Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
3 avril 2013 3 03 /04 /avril /2013 08:34
Quelques vérités sur le mensonge

 

mensonge-56267


Qu'est-ce que le mensonge ? Nous pourrions le définir en répondant qu'il est le contraire de la vérité, mais encore faudrait-il savoir ce qu'est la vérité. Car à chacun sa vérité, même s'il y a une vérité ciblée par la morale et par la science. Selon le dictionnaire, qui le résume en quelques mots, le mensonge est  une assertion sciemment contraire à la vérité et faite dans l'intention de tromper, qui incite naturellement à la falsification, à l'erreur et à l'égarement. Jusqu'à l'âge de 5 ans, l'enfant ignore le mensonge et n'éprouve aucune sorte de culpabilité pour la simple raison qu'il n'est pas enclin à l'envie, à l'orgueil, ces désirs et tentations coupables qui invitent au mensonge. Il n'a pas pris conscience que l'on peut à volonté et, en alternance, choisir le bien ou le mal, le vrai ou le faux. D'autant que pour bien mentir, il est préférable de connaitre la vérité et d'être animé par l'intention de falsifier une action ou un discours, en laissant croire le contraire de ce qui est.

 

Les premiers philosophes ont envisagé l'homme en tant que locuteur, et ont pris vis-à-vis de lui les distances qui s'imposaient, sachant que le langage peut tout aussi bien révéler que dérober, exprimer que voiler. Aucune parole ne peut me donner la chose elle-même, car derrière les mots, il n'y a pas les choses, seulement leurs représentations. Quand je dis " je ", déjà je me sépare de moi-même, tant les mots s'écartent de ce qu'ils nomment et tant la parole favorise la division du sujet. Le moi et le je sont une sorte d'illusion grammaticale. Notre moi est davantage un nous, parce que notre individualité est composée d'une multitude d'individus qui, au fil des générations et du temps, ont réussi à faire de nous un être unique, une personne. " Tous les autres sont en moi " - écrivait Apollinaire, tandis que Rimbaud affirmait - " je est un autre ". En règle générale, le langage est approximatif et les concepts, trop généraux et insuffisamment explicites, pour traduire pleinement notre pensée. Jamais un mot ne sera l'expression idéale de la réalité. Les concepts ne renvoient pas à une chose existante. Le concept de l'être humain, par exemple, ne représente pas l'être. C'est une généralité qui cache une singularité. Ainsi le langage banalise-t-il les sentiments et les mots n'expriment-ils que l'aspect impersonnel des choses. Ils mutilent et dénaturent et aboutissent à ce que la vérité reste la plupart du temps indistincte, confuse et imprécise.

 

Le silence lui-même est trompeur. On parle de mensonge par omission. Se taire pour ne pas avouer ou dire la réalité. Entre le tout-dire, le trop-dire, le non-dire, le supposé-dire, la gamme est large des hauts risques de la parole. Le mal vient le plus souvent de son mauvais usage. Mais dès lors que le mensonge parvient à modifier notre comportement, il ne s'agit plus d'accuser le dire mais le faire. On sait que les mauvaises manières précèdent les mauvaises actions. Or, il n'y a pas de vie possible en société sans un minimum d'égard les uns vis-à-vis des autres. "Faites semblant d'être vertueux et vous le deviendrez" - proclamait un philosophe. Ce n'est ni plus, ni moins, faire en sorte que nos actes soient en accord avec nos paroles. L'acte est effectivement un témoignage plus probant que ne l'est le verbe. Le héros agit et ne disserte pas sur son héroïsme, dans le souci de conformer le faire au dire. Les grands diseurs sont rarement les grands faiseurs. Tout est dans la conduite que l'on adopte. Paraître au lieu d'être. L'homme public et l'homme politique tentent le plus souvent de s'octroyer l'opinion et, pour l'acquérir, n'hésitent pas à mentir et tricher. Mensonge valorisant qui n'a d'autre objectif que de susciter une projection idéalisée de sa personne. Tant il semble qu'exister pour soi est plus important qu'exister pour les autres.

 

 Pourquoi ? Parce que le mensonge rend impossible la communication vraie. A partir du moment où l'on ment, on contredit la possibilité de communiquer. Ce n'est ni plus ni moins la rupture du dialogue et de la vie en commun. "La vérité ne souffre aucune exception " - affirmait Kant. Le mensonge instrumentalise autrui en le réduisant à l'état d'objet. Alors que chacun de nous se doit de rester une valeur absolue. On ne fait pas d'un être ... sa chose. Autrui n'est pas un objet manipulable, du moins ne devrait-il jamais l'être. Or, quand je mens à quelqu'un, j'en fais un simple moyen à mon service, j'use de lui comme d'un objet qui sert mes plans. "La vérité est inconditionnellement exigible " - poursuivait Kant, qui estimait que le devoir moral sous-tend une valeur qui n'a de sens et de réalité qu'en situation.

 

Néanmoins, le tact, le secret, peuvent être un recours dans certains cas. Les devoirs moraux ne forment pas un pluriel d'absolus, égaux entre eux. Sauver un innocent vaut mieux que de dire la vérité. Cela peut se concevoir en maintes occasions. On peut également dire la vérité par méchanceté et non dans un pur souci d'équité. Mentir par bonté existe également. On sait que toute vérité n'est pas bonne à dire. Certains circonstances nous obligent à accommoder cette vérité afin qu'elle soit recevable. Au mieux, le mensonge peut être un mal nécessaire, mais il ne faut pas l'instituer en modèle, en paradigme. Envisager auparavant d'autres solutions mieux appropriées, en apprécier les éventuels résultats. Le devoir de vérité a aussi ses limites. On peut mentir par compassion et dire la vérité par cruauté. C'est la qualité intrinsèque de l'acte qui compte, la vérité n'étant pas au-dessus du bien.

 

Au final, ne serait-ce pas l'amour qui devrait être à l'origine de nos actes, tant il est vrai que le coeur est souvent plus juste que la raison. Mieux que la vérité, parfois hasardeuse, l'amour devrait être notre guide. Le menteur se trouve souvent dans un état de faiblesse. Il souffre d'un surmoi démesuré et craint de déplaire à autrui, si bien qu'il devient dépendant de son paraître. Et si nous le condamnons, il ne fera que développer son désir de tromper et cela amplifiera  encore son mal-être. En le pointant du doigt, en essayant de le démasquer, nous ne faisons qu'éveiller sa méfiance, accélérer son zèle. Il est donc nécessaire d'agir avec discernement vis-à-vis de soi et vis-à-vis des autres. Ce qui signifie ni aveuglement, ni excès d'indulgence, mais cela relève sans doute du voeu pieux. Lorsque l'on ignore la vérité, l'illusion persiste. Lorsque l'on connait la vérité, le mensonge cesse, ou du moins faiblit.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique LES QUESTIONS QUE L'ON SE POSE, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

Liste des articles "LES QUESTIONS QUE L'ON SE POSE"  

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Partager cet article
Repost0
17 mars 2013 7 17 /03 /mars /2013 09:46

1227431458_joebousquet.jpg

 

 

Je ne vous dissimulais pas dans mon article sur la poésie - La poésie - Quel avenir ? -  l'inquiétude que m'inspirait la désaffection progressive du public à son égard. Je pourrais établir d'ailleurs un rapprochement avec le sort, assez comparable, réservé à la nature, objet d'un semblable détachement. Est-ce parce que nous ne disposons plus d'assez de temps pour surprendre la beauté là où elle se cache et que, pris dans l'engrenage d'une réalité en perpétuelle accélération, nous ne consacrions plus à la poésie et à la nature l'intérêt et l'attention qu'elles méritent, qu'elles s'éloignent l'une et l'autre de nos pôles d'attraction ? Or la sagesse nous invite expressément à redevenir les jardiniers de notre espace et les chantres de nos muses, si nous ne voulons pas mourir d'ennui et de soif dans un désert... Que serait un monde qui ne saurait plus fleurir, que saurait un langage qui ne saurait plus chanter ? Aussi parlons et reparlons de la poésie et de ceux qui l'ont servie avec ferveur et honorée avec modestie. Parlons de Joë BOUSQUET.

 

Né en 1897 à Narbonne, il fut d'abord un enfant turbulent et cruel qui tuait les chats, mordait les petites filles, saccageait les vergers, avant de devenir un marginal, un  voyou solaire qui promenait dans les rues de Carcassonne, aux bras des filles de joie, sa gouaille et son insolence, les yeux noyés de drogue. La Grande guerre survient et, dès qu'il en a l'âge, l'adolescent fougueux et indocile devance l'appel et s'engage. Blessé une première fois en Lorraine, il est renvoyé dans ses foyers et rencontre une jeune femme très belle qui le bouleverse. Ce jeune homme, qui ne se plaisait que dans des aventures fugaces, est saisi par l'amour. Mais cet amour ne sera pas partagé, alors il va prendre tous les risques et repartir au front. Blessé le 27 mai 1918, il a la colonne vertébrale broyée et sera grabataire pour le restant de ses jours. Il a vingt ans.

 

Du temps qu'on l'aimait lasse d'elle-même
Elle avait juré d'être cet amour
Elle en fut le charme et lui le poème
La terre est légère aux serments d'un jour.

Le vent pleurait les oiseaux de passage
Berçant les mers sur ses ailes de sel
Je prends l'étoile avec un beau nuage
Quand la page blanche a bu tout le ciel.

Dans l'air qui fleurit de l'entendre rire
Marche un vieux cheval couleur de chemin
Connais à son pas la mort qui m'inspire
Et qui vient sans moi demander sa main.

 

Tandis que la vie s'achève, l'écriture commence ; elle sera vie par substitution, vie des mots, vie du langage, longue et lente profération.

 

Mon coeur ouvert de toutes parts
Et l'effroi du jour que je pleure
D'un mal sans fin mourant trop tard
Je ne fus rien que par hasard
Priez qu'on m'enterre sur l'heure.
(...)
Mais les ans passent sans nous voir
L'aube naît d'une ombre où l'on pleure
De quoi voulez-vous que l'on meure
La nuit ne sait pas qu'il fait noir
Tout est passé pour nous revoir
Nos pas reviennent nous attendre
On rouvre la classe du soir
Où l'on attend le roi des cendres.
(...)
Tout est trop beau pour être vu
Un amour plus grand que l'espace
Ferme les yeux qui ne voient plus
Et l'ombre que sa forme efface
Mendiant son pas mendiant sa place
Au jour mort d'un rêve pareil
Dira des ombres qui la suivent
Ma vie avait des yeux d'eau vive
Passé prête-moi ton sommeil.

 

Une urgence s'impose : recréer le monde car rien ne peut disparaître tant que les mots sont en mesure de redonner sens, de rendre vie.  Grâce à eux, le poète est tout entier rassemblé, justifié, signifié, unifié par son dire. L'acte d'écrire confère à l'événement le plus banal une dimension considérable : le tout s'incarne dans le rien. Pour le poète, les mots devancent la pensée. Ils sont vierges et chargés d'initier l'action. Ainsi que le souligne Hubert Juin, "l'idée est venue à Bousquet, homme blessé, homme réduit, homme délégué, que le langage surgit en deçà des concepts à l'intérieur desquels, ensuite, on le civilise". Les mots sont devant ce qu'ils disent : ils surprennent.

 

Ne maudis pas ces jours dont la rigueur t'assiste
ni le mal qui te broie aux redites du coeur
ils aimaient comme toi l'enfant qu'un frère triste
suivit d'un oeil pesant tout le long du bonheur.
( ... )
Tu soulevais le ciel sur l'espoir d'une voile
et plus léger qu'un saule à la nuit qu'il parcourt
charmais d'un seul regard les siècles d'une étoile
qui buvait dans tes yeux la naissance des jours.

Tu vivras d'une fin venue avant son heure
et des jours abolis en rêvant de vous deux
qui sentent dans l'air rouge où les misères meurent
leurs pleurs se détacher d'un coeur fermé sur eux.

 

Dès lors, séjournant à Carcassonne, il cherche par les mots à exhumer son moi le plus profond, il tente l'expérience de la transformation - voire de la transfiguration - par l'écriture. Elle est devenue sa justification, son cri de vivant.
Tous les hommes de lettres de l'époque passeront, à un moment ou à un autre, rue de Verdun, dans cette chambre où la pensée du poète semble avoir condensé une part de l'univers, le sien : les Paulhan, Gide, Aragon, Max Jacob. Un amour mystique éclairera la fin de sa vie et inspirera quelques-unes de ses plus belles pages : Les lettres à poisson d'or. Emporté par une crise d'urémie, il  s'éteint le 28 septembre 1950 à l'âge de 53 ans. Parmi ses oeuvres majeures : La tisane de sarments - La connaissance du soir - Le roi du sel - et sa correspondance avec Cassou et Carlos Suarès. ( Chez Gallimard )

 

Tous les poèmes cités appartiennent à son ouvrage : Connaissance du soir.

 

Armelle BARGUILLET  HAUTELOIRE

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique LITTERATURE, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

Liste des articles de la rubrique LITTERATURE

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

Partager cet article
Repost0
15 mars 2013 5 15 /03 /mars /2013 12:02

eugecne_boudin_concert_au_casino_de_deauville_-_washington.jpg

 

Lorsque le duc de Morny, demi-frère de Napoléon III, découvre Deauville en 1858, le petit village normand n'est encore que plage et marais. Homme politique et financier, il fait le pari fou d'assécher la zone et d'y construire une station balnéaire. Eugène Boudin ( 1824 - 1898 ), qui séjourne dans la région, voyant que la station devient en quelques années le royaume de l'élégance dédié aux plaisirs de l'aristocratie impériale, assiste à l'inauguration de ce premier casino, détruit en 1895 pour cause de malversations et pratiques illégales, et ambitionne de présenter une toile au Salon de la peinture de 1865 qui se tiendra dans l'une des salles. Sa toile aura pour sujet et titre : Concert au casino de Deauville. Malgré les efforts qu'il déploie, la poésie qu'il y met, les merveilleux dégradés de gris qu'il utilise, personne ne la remarque. Découragé, l'artiste l'enlève de son châssis, la roule et la met dans un coin sans y plus penser. Trente ans plus tard, elle sera retrouvée dans le fond d'une de ses armoires et remarquée à l'exposition de l'Ecole des beaux-arts de 1789, alors que son auteur est mort l'année précédente. Peu après, la styliste française Jeanne Lanvin en fera l'acquisition, puis, à la suite de son décès, l'oeuvre sera rachetée par un collectionneur américain qui la léguera par testament à la National Gallery de Washington. Si bien que ce tableau, ignoré à Deauville, est devenu l'un des fleurons du musée d'Outre-Atlantique.

 

Boudin avait représenté l'inauguration avec, au premier plan, trois reines de l'élégance : Madame de Metternich, Madame de Galliffet et Madame de Pourtalès. Ces trois personnes de la cour de Napoléon III étaient  les figures emblématiques de la mode. Boudin n'en détaille par pour autant leur costume, seule leur gracieuse silhouette apparait. Le peintre s'attache davantage à mettre en valeur le caractère vaporeux des robes qui les font ressembler à des cygnes, duveteuses et comme ailées. Boudin avait à coeur d'être le témoin de son temps et cette image d'une scène prise sur le vif avait bien un air de modernité, où l'artiste témoignait de la mode en vogue à son époque. Quant au thème, il était l'expression de l'élégance d'alors. Seules les variations de la lumière sont hors du temps et de tous les temps. En peignant ainsi la lumière, Boudin usait d'une patte résolument impressionniste. Il le faisait par touches posées les unes à côté des autres et parait sa toile d'une atmosphère frémissante et nimbée. Derrière ces dames, on aperçoit le chef-d'orchestre et sa baguette et un rayon de soleil éclaire les invités au premier rang. Boudin oeuvre comme un photographe qui saisit, en instantané, un moment de vie. Mais cette façon suggestive et descriptive de peindre déplaît au public du second Empire. Seuls Baudelaire et Zola remarqueront et apprécieront son style novateur dont on sait quelle influence il exercera par la suite. Monet, pour sa part, reconnaîtra tout devoir à Boudin, un hommage que le maître n'entendra pas, sa vie d'artiste n'ayant été qu'une suite de difficultés et de déceptions.

 

Ce que Boudin aimait par-dessus tout était " la saveur de l'esquisse, créant une impression de plein air si contraire au goût de ses contemporains pour le fini " - écrit Laurent Manoeuvre. Aussi le succès de ses scènes de plage sera-t-il aussi fugitif que relatif. A partir de 1869, Boudin abandonne ce thème pour se consacrer à des marines qui lui permettront de vivre à peu près décemment. Il meurt à Deauville près des plages qu'il avait aimées peindre et près des rives normandes dont il avait su saisir les lumières et les reflets.

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CULTURE, cliquer sur le lien ci-dessous 

 

Liste des articles de la rubrique CULTURE

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Eugene-Boudin-Concert-au-casino-de-Deauville-Washington.jpg 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
6 mars 2013 3 06 /03 /mars /2013 10:09

sitdriver.jpg

 

 


O vieilles pluies souvenez-vous d'Augustin Meaulnes
Qui pénétrait en coup de vent
Et comme un prince dans l'école
A la limite des féeries et des marais

En un pays mené de biais par les averses
Et meurtri dans son coeur par le fouet des rouliers
Le lit défait du garde-chasse
Les chemins creux du monde entier
C'est là que je t'attends c'est là que je te veille
Printemps comme un chanteur des rues printemps pareil
A la petite lumière d'un vélo sur la route
Voici que le plus simple entre nous s'émerveille
D'avoir entre les mains un bouquet de jonquilles
Et l'oiseau qui dormait encore se souvient
D'une fenêtre au bout du monde
Peut-être que là-bas dans les terres perdues
Une jeune fille de famille toute nue
Se dresse à la croisée ouverte et se regarde
Dans un morceau de lune triste comme un parc

Peut-être bien que c'est ainsi dans les romans
Une grosse cloche avec le printemps dedans

Mon amour tu es là comme une herbe qui penche
Sa longue écriture douce sur la page
Et je lis dans tes yeux et tu peux bien baisser
Ta paupière pareille à du genêt mouillé
J'épelle à haute voix comme un enfant qui dort
La chaude et mesurée syllabe de ton corps.

                                                           Symphonie du printemps  -  1948  -

 

 

Ainsi chante le délicat poète René Guy Cadou ( 1920 - 1951 ) depuis le pays de Brière dont il nous dévoile les solitudes aquatiques et les rouches frémissantes sous le vent. La lampe d'un sanctuaire rustique - nous dit son ami Michel Manoll - brillait toujours au bout de cette allée de légende où l'ombre féerique d'Augustin Meaulnes apaisait le feu des tournesols. Ce que René Guy  a vu, le décor dans lequel il a vécu, ces humbles choses qui constitueront son imagerie baroque, enfin les êtres avec lesquels il fera alliance, nourriront d'une sève drue une mémoire qu'il entretenait comme un arbre privilégié et qui vivait en lui tel un pommier fleuri.
Et ce poète, qui n'ira jamais plus loin que la barrière de l'octroi, ne voyageant guère que dans les livres, aura en permanence à ses côtés un jardin fleuri et printanier, n'en sera pas moins dans l'attente du voyage indicible dont il n'est pas donné au poète de pénétrer le sens obscur, mais où la mort prématurée trace déjà ses traits funèbres. Néanmoins, son esprit était suffisamment délié pour affronter la rude nuit de la maladie qui l'emportera si jeune, parce qu'il plaçait  au même degré les souvenirs des faits et ceux de ses rêves, et ensemble la présence du coeur révélateur et ses correspondances secrètes.

 

Ce matin la mésange avait lancé son chant
Plus clair que de coutume et sans notes moroses
Les papillons baisaient les pétales des roses
La nature fêtait le retour du printemps.

 

Si la poésie est d'abord une soif ardente qu'il lui faut apaiser, un univers mouvant  inaccessible comme un feu d'herbes, elle est également une voix inspirante qui jette son ferment et mêle Dieu et l'amour en une seule entité d'un bord à l'autre du monde. C'est la raison pour laquelle le poète, mieux que quiconque, nous invite à accueillir le printemps, les violettes doubles, le coq qui chante, les chiens qui rêvent, les genêts fleuris, la mer voisine, les labours plats, la maison appuyée contre la nuit, afin d'être réceptifs aux simples miracles quotidiens.

 

Celui qui entre par hasard dans la demeure d'un poète
Ne sait pas que les meubles ont pouvoir sur lui
Que chaque noeud du bois renferme davantage
De cris d'oiseaux que tout le coeur de la forêt
Il suffit qu'une lampe pose son cou de femme
A la tombée du soir contre un angle verni
Pour délivrer soudain mille peuples d'abeilles
Et l'odeur de pain frais des cerisiers fleuris
Car tel est le bonheur de cette solitude
Qu'une caresse toute plate de la main
Redonne à ces grands meubles noirs et taciturnes
La légèreté d'un arbre dans le matin.

 

Des poètes comme René Guy Cadou ne meurent qu'en apparence. Parti au printemps de l'an 1951, il ne cesse plus d'accompagner les renaissances d'une saison qui avait paré de fleurs son encrier.

 

Armelle BARGUILLET  HAUTELOIRE

 

Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique LITTERATURE, cliquer sur le lien ci-dessous:

 

Liste des articles de la rubrique LITTERATURE

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

Le poète et sa femme, Hélène.

Le poète et sa femme, Hélène.

René-Guy Cadou ou la rêverie printanière
Partager cet article
Repost0
2 mars 2013 6 02 /03 /mars /2013 08:22
Michel Ciry ou la reconquête spirituelle

 

Né à la Baule en 1919 et mort à Varengeville le 26 décembre 2018 à l'âge de 99 ans, Michel Ciry occupe une place particulière et unique dans l'univers artistique contemporain et échappe à toute tentative de classification réductrice.  Doté de tous les dons, la panoplie de ses talents est impressionnante. Peintre, il est aussi un graveur marquant de la seconde moitié du XXème siècle, un dessinateur magistral de même qu'un écrivain et un compositeur. Or ces facettes formelles ne sont en rien un signe de dispersion, car Michel Ciry approfondit depuis plus de soixante ans une pensée d'une étonnante cohérence, qui s’exprime dans l’univers des arts dont il a la maîtrise. Le sillon de sa pensée forme le fil d'ariane conduisant à la compréhension d'une œuvre totale, dense, qui ne cherche nullement à séduire. Une œuvre qui se mérite.

 

 

CiryOeuvre.jpg     

 

MUSEE DE VARENGEVILLE   - cliquer  ICI  ( pour la visite  )

 

 

Cet artiste a une conception de l'art bien éloignée de celle que le XXème siècle a largement admise. S'opposant farouchement à la théorie de l'art pour l'art, il justifie son rôle de créateur par le message spirituel qu'il se sent chargé de transmettre. Profondément croyant, Ciry s'est fait le serviteur de la foi qui l'anime. Combattant la stérilité d'un art dénué de spiritualité, il aspire à traduire dans son œuvre la richesse et la beauté de l'univers du Créateur, engagement chrétien autant qu'artistique et moral. D’où les obstacles qu’il a rencontrés de la part d’un public qui, trop souvent, n’a pas souhaité le comprendre. Animant d’une lumière insolite ses toiles et ses aquarelles, Ciry confère un caractère sacré à sa production et possède une maîtrise du dessin et un sens de la couleur peu communs.

  

« Il les met en pratique pour donner à ses portraits une authenticité de vie à la limite du surnaturel et à ses paysages ( campagne normande, Venise, Provence ) un réalisme qui transcende la nature »  - écrit de lui Jean-Louis Gauthier, tandis que François Mauriac, dont il a illustré plusieurs ouvrages, écrivait à son propos :

 

« Michel Ciry traverse son époque sans en subir la contagion. Il est demeuré fidèle au visage humain. Il n’est pas de portrait, de paysage, de nature morte dans son œuvre que la même présence n’anime sourdement et c’est ce qui la rend singulière dans ce monde où la mort de Dieu, proclamée par Nietzsche, condamne à l’abstrait, et qui ne hait peut-être la figure de l’homme, que parce qu’elle lui rappelle cette âme qu’il a perdue. » 

 

 

RIDEAU-20D-ARBRES-20A-20VARENGEVILLE-2051x72-20cm-copie-1.jpg 

                     L'hiver à Varengeville

 

 

 Michel-Ciry_-Incredulite-de-2.jpg 

 

                                          L'incrédulité de Thomas

 

 

Graveur, il le sera très tôt et avec une précision et une perfection qui ont fait de lui l’un des plus grands. Musicien, il le sera ensuite à l’école de Nadia Boulanger et composera jusqu’en 1958 des œuvres musicales essentiellement religieuses, ainsi que des cycles de mélodies plus souvent interprétées à l’étranger qu’en France, malgré leurs évidentes qualités. Mais la peinture et le dessin entendent occuper la place essentielle, de même que l’écriture et, ne pouvant tout mener de front, Ciry va s’y consacrer en priorité et alterner gravures, toiles, aquarelles, en même temps qu’il poursuit l’élaboration de ses mémoires, rédigeant au fil des années les 25 tomes de son journal. C’est ainsi qu’il entraine le lecteur dans le monde entier et en fait le témoin de ses réflexions, de ses doutes et de ses convictions sur lesquelles il ne transigera jamais. L'auteur n'hésite jamais à pointer du doigt et de la plume les faux-semblants et les mensonges d’une époque qu’il considère comme déclinante. En insatiable témoin, il sonde  les sujets les plus divers d’une plume élégante et mordante qui sait aussi bien louer que châtier, brossant de notre époque un saisissant tableau, chronique saint-simonienne du XXe siècle.

 

 

 

Ciry-Michel-La-Vie-Est-Une-Ombre-Livre-910482991_ML.jpgCiry-Soyons-Des-Guetteurs-Livre-864281786_ML.jpg

 

 

Depuis plusieurs décades, Michel Ciry vit à Varengeville, village normand pour lequel il a eu le coup de foudre et où il s’est installé dans une bergerie qu’il a transformée en une gentilhommière d’une admirable pureté architecturale, quittant les vanités de la capitale et ne se consacrant plus qu’à l’élaboration d’une œuvre exigeante. Depuis peu, un musée lui est consacré où un grand nombre de ses peintures, gravures et aquarelles sont exposés dans un cadre qui les met en valeur et rendent compte d’un parcours hors du commun et d’un talent qui ne peut être remis en cause. Pour moi, les portraits de Michel Ciry peuvent être comparés à ceux d'un Philippe de Champaigne par leur profondeur, l’émotion qu’ils suscitent, cette plongée dans le monde intérieur qu’ils proposent. Les visages qu’il peint dans leur humanité touchante et leur troublante vulnérabilité ne cessent d’interroger et de transmettre quelque chose de la clarté divine. L’artiste excelle également dans l’art de l’aquarelle d’où se dégage une force antique lorsqu’il saisit un paysage d’hiver, une terre brûlée par le soleil, le dépouillement d’une côte rocheuse ou le sublime graphisme d’un arbre à la fin de l’automne. Il reconnaît volontiers avoir été marqué par Turner, le père de l’aquarelle, et il y a dans ses lumières quelque chose du grand maître. Que ce soit dans ses toiles ou ses aquarelles, on sent de sa part un engagement total, et il est évident que rien ne reste à l’état d’ébauche. Ce grand travailleur, rarement satisfait, se plaît dans la difficulté, difficulté qu’il a rencontrée dès son plus jeune âge avec la gravure, véritable travail de tâcheron. Si son oeuvre est souvent tragique, elle n’en est pas moins baignée d’espérance avec, dans son tracé, l'empreinte de l'éternité. 

 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

Adresse du Musée Michel Ciry : 6 Bis rue Marguerite ROLLE  76119 VARENGEVILLE sur MER

 

Pour consulter le site Michel CIRY, cliquer  LA

 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

 

ciry01   VENISE

 

photo1.jpg

 

Le Christ rompant le pain et le retour de l'enfant prodigue
Le Christ rompant le pain et le retour de l'enfant prodigue

Le Christ rompant le pain et le retour de l'enfant prodigue

Michel Ciry ou la reconquête spirituelle
Partager cet article
Repost0
28 février 2013 4 28 /02 /février /2013 09:10
La Crète minoenne ou l'histoire revisitée par la légende

1225632027_knossospalais.jpg

 


 Maquette du palais de Minos à Heraklion


Au commencement était le mythe. A l'époque préhistorique, l'homme ébahi contemplait l'immensité de l'univers et essayait de comprendre le monde et de donner une interprétation logique aux phénomènes auxquels il assistait. Soucieux de prêter forme à ces forces invisibles qui lui inspiraient étonnement et peur, il inventa une version mythologique de la genèse du monde : sa propre version de la cosmogonie. Ainsi les mythes vont-ils mettre en scène des événements fictifs qui composeront l'histoire ancienne de ces populations confrontées au mystère des origines. Et la civilisation minoenne tiendra, dans cette dramaturgie, une place importante.

 

Il y a de cela des siècles et des siècles avant notre ère, Zeus s'éprit d'une jeune fille du nom d'Europe et, pour la séduire, revêtit l'apparence d'un taureau éblouissant de blancheur. Lorsque celle-ci fut mise en confiance, il l'enleva et ils arrivèrent jusqu'en Crète où ils s'unirent sous les platanes de Gortyne qui, depuis, en souvenir de leurs amours, conservent leurs feuilles toujours vertes. De cette union naquirent Minos, Rhadamante et Sarpédon. Une fois devenu adulte, Minos, l'aîné, parvint à convaincre ses frères que les dieux l'avaient assuré qu'il devait régner seul sur la Crète. Ses derniers s'étant ralliés à ce projet, Minos pria Poséidon, le dieu de la mer, de faire surgir des flots un taureau qu'il promit de lui sacrifier en signe de reconnaissance. Minos devint roi, en effet, mais l'animal était si beau qu'il ne put se résoudre à le tuer et l'envoya parmi ses troupeaux de façon à perpétuer sa race. Puis Minos épousa Pasiphaé, la fille d'Hélios ( le soleil ) avec laquelle il eut de nombreux enfants dont Ariane et Phèdre. Mais Poséidon offensé que le taureau ne lui ait pas été sacrifié inspira à Pasiphaé un amour contre nature pour le beau taureau. Devenue folle de désir, celle-ci, ne sachant comment assouvir sa passion, demanda à Dédale, l'architecte du palais, de lui venir en aide. Celui-ci conçut une vache en bois dans laquelle la reine se glissa. Le leurre étant si parfait, l'animal s'y trompa et l'accouplement put avoir lieu, donnant naissance à un être hybride au corps d'homme et à la tête de taureau : le Minoutaure. D'une force que nul ne pouvait vaincre, il avait la funeste habitude de se nourrir de chair humaine. Humilié par sa présence, Minos ordonna à Dédale de bâtir un labyrinthe afin d'y cacher ce monstre, dont la vue lui rappelait  la regrettable conduite de sa femme. Peu après, le fils de Minos, Andropée, fut violemment mis à mort par les Athéniens et le souverain, désireux de venger son sang, leur déclara la guerre et ne leur concéda la paix que moyennant le paiement d'un lourd tribut : tous les neuf ans, sept des plus nobles jeunes gens et jeunes filles de la ville devaient être envoyés en Crète et livrés en pâture au Minotaure. Thésée, fils du roi d'Athènes, se proposa aussitôt pour victime, considérant de son devoir d'être sacrifié à la place d'un enfant de la ville. Sa grandeur d'âme suscita une immense gratitude, mais le vieux souverain désespéré fit promettre à son fils qu'à son retour, s'il était vivant, on hissa des voiles blanches afin que ses parents apprennent son retour sans le moindre retard.

 


Porté par des vents favorables, le vaisseau était parvenu sans encombre au palais, là où se trouvait le labyrinthe imaginé par Dédale. Cet ingénieux architecte avait servi son monarque durant de longues années avec compétence,  mais avait eu le malheur de commettre un impair et s'était vu contraint, pour garder la vie sauve, de fuir en Sicile avec son fils Icare. Pour ce faire, Dédale avait réussi à fixer sur ses épaules et celles de son fils des ailes en cire grâce auxquelles ils purent s'envoler au-dessus de la mer. Mais Icare eut l'imprudence de s'approcher trop près du soleil et ses ailes fondirent, le précipitant dans la mer. Son père avait alors recueilli son corps pour l'ensevelir dans une île appelée aujourd'hui Icarie.

 


1225634877_result2.jpg

 

 

                             VIDEO

 

Mais revenons à Thésée qui s'apprêtait à pénétrer dans le labyrinthe afin d'y affronter le Minotaure. On sait que, jusqu'alors, l'animal n'avait fait qu'une bouchée de ses victimes. Mais le jeune homme n'avait pas invoqué en vain la protection d'Aphrodite, la déesse de l'amour. Apitoyée par son sort, elle avait inspiré à Ariane, la fille de Minos, un sentiment si irrésistible que la jeune fille avait eu l'astucieuse idée de remettre au jeune prince une bobine de fil qu'il n'aurait qu'à dérouler au fur et à mesure de son parcours dans le labyrinthe, pour être assuré d'en retrouver sans peine l'issue. Ainsi paré, Thésée s'était aventuré seul, avait affronté le monstre et l'avait tué, puis s'était empressé, une fois revenu à la lumière, de saborder les vaisseaux crétois pour éviter qu'ils ne viennent à le poursuivre sur la route du retour. En pleine nuit, sa flotte s'éloigna avec, à bord, les jeunes athéniens auxquels il avait évité un sort tragique et Ariane qui lui avait permis de sortir sans encombre du labyrinthe. Durant le voyage, Thésée eut un songe, ce songe l'avertissait qu'Ariane ne lui était pas destinée parce qu'elle devait épouser, non un homme, mais un dieu. Aussi, une fois parvenu à l'île de Naxos, la laissa-t-il endormie sur le rivage, sans un mot d'explication, et poursuivit-il sa route jusqu'à Athènes où son père Egée guettait son retour. Hélas, par erreur, l'équipage avait hissé des voiles noires et le souverain, croyant que son fils était mort, se jeta dans la mer qui, désormais, porte son nom. Thésée, en arrivant au port, apprit la triste nouvelle et ne put se pardonner son erreur qui le faisait, contre sa volonté, roi d'Athènes.

 

Plus tard, Thésée prit pour épouse l'Amazone Antiope avec laquelle il eut un fils Hippolyte et, à la mort de celle-ci, épousa en secondes noces Phèdre, la fille de Minos. Mais quand Phèdre vit le fils de Thésée, elle en tomba éperdument amoureuse. Dans un premier temps, elle s'appliqua à cacher sa passion incestueuse jusqu'à ce que, cédant à sa folie, elle écrivit au jeune homme une lettre où elle lui dévoilait ses sentiments. Indigné, Hippolyte refusa ses avances et c'est alors que Phèdre craignant que son beau-fils ne révélât l'affaire à son époux, se suicida, non sans avoir pris soin de laisser une missive à Thésée, où elle accusait Hippolyte de lui avoir fait des propositions indécente. Thésée lut la lettre, maudit son fils et le chassa d'Athènes.

 

 
Il y eut encore l'histoire de Jason, fils de Tyro, la fille du roi Salmonée et du dieu Poséidon, élevé dans une grotte par le Centaure. Devenu adulte, il avait armé le navire Argo dans le but de récupérer la Toison d'or. Faisant escale en Crète, lui et ses compagnons durent affronter le géant Talos, cadeau d'Héphaïstos au roi Minos, qui avait la mission de faire trois fois par jour le tour de l'île, de façon à empêcher les navires d'y accoster. Sa vie tenait à une veine qui, à la cheville, était fermée par un clou en bronze. Médée, l'un des Argonautes, réussit à le convaincre qu'en retirant le clou, il deviendrait immortel. Talos le crut et, dès que son corps se fût vidé de son sang, mourut, permettant aux navigateurs de faire escale.

 

Voilà les principaux mythes qui ont concouru à faire de la Crète une île magique et du musée d'Héraklion un lieu unique au monde, où se trouvent réunis les exceptionnels objets de l'époque minoenne ( 2000 à 1400 ans av. J.C. ), principalement des fresques dont le répertoire thématique s'inspire de la vie, des cérémonies, des processions, de la nature.Toutes ont eu pour vocation d'être agréables à l'esprit et aux yeux, d'exprimer la joie de l'instant et d'illustrer des événements qui mêlent harmonieusement réalité et mythes, suscitant immanquablement aux visiteurs éblouis que nous sommes, une émotion inoubliable.La cosmogonie antique a quelque chose de la fraîcheur de l'enfance, c'est la fraîcheur du monde. Les dieux et les héros finissent toujours par l'emporter. Certes le monde n'est pas parfait mais à ses imperfections, l'homme - comme on le voit - finit toujours par trouver un sens et surtout il a la bonne santé de ne pas se considérer comme coupable, à la rigueur comme simple fautif ... 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

autres articles concernant la Crète :

 

La Crète éternelle

 

La Crète entre réalité et légende

 

Et pour consulter la liste des articles de la rubrique CULTURE, cliquer sur le lien ci-dessous: 

 

Liste des articles de la rubrique CULTURE

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

La Crète minoenne ou l'histoire revisitée par la légende
Partager cet article
Repost0
14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 09:39

imagesCA8NZPDY.jpg

 

 

Comment le poète chante-t-il le couple ? Comment le décrit-il ? A travers les siècles, sa parole a porté l'offrande et le don, l'expression et le sens du mot le plus beau du vocabulaire " AMOUR ". 

 

 

O ma fiancée qui s'avance
dans l'aurore radieuse et l'envol blanc des mouettes belliqueuses ;
la mer râle au loin son chant de vacuité
et tes longs cheveux qui glissent sur tes hanches sont algues lissées par les flots.
Ma fiancée, mon amante, plus douce à mes lèvres que pulpe de mangue,
plus belle à mes yeux que feuille d'acanthe,
à ma langue plus suave que grain de coriandre,
sois celle qui te dresse et te tiens en vigie, face à moi qui te somme,
face à moi qui te nomme, somptueuse riveraine.

Jamais vaisseau ne porta haut ton lignage,
jamais lame n'abreuva l'espace de tes voiles, au large,
où la mer croise le remue-ménage de ses vagues.
Grande écorce qui vibre sous tes dunes,
tu offres au regard tes combes et tes lagunes
et l'alternance des saisons joue aux dés l'or de tes feuillages.

Ma fiancée, mon amante,
en toi est mon jardin,
en toi est mon enfance,
et je suis là à mon ancrage,
femme fleur, femme fête, femme paysage.

 

Te voir, te toucher,
est-ce assez pour l'écueil imparfait où la chair se prend ?
Flamboiement aux artères que le sang divise,
ici le coeur s'empale à son désir,
rien ne ravaude le temps qui se presse à ma mesure. Rien !
Est-ce assez que la loi brise l'élan et courbe l'échine de l'éclair ?
Est-ce assez l'imposture pliée aux quatre coins du rectangle ?
Cercle divinement dilaté, sans rayons, ni sécantes,
j'ai mal où ma douleur m'emporte.
A l'avivement du feu, le segment de la pierre,
l'enlacement des ténèbres, là où se creuse la fulgurance.

O aimée, mes lèvres jointes sur le mot retenu !
Te dire, te parler,
radier jusqu'à la plus folle exaspération des sens
et l'eau sur la blancheur de tes bras...

Je n'ai pas d'écoute. La voile porte haut mon message
et le sillage rompt les amarres trop savamment tendues.


Être toi plus vrai dans ma vérité partagée
et notre couche ouverte aux effluves de l'été,
cette saveur de sel quand la marée diffuse ses embruns
et la pointe aiguë de l'alliage au sommet de l'alliance.
Ma fiancée, ô ma fiancée, regarde-moi.
Sur ton visage ai-je assez posé l'empreinte de mes yeux,
torche vive, ai-je assez consumé la pulpe de tes doigts !
Ne cabre pas ton corps à mon insistance,
ne me défie pas de ton indifférence,
haute jusqu'à l'ultime, à notre coupe
bois cette liqueur d'ellébore.

 

Ta main dans la mienne
nouée comme un oeil épissé,
doublement lové en son orbe.
Gansé de salive est mon baiser sur ta nuque
et je suis devant toi, coursier d'étoiles sur les grès,
joueur d'élodion dans la pénombre des chambres,
où les servantes tiennent captifs des plaisirs très secrets.
Mortel est le désir qui affame mon âme ;
désir d'elle, femme aux rives immortelles,
antienne, vibrante antienne en l'honneur de toi.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE   


Ce poème, dont vous venez de lire un extrait, a été publié par Guy Chambelland / Le pont de l'Epée en 1986, couronné par l'Académie française en 1987, re-publié par "Les cahiers bleus" en 2001, a fait l'objet d'un spectacle au château du Barry de Louveciennes et d'une émission de radio de Pascal Payen Appenzeller et se trouve désormais inclus dans " Profil de la Nuit - un itinéraire en poésie".

 

Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique LITTERATURE, cliquer sur le lien ci-dessous: 

 

Liste des articles de la rubrique LITTERATURE

 

RETOUR A LA PAGE d'ACCUEIL

 

 

Le chant de Malabata
Partager cet article
Repost0
8 février 2013 5 08 /02 /février /2013 09:23
Il était une fois la voie lactée

Le soleil, comme on le sait, est une étoile. Une étoile de taille moyenne qui circule dans le ciel avec sa cohorte de huit planètes (y compris la terre) qui gravitent autour d’elle. Notre étoile fait partie d’un vaste troupeau d’étoiles rassemblées dans un enclos qu’on appelle galaxie. Notre galaxie porte le nom de Voie lactée.

Ce troupeau d’étoiles est si immense que si l’on pouvait monter à bord d’une navette spatiale et s’élancer à la vitesse de la lumière, il nous faudrait environ 100 000 ans pour la traverser de bout en bout. Il faut se souvenir à cet égard que la lumière voyage à 300 000 km/s (kilomètre par seconde), ce qui veut dire que la lumière fait sept fois le tour de la terre en une seconde.

Et, dans notre incroyable périple, nous croiserions quelques milliards d’étoiles (de 2 à 5 milliards, dit-on). Même si ces étoiles sont regroupées en un troupeau, les distances entre elles sont phénoménales, du moins suivant nos échelles de valeur. Au point que l’on calcule ces distances non pas en kilomètres ou en milles mais en années-lumière, c’est-à-dire en se basant sur la distance que franchit la lumière en une année (dix mille milliards de kilomètres). Ainsi, l’étoile la plus proche du soleil («Proxima du Centaure») est à 4,3 années-lumière de celui-ci. C’est une voisine. Certaines des quelques milliards d’autres se baladent à 100, 1000, 10 000, 50 000 années-lumière et plus.

Et, dans tout ça, il ne faut pas oublier que nous sommes toujours dans l’enclos que constitue notre galaxie. Si on franchit la barrière de l’enclos pour jeter un coup d’œil à l’extérieur, bien là le tournis est garanti car il y a plus de 100 milliards d’autres galaxies dans notre Univers de démesure. Nous y reviendrons un autre jour. Pour l’instant allons dormir sur ces chiffres époustouflants.

Nous sommes donc installés dans la Voie lactée et, lorsque nous levons les yeux vers le ciel étoilé, tous les astres qui s’offrent à notre vue, étoiles et planètes, font partie de notre Voie lactée (hors peut-être quelques lointaines galaxies que nous prendrons pour des étoiles)

Si nous prêtons un peu attention à ce ciel étoilé, nous y décèlerons une bande blanchâtre qui le traverse de part en part. C’est d’ailleurs de cette bande que notre galaxie tient son nom de Voie lactée. C’est la grande multitude des étoiles concentrées au centre de la galaxie qui crée cette image d’une lisière blanche. C’est un peu comme si, dans une fête foraine, nous étions assis dans une grande et large roue illuminée de milliers d’ampoules. En regardant le carrousel par la tranche, la multitude des ampoules nous donnerait l’impression qu’elles se touchent toutes et forment une bande lumineuse continue. Par contre, nous distinguerions une à une les ampoules tout autour de nous. N’empêche que ces ampoules autour de nous feraient elles aussi partie de notre grande roue au même titre que les ampoules plus éloignées formant la bande lumineuse.i nous étions assis dans un siège au bas

  Il est étrange de penser que, même si les étoiles de notre galaxie sont très éloignées les unes des autres, elles sont si nombreuses (quelques milliards) qu’elles finissent par nous donner l’image d’un bloc lumineux homogène au cœur de la galaxie.

Pour observer notre galaxie, nous sommes postés, avec le soleil et ses sept autres planètes, dans la banlieue de cette grande roue qu’est notre galaxie : un immense troupeau d’étoiles de cent années-lumière de longueur et trente années-lumière d’épaisseur.


Si, toujours durant cette même nuit étoilée, vous levez les yeux vers le ciel, vous vous écrierez sans doute : «Voyez la paix, le calme, la stabilité de ce ciel. Les étoiles conservent éternellement leur rang les unes par rapport aux autres. Le basculement de la terre peut, au gré des saisons, faire apparaître ou disparaître des constellations, mais les étoiles elles-mêmes sont immobiles et silencieuses… Erreur!


Les étoiles sont lancées dans une course folle. Elles nous paraissent immobiles parce qu’elles sont trop loin pour que l’on puisse, à l’œil nu, déceler leur mouvement. C’est un peu comme l’avion long-courrier qui, à une altitude de 30 000 pieds, vole à 7 ou 8 cents km/h et nous paraît se déplacer à la vitesse d’un escargot. Imaginez s’il était compagnon de voyage d’une étoile située à quelques années-lumière de nous et qu’un télescope de grande puissance pouvait l’apercevoir. À ces distances, il nous paraîtrait parfaitement immobile.


Et les étoiles ne se contentent pas de bouger. Elles grondent. Ce sont de hauts fourneaux qui consomment leur hydrogène et le convertissent en hélium dans un bruit d’enfer accompagné de fréquentes explosions. Les étoiles «chantent», comme disent les astronomes.


Très bien, elles bougent et grondent, direz-vous, et croire qu’elles sont immobiles et silencieuses est une illusion. Mais s’il y a une chose dont on peut être certain c’est que le ciel qui s’offre à notre vue n’est pas une illusion lui. Il est bien là, tel que je le vois.


Hélas, ça aussi c’est une illusion. Le ciel est menteur, on n’en sort pas. L’image que nous renvoie le ciel est fausse. Le ciel n’est définitivement pas ce qu’il paraît être. Et ceci parce que les étoiles qui nous paraissent toutes sur le même plan voguent en fait sur des plans différents. Deux étoiles, par exemple, peuvent nous paraître voisines alors que l’une est à cent années-lumière de nous et que sa voisine est cinquante mille années-lumière. Le rayon lumineux de la première est parti de son étoile il y a cent ans alors que le rayon lumineux de la seconde est parti il y a cinquante mille ans. Elles ont sans doute fait beaucoup de chemin depuis toutes ces années et l’une d’elles (ou peut-être les deux) est peut-être même éteinte aujourd’hui. L’image d’étoiles voisines qui vient frapper ma rétine est une image faussée. L’image entière du ciel nocturne est une image faussée.

 

«Mais comment donc, se sont demandé les Anciens, toutes ces étoiles et tous ces astres font-ils pour tourner ainsi autour de la terre ?» - car il était bien évident que la terre était au centre de l’univers et que c’était le ciel qui tournait. On a imaginé toutes sortes d’explications mais c’est le brave saint Thomas d’Aquin qui, en fin de compte, a fourni la réponse indiscutable : ce sont les anges qui, du battement de leurs ailes, poussent les astres pour les faire tourner. Voilà, tout était dit…jusqu’à ce qu’un moine polonais du nom de Copernic avance timidement l’hypothèse que c’était peut-être la terre qui tournait. Pour ne pas subir les foudres du Vatican, il eut la prudence de ne faire publier sa théorie que le jour de sa mort.

Mais l’italien Galilée prit la balle au rebond et, après de longues nuits d’observation du ciel avec sa lunette astronomique, se mit à claironner imprudemment que la terre tournait autour du soleil et non l’inverse. Coup de tonnerre au sein de l’Église : la Bible disait clairement que Dieu avait arrêté le soleil pour permettre à Josué de poursuivre et exterminer ses ennemis avant la fin du jour. Il était donc bien évident que c’est le soleil qui tournait. C.Q.F.D. Et la Sainte Inquisition força Galilée à s’amender. (Il est amusant, à cet égard, de noter que ce n’est qu’en 1992 que Jean-Paul II a réhabilité Galilée).

Essentiellement, Copernic et Galilée disaient que c’était le soleil qui était au centre de l’univers (héliocentrisme) et non la terre (géocentrisme). Cette affirmation faisait aussi scandale car, non seulement elle contredisit la Bible, mais elle laissait entendre que l’homme n’était pas le nombril de l’univers, thèse sur laquelle reposait l’édifice du christianisme.

Si révolutionnaire que fut la théorie de l’héliocentrisme, elle nous fait sourire aujourd’hui alors que nous savons que le soleil n’est qu’une banale étoile perdue dans l’univers qui n’a pas vraiment de centre.

N’empêche que, au-delà de leur valeur scientifique, les découvertes de Copernic et Galilée constituaient une véritable révolution culturelle : elles annonçaient que les phénomènes célestes n’étaient pas régis par les dieux comme on le croyait depuis Aristote mais que ces phénomènes avaient des causes naturelles que l’homme pouvait arriver à comprendre s’il se donnait la peine de les observer et d’en rechercher les causes. Ce fut une révolution à la fois scientifique et culturelle qui s’attira les foudres de l’église mais aussi des milieux conservateurs chez les soi-disant esprits scientifiques de l’époque.

 

 

Cet article a été rédigé par mon ami Jean MARCOUX, passionné d'astro-physique qui, en janvier 2013, a pris un aller simple pour rejoindre à jamais ses chères étoiles.

 

 

 

Pour prendre connaissance d'un précédent article de Jean Marcoux, cliquer sur son titre : 

 

Il était une fois l'atome - Hommage à Jean Marcoux

 

Et pour consulter la liste des articles de la rubrique CULTURE, cliquer sur le lien ci-dessous :
 

 

Liste des articles de la rubrique CULTURE
 

 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

Il était une fois la voie lactée
Il était une fois la voie lactée
Partager cet article
Repost0
6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 10:44
Le carnaval de Venise

 

Chaque année, le carnaval de Venise, comme celui de Nice ou de Rio, réunit un public et des participants nombreux dans des cadres exceptionnels où le passé renoue avec le présent afin de réactualiser des traditions anciennes qui mêlent les danses, les costumes et le goût de la fête. Mais  posons-nous néanmoins la question : d'où vient l'appellation ... carnaval ? Les linguistes avancent deux hypothèses. Le mot pourrait venir du latin  carnem levare, priver de viande, de chair, ce qui annonçait le carême - ou, au contraire, de carne vale, la chair prévaut, ce qui dans les deux cas concerne le même objet, dans le premier, la chair ou viande que l'on mange, dans le second la chair que l'on convoite. Le carnaval est, on le sait, une transgression des interdits, une exaltation momentanée de ce qui, d'ordinaire, est défendu. A Venise, dès la Renaissance, cette transgression atteindra des sommets et, malgré les interdits, sera encouragée régulièrement par le gouvernement et l'Eglise, peut-être comme soupape, si bien qu'il se maintiendra contre vents et marées tout au long des siècles de la République, dans un tourbillon de licence et de plaisir.


Point de masques lors des premières fêtes. L'usage semble s'être répandu après la conquête du Levant. Une loi de 1268 autorise le port du masque, non seulement pendant le Carnaval, mais pour une période de 6 mois. Les Vénitiens prirent alors l'habitude de sortir masqués, richement vêtus, les femmes arborant leurs bijoux, ce qui fut interdit par la suite hors du Carnaval qui débutait certaines années dès le 26 décembre sur la place Saint-Marc. Bientôt les artisans spécialisés dans la fabrication des masques eurent leur statut propre, leur corporation différenciée de celle des peintres. De nombreuses boutiques s'ouvrirent dans la ville permettant à chacun de s'approvisionner en masques et en déguisements. Parmi ceux-ci, il y avait la bauta ou masque noble qui était une sorte de capuchon de soie noir formant mantille sur les épaules et par-dessus lequel les gentilshommes portaient le tricorne. Le port de la bauta se complétait par celui de la larva ou volto, simple masque blanc qui donnait une allure quelque peu fantomatique à qui le posait sur son visage. Les nobles dames, quant à elles, cachaient leurs traits sous la moretta, masque ovale en velours noir.

 

1264956844_bals-autres-carnaval-autres-fetes-venise-italie-.jpg 

  

Mais chacun, les patriciens comme les gens du peuple, pouvait adopter l'un des nombreux travestissements en vogue : turc fumant la pipe, médecin de la peste, avocat allemand, espagnol, juif, homme sauvage, diable, maure, bossu, sans oublier les personnages familiers de la Commedia dell'Arte: Arlequin, Pulcinella, Pantalon, Brighella, Colombine. La liste des déguisements serait interminable. Pendant cette période particulière, qui permettait tous les écarts, les milliers de courtisanes de Venise faisaient des affaires en or. D'autre part, le travestissement favorisait la prostitution masculine, la promiscuité et les débordements. Des espions, à la solde du Conseil des Dix, masqués évidemment, traquaient à l'occasion la débauche des uns et des autres, enfin je parle de ceux qui avaient une position en vue, et que l'on pouvait ainsi dénoncer et déboulonner aisément. Des lois furent promulguées, interdisant aux hommes de se costumer en femmes pour pénétrer dans les couvents et à quiconque d'entrer masqué dans une église ou le parloir d'un monastère. En temps de peste, le masque était prohibé mais, une fois l'épidémie terminée, la folie reprenait de plus belle. Elle allait durer jusqu'à la chute de la République, le gouvernement autrichien n'autorisant plus le masque que dans le cadre de soirées privées. De plus, les Vénitiens, fidèles à leur grandeur passée, répugnèrent à faire la fête sous le regard de l'occupant.


 

1264956957_mlo561dx__wince_.jpg    

 

Quand Venise fut rattachée au royaume d'Italie, le Carnaval resta lettre morte. La cité des doges n'était plus alors qu'une ville provinciale, meurtrie dans son orgueil. Hormis quelques soirée mémorables organisées dans des palais par des personnalités comme le comte Volpi ou Charles de Beistegui, Venise s'était endormie comme le ferait une femme derrière son moucharabieh. Il fallut attendre les années 1970 pour que le Carnaval, à l'instar du phénix, renaisse de ses cendres et, ce, sous l'impulsion de commerçants vénitiens et d'étudiants qui souhaitaient rendre un peu de féerie à leur cité.  Les tout premiers Carnavals tinrent davantage du happening  que de la fête longuement préparée et c'est peut-être cette improvisation et cette spontanéité qui eurent raison des réticences et contribuèrent à son succès. Maquillages et costumes firent leur ré-apparition, de même que les masques. Des soirées eurent lieu dans des appartements, des restaurants, dans les rues et le Carnaval de Venise put bientôt rivaliser avec celui de Rio. L'impact commercial et promotionnel d'une telle manifestation n'échappa à personne et nombreux furent ceux qui désirèrent s'investir davantage dans une manifestation devenue officielle, sans comparaison avec les premières flambées improvisées instituant bals, feux d'artifice et événements spectaculaires. D'autant que ces fêtes avaient le mérite de rendre vie à la cité au moment où l'humidité et le froid  n'incitaient guère les touristes à venir y séjourner. Si bien que ce Carnaval est redevenu, depuis une vingtaine d'années, une véritable institution que de nombreux amateurs ne voudraient manquer pour rien au monde. Les Vénitiens s'investirent les premiers  dans cette résurrection qui procure à leur ville une manne inespérée. Spectacles et animations fleurissent un peu partout et une foule cosmopolite, qui joue le jeu avec enthousiasme, se donne rendez-vous sous le signe d'un travestissement éphémère qui la rend soudain tout autre. En une quinzaine d'années, le masque a rejoint la gondole parmi les objets qui symbolisent le mieux Venise. Vous en verrez exposés dans  les vitrines de la cité lacustre à quelque époque que vous vous y rendrez. Des artisans de talent confectionnent de très beaux modèles, soit inspirés de la tradition, soit de leur imagination. Et quelle cité autre que Venise pouvait mieux servir d'écrin à un cérémonial païen où chacun semble devenir le fantôme de lui-même ?

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

1264956655_carnaval-venise-plus-beau-carnaval-auquel-ayez-a.jpg 1264941085 carnaval de venise 2003 021 422x317

 

 

autres articles concernant Venise :

 

Revoir Venise

 

Venise et les îles de la lagune

 

Venise et les écrivains

 

Marcel Proust à Venise

 

La République de Venise pourrait-elle encore servir d'exemple ?

 

Et pour consulter la liste des articles de la rubrique CULTURE, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

Liste des articles de la rubrique CULTURE

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Le carnaval de Venise
Le carnaval de Venise
Le carnaval de Venise
Partager cet article
Repost0
30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 08:59
Revoir Venise
Revoir Venise
Revoir Venise

 

 

On nous avait dit : partir à Venise en novembre, c'est prendre le risque d'avoir à subir " l'acqua alta" soit l'eau haute et se promener dans la Sérénissime avec des bottes d'égoutier ou encore la visiter sous la pluie et dans la brume. Eh bien, nous avons eu raison de céder à notre désir et de nous rendre à Venise, en dehors des invasions touristiques qui sévissent d'avril à octobre, dans une ambiance joyeuse, certes, mais moins encombrée et par un temps quasi estival, sans un nuage, ce qui nous a procuré l'agrément de marcher des heures sans fatigue et de déjeuner au bord du Grand Canal ou des innombrables " rii" ( petits canaux ) en compagnie des chats, des pigeons et des moineaux. Comment parler de cette ville, quand on sait que tout a été écrit et par des plumes savantes, allègres et poétiques, dont les noms suffiraient à former la plus grande académie littéraire du monde, mais chacun a sa Venise comme on a son Saint-Pétersbourg, son New-York, son Istambul ou son Paris, et pourquoi se priver du bonheur de se remémorer cette plongée dans la beauté, cette félicité qu'éprouve le piéton que nous redevenons, loin des voitures et de ses désagréments urbains, lorsque nous nous laissons égarer dans la cité lacustre enclose dans le rempart liquide de sa lagune, et que nous déambulons, tout à loisir, au hasard du réseau compliqué de ses ruelles ( calli ), des recoins ombreux de ses places ( campi ), au long de ses venelles tortueuses, ce qui permet d'en respirer l'odeur marine, de s'imprégner de ses couleurs chatoyantes, d'apprécier la floraison architecturale de ses palais, ses tapisseries de marbre, de pierre et de brique et d'y contempler l'enchantement persistant de ses lumières. Et cette lumière, Venise la doit en partie à l'air marin qui l'enveloppe et agit comme un prisme, en rehaussant les tonalités infinies et jouant de l'effusion solaire pour parer ses dômes et campaniles d'un vernis doré, et les façades de ses palazzi d'une brillance d'émaux. Oui, comment s'empêcher de parler de Venise ?

 


Si l'on peut à tout moment s'embarquer à bord d'une gondole ou d'un vaporetto, le voyage le plus dépaysant n'en reste pas moins celui que l'on accomplit dans l'histoire et la culture, tant celles-ci se sont inscrites dans la moindre de ses pierres, sous la plus modeste de ses voûtes, dans le ressaut de ses corniches et tant l'épopée de cette ville unique au monde remonte loin - vers l'an 421 - dit-on - lorsque les invasions poussèrent les habitants de la terre ferme à se réfugier dans les îles insalubres de la Lagune. L'une des premières à avoir été habitée se nomme Torcello, dont je vous parle dans l'article que j'ai consacré aux îles, du moins celles que j'ai eu l'opportunité de visiter. Pour l'instant, consacrons-nous à la Sérénissime qui captive tellement que l'on ne pense qu'à une seule chose, lorsque l'avion ou le train vous reconduit chez vous : revoir Venise !

 

Oui, cette histoire est frappée à l'angle du moindre fronton, sur la plus petite arcade, les voussures, galeries, ponts, arches, depuis le groupe mystérieux sur lequel on s'est longtemps interrogé et qui est formé par les quatre tétrarques de style égyptien-syrien du IVe siècle, ceux que la légende vénitienne nomme «Les quatre Maures" et qui, vraisemblablement, seraient l'empereur Dioclétien et trois autres chefs de la tétrarchie romaine. Ils sont de nos jours enchâssés dans le mur d'angle de la basilique Saint-Marc. La splendeur de Venise fut d'abord celle de ses doges, de son arsenal qui comptait 16.000 charpentiers et calfats au XVe siècle, de sa conquête des mers, de son génie du commerce et des affaires et de son gouvernement stable, constitué par un Grand Conseil que présidait un doge. Le doge était le personnage central de la république vénitienne. Sa fonction était essentiellement représentative. Vêtu de pourpre et d'hermine, portant sur la tête le «corno ducal", il incarnait la grandeur et la richesse de la ville. Les limites de son pouvoir n'en étaient pas moins fixées dès son élection, le doge s'engageant par serment à ne jamais outrepasser ses droits. A l'un d'eux qui eut cette tentation, la tête lui fut séparée du corps. Son élection procédait d'un cérémonial extrêmement compliqué, mêlant divers scrutins et tirages au sort, afin d'éviter les intrigues. Mais l'existence de ce haut magistrat n'était pas forcément enviable. Sa famille était tenue à l'écart de certaines dignités, lui-même ne pouvait sortir seul ou quitter Venise et devait renoncer à ses activités commerciales et lucratives.



Cent vingt doges se sont succédé de 697 à 1797, à la tête d'un gouvernement de onze cents ans qui força l'admiration de l'Europe. L'âge d'or du commerce, du XIIIe au XVIe siècles, lié à l'extraordinaire expansion territoriale de la République et à la puissance de sa marine, s'explique également par la solidité de sa monnaie. C'est la pratique du compte courant qui naît, de même que celle de la lettre de change. Cependant en 1797, le glas sonne pour la République de Venise déjà affaiblie par la concurrence maritime des autres pays d'Europe et par le commerce qui s'est intensifié avec les Amériques. Un jeune général, un certain Napoléon Bonaparte, âgé de 28 ans, à la tête de l'armée française, est allé bousculer les Autrichiens et les a poursuivis jusqu'en Italie, où il a investi Vérone. Le 12 mai 1797, Bonaparte exaspéré par l'attitude des Vénitiens qui agissent par guérillas sournoises, leur déclare la guerre et finalement Le Grand Conseil, qui a louvoyé longtemps et n'a pas d'unanimité, accepte l'abdication du Doge, la suspension du Sénat et du Conseil des Dix, remplacés en catastrophe par un gouvernement provisoire. Le 18 Octobre, Bonaparte signe le traité de Campoformio par lequel l'Autriche et la France se partagent ce qui reste de la Sérénissime. C'est ainsi que le "Quadrille des chevaux de Saint-Marc", qui a heureusement retrouvé sa place depuis lors, orna un moment l'arc-de-triomphe du Carrousel aux Tuileries. En 1806, Napoléon reprendra Venise aux Autrichiens et proclamera son beau-fils Eugène de Beauharnais, vice-roi d'Italie ( 1805-1814). Après la chute du Premier Empire, Venise passera de nouveau entre les mains des Autrichiens, qui ne feront pas grand chose pour elle, avant d'être définitivement rattachée à l'Italie en 1866 à la suite d'un plébiscite. Désormais elle en partage le destin, ce qui lui a valu de nouvelles épreuves : bombardements entre 1915 et 1918, occupation nazie à la chute de Mussolini et, pour couronner le tout, des catastrophes naturelles : l'écroulement du campanile de Saint-Marc en 1902, les inondations de 1916 et de 1966, mais rien ne saurait l'abattre. Comme le phénix, elle renaît de ses cendres et a renforcé, dès 1893, son prestige culturel en créant la Biennale internationale de l'art contemporain et, plus récemment, en 1932, la Mostra qui se déroule chaque fin d'été au Lido.

 


De nos jours, Venise doit faire face à trois problèmes : l'exil de sa population dans une ville où l'immobilier est devenu très cher, la préservation de la cité et de sa lagune, ainsi que la restauration et la sauvegarde de ses monuments. Elle s'y emploie grâce aux ressources d'un tourisme de près de 2 millions de visiteurs par an et par les dons octroyés par quelques puissants mécènes. Mais cela suppose également des désagréments d'un autre ordre.

 

197383_4W3HJRBS2264DPQ3QX6NPBPPVWK35A_venise1_2201_H215107_.jpg 

 

Venise, née de l'onde et toujours en proie aux caprices des marées, dont la plus belle avenue est une voie d'eau, ce Canal Grande qui s'ouvre sur l'Adriatique et la Méditerranée, a vu se hisser et s'affaler les voiles de milliers de vaisseaux, ceux de la conquête d'abord, ceux du commerce ensuite, qui partaient chargés des bois du Trentin, du fer de Carinthie, des verres et cristaux de Murano, du cuivre et de l'argent de Bohême et de Slovaquie, et revenaient avec les cuirs de Chypre, les céréales de Crète, les parfums d'Arabie et les épices des Indes, que les marchands musulmans vendaient en Egypte. Que de caraques et de galères se sont croisées ici, à la pointe de la presqu'île de Dorsoduro occupée par la douane de mer ! Mais certains voyageurs ne se contentèrent pas de suivre ces itinéraires presque routiniers. Ainsi Marco Polo, qui a consigné le récit de ses expéditions lointaines dans le «Livre des merveilles" ( 1298 ), embarquera à l'âge de 15 ans et passera vingt-cinq années de sa vie en Asie, avant de se rendre en Chine, de traverser l'Anatolie,  le Pamir et le désert de Gobi, d'escorter une princesse mongole jusqu'en Perse et de regagner enfin sa ville natale. A sa suite, les Vénitiens choisiront un autre itinéraire par le Tigre, l'Euphrate et la mer Caspienne pour se rendre à leur tour en Chine avec laquelle ils commerceront.

 


Souvenons-nous que l'art de la régate est une invention vénitienne. Ce genre de divertissement permettait à la "Reine des mers" de maintenir en excellente forme des rameurs capables de servir à tous moments sur les galères militaires. De tous les bateaux civils, aucun n'est plus populaire que la gondole, qui a tant frappé l'imagination des visiteurs et demeure le symbole de la ville. Chateaubriand, surpris de leur couleur noire, crut, en apercevant pour la première fois des gondoles, qu'il assistait à quelque funéraille ! Et il est vrai qu'à Venise les morts sont conduits au cimetière de San Michelle par bateau. Théophile Gautier sera ravi par le spectacle des gondoles auxquelles il consacrera ces lignes : " La gondole est une production naturelle de Venise, un être ayant sa vie spéciale et locale, une espèce de poisson qui ne peut subsister que dans l'eau du canal. (...) La ville est une madrépore dont la gondole est le mollusque ". Quant à son origine, elle reste obscure. Peut-être existait-elle déjà dans les premiers temps de la Cité ? Nous savons avec certitude qu'elle voguait sur les canaux vénitiens au détour du XIe siècle.

 

 

Mais revenons à nos doges qui, à l'exception de trois ou quatre d'entre eux, n'ont pas laissé dans l'histoire de leur ville un souvenir impérissable, sinon celui de bons gestionnaires, leur pouvoir restreint ne leur octroyant que la charge de veiller au bon fonctionnement de la Sérénissime, d'assurer une permanence et de faire respecter les lois que promouvait un gouvernement oligarchique très moderne de par ses structures souples et son esprit collégial. Non, en dehors de Enrico Dandolo qui contribua à la chute de Constantinople alors qu'il avait près de 90 ans, de Sebastiano Venier, vainqueur à Lépante en 1571 ou de Francesco Morosini qui reconquit la Morée ( Péloponnèse ) en 1694, leurs portraits s'alignent dans l'une des salles du palais sans nous évoquer de flamboyantes épopées. Au final, ce sont les artistes qui ont marqué la ville de leur empreinte persistante et non les détenteurs du pouvoir ou les grands marchands, dont ces 200 familles qui contribuèrent à sa fabuleuse richesse. Mais cette richesse aura eu le mérite d'être bien employée et de permettre à des artistes incomparables de donner leur mesure. Oui, la Venise que l'on admire aujourd'hui, dans laquelle on se plaît à flâner, qui a résisté aux outrages du temps et, parfois, à l'inconséquence des héritiers, est bien la Venise de Palladio, Sansovino, Tiepolo, Véronèse, Carpaccio, Tintoret, Lombardo père et fils, Coducci, le Titien, Bellini, da Ponte, Scamozzi, Longherra, Benoni, Longhi, Canaletto, Guardi, Falcone, Fumiani, Sardi, Tremignon, Rossi, Massari, Boschetti, Veneziano, Bassano, Ricci ou Canova. Ce sont eux qui ont édifié les palais, les ponts, les demeures patriciennes, les basiliques, les campaniles, les loggias, les galeries, les innombrables églises, ont réalisé les fresques, les mosaïques, les pavages, les statues, les plafonds peints, les sculptures, les ferronneries, eux qui surent allier les styles, le byzantin, le gothique fleuri, le néo-classique, le baroque, et faire de leur ville une patrie des arts et un hymne à la beauté. Ici les chefs-d'oeuvre prolifèrent comme si le génie avait été contagieux et du palais des doges à la plus humble chapelle ne cessent de solliciter notre regard.

 

 

La ville, dans sa complexité urbaine, compte six quartiers, tous différents les uns des autres, organisés autour de son Grand Canal, merveilleuse artère, limpide ou sombre selon l'humeur du ciel et des saisons. En effet, rien de comparable entre l'animation populaire de la via Garibaldi à Castelo, le fourmillement commerçant du Rialto ou la douceur de vivre qui émane de certains coins du Dorsoduro. Et aucune similitude entre les abords du Grand Canal et ses luxueuses demeures et le calme presque villageois du nord de Cannaregio. Ville dont les limites sont définitivement fixée, elle se morcelle en une infinité d'îlots reliés par plus de 400 ponts à degrés, ce qui la sauvera de la transformation brutale dont tant d'autres villes eurent à souffrir. Si bien que les Vénitiens d'aujourd'hui ont, à peu de choses près, les mêmes modes d'existence que leurs ancêtres et, ce, dans un décor intemporel. L'absence de véhicules à roues permet aux piétons de vivre leur existence de piéton en toute quiétude et de circuler sans danger, ni contrainte, se laissant gagner par l'harmonieux silence où ne se perçoivent que les voix, l'écho des pas, les chansons, le roucoulement des pigeons et les cloches qui sonnent les heures. Menant la vie normale de l'agora et des forums, ce piéton  conserve les privilèges de l'être humain à son meilleur stade de civilisation. A vivre ainsi au contact de la beauté ne retrouve-t-il pas naturellement sa bienveillance et son urbanité, celles même des Vénitiens toujours bien disposés à vous indiquer votre chemin lorsque vous vous égarez dans le bienheureux labyrinthe des calli.

 

 

Dans cette plénitude de beauté que nous devons à nos ancêtres, je n'ai déploré que deux fausses notes, dues à ces désagrément d'un autre ordre dont je vous parlais plus haut, soit  la présence de plus en plus encombrante des marchands du temple et les graffitis qui viennent jeter sur les perfections d'antan les stigmates désolants de notre décadence.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

autres articles consacrés à VENISE :

 

Venise et les îles de la lagune

 

Le carnaval de Venise

 

Venise et les écrivains

 

Proust et Venise 

 

La République de Venise pourrait-elle encore servir d'exemple ?  

 

Et pour consulter la liste des articles de la rubrique ESPRIT DES LIEUX, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

Liste des articles de la rubrique ESPRIT des LIEUX

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

Revoir Venise
Revoir Venise
Revoir Venise
Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • : Grâce au pouvoir des mots, une invitation à voyager sur les lignes et interlignes.
  • Contact

TEXTE LIBRE

 4016234704 (Small)

Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

 Soëren Kierkegaard

 

Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche.

   Montaigne

 

Veux-tu vivre heureux ? Voyage avec deux sacs, l'un pour donner, l'autre pours recevoir.
   Goethe

 

 MES DERNIERS OUVRAGES PUBLIES ( cliquer sur l'icône pour accéder à leur présentation )

 

1184097919 profil de la nuit  2851620614

les signes pourpres  3190-NEL i 978-3-8417-7335-7-full

 

SI VOUS PREFEREZ LES IMAGES et le 7e Art, RENDEZ-VOUS SUR MON BLOG : 

 

Bannière pour Armelle 1 

 

 

Recherche