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22 août 2012 3 22 /08 /août /2012 09:09

 

 

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                             Ouglich

 

Je rêvais depuis longtemps d'un voyage dans la Russie profonde, celle que m'ont fait aimer des poètes comme Pouchkine et Tourgueïev, des écrivains comme Dostoïevski et Tolstoï, des musiciens comme Tchaïkovski,  Rimski-Korsakov, Rachmaninov, Prokofiev ou Chostakovitch, sans compter les ballets et les chants que j'ai pu voir et entendre, les icônes que j'ai admirées. Une terre démesurée, pleine de contrastes qui semble s'épuiser jusqu'au fin fond de ses steppes, se couvre des paysages les plus variés et dont l'histoire est sans doute la plus dramatique et la plus tourmentée des nations du globe. Ce souhait s'est enfin réalisé et nous avons passé, avec mon mari, treize jours entre Moscou et Saint-Pétersbourg en naviguant au fil de la Volga, des lacs Blanc, Onéga et Ladoga, usant du système des cinq-mers jusqu'à la Baltique et le golfe de Finlande. Un voyage inoubliable de près de 2000 kilomètres par voie d'eau, rythmé par des visions éblouissantes de villages, d'églises, de monastères, de forêts, à l'heure où les lilas et les aubépiniers sont encore en fleurs, dans un silence qui vous permet d'en mieux apprécier la beauté, celle d'une nature qui parait s'être immobilisée à tout jamais dans le temps.

 

Grâce à cette croisière fluviale, nous reprenons l'ancienne route des Varègues ( Vikings ) qui traversait le pays, à l'époque où n'existaient ni Moscou, ni Saint-Pétersbourg. C'est ainsi qu'au IXe siècle, Riurik, venu s'installer à Ladoga, puis à Novgorod, et  Oleg, descendu à Kiev, ont fondé l'Etat russe. Mais l'histoire la plus lointaine restera toujours vivante tant que la mémoire la gardera dans ses légendes, ses chansons, sa poésie, tant qu'elle renaîtra sur scène, au théâtre et à l'opéra, armée spirituelle d'une culture âgée de deux millénaires qui survit, tantôt discrète, tantôt visible dans son éclat, et ce cesse point de nous accompagner au long d'un périple qui nous mènera de la capitale politique à la capitale littéraire.  
 


Dès lors que l'on a quitté Moscou, le foisonnement doré des coupoles du Kremlin, les merveilles de la galerie Tretiakov, la majestueuse place Rouge ( qui signifie place belle ) et sa cathédrale Basile-le-bienheureux, la magie s'installe, tandis qu'au soleil couchant, derrière un rideau de bouleaux, se profile une admirable église ( la "Sainte Russie" ne fut pas une vaine appellation ) aux bulbes or et turquoise et à la façade blanche rehaussée d'ocre. Et que défilent les datchas colorées, groupées en troupeaux qui semblent être venus paître au bord de l'onde. Oui, rien n'est plus enthousiasmant que de découvrir la Russie depuis ses voies d'eau, sans oublier ce que ces canaux multiples reliés entre eux, ont coûté de souffrances et de vies humaines. Des canaux larges comme des fleuves, des fleuves vastes comme des lacs, des lacs immenses comme des mers que bordent des collines boisées, des forêts impénétrables parcourues par les loups et les ours, des plaines jamais monotones malgré l'immensité, car toujours ornées, ici et là, de hameaux, d'églises baroques et de couvents ancestraux. Egalement des villes qui renferment de ravissantes chapelles et des églises miraculeusement épargnées par les bolcheviques. Le soir qui s'éternise - fin mai la nuit ne dure guère plus de deux heures - l'esprit, encore bouleversé par les découvertes de la journée, on s'installe dans la solitude à la proue du bateau qui glisse sans bruit sur les eaux. Le paysage forme de toutes parts un écrin saisissant. Après avoir fait escale à Ouglich et à sa cathédrale Saint-Dimitri-sur-le-sang-versé qui rappelle l'assassinat du jeune prince, fils d'Ivan le Terrible par Boris Godounov ( selon la légende ), nous poursuivons notre route avec escales à Jaroslav dont les palais dominent la Volga, puis Goritsy. C'est là, dans les eaux de la Sheksna que, sur ordre du tsar, on noya la redoutable princessse Lefrossinia, celle que l'on voit grimacer d'épouvante dans le film  d'Eisenstein. Plus loin encore, ce sera l'incomparable ensemble du monastère de Saint-Cyrille-sur-le-lac-Blanc d'une beauté à couper le souffle, fortifié par le père de Pierre le Grand, le tsar Alexis, fondateur de la dynastie des Romanov. Mais une émotion plus forte encore nous attend quelques jours plus tard, en Carélie, sur l'une des cent îles du lac Onéga, devant la fabuleuse église en bois de Kiji et les trésors d'architecture paysanne transportés ici, parmi les herbes folles et les bosquets de lilas qui se hâtent de profiter du bref été, et que l'Unesco a placé sous sa haute protection.
 

 

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           Forteresse Saint-Pierre-Saint-Paul

 

 

Au terme de cette navigation, on aborde Saint-Pétersbourg, la ville miracle, tapisserie de méditation et de songe, ville intemporelle où les personnages de fiction apparaissent tout aussi réels que les poètes qui les ont imaginés, capitale conçue par un homme génial, Pierre Ier, tsar bâtisseur qui lui a conféré l'unité de son style et la magnificence de son urbanisme. Car, ici, tout a été pensé. Descendre dans le jour qui s'éternise la Néva bordée par ses innombrables palais, la succession de ses académies et de ses églises et, le lendemain, découvrir avec émerveillement le somptueux diadème des résidences d'été impériales qui ont noms Tsarskoïe Selo, Pavlovsk et Peterhof, où la forteresse de Saint-Pierre-Saint-Paul devenue la nécropole des Romanov, dont la flèche d'or s'élance dans le ciel couronnée par un ange - restera un souvenir inoubliable. Et plus particulièrement de l'avoir visitée lors des nuits blanches qu'Alexandre Dumas sut si bien décrire et qui prêtent à la ville, pour quelques semaines, une pâleur lunaire et un climat onirique unique au monde :


" Figurez-vous une atmosphère gris-perle, irisée d'opale, qui n'est ni celle de l'aube ni celle du crépuscule, une lumière pâle sans être maladive, éclairant les objets de tous les côtés à la fois. Nulle part une ombre portée. Des ténèbres transparentes, qui ne sont pas la nuit, qui sont seulement l'absence du jour ; des ténèbres à travers lesquelles on distingue tous les objets à une lieue à la ronde ; une éclipse de soleil sans le trouble et le malaise qu'une éclipse jette dans toute la nature ; un calme qui vous rafraîchit l'âme, une quiétude qui vous dilate le coeur, un silence pendant lequel on écoute toujours si l'on n'entendra pas tout à coup le chant des anges ou la voix de Dieu ! Aimer pendant de pareilles nuits, ce serait aimer deux fois. "

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

autres articles concernant mon voyage en Russie :

 

Saint-Pétersbourg ou le songe de Pierre

 

La Russie au fil de l'eau, de Moscou à Saint-Pétersbourg

 

Pavlovsk ou le sourire d'une nuit d'été

 

Tsarskoïe Selo ou la splendeur impériale

 

Peterhof ou la maison de Pierre


Moscou : pleins feux sur la capitale russe

 

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Ile KIJI
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4 août 2012 6 04 /08 /août /2012 08:02

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Après les sujets, sérieux,

au regard de certains, ennuyeux,
à notre humeur estivale,
pourquoi ne pas proposer,
pour bien commencer la journée,
un soupçon de gaieté.

 

 

                           LES QUATRE SAISONS    ( fable )

 

 

Un petit dieu écolo,
Et pas vraiment rigolo,
Eut un jour l'idée
A sa table de convier
Ces dames les quatre Saisons.
Elles s'en vinrent fort agrémentées
Et toutes quatre fort bien disposées
A l'écouter avec attention.

Devant ces belles invitées,
Il prit la parole en premier,
Et dit qu'il n'était pas normal
Que dans les terres australes,
L'hiver ne laisse pas place
A des saisons plus conviviales.
Là-bas, tout n'est que froid et désolation,
Sous le joug d'une seule saison.

Quel ostracisme ! s'emporta dame Hiver
Qui, toute vêtue de blanc
Et plus froide qu'une pierre,
N'entendait pas se laisser faire.
J'ai cru comprendre qu'à l'équateur,
Où dame Eté demeure,
Il règne une telle fournaise,
Que l'on se croirait aux enfers !

Dame Automne et dame Printemps,
A leur tour, prirent la parole
Pour signifier élégamment,
Qu'ici, une lichette d'automne
Et que là, une pincée de printemps,
Suffiraient à changer le temps.
Plus de fraîcheur à l'équateur
Et aux pôles moins de rigueur,
Le tour est joué au pied levé,
Conclut le petit dieu écolo
A l'adresse de ses invitées.

Pas si simple, ironisa dame Hiver,
Que l'on savait plutôt sévère.
Que l'on m'accorde plus de soleil
Et ma calotte glaciaire
Risque de fondre sur vos têtes.
N'y avez-vous donc pas songé ?
Les convives se regardèrent
Mêmement embarrassés.
Quant à moi, dit dame Eté,
Sur un ton plus enjoué,
Attention qu'une bise perfide
Ne vienne pas enrhumer
Mon poumon forestier.
Une méchante pneumonie
Et le voilà anéanti.
Oh ! gémit notre écologiste
Qui, moins assuré des services
Que la Science pouvait offrir,
Se sentait très déprimé
D'être si mal éclairé.
Qu'il pleuve à la Saint-Médard
Et qu'il gèle aux Saints de glace,
Mieux vaut ne toucher à rien
Et que la Terre se porte bien.

 

                           Armelle BARGUILLET  ( Extrait de mon ouvrage : La ronde des fabliaux )



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Pour se procurer l'ouvrage, cliquer  ICI

 

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28 juillet 2012 6 28 /07 /juillet /2012 08:36

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La Méditerranée

 

 

O vous qui avez les paupières meutries, hélas !

donnez-vous en festin l'immensité des mers.

                                                   John KEATS

 

 

Puisque la France a le privilège d'être baignée par deux mers étrangement contrastées, la Méditerranée et la Manche, pourquoi ne pas prendre plaisir à brosser leurs portraits et à évoquer, pour le lecteur amoureux des vastes horizons, ces visages de mers.

 

C'est d'abord la lumière qui joue le rôle phare. Celle du Sud a quelque chose de triomphal. Elle tombe du ciel comme une pluie éblouissante, elle tranche les couleurs à vif, sans ménagement ; les verts y sont presque violents, les bleus ont une intensité à nulle autre pareille, les reliefs se superposent avec netteté, la pierre irradie une blondeur incomparable et il y a dans l'air quelque chose qui ne cesse pas de chanter. C'est une région de vignes, de fruits et de fleurs qui prend feu aux ardeurs méridiennes, que l'on subit comme un envoûtement, qui délivre ferveur et volupté et dont les nuits sont presque des jours.

 

Celui qui découvre le Sud pour la première fois est immédiatement séduit par un territoire parcouru de légendes, partagé entre ses terres vinicoles, ses ports enchâssés dans des criques, son semis d'églises romanes et de monastères, ses fontaines, ses villages fichés au-dessus d'abîmes, et, dominant les terres basses de leur sombre fierté, des massifs comme façonnés dans le métal.

 

Bien différent est le pays normand, son souple bocage, sa campagne qui vient vagabonder jusqu'à l'extrême bord des eaux, ses marais, ses pâtures, ses jardins travaillés aussi savamment que son habitat, ses plages immenses que dénude le reflux, pays végétal comme il en est peu, qui joue avec la mer à qui perd gagne.

 

Alors que la Méditerranée est versatile et séduisante comme une très belle femme, dont les humeurs chargées d'orages n'ont d'égal que les extases langoureuses, lorsqu'elle offre au regard l'inaltérable beauté qui a fait d'elle la plus louée et la plus chantée des mers, la Manche est d'autre nature.

 

Ainsi que le sont les femmes de la côte ouest, résistantes et besogneuses, bien qu'un peu raides dans le maintien, sachant l'effort et la rudesse, les longs hivers et les fréquentes pluies, cette mer, forte et épaulée, empreinte la même attitude et leur ressemble comme une soeur. Pas capricieuse, mais dure à la quille, farouche, houleuse et froide, elle se tourne vers un horizon voilé de brumes. Pour elle, le ciel déroule ses dégradés de gris, la gamme de ses pastels, sa lumière tamisée pareille à une musique et comme en proie à une retenue. On a l'impression que mer et ciel cherchent à se confondre dans une étreinte, alors que la Méditerranée se plaît davantage à se contempler dans le miroir bienveillant qui la renvoie.

 

Autre différence entre ces mers qui baignent notre littoral : alors que l'une est en partie orientée au levant, vers la lumière qui naît, la terre qui commence, l'or des premières lueurs, le printemps du monde, la puissance d'un soleil qui monte et se déploie ; l'autre regarde vers le couchant, la fin du jour, l'automne du monde, la terre qui finit, le crépuscule marqué par le flamboiement de ses ultimes rayons. Aussi l'homme d'un pays, qui est le point de rencontre du jour et de la nuit, sera-t-il fatalement attiré par le départ, appelé par ce quelque chose qui fait revivre et renouvelle...

 

Malgré ce qui les oppose, nos deux mers ont en commun leur respir, les bateaux qui hissent les voiles, le cri rauque des oiseaux du large. Si bien que le promeneur attardé, qui pose son regard vers les lointains, est-il captivé par la  mouvance du flot " toujours recommencé ". Rien de fixe, rien de précis, seulement l'onde qui ne se laisse capter ni par la grève, ni par le port. Ici est le lieu d'expansion de l'imaginaire, où se fait et se défait l'inattendu et où la notion d'impossible n'est là que pour contredire le possible. Bravade éternelle de l'ailleurs et de l'autre part où nos rêves s'acharnent à se construire.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

 * Cet article a été publié dans la revue du Deauville-Yacht-Club en 2003

 

 

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P1060607.jpg  La Manche

 

 

 

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26 juillet 2012 4 26 /07 /juillet /2012 09:13

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C'est en 1975 que je me suis immergée dans l'oeuvre de Proust. Peu d'auteurs n'avaient, jusqu'alors, produit sur moi une telle impression. Il m'avait fallu attendre mes trente ans pour m'engager dans une expérience dont je ne doutais pas de l'importance révélatrice, mais qu'il me paraissait préférable de n'aborder qu'après avoir accompli un certain parcours intérieur. Ce que l'on m'avait enseigné de Proust, durant mes études, m'avait permis d'apprécier la finesse de ses analyses, le charme envoûtant de ses phrases qui ne nous lâchent qu'après nous avoir conduits là où nous devons aller, c'est-à-dire au plus profond.

 

A la suite de La Recherche, j'avais lu un certain nombre d'ouvrages consacrés à l'écrivain, entre autres, celui de Georges D. Painter, dont le parti pris freudien avait pour conséquence de circonscrire l'auteur du Temps Retrouvé dans l'enclos fécond mais fangeux de ses névroses, déviations sexuelles et obsessions, ce qui m'avait particulièrement irritée. La démonstration du dramaturge anglais, pour savante et laborieuse qu'elle fût, ne pouvait me convaincre que le génie de Proust ait pu jaillir de ces seuls désordres psychiques. Il y avait autre chose, ce miracle qu'il avait si bien su évoquer dans Contre Sainte-Beuve cette rencontre inouïe avec l'inspiration, ce dépassement de soi irrésistible, cette entrée dans la demeure de l'esprit où les légendes se fondent, qui permet au créateur d'affronter sa création et de la rendre possible.

 

L'être humain ne peut se résumer à ses instincts, ses pulsions, ses humeurs sans en être dangereusement réduit : non, l'homme, selon Proust, est habité de songes, d'impressions qui se conservent intacts et que la mémoire peut réactualiser à tous moments, aussi est-ce notre intuition et notre capacité de ressouvenance qui éclairent notre conscience et nous aident à défier le temps.

C'est pourquoi, il m'a paru intéressant, en réaction à cette approche trop psychanalitique, d'aller au-devant de Proust par une autre voie, celle qu'emprunta cet auteur qui n'eut de cesse de percevoir l'envers du réel afin d'atteindre l'essence des choses, et où il se laisse plus volontiers aborder. Ce compagnonnage ne s'est pas affadi depuis ; la providence a même voulu que j'habite dans une avenue qui porte son nom, à proximité d'un manoir que fit construire, dans les années 1890, l'une de ses amies les plus chères, Madame Straus, et où, au printemps, les aubépines abondent...

 

La pérennité du souvenir est notre éternité et il n'y a rien d'éphémère que nous ne soyons capables de faire revivre, si bien que nous possédons, malgré nos faiblesses et nos insuffisances, le pouvoir de rendre au passé la fraîcheur et la réalité du présent, de le faire réapparaître dans une plénitude plus parfaite et mieux accomplie, comme si les événements et les scènes de jadis revenaient à nous dans la lumière d'un jour meilleur, comme si les chemins où nous nous égarions, convergeaient soudain afin de nous convaincre que la vérité ne se dévoile qu'après que nous l'ayons croisée, ainsi que ces fruits exotiques qui ne parviennent à maturité que longtemps après avoir été cueillis.

 

La Recherche n'est pas une lecture innocente, et nombreux sont ceux qui la délaissent dès le premier tome, parce qu'ils ne voient en cette suite de romans qu'une fastidieuse introspection, qu'une maniaque quête de soi. Ils vous diront que Balzac avait conduit une semblable démarche, mais en élargissant le spectre à tous les milieux sociaux, que Saint-Simon l'avait fait également, mais en y incluant un fantastique témoignage historique. Mais Proust ? Le milieu étroit où il situe La Recherche, ce parisianisme mondain du XIXe et du début du XXe siècle méritaient-ils autant de pages, de patientes descriptions et un inventaire aussi scrupuleux des faiblesses humaines, car ces personnages ne sont-ils pas désespérément banals ? Mais, c'est parce qu'ils le sont, et que les plus menus soucis les agitent, qu'ils nous semblent si vrais !

 

Rien ne va plus loin que ce subit ralentissement où Proust plonge son roman, comme si avec sa plume, il agissait à la façon d'un cinéaste qui projetterait son film à une vitesse inférieure à la normale, fractionnant ainsi chaque geste. Proust a peint ses personnages de cette manière, en décomposant le temps, en freinant l'image, en représentant les scènes en sur-dimension, au point qu'elles se livrent de l'intérieur, comme si nous étions happés par ce temps tellement décalé qu'il épouse le rythme du nôtre.

Proust n'a cessé de jouer avec l'illusion, en prestidigitateur : tout en usant des outils les plus tangibles, des faits les plus concrets, il a, grâce à la cadence qu'il a adoptée, modifié notre perception. Sa Recherche, bien que privée d'action, est en  définitive une épopée. On y est en transhumance dans des steppes de perplexité et de solitude, on a l'impression que pèse un ciel d'apocalypse, on y devine dans le rire d'une jeune fille, une détresse qui confine au désespoir. On se sent d'autant plus humain, que l'humain semble s'y briser.

 

Proust nous a pris par la main. Ce n'est plus seulement le montreur de marionnettes, le ventriloque ; il est devenu notre ami, notre confident et sa phrase murmurante ne cesse plus d'éveiller au secret du coeur un surprenant écho. Quelle est cette voix venue d'ailleurs avec l'intonation de la nôtre ? On ne peut nier l'influence que Proust exerce sur son lecteur. Peu d'écrivains ont suscité un tel engouement, une telle dévotion. Peu sont lus avec une telle curiosité, peu ont inspiré un aussi grand nombre d'études. Cette Recherche  est à l'origine de centaine d'autres, comme si on renvoyait, par un jeu de miroir, à cet auteur qui s'est intéressé à presque tout ce qui concerne l'homme, son image magnifiée par les effets causés par sa propre réflexion. On rejoint là cette communion des esprits à laquelle il croyait et, qu'en avance sur son temps, il pensait scientifiquement possible. Il devinait que le néant contient toujours quelque chose. Aussi, je suppose que les découvertes de la mécanique quantique l'auraient enthousiasmé et conforté dans cette idée que la pensée a assez de force pour animer la matière et lui donner un sens.

 

Rien d'étonnant que des créateurs tels que lui, dont l'esprit fut si fécond, produisent bien après leur mort un réseau d'ondes pensantes qui nous prouvent que l'univers rêvé peut s'établir en une unité plus probante que la réalité perdue. C'est donc que La Recherche est sortie victorieuse des ornières du temps. Elle ne s'y est pas enlisée, à l'exemple d'autres romans, trop encombrés d'un réalisme pesant. Rien ne pèse dans l'univers de Proust. D'autant moins, que ce qui compte pour l'écrivain, c'est que l'art libère les énergies, transgresse les frontières, éclaire les ténèbres et outrepasse les limites du temps. Si bien que l'artiste, enseveli dans la nuit du tombeau, ne cesse plus de dialoguer avec les générations futures.

 

Avant-propos de mon essai :  " Proust ou la recherche de la rédemption " ( Préface de Michel Brethenoux, agrégé de l'Université )

 

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Proust ou la recherche de la rédemption
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18 juillet 2012 3 18 /07 /juillet /2012 09:07

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Philosophe atypique, Gaston Bachelard est avec Heidegger, l'un des derniers de ces rêveurs qui partirent à la découverte des origines et des pouvoirs du langage sans se croire, pour autant, autorisés à légiférer à propos de l'impalpable, de l'invérifiable. Sans nier que des structures fondamentales pussent sous-tendre et articuler le réel, ils étaient de ceux qui accordaient à l'intuition, à l'affectivité, aux sens, leur part d'initiative. Il semblait à ces philosophes que parler de la vie pouvait se faire à l'intérieur de la vie. "Il est vrai que les chemins où nous convie Bachelard sont davantage remplis de mûres, de papillons, de lueurs furtives, écrit Gil Jouannard, que d'éclatantes vérités vérifiables par la théorie ... Mais la poésie aide à bien respirer, et cela nous ouvre un grand appétit. La lecture de Bachelard est une lecture de gourmands, pour gourmands." Aussi laissons-nous emporter par ses mots. C'est alors tout un monde qui nous hèle, nous tire à grand effort vers des sommets défendus par des ronces. Des éclairs surgissent, des lueurs se discernent à peine, des pistes s'ébauchent à travers une végétation qui aussitôt les réabsorbe, ne leur octroie que la mesure du désir inassouvi.

 

 

  -  LA SOLITUDE - LA NUIT -

 

 

"J'irai donc ce soir méditer sur ma terrasse, j'irai voir travailler la nuit, je me donnerai tout entier à ses formes enveloppantes, à ses voiles, à l'insidieuse matière qui comble tous les angles. J'essaierai de sentir une à une les heures de cet automne, ces heures encore actives pour mûrir le fruit, mais qui perdent peu à peu la force de défendre les feuilles qui quittent l'arbre. Ces heures, elles sont vie et mort, ensemble.
Une feuille qui tombe dans la nuit, est-ce un souvenir qui veut l'oubli ? Vouloir l'oubli, c'est la manière la plus aiguë de se souvenir. Une petite souffrance que l'on détache comme une feuille fanée, est-ce vraiment la preuve que le coeur s'apaise ? Au niveau du tilleul qui caresse la terrasse, près du murmure des branches, j'oublie ma tâche humaine et les soucis du jour ; je sens se formuler en moi la méditation oublieuse, une méditation qui laisse envahir les objets par la brume, qui, dans la nuit, se désintéresse de ses exemples. Suis-je heureux de voir l'univers se simplifier ? Suis-je heureux d'être moins près de mes images, plus isolé par une vision feutrée, plus seul ? Suis-je heureux d'être seul dans l'automne de ma vie?... La solitude dans le monde est tout de suite une vieillesse d'âge.


(...)


Je croirai donc ce soir au repos des choses dans la nuit. Je donnerai mon bonheur et ma paix à cet univers simple et tranquille. Mais, tandis que je rêve si doucement, quelques souffles réveillent une peine endormie. Vais-je douter avec ma peine, comme un coeur cartésien, en donnant à un regret perdu un sens universel ? O coeur, défends ta paix ! ô nuit, défends ta certitude !
Mais où travaille-t-il donc, ce doute qui vient de sourdre ? D'où sort-elle, cette voix qui, du fond de la nuit, murmure posément : Pour tout cet univers, tu n'es qu'un étranger !

 


(...)

 
Voici que je doute au-dessous même du minimum de doute, en un doute informulé, en un doute inconscient, matériel, filtrant, qui trouble une matière tranquille. La nuit noire n'est plus clairement noire. La solitude, en moi, s'agite. La nuit te refuse sa solitude évidente. Tu es repris par un chagrin ancien, tu reprends conscience de ta solitude humaine, une solitude qui veut marquer d'un signe ineffaçable un être qui sait changer. Tu croyais rêver et tu te souviens. Tu es seul. Tu as été seul. Tu seras seul. La solitude est ta durée. Ta solitude est ta mort même qui dure dans ta vie, sous ta vie.


(...)

 
...Oui, cet arbre, ce tilleul frémissant est plein de branches, plein de feuilles, encore vivantes - et pas une pour toi ! Pour qu'une seule de ses feuilles soit pour toi, il faudrait qu'un être humain la cueille et te la donne. Tout don vient d'un tu. Le monde entier sans un tu ne peut rien donner. Les souffles du soir passent sur toi. Tu es seul, seul dans la nuit noire.
L'âme romantique en moi ne va-t-elle pas se détendre ? Quand les images s'éteignent, on entend si facilement un monde de murmures ! Cette nuit a aussi des voix charnelles. Comment ne pas entendre dans les jardins voisins tous ces bruits d'ailes, l'amour des oiseaux de la nuit ?

 

(...)


La preuve de ta solitude vient en cette heure où tu communies avec la paix des choses en une nuit paisible. Elle tient en cet instant subtil, cruel, net comme l'absurde - une flèche ! - où l'ondulation de la solitude heureuse et de la solitude malheureuse... Le coeur le plus tranquille devant la nuit la plus indifférente vient de creuser son abîme. Pour rien, sur rien, en mon coeur apaisé, le petit mot de la solitude, le mot seul vient de virer d'humeur. Ils sont rares, mais combien humains ! les mots dont la double sensibilité soit si nette, dont la valeur soit si fragile !


(...)


Voilà donc ton message de vie, ô pauvre songe creux ? Ton destin de philosophe est-il de trouver ta clarté dans tes contradictions intimes ? Es-tu condamné à définir ton être par ses hésitations, ses oscillations, ses incertitudes ? Dois-tu chercher ton guide et ton consolateur parmi les ombres de la nuit ?

 

 

             Gaston BACHELARD  ( Le droit de rêver )

 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Gaston Bachelard ou le droit de rêver
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12 juillet 2012 4 12 /07 /juillet /2012 15:33
Proust et le miroir des eaux

 

Pour quelle raison choisir de parler d'une oeuvre comme celle de Marcel Proust en prenant l'eau comme thème de réflexion ? Parce que jusqu'à ce jour, je n'ai pas eu connaissance d'un ouvrage qui traitait de ce sujet, alors que l'eau me parait habiter l'oeuvre ou, plus précisément, la parcourir, ainsi que le feraient un ruisseau, une rivière un fleuve, de même qu'elle la codifie et l'explique. Oui, cette recherche, qui se referme sur elle-même, cet univers clos n'est pas sans évoquer la configuration d'un lac qui, lentement, déroulerait ses berges imaginaires dans une lumière déjà gagnée par les ombres du passé, temps retrouvé qui viendrait boucler le cercle parfait du temps perdu.

 

 

A la suite de cette constatation, il m'a paru intéressant de m'interroger sur la place que tient l'eau dans le roman, sur le message qu'elle délivre, sur la force imaginante qu'elle anime, surtout si l'on tient compte que cet élément produit un type particulier d'inspiration. Déjà le titre retient l'attention : la recherche du temps perdu. Le temps qui passe n'est-il pas, en effet, pareil à l'eau qui coule et chacun de nous, dans le courant de sa vie, ne subit-il pas l'inexorable sort de l'eau qui s'épanche et fuit ? Ainsi l'eau coule comme nos jours, symbolisant mieux que les autres éléments la traversée, le voyage, la pureté, les profondeurs abyssales. Jamais l'homme ne se baigne deux fois dans le même fleuve, parce qu'ayant un destin identique au sien, il est à chaque seconde de sa vie semblable et différent. Et l'eau n'est-elle pas, par excellence, le symbole de ce qui se dérobe ? Prenons deux images : celle de la rivière qui s'égare définitivement dans le fleuve, celle du fleuve qui s'épuise à jamais dans la mer. L'eau est vouée à se perdre. Contrairement à la terre, elle est l'élément qui oublie de prendre forme. Elle favorise autant une rêverie du mouvant, du changeant, du transitoire, qu'elle s'associe au vertige de l'homme au prise avec l'insondable. Elle est enfin et surtout l'eau réfléchissante qui modifie jusqu'à l'apparence du monde. Le mouvement romanesque de La Recherche, épousant celui de l'eau, va osciller et s'inscrire dans l'espace qui se développe entre l'instant vécu et celui de sa mue poétique, entre la réalité de la vie et celle de la littérature, de manière à redoubler, comme le ferait un miroir, l'illusion créatrice et pour que cet univers réfléchi soit reformé par l'esprit. L'oeuvre ne prend définitivement son sens qu'au moment où elle s'affranchit de l'ordre du temps et de la vie et se métamorphose en une substance modifiée qui est celle de l'art. A l'art revient la mission de ré-imaginer la réalité, de la ré-inventer, de chercher à apercevoir sous de la matière, sous de l'expérience, sous des mots, quelque chose de différent, de façon à ce qu'elle ne soit ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre, ainsi que le paysage reflété n'est ni tout à fait réel, ni tout à fait vrai.

 

 

A l'évidence, l'eau parcourt l'oeuvre, donnant aux lieux, aux émotions leur coloration, leur lumière, leur expression, nous les offrant comme des visages aimés. Ce sont Combray et sa rivière fleurie de nymphéas, Balbec et la mer que le soleil brûle comme une topaze, la faisant fermenter, devenir blonde et laiteuse comme de la bière, écumante comme du lait, tandis que, par moments, s'y promènent çà et là de grandes ombres bleues que quelque dieu parait déplacer en bougeant un miroir dans le ciel. C'est encore Venise et ses canaux, comme la main mystérieuse d'un génie qui conduirait le poète dans les détours et lacis de cette ville d'Orient, semblant au fur et à mesure qu'il avance lui ouvrir un chemin creusé en plein coeur.

 

 

Dans Venise, ville d'illusion, où tout est reflet et mirage, où la terre n'est autre que de la vase solidifiée, Proust sent bien que chacun de nous est une suite de dédales et d'impasses où notre psychisme se meut en des espaces inexplorés. En suivant les calli, d'où les brouillards montent comme de la cendre humide, devant ces palais désertés, ces façades embrumées, l'écrivain poursuit un songe automnal fait de re-souvenirs et de nostalgie. On s'explique mieux que sur un être aussi sensible à la douleur, aussi marqué par l'écoulement du temps, un environnement aquatique ait laissé une empreinte indélébile et des images qui chargent le réel de son propre reflet et le retourne à ses ombres. L'eau est devenue l'eau-mère du chagrin comme elle fut jadis celle de la rêverie douce, de la souvenance maternelle, de la jeunesse impatiente. La rêverie commence devant l'eau courante d'un ruisseau, l'eau dormante d'un étang, l'eau imprévisible de la mer, elle s'achève au sein d'une eau ténébreuse qui transmet d'étranges et funèbres murmures. L'écrivain y respire l'atmosphère qui sera celle de son roman, ce monde qui s'enfonce lentement dans la mort, cette société qui s'évanouit dans les splendeurs décadentes de la dernière matinée chez la princesse de Guermantes mais qui, grâce à la plume de l'écrivain, renaîtra un jour, remontera à la surface comme un reflet retrouvé.

 

 

Toujours est-il qu'à Venise, l'eau y est plus qu'ailleurs toute entière consacrée à ses reflets, à ceux qu'elle donne d'elle-même et de sa ville, cette ville qui ne serait pas sans elle et cette eau qui ne serait pas semblable sans sa ville. Parvenu à ce point du roman, La Recherche prend une autre dimension : construction en boucle, en spirale, où chaque scène accentue sa force narratrice, où chaque personnage se dévoile et s'épaissit, construction topographique comme un pavage de mosaïque et topologique comme le colossal Evangile de Venise - la réminiscence la met sur une orbite où la mémoire devient pour l'homme ce que le reflet est pour l'eau.

 

 

Le message est simple et grandiose. Il peut se circonscrire de la façon suivante : ainsi que le miroir des eaux, La Recherche tend à chacun de ses lecteurs la vision réfléchissante de sa propre vie. Tout est vrai et rien n'est pareil. En effet, l'écrivain trouve dans l'eau substantielle l'équivalent à sa propre démarche qui est de rendre au monde la vision de lui-même non déformée mais transformée, ou mieux transmuée, car qui sait si de nos noces avec la mort ne naîtra pas notre consciente immortalité - écrit-il.

 

 

Ainsi l'oeuvre, comme l'eau, participe-t-elle à ce que j'ose appeler " la liturgie de la rénovation". A l'union du sensible et du sensuel vient s'ajouter une composante supplémentaire, la compassion, afin que l'homme, penché au-dessus de cette psyché, ne se voit pas seulement tel qu'il est, mais tel qu'il peut être, tel qu'il pourrait être. Si bien que ce double miroir donne accès à une réalité nouvelle, où la mémoire involontaire et le reflet jouent un rôle identique : en introduisant le passé dans le présent, ils suppriment cette grande dimension du Temps où la vie ne cesse de se briser.

                                                                                                                             

Armelle Barguillet Hauteloire  Extraits de  "  Proust et le miroir des eaux "  Ed. de Paris

 

 

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Marcel Proust ou les eaux enfantines

 

Proust et les eaux marines

 

Proust et les eaux violentes - Reynaldo Hahn

 


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La vue de la mer depuis le manoir des Frémonts où Proust séjourna en 1881 et 1882.

La vue de la mer depuis le manoir des Frémonts où Proust séjourna en 1881 et 1882.

Les eaux de la Vivonne.

Les eaux de la Vivonne.

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10 juillet 2012 2 10 /07 /juillet /2012 07:24

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D'où vient cette légende qui a frappé l'imaginaire de générations de lecteurs, passionné savants et écrivains et peuplé le folklore celtique de ses principaux thèmes d'inspiration ? Spécialiste du moyen-Age anglais et historien rigoureux, Alban Gautier s'est attelé à cette rude tâche afin de faire revivre l'une des plus attachantes figures d'épopée du monde occidental. Car, c'est bien un univers qui vibre dès que l'on évoque le cycle arthurien : merveilles de Brocéliande, forêts mystérieuses, landes désolées, fées belles et redoutables, damoiselles éplorées, chevaliers vaillants, magiciens facétieux, châteaux nimbés de brume, rois glorieux et reines ardentes. Et les premières questions qui se posent sont celles-ci : Qui est le roi Arthur ? D'où vient-il ? Est-ce un personnage historique et si oui, quels documents nous renseignent à son sujet ? Ou est-ce simplement une création littéraire d'un auteur hors du commun ? La question s'impose d'autant plus que les textes nous apportent des éclairages très divers sur le personnage : " tantôt enfant débrouillard et prédestiné, tantôt guerrier solaire, tantôt roi faible et rejeté, tantôt homme fragile et sensible, tantôt vieillard héroïque affrontant la trahison, tantôt espoir de tout un peuple croyant à son retour glorieux ".



Il y a de quoi aborder le sujet avec une certaine perplexité. Mais Alban Gautier n'a pas été découragé par les milliers de titres qu'il a eu à consulter, puisque l'on sait que les ouvrages concernant ce héros et ses légendaires compagnons sont pléthore. Pour Arthur, la piste la plus identifiable fut celle de L'Histoire des rois de Bretagne, rédigée entre 1135 et 1138 par l'évêque Geoffroy de Monmouth. Cet Arturus, né à la fin du Ve siècle dans un château de Cornouailles, aurait été le fils du roi Uter Pentragon et d'Ingerna et pouvait s'honorer d'une ascendance prestigieuse : petit-fils et neveu de rois, il aurait même eu du sang de l'empereur romain Constantin. Devenu roi ( des Bretons) à quinze ans, il aurait épousé la princesse Guenhuuara et soumis les Saxons qui avaient envahi la Bretagne ( future Grande-Bretagne ), si bien que les souverains de Gaule, de Germanie, d'Irlande et de Sandinavie n'avaient pas tardé à le reconnaître comme leur suzerain. 



Mais, hélas ! tout cela est faux, archi-faux, car Geoffroy de Monmouth, qui a vécu six siècles après cet Arturus, n'a jamais écrit qu'un récit romancé, légendaire et enjolivé. Néanmoins, il n'a pas tout inventé et a eu recours à des textes attribués à Nennius  Historia Brittonum, composés vers 830 au pays de Galles par cet auteur qui avait lui-même utilisé des textes préexistants comme les Annales galloises, composition littéraire témoignant déjà de l'existence d'un personnage légendaire. Aussi, à la suite de ces révélations, trois hypothèses de travail sont-elles possibles : soit Arthur est un personnage complètement imaginaire appartenant au folklore des peuples britanniques ; soit il a existé mais les sources des Ve et VIe siècles le connaissent sous un autre nom ; soit encore,  ces sources ne le mentionnent que parce qu'elles ne voulaient pas le mettre en avant ?
La première hypothèse a la faveur de la plupart des chercheurs. La racine celtique semble indiquer qu'Arthur est une figure quasi mythologique, d'autant que le héros est à rapprocher d'un conte populaire qui se nomme "Jean de l'Ours", dont les racines plongent au plus profond de la culture indo-européenne*. Cela renvoie aux thèmes des "hommes-ours", dont Arthur serait une incarnation,  avatar de ces croyances immémoriales liées aux calendriers des astres et des saisons.* Et n'oublions pas que le nom d'Arthur est associé à  des lieux baignés de mystères, liés aux anciens cultes ou à des pratiques religieuses à peine christianisées.* Il peut également s'agir  d'un modèle de folklorisation qui aurait agrégé autour d'un personnage réel des motifs remontant à la nuit des temps.*



Enfin ultime possibilité : Arthur serait bel et bien un personnage historique que la légende se serait plu à idéaliser. C'est la raison pour laquelle Alban Gautier a souligné qu'il écrivait la possible biographie d'un possible Arthur.  Une chose reste certaine : ces récits n'en finissent pas de nous enchanter, "comme si le charme jeté par Merlin poursuivait son action au-delà des années".*

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

* Alban Gautier " Arthur " Ed. Ellipses

 

autres articles concernant le roi Arthur et la légende du Graal :

 

A-t-on retrouvé le tombeau du roi Arthur ?

 

Le cycle arthurien et la forêt de Brocéliande


  

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30 juin 2012 6 30 /06 /juin /2012 08:24

 

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Que ferais-tu, que dirais-tu petit Prince, si une migration d'oiseaux sauvages te déposait de nouveau sur notre planète en provenance de ton astéroïde B 612 ? Quel monde découvrirais-tu avec tes yeux d'enfant ? En marchant dans le désert droit devant toi, aurais-tu la chance d'apercevoir un puits avec sa poulie, son seau, sa corde, ou la malchance de croiser des caravanes de camions et des exploitations pétrolières ? Depuis ta première visite, il y a de cela bien des années, le nombre des hommes a triplé, peut-être quadruplé sur la terre, au point que l'on compte trois fois plus de vaniteux, d'ivrognes et de businessmen. Les seuls qui ont disparu sont les rois et les allumeurs de réverbères. Ils ont été remplacés par des présidents, des commissaires, des fonctionnaires, des chefs de projets, des chargés de communication, des préposés, que sais-je encore ! Il y a mille et un noms savants de métiers à une époque où il n'y a jamais eu autant de chômage. Oui, il nous faudrait des années pour les recenser tous, comme ton géographe répertoriait les volcans, les fleuves et les montagnes.

 


Et plus grave que les serpents, ce qui te menacerait aujourd'hui serait le sida, la drogue, la pédophilie, la pornographie, l'analphabétisme, la délinquance, les guerres et les attentats. Ce monde n'est plus fait pour les enfants. On leur a volé leur innocence et leurs rêves. Dès leur âge le plus tendre, on leur apprend à ne jamais demander à un inconnu de leur dessiner un mouton ou de leur offrir une friandise, et leur quotidien se vit sur fond de violence. Petit Prince, il n'y a plus rien à voir pour toi sur notre planète. Oublie-nous. Tu es si bien sur ton astéroïde B 612 avec ta rose. J'espère que tu n'omets pas de veiller aux courants d'air et de ramoner tes deux volcans, puisque le troisième est éteint. Au revoir, petit bonhomme. A plus tard, quand davantage de sagesse nous permettra à nouveau de rêver  avec toi.

 

ARMELLE BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Lettre au petit Prince
Lettre au petit Prince
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19 juin 2012 2 19 /06 /juin /2012 07:53

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Certains pensent que l'avenir est écrit d'avance. Les mythes les plus anciens et les cosmogonies définissent la cause des phénomènes qui font que le monde est ce qu'il est. L'homme s'interroge depuis toujours sur le sens de la vie dans le souci de comprendre le monde et ses semblables. Cosmos signifie ordre. D'où vient cet ordre ? Cette harmonie ? Les choses y paraissent déterminées. Aussi, dès la Grèce antique, a-t-on émis l'idée que la création et le créé avaient un destin. Les héros étaient soumis à l'autorité des dieux et une déesse du destin faisait son apparition sous le nom de Moira.

 

Chez Homère, les sentiments les plus importants étaient inspirés par les dieux et non par les héros. L'origine de l'action se situait en-dehors de lui. Cette action n'était donc pas le fait d'une vertu humaine quelconque mais d'une grâce reçue de l'au-delà. Le poète lui-même n'était qu'un vecteur inspiré par les Muses. L'homme était donc soumis à l'influence des dieux si nombreux dans l'Olympe. Sa seule contribution libre était d'accepter ou de refuser le destin qui lui était proposé.

 

Chez Eschyle, l'idée de destin domine complètement son théâtre. Il croit en la justice divine. Plus nuancé apparaît Sophocle. Les hommes peuvent le refuser puisqu'ils disposent de leur libre arbitre. Euripide va plus loin encore en prenant ses distances avec les divinités. L'homme, qu'il décrit, organise sa vie, forge son destin, mais reste la proie de ses passions. Chaque héros devient ainsi l'image d'un désastre causé par la passion. Celui d'Euripide est possédé par ses vices et ses pulsions et commet ainsi des actes qui échappent à la raison. Médée, figure de la passion insensée, ne s'écrie-t-elle pas : Je sens le forfait que je vais oser commettre...

 

Les stoïciens croyaient eux aussi au destin. Ils avaient une vision circulaire du temps qui voit périodiquement revenir des phases de dépérissement et de re-création selon le mythe de l'éternel retour. Mais, d'après eux, l'art de la divination ouvrait des fenêtres sur une possible connaissance de l'avenir. Ils admettaient deux sortes d'interprétation : l'artificielle et la naturelle.
L'artificielle qui passait par les mages et supposait une lecture subjective, ce qui était la porte ouverte à de nombreuses erreurs, étant donné que les mages risquaient de se fourvoyer.
La naturelle, qui émanait de l'oracle en prise directe avec le divin par la transe, et que l'on considérait comme exempte d'erreur. Il y avait également le songe dont les dieux gratifiaient certains hommes, chargés ainsi d'un message prophétique.

 

Cicéron va s'élever contre ces thèses qui font fi de la raison. Si on nie l'existence du hasard, on ignore les propriétés de la matière, car il n'y a, nulle part, de déterminisme absolu, disait-il. Comment un homme en transe verrait-il mieux qu'un sage ? Et les interprétation pouvaient être multiples et erronées. Même chose pour les songes qui ne donnent que des visions approximatives. Pour lui, aucune force divine n'intervenait chez l'oracle et dans les rêves. Il lui semblait  indigne que le divin ait recours à de tels subterfuges et  s'exprime dans un langage quasi incompréhensible et sujet à caution.

 

La question demeurait : Y avait-il une liberté individuelle ? Certainement, répondaient les philosophes. Bien que je ne sois pas maître de mon existence, je suis responsable de mes jugements. En effet, si se rebeller contre les lois du monde est vain, ce qui dépend de moi doit être voulu, cherché, désiré ; ainsi suis-je maître de mes pensées. Et à la question suivante : Qu'est qui est à moi ?, la réponse ne peut être que celle-ci : l'usage de mes idées. Si je n'ai pas de pouvoir sur les choses, je peux les juger et en tirer les conséquences qui interviendront sur l'orientation de ma vie. Le principe de mes actions m'est personnel.  Ma volonté, même Zeus, disait un philosophe antique, ne peut pas la vaincre. Ainsi les choses n'ont-elles sur moi que le pouvoir que je veux bien leur accorder. Je peux être libre dans la servitude, car il m'est loisible alors d'accepter cette servitude, non par résignation mais parce que cet acquiescement dépend de mon bon vouloir. J'exerce ainsi pleinement ma liberté. Les stoïciens acceptent ainsi  avec le sourire les épreuves de l'existence. C'est le supporte et abstiens-toi d'Epictète. Vivre conformément à la nature est la seule attitude raisonnable, pensaient-ils. Le plus important venant de nous, de notre regard et de notre jugement sur les choses. Quant aux avatars, ils font partis de l'ordre du monde, tel qu'il est immergé dans le temps et conditionné par sa finitude. Fatalité ? Les stoïciens acceptent et veulent le monde tel qu'il est. Nous sommes d'autant plus libres, professaient-ils, si nous adhèrons à notre destinée et coopérons avec l'événement. En quelque sorte, si nous harmonisons  notre volonté à la volonté divine. Les épicuriens s'opposeront vivement à cette interprétation  et élaboreront une théorie à l'opposé de la leur.

 

Dans son traité de la nature, seul ouvrage que nous possédions de lui, le philosophe et physicien Epicure insiste sur le hasard et la nécessité, causes fondamentales. Il rejette l'idée de destin. Pour lui, la nature est composée d'atomes et de vide ( il reprend ici la thèse atomiste de Démocrite ). Mais il ajoute aux corpuscules, le concept de pesanteur. Les atomes doivent être déviés pour se rencontrer, d'où l'idée d'un mouvement spontané lié au principe de pesanteur. (Atomes crochus qui se rejoignent en s'articulant les uns aux autres et sont indivisibles) L'infini diversité du monde est le résultat de ces assemblages d'atomes dûs aux chocs, à leur pesanteur et à leur mobilité dans le vide. Au hasard des rencontres s'ajoute donc la nécessité de leur assemblement. De ce fait, le hasard suffit à rendre impossible un déterminisme absolu.

 

L'homme peut agir en tant que cause initiale et initiante. L'être humain comprenant les lois de la nature augmente sa liberté. Il y a bonheur si nous nous délivrons de la crainte des dieux, de la mort et de la fatalité. Pous accéder au repos de l'esprit, il est urgent de se libérer des croyances fausses sur les dieux et sur le plaisir et de nos opinions erronées sur la douleur. Si les dieux existent, pensait Epicure, ils ne s'occupent absolument pas de nous. Ils ont autre chose à faire. Selon lui, l'âme était elle aussi constituée de matière et ne pouvait en aucune façon prétendre à une quelconque éternité. La mort ne nous concerne pas, affirmait-il, car tant que nous existons la mort n'est pas là. Et quand vient la mort, nous n'existons plus. Pourquoi ? Parce que les atomes de l'âme s'éparpillent de tous côtés après le décès. Considérer les choses ainsi apporte la paix intérieure, une absence de trouble pour le corps et l'esprit. C'est une sorte de plaisir en repos, le seul souhaitable. Car le plaisir en mouvement engendre le manque et l'inquiétude. Epicure résumait sa philosophie ainsi :


Nous n'avons rien à craindre des dieux.
La mort ne mérite pas qu'on s'en inquiète.
Le bien est facile à atteindre.
Le terrifiant est facile à supporter.

 

Dans la Rome populaire du IIe siècle, le destin fatum est lié aussi à l'ordonnance des astres. Ce sont les femmes qui ont répandu cette croyance en l'astrologie par une propension à la superstition peut-être plus grande que chez les hommes. Elles se sont mises à consulter des astrologues, éloignant ainsi le peuple crédule de la religion. Selon Juvénal, poète latin de l'époque, rien ne va plus ; on est passé, en quelque sorte, des dieux intelligibles aux dieux inférieurs, cédant à l'astrolâtrie et aux prédictions des augures pour le plus grand malheur de la cité.

 

Le chrétien peut accepter le destin comme décret de la Providence Divine. Dieu est la cause première qui détermine les causes secondes dans le sens du bien et du meilleur. Dans la religion chrétienne, il y a un début ( Au commencement était...) et une fin : l'Apocalypse. Cette Histoire suit un ordre où se déploie la Providence, mais le sens réel est caché dans les profondeurs du divin, disait Leibniz. Dieu a orienté l'Histoire dans un sens ascendant. Eusèbe de Césarée, évêque et écrivain de langue grecque, a écrit une Histoire ecclésiastique qui traite des trois premiers siècles du christianisme. Il entend prouver que certains faits ( le martyr par exemple) étaient nécessaires. Bossuet, évêque de Meaux, a rédigé - quant à lui - un discours sur L'Histoire Universelle, qui  montre le rôle capital joué par Dieu au sein de la vie des hommes. Il éclaire ainsi le destin providentiel et atteste que l'injustice du sort n'est qu'apparente. Quant aux Jansénistes, le salut dépendait de la volonté et de la grâce de Dieu. Le mérite humain n'avait pas une grande part dans l'affaire. L'homme, corrompu par le péché, ne disposait plus des moyens nécessaires pour gagner seul son salut. Il restait un être déchu tant qu'il n'était pas touché par la grâce divine. Dieu choisissait ainsi ceux qu'Il voulait sauver.

 

Kant va s'élever contre cette sorte de prédestination qui ne concerne que certains êtres et non d'autres. Le concept d'une assurance surnaturelle lui apparaissait dangereuse. Chacun ne doit-il pas compter sur son libre arbitre, assurait-il. C'est à nous de nous montrer vertueux et d'user de notre volonté pour progresser.

 

Leibniz préférait une providence générale. Dieu se serait contenté de créer le monde sans pour autant s'investir dans les affaires humaines. Ainsi l'homme pouvai-il se considérer comme une créature libre. En offrant à l'homme la volonté, Dieu l'élevait au niveau de Cause. Il était la cause de son propre destin et détenait, de ce fait, une part de la Volonté Divine. C'est la raison qui justifiait l'idée qu'il avait été créé à son Image. Même le péché pouvait alors être considéré comme une preuve de sa liberté.

 

D'après Leibniz, il existe trois sortes de maux : métaphysique ( le mal ), moral ( le péché ), physique ( la douleur ). Ils sont la condition de biens inestimables et l'origine de bienfaits nombreux, dans la mesure où l'homme s'emploie à les dominer, à les surmonter. La Création divine est donc conforme à la perfection de son Créateur, le possible étant antérieur au réel. Par conséquent, deux choses peuvent être possibles sans être forcément compatibles, si bien que la perfection de Dieu se matérialise par le choix de la meilleure combinaison. Tout est agencé pour le mieux et il faut considérer l'ensemble de la Création pour juger de son admirable ordonnance. Le mal métaphysique s'explique parce que la Création ne peut être parfaite, elle doit être avant tout  compatible. La possibilité de faire le mal permet aussi de faire le bien. Sans le mal, le bien n'existerait pas, car nous n'aurions plus de moyen de comparaison et notre jugement ne pourrait s'exercer. Le mal apparent se résout par un plus grand bien apparent. La douleur est la conséquence d'un bien voilé pour le monde. Elle a une valeur salvatrice et fortifie la volonté, sans laquelle l'homme ne saurait et ne pourrait agir. Et, puisque le monde ne peut être sans cataclysmes, Dieu ne permet le mal qu'en tant qu'élément direct d'un bien supérieur.

 

L'idée de fatalité et de destin se retrouve dans la religion musulmane. Inch Allah ! ( si Dieu le veut ! ) Egalement dans le fatum populaire. Le cours des choses serait marqué par une fatalité absolue. Evénement prévu et donné qui va se produire, qu'on le veuille ou non. La volonté de l'homme n'ayant plus le moyen d'intervenir, l'événement fatal ne peut être évité. Ce fatalisme abolit l'avenir. L'histoire est écrite d'avance et l'homme n'est alors qu'un pion sur l'échiquier tragique. L'irrationnel recouvre tout et il n'y a plus de liberté possible. Le hasard est lié à la multitude des causes. Or les événements obéissent à une nécessité conditionnelle et le déterminisme est associé à des clauses initiales. Pas d'effet sans cause. Rien ne peut venir de rien. Telle ou telle cause produit tel ou tel effet. Idée reprise par des théologiens chrétiens.

 

Ce principe de causalité est à l'origine des Sciences. Le savant tente de dégager des lois de probabilité. Si les phénomènes étaient sans causes, il n'y aurait pas de science possible. Le hasard, dans tout cela, est tributaire de la multitude des causes. Si le monde est déterminé, il n'est pas pour autant prévisible. Les effets demeurent toujours incertains, car ce qui peut s'accomplir peut aussi être empêché. Descartes disait qu'on ne peut nier qu'une chose peut cesser d'être dans chaque moment de sa durée. Une action porte le caractère de l'aléatoire. Il y a de l'imprévisible dans notre réalité. Il n'y a que le passé pour en être dispensé.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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12 juin 2012 2 12 /06 /juin /2012 08:11
Colette ou les voluptés joyeuses

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Sidonie-Gabrielle Colette est née à Saint-Sauveur, dans l'Yonne, en 1873. "La maison de Claudine" (1922), complétée par "Sido" (1930), nous raconte son enfance, ses rêveries solitaires, les bêtes aimées, le charme ensorcelant de la campagne à l'heure des floraisons, la treille muscat, un monde qui sera toujours imprégné d'une profonde sensualité. Mariée jeune à Henry Gauthier-Villars, nommé Willy, elle découvre Paris, l'amour, un univers futile et urbain, l'infidélité et, malgré ses curiosités de petite " garçonne audacieuse", entend bien mener une existence d'épouse fidèle. La série des "Claudine" passa longtemps pour être de Willy, qui y apposait sa signature de journaliste-chroniqueur de la vie parisienne perverti par sa bohème chic, mais justice sera rendue après leur divorce de la part très importante- voire capitale - qui revenait au talent éclatant de la jeune femme. "La vagabonde" en 1911, premier roman de Colette seule, ouvrira sa série de témoignages sur l'amour qui n'aura plus grand chose à voir avec le registre vicieux que lui imposait commercialement Gauthier-Villars et les journaux boulevardiers.

 

Romancière de l'instinct féminin, amie des humains comme des bêtes auxquelles elle fera la part belle dans ses livres, Colette ne va plus cesser de se revigorer au contact des forces naturelles et des plaisirs qu'elles procurent. Son oeuvre est en quelque sorte un musée des délices, de la beauté des paysages, de l'eau qui chante, des jardins embaumés, des chats caressants, de la douceur de la sieste à l'ombre des feuillages, du parfum d'un plat qui mijote dans l'âtre, de la richesse inépuisable des choses créées. Et d'où vient qu'il n'y ait rien de niais et de vain, ni même de choquant dans cet inventaire des voluptés joyeuses, des plaisirs simples, de l'ivresse à vivre autant des satisfactions du corps que de l'esprit ? La recette en est que l'écrivain sait user, comme nul autre, de ses sens, goûter aux senteurs multiples, aux couleurs chatoyantes et mêmes aux chants imaginaires. Rien ne lui échappe des émotions amoureuses, des liaisons renoncées, des caprices enfantins, des adolescents livrés aux troubles de leurs premières étreintes (Le blé en herbe). Pas un clin d'oeil, une rougeur, un refus, une attente, une crainte. Elle sait tout déceler, tout voir, et le traduire avec une précision fine et subtile qui ajoute au charme particulier de son écriture.

 

D'une intelligence aiguisée par l'expérience, Colette ne fermera pas pour autant les yeux sur la douleur. Elle saura en laisser affleurer dans ses pages la plainte de l'amante délaissée, de la femme vieillissante. Si ses personnages font fi de la morale, ils n'en prennent pas moins conscience des menaces qui planent sur l'humanité, de la fragilité du monde et des intermittences du coeur. Avec "Ces plaisirs" (1932) ou "Mes apprentissages", elle dispensera une certaine morale avec un tact exquis et une courtoisie compréhensive éclairée par son implacable lucidité. Cette prosatrice impudique de sincérité et d'inspiration a peint le monde avec sympathie et bienveillance, sans en dissimuler les noirceurs mais sans se priver d'en exhaler les splendeurs savourées ou perdues en un style léger, vivant, imagé, où les souvenirs d'enfance restent à jamais une source consolante, une poésie virginienne et une sagesse mûrie par les aléas du sort.

 

Colette est désormais entrée dans le cercle resserré des grands écrivains par l'ensemble d'une oeuvre célébrante qui n'oublie aucun détail de la vie coutumière. Ses dialogues, comme ses descriptions, sont d'une vérité inouïe et leur composition s'arrange d'un laisser-aller qui n'enlève rien à leurs thèmes et à leurs intrigues. C'est tout un monde qui se déploie, un monde où les artistes et comédiens tiennent une grande place mais où les parfums de la nature ne manquent pas d'être enivrants. Elle meurt le 3 août 1954 et aura droit à des obsèques nationales, première femme à laquelle la République accorde cet honneur.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Colette ou les voluptés joyeuses
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