siècle avant Jésus Christ jusqu’à aujourd’hui, suite de lignes tracées sur la pierre, le parchemin ou le simple papier, façon la plus probante de traverser le temps et d’être en prise avec les morts et les vivants de cette vieille histoire humaine qui est la nôtre.

 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Il est à craindre aujourd'hui que le développement du numérique fasse perdre à l’art épistolaire l’importance qu’il avait jusque alors et que tout un pan de notre mémoire familiale et collective se voit réduit à quelques cartes postales rédigées à la hâte dans un style aussi télégraphique que les sms, aussi l'initiative de Shaun Usher de rassembler en une anthologie drôle, tragique ou incisive 125 lettres où se reflètent les joies, les drames et le quotidien de l'inconnu comme des grands noms de ce monde, est à saluer avec enthousiasme. En effet, que serait la littérature sans les lettres de Madame de Sévigné, de George Sand, de Flaubert, de Proust ; n'est-ce pas un pan entier de notre histoire qui aurait disparu, sans compter les lettres retrouvées de nos poilus qui ont été le témoignage le plus authentique de la guerre de 14, nous donnant à toucher du doigt et du cœur ce que furent ces années d’héroïsme dans les tranchées ?
Au bonheur des lettres de Shaun Usher
Au bonheur des lettres de Shaun Usher
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15 décembre 2014 1 15 /12 /décembre /2014 08:59

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André Stas jongle avec les mots comme un Diable Rouge avec le ballon rond, il les caresse, les brosse, les détourne, les amortit, leur botte le cul, les envoie en touche, les fait chanter, … pour qu’ils prennent un sens qu’ils ne savaient même pas avoir. C’est une star de l’aphorisme, un tsar du bon mot qu’il nous sert à tasse débordante pour la grande joie de nos zygomatiques et le plus grand plaisir des esprits un peu tordus, ceux qui ne voient pas les choses comme les autres et qui sont toujours prêts à débusquer l’allusion cachée au creux d’une phrase apparemment banale mais savamment décochée.

 

Comme un joueur chevronné, il sait, à faux rythme (désolé, il m’a échappé),  aborder les thèmes les plus divers sans jamais nous prendre en traître, il s’est même fendu d’un avertissement : « Les acheteurs de recueils d’aphorismes s’attendent à n’y trouver que des « bons mots ». Qu’ils s’abonnent à l’Almanach Vermot et laissent les poètes distiller leurs « mauvais » dans leur hébétude et, vu l’absence de leur entendement, leur fassent grâce de les dénigrer ». Dont acte ! Et comme il n’est pas égoïste, ni nombriliste, André Stas laisse de la place pour les autres. « Quand on en pond soi-même, parmi les aphorismes des autres, on aime particulièrement ceux qu’on aurait pu (ou bien voulu) commettre. Un peu comme parmi les femmes de nos amis et connaissances on apprécie davantage celles qu’on ne répugnerait pas trop d’honorer ».

 

L’aphorisme est un art périlleux, « Il y a beaucoup d’édité, mais peu d’élus », « Et – si j’ai bien compris -, plus question de savoir-faire : y a plus que le faire savoir ». Voilà on est désormais convaincu que Stas ne sombrera jamais dans les strass et les paillettes et qu’il saura toujours nous communiquer la recette pour conserver un esprit sain dans un corps à l’abri de la bêtise, du paraître, du snobisme et de la déprime, « On ne parle pas de vague à l’âme dans la maison d’un vieux marin » même d’eau douce.

 

Je dirais bien à André, si j’osais, que « Ce n’est pas un faible que j’ai pour toi, c’est un beaucoup trop fort », mais voilà je suis timide et je me retiens mais peut-être qu’un jour, à Bruxelles, dans une taverne où les surréalistes aimaient se réunir, il me dira « L’aphorisme se sent chez lui sur un carton de bière ». Et qu’il m’en prêtera deux ou trois comme celui-ci : « Attraper des morpions sur un marché aux prépuces ».

Denis BILLAMBOZ


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10 décembre 2014 3 10 /12 /décembre /2014 10:10

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Cher Père Noël,

Je ne pensais pas t’écrire cette année tant l’abattement a réduit en miettes mon inspiration. Que dire, en effet, face à une actualité qui ne cesse de se dégrader, que demander lorsque les convictions sont mises à mal, et que solliciter lorsque, année après année,  nos souhaits restent à l’état de vœux pieux ? Rappelle-toi, cher Père Noël, en 2012, je te conseillais d’alléger ta hotte en renonçant à distribuer aux enfants et aux hommes des bonbons, chocolats, huîtres ou foie gras, les remplaçant par des denrées non périssables comme la bienveillance, le désintéressement, l’humilité, le discernement. En 2013, j’avais même eu l’audace de t’exhorter à te mettre en grève, afin que les terriens que nous sommes soient pour une fois à égalité devant leurs pantoufles vides, espérant que les enfants, et pourquoi pas les adultes, réapprennent, à la suite de cet avertissement de ta part, à jouer avec le vent, le voisin de palier, l’inconnu d’en face, s’obligeant, par la force des choses, à devenir plus raisonnables, plus coopératifs, en quelque sorte plus humains.

 

En cette avant-veille des fêtes 2014, le bilan est toujours aussi négatif. Aux guerres, au chômage, à la pauvreté galopante, aux injustices diverses, se sont ajoutées les catastrophes d’origine climatique dues au réchauffement de la planète et à l’inconséquence des hommes qui bétonnent à tout va, polluent sans se soucier des lendemains et de l’état dans lequel ils laisseront la terre aux générations à venir. Oui, le journal télévisé quotidien ne cesse de faire défiler devant nos yeux des tragédies sans fin. Les grands de ce monde sont devenus fous et la discorde règne partout, menaçant les plus faibles, aveuglant les plus forts, annulant leurs promesses chimériques.

 

Alors que faire, qui croire, cher Père Noël, en pareilles circonstances ? Toi qui œuvres depuis tant d’années pour apporter un soir par an une once de bonheur, un soupçon de joie, une aune de plaisir, n’es-tu pas à ton tour frappé de stupeur devant l’inconséquence humaine, la mégalomanie de quelques-uns, l’effroyable cruauté de certains autres et, parfois, les bras ne t’en tombent-ils pas devant la tâche épuisante qui t’attend pour tenter d’adoucir le sort de ces malheureux ? Je sais que tu feras ton boulot jusqu’au bout mais il est à craindre que la féerie qui t’entoure soit dorénavant plus marchande que poétique et n’est-ce pas la poésie qui t’a porté à bout de bras jusqu’à nos jours ? Aussi je redoute  fort que ton avenir ne se réduise à une peau de chagrin … comme les crèches que l’on s’emploie à supprimer, et que le chagrin des uns ne soit pas la consolation des autres.

  

Mais ne cédons pas au découragement et à la plume chagrine, ce serait faire fi de l’espérance, aussi cher Père Noël laisse parler ton cœur et fais en sorte que chacun reçoive en mesure de ses efforts ou de ses épreuves. Ce serait mettre à nouveau la réalité dans le bon sens. Et surtout ne charge pas trop ta hotte de portables, au lieu de rapprocher les hommes, ils les séparent et fatiguent leurs neurones. Alors sois prudent dans tes choix et ne te laisse pas abuser par la publicité consumériste …

 

ARMELLE

 

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8 décembre 2014 1 08 /12 /décembre /2014 09:22

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Je connais Philipe Annocque, je l’ai déjà rencontré, c’est une excellente plume, un écrivain encore trop  méconnu mais qui commence à faire sa place surtout dans les milieux littéraires  français. Ce livre est une réédition d’un ouvrage paru au début de sa carrière, il vous donnera une première idée du talent de cet auteur.

 

 

Rien (qu’une histoire de regard)

Philippe Annocque (1963 - ….)

 

 

Avec ce texte composé de courts chapitres, Philippe Annocque décrit des instants de la vie d’un jeune homme qui essaie de pénétrer le monde des adultes à travers les filles qu’il rencontre en sillonnant Paris et sa banlieue à bord du RER ou du métro, en une sorte de road movie jalonné de stations qui pourraient porter le nom de ces jeunes filles qu’il courtise - ou qui plus souvent le courtisent – sans grand succès. En lisant ces lignes, j’ai senti monter à ma mémoire des impressions que j’avais eues en lisant « L’attrape-cœur » mais, ma mémoire étant de moins en moins fidèle, ce n’est peut-être qu’une vague impression. Pourtant cette quête de l’identité sexuelle, de l’accomplissement sexuel, de son moi intérieur, celui que les autres ne connaissent pas et de l’image que les autres se font de lui, constituent bien un rituel initiatique conduisant ce jeune homme vers l’adulte qu’il devient, qu’il ne connait pas et ne comprend pas encore. « Un instant, il se demande s’il est vraiment hors du commun ».

 


Ce « Rien » c’est peut-être l’impuissance devant les filles qui essaient de le séduire, l’échec de sa tentative pour monter une pièce de théâtre, l’incapacité de conserver ses amis : des échecs récurrents mais peut-être des passages obligés avant de connaître la réussite. Il comprend finalement qu’il n’est peut-être qu’un solitaire qui trouvera le succès au bout de sa démarche personnelle. « Après tout c’est tellement plus agréable de marcher seul, à son propre rythme de décider seul de ses pauses, de ses accélérations ; c’est le seul moyen de savoir vraiment ce qui se passe en soi ».

 

Ce texte c’est  aussi le doute, l’incertitude, que Philippe Annocque affectionne, il n’affirme jamais, il propose, suggère, avance, …, il semble ne pas savoir, supposer seulement ce qui est, ce qui pourrait être, ce qui va advenir : la vie qui oscille entre réalité et rêve. La certitude n’est pas son monde, il se cantonne dans les questions. Un questionnement sans fausse pudeur, traité avec finesse et délicatesse, pour évoquer l’homme qui découvre la vie et les obstacles qu’elle lui propose. Une interrogation sur la nature humaine, sur le moi que l’on est en train de devenir. « … C’était une des premières fois qu’il constatait à quel point l’image que l’on pouvait avoir de lui était différente, pouvait être différente de celle qu’il avait de lui-même ;… »

 


Pour moi, un texte à l’image du héros et du narrateur, et de l’auteur sans doute ? Un texte intellectuel plus qu’affectif, un texte qui voudrait tout expliquer sans jamais laisser le héros glisser sur le toboggan de ses sentiments, un texte très écrit, travaillé, serré, qui ne laisse aucune place à la fantaisie et qui ne concède qu’un maigre espace à la critique ; l’auteur à tout prévu : « Il se plaît à évoquer l’ignorance de ses futurs lecteurs et à imaginer leurs supputations, il les sent s’organiser en un vaste public qui peu à peu mérite le nom de postérité ».

 


Mais comme dans ce « Rien » il y a tout ou presque on ne peut que se fier à cette citation de Fritz Zorn que je viens de lire dans « Le passage à l’acte » d’André Stas : « Le rien est toujours parfait », alors…

 

 

Denis BILLAMBOZ

 

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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 08:47

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C’est un véritable plaisir de vous faire connaître ce petit bijou trop méconnu que j’ai découvert grâce à la gentillesse d’une amie de la Toile. Un livre d’une très belle écriture, une lettre d’un père à sa fille anorexique pour l’entraîner dans une aventure intellectuelle et littéraire. Une démarche originale, surprenante, emballante…


 

Fixer le ciel au mur

Tieri Briet (1964 - ….)

 

 

« L’histoire commence aujourd’hui… Un jour de canicule dans une ville inconnue, dans ce couloir d’hôpital où tu vas t’engouffrer…. Décidée à guérir maintenant que tu sais le danger ».Un père accompagne sa fille âgée de dix-sept ans dans une unité de soin où elle suivra un traitement pour vaincre l’anorexie dont elle est victime. Acceptant mal cette séparation, il lui écrit un texte inspiré par quatorze chansons qu’ils ont souvent écoutées ensemble, quatorze chapitres qui constituent autant de jalons balisant leur vie commune, les moments de bonheur, les moments de doute, le divorce, la nouvelle femme, les nouveaux frère et sœur, les émotions littéraires, les lectures partagées, il veut raconter ce qui fut pour croire que cette vie sera à nouveau. « C’est ton histoire et c’est aussi la mienne, dans l’épreuve qui les délie maintenant l’une de l’autre ».

 

Cette démarche constitue aussi un effort pour comprendre pourquoi sa fille a sombré dans cette forme de mélancolie alimentaire, ce refus de la nourriture qui ne peut plus transiter par son œsophage obstrué d’un nœud virtuel mais très efficace. « Devenir la main d’un père qui écrit à sa fille, en essayant de retrouver les filaments de ton histoire. Et si j’y arrive, pourvoir tisser patiemment, fil à fil, les récits d’autres vies de femmes que je voudrais te raconter ». Et le père raconte la vie de femmes qui ont dû lutter pour surmonter l’internement, l’exode, la déportation, l’exil et mille autres humiliations sans jamais baisser la plume. Il évoque notamment Hannah Arendt et Musine Kokalari, la philosophe juive allemande fuyant devant le nazisme et la poétesse albanaise emprisonnée puis assignée à résidence dans un coin perdu de son pays.

 

Avec une écriture lisse, fluide, élégante, toujours très juste, qui coule paisiblement tout en charriant la douleur et le désarroi d’un père impuissant devant cette pathologie méconnue, Tieri Briet essaie d’entraîner sa fille dans une complicité littéraire qui pourrait l’extraire de la morosité dans laquelle elle a laissé son appétit. Il lui décrit comment ces femmes, résidant presque toutes entre Zagreb et Tbilissi, ont dû et su lutter pour construire des vies possibles. Ce père éprouve une profonde tristesse mais ne se lamente pas, il ne geint pas, il n’essaie pas de reconquérir sa fille par un amour filial dégoulinant, il cherche simplement à l’entraîner dans une complicité intellectuelle et littéraire sur la route d’une passion qu’ils ont ébauchée ensemble et qu’ils pourraient vivre ensemble, une forme de thérapie à double sens : extraire la fille de son anorexie en redonnant un sens à sa vie et éviter au père de sombrer dans une tristesse pathologique et de s’enfoncer dans la culpabilité. Tresser un fil rouge entre sa fille et lui comme celui que Musine Kokalari a tendu entre Hannah Arendt et elle à travers un livre qu’elle dissimulait précieusement, sans même que la grande philosophe le sache.


Et le père pense, sait, qu’après avoir lu ce texte sa fille comprendra son message, qu’elle retrouvera goût à la vie,  qu’elle saura quel sens lui donner et qu’il n’aura « plus besoin d’avoir peur ».

 


Denis BILLAMBOZ

 


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24 novembre 2014 1 24 /11 /novembre /2014 08:50

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Alors que nous commémorons le centième anniversaire de l’effroyable guerre de quatorze, comme nous l’appelons couramment, c’est peut-être le moment pour ressortir Louis Pergaud, l’un des nombreux écrivains victimes de cette effroyable boucherie et  de  l’oubli  total dans lequel le monde littéraire l’a abandonné.

 

 

De Goupil à Margot

Louis Pergaud (1882 – 1915)

 

 

J’ai exhumé ce recueil de nouvelles animalières, ce petit bestiaire, des rayons d’une étagère où il dormait depuis de longues années. J’aime lire la prose de Pergaud et comme il fait partie de la longue liste des écrivains fauchés par l’imbécile boucherie de la Grande Guerre, je voulais, en cette année commémorative, le remettre un peu à l’honneur car il est tombé dans les oubliettes de l’histoire littéraire depuis un bon nombre d’années malgré l’acharnement que certains réalisateurs de la "Guerre des boutons" mettent à massacrer périodiquement ses Gibus et autres garnements.

 

Si Hugo nous a fait l’honneur de naître à Besançon et Colette d’y écrire quelques ouvrages, Pergaud est le véritable écrivain comtois de référence. Avec ce recueil, il a obtenu le Prix Goncourt en 1910. Il doit être rare que ce prix honore un recueil de nouvelles. Dans celles-ci, l’auteur met en scène les petits animaux de la campagne, ceux qui sont rarement mis à l’honneur dans la littérature, excepté l’incontournable renard, taupe, fouine, écureuil, lièvre, grenouille… les représentants de la faune des plus faibles, ceux qui sont à la merci de nombreux prédateurs. Dans un langage riche, nourri de mots qui, à l’époque, étaient aussi rares qu’aujourd’hui et d'un vocable disparu ou presque de nos jours, il dépeint le petit monde de la forêt et des taillis qu’il a bien connu quand il était enfant dans un village du Haut-Doubs. Il décrit sans complaisance, mais sans concession non plus, la violence de la vie dans la nature, la suprématie inéluctable du fort sur le faible. Il n’y a ni morale, ni sentiment dans ces récits, il n’y a que l’incontournable loi de la prédation qui régit le monde animal depuis l’origine du monde. Seul l’homme perturbe cet équilibre millénaire en introduisant dans cet univers bien hiérarchisé la cruauté qui semble être sa caractéristique principale.

 

Quand il a écrit ces lignes, Louis Pergaud ne se doutait pas qu’il serait un jour l’un de ces êtres sans défense à la merci de la cruauté humaine, pris au piège comme Margot, Goupil, Fuseline ou Rana, victime innocente de l’imbécilité humaine.

 

 

Denis BILLAMBOZ

 

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21 novembre 2014 5 21 /11 /novembre /2014 10:07

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TU ES BELLE A L'INTERIEUR DE TON COEUR


Ce  livre est d’abord, lorsque vous le prenez dans les mains et le feuilletez, un  bel objet : papier glacé, magnifiques illustrations composées des photos et des reproductions des dessins et toiles de l’auteur qui ne se contente pas d’écrire mais dessine et peint, artiste complète et sensible  qui sait percer les mystères du cœur humain. Après Madrid et Singapour où son mari était en poste, Véronique Desjonquères s’est retrouvée avec ses enfants à Bombay en 2010 lors de sa nouvelle affectation professionnelle, plongée soudainement dans une  mégapole où elle s’est installée  avec le projet immédiat de ne pas se contenter d’y  vivre en vase clos avec la colonie française, mais de s’ouvrir à une population très diverse, à un monde bruyant et coloré dont la découverte demande du temps, de la disponibilité et des nerfs d’acier.


«  Voir la beauté de Bombay ne va pas de soi. Cela nécessite d’aller au-delà d’un extérieur sale et repoussant. Où est la beauté des bidonvilles et des barres d’immeubles décrépits par la mousson et le manque d’entretien ? Qui n’a jamais perdu ses nerfs en raison d’une circulation souvent infernale ? Comment ne pas être révoltée par ces familles entières dormant sur le trottoir, par ces enfants marchant pieds nus dans les détritus,  forcés de faire la manche aux carrefours plutôt que d’aller à l’école ? Bombay est la ville de tous les contrastes : à la fois frustrante, déconcertante et fascinante, elle est aussi le lieu où la plus grande des richesses côtoie la plus dégradante des pauvretés » - écrit-elle en préambule et on imagine le désarroi, l’inquiétude des premières semaines lorsqu’il lui a fallu s’immerger dans cette ville tentaculaire, tenter de s’y adapter et surtout de communiquer avec une population aussi composite. C’est cependant ce qu’elle a su faire avec une intelligence qui a été à l’origine de l’ouvrage dans lequel on plonge avec émotion et que l’on dévore d’une traite tant les êtres, qui vous parlent, semblent proches, tant ils ont à dire et le font avec simplicité et  une dignité bouleversante. Qui sont-ils ces hommes et femmes de milieux divers, ces adolescents, ces enfants, ces vieillards qui se confient avec retenue et pudeur et  de façon si naturelle, sans que soit exclu de leurs propos, humour, tendresse et malice.


« Il a fallu dépasser mes peurs de déranger, d’être mal reçue. Mes interlocuteurs, choisis au hasard, au gré de mon inspiration, se sont souvent livrés avec gentillesse, se sont rendus disponibles pour répondre, n’hésitant pas à arrêter leur travail pendant plusieurs dizaines de minutes. Peut-être étaient-ils heureux qu’une étrangère s’intéresse à eux ? Parfois, mais rarement,  j’ai été rejetée. J’ai fait ici une des plus riches expériences humaines que j’ai connues, elle a contribué à donner un sens à ces quatre années vécues à Bombay » - avoue Véronique Desjonquères dès les premières pages de son livre.

 

Et de ces quatre années difficiles mais intenses, elle n’est pas ressortie indemne, elle ne s’est pas investie sans en être profondément changée, enrichie, fortifiée. Ces êtres approchés et écoutés ont su créer en elle un paysage intérieur, faire naître une sensibilité plus vive à l’autre, une écoute sans doute plus précise, une inspiration probablement plus humaine. Sa peinture s’en ressent : colorée, sensitive, vibrante. Ses interlocuteurs sont là non seulement dans les mots mais dans les images :  les Samy, les Manhar, les Kamal, les Shekar, le doux sourire de Ratan ou le beau visage de Nikita. Les enfants sont si confiants, les jeunes filles si gracieuses, malgré la pauvreté, le dénuement même. L’espérance ne faiblit pas, vigilante, comme une bougie qui donne aux visages leur clarté. Et ces hommes et  femmes nous content leur quotidien sans détours, dans l’intimité de leurs humbles masures, au travail ou sur les marchés, sans oublier de souligner leurs  espérances secrètes, la foi qui les anime et les aide à rester vertical. Ce livre a, entre autre pouvoir, de vous rendre proche un univers lointain, de vous conduire au cœur d’une réalité dure mais vraie, émouvante, courageuse et toujours sobre et digne. Quelle belle leçon de vie !  Merci à l’auteure d’avoir su consacrer ces quatre années à ce témoignage en mots et en images d’une vérité et d’une authenticité qui nous incitent à partager son expérience. 


« En décidant de faire ce livre au lendemain de mon arrivée en Inde, j’avais l’intuition et j’espérais qu’il m’aiderait à voir la beauté de Bombay. Par le témoignage de ces hommes et de ces femmes,  j’ai voulu traduire la diversité de la mégapole. J’ai abordé des quartiers proches que je côtoyais dans mon quotidien et des lieux touristiques plus connus. J’ai cherché à comprendre comment les gens vivaient, travaillaient, ce qu’ils ressentaient, quels étaient leurs rêves. Ces rencontres personnelles m’ont transformée de l’intérieur. »


 Nous aussi Véronique à vous lire…


 

 

Armelle BARGUILLET  HAUTELOIRE

 

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17 novembre 2014 1 17 /11 /novembre /2014 08:37

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C’est le deux-centième anniversaire de la mort de Bernardin de Saint-Pierre, peut-être une raison suffisante pour lui rendre hommage en publiant cette chronique sur le roman qui l’a rendu célèbre à jamais. Mais, je confirme, ce texte n’est pas aussi insipide que certains se complaisent à le dire, il mérite bien une lecture que j’ai faite récemment et j’en suis ravi.


 

Paul et Virginie

Jacques Henri Bernardin de Saint-Pierre (1737 – 1814)


 

Depuis très longtemps, j’avais envie de lire ce livre car je ne comprends pas très bien pourquoi on dit et écrit tant de choses désobligeantes sur ce roman dont le succès génère régulièrement des rééditions depuis plus de deux siècles. Il doit exister un petit brin de magie ramenant sans cesse de nouveaux lecteurs vers cet ouvrage qui raconte une histoire plutôt simple, romantique et très pathétique.

 

Dans la seconde moitié du XVIIIe  siècle, à Maurice, l’Ile de France à l’époque, une jeune veuve enceinte trouve refuge avec son esclave noire dans les montagnes avoisinantes de Port Louis où elle rencontre une jeune femme, mère d’un petit Paul, qui vit là aussi avec son esclave. Bientôt cette veuve met au monde une petite Virginie et les deux familles vivent alors en parfaite osmose une existence largement inspirée des thèses de Jean Jacques Rousseau, ami de l’auteur. Une vie simple, pieuse, laborieuse et vertueuse, en harmonie avec la nature et le voisinage. Les enfants sont élevés selon des principes que l’Emile de Jean Jacques Rousseau n’aurait certainement pas reniés. « Jamais les leçons d’une triste morale ne les avaient remplis d’ennui». « On ne les avait jamais effrayés en leur disant que Dieu réserve des punitions terribles aux enfants ingrats ».

 

Cette vie de vertu et de dénuement matériel mais de grande richesse affective et sentimentale ne dure pas très longtemps, bientôt ces deux familles sont confrontées à la violence et aux vices de la société européenne par l’entremise d’une tante riche et mauvaise qui veut faire le bonheur de sa petite-nièce malgré elle. C’est le grain de sable qui vient perturber la belle mécanique amoureuse qui s’était mise en marche entre les deux adolescents, et transforme cette  histoire d’amour en une Love story des temps modernes aussi pathétique que celle d’Erich Segal.

 

Les histoires d’amour tragiques séduisent souvent un large public mais ce livre, même s’il est un peu naïf et candide, pathétique et plein de bons sentiments, a une autre dimension, il prône un modèle de société idéal, certainement inaccessible, mais porteur de valeurs qui pourraient grandement améliorer la vie sur terre si elles étaient mises en pratique, en Europe notamment mère de tous les vices. C’est une véritable leçon de morale et d’éducation que l’auteur dispense aux lecteurs en s’appuyant sur les théories de Jean-Jacques Rousseau mais c’est aussi, en creux, une critique à peine voilée de tout ce qu’entreprennent et manigancent ceux qui détiennent les pouvoirs politiques, économiques, religieux … On sent nettement sous la plume de cet érudit une grosse pointe d’aigreur personnelle, on dirait qu’il n’a pas obtenu ce qu’il voulait et qu’il en rend responsables ses semblables qui ont oublié les sacro-saints principes du maître de l’Emile.

 

Il ne faut surtout pas nier que Bernardin de Saint Pierre est un excellent homme de plume, son écriture est riche, fluide, parfois recherchée et il maîtrise son roman de bout en bout et, même si son histoire peut paraître mièvre, elle comporte aussi des élans d’héroïsme stoïque face à la mort : « j’ai été trouvée fidèle aux lois de la nature, de l’amour, et de la vertu. J’ai traversé les mers  pour obéir à mes parents ; j’ai renoncé aux richesses pour conserver ma foi : et j’ai mieux aimé perdre la vie que de violer la pudeur ». Le testament de Virginie pourrait être aussi celui de l’auteur, le message qu’il voulait nous laisser… mais aussi la vie qu’il a menée parce qu’il n’a pas réussi à faire fortune ?

 

Denis BILLAMBOZ

 

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