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12 août 2013 1 12 /08 /août /2013 08:06

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Pour écouter les chansons, cliquer directement sur les liens ci-dessous :

 

AVEC LE TEMPS

 

LA JALOUSIE

 

 

Léo, il m’a souvent agacé mais j’ai toujours succombé devant son immense talent de poète, son don  musical et ses interprétations magistrales. Aujourd’hui, je vous propose donc la lecture d’un petit recueil de poèmes édité il y a quelques semaines seulement. L’occasion aussi de vous dire que je ne parlerai pas que de romans, je vous présenterai aussi de la poésie, même si je n’en lis pas assez à mon goût, de l’histoire, c’est ma formation, et des livres témoignages quand ils apportent réellement quelque chose à la réflexion ou la connaissance, et…

 

Poète … vos papiers ! *

Léo Ferré (1916 – 1993)

 

« La poésie contemporaine ne chante plus. Elle rampe. Elle a cependant le privilège de la distinction, elle ne fréquente pas les mots mal famés, elle les ignore. » Léo a compris depuis longtemps que la poésie perdait son aura, qu’elle s’abimait dans une certaine facilité : « Les écrivains qui ont recours à leurs doigts pour savoir s’ils ont leur compte de pieds ne sont pas des poètes : ce sont des dactylographes ». Il n’aime pas qu’on plaisante avec l’alexandrin, « la poésie contemporaine qui fait de la prose en le sachant », « l’alexandrin est un moule à pieds. On n’admet pas qu’il soit mal chaussé, traînant dans la rue les semelles ajourées de musique. »

« La poésie libérée c’est du bidon

Poète prends ton vers et fous lui une trempe

Mets-lui les fers aux pieds et la rime au balcon

Et ta Muse sera sapée comme une vamp. »
 

Chez Léo la rigueur de l’alexandrin s’accouple avec l’anarchie du texte dans des vers d’une grande sensualité, des vers charnels, des mots qui font l’amour, des rimes qui chantent. Des mots comme des gifles, comme des lamentations, comme des caresses, comme des pleurs, des vers qui copulent en une orgie littéraire, en une danse païenne comme un ballet de « Walpurgis », des vers à faire pleurer sur des airs de jazz ou de blues ou des vers guillerets à faire valser sur un air d’accordéon. Des vers qui crèvent la faim et qui veulent pendre les bourgeois à la lanterne.


« Et qui viv’nt en rêve

Pour gagner du temps. »


Mais si le poète hurle, crie, invective, pleure, se lamente, il faut aussi, sous sa carapace écorchée, faire sourdre les élans de tendresse qu’elle masque mal, la fragilité du poète, sa sensibilité à fleur de peau.


« Quand la raison n’a plus de raison

Et qu’nos yeux jouent à s’renverser

Et qu’on n’sait plus qui est l’patron

Quand la raison n’a plus raison »


Le verbe copule avec l’anarchie et le poète prend son pied, hanté par le sexe jusqu’à la débauche, poursuivi jusqu’au fond des bouges les plus louches, il bouffe du curé avec un appétit orgiaque, se déchaînant dans « L’opéra du ciel », vomissant son désespoir à la face de ce Bon Dieu qu’il rejette mais qu’il ne cesse d’invoquer car la mort l’obsède comme une vague d’angoisse, comme une invitation au voyage au pays de Satan. Il rejette l’ordre établi et les institutions qui broient les individus dans un magna de société dépersonnalisée, pétrifiée dans son académisme, « Il se meurt doucement d’Académie française ».

Eh oui Léo on pourrait, nous aussi, interpellé Popaul et lui demander dans une complainte d’un autre temps :


« Qu’as-tu fait Popaul, qu’as-tu fait

 De Saint Germain-des-Prés ? »

 

Mais rien n’est définitivement perdu, le poète nous a laissé quelques vers, quelques belles rasades d’espoir à ingurgiter, sans modération,  jusqu’à l’ivresse :


« Je suis la raison d’espérer

De l’anarchiste et du poète

Et je tiens leurs idées au frais

En attendant qu’on les achète »

 

 * " Poètes...vos papiers " de Léo Ferré chez Belfond

 

Denis BILLAMBOZ


Et pour consulter la liste de mes articles précédents, cliquer sur les liens ci-dessous :


Liste des articles "Les coups de coeur de Denis "


Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS

 


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5 août 2013 1 05 /08 /août /2013 08:04

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Nous avons parcouru le monde à travers les livres pendant près de deux ans, je vous propose aujourd’hui de partir à la découverte de textes souvent méconnus malgré leur grande qualité. Chaque semaine, je vous présenterai donc une lecture récente ou ancienne, peu importe les effets de mode, d’un auteur français ou étranger. Comme la littérature n’a pas de frontière, le talent non plus, je me laisserai guider par le seul talent des auteurs que je rencontre au hasard de mes vagabondages dans le monde des livres. Et pour commencer cette rubrique, j’aimerais vous proposer ma lecture du dernier livre d’Armelle qui mériterait un grand succès de librairie car c’est un très beau texte, d’une grande qualité littéraire et une belle histoire.
 

 

Le jardin d’incertitude

Armelle Barguillet Hauteloire

 

Ce  texte, au début, policé, académique, lisse, fluide, à peine vieilli, comme un vieux livre qu’on relit à la manière dont on réécoute un ancien vinyle adulé bien des années auparavant, prend progressivement un ton plus ferme, plus dur, balançant même entre cynisme et désillusion. Mais c’est, avant tout, à mon avis, un livre, non pas testament car il y en aura certainement d’autres sous la plume d’Armelle Barguillet, mais tout de même un livre bilan qui pourrait révéler en filigrane quelque douleur mal éteinte ou des plaies pas totalement cicatrisées. Un récit qui laisse apparaître une certaine dose d’amertume vis-à-vis de l’humanité trop pragmatique, pas assez affectueuse, pas assez généreuse, pas assez désintéressée, et même une pointe d’aigreur et un peu de déception. Un texte d’un réalisme presque froid montrant les limites des espérances juvéniles qui se brisent inéluctablement sur les travers de l’humanité. Je sais que ce livre a connu une première ébauche il y a déjà bien des années et je suppose que le changement de ton peut être imputé au temps qui s’est écoulé entre le début et la fin de la rédaction de ce roman.

 

Sur les bords de la Loire, dans son manoir décrépi, Anne-Clémence, une jeune femme qui a vu les siens partir ou disparaître, écrit ses souvenirs : son enfance avec ses parents et sa grand-mère entouré d’une importante maisonnée, son départ à Paris, ses études, son premier amour, son mariage, sa volonté, ses espoirs, l’échec de ce mariage… Elle décrit un monde, comme celui de Proust, qui tire vers sa fin, une société en voie de disparition, une aristocratie qui passe la main à la bourgeoisie enrichie dans les affaires. Pendant ma lecture, à un certain moment, encore vers le début, je lisais tranquillement sans me préoccuper réellement de l’auteur mais plutôt du texte, quand j’ai eu comme l’impression d’être à Combray, ou dans Combray dont je lis parfois quelques pages avant de m’endormir. J’ai ressenti cette même douce nostalgie, cette même musique dans le texte, cette atmosphère à la fois familiale et campagnarde. Armelle ne peut pas dissimuler son admiration pour le maître, elle est écrite dans le marbre du texte.

 

Anne-Clémence explore son arbre généalogique où elle ne trouve pas que de la tendresse, elle y rencontre aussi de la dureté et même parfois un peu de cruauté. Un arbre généalogique double : celui de l’état civil et celui qui se construit dans les draps où ailleurs où les corps peuvent s’unir au risque de procréer ; Armelle n’hésite pas à soulever la couette pour exhiber toutes les turpitudes qui animent la vie et gouvernent souvent le monde.

 

Avec son écriture  fluide et souple coulant comme un frais ruisseau normand charriant  des mots que nous avons presque oubliés, des mots goûteux, gourmands, qu’on déguste avec un grand plaisir tant le vocabulaire est riche, Armelle raconte la fin de cette société campagnarde, l’avènement d’un monde nouveau où les jeunes femmes comme Anne-Clémence ont bien des difficultés à trouver leur place. Elle a aussi un art consommé du portrait, de l’analyse psychologique et un vrai talent pour évoquer la sensibilité aussi bien que les émois de la chair. Toutes les qualités nécessaires pour dessiner le parcours initiatique d’une jeune fille née d’une famille qui avait vécu plus pour les apparences de son rang que pour ce qu’elle était réellement. Je n'aurais pas cru qu’Armelle aurait tant d'audace dans certaines évocations et qu’elle aborderait les sujets essentiels de l'existence avec une telle franchise et une telle lucidité. J'ai pensé à certains moments à DH Lawrence quand elle parle de cette femme libre qui assume totalement sa vie et ses désirs - très beau personnage - comme Constance Chatterley. Elle a bien fait de laisser mûrir ce livre qui n'aurait peut-être pas eu la même dimension il y a dix ou quinze ans, on sent bien tout ce que la vie lui a apporté - des joies et des épreuves - toutes ses déceptions, ses désillusions mais aussi ce refus de se résigner, cette volonté de repartir au combat en faisant table rase du passé.

 

Armelle a bien compris ce que d’autres comme moi pourraient objecter après la lecture de ce roman, aussi a-t-elle pris les devant pour désamorcer les critiques : « Certes, je veux bien admettre que tout a déjà été conté, des bonheurs et malheurs de l’homme, de ses amours et de ses désamours, des guerres et de leurs conséquences, mais je crois que nous sommes arrivés à la fin d’un monde ou d’une civilisation et que chaque moribond est en droit d’être veillé ». Alors veillons en cherchant quelques certitudes dans ce jardin où le vice fleurit hélas mieux que la vertu.

 

Denis BILLAMBOZ

 

Pour se procurer l'ouvrage, cliquer   ICI

 

Et pour consulter la liste des articles de la rubrique "Les coups de coeur de Denis", cliquer    ICI

 


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16 juillet 2013 2 16 /07 /juillet /2013 08:18

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Texte et photos d'Yves BARGUILLET

 

Dimanche 26 juillet 2009 :

 

Il y a longtemps que je rêvais de visiter ces îles et le grand jour est enfin arrivé : il est 10h lorsque nous appareillons ; le vent  est de secteur sud-sud -ouest,  force 5 à 6,  la mer agitée, le baromètre à 1009 -  nous filons à 7 nœuds de moyenne sous les grains et les vagues bien formées. Grand voile et 2 ris, creux de 2m5O à 3m, la seule compagnie que nous ayons est celle des pétrels qui tournent autour de notre mât. Puis de temps en temps, les majestueux et  fiers ganetts  ( fous de bassan )  plongent assez loin de notre navire n’y jetant qu’un regard discret.  La journée suit son cours, puis la nuit au rythme des quarts, cependant quelques trouées d’étoiles entre les nuages sombres qui gravitent dans le ciel, alternance de grains et de vent mais, par chance, le gros de la dépression est derrière nous. Michel et moi laissons la barre à 6h du matin, nous approchons des îles,  car les différents phares de l’archipel projettent  leur pinceau blanc et lumineux de tous côtés.

 

Ce lundi 27 juillet 2009 -

 

A 7h, Tresco est en vue, le jour s’est levé. Arrivés au mouillage, nous aurons parcouru en vingt et une  heure, 159 miles soit 7.57 nœuds de moyenne - divers rangements,  petit déjeuner copieux pour tout le monde,  le ciel se dégage maintenant, le soleil veut bien nous gratifier de sa présence entre les cumulus blancs tellement plus sympathiques que les  énormes  grains noirs et gris qui accompagnaient jusqu’alors notre route. Nous sommes ravis d’arriver à cette escale que nous apprécions après l’effort. Déjeuner, puis, vers 14h30, Pascal nous débarque avec l’annexe à la cale de vieux granit et, sacs au dos, nous allons explorer les sentiers et les landes. Toutes les sentes  offrent un panorama sublime sur les îles avoisinantes. Le ciel dégagé  fait ressortir le bleu émeraude de la mer et l’or des plages qui festonnent les échancrures rocheuses.  Michel, Benoît et Catherine m’accompagnent pour commencer la visite du magnifique et surprenant jardin exotique, où la végétation tropicale surprend, le passage du golf-stream y est pour quelque chose.  Après  la séance photo obligatoire, nous poursuivons notre promenade par les pistes  qui bordent les sables blancs tranchant avec le bleu turquoise de l’eau. Puis nous  grimpons vers la lande enluminée de bruyère mauve et d’ajoncs d’or, délimitée par des vallons souples et verdoyants où ondoient de vertes fougères. Nous visitons une église autour de laquelle un cimetière  nous offre  ses  tombes de granit  et la ciselure  des croix celtiques.  Passage à la tour Cromwell, puis nous redescendons vers le port  afin de regagner le Pub bien dissimulé  parmi les agapantes et les aloès du Mexique. Nous prenons une allée de fuchsias  géants qui déploient leurs jolies clochettes d’un rose délicat, un vrai enivrement de fleurs. Nous retrouvons Olivier et Pascal  pour nous désaltérer d’une bonne pinte de bière.  Puis à 2Oh3O, retour à bord pour une soirée amicale.

 

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Au réveil ce MARDI 28 juillet 2009 -

 

Nous levons l’ancre pour nous rendre à Sainte-Marys. Le ciel est redevenu gris, clapoteux, un  vent d’ouest qui ne nous assure guère d’une une baie abritée. En effet le mouillage est assez rouleur, mais bien amarré sur le coffre nous ferons avec. Nous déjeunons à bord puis à 14h30 Pascal nous débarque au quai en direction des douches. Showers, showers, doublement, puisque  les grains et averses  nous déversent du ciel une pluie pénétrante. Au retour, sur la digue, nous avons en face de nous le célèbre pub the mermaid. Catherine décide de partir se balader sous la pluie, le reste de l’équipe vient s’abriter au Pub pour avaler une bière en attendant l’éclaircie, qui n’arrive que vers 16h30. Nous décidons alors de prendre les chemins de lande au- dessus du village et de faire le tour de l’île. Malgré  la luminosité pâle car encore imprégnée de pluie, le paysage est grandiose, enlacé par les murailles de pierre qui longent cette côte aride, tandis qu’à chaque pointe avancée, sous les fortifications crénelées, s’épand  une pelouse tondue à l’anglaise  sur  laquelle les canons des siècles passés pointent encore leurs affûts vers le large,  comme des chiens de garde pour prévenir l’approche des rares vaisseaux qui osaient s’aventurer  dans les parages. Il fallait en effet avoir une sacrée soif d’aventure pour oser franchir ces courants violents, ces échancrures rocheuses et affronter les tempêtes impitoyables qui brisèrent tant de navires à une époque où la navigation et les cartes étaient encore imprécises. Nous rentrons au village vers I9 h, le bleu du ciel veut bien  colorer à nouveau la mer entre de gros cumulus blancs. Pascal nous a rejoints et l’équipage au complet  prend sa traditionnelle pinte au Mermaid. - dernière  soirée à bord  avant notre retour vers les côtes Françaises.

 

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Il est IOh  ce MERCREDI 29 JUILLET  lorsque  nous contournons Ste Marys. Cap au 130° - pas de vent moteur, moteur - Lorsque nous prenons le quart avec Michel de 9h00 à 12h00, le ciel déverse son déluge sur 360°, nous sommes déjà au large, les voiles sont  déployées, peu à peu  les vagues sont plus étalées et il semble que cette pluie apaise la force du vent  pour un retour à force 4.5.- Nous rentrons nous changer, trempés jusqu’aux os et apprécions de casser une petite croûte bien au chaud, dans le carré. Catherine et Benoît nous relaient, dans l’après-midi les éclaircies reviennent par l’ouest pour nous offrir un soleil timide en fin de journée. La nuit voit revenir des trouées d’étoiles et l’air est moins vif. La douceur peu à peu fait place à l’humidité.

 

JEUDI 3O JUILLET 2OO9 -

 

Nous avons avalé des milles, le ciel est clair et dégagé, l’air nettement plus tiède, au petit matin nous approchons des Roches Douvres et voyons déjà les éclats blancs des phares de la côte bretonne.  La journée s’annonce belle, les trains de vagues sont plus longs et notre allure portante à la limite du vent arrière, nous voit tout au long de la journée  empanner pour nous retrouver sur la bonne route en direction de l’Ile Chausey, destination que nous avons choisie pour finir la soirée sur ce caillou qui nous est familier. A 18h, nous entrons dans le  calme du  s o u n d,  prise de coffre derrière un vieux gréement malouin d’où émane une bonne odeur de ratatouille, qui nous ouvre l’appétit - mais pour l’heure nous préférons mettre l’annexe à l’eau, direction de la cale, et visite de l’île pour quelques prises de vues à ne pas manquer. Chausey toujours égale à elle-même ; il semble ici que le temps se soit arrêté, l’on comprend  pourquoi le grand peintre de marine que fût Marin-Marie y posa souvent son chevalet et y ancra son voilier. Car il fut un excellent marin. Si le climat dans ces anglo-normandes est  capricieux et changeant, cela n’enlève en rien le charme indéfinissable de l’archipel où aucune île n’est semblable aux autres. Ici se mêlent douceur et âpreté, des lumières incomparables surplombant les méandres de roches et de courants violents.

Après  notre traditionnel  verre de l’amitié dans l’unique hôtel de l’île, nous regagnons le bord sur un lac tranquille aux teintes mordorées. Copieux repas et vers 22h, nous mettons au moteur le cap sur GRANVILLE,  guidés par le phare blanc du vieux port Normand.

 

Il est presque 01h00 du matin ce VENDREDI 31 JUILLET 2OO9  lorsque nous accostons au ponton du gaz-oïl faute de mieux car la marina est pleine comme un œuf et la place normalement réservée à ETACHON est occupée. Bien amarrés, demain sera un autre jour et tout le monde plonge dans les duvets pour cette ultime nuit à bord.

Il fait beau ce vendredi matin et, comme convenu, nous nous mettons au travail pour  briquer, astiquer, laver, nettoyer, ranger et faire en sorte que  notre unité soit belle et présentable. Sacs parés en rangés, à 12h30 avec Pascal et Marie tout l’équipage se rend au restaurant de l’embarcadère  où le patron nous a retenu une table sous les parasols  au soleil, afin de partager  amicalement  le dernier repas d’une croisière que tout le monde se plaît à dire réussie.

 Je dirais que c’est  en mer que l’on trouve l’énergie, c’est dans l’effort que l’on trouve la récompense que nous offrent ces îles que l’on aime.

Pour prendre connaissance de la première partie de cette croisière,  cliquer sur le lien ci-dessous :

 

Balade irlandaise
 

Et autres récits de croisière :
 

La première Manche

Les îles ou le rêve toujours recommencé

La Russie au fil de l'eau, de Moscou à Saint-Pétersbourg

Croisière en Croatie et au Monténégro

Lettre océane - les Antilles à la voile

Les Grenadines à la voile

 

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12 juillet 2013 5 12 /07 /juillet /2013 08:58

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Nous savons que l’atome, si petit soit-il, n’est pas le plus petit corpuscule connu. Il comprend un noyau entouré d’électrons extrêmement petits qui pirouettent autour du noyau et sont insécables (qu’on ne peut couper).

De son côté, le noyau est composé de protons et de neutrons qui sont eux-mêmes des agglomérats de quarks. On représente souvent l’atome comme ceci, bien qu’il s’agisse d’une image fictive car on n’a jamais vu l’atome : 

Dans cette illustration de l’atome, les billes rouges et bleues représentent le noyau, composé de protons (billes rouges) et de neutrons (billes bleues). Les électrons sont les boules noires.

 


 

Toute la matière connue est faite d’atomes : votre table d’ordinateur, la petite fleur que vous y avez mise, votre chat qui vient se frôler sur votre jambe, le soleil dont les rayons entrent par votre fenêtre, les étoiles qui enchantent vos nuits, vous, moi, tout est atomes.

Mais ce qui est étonnant, c’est que les atomes sont surtout faits de vide. Si, comme le disait récemment un de mes amis physiciens, on se représentait le noyau de l’atome comme la pointe d’une aiguille, la taille de l’atome correspondrait au volume de la pièce dans laquelle vous êtes assis à votre ordinateur. Donc un noyau de la taille d’une pointe d’aiguille (qui, incidemment, contient 99,98% de la masse de l’atome) perdue dans l’immensité d’une pièce et tout le reste est un vide sillonné par de minuscules électrons (qui ne représentent que 0,02% de la masse de l’atome, aussi bien dire presque rien). Bizarre n’est-ce pas, de penser que nous sommes faits essentiellement de vide ! (Je vous entends marmonner que, dans mon cas, ça ne vous étonne pas).

Plus étonnant encore est le fait que les lois physiques habituelles, celles qui ont été énoncées particulièrement par le grand Isaac Newton et qui régissent notre comportement quotidien (comme, par exemple, la loi de la gravitation universelle qui vous garde les pieds collés au sol et permet d'interpréter aussi bien la chute des corps que le mouvement de la Lune autour de la Terre), deviennent négligeables sinon inapplicables dans le monde de l'extrêmement petit. Dans ce monde, ce sont d’autres lois qui prennent le devant de la scène : les lois de ce qu’on appelle la mécanique quantique. Cette mécanique décrit le comportement des atomes et des particules qui les composent.

Avec la théorie de la relativité d’Einstein, la mécanique quantique aura été la théorie scientifique la plus révolutionnaire du XXe siècle. Elle nous permet d'accéder au monde de l'extrêmement petit peuplé d'atomes, de photons, de neutrinos, de quarks et autres particules aux noms exotiques. C'est un monde bizarre et déroutant qui semble défier la logique et le bon sens. Pourtant, la théorie quantique a fait ses preuves, puisqu'elle est à l'origine des progrès technologiques fantastiques de notre époque : l'électronique, ses transistors, ses semi-conducteurs, le laser, etc.

Jusque vers les années 1920, on croyait bien connaître la nature de la matière et être en mesure de percer graduellement tous les secrets de l’univers. On prenait pour acquis que si l’on connaissait tous les ingrédients d’un problème, on pouvait le résoudre. Le monde était désormais sans mystères et, peu à peu, on arriverait à tout expliquer.

Le hasard n’avait aucune place dans cet univers déterministe où la raison régnait en maîtresse. Mais voilà que la mécanique quantique vient jeter une pierre dans cet étang de certitude : au niveau de l'extrêmement petit, le monde n'est plus ordonné, déterministe, comme dans notre quotidien. Il devient incertain et soumis au hasard. Le monde scientifique perd pied.

Cette mécanique nous ouvre les yeux sur de bien étranges mystères, particulièrement sur le fait que l’on ne peut plus prédire avec exactitude le comportement des particules mais qu’il faut se contenter de probabilités.

Je m’explique : si je m’installe sur le bord du trottoir et que je regarde une automobile passer devant moi, je peux évidemment situer exactement où se trouve cette automobile et, si j’ai en mains un radar, je peux, simultanément, connaître exactement sa vitesse. Eh bien, dans le monde quantique, rien ne va plus : si j’arrive à localiser un électron, je ne suis plus capable d’établir simultanément sa vitesse de déplacement.

Inversement, si j’établis cette vitesse, je ne sais plus avec exactitude où se trouve ce cachottier d’électron. Je dois me contenter de le situer approximativement. C’est ce que Heisenberg a appelé «le principe d’incertitude». Un sacrilège qui a ébranlé les fondements de la physique classique où l’on ne jurait que sur l’autel de la certitude.

Vous n’y comprenez rien à cette mécanique quantique? Eh bien, vous êtes sur la bonne voie : il n’y a rien à comprendre. « Je pense que je peux dire sans grande crainte de me tromper que personne ne comprend la mécanique quantique », disait le grand physicien Richard Feynman.

Mais il y a encore plus étrange dans ce monde de l'extrêmement petit : des particules qui naissent de rien et disparaissent en un éclair, comme le dit Pierre Yves Morvan :

 

«…pendant des temps très courts, le principe de conservation de l’énergie peut être violé. Ce principe dit en effet qu’on a rien pour rien, que tout se paie, ou encore qu’on ne peut avoir à la fois le beurre et l’argent du beurre. C’est déjà ce que disaient à leur manière Empédocle et Lavoisier : «Rien ne se perd, rien ne se crée».

Pourtant, les relations d’Heisenberg permettent que des couples particule/antiparticule apparaissent de rien et existent pendant un certain temps.

C’est dire que des particules naissent d’un coup de baguette quantique et entrent, sans aucune invitation dans le grand bal de l’être.»

 

 

Puis, on est incapable de calculer à quel moment un neutron disparaîtra : sa disparition est laissée au pur hasard. Lavoisier se retourne dans sa tombe.

Einstein a combattu toute sa vie la physique quantique, vainement. Il n’arrivait pas à admettre que, au niveau de l’infiniment petit, le comportement des particules soit laissé au hasard. D’où, sa célèbre phrase : «Dieu ne joue pas aux dés». Ce à quoi, son adversaire et pourtant ami, Niels Bohr, lui répondait : «Qui êtes-vous, Einstein, pour dire à Dieu ce qu’il doit faire?»

D’autre part, on ne sait plus ce qu’est véritablement la matière. Si, par exemple, on examine la trace qu’un électron laisse sur une plaque métallique, on décèle une particule. Si on lui tourne le dos, il se comporte comme une onde. Certains avancent même une «théorie des cordes» où l’atome ne serait pas un corpuscule mais serait fait de vibrations ??? Qui donc est-il véritablement ? J’aime bien à cet égard rappeler les mots de l’astrophysicien James Dean qui disait que l’univers ressemble parfois plus à une grande pensée qu’à une grande machine.

On peut donc dire que, au niveau de l’extrêmement petit, la réalité nous échappe. Le monde des déterministes, qui s’acheminait vers un monde sans mystère, devient soudain un monde opaque où règnent des fantômes.

 

 

Nous avons vu que la matière est constituée d’atomes qui sont les pièces d’un immense meccano que l’on peut combiner de diverses façons pour fabriquer tantôt une maison, tantôt un cheval et tantôt nous-mêmes. Nous avons aussi vu que l’atome comporte un noyau composé de protons et de neutrons et autour duquel tournoient des électrons. Dès lors, nous nous sommes demandé si nous étions enfin arrivés à l’ultime réalité des choses, aux plus petites particules imaginables.

Eh bien, non : protons et neutrons sont eux-mêmes composés de quarks ! Ici, nous voilà parvenus dans le très, très petit. Ne pourrait-on pas en rester là ?

Les physiciens sont des gens extrêmement curieux et fouineurs, vous savez. Comme tous les scientifiques du reste. Alors ils ont «patenté» un immense machin pour gratter encore plus creux dans le cœur de la matière. Ils ont installé leur nouveau jouet dans un tunnel de 27 kilomètres de circonférence logé à 100 mètres sous terre et chevauchant la frontière entre la France et la Suisse. Il s’agit d’un collisionneur de particules baptisé le LHC (Large Hadron Collider).

Ils ont entrepris de projeter dans ce collisionneur des protons qu’ils accéléreront graduellement jusqu’à des vitesses proches de celle de la lumière (on se souvient que la lumière circule à 300 000km par seconde). Leur but est de faire entrer en collision ces petites particules pour les faire éclater et, possiblement, faire ainsi surgir des particules encore plus petites et totalement inconnues.

Ils espèrent du même coup éclaircir d’autres mystères, particulièrement recréer des conditions semblables à celles qui prévalaient au moment du Big Bang et découvrir la nature de la matière noire (qui, avec l’énergie noire, compte pour 96% du contenu de l’univers dont nous ignorons totalement la nature). Ce ne seraient pas de minces coups d’éclat.

Pour des images de ce nouveau jouet, il suffit de se rendre sur Internet et de «pitonner» le mot LHC.

Les résultats qu’on obtiendra du LHC, si extraordinaires puissent-ils être, constitueront-ils le fin du fin des mystères de notre Univers ? Rien n’est aussi peu sûr car les scientifiques nous disent que plus on creuse dans le cœur de notre Univers, plus le mystère s’épaissit.

En avant-goût de notre prochaine capsule, rappelons les mots de l’astrophysicien James Jean qui disait que notre Univers ressemble plus parfois à une grande pensée qu’à une grande machine.

La première question que j’aborderai est donc la matière : de quoi est faite la matière ? Tu parles d’une question, me direz-vous, la matière est la matière, ne cherchons pas midi à quatorze heures !

Bon, reprenons la question autrement :



-De quoi est faite la table sur laquelle est posé votre ordinateur ?
-De bois, dites-vous ? 
-Très bien. 
-Et de quelle sorte de bois ?
-De pin. 
-Parfait. Nous savons donc que votre table a été fabriquée avec un matériau qui est du pin. Et ce pin, d’où vient-il ? 
-De la forêt où il a poussé. 
-Et comment s’y est-il pris pour pousser ? 
-Eh bien, une graine s’est sans doute échappée d’une cocotte de pin et a germé à proximité de son pin géniteur. 
-Bien. Maintenant, poussons plus loin notre enquête : comment une toute petite graine de pin a-t-elle pu générer l’immense arbre qu’on a coupé et façonné pour en faire votre table d’ordinateur ?
-Sans doute parce que la petite graine de pin a su puiser dans le sol et dans l’air les nutriments nécessaires à sa croissance.

 


-Voilà qui est bien dit. Mais par quelle opération magique, ces nutriments (oxygène, calcium, fer, etc.) ont-ils pu devenir arbre ? Je ne peux pas transformer mon stylo en torche électrique, n’est-ce pas ? À moins d’être un excellent magicien ou un thaumaturge comme Jésus-Christ qui, à ce qu’on dit, pouvait transformer l’eau en vin. Alors comment ces nutriments peuvent-ils devenir arbre ?


- ???


-Ce n’est pas d’hier que l’homme se pose ce genre de questions. Déjà, dans l’Antiquité, les philosophes grecs (Parménide, Platon, Aristote, Empédocle, Anaxagore, etc.) se posaient la question : comment l’herbe que mange le lapin peut-elle devenir lapin ? C’est finalement Démocrite qui a trouvé la réponse : tout ce qui existe est fait de petites particules interchangeables : les atomes. Ils sont la menue monnaie de l’univers. Ce sont les pièces d’un immense meccano que l’on peut combiner de diverses façons pour fabriquer tantôt une maison, tantôt un cheval. C’est ainsi que l’herbe peut se changer en chair de lapin et que les nutriments dans le sol et dans l’air peuvent devenir arbre.

Mais les atomes, dont Démocrite avait eu l’intuition, existent-ils vraiment ? Au XIXe siècle, on en doutait encore. Ce n’est qu’au début du XXe siècle, grâce particulièrement aux travaux de Jean Perrin, que la réalité des atomes a pu être prouvée. Ainsi donc l’atome est la réponse à notre question : de quoi sont faites votre table d’ordinateur et, plus généralement, toute la matière connue, des étoiles jusqu’aux pucerons.

En ce début du XXe siècle, l’atome est perçu comme la réalité ultime de la matière : il est insécable et on ne peut aller plus loin dans l’infiniment petit. Tout allait bientôt profondément changer. 

À force de scruter l’atome, on découvre qu’il comporte un noyau autour duquel pirouettent et gigotent d’infiniment petites choses : les électrons. Et on n’est pas au bout de nos surprises. Le noyau lui-même est composé de deux particules : des protons et des neutrons. Est-on enfin arrivé à l’ultime réalité des choses, aux plus petites particules imaginables ?

C’est ce que nous saurons dans le prochain épisode de notre palpitante et aventureuse descente au cœur de la matière.

 

 Jean MARCOUX   Hélas il n'y aura pas de prochaine fois car Jean Marcoux nous a quittés pour retourner à jamais dans les étoiles.

 

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Il était une fois la voie lactée

 

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9 juillet 2013 2 09 /07 /juillet /2013 09:45
La cité du bonheur

 

La cité du bonheur n'existe pas, sinon cela se saurait, bien que l'homme ait toujours rêvé de l'édifier selon ses désirs, de la construire à la mesure de ses aspirations, de la parer de tous les parangons de façon à y vivre dans une sorte de béatitude matérielle et morale. L'idée d'un paradis le hante depuis le commencement des temps. Mais à ses souhaits, il semble bien que des phénomènes naturels, tels que ouragans, incendies, tremblements de terre, déluges, tsunamis, pandémies n'aient cessé de s'opposer. Alors que les antiques avaient cru l'apercevoir sur l'Olympe, que les Chrétiens ne l'envisageaient que dans l'autre-monde, l'homme moderne, plus pragmatique, a décidé de la construire envers et contre tout de ses propres mains. Et il a en parti réussi. Comparé à l'existence de nos aïeux, avouons que nous bénéficions d'avantages non négligeables : une médecine qui nous soulage de bien des maux, même s'il en existe encore un grand nombre à guérir ; des énergies qui nous éclairent, nous chauffent, nous transportent ;  des ondes colonisées qui nous mettent en relation avec le reste de la planète ; des machines qui lavent, repassent, calculent à notre place, l'ingéniosité de l'homme est sans égale.

 

 

Pour nos arrière grands-parents, cela aurait relevé ni plus, ni moins, de la magie et, certes oui, l'homme a du magicien autant que du prophète. Il est apte à exploiter les ressources de la nature, à défaut des éléments, car les éléments ont cela de singulier : ils ne se laissent pas domestiquer. Il arrive néanmoins que le ciel nous tombe sur la tête et, ce, malgré nos prévisions et nos paratonnerres ; que des pandémies et des ouragans sèment la terreur et la désolation presque autant qu'une guerre dans un monde qui dit aspirer au bonheur sans trop savoir lequel. En vérité, il y a toutes sortes de bonheur, tant il est vrai que le bonheur a peu à voir avec le plaisir. Le plaisir est instantané, fugitif, paroxysmique ; le bonheur a cela d'étrange que pour le goûter il faut s'y installer dans la durée, le savourer, le méditer, après avoir su le conquérir ou l'inspirer. Il est souvent plus intérieur qu'extérieur, plus personnel que communautaire et disparaît si subitement que le malheur lui devient alors aussi proche qu'un frère.

 

 

Les semaines, les mois qui s'achèvent ont décliné le malheur bien davantage que le bonheur : le corona virus, les attentats, les incertitudes, tout concoure à rendre l'avenir sombre et à réveiller chez certains des peurs ancestrales. Il est vrai que notre planète subit trop souvent d'imprévisibles poussées de fièvre. Mais tel est le destin des hommes de rester, au fil des siècles et malgré leur quête permanente de bonheur, des oiseaux sur les branches. 
 

 

Armelle BARGUILLET  HAUTELOIRE

 


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La cité du bonheur
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26 juin 2013 3 26 /06 /juin /2013 07:22

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Les amours ne sont pas toujours ce qu’elles semblent. Et semblent souvent être ce qu’elles ne sont pas. Mais le flux de la vie est indomptable qu’on le veuille ou non, et trouve le moyen de surgir et de se faire entendre tôt ou tard : un drame, un suicide, un meurtre, une agonie acceptée, une saine colère, une infidélité… et la vérité explose dans sa nudité légendaire.

Huit nouvelles au cours desquelles la vérité toute nue nous parlera d’amour, faisant un tri sans pitié entre le grain et l’ivraie.

 

Avec ce nouvel ouvrage, Edmée De Xhavée nous entraîne au coeur des sentiments humains, nous rend compte de l'amour avec un petit ou grand A, déception, ressentiment, désenchantement, espoir fou, illusion perdue, notre nouvelliste, qui a peut-être trouvé là l'expression qui lui convient le mieux, pose avec talent le décor avant de cerner la réalité des coeurs au plus près. Edmée est une nouvelliste lucide qui sait traverser les apparences, saisir les détails qui permettent de faire éclater la vérité - les vérités, restituer le son des voix, la justesse des dialogues, le parfum des fleurs ou des plats qui mijotent dans des cuisines qui fleurent bon les herbes fraîches. Le récit est circonscrit en quelques phrases, aussi bien la complexité des personnages que l'ambiance dans laquelle ils évoluent et l'atmosphère particulière qui les entoure. L'écrivaine vous immerge dans un climat  qui s'établit en quelques lignes, vous fait le témoin d'une scène en quelques mots. Sa plume est alerte, ses héros bien campés, aussi vous laissez-vous emporter dans cette intimité qui traverse le temps, les lieux, les êtres. De ce couple qui se déchire avec tellement de drôlerie à ceux que la vie a soudé à tout jamais, l'amour se décline de multiples façons avec tendresse, fureur, ressentiment ou passion dans ces huit nouvelles dont le final de chacune surprend toujours. Deux d'entre elles m'ont particulièrement émue, parce que l'amour y reste une merveilleuse espérance et que ces nouvelles ont un charme indicible dans la façon de se raconter dans leurs infimes événements et détails qui, toujours, sonnent juste :  La joie de Chérie et Le grand amour de Tatia. Mais soyez rassurés, ces huit récits ne manqueront pas de vous étonner, amuser, émouvoir, parce que le style colle bien à la réalité des choses, parce que l'auteure sait rendre le son de la vie avec naturel. Il faut beaucoup de talent pour en arriver là, aussi Lovebirds prolongera longtemps dans votre mémoire sa sonorité.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE 

 

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Lovebirds de Edmée De Xhavée
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20 juin 2013 4 20 /06 /juin /2013 08:24

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«Si le ciel vire ses voiles,

 Tu sauras que les navires partis au crépuscule,

 Ont ouvert des voies d’eau sur l’infini,

 Que les hommes voguent vers la haute mer,

 Qu’ils reposent au fond des cales,

 Sous des bâches,

 La tête pleine de chimères.

 Tu connaîtras l’angoisse, l’obsession,

 Quand tout se tord et se tend,

 Que tout s’exaspère

 Que les cordages lâchés se lovent sur les ponts.

 L’air saturé d’étoiles est un miroitement sans fin. »
 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE  ( PROFIL de la NUIT)
                                                              

Sacré salon nautique ! Début décembre est le moment propice où s’élaborent les projets de la saison des croisières à venir. J’avais toujours en tête de découvrir l’Irlande que, les circonstances, les programmes, la durée ou la météo avaient contrarié à plusieurs reprises. Quand passant devant le stand « Cap- Anglo » se produit le déclic. Pascal, skipper à la gueule sympathique, me convainc de l’opportunité qu’offre, en juillet, la croisière qu’il organise vers ces destinations auxquelles j’aspirais. De plus sur un gib-sea  445, bateau dont la réputation n’est plus à faire.

Ce samedi 18 juillet, nous nous organisons, douches, petit déjeuner copieux à bord, à 1Oh Pascal nous rejoint au bateau, suit la livraison de l’avitaillement, il faut ranger la cambuse dans les différents coffres et équipés. Déjeuner sympathique dans le carré, puis l’après-midi regard sur la météo qui confirme par B.M.S sur la V.H.F. dépression sur Bretagne, Angleterre Irlande. Sympathique !

Lorsque nous nous glissons dans nos duvets, le vent souffle encore fort en rafales mais nous sommes venus pour en découdre avec Eol ou Poséidon au choix.
 

 

Dimanche 19 Juillet 2OO9

 

O6h branle bas, le réveil sonne, c’est le jour du départ. Le vent a bien viré Sud-Ouest, ce qui nous donne une allure plus confortable. Nous laissons CHAUSEY sur bâbord, voiles réglées, un ris dans la G.V et gênois avec quelques tours. Nous filons sur notre cap, la mer est négociable, la barre douce, en fin de matinée nous laissons JERSEY sur tribord. Puis, en fin d’après-midi, GUERNESEY nous salue.  Le vent est repassé ouest, mais la mer est bleue, 2O, 25 nœuds de vent régulier, le ciel s’éclaircit entre les nuages blancs qui s’évadent, nous prenons le rythme des quarts. La nuit tombant, les grains reviennent et les estomacs pas encore bien amarinés souffrent,  surtout que pour ne rien arranger, une fuite de gaz-oïl s’est répandue dans les fonds, sans que nous puissions en déceler l’origine. Malgré cet inconvénient, les équipes assurent le boulot. Bien que nous soyons mi-juillet, les dépressions se succèdent à cause de notre anti-cyclone des Açores qui a le mauvais goût de jouer au yo-yo. Lorsque je prends le quart de minuit à Oh30 avec Olivier, le ciel est étoilé, la mer s’est apaisée, nous apprécions. Il faut préciser que Pascal est hors de quart pour être disponible selon les circonstances de la nave, donc à cinq nous assurons les quarts de 3h. Au lever du jour, quart de O6h à O9h, nous apercevons nettement les côtes  anglaises et le phare de Salcombe qui éclaire les collines sombres de sa voisine Dartmouth. Il me revient les souvenirs de navigations antérieures ou avec  mon ami écossais  Don, sur son vieux gréement «  Onward of Ito »,  nous abordions de nuit  cette belle rivière riche en méandres. Le plaisir au petit matin de déguster  les breakfasts du légendaire capt’ain Morgan. Cette nuit, nous avons évité un cargo qui croisait notre route, abattant à courte distance pour le passer au cul, son ombre noire laissant filer un sillage aplati, le bruit des moteurs s’estompant peu à peu, il ne deviendra plus qu’une ombre fantomatique qui va s’évanouir dans la nuit. Nous croisons deux bateaux de pêche qui jouent à cache -cache avec nous, offrant tantôt  feu rouge, puis vert et blanc. Devant l’immense baie de Plymouth, les vents et courants nous ayant obligés à nous orienter à l’Est, il nous faut remonter  vers l’Ouest en direction de Lands-End.

 

 

Ce lundi matin 2O juillet 2009 -

 

Le cap est mis sur Lizard-Point, après avoir viré de bord à O6h4O devant Plymouth, nous avons accompli  I32 miles depuis le départ, nous atteignons le Cap Lizard à 17h3O par une journée de navigation calme, le vent à viré sud -ouest, l’allure vent de travers puis grand largue nous permet d’avoir le bateau bien équilibré et plus plat, le temps reste couvert et toujours menaçant. A minuit, nous croisons Long-Ship par le travers puis Lands’End pour  contourner les pointes rocheuses et nous engouffrer dans la mer celtique.

Au petit matin de ce mardi 21 Juillet, la mer devient plus nerveuse et s’enfle de grosses vagues, la dépression confirme les prévisions. A 2hI5 nous prenons un premier ris, vers 11h nous reprenons un force 6 puis 7 avec rafales à 8, aussi nous décidons de prendre un second ris - 38 à 40 nœuds de vent à l’anémo, les vagues  ourlent croisées et fortes, nous sommes proches du vent arrière, le G.P.S. nous affiche une position de 5O°.48’- 4 ‘’Nord et OO7°-17’-1 ‘’ W- La mer vire au gris ardoise, blanchit l’écume des vagues qui se succèdent par train de trois- la barre devient dure à manœuvrer afin d’anticiper la vague prochaine.

Secoués par notre arrière, c’est l’empannage redouté, la grande voile, heurtant les barres de flèche, se déchire, il nous faut affaler et ferler sur la baume dans ce roulis acrobatique et brutal sous les grains. Nous allons donc continuer sous gênois seul jusqu’en Irlande.et poursuivons ce mardi 22 juillet notre route en mer celtique vers Kinsale. Des grains énormes nous accompagnent toute la journée sous un ciel noir virant au gris sombre.

Émouvant moment de voir apparaître, par intermittence, dans une brume de pluie cette côte sauvage noire et déchiquetée, un mur lointain de collines sombres qui se dévoilent au gré des creux. Une impression d’intemporalité plane dans cette vapeur d’eau irisée, une beauté sauvage qui ne manque pas de gueule. Enfin dans l’intermittence de ce brouillard surgit le feu blanc d’alignement, le Cap au O° nous conduit dessus, puis la balise rouge nous indique le chenal d’entrée sur tribord. La mer s’est apaisée, tout devient plus clair, bientôt les lumières de la ville en étage sur ses collines intérieures et le petit port nous accueillent. Il est minuit lorsque tout l’équipage amarre "Etachon" contre un coursier endormi.

 

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Mercredi 22 juillet 2OO9 

 

Ouf ! grand soulagement pour tous, il ne reste plus qu’à éponger et assécher les fonds pour enfin respirer l’odeur des embruns et du goémon. A I7h, nous sommes dégagés de nos tâches, relaxe, dîner à bord dans une sympathique ambiance où tout le monde a retrouvé un bon coup de fourchette. Puis la bordée vers 21h suit son capt’ain  pour une virée à terre, visite du petit port oblige ; direction les jolis pubs colorés ou sans nul doute coulent les Guiness du cru. Nous sommes attirés par un flot de musique typiquement local. La nuit étant douce, les portes sont ouvertes sur les rues pavées et étroites. Nous nous retrouvons autour de ces sympathiques Irlandais, aimables et souriants, qui semblent apprécier la visite des équipages français.

Belle séquence d’immersion dans la langue de Shakespeare, mais il faut élever la voix car notre cow-boy chanteur du coin, dans sa musique country scandée par sa guitare, chauffe l’assistance et les octaves montent entre chaque morceau, surtout qu’il n’oublie pas à chaque pose de s’enfiler une pinte. L’air est doux au moment de regagner nos bannettes. Nous avons remarqué au port de pêche, tout à côté de la marina, quelques chalutiers  du Guilvinec.
 

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Jeudi 23 juillet 2009 

 

Au réveil nous apparaissent les vallonnements verdoyants que l’arrivée de nuit nous avaient représentés comme de sombres collines. Décor pittoresque qu’encadre le sinueux chenal opposé au port-village encastré lui-même et semblant encore endormi.

Nos voisins  écossais  ont déjà pris le large quand  à notre tour à 1Oh, nous appareillons pour une journée de navigation qui s’annonce souriante. Cap sur Glandore-Bay. Nous tirerons des bords le long de la côte, par un petit force 4 - ce qui nous permet d’apprécier  le charme de ces vallonnements tantôt arides et pelés, tantôt souriants, quand le soleil  laisse filtrer quelques rayons pour embellir les pentes vertes et jaunes entrecoupées de bruyères.

Les 42 miles seront avalés dans ce parcours presque régate en tirant de longs bords, sous un ciel bleu et une mer qui danse enfin au fond des golfs clairs ! Avec une visibilité à laquelle nous n’étions plus habitués. A 18h, nous entrons  dans le calme de cette baie magnifique aux reflets argentés, où le silence donne le change au clapot des vagues et au chuintement  du sillage. Nous venons nous amarrer sur un coffre. Annexe gonflée et mise à l’eau, direction le creux de la baie, au pied du village qui domine la rade - visite traditionnelle de l’unique Pub ou bières brunes et ambrées sont devenues notre apéritif quotidien. Chacun en profite pour prendre quelques  photos dans cette lumière du soir où se mêlent  les gris d’une eau tranquille et  le rouge orangé d’un soleil couchant qui joue à cache-cache avec les nuages. Il est 23h lorsque je referme mon journal sur la table à carte. Les copains sont déjà partis dans leurs rêves nocturnes.

 

Vendredi 24 juillet 2OO9

 

Une nouvelle journée de navigation s’annonce plus ensoleillée que la précédente, le moral est au beau fixe, force 3 à 4, aucun grain en vue dans un ciel enfin estival. Suivant le même scénario qu’hier, nous tirons des bords au près, laissons bientôt les stagues  roches noires et sinistres  dans notre sillage, quand vers 16h parait le mythique Fast-net  imposant sur sa forteresse de roches, vigie que semble être placée là  pour mettre en garde  les navigateurs d’Outre-Atlantique et leur rappeler que les côtes de ces parages  sont bien plus dangereuses que l’immense Océan. Tout l’équipage est à poste pour faire crépiter les numériques, photos obligent !  Les images en témoigneront dans l’album des souvenirs. A 17h3O nous embouquons la baie de  Cork-haven - le paysage défile en nous offrant sur tribord les collines festonnées de bruyères mauves et de fougères ; deux tours en pierres crénelées nous rappellent les tours génoises corses. La lumière argentée du soir,  nous permet de découvrir, au fond de ce fjord, un village lilliputien où quelques maisons blanches entourées de pelouses et d’hortensias s’égrainent au bord de l’eau calme. Nous trouvons un rare coffre libre, auprès d’un vieux routier de la région.

Direction la cale de granit, histoire de se dégourdir les jambes. Le vent de face lève un clapot et nous fait progresser avec des ruses des Sioux  pour ne pas mouiller les sacs. Des enfants se baignent dans une eau qui ne doit pas dépasser les 11-12°, les descendants des conquérants des Amériques ont encore la peau dure. Une effervescence règne dans ce village, car aujourd’hui c’est la grande régate qui réunit  les enfants du pays. La place du bourg voit une foule de têtes blondes et rousses s’animer autour des embarcations. Nous croisons une population aimable, calme et disciplinée, dans une ambiance amicale et bon enfant. Une épicerie minuscule trône sur la place du port, mais également quatre pubs ! Tradition oblige, bière payée, nous nous installons dehors sur les bancs rustiques, face  au mouillage d’où nous voyons ‘ Etachon’  se balancer sur son ancre.


 

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Samedi 25 juillet 

 

Nous profitons d’une accalmie, pour naviguer dans ces méandres de cailloux  qui bordent des îlots verdoyants. Nous longeons  Long-Island, puis cap sur Clear Island. Ce matin le plan d’eau est calme. Nous  louvoyons au moteur, vitesse 3,5 nœuds, ce qui donne une idée à Olivier, notre ami Suisse, qui  a très envie de nous procurer une pêche miraculeuse pour ce midi ; la ligne est mise en traîne, il espérait remplir un seau de frétillants sea-bass (bars), nous nous contenterons d’un  seul maquereau  qui avait sans doute l’intention de se suicider et en conclurons que ce n’était pas le jour de chance d’Olivier. Nous entrons dans la calme et étroite baie de cap Clear  pour un arrêt déjeuner ; nous apprécions  le côté sauvage et solitaire  du fond de la baie entouré de landes vertes, seules quelques maisons circonscrivent l’anse. Nous serons le seul bateau ancré dans ce lac tranquille.Vers 13h nous virons l’ancre au guindeau afin de pointer notre étrave vers  South Harbourg Inner, nous nous faufilons dans le méandre des collines rocheuses, mais le ciel se gâte, les cheveux d’ange, précédant la masse blanchâtre qui s’amoncèle par l’ouest, n’annoncent rien d’engageant. Les dépressions atlantiques suivent imperturbablement leur chemin, puisque l’anticyclone des Açores continue régulièrement à se dégonfler. D’ailleurs la VHF nous confirme un gale warning  pour la nuit. Nous mettons le cap sur Baltimor, port de pêche abrité. Lorsque nous entrons dans le chenal, le ciel nous promet des averses et des grains ; à 17h30 nous prenons un coffre et mouillons pour la nuit, abrités des collines. L’annexe mise à l’eau,  nous  nous  dirigeons vers le port de pêche et le meilleur accostage auprès de l’école de voile. Un petit tour au Sulivan, le pub typique du lieu, nous sommes le samedi soir, il est plein comme un œuf, surtout que l’on y fête les régates de la journée.  L’ambiance est amicale et bon enfant, mêlant régatiers, femmes et enfants. Ici, comme en Angleterre, chacun commande sa  consommation  au bar, paye sa pinte et  va s’installer autour des tables basses, banquettes ou tabourets ou bien sort sur le quai  et s’assoie sur les bancs rustiques pour deviser autour des longues tables massives, face à la mer. Une anecdote, qui ne manque pas de délicatesse et donne le ton de l’accueil réservé aux équipages français : un bateau et son équipage ont gagné la régate, ils portent un toast de victoire en ayant rempli dans la coupe un breuvage  indéfinissable  ou fleure des  effluves  de whisky ; un grand gaillard dépassant les 2 m de haut, avec des épaules qui ont du mal à s’encadrer dans la porte, vient  vers nous, tout en nous tendant la coupe et en disant : "  Pour vous les français, partagez notre victoire ! "- nous faisons ainsi circuler la coupe aux lèvres et trinquons  avec plaisir à leur santé. Il est à noter qu’ici les Normands - Guillaume le Conquérant n’a-t-il pas laissé un souvenir prestigieux ? -  et bien entendu  les Bretons,  très présents  sur ces côtes, restent  les cousins naturels  des  Celtes que sont les Irlandais, les Gallois et les Ecossais, avec lesquels nous partageons tant de traditions : musiques et fondement de la langue en particulier. D’Ouessant au Fast-Net, la ligne est continue et nous voyons flotter dans les criques d’Irlande, au vent des haubans, les hermines d’Anne de Bretagne. Nous rentrons pour dîner au bateau sous une pluie fine et pénétrante ; le temps est couvert et le vent commence à piauler  derrière les collines, mais nous serons bien à l’abri  pour préparer notre retour demain. 

 

Texte et photos d' YVES BARGUILLET

autres récits de croisières :

 

Les îles Scilly - croisière

La première Manche

Les îles ou le rêve toujours recommencé

La Russie au fil de l'eau, de Moscou à Saint-Pétersbourg

Croisière en Croatie et au Monténégro

Lettre océane - les Antilles à la voile

Les Grenadines à la voile

 

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12 juin 2013 3 12 /06 /juin /2013 08:33

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Avec sa tête de baroudeur, sa cigarette vissée aux lèvres, Frédéric-Louis Sauser, né en septembre 1887, devenu Blaise Cendrars en poésie, allait magnifier son existence de façon telle qu'elle deviendra une symphonie étonnante où le vécu et l'imaginé seront indissociables l'un de l'autre. Cendrars inventera tout : sa famille, ses voyages, son enfance, si bien qu'il faut prendre cet affabulateur, créateur de mythe, tel qu'il s'est rêvé, car là se trouve sa part la meilleure. Tout jeune, il préférait les frasques et les dissipations à l'école. Bientôt, l'aventure vagabonde et les livres vont ouvrir à son imagination des perspectives enthousiasmantes. Il est vrai qu'il aime s'étonner et étonner, vivant en constante rupture avec la vie ordinaire. Impensable de le voir entre quatre murs noircir du papier. Ce poète-là a également ... des semelles de vent. De ceux de sa génération, il sera le plus libre et le plus libre dans sa façon d'écrire. Avec lui, la poésie prend le large, de préférence par train. Ce sont, en effet, les trains qui le séduisent, des trains comme le Transsibérien qui traversent  les pays perdus. Il ira en Arménie, en Chine, en Perse, se perdra dans la toundra sibérienne alors qu'il n'est encore qu'un jeune homme et semble avoir déjà vécu plusieurs vies.

A New-York, en 1912, il est un vagabond exténué et s'apprête à  vivre un éblouissement mystique qu'il relatera dans l'un de ses plus beaux poèmes " Pâques à New-York ". En 1914, il s'engage dans ce qui sera la future Légion étrangère et part sur le front. Blessé, il sera amputé d'un bras et rédigera "La main coupée", ce qui ne l'empêchera nullement de pratiquer le sport et de piloter des voitures rapides. Avec Cendrars, la vie ne s'envisage jamais qu'avec excès.

 

De 1917 à 1923, il travaille à la fameuse Anthologie de la poésie nègre et avec Abel Gance au film "La roue", car il se passionne pour le 7e Art, les éclairages, les ralentis et accélérés de la pellicule, l'accompagnement musical et le jeu des acteurs et, comme d'habitude, gagne de l'argent et s'empresse à le perdre, pris de court par les univers requin.

 

Après une longue vie, il meurt en janviers 1961, où il aura tout vu, tout envisagé et tout écrit, il se retire à Villefranche-sur-Mer, collaborant à des revues en véritable franc-tireur des lettres françaises. Affamé du monde, homme d'action, poète orpailleur, il reste l'image parfaite de l'homme libre, précurseur et découvreur, délimitant avec sa plume un nouveau continent aussi étrange que fascinant, peuplé d'une humanité humiliée dont il se sentait proche et qui était prête à le suivre ailleurs.

 

Son entrée dans la Pléiade n'étonnera pas ses nombreux admirateurs. Poète des immigrants et des malchanceux, des prostituées et des vagabonds, usant pour cela d'un langage inemployé avant lui, construit à partir de matériaux bruts, sans nonchalance, ni attendrissement, cet aventurier nous convie à son odyssée à la fois baroque, tragique et mystique, en errant émerveillé qui pressent de prochaines  apocalypses et se range toujours aux côtés des gueux, des larrons et des va-nu-pieds.

 

En ce temps-là j'étais en mon adolescence
J'avais à peine seize ans et je ne me souvenais déjà plus de mon enfance
J'étais à 16.000 lieues du lieu de ma naissance
J'étais à Moscou, dans la ville des mille et trois clochers et des sept gares
Et je n'avais pas assez de sept gares et des mille et trois tours
Car mon adolescence était si ardente et si folle
Que mon coeur, tour à tour, brûlait comme le temple d'Ephèse ou comme la Place Rouge de Moscou
Quand le soleil se couche.

(...)

 

Le Kremlin était comme un immense gâteau tartare
Croustillé d'or,
Avec les grandes amandes des cathédrales toutes blanches
Et l'or mielleux des cloches ...

(...)

 

Puis tout à coup, les pigeons du Saint Esprit s'envolaient sur la place
Et mes mains s'envolaient aussi, avec des bruissements d'albatros.

(...)

 

Je pressentais la venue du grand Christ rouge de la révolution russe.
Et le soleil était une mauvaise plaie
Qui s'ouvrait comme un brasier.

 

( Prose du transsibérien et de la petite Jehanne de France )

 

Blaise Cendrars - La Pléiade - Gallimard   2 volumes - 

 

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         Blaise Cendrars peint par Modigliani

 

 

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29 mai 2013 3 29 /05 /mai /2013 07:44
Le jardin d'incertitude - présentation

 

Roman d'une famille entre les années 1940 et 1990 que les circonstances ont mis provisoirement à l'abri des bouleversements de la modernité. Charles, avocat, et sa très belle épouse vivent au Plessis, au coeur d'un univers bocager avec leur fille Anne-Clémence, sans réaliser que le monde change, se faisant les gardiens vigilants d'une permanence élégante et artistique dans laquelle leur fille puisera, dans un premier temps, son inspiration d'écrivain.

 

L'irruption d'Adeline Charme, d'abord préceptrice d'Anne-Clémence, puis dame de compagnie de sa mère devenue veuve, va être à l'origine d'un changement de perspective, obligeant la jeune femme à envisager son existence et son oeuvre différemment.

 

Confrontée à un quotidien qui voit une société s’altérer et une famille subir de plein fouet les aléas de la fortune et les incertitudes du destin, Anne-Clémence fera en sorte que cette réalité soit transposée par l'écriture.

 

Avec ce nouveau titre, Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE nous propose son quatorzième ouvrage après ceux consacrés à la poésie, à Marcel Proust, aux peuples nomades de l'Afrique de l'est et à la jeunesse. Ses lecteurs retrouveront ses sujets de prédilection : la quête de soi, l'aspiration à la transcendance, le double visage des choses, le refuge de l'imaginaire, de même que la justesse des mots et sa passion pour la vie artistique et ses auteurs - musiciens et écrivains - préférés.

 

Pour consulter certains passages de l'ouvrage, cliquer sur les liens ci-dessous :

 

Arrêt sur image : l'enfance

Arrêt sur image - La collégienne

Arrêt sur image : l'aïeule

Arrêt sur image : Paris

Arrêt sur image : La traversée des apparences

 

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CE QU'ILS ONT ECRIT :

 

Un jardin profond comme une vie…

J’ai lu, le long de cet été d’ombre et de lumière que je n’ai pu éviter de vivre, j’ai lu donc « Le jardin d’incertitude » d’Armelle Barguillet Hauteloire. « Lu » est un mot bien nu. Car j’ai vu, entendu, suivi, frémi, ri, compris, craint…

 Un livre en deux temps. Le temps végétal, celui de ce jardin si touffu, odorant, coloré, feuillu, que l’on sait enclore des secrets et des indices au-delà des charmes de ses arbres, petite porte dérobée, parterres, coins sauvages. On y trouve des magnolias, des cerisiers du Japon, des tulipiers de Virginie, des pins de l’Himalaya. Des rives bocagères,  et des spirées cascadant au-dessus des rives… L’Eden d’Anne-Clémence,  lieu de somptueuses rêveries et réflexions. L’endroit dont Anne-Clémence extrait le suc pour en remplir des pages et des pages une fois la nuit venue. Avec sa plume sergent-major qui gratte le papier  d’un graphisme convulsif et arqué.
On pose les yeux sur tout. Les couverts disposés sur une nappe damassée, la bonne qui tire les rideaux qui préserveront l’intimité nocturne, la chaleur des cuisines et la tarte renversée de Renée, la coiffeuse de Marie-Liesse la ravissante où s’alignent les flacons, les brosses à monture d’ivoire, les crèmes et les boites à poudre… La glace piquetée de cabochons d’or et les chalands de nuages.
On respire aussi. De nouveau la tarte renversée de Renée, les cheveux d'Anne-Clémence qui embaument le vent et l’odeur champêtre des graminées.
Et la plume d’Armelle Barguillet Hauteloire se fait tranchante, elle déshabille ce monde trop parfait de sa perfection et nous en livre les artifices : « Regarde ces notables qui se refilent leurs tuyaux et préparent leurs prochaines alliances ! Nous sommes sauvés, le monde tourne rond et ma petite sœur est assurée, à défaut d’amour, de ne pas manquer d’oseille. »


Mais dans ce jardin aux mille secrets il y a celui d’un baiser que j’ai ressenti comme pur, l’expression inattendue d’une reconnaissance de deux êtres que rien ne semble devoir rassembler. Et pourtant ce baiser éphémère a rôdé entre les pages jusqu’à la dernière et me touche encore.
Le second temps du livre est celui d’une vie qui tente, comme toute vie, d’étreindre Anne-Clémence, de l’arracher aux rêves à coups de réalités qui claquent comme des gifles. Mais des gifles si bien dites, avec l’élégance de la belle écriture même lorsqu’elle est cruelle, l’amour des mots choisis et des images qui en jaillissent. Des craquelures apparaissent, les imperfections écornent le vernis, mais au fond, ce nouveau regard ne la blesse que parce qu’Anne-Clémence ne ferme pas les yeux sur ce qu’il est indécent de trop fixer. Tandis que pour son entourage, si leur monde change et s’écroule sans éclat, ils refusent d’en prendre note.

 
« Bien que rassuré par les compétences de Thomas, ses dernières années avaient été endeuillées par les chagrins familiaux, le déclin des valeurs auxquelles il avait cru, la dégradation des postulats auxquels il s’était rallié. C’était un naufrage qui, non seulement l’emportait, mais engloutissait irrémédiablement une société dont la longévité cachait bien des échecs, mais qui avait eu assez de morgue pour tenir debout et faire illusion. »

 
On l’aura deviné, ce thème m’a ravie puisque moi aussi je l’aborde souvent à ma manière. Les personnages sont complets, les recoins de leur psychologie nous sont dévoilés ainsi que leur visage de croisière, ce visage que l’on porte lors d’un long voyage entre passagers. Le récit est si précis qu’on pourrait peindre les scènes qui parfois ont le faste du tout grand cinéma.

 
Vous le dirai-je ? J’ai beaucoup aimé !

 

EDMEE de XHAVEE

 

 

Le parcours de l'enfance à l'âge adulte d'Anne-Clémence. "Tandis qu'elle écrivait, son enfance veillait sur elle …" narre l'auteure. Dès les premières lignes, je me suis retrouvé dans les souvenirs de ma propre enfance. Celle qui m'a protégé, en tout cas. Dans une belle ferme en pleine campagne landaise. Immédiatement j'ai été attiré par l'histoire. Très différente de la mienne, mais pourtant ...

"Ensuite, Anne-Clémence pénétrait dans le domaine des bois. L'entrelacs des branches et leurs arabesques formaient un fouillis généreux, plus rassurant et plus propice à nourrir de confidences et d'abandons le quotidien."

Tout est beau dans la première partie de ce roman. Peut-être trop. Les descriptions de la nature sont magnifiques. Quand Armelle parle de fleurs, leur parfum vous envahit. De page en page, tout sent bon comme les armoires de cette vieille ferme que j'ouvrais, pour le seul plaisir de l'odeur des bouquets de lavande séchée qui s'en dégageait. 


Une question s'est imposée. Autobiographie ou pas ?

" Marie-Liesse se languissait depuis toujours avec volupté. Elle aimait que cette paresse l'engourdisse, l'enserre d'une douceur câline. C'était sa façon gracieuse de se laisser aller au fil des jours, de s'abandonner à leur gré. Aussi l'expression de désaveu qu'elle laissait peser  sur sa fille (dont elle ne s'expliquait pas les goûts ) l'excluait-il de ce lieu magique, en même temps que de son coeur maternel dont, avec maladresse, l'enfant cherchait la faille qui l'y conduirait, comme la petite porte dérobée lui permettait de regagner le parc et de s'introduire dans son secret, et cela au point qu'elle se demandait si sa mère n'était pas toute entière concentrée dans son reflet ..." 

Au quart du roman, les images de l'enfance s'envolent. Un premier mariage, aux couleurs d'hier et les mots deviennent plus violents. Pour tout avouer je n'imaginais pas la plume d'Armelle aussi sarcastique.

"Le visage de Thomas trahissait son introversion, son âpreté, ses lèvres minces livraient à l'observateur la clé d'une sensualité égocentrique, tandis que les narines dilatées laissaient supposer que cet homme avait le goût du pouvoir et de l'action."

L'héroïne découvre Paris. Les premiers amours avec un certain Jean-Baptiste. Et Émilie, aussi. Une grand-mère bien dans son époque, qui s'impose comme par erreur pour effacer le souvenir d'une autre aïeule et les temps heureux de l'adolescence. 

"Bien qu'elle ait eu beaucoup d'amants, Émilie avait veillé à ne pas briser les cœurs. Ce n'était pas dans ses intentions. De plus, elle avait horreur des complications et son existence était trop bien remplie pour qu'elle perdît son temps en atermoiements."

Une femme qui ne se laisse pas ébranler par le malheur. En cela, elle me plaît.

Le temps passe. Le mariage d'Anne-Clémence s'annonce. À peine distillée par quelques mots bien sentis, on saisit dès lors l'erreur de casting. Cette belle-famille ne rentre pas dans les cases de celle de l'héroïne très attachée aux traditions d'hier. À un certain paraître également.
 

Définitivement c'est la fin d'une époque. Même les couleurs, qui ont baigné les presque cent cinquante premières pages du roman, s'altèrent. Il est question de divorce, de trahison et surtout du plus horrible, d'intérêt financier. 

"Et il n'était pas impossible, s'il savait rassurer le père et s'éloigner de la famille sans faire de vague et avec autant de discrétion qu'il avait mis d'outrecuidance à s'en approcher, qu'il obtienne une gratification en espèces sonnantes et trébuchantes qui confirmerait, une fois de plus, son habileté à user des autres à son profit."

La fin se dessine mais promet encore de beaux rebondissements.  "Il n'était clair qu'avec les chiffres, pour le reste, il préférait entretenir les paradoxes"

Une nouvelle ère s'annonce et déjà pointent les regrets et l'amertume. 

"C'était la mémoire infinie de la chose écrite que le vie parcourt encore, au point que dans le mouvement des phrases se perçoit jusqu'au bruit du pas attendu, jusqu'au vacillement de l'ombre aimée"

Un beau roman qui mériterait d'être lu par le plus grand nombre, en tous cas par tous les amateurs d'une belle écriture.

 

ALAIN LHOMME

 

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Le Rondonneau de mon enfance qui m'a inspiré Le Plessis.

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25 mai 2013 6 25 /05 /mai /2013 08:49
Mont Saint-Michel - randonnée dans les sables

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Le Mont, je le connaissais bien sûr comme beaucoup d'entre vous, mais, bien qu'amoureuse des sables, je n'en avais encore jamais fait le tour à marée basse, quand la lumière se prend dans le filets des eaux stagnantes, les flaques laissées là par la mer retirée si loin et si absente qu'elle n'ait plus, à l'horizon, qu'une ligne fluide, à peine discernable. Randonnée organisée par un ami, nous avons arpenté, avec un guide et durant 4 heures, les alentours du Mont Saint-Michel jusqu'au rocher de Tombelaine immortalisé par la légende d'Hélène, qui se jeta dans le vide en apprenant la mort de son beau chevalier. Ici l'histoire s'est gravée dans la pierre et a été imaginée, rêvée, composée comme un grand poème épique dans ces étendues d'onde marine de 50.000 hectares qui sont comme un immense respir et communiquent à chaque voyageur ou pèlerin un indicible sentiment d'intemporalité. Il faut tenter d'imaginer qu'il y a 10.000 ans, l'homme courait après le mammouth dans ce qui devait ressembler à une toundra, mélange de mousse et de lichens. Pourquoi cette Merveille, qui défie les lois de la pesanteur et même du simple savoir-faire humain, s'est-elle érigée au milieu de cette baie sur une roche à l'accès périlleux, faisant fi de toutes les difficultés, lorsque l'on sait, qu'à l'époque, le Mont était encerclé par les eaux - et que celles-ci peuvent monter, à certains moments de l'année, à la vitesse d'un cheval au galop - mais notre guide a précisé pas d'un anglo-arabe, d'un percheron ! Nul doute que tous les éléments étaient réunis pour faire de cette édification  une bravade, comme il arrive à l'homme de les aimer, afin de se mesurer à l'impossible.

 

Partis à 13h15, nous étions une quinzaine pieds nus à nous engager sur l'étendue qui s'ouvre devant nos yeux d'un paysage habité par le ciel et tout d'or vêtu. Le premier kilomètre n'est pas facile car on commence par une zone de vase, la plus proche du Mont, extrêmement glissante, qui fait que chaque pas s'effectue à la limite du déséquilibre. Obligation d'avancer les bras un peu écartés pour assurer sa marche. Ensuite nous abordons un espace non seulement glissant mais mouvant, qui ondule curieusement à notre passage, si bien qu'il est conseillé de laisser une distance entre nous et d'avancer régulièrement comme le montagnard le fait lors d'une ascension, afin d'éviter l'enlisement, chose toujours possible, ce que notre guide va s'empresser de nous démontrer.  Il s'immobilise un instant et, aussitôt, s'enfonce jusqu'au haut des cuisses. Les appareils de photos crépitent. Pour s'en sortir, il lève d'abord une jambe, s'agenouille, lève l'autre, s'agenouille encore - nous sommes toujours à genoux ici, dit-il avec humour, au pied de Saint Michel - et parvient à s'arracher à la succion exercée par l'eau et le sable, mais il a tout de même prévu des cordes, au cas où ... La fin du trajet sera plus confortable, sauf pour la voûte plantaire mise à rude épreuve par le relief du sable bourrelé par les vagues, qui ne permet jamais au pied de reposer à plat, mais c'est si beau, la lumière y joue une symphonie si éblouissante, les oiseaux une partition si vaste, que les 4 heures de balade nous donnent l'illusion de nous être immergés dans un songe.

 

  
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En 708, Saint Aubert, anachorète comme de nombreux moines de l'époque, à la suite de plusieurs apparitions de l'archange Michel, décide de fonder un sanctuaire qui lui sera dédié. En 711 le roi Childebert III sera le premier pèlerin à venir y prier, très vite suivi par une foule recueillie en provenance de l'Europe entière. En l'an 1000, on compte entre 10 et 20.000 pèlerins par jour et le Mont Tombe est devenu  le lieu le plus fréquenté de l'Occident chrétien. Charlemagne va d'ailleurs mettre la France sous la protection de ce viril archange, capable d'en découdre avec l'ange du mal et d'en triompher. L'importance prise par le Mont incite les bénédictins à s'y installer pour assurer une permanence spirituelle. Ce sont eux qui introduisent les troupeaux de moutons qui  pâtureront allègrement dans les herbus, mais qui ne seront utilisés ni pour leur laine ( d'assez mauvaise qualité ), ni pour leur viande ( les moines n'en mangent pas ), mais pour la fine peau des agneaux qui servira à fabriquer les parchemins avec lesquels ils confectionneront  les admirables manuscrits calligraphiés et enluminés qui sont désormais conservés au musée d'Avranches. Ce musée recèle un trésor d'environ 70 ouvrages, s'échelonnant du Xe au XVe siècle.


Durant la guerre de Cent ans, les Anglais vont occuper la France, à l'exception du Mont qu'ils ne parviendront jamais à annexer. Bien qu'une forteresse ait été bâtie sur Tombelaine, dans l'attente de l'assaut décisif, il semble que l'archange Michel se soit révélé être un protecteur hors pair, car les anglais feront chou blanc devant ce rocher invincible. A la Révolution, tout changera, les bénédictins seront obligés manu militari d'abandonner leur abbaye qui deviendra une prison, jusqu'à ce qu'elle soit réhabilitée par Napoléon III qui, à l'évidence était un homme de goût, et remise en état, car elle était en ruine, par les élèves de Viollet-le-Duc. Cette restauration, sous la surveillance du maître, comprendra la réalisation de la flèche flamboyante - qui rappelle celle de Notre-Dame - surmontée de l'archange qui fut réalisée de 1890 à 1897 par Petitgrand, remplaçant la toiture à 4 pans de jadis.  Ces restaurations, admirablement conduites, eurent le mérite de raviver le souvenir du Mont et d'en refaire, non plus un lieu de pèlerinage, mais de tourisme avec, hélas ! le mercantilisme que cela suppose. Il est de nos jours le monument le plus visité après la tour Eiffel. Aussi est-il difficile de s'isoler un instant de la foule ( sauf en hiver et en semaine ) qui ne cesse d'y déambuler.

 

Mais sur les sables, vous ne croiserez que quelques promeneurs ou cavaliers. Vous serez assurés de n'y entendre que le sifflement du vent et le cri des oiseaux de mer, d'y marcher des heures en silence et d'y contempler le Mont sous tous ses angles, dans son éternelle beauté, ayant surmonté les outrages de l'histoire et du temps. Une petite communauté de la Fraternité de Jérusalem assure les offices et les retraites pour les quelques pèlerins d'aujourd'hui. Ils viennent au monastère ressourcer leur moral et leurs forces, y réapprendre le recueillement, la contemplation, la prière. De toutes parts, ils découvrent les sables à l'infini, les lignes du lointain horizon, ils voient la mer partir et revenir, le flot s'enrouler dans sa vague, la lumière s'y mirer doublement dans le ciel et les sables et la nuit former, autour du Mont, un grand châle de ténèbres. Voilà dressé pour la postérité ce que des hommes qui n'avaient alors, pour travailler la pierre, que leurs mains et leur foi, ont su réaliser ; voilà ce qu'ils nous ont légué à force d'humilité, de patience et de courage ; voilà, à l'égal des cathédrales, des abbayes, des forteresses, des châteaux, des cloîtres, l'oeuvre de leur esprit et de leur coeur qui, même réduite à l'état de ruine, sera belle à voir encore dans 5000 ans, parce que pétrie d'amour et de sagesse. Et nous, hommes et femmes du XXIe siècle, que laisserons-nous ?

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

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Mont Saint-Michel - randonnée dans les sables
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