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2 juin 2012 6 02 /06 /juin /2012 08:56

1246812693_169_1.jpg  île Kiji

 


Découvrir la Russie par la voie des eaux de Moscou à Saint-Pétersbourg, à bord d'un des bateaux qui voguent sur la Volga et la Neva de mai à septembre, permet de réaliser le voeu inaccompli de Pierre le Grand et de faire un voyage extraordinairement séduisant et original. Difficile de décrire la magie de cette croisière qui a l'avantage de nous révéler quelques-uns des joyaux de la sainte Russie et nous met d'emblée en relation avec mille ans d'histoire. Sortis tout droit du XIX e siècle, les villages, dominés par les coupoles de leurs églises, ponctuent cette navigation qui s'effectue entre des berges bordées d'épaisses forêts de bouleaux et de résineux, familières aux seuls chercheurs de champignons et de baies sauvages. Là s'ébat une faune encore préservée de loups, renards, ours et élans, cygnes, grues et oiseaux sauvages. Ce matin, lorsque la brume se dissipe, une lumière boréale pèse sur les datchas. L'heure est à la relecture des classiques russes où tout est déjà écrit du soleil teinté d'or jouant à cache-cache derrière les bouleaux de Carélie, du pécheur qui brandit sa prise ou de la maisonnette accolée à sa meule à foin. Mais ce qu'il faut déplorer, c'est la quasi disparition de l'élevage et de l'agriculture dans ces étendues illimitées, les Russes d'aujourd'hui en étant réduit à importer leur blé et leur viande, alors que leurs plaines auraient pu nourrir la planète entière.



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Au fil des fleuves, des canaux, des lacs et des 1900 km que nous allons parcourir, une sensation d'immensité vous saisit. Après le brouhaha de Moscou et ses encombrements, le bateau semble un havre de paix, une machine à remonter le temps. Nous quittons la gare fluviale de Moscou, édifice en granit et marbre construit sous l'ère stalinienne dont l'idéologie officielle dictait l'enthousiasme et une vision du monde optimiste, tendance qui s'est surtout reflétée dans l'architecture - pour amorcer notre circuit par la Volga, le fleuve mythique cher au coeur des Russes ( 3690 km ), puis les lacs Onega et Lagoda les plus vastes d'Europe et, avant d'achever cette croisière sur la Néva, d'emprunter le canal le plus long du monde, celui de la Volga à la Baltique qui, inauguré en 1964 est en réalité formé d'un grand nombre de fleuves et de lacs naturels endigués par l'homme. Notre première étape, dès le lendemain, sera Ouglitch, l'une des plus anciennes et plus jolies cités russes qui connut des fortunes diverses. Les légendes locales fondent son existence à l'époque de la princesse Olga, soit au Xe siècle. En 1218, Ouglitch devient la capitale de la principauté du même nom et fut prise en 1238 par les Mongols qui la pillèrent, massacrèrent les habitants ou les emmenèrent comme esclaves, du moins les hommes jeunes et les femmes belles. Au XIVe, lorsque Moscou commença à rassembler les terres russes, Ouglitch fut annexée mais bientôt entièrement brûlée par le prince Tver qui en revendiquait la possession. Au XVe, la ville vécut enfin une période de prospérité, frappant monnaie, mais après la mort d'Ivan le Terrible, elle fut le théâtre d'un tragique événement : l'assassinat du tsarévitch Dimitri le 15 mai 1591, alors âgé d'une dizaine d'années, commandité pense-t-on par Boris Godonov qui entendait s'emparer du pouvoir. Ce drame humain fut également une tragédie dans l'histoire du pays, puisqu'il marque le début du temps des Troubles illustré par des discordes intérieures et des interventions étrangères. Notre visite commence par l'église Saint-Dimitri-sur-le-sang, construite à l'endroit supposé de la mort du petit prince, canonisé en 1606, que coiffent d'admirables coupoles bleues et qui jouxte le palais des princes apanages, édifié en briques rouges datant de la fin du XVe, où l'enfant et sa mère ( la septième épouse d'Ivan le Terrible ) avaient trouvé refuge après la mort de ce dernier. En 1611, Ouglitch connaît une nouvelle période dramatique : envahie par les Polonais, la ville est mise à sac et la population exterminée. On évalue à 40.000 le nombre des victimes. Après ce massacre, la cité se relève lentement et ce sera sous le règne de Catherine II qu'elle traversera enfin une ère de paix et de prospérité. On y ouvre une bibliothèque, un théâtre et un musée. Mais la Révolution d'octobre apporte des changements considérables. Après la construction de la centrale hydraulique en 1930, la ville est gravement endommagée : on fait sauter le monastère de l'Intercession, ainsi que d'autres bâtiments remarquables des 15e, 16e et 17e siècle, puis on inonde le territoire. Ce ne sera qu'en 1952 que des restaurateurs sauveront ce que l'on peut admirer et visiter aujourd'hui et qui confère à cette ville si éprouvée un charme indéniable. Nous y sommes accueillis par les autochtones qui, avec de gentils sourires, nous proposent des fleurs et des objets d'artisanat plus ravissants les uns que les autres et avons le privilège d'écouter des chants liturgiques et populaires d'une beauté stupéfiante. Cela nous arrivera à plusieurs reprises d'assister dans les églises à un concert de musique religieuse en slavon ; on sait les Russes aussi bons chanteurs que danseurs.
 


  1247224652_ouglitch_20eglise.jpg        Ouglitch - l'église Saint-Dimitri


Nous reprenons notre navigation qu'égayent à bord de multiples activités dont des conférences sur l'histoire de la Russie, des concerts, des cours de russes et l'agréable privilège de marcher sur les ponts promenades ou de simplement s'appuyer au bastingage afin de contempler, en ce début des nuits blanches, la pâleur nacrée d'un jour qui s'éternise et s'intensifie au fur et à mesure que nous approchons de Saint-Pétersbourg, tandis que surgissent, dans l'échancrure d'une forêt, des kremlins (remparts) et églises aux coiffes d'or. Notre prochaine étape sera l'un des joyaux architecturaux de la Russie ancienne : Yaroslavl, ville créée au XIe siècle par le prince du même nom qui, attaqué par un ours, avait trouvé refuge en ce lieu. Au temps des Troubles, la ville, qu'il fonda, prit tant d'importance qu'elle fût la capitale de la Russie. De nos jours, elle est devenue l'un des grands centres artistiques du pays et ses 600.000 habitants sont fiers des trésors dont elle regorge et qu'ils ne cessent de restaurer avec passion. C'est dans le monastère de la Transfiguration-du-Sauveur, vieux de neuf siècles que l'on découvrit le manuscrit du chef d'oeuvre épique russe : Le Dit de la campagne d'Igor. Par ailleurs, on peut y observer deux types de construction : les églises du XVIe d'inspiration byzantine avec leurs coupoles en forme de casque de guerrier et celles dont les coupoles plus modernes sont en forme de bulbe d'oignon et mieux adaptées aux hivers russes : la neige y glisse aussitôt tombée.


De là, nous revenons à Kostroma. Selon la légende, Catherine II, en visite, aurait jeté son éventail sur la table des architectes, leur donnant l'idée de construire la ville en éventail autour d'une grande place centrale, ce qui fut fait. La principale ressource de cette cité est le travail du lin proposé aux visiteurs sous diverses formes : en nappes, vêtements, blouses finement brodées. Mais le clou de la visite est sans contexte l'admirable monastère Saint Ipatiev à 8 km du centre, berceau des Romanov, bâti au 14e siècle par un Tatar visité par la Vierge et dont les imposantes murailles et les cinq dômes d'or de sa cathédrale de la Trinité se reflètent dans les eaux de la rivière Kostroma. L'ensemble est admirablement conservé et comprend, en dehors de l'église de la Trinité qui abrite une superbe iconostase, l'hôtel des Romanov où sont rassemblés des souvenirs de la famille impériale. C'est  ici, en effet, que Michel Romanov (1596 - 1645), rendant visite à sa mère, qui avait pris le voile, accepta en 1613 de monter sur le trône de Russie, époque particulièrement critique dans l'histoire du pays, devenant ainsi le premier d'une dynastie qui régnera jusqu'en 1917. Dès lors, chaque nouveau tsar, lors de son avènement, considèrera comme un honneur de se rendre en pèlerinage à Kostroma et et de faire de larges dons au monastère qui abrite encore quelques moines.


Peu après notre étape à Kostroma et Yaroslavl, nous quittons la Volga, ce fleuve à l'origine de nombreuses chansons populaires et d'oeuvres littéraires, qui a contribué à renforcer, au long des siècles, les liens séculaires entre les différents peuples habitant sur ses rives : Russes, Tatars, Mariis, Tchouvaches, Mordves et se révéla être un rempart contre lequel plus d'un ennemi se heurtera en vain - afin de pénétrer, après un énième passage d'écluse, dans la retenue de Rybinsk. La réalisation de cette véritable mer artificielle, où 60 rivières viennent se vider dans un réservoir de 4500km2,  fut décidée par Staline en 1941 et causa d'irréversibles dommages à l'environnement. Ainsi des populations entières furent déplacées, 4000 ha de terres cultivées inondées et 700 villages rayés de la carte, ce qui donne à l'eau une couleur verdâtre provoquée par la décomposition des terres et des forêts immergées. En voguant au-dessus de ce gigantesque cimetière, il arrive que l'on aperçoive un clocher qui émerge ainsi de façon pathétique, nous laissant imaginer ce que furent le désespoir de tous ces gens chassés de leur demeure, de leur bourg, ainsi que le travail harassant des millions de prisonniers politiques sortis des goulags pour se livrer à ces durs travaux au prix de leur vie.

 


1248001021_eglise_sur_la_volga.jpg

Apparition d'une église dans la retenue de Rybinsk

 

Après cette traversée, le bateau arrive à Goritsy, une région de lacs couverte de forêts épaisses et qui est désormais protégée comme parc naturel du nord de la Russie. Le couvent de la Résurrection, où Ivan le Terrible enferma la quatrième de ses sept épouses, étire ses bâtiments plus ou moins en ruine sur le rivage de la Cheksna qui relie la retenue de Rybinsk au lac Blanc et que quelques religieuses ont entrepris de restaurer. Mais le monument remarquable par son architecture et son importance est à quelques lieux de là, le monastère de Saint-Cyrille-du-lac-Blanc. Une fois traversée la montagne noire, on voit se dessiner de façon grandiose son quadrilatère de remparts et ses tours d'angle, ses 11 églises dressant leurs bulbes vers le ciel et les 13 ha de jardin où poussent les plantes médicinales. Centre religieux autant que place forte, il dut sa fortune à sa position stratégique sur la route commerciale reliant le nord au centre du pays et compta dans la seconde moitié du XVIIe jusqu'à 200 moines. Transformé après la Révolution en musée, il recèle des trésors inestimables, objets de culte et 200 icônes somptueuses.


Après Goritsy commence la traversée du lac Blanc, puis l'entrée dans le lac Onega, riche en baies étroites semblables à des fjords et où abondent les îles - il y en a environ 1300 - offrant des paysages d'une beauté suffocante, surtout si l'on s'attarde à la proue du bateau pour admirer, tard dans la soirée, les jeux de lumière de ces nuits blanches qui, du 15 mai au 15 juillet, déclinent dans le ciel une gamme de blanc, argent et or et posent sur les paysages aquatiques des tonalités nacrées quasi irréelles. Le lendemain, au début de l'après-midi, se profile l'île Kiji, perle de la Carélie, et les 22 coupoles de sa cathédrale de la Transfiguration. Au XIVe siècle, l'île servait de relais aux marchands de Novgorod qui se dirigeaient vers la mer Blanche, d'où ils importaient fourrures et ivoire de morse. Kiji fut plusieurs fois attaquée par les Suédois et l'église de la Transfiguration fut construite en bois sans un seul clou en 1714, afin de célébrer la victoire de Pierre le Grand sur les troupes scandinaves. Ses bulbes recouverts d'essaules - tuiles en bois de tremble - reflètent, tour à tour, le jeu étonnant de la lumière du soleil et de la lune. Un demi siècle plus tard sera bâtie l'église de l'Intercession à 9 coupoles, à laquelle sera ajouté un clocher au toit pyramidal. D'autre part, pour faire de cette île ( placée sous la haute protection de l'Unesco ) un musée en plein air, on fera transporter, depuis les villes avoisinantes de Carélie, de magnifiques édifices en bois, notamment la chapelle Saint Lazare qui daterait de 1391 et serait ainsi l'église en bois la plus ancienne de toute la Russie. Cette véritable merveille de 3m de long est un bijou serti au bord de l'eau, dans un bocage où alternent prairies, oseraies et bosquets d'ormes. Autour, on découvre des isbas, des granges, des moulins et des bani, petites constructions qui servaient aux bains de vapeur très pratiqués par les russes et les populations (nordiques en général), tandis qu'hommes et femmes, dans ce décor intemporel, se livrent aux activités traditionnelles : travail du bois, de l'osier, de la laine, des peaux. Afin de goûter pleinement la beauté de Kiji, il est conseillé de s'isoler un moment, de façon à découvrir les champs parsemés de fleurs sauvages, le cimetière que les femmes entretiennent avec soin et le village où vivent les 50 habitants permanents ravitaillés l'hiver par un motoneige, car, ici, la saison hivernale est rude et la neige épaisse - avec partout d'imprenables vues sur le lac.

 
La nuit suivante, nous ne dormirons que quelques heures pour savourer le spectacle du bateau glissant lentement, dans le prodigieux silence, au milieu de cet entrelacs d'îlots couverts de forêts avec, parfois, surgissant de derrière le rideau végétal, la coupole bleutée d'une église ; ce, avant que nous n'abordions la Svir, rivière aux berges majestueuses et pittoresques qui unit le lac Onega  au lac Lagoda. Pendant de longues années, cette région demeura sauvage et presque déserte, la population indigène fuyant les invasions mongoles. Car de tout temps elle fut appréciée pour la qualité du bois de ses hautes futaies, aussi n'est-il pas rare que l'on voie flotter des arbres entiers que les villageois utilisent à des fins artisanales. La Svir se caractérise par ses courants rapides, son lit sinueux et ses épais brouillards au printemps et à l'automne. Aujourd'hui, tout est limpide. Une paix profonde baigne ces paysages qui nous enchantent. Nous ferons une ultime étape à Mandroga, bourg aux plaisantes maisons de bois, où nous serons reçus par la femme d'un pilote de chasse qui a préparé à notre intention du thé et des crêpes  à la confiture de baies noires, avant d'accoster au port fluvial de Saint-Pétersbourg. Dernier moment d'intimité avec la Russie rurale avant la capitale intellectuelle, cette Venise du Nord dont je vous parle dans un autre article de cette même rubrique. 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

Autres articles concernant la Russie :

 

Saint-Pétersbourg ou le songe de Pierre

 

La Russie, de la Volga à la Neva

 

Tsarskoïe Selo ou la splendeur impériale

 

Peterhof ou la maison de Pierre
 

Pavlovsk ou le sourire d'une nuit d'été


Moscou  : pleins feux sur la capitale russe

 

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  P1060181.JPG       Monastère Saint-Cyrille-du-lac-Blanc

 

 

La Russie au fil de l'eau, de Moscou à Saint-Pétersbourg
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25 mai 2012 5 25 /05 /mai /2012 08:30
La fraternité est-elle une utopie ?

 

Fraternité, un mot qui orne les frontons de nos édifices publics, l'un des plus beaux de notre vocabulaire, mais, à dire vrai, que recouvre-t-il, qu'en est-il de la fraternité de nos jours ? Est-elle véritablement pratiquée de par le monde et l'a-t-elle jamais été, parvient-elle à fédérer les peuples, à polir les moeurs, à unir les hommes, où n'est-elle, hélas ! qu'une belle utopie ? Poser la question, c'est déjà tenter d'y répondre, aussi je compte sur mon groupe fidèle de visiteurs pour reprendre la balle au bond et élargir le propos que je vais essayer d'initier de mon mieux.

 

 

Au commencement l'idée de fraternité était conjointe à l'idée de filiation. Nous étions frères parce que nous étions fils, les fils de Dieu. Pour la raison que nous étions les enfants d'une grande famille, une famille qui se déployait sur la terre, unie par un semblable destin, nous nous devions naturellement aide et secours. Le Père, qui avait donné la vie, était le ciment de cette fraternité universelle. Les hommes bénéficiaient tous du même don à l'origine : leur nature humaine et sa dimension spirituelle. De là, la force particulière que prenait dans la pensée chrétienne les notions de dignité humaine et d'égalité entre les hommes. Non qu'on ne puisse nier les inégalités circonstancielles, mais ce qui unissait alors les sociétés était la recherche d'un bien commun, ce qui signifiait qu'une cité, qu'un pays se composait d'organisations unifiées par une finalité identique, à la fois celle de chacun et celle de tous. " La cité est une communauté de semblables, et qui a pour fin la vie la meilleure possible " - écrivait déjà Aristote dans Politique ( VIII, 7 ).

 

 

Le Nouveau Testament n'allait faire qu'amplifier le sentiment de respect et de sollicitude qu'il nous était recommandé de vouer à autrui, cet être qui ne devait pas être considéré comme autre mais comme proche, un prochain que l'on avait le devoir d'aimer comme soi-même. La notion de fraternité n'était donc pas limitée à la fratrie familiale mais à la fratrie humaine dans son ensemble, c'est-à-dire à tous les autres, eu égard à leur ressemblance avec nous-mêmes. Nous n'étions plus seulement des semblables mais des proches. Ainsi la communauté humaine était-elle envisagée comme une communauté d'amour qui s'adressait, non plus à des individus, mais à des personnes.

 

 

Puis, les temps ont changé et, du communautaire, nous sommes passés, après la Révolution française, au collectif. Dieu était mort ou moribond, et les fils, n'ayant plus de Père, n'avaient plus de frères, mais des contemporains, des égaux, des semblables. La société des hommes était relayée par la société des citoyens. Cependant, contre toute attente, le mot de fraternité fut conservé, bien que celui de solidarité eût mieux convenu et semblait mieux adapté à cette idée neuve de communautarisme, ce qui laissait sous-entendre que la vie de la personne devait progressivement s'effacer derrière le collectif. Au lieu d'être tournées les unes vers les autres, les sociétés portaient leur regard vers l'oeuvre commune, au point que la communauté d'amour devenait une communauté d'intérêt qui s'adressait à des individus et était, par la force des choses, plus sélective. Nous verrons d'ailleurs apparaître et fructifier les associations, les cercles, les groupes, les corporations, les confréries.

 

 

Néanmoins, l'idée de fraternité ne disparaitra jamais pour trois raisons : d'abord parce qu'elle est en soi une aspiration profonde de chacun vers cet autre qui peut être, tout autant, le semblable que le différent, l'inconnu que le familier, le proche que le lointain ; ensuite, parce qu'elle est le lien qui relie ce que la vie tente de séparer et, enfin, parce que ce qui fonde la fraternité n'est, ni plus, ni moins, ce que l'on partage : la famille, la patrie, les souvenirs, le passé. Nous savons tous qu'un peuple disparaît lorsqu'il n'a plus de mémoire, qu'un être meurt quand il n'a plus de souvenir. Davantage que sur un avenir possible, la fraternité s'établit, se construit, s'érige sur un passé commun. C'est la traversée du temps qui noue les liens et les renforce. Cette fraternité-là existera quoiqu'il arrive dans le temps et hors du temps. Elle sera, tour à tour, une fraternité de douleur ou une fraternité d'espérance, ni tout à fait utopique, ni tout à fait réelle.
 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

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13 mai 2012 7 13 /05 /mai /2012 09:12

la-belle-princesse.jpg

 


Dans un livre paru il y a assez peu de temps, Peter Silverman nous raconte une histoire, comme il s'en écrit une par siècle, celle de la découverte d'une oeuvre oubliée de Léonard de Vinci. Au centre d'une rude bataille d'experts, le merveilleux profil de Bianca Sforza a pu être authentifié par les spécialistes du peintre de la Renaissance. Le plus incroyable est que ce tableau, en vente chez Christie's en janvier 1998, était  passé inaperçu, y compris par l'auteur du livre, un collectionneur expérimenté. A l'époque, on avait considéré que l'oeuvre était d'origine allemande et datait du XIXe siècle. Bien qu'il l'ait ratée par crédulité à la vente de Christie's, Peter Silverman continuait d'être hanté par ce profil à la beauté délicate fixé à tout jamais par le gaucher le plus célèbre de la peinture et qui frappe désormais par l'harmonie indicible des proportions. C'est dans une galerie new-yorkaise que Peter Silverman va de nouveau croiser ce portrait et l'entrelacs caractéristique de la coiffe et de la manche qui l'apparente irrésistiblement à "La dame à l'hermine" du même Léonard. Certain que ce tableau est du XVe, Silverman ne résiste pas à l'acquérir pour la somme de 19 000 dollars. L'examen au carbone 14, auquel il fait procéder sans tarder, indique que le profil est bien de la Renaissance mais cette preuve est encore insuffisante pour l'attribuer à Vinci. Conforté par l'examen au carbone, l'acquéreur s'adresse à Mina Grégori, une experte sans égal de la peinture florentine. Elle se rend chez lui accompagnée de Catherine Goguel, une spécialiste du dessin au musée du Louvre. Celle-ci prononce une remarque lourde de sous-entendu : Peter, il me semble que l'artiste soit un gaucher. D'autre part, si le vêtement est lombard, la délicatesse du visage est florentine. Il faut donc chercher un artiste florentin ayant travaillé à la cour du duc de Milan et qui, de surcroît, soit gaucher.  C'est alors que la science va venir au secours de l'art grâce à un laboratoire de radiographie qui va numériser le portrait avec une caméra multispectrale. Or d'étonnants points de convergence se révèlent avec l'autre portrait de Léonard, celui de La Dame à l'hermine.

 

 

Mais, jusqu'alors, le profil n'était attribué à personne. En effet, quelle est cette très jeune femme  présente à la cour des Sforza  au même moment que le peintre ? En procédant par élimination, excluant celles dont la physionomie était connue, les experts vont tomber sur Bianca Sforza, la fille illégitime de Ludovic Sforza pour lequel Léonard travaillait. Le père, pour caser cette fille encombrante, lui fait épouser le commandant de ses armées Galeazzo Sanseverino. Malheureusement, la jeune femme, seulement âgée de 13 ans, mourra vraisemblablement des suites d'une fausse couche. Une telle découverte aurait dû provoquer l'enthousiasme du milieu culturel et c'est tout le contraire qui se produisit. La nouvelle suscita un véritable déchaînement médiatique, certains spécialistes ne pouvant accepter de s'être trompés à ce point. Aussi feront-ils courir le bruit qu'il s'agit d'un faux, que le tableau en lui-même n'a aucune qualité esthétique et, surtout, que Léonard n'a jamais travaillé sur parchemin et encore moins à la craie, au crayon et à l'encre. Or, on sait que Vinci fut surtout et avant tout un artiste qui n'a cessé d'expérimenter toutes les techniques possibles. Et que ce parchemin s'explique d'autant mieux qu'il provient d'un codex, l'une des quatre Sforziades à la gloire du duc de Milan, le mécène de Léonard dans lequel il était incéré et dont on retrouve la page manquante à la bibliothèque de Varsovie. C'est en tremblant que les experts présentèrent le dessin dont les dimensions et les trous dans la reliure coïncidaient irrévocablement. Désormais, l'acquéreur dispose de toutes les preuves que la princesse perdue a été retrouvée et que ce portrait est bien de la main gauche du maître italien. 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 


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27 avril 2012 5 27 /04 /avril /2012 09:26
Autoportrait à quatre mains - Channe questionne Armelle

 

Bonjour Armelle. Imaginons-nous toutes les deux, installées confortablement dans un espace entourés de livres, dans le coin d’une bibliothèque, l’un des espaces dans la réalité où nous aurions pu nous rencontrer.

 

Ou toutes deux assises dans un jardin parfumé par les senteurs de l’automne. C’est l’heure du soir que j’aime, la lumière tamisée, aquarellée qui nous enveloppe. Le bruit lointain d’un oiseau qui s’envole, le bruissement d’une feuille qui se détache.

 

Est-ce que la Normandie est le pays de tes racines ou juste le pays où tu as choisi de vivre ? Et pourquoi choisit-on de vivre en Normandie ? Ou d’y rester ? 

 

La Normandie vaut surtout pour sa campagne vallonnée avec ses bosquets d’arbres, ses coteaux, ses maisons à colombages, ses haras, ses prairies où paissent de paisibles troupeaux. Mais elle ne m’est familière que depuis une quinzaine d’années, lorsque mon mari et moi sommes venus rejoindre mes parents qui y avaient pris leur retraite. Trouville a le charme des ports de pêche. Nous nous sommes installés sur la colline face à la mer dont les lumières changeantes rythment nos jours. Je ne me lasserai jamais de contempler cette vue et d’assister à des couchers de soleil somptueux.

Et non loin, il y a un bateau pour les évasions. Yves, mon époux, est un voileux et j’avoue aimer moi-même les croisières mais, de préférence, en mer chaude.

 

Quel est ton principal trait de caractère, celui que tu ne pourrais gommer même si tu le voulais ?

 

Je réponds sans hésitation mon goût de l’indépendance. Mon travail de graphologue d’abord, d’écrivain ensuite, m’a appris à apprécier l’isolement et le silence. J’aime m’enfermer dans mon bureau pour rédiger, penser, composer, imaginer. J’ai un besoin vital de solitude. Heureusement mon mari le comprend et l’accepte, bien que ce soit parfois difficile. Mais il a de son côté son violon d’Ingres : la mer. C’est également quelqu’un qui se plaît dans la nature et que la solitude n’effraie pas.

 

Je tiens ce goût de mon enfance. Fille unique dans une famille peu nombreuse, j’ai dû très tôt m‘affronter à moi-même. Je me suis donc inventée un monde et, dès que j’ai su écrire, ai pris plaisir à rédiger des textes : poèmes ou contes. Ma vocation a été précoce. A 20 ans, à la fin de mes études de journalisme, je publiais Terre promise qui a été bien reçu de la critique. Mais ensuite, j’ai repris des études de psychologie et graphologie, me suis mariée et suis restée plusieurs années sans publier.

 

 

Quelques mots sur ta vie quotidienne, au jour le jour, comment se tisse la trame d’une journée pour toi ? En temps libre ou en temps encadré par un emploi du temps ?

 

Je travaille et pour me détendre j’aime marcher ou faire de la natation.

 

L’écriture est l’un des fils conducteur de ta vie. Pourquoi l’écriture ? Quel est, selon toi, le rôle de l’auteur dans notre société ? S’il en a encore un ? Et que penses-tu de notre société, de son avenir proche ? Sur ton blog, « INTERLIGNE », tu évoques l’avenir de la poésie et celui de la littérature, un avenir que tu cernes en ombres et en lumières. N’est ce pas dû au fait qu’on marchandise tous les produits culturels ? Le ministère de la culture, dans son organisation, intègre le livre aux médias, n’est pas le désenchanter, lui enlever sa spécificité ? Le prix unique du livre est remis en cause ? Que penses-tu de la politique culturelle de ce nouveau gouvernement ? Penses-tu que l’accès à la culture soit l’un des moyens de réparer l’inégalité des chances ?

 

L’écriture est le point d’ancrage de ma vie. C’est un impératif, bien que je regrette de n’avoir pas travaillé davantage. Je pense, comme l’écrivain hongrois que je lis actuellement – Sandor Marai – que la littérature commence avec le superflu et que la nation commence avec la littérature. Notre langue est notre passé commun, elle sera aussi notre avenir, si nous nous en accordons un. On sait qu’une langue morte signifie une civilisation morte. La langue nous structure. Elle est le véhicule de la pensée, elle est aussi constitutive de la pensée. Elle est donc en quelque sorte notre patrie intérieure. Ce que je crains le plus est le désamour envers notre langue que nous parlons de plus en plus mal. Ce laisser-aller langagier va de pair avec le laisser-aller tout court. Je suis navrée lorsque j’entends la forme interrogative suivante : c’est quoi ? A ces petits détails, on mesure la dégradation progressive de notre société et de notre culture.

 

Pourtant on n’a jamais tant parlé de culture, une culture trop souvent formatée. Tout est culturel désormais. On voudrait nous faire croire, depuis quelques décennies, que les tags relèvent de l’art comme une fresque pompéienne ou byzantine. Il y a une perte des valeurs et de l’esprit critique.. Néanmoins, l’art est par excellence le lieu de l’échange, de l’émotion, du partage. Il est heureux que de nos jours chacun puisse avoir accès aux musées, aux expositions, aux bibliothèques, aux spectacles. Mais faut-il encore être réceptif à cette culture. Ne pas la recevoir passivement. La culture exige une réflexion personnelle. Je crains qu’elle soit dorénavant assimilée à un bien de consommation courant, à une forme de sociabilité. Il faut avoir lu, écouté, assisté à tel ou tel événement culturel pour être «  dans le coup ». Par ailleurs, on fabrique de la culture comme du "fast food' à bon marché et à bon compte. On vulgarise et banalise en permanence. Jadis, la culture se méritait. C’était une quête, un apprentissage, un but, une aspiration.  

 

Je pense que l’enfance est un élément déterminant dans la vie. Dans la vie d’un créateur, elle semble rester à vif. C’était quoi l’enfance pour toi, l’enfance réelle ou l’enfance fantasmée ? Pourquoi avoir voulu écrire pour la jeunesse ?Est-ce plus facile d’écrire pour la jeunesse ?

   

L’enfance, on s’y replonge sans cesse. C’est là que le feu a pris, que les braises demeurent. L’homme qui tourne le dos à son enfance risque de se dé-construire, de même que celui qui tourne le dos à son histoire et à son passé. J’ai eu, il est vrai, une enfance fantasmée car solitaire et austère. Mes parents possédaient une maison de campagne dans le Loiret, au hameau du Rondonneau, non loin de Huisseau-sur-Mauves. Au bas de la pelouse, devant la maison, coulait une rivière qui s’appelait «  Les Mauves ». Cette rivière, qui allait son bruit blanc sur les pierres, je l’ai encore dans l’oreille et je ne peux entendre chanter une tourterelle sans revoir le charme provincial de ma vieille demeure. Si je suis devenue poète, c’est bien dans le contexte de ce parc ombragé qui ouvrait sur une large plaine, labourée par le vent. Lorsque mes enfants étaient petits, j’ai une fille et un fils, j’éveillais leur imagination en leur racontant des histoires. Plus tard, ils m’ont encouragée à les écrire afin de les publier.

Non, il n’est pas plus facile d’écrire pour la jeunesse que pour les adultes. On leur doit pareille exigence, pareille transparence, pareille rigueur de récit et de style.


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       avec ma mère                                               Le Rondonneau

 

Quel est l’élément déclencheur qui fait naître ton acte d’écriture ?
 

Difficile de dire qu’est-ce qui, à un moment donné, déclenche l’inspiration. Pour la poésie surtout. Souvent une émotion, un tableau vivant, un silence, un visage. Il y a soudain une vision qui se prolonge. Elle ouvre la phrase, elle murmure le mot, elle appelle le rythme et le poème naît comme un songe. En poésie, il faut donner à voir autant qu’à entendre. La poésie doit être musicale, colorée, subversive, diamantée, harmonieuse. On taille le diamant que recèle chaque mot. On épure. Un mot de trop, tout s’effondre, un mot inexact, plus rien n’est vrai. Tu as envers la poésie une obligation d’excellence. Comme pour le tailleur de pierre, comme pour l’artisan. Il y a aussi dans le poème une architecture. Chaque mot doit s’ajuster parfaitement au suivant.

 

 

Armelle 3avec ma fille

 

La mythologie est omniprésente dans nos vies même si nous l’ignorons le plus souvent par manque de culture. Qu’est-ce qui t’attire dans la mythologie et quelle est la mythologie qui t’attire le plus ? Sur ton site, j’ai trouvé cette citation de Patrice La Tour du Pin (il se trouve qu’elle est inscrite sur le mur à côté de mon bureau) :  "Les pays sans légende sont condamnés à mourir de froid".

 

J’aime beaucoup cette phrase de Patrice de la Tour du Pin : «  Les pays sans légende sont condamnés à mourir de froid ». Mais l’homme sans idéal n’est-il pas condamné aussi à mourir d’inquiétude ? Parce qu’il est d’abord et avant tout un être spirituel. Privé d’espérance, on peut craindre qu’il ne revienne à une forme de vie primitive, peut-être même à la barbarie. En Crète où je me trouvais il y a quelques semaines, j’ai été émerveillée par les vestiges des civilisations minoenne et mycénienne. 20.000 ans av. J.C., ces hommes avaient déjà composé leur légende des siècles. Ils vivaient dans l’intimité des dieux et des déesses. N’était-ce pas leur seul moyen d’expliquer les mystères qui les entouraient et de se créer un fond historique qui leur conférait une ancienneté, une origine. A travers les mythes, les anciens véhiculaient nombre de leurs idéaux : la valeur du combat, la confiance en la vie, le culte de la beauté et l’intérêt pour l’homme en tant qu’individu. C’est ainsi qu’Hésiode raconte dans sa Théogonie la création du monde : la naissance de Gaia ( la terre ) et d’Ouranos ( le ciel ). La Crète occupe dans cette dramaturgie une place privilégiée.

 

Est-ce que l’actualité, la façon dont elle nous est assénée bouleverse le travail des créateurs à tel point qu’on manque de repères actuellement ? Pour moi la science fiction et la littérature fantastique m’ont semblé incarner, pour la littérature, la subversion dont j’ai besoin pour me remettre en question en évoquant toutes les problématiques du futur proche ou lointain? Qu’en penses-tu ?

 

Il est certain qu’un écrivain peut difficilement se mettre à l’écart de son époque. L’écriture est d’abord le témoignage d’un temps, d’une société, d’une vie. Cela depuis les premières écritures hiéroglyphiques. Mais je trouve intéressant la science-fiction. Adolescente j’ai lu des auteurs comme Jules Verne, Aldous Huxley avec passion ; par contre je n’aime pas du tout les films américains du genre, alors que j’apprécie un bon polar, davantage au cinéma qu’en livre.

 

Pour moi, le net est une vaste encyclopédie et j’y fais des dérives thématiques ce qui me permet de découvrir des créateurs de l’autre côté du monde. Et toi ?

 

Il y a tant de supercheries aujourd’hui… Quant au virtuel, il est totalement entré dans notre monde contemporain avec sa charge positive et négative, car on peut très vite déconnecter du réel et se séparer des autres.  Or nous ne sommes rien sans les autres. Ce sont eux qui nous permettent d’aimer, d’agir, de réagir. Le net a cela d’intéressant qu’il ouvre des pistes, éveille des curiosités. Mais rien ne vaudra le contact direct avec l’œuvre. L’image ne peut tout résumer.  Il nous faut aussi sentir, toucher, entendre et pas seulement voir. Mais le net est une sorte d’encyclopédie qu’il est formidable de pouvoir consulter à tous moments.

 

La rentrée littéraire était encore pour moi un événement festif il y a quelques années. Disons une dizaine. Maintenant, la fête n’est plus vraiment au rendez vous.

 

Je n’attendais rien de particulier de cette rentrée littéraire. Je me méfie des trompettes de la renommée. Par contre, je suis enchantée que Le Clézio ait eu le prix Nobel de littérature, parce que c’est un vrai écrivain. J’ai beaucoup aimé Désert, Le chercheur d’or par exemple. L’auteur use d’une écriture radio-active qui émet des ondes en permanence. En ce moment, je me consacre avec ravissement à la lecture de Sandor Maraï. Quant au cinéma français, il me déçoit souvent, alors que le cinéma  allemand, le cinéma asiatique m’ont à maintes reprises subjuguée.  Le 7e Art a des ressources immenses dès lors qu’il est entre les mains d’un vrai créateur.
 

octobre 2008

 

 

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Autoportrait à quatre mains - Channe questionne Armelle
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26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 08:27

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Le mot tolérance recèle une part d'ambiguïté dans la mesure où l'on peut se demander où commence la permissivité et où finit la tolérance. Tolérer, c'est fatalement accepter que l'autre soit autre dans sa différence morale et physique et s'interdire d'entraver sa liberté de penser et d'agir. C'est aussi reconnaître à chacun la faculté de vivre selon ses convictions propres qui ne sont pas obligatoirement les miennes. Cela suppose que la personne, qui se montre tolérante, fasse preuve, selon les circonstances, soit d'indulgence et de compréhension, soit n'obéisse qu'à son inclination à la passivité et à l'indifférence, d'où l'ambiguïté du mot qui se décline selon des modes variables. C'est la raison pour laquelle Karl Popper parle  du " paradoxe de la tolérance " et qu'André Comte-Sponville écrit qu' une tolérance infinie serait la fin de la tolérance. En effet, dois-je tolérer la violence, le fanatisme, l'exclusion, la misère d'autrui ? D'où la vigilance constante que nécessite ma propre tolérance, afin qu'elle reste tolérable et, qu'en l'exerçant, je fasse acte civilisateur ; une tolérance bien comprise devenant alors une véritable vertu à pratiquer quotidiennement. Sans oublier qu'il y a un seuil de tolérance à ne pas dépasser. 

Il est vrai aussi qu'il y a deux façons d'être tolérant comme il y a deux manières de fraterniser : celle qui est dictée par l'amour et celle qu'inspire l'intérêt ? L'une et l'autre n'ayant ni la même valeur, ni la même finalité. La tolérance par amour est une disposition du coeur à la clémence et à l'indulgence et une propension naturelle à pardonner. Cela sous-entend un véritable goût des autres, une vraie disposition à la bonté, à la compréhension sensible d'autrui. Mais on peut tolérer aussi par indifférence, c'est alors le laisser faire, le laisser agir de celui qui est détaché des êtres qui l'entourent. On peut, d'autre part, tolérer par politesse, ruse, calcul, mépris, voire lassitude. C'est le tout ou rien  de l'intolérant qui use d'une intolérance raide et abstraite dans les aléas d'une existence souple et impure. Aussi, pas d'autre moyen, pour sortir de cette conception de la tolérance, que d'avoir recours au respect, le respect que l'on doit à autrui et que l'on se doit à soi-même, en faisant un effort pour mieux comprendre, c'est-à-dire pour entrer dans une relation plus étroite qui s'apparente à l'ordre de la charité.

P
eu de mot plus dévalué que celui-ci en notre époque matérialiste où tout ce qui a une connotation spirituelle est entaché de suspicion. Et pourtant, charité se définit comme le principe du lien spirituel et moral qui pousse à aimer de manière désintéressée des hommes considérés comme des semblables, selon ce que Saint Paul a exprimé dans l'une de ses plus belles Epîtres :


" Quand je distribuerais tous mes biens pour la nourriture des pauvres, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n'ai pas la charité, tout cela ne me sert de rien. La charité est patiente, elle est bonne. La charité n'est point envieuse, la charité n'est point inconsidérée, elle ne s'enfle point d'orgueil, elle ne fait rien d'inconvenant, elle ne cherche point son intérêt, elle ne s'irrite point, elle ne tient pas compte du mal, elle ne prend pas plaisir à l'injustice, mais elle se réjouit de la vérité. Elle excuse tout, elle croit tout, elle espère tout, elle supporte tout. La charité ne passera jamais".  ( I. Cor. XIII 1-8 )

Quelle plus belle leçon de tolérance ! Et puisque nous en sommes aux citations, considérons ce que d'autres sages ont écrit à ce sujet. Cela peut nous aider à affiner notre jugement et nous encourager à pratiquer dans la vie courante cette tolérance attentive et aimable, mais point faible et aveugle.

   

"Le partage ne divise pas. Au contraire, il rassemble ce qui a été séparé, divisé. On sort de soi-même pour aller vers les autres avec bienveillance, contentement et modestie. Retrouve cette humilité joyeuse, animé du désir de servir le monde. C'est toi-même que tu recevras en partage, ta réalité profonde, en accord avec la réalité harmonieuse de l'univers".     Dugpa Ripoché 

"Ceux qui brûlent des livres finissent tôt ou tard par brûler des hommes".  Heinrich Heine

 

"J'ai honte de nos hommes enivrés de cette sotte humeur de s'effaroucher des formes contraires aux leurs : il leur semble être hors de leur élément quand ils sont hors de leur village. Où qu'ils aillent, ils se tiennent à leurs façons et abominent les étrangers".  Montaigne
                                                                                                                
"
Ne pas railler, ne pas déplorer, ne pas maudire, mais comprendre".    Spinoza

 

"Le respect de la différence  - qu'elle soit de race, de croyance, de sexe ou d'ethnie - se fonde sur l'alliance de modestie et d'exigence que chacun doit appliquer à soi-même et aux autres".   Federico Mayor

 

"Il ne s'agit pas de penser beaucoup, mais de beaucoup aimer".     Thérèse d'Avila

 

"Abstenons-nous de tout courroux et gardons-nous de jeter des regards irrités. Et n'ayons nul ressentiment si les autres ne pensent pas comme nous. Car tous les hommes ont un coeur et chaque coeur a ses penchants. Ce qui est bien pour autrui est mal pour nous, et ce qui est bien pour nous est mal pour autrui. Nous ne sommes pas nécessairement des sages et les autres ne sont pas nécessairement des sots. Nous ne sommes tous que des hommes ordinaires".   Prince impérial Shôtoku - Japon An 604

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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11 avril 2012 3 11 /04 /avril /2012 08:10

mstislav_rostropovich2.jpg   1927 - 2007
                          

Lorsqu'un violoncelle se tait, il semble que le monde devient soudain silencieux, que quelque chose a changé imperceptiblement. C'est la musique qui est en deuil. Ce fut le cas lorsque le violoncelliste Mstislav Rostropovitch mourut le 27 avril 2007 et que l'un des plus prestigieux archets du monde se tut à tout jamais. Rostropovitch possédait un toucher unique, une musicalité qu'il devait à une technique parfaite et à une extraordinaire capacité d'interprétation. Rarement violoncelle n'aura chanté aussi bien, n'aura émis de phrasés aussi subtils et profonds. Heureusement, les disques nombreux enrégistrés par l'artiste nous permettent aujourd'hui de ré-entendre quelques-unes de ses plus admirables exécutions de la musique ancienne et contemporaine, car Rostropovitch s'était aventuré dans les partitions les plus diverses.

 
Homme d'engagement et de convictions, ami fidèle de deux compositeurs critiqués par Staline, Prokofiev  et  Chostakovitch,  il accueillera également chez lui en septembre 1970 l'écrivain dissident Alexandre Soljenitsyne et n'hésitera pas à défendre sa cause par une lettre ouverte qui lui vaudra sa disgrâce en URSS et le contraindra à l'exil. Déchu de sa nationalité soviétique, il gagnera l'Europe avec son épouse, la célèbre soprano Galina Vichnievskaïa, et deviendra citoyen du monde occidental, donnant dans toutes les capitales de nombreux concerts. Il ne reviendra dans son pays natal qu'en 1990 et y sera enterré avec tous les honneurs, le régime ayant changé.


Né à Bakou en mars 1927, Rostropovitch commence très jeune l'étude du piano, puis du violoncelle, avant d'entrer au conservatoire de Moscou, où il suit les cours de Chostakovitch. Distingué rapidement pour ses dons exceptionnels, il remporte les concours les plus prestigieux et sera même gratifié du Prix Staline en 1951 et 53 et du Prix Lénine en 1964 et 66 comme " Artiste du peuple de l'URSS".

Pour autant, le musicien ne se contente pas d'être le plus grand violoncelliste de la seconde moitié du XXe siècle, mais s'attache également à la direction d'orchestre et met son talent au service des oeuvres issues du patrimoine russe. Lors de ses 80 ans, et très peu de temps avant sa mort, il sera  invité par Poutine et entouré de 800 invités. Les temps ayant changé, n'était-il pas considéré dès lors comme l'une des gloires de la Russie ?


Aussi se souvient-on de lui à plus d'un titre : comme musicien remarquable mais, tout autant, comme homme de courage qui osa défier la dictature communiste. Il restera dans l'histoire un défenseur des libertés et personne n'oubliera sa silhouette improvisant un concert devant le Mur de Berlin en novembre 1989 dans une atmosphère de liesse et de recueillement. En lui s'unissaient, en une harmonie rare, le musicien de génie et l'homme de coeur.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Mstislav Rostropovitch
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5 avril 2012 4 05 /04 /avril /2012 09:19

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La littérature hongroise était, il n'y a encore que quelques années, peu connue en France. Pourquoi ? D'une part, parce qu'il existe peu de traducteurs magyars ; d'autre part, parce que de nombreux auteurs furent censurés du temps du communisme. Sandor Maraï, lui-même, l'une des plus grandes voix de la littérature européenne, ne fut découvert que dans les années 90. Et, ce, pour une raison supplémentaire : en 1956 les Soviétiques ayant écrasé le soulèvement des insurgés hongrois, il s'était refusé à ce que ses ouvrages soient publiés en Hongrie aussi longtemps que ceux-ci y demeureraient. Heureusement sa renommée a, depuis lors, rattrapé le temps perdu et il est devenu un classique pour les nouvelles générations. Aujourd'hui, ses romans ne cessent de rencontrer une audience de plus en plus large et d'être re-publiés.

 

Né à Kassa en 1900, dans une famille de la grande bourgeoisie d'origine allemande, il fit ses études à Leipzig, puis vécut à Francfort et Berlin, avant de rentrer dans son pays. Confession d'un bourgeois, son premier livre, lui valut une célébrité immédiate en Hongrie. Il y raconte la vie d'un monde en train de disparaître. Vision prémonitoire de ce qui se prépare : l'invasion des armées allemandes et les crimes du nazisme. Il écrivit ensuite des poèmes, des nouvelles, des pièces de théâtre et des récits de voyage, mais se garda bien d'appartenir à une quelconque coterie littéraire. Il fera toujours cavalier seul.


Opposé à toute forme de domination politique, il se refusera avec détermination à une Hongrie alliée à l'Allemagne nazie et envisagera très tôt de voyager dans une Europe qui, sous ses yeux, commençait à se défaire. Journaliste, il choisit une vie d'errance et se fait d'ores et déjà le mémorialiste d'une société perdue et le chroniqueur de la décadence austro-hongroise. Il saura décrire d'une plume nostalgique, mais sans complaisance, le milieu provincial et bourgeois très cultivé dans lequel il était né.

Durant l'hiver 44-45, l'Allemagne vaincue, c'est au tour des chars russes d'entrer dans Budapest et d'y écrire une nouvelle page sombre. En 1948, désespéré, l'écrivain choisit l'exil, d'abord en France et en Italie, puis en Californie où il s'installera définitivement. Il mourra à San Diego en 1989.

 

Sortie de son purgatoire, l'oeuvre flamboyante de ce hongrois ne cesse de nous frapper par la perspicacité de ses observations sur les peuples de la vieille Europe, la justesse de son trait, la fascinante complexité de ses personnages et l'élégance majestueuse  de son style. Peu d'écrivains ont eu cette précision de plume, cette justesse de ton, inspiré par un sobre désespoir. Il écrira : "L'Europe centrale est un laboratoire de crépuscule ".  D'où le titre de mon article.
 
 
Les Braises, l'un de ses livres les plus connus, raconte les retrouvailles de deux vieillards qui furent dans leur jeunesse amoureux de la même femme. Au terme de leur existence et au coeur d'un château gothique passablement délabré, il se retrouvent, après plus de trente ans, pour un ultime face à face. Dialogue nourri de silences et de non-dits d'une force pathétique où s'affrontent deux conceptions de la vie, deux témoins d'un désordre annoncé. Roman sur l'amitié égarée, les amours impossibles, la douleur du vieillissement.


Métamorphoses d'un mariage nous décrit le conflit passionnant entre trois personnages, le mari, l'épouse et la servante. Peter, mal à l'aise dans son costume de bourgeois, se cherche une raison de vivre, bien qu'il ne soit pas prêt à se détacher de son héritage moral et matériel. Ce récit n'est pas pour autant un roman à thèse. Chacun des héros est rongé par le doute et l'écrivain y apparaît tour à tour comme le critique et le défenseur d'un monde qui s'écroule.
 
 
L'héritage d'Esther est un court texte d'une élégance et d'une sobriété admirables. L'héroïne vient de fêter ses cinquante ans et coule des jours paisibles dans sa demeure vétuste, lorsqu'une lettre de Lajos, son ancien amant, lui parvient. Il y a plus de vingt ans qu'il l'a quittée pour épouser sa soeur. Son retour n'en est pas moins pour elle facteur d'interrogations et d'émotions. Portraitiste éclairé, Maraï se livre, dans cet ouvrage, à une évocation poignante du passé dans un décor suranné qui nous plonge dans une ambiance intensément poétique. Un chef-d'oeuvre.
 
 
Divorce à Buda décrit les affres d'un divorce durant lequel vacillera l'amitié de deux hommes et où aura lieu une révélation en mesure de changer le cours d'une vie. Dans ce récit, l'écrivain révèle une fois de plus sa connaissance clinique de la nature humaine.
 
 
Mémoires de Hongrie, mon préféré avec L'héritage d'Esther, furent rédigées 20 ans après les événements évoqués et composent une fresque saisissante de la Hongrie et de son Histoire. Maraï y raconte l'entrée victorieuse des chars soviétiques et l'instauration du régime communiste avec un regard détaché de toute idée préconçue. Il nous apprend de quelle façon, après les horreurs du nazisme, le communisme vint parachever une oeuvre de déshumanisation.
 
 
" Les Russes et les communistes - écrit-il - pourtant nous les avions vu de près...sans rencontrer parmi eux des hommes animés d'un véritable esprit messianique : sous couvert de justice sociale, ceux-là ne nous avaient apporté que de nouvelles formes d'exploitation. Pouvait-on espérer que cet ultimatum, agissant comme un catalyseur, donnerait naissance, à côté de deux grandes puissances, les Etats-Unis et l'Union Soviétique, apparues sur la scène de l'Histoire à l'issue de la Seconde Guerre Mondiale, à une autre Europe, véritable réserve d'humanisme dans un monde dominé par l'industrialisation et le militantisme, et prouvant, par sa seule existence, que le Tout est plus grand que les parties qui le composent ?"
 
 
Il y poursuit une réflexion éthique sur le rôle de l'écrivain face à l'histoire " arbitraire, capricieuse et imprévisible". Une méditation empreinte d'une constante remémoration qui convoque sur la scène culturelle quelques-uns des plus grands écrivains et poètes européens avec une lucidité jamais prise à défaut qui révèle sa maîtrise du récit et sa rare intelligence des situations.
 
 
"Et en toile de fond, grandissait sans fin, l'ombre de Proust, son oeuvre émerveillante, redoutable, infernale, dont les fumées sulfureuses couvraient jusqu'aux horreurs du siècle. Proust assurément le sommet de ce qui avait fleuri au cours du siècle dans la grande génération de la littérature française. Pourtant, et manifestement, le livre n'était plus ce qu'il avait été : ce lieu privilégié qui naguère faisait encore autorité et avait voix au chapitre dans les grandes affaires de l'humanité. ( ... ) Non seulement parce que dans la conjoncture favorable de l'après-guerre, quelques mercantiles affamés de profits jetaient par wagons entiers du papier imprimé sur le marché. Mais aussi, parce que, selon le constat ultérieur de certains sages, et quelque fût le contenu du livre, la liturgie même de la lecture avait déjà été supplantée par celle, combien profane, de l'image."
 
 
En 1989, Sandor Maraï, comme Stefan Zweig, l'illustre romancier et historien juif autrichien, auquel on l'a très souvent comparé, se suicidait à San Diego. Il n'a rien dit de la raison de cette mort choisie en toute connaissance de cause. Mais on peut la deviner : il était intolérable à un homme comme lui que cette civilisation qui avait donné naissance à Goethe, à Mozart, à Rembrandt, à Pascal et à un si grand nombre de génies ait pu enfanter deux monstres : le nazisme et le communisme et enterrer sous leurs cendres encore chaudes les 1000 ans  de son Histoire.

 
L'ensemble de son oeuvre est publié aux éditions Albin Michel
 
 
 
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30 mars 2012 5 30 /03 /mars /2012 07:21

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On doit à Gabrielle Chanel d'avoir inventé l'élégance moderne en rendant au corps féminin sa liberté. Femme indépendante, s'étant ciselée une légende en se fiant à son seul goût, jamais à l'air du temps, elle a été successivement en 2008/2009 l'héroïne d'un téléfilm et du dernier opus d'Anne Fontaine et récemment l'espace qui lui est dédié rue Cambon a été entièrement rénové sur 4 étages. Gabrielle Bonheur Chanel vit le jour à Saumur le 19 août 1883 et passa les premières années de son existence sur les routes et les marchés, étant la fille d'un camelot issu d'une lignée de marchands forains cévenols et d'une humble couturière auvergnate. Lasse de suivre de foire en foire la carriole de son mari volage et ivrogne, sa mère confie Gabrielle, ainsi que ses trois frères et soeurs, à son frère avant de mourir à 33 ans. Après ce décès prématuré, Gabrielle, qui a alors 12 ans, monte pour la dernière fois dans la charrette de son père qui la conduit avec sa soeur aînée à l'orphelinat d'Aubazine en Corrèze, tandis qu'il place ses fils comme garçons à tout faire dans une ferme. Les années que Gabrielle va passer à l'orphelinat, bien qu'austères, ne seront pas malheureuses. Elle va y apprendre le dépouillement, la rigueur, et y recevoir une éducation qui sera, en quelque sorte, son seul et salutaire héritage. En effet, elle y découvre la beauté du dénuement, les lignes épurées et les contrastes d'un univers blanc et noir, celui des longs couloirs passés à la chaux que rythment les pavements, les fenêtres et les hautes portes ourlées de noir, contrastes qui contribueront à façonner son style.

 

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A dix-sept ans, elle quitte l'orphelinat pour Moulins et entre dans une maison spécialisée en trousseaux et layettes afin d'y accomplir son apprentissage de couseuse. En même temps que ses premiers pas sur la scène d'un music-hall où naîtra la légende " Coco". Très courtisée par les officiers de garnison, elle finit par faire la conquête de l'un d'eux, Etienne Balsan, qui réalise son rêve en l'emmenant vivre dans son château de Royallieu, en forêt de Compiègne. C'est là, sous l'oeil amusé de son protecteur, qu'elle va  inaugurer une garde-robe personnelle et lancer sa mode d'amazone excentrique, privilégiant les polos et esquissant une ligne dépouillée et masculine qui ne tarde pas à susciter une vive curiosité dans ce petit monde guindé et aristocratique.

Mais Gabrielle s'ennuie à suivre les chasses à coure et à participer à des réceptions auprès de gens qui ne l'ont pas vraiment acceptée, et puis elle fait la connaissance d'un ami de Balsan, Arthur Capel, prénommé Boy par les intimes, dont elle tombe amoureuse. Boy l'enlève et la convainc de son talent, payant sur sa cassette son installation au 31 de la rue Cambon sous l'enseigne Chanel modes,où la jeune modéliste s'investira d'abord dans les chapeaux. Elle en couvrira les têtes des femmes qui comptent le plus dans la capitale, remplaçant les aigrettes et les plumes d'autruches par des cloches qui feront très vite fureur. Tant et si bien, qu'elle ouvre des boutiques, bientôt à Deauville, ensuite à Biarritz, raccourcit les jupes, supprime la taille, les traînes et les longues chevelures, poursuivant sa patiente pédagogie pour libérer le corps des femmes de ces signes de soumission et substituant - comme l'écrira son ami Paul Morand - l'allure à la parure. La guerre de 14, avec son lot de pénuries, aidera Chanel à faire table rase du passé et à créer une silhouette un rien androgyne pour des femmes appelées à prendre la place des hommes partis au front. Une bataille qui lui apportera la fortune, d'autant qu'à la mode vont très vite s'ajouter les parfums et les accessoires qui sont sensés apporter un supplément d'élégance à cette mode épurée.

 

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Ayant annexé presque toute la rue Cambon, Mademoiselle - qui a renoncé au mariage après la mort accidentelle de Boy, son grand amour - est en 1939 à la tête d'une entreprise de 4000 ouvrières, contre 300 en 1918. Mais la seconde guerre va mettre un terme à cette ascension fulgurante. S'ouvre la page la plus sombre de son existence. Chanel ferme sa maison de couture, licencie son personnel, s'installe à l'hôtel Ritz et entretient de 1941 à 1944 une liaison avec un officier des services de renseignements allemands Hans Gunther von Dincklage. A la Libération, sans doute grâce à l'amitié de Winston Churchill, elle ne sera pas inquiétée. Mais il faudra attendre 1954 pour qu'elle accepte de rouvrir sa maison et, à l'âge de 71 ans, de revenir sur le devant de la scène et le monde très fermé de la Haute Couture. Si bien que les années 1960 sonneront  l'heure d'une nouvelle libération des femmes et d'une nouvelle révolution des moeurs et de la mode. Plus que jamais fidèle à sa philosophie - toujours ôter, toujours dépouiller, ne jamais ajouter- Chanel va, une fois encore, réussir à imposer au monde entier le symbole de l'élégance française : le tailleur tweed gansé assorti d'escarpins bicolores et d'un sac matelassé à chaîne dorée qui restent, en ce début de XXIe siècle, le sommet du chic et l'emblème de la femme moderne.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 


A LIRE  :   L'allure Chanel  de Paul Morand   ( Folio Gallimard )

 

L'irrégulière ou Mon itinéraire Chanel  d'Edmonde Charles-Roux  ( livre de poche )

 

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27 mars 2012 2 27 /03 /mars /2012 07:15

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"Seules les traces font rêver "  René Char

 

 

Depuis qu'adolescente j'ai découvert  Les Mémoires d'Hadrien de Marguerite Yourcenar, l'empire romain du IIe siècle de notre ère n'a plus cessé de me passionner. Tivoli, où l'empereur avait fait construire la villa de ses rêves, conforme à ses goûts d'esthète, m'est dès lors apparue comme un lieu d'exception, un de ceux qui hantent à jamais l'imagination. Mais qui était cet Hadrien dont le souci constant fut la République et l'éternité de Rome ?  Un film de John Boorman et une biographie savante de Yves Roman* nous le rappelle opportunément.

 

D'après les documents juridiques de l'époque, l'empereur, qui avait succédé à Trajan en août 117 grâce à une adoption orchestrée par Plotine, était un soldat aguerri qui aimait l'armée et les grandes manoeuvres, un amoureux de l'architecture, un esthète qui savait s'inspirer de ses prédécesseurs grecs, enfin un voyageur impénitent qui, avant d'être empereur, avait parcouru une bonne partie de l'empire et on sait que l'empire d'alors était immense. Une fois devenu son souverain, il restera un homme à cheval. On peut le considérer à ce titre comme le premier vrai touriste, quelqu'un qui n'hésitera pas à monter au sommet de l'Etna pour contempler le paysage et à s'accorder maints détours pour le seul plaisir d'admirer un site ou de chasser l'ours ou le lion.


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                              VIDEO

 


On sait également qu'il a construit à Rome un Panthéon encore visible et impressionnant avec sa coupole en forme d'hémisphère de 43,30 mètres de diamètre, le temple de Rome et de Vénus ( le plus grand de la ville éternelle ), le temple de Patidie du nom de sa belle-mère et un mausolée qui l'obligea à faire ériger un pont sur le Tibre et qui est l'actuel château Saint-Ange. Enfin on se souvient qu'au cours d'un de ses voyages il rencontra un jeune Bithynien du nom d'Antinoüs et que ce favori, beau comme un astre, finit dans des conditions obscures noyé dans le Nil. Ecrasé de douleur, Hadrien en fit un dieu, le dernier du monde antique, et fonda en son honneur une ville sur le lieu même de sa disparition, Antinoupolis. C'est donc un être riche et complexe qui régna de 117 à 138 de notre ère sur le plus grand empire du monde. Un homme surdoué, habile dans tous les arts, dévoré d'orgueil, asocial, autoritaire, interventionniste et dominateur, probablement moins séduisant que dans le portrait  brossé par Marguerite Yourcenar. La romancière voyait en lui une préfiguration du prince de la Renaissance, juriste et artiste, stratège et politique, sage et cynique, savant et voluptueux, lucide et tolérant, en quelque sorte un humaniste avant la lettre. La réalité est plus sombre et l'approche de l'historien Yves Roman  sans doute plus vraisemblable. Il n'en reste pas moins que l'empereur Hadrien était d'une stature assez rare, de celle d'un François 1er, d'un Charles-Quint ou d'un Louis XIV,  personnalités qui ont marqué leur temps d'une trace indélébile.

 

Si François Ier eut son Chambord, Louis XIV son Versailles, l'empereur Hadrien a eu sa villa Adriana. Un lieu unique à quelques kilomètres de Rome, dans une campagne collineuse ombragée de cyprès,  où la lumière, parfois, semble se cristalliser comme un diamant. C'est dans ce palais que se dévoile le mieux l'âme du monarque et son amour immodéré de l'architecture. Dans cette demeure et les prouesses architecturales qui la composent, l'historien lit " la croyance en l'existence d'un dieu cosmique", la preuve que le souverain était " un guetteur de tous les au-delà, au-delà dont il crut avoir maîtrisé de nombreux secrets". Ce besoin d'ériger avait à faire avec l'espace et le temps et exprimait la volonté de l'emporter toujours et partout, de se mesurer à l'éternité. L'empereur aimait les défis et sa villa en est un. Belle et majestueuse, elle allie tous les arts, évoque toutes les grâces, initie tous les rêves. On voudrait s'y attarder au bord de ses eaux dormantes, y évoquer la gloire et le malheur, y charmer le sommeil, y convoquer les muses. Socrate disait que l'amour est le désir de renaître par l'entremise de la beauté. Et n'était-ce pas le voeu intime d'Hadrien  que cet hymne d'amour écrit dans le marbre et le porphyre soit le reposoir d'une seconde vie ?

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 


* de Yves Roman : Hadrien, l'empereur virtuose( Ed. Payot )

 

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22 mars 2012 4 22 /03 /mars /2012 10:13
La Tunisie d'hier à aujourd'hui

 

Le printemps arabe, c'est elle qui l'avait initié. Depuis lors, le tourisme s'est réduit de moitié et c'est dommage. Pour les Tunisiens d'abord, pour les touristes ensuite qui se privent d'un voyage ou d'un séjour magnifique. Alors reprenons vite l'avion pour ce pays de longue culture où le soleil est présent les trois-quart de l'année et la population si accueillante. De par sa situation géographique qui, au sud, lui ouvre les portes de l'Afrique et, au nord, celles de la Méditerranée et de l'Europe, la Tunisie a été de tout temps un lieu de passage où se croisèrent les populations nomades, semi-nomades et sédentaires, un carrefour commercial privilégié et, par voie de conséquence, un pays offert aux convoitises des conquérants et des envahisseurs. Elle, qui vit naître et mourir presque toutes les civilisations, est une terre plurielle qui ne dévoile ses mille facettes qu'à ceux qui prennent la peine de s'y attarder, depuis Tunis et son admirable baie portant le sceau de ses occupants successifs, aux steppes de la Tunisie centrale et aux ksour perchés des villages berbères jusqu'aux oasis de sud et à la blonde étendue des sables. D'une rive à l'autre, du désert à la méditerranée, elle ne cesse de surprendre le voyageur tant par l'aridité de certains de ses paysages que par ses hectares d'oliveraies, l'efflorescence de ses vergers où poussent vignes, orangers, citronniers et ses chemins ombragés qui embaument le jasmin, le mimosa et la rose, que par la richesse architecturale de ses villes et son désert ponctué d'oasis et de palmeraies, îlots de verdure et de fraîcheur.


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                             la grande mosquée de Kairouan


C'est de Tozeur et de Nefta, cerclés par leur milliers de palmiers-dattiers, que partent les méharées et autres randonnées qui donnent aux amoureux du désert l'illusion d'avoir touché du regard ce qui fut jadis le royaume minéral des Berbères et les pistes qui acheminaient vers le centre de l'Afrique les caravanes des Bédouins ou les tribus nomades qui, depuis le milieu du XXe siècle, se sont peu à peu sédentarisées. C'est à Nefta et à la bordure du chapelet d'oasis de la région de Douz que l'on découvre les premières dunes, celles d'un univers que les " seigneurs de grande tente ", pastoraux par vocation, empruntaient pour leur voyage au long cours, à dos de dromadaires, selon le cycle immuable des saisons. Mais, pour lors, mon récent séjour ne m'a pas menée jusqu'aux terres ocres du Dahar et aux villages troglodytiques du Matmata, mais m'a permis de sillonner le cap Bon, ce jardin odorant, et de revoir Tunis et Sidi Bou Saïd, de visiter Kairouan et El Jem où se trouve le plus grand amphithéâtre romain d'Afrique, ainsi que les vieux villages berbères et, surtout, de flâner à nouveau dans Carthage, la cité d'Elyssa-Didon qui vit se succéder les Phéniciens, les Romains, les Vandales, les Byzantins, les Arabo-musulmans, les Croisés, les Espagnols, les Turcs, les Français, fut reine des mers sous Hannibal, capitale de l'Africa pro-consulaire sous Auguste, byzantine avec Bélissaire, puis conquise par les Arabes, et dont je parle longuement dans mon dernier roman " Les signes Pourpres " ( pour prendre connaissance de sa présentation, cliquer  ICI  )


Rappelons-nous que Carthage fit trembler et pâlir d'envie les pays qui bordent la Méditerranée et que, vieille de trois millénaires et d'une épopée prestigieuse, elle demeure, à l'égal de la Rome antique, une ville éternelle. Le sol est aujourd'hui encore marqué des strates qui relatent l'histoire des hommes, leurs combats, leurs victoires, leurs craintes, leurs audaces, leurs croyances, leurs errements, leurs défaites. Ainsi la colline de Byrsa, mot phénicien qui signifie " lieu fortifié", était-elle couronnée à l'époque punique par le temple du dieu Eshmoun, à l'époque romaine par un monument dédié à la triade Jupiter-Junon-Minerve, au temps de saint Augustin par une mosaïque figurant des monstres sans tête et sans membre dont il parle dans ses écrits. "Ainsi se succédèrent les sanctuaires, tantôt religieux, tantôt païens,comme si le monde ne cessait d'osciller entre ces deux pôles, de s'user entre l'espérance et le désespoir, la foi et le doute, la grandeur et la misère, le durable et l'éphémère".* Quand vient le soir, que le passé et le présent s'endorment dans un même crépuscule, il fait bon s'attarder sur l'esplanade, où s'élève l'ancienne cathédrale Saint Louis inaugurée en 1890 par le cardinal Lavigerie qui rêvait de ressusciter l'archevêché glorieux de Saint Cyprien, et de contempler la baie de Tunis, délimitée d'un trait de fusain par des collines sombres avec, en contre-bas, les impressionnants thermes d'Antonin décrits par Pline l'Ancien et, par plans successifs, étagées au-dessus de la mer, les villas cubiques blanchies par vingt couches de lait de chaux qui se sont édifiées sur les ruines des précédentes.


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    El Jem : l'amphithéâtre romain


Après Carthage, Sidi Bou Saïd, balcon idéal posé sur le jebel Manar, compose avec ses palais, ses résidences d'été, ses terrasses, ses patios ombreux, le plus joli tableau et propose le plus fastueux belvédère qui soit. Aussi ce village ne peut-il manquer de séduire le promeneur par la grâce de ses façades immaculées, enrichies par des portes à ferrures et des fenêtres à moucharabieh, paradis bleu et blanc, symphonie parfaite d'architectures arabe et andalouse, qui vit séjourner des peintres comme Paul Klee, des écrivains comme Flaubert, Gide, Colette, Simone de Beauvoir. Tous furent envoûtés par l'alchimie magique des couleurs : le blanc aveuglant des murs et le bleu des portes et fenêtres, tandis que coure dans les ruelles étroites l'entêtant parfum de jasmin, que cascadent les flamboyants bougainvilliers et, qu'au loin, un soleil pourpre embrase le golfe de Tunis. 

 

 

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    Le village de Sidi Bou Saïd

 

Quant aux villes, elles retiennent l'attention par la beauté de leurs mosquées que signale le minaret, espace de sobriété que des éléments décoratifs se plaisent à enjoliver : répétition infinie de l'arc des nefs comme une prière inlassablement psalmodiée, décoration du mihrab, ornementation des coupoles, enfin du minbar, chaire où l'imam prononce son prêche du vendredi, et n'oublions pas les tapis qui, en tous lieux, rappellent le savoir-faire ancestral des artisans tunisiens. A la mosquée, il faut associer la médina qui désigne la vieille ville ou ville traditionnelle, lieu d'échange, de rencontre, de commerce, dont la plus ancienne et célèbre n'est autre que celle de Tunis, coeur et âme de la capitale. Impossible de ne pas s'attarder dans les divers souks, celui des parfumeurs ( le plus ancien - il remonte au XIIe siècle ) qui embaume les essences de citron, de jasmin, de rose, d'ambre et de musc, ceux des orfèvres et des étoffes où la vie est perpétuellement animée et où se succèdent une multitudes d'échoppes, d'étals et de boutiques, certaines offrant des articles très intéressants à des prix raisonnables. Comment ne pas céder à l'envie de rapporter des huiles si délicatement parfumées ou des bijoux fantaisie joliment travaillés ? Le musée du Bardo étant fermé pour travaux, nous nous rabattons sur les palais avec leurs portes monumentales et leurs rafraîchissants patios qui évoquent les splendeurs d'antan.


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                 Sidi Bou Saïd                                    

 

Et comment ne pas être surpris par l'activité intense de cette capitale en pleine expansion qui  a su tirer parti des délocalisations européennes et entrer avec panache dans la catégorie des pays émergents ? Commerçante dans l'âme, la Tunisie s'est adaptée à l'économie de marché  et pratique un réformisme progressif, privilégiant les évolutions aux révolutions. Le tourisme se remet peu à peu de la baisse de fréquentation récente due aux attentats et les hôtels (4 et 5 étoiles) ne vous décevront pas, d'autant que le service est attentif et aimable. Les 3 étoiles peuvent être tout à fait corrects mais plus anciens, parfois un peu vieillots. La Tunisie est particulièrement agréable à parcourir, ne serait-ce que pour les raisons suivantes : on y parle le français, le réseau routier tunisien offre 19 000 km de routes asphaltées, la signalisation est bilingue arabe/française, on y mange bien, les prix sont attractifs et, du nord au sud, vous jouirez de paysages divers et captivants et de sites archéologiques d'un très grand intérêt. Ayant conservé les mêmes frontières depuis 28 siècles, le pays présente une belle homogénéité, d'autant qu'il a su digérer les populations venues d'ailleurs et que la religion islamique, très pratiquée, a toujours été son ciment. Le patriotisme est également un autre élément fédérateur: Chaque matin, dans les lycées, les élèves assistent au lever des couleurs en chantant l'hymne national. Mais le pays ne s'est pas moins ouvert à la modernité. Ici les jeunes filles ont accès aux universités et facultés et bénéficient d'une liberté dont elles n'abusent pas. Il n'est pas rare de voir dans les rues, bras dessus, bras dessous, des étudiantes avec le foulard et d'autres avec le jean, parfois la mini-jupe. Mais, dans l'ensemble, les jeunes filles sont discrètes, peu provocantes. Ce qui frappe en Tunisie, c'est l'harmonie. La drogue étant vivement réprimée ( 1 an de prison ferme pour celui qui en use, 7 ans pour celui qui en vend ), la jeunesse est protégée de la grande délinquance. Mais nos délinquants, ils sont chez vous - m'a dit une jeune guide avec un sourire - car, chez nous, ils seraient derrière les barreaux...

 

Quand partir ? En avril et mai pour voir le pays en fleurs, ou en septembre et octobre, lorsque les chaleurs sont moins lourdes et la mer encore chaude. Où séjourner : à Tunis, Hammamet nord, Sousse, Mahdia, Tabarka, Tozeur, Djerba. Pour les achats, mieux vaut s'adresser aux boutiques d'état aux prix imposés, surtout si l'on n'aime guère marchander. Ainsi pas de surprise désagréable et des prix toujours avantageux. La qualité de l'artisanat est telle que l'on peut se laisser tenter par les tapis de Kairouan, les poteries de Nabeul, les bijoux de Mahdia et Djerba, les mosaïques d' El Jem et les cuirs et parfums dans la médina de Tunis. 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE  ( septembre 2010 )

 

* Les signes pourpres  :  Ed. Atelier Fol'fer

 

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