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23 août 2011 2 23 /08 /août /2011 08:40

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"La liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent et si un citoyen pouvait faire ce qu'elles défendent, il n'aurait plus de liberté, parce que les autres auraient tout de même ce pouvoir" - écrivait MONTESQUIEU.

 

"La liberté concrète est celle qui assume courageusement et joyeusement la loi de l'oeuvre qui est la loi du fini : donner forme, et en donnant forme, prendre forme, voilà la liberté".

Paul RICOEUR

 

 

Aussi posons-nous cette question : que signifie être libre ?

 

C'est tout d'abord la liberté de faire. Mais souvenons-nous que la liberté était autrefois un privilège réservé au maître par opposition à l'esclave. Il faudra attendre que le christianisme confirme les affirmations des stoïciens en faisant d'elle un principe spirituel et moral pour réaliser que la dignité de l'homme relevait de sa liberté. En effet, je ne suis libre d'agir que lorsque rien ni personne ne m'en empêche. Cette liberté est appelée la liberté d'action. Elle est la seule dont on ne puisse contester ni la réalité, ni le prix, bien qu'elle ne soit en aucune façon absolue. Par ailleurs est-on libre de vouloir ce que l'on veut ? C'est sans doute le problème le plus épineux, car puis-je n'être que moi ? Et étant moi, puis-je vouloir autrement que moi ? Il ne s'agit plus alors de la seule liberté d'action, mais de la liberté de décision ou de volonté. Volonté au sens où Epicure et Epictète la définissaient, c'est-à-dire liberté qui ne dépend que de moi puisque je suis libre de vouloir ce que je veux. Mais suis-je libre de vouloir autre chose que ce que je veux ? - pourrait ajouter malicieusement Diderot dans "Jacques le fataliste".

 

Cette liberté de la volonté suppose, en effet, que je puisse vouloir autre chose que ce que je désire, c'est ce que certains nomment la liberté d'indifférence ou le libre arbitre, liberté envisagée dans ce sens par des philosophes comme Descartes, Kant et Sartre. Elle suppose que ce que je fais n'est pas déterminé par ce que je suis. Selon Sartre l'existence précède l'essence et si l'homme est libre, c'est qu'il n'était rien à l'origine et n'est, en définitive, que ce qu'il se fait. Je ne suis libre qu'à la condition, certes paradoxale, de renoncer à être ce que je suis pour être ce que je ne suis pas, mais cela à condition de le définir moi-même. C'est ce que ce penseur considère comme liberté originelle. Elle précède tous les choix et tous les choix en dépendent. Cette liberté est absolue ou bien n'est pas. Elle est le pouvoir indéterminé de se déterminer soi-même. Car réfléchir, c'est déjà se libérer. "Il est impossible de concevoir une raison qui, en pleine conscience, recevrait pour ses jugements une direction du dehors"- confirme Kant. La loi morale intérieure, la conscience morale est l'acte de la raison, elle m'indique que je suis libre, puisque sans liberté je ne saurais me contraindre à agir bien. Et Kant ajoute : " Si la loi morale n'était d'abord clairement conçue dans notre raison, nous ne consentirions pas à admettre une chose telle que la liberté." C'est également la raison qui nous permet de nous libérer des pressions ou influences extérieures. Mon intelligence est un filtre qui m'autorise à user de mon libre-arbitre et d'agir selon ma détermination propre.

 

Ce troisième sens de la liberté, la liberté de pensée ou liberté de raison est envisagé comme compréhension et nécessité de nos choix. Etre libre de n'être soumis qu'à sa propre nécessité. Ces trois libertés, action, décision, raison ont en commun de n'exister qu'en relation les unes avec les autres, car on ne naît pas libre, on le devient. Que nous soyons libre ou que nous ne le soyons pas physiquement ou, de façon plus inquiétante psychiquement et moralement, cela ne peut nous dispenser, selon Nietzsche, de devenir ce que nous sommes. Alors réfléchissons à cela et lisons quelques maximes pour mieux nous éclairer sur le sens profond de la liberté, dont nous ne faisons pas toujours le meilleur usage:

 

Mais le tyran enchaînera...quoi ? ta jambe. Mais il tranchera...quoi ? ta tête. Qu'est-ce qu'il ne peut ni enchaîner, ni retrancher ? Ta volonté. EPITECTE

 

 

Et ainsi j'appelle libre un homme dans la mesure où il vit sous la conduite de la raison, parce que dans cette mesure même, il est déterminé à agir par des causes pouvant être connues adéquatement par sa seule nature, encore que ces causes le déterminent nécessairement à agir. La liberté, en effet, ne supprime pas, mais pose au contraire la nécessité de l'action.  SPINOZA

 

Nous sommes libres quand nos actes émanent de notre personnalité entière, quand ils l'expriment, quand ils ont avec elle cette indéfinissable ressemblance qu'on trouve parfois entre l'oeuvre et l'artiste. BERGSON

 

 

La liberté n'est pas dans une indépendance rêvée à l'égard des lois de la nature, mais dans la connaissance de ces lois et dans la possibilité donnée par là même de les mettre en oeuvre méthodiquement pour des fins déterminées. Cela est vrai aussi bien des lois de la nature extérieure que de celles qui régissent l'existence physique et psychique de l'homme lui-même. ( ... ) La liberté de la volonté ne signifie donc pas autre chose que la faculté de décider en connaissance de cause.  ENGELS

 

 

Que veut dire ce mot être libre ? Il veut dire pouvoir, ou bien il n'a point de sens ( ... ) Où sera donc la liberté ? Dans la puissance de faire ce qu'on veut ? Je veux sortir de mon cabinet, la porte est ouverte, je suis libre d'en sortir. Mais dites-vous, si la porte est fermée, et que je veuille rester chez moi, j'y demeure librement. La liberté sur laquelle on a écrit tant de volumes, n'est donc, réduite à ses justes termes, que la puissance d'agir. Dans quel sens faut-il prononcer ces mots : l'homme est libre ? Dans le même sens qu'on prononce les mots de santé, de force, de bonheur. L'homme n'est pas toujours fort, toujours sain, toujours heureux. Une grande passion, un grand obstacle, lui ôtent sa liberté, sa puissance d'agir. Le mot de liberté, de franc arbitre est donc un mot abstrait, un mot général comme beauté, bonté, justice. Ces termes ne disent pas que tous les hommes soient toujours beaux, bons et justes ; aussi ne sont-ils pas toujours libres.  VOLTAIRE

 

 

Les hommes se trompent en ce qu'ils se croient libres ; et cette opinion consiste en cela seul qu'ils ont conscience de leurs actions et sont ignorants des causes par lesquelles ils sont déterminés. Ce qui constitue donc leur idée de la liberté, c'est qu'ils ne connaissent aucune cause de leur action. SPINOZA

 

 

La vraie liberté, c'est pouvoir toute chose sur soi.  MONTAIGNE

 

 

Maintenant à chacun de se faire son opinion sur le sujet. C'est la liberté de raison. Alors bonne raison à tous.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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23 août 2011 2 23 /08 /août /2011 08:03

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L'esprit celte aime s'attacher à la mémoire des lieux. La ville de Glastonbury a beau se trouver en Angleterre, elle fait ancestralement partie du royaume celtique et fut assimilée au XIIe siècle avec l'île mythique d'Avalon. Elle a vu depuis sa renommée décupler, la légende arthurienne venant se greffer sur des traditions d'une remarquable pérennité religieuse.
Au sud-ouest de l'Angleterre, dans l'ancienne Domnonée des Bretons, une éminence naturelle, visible de très loin, frappe l'oeil : un tertre verdoyant surplombe la ville de Glastonbury. Ce relief énigmatique, qui domine la plaine basse des Somerset Levels, a pris le nom de tor, mot d'origine celtique désignant une colline ou une crête rocheuse. Au sommet de cette prédominance trône aujourd'hui la seule tour qui a survécu aux aléas des siècles.

 


De 10.000 à 8.000 avant J.C., sous l'effet du réchauffement climatique de la fin de la dernière glaciation, se produisit une formidable remontée des eaux océanes. Les plaines furent totalement submergées et, pendant cinq millénaires, Glastonbury compta parmi les rares îlots qui parvinrent à faire surface. Lorsque la mer commença de se retirer, une végétation de bois et de landes recouvrit la région marécageuse et permit peu à peu la formation de vastes tourbières. Vers 4.000 avant notre ère, des peuples chasseurs investirent les lieux et fondèrent des cités lacustres. Ce caractère singulier de sanctuaire naturel suscitera le sentiment du sacré que possédaient d'instinct les populations pré-indo-européennes du néolithique. Situé au centre d'un important maillage de sources d'eau souterraines et de lignes telluriques, le Tor connut très tôt  la ferveur cultuelle. Quand les Celtes s'installèrent en Bretagne insulaire durant le premier millénaire, l'île devint le foyer d'un collège druidique, comme le mentionneront plus tard les textes médiévaux des Triades galloises.
 


Au VIIe siècle de notre ère, les Saxons conquièrent le Somerset et poursuivent le drainage des terres, sans omettre d'ériger un oratoire au sommet du Tor. Ainsi Glastonbury devient-il le siège d'une importante abbaye. Bien que ruiné par les invasions des vikings danois du IXe siècle, des moines, venus d'Irlande, parviennent à exhumer le Tor de ses ténèbres, au point que le cimetière de Glastonbury abritera bientôt  les tombeaux des princes et des saints. C'est également à cette époque que l'on bâtit au sommet du Tor une église dédiée à Saint-Michel. Le culte de l'archange, protecteur de l'Occident, renoue avec le très ancien culte celtique du dieu de la Lumière.
Au moment de la conquête normande de 1066, le lieu est à son apogée et possède le plus riche monastère du pays. Cherchant à asseoir la réputation du saint lieu, les moines passent commande d'une histoire institutionnelle de la fondation de l'abbaye. L'île de verre des croyances anciennes correspondant aux descriptions de l'île d'Avalon, la ville de Glastonbury s'identifie à la résidence des rois de l'Autre Monde. Au même moment, le moine Caradoc de Llancarfan produit une Vie de saint Gildas.

 

 Pour la première fois, le roi Arthur est mis directement en relation avec Glastonbury. Arthur y serait venu délivrer Guenièvre, enlevée par Melwas, roi du Somerset, et retenue prisonnière dans la place forte du Tor. Plus tard, mortellement blessé à la bataille de Camlann, Arthur sera porté sur l'île d'Avalon pour y recouvrer la guérison. Son mythe est alors si fortement ancré dans la croyance populaire que le roi des Bretons est censé revenir d'Avalon pour mener les Celtes opprimés à la victoire contre l'envahisseur. Mais un dramatique incendie va totalement embraser l'abbaye en 1184, réduisant les bâtiments en cendres, abbatiale et cloître compris. Tout est à néant et le coût de la reconstruction s'annonce exorbitant. Les reliques étant compromises, le nombre des pèlerins diminuera fortement.

 

Au cours des travaux de restauration en 1191 survient un événement d'importance : les moines mettent à jour une ancienne sépulture. Celle-ci, profondément enfouie, est découverte entre les deux pyramides du cimetière. Il s'agit d'un sarcophage creusé dans un tronc de chêne, contenant les restes d'un prince guerrier couvert de blessures ; à ses côtés, repose son épouse dont la chevelure étend encore ses tresses d'or. Surmontant les dépouilles, une croix de plomb porte en creux l'inscription suivante :  Ici repose l'illustre roi Arthur dans l'île d'Avalon. La découverte de ces reliques va apporter à l'abbaye un prestige retentissant. La dynastie Plantagenêt met aussitôt à profit la légende. Arthur mort, il ne reviendra plus. C'est là mettre un terme à l'espoir breton de la survivance du souverain tutélaire et opérer, par la même occasion, un transfert de légitimité. Les restes d'Arthur et de Guenièvre sont solennellement remis en terre un siècle plus tard, en présence du roi Edouard Ier d'Angleterre. Glastonbury, transformé en sanctuaire de la royauté britannique, devient également la gardienne de la mémoire arthurienne.



Mais le 13 septembre 1275, de violentes secousses telluriques vont traverser le Tor, anéantissant l'église accrochée à sa cime. La rénovation s'avèrera de courte durée. En 1539, l'abbaye est rasée de nouveau sur ordre du roi Henri VIII. Rien ne subsistera des huit cents communautés catholiques de Grande -Bretagne ; le roi, ayant rompu son alliance avec le pape pour le motif que celui-ci se refusait à annuler son mariage avec Catherine d'Aragon, va provoquer un schisme d'où naîtra l'Eglise anglicane. La sépulture d'Arthur, profanée, disparait à jamais et, durant trois siècles, le Tor et l'illustre abbaye gisent lamentablement, abandonnés de tous. Il faudra attendre la fin du XIXe siècle pour que l'on renoue avec l'histoire des lieux et que l'archéologue britannique Arthur Bulleid découvre les vestiges du village lacustre qui témoigne du peuplement celte de l'âge du fer, tandis que des érudits français entreprennent le difficile travail d'authentification des manuscrits fondateurs. Leurs recherches n'empêcheront pas le Tor de compter nombre d'interprétations fantaisistes, mais, désormais, Glastonbury va faire l'objet de nouvelles fouilles et ce patrimoine fabuleux susciter des études historiques, littéraires, archéologiques sérieuses. C'est ainsi que, puisant dans la nostalgie de son ascendance galloise, l'écrivain John Cowper Powys va insuffler au Tor la puissance d'une colline inspirée et placer le mythe du Graal au centre de son chef-d'oeuvre romanesque A Glastonbury romance ( Paris/Gallimard 1975-76 - 4 vol. ), renouant avec le fil jamais rompu des légendes qui hantent encore nos mémoires.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

sources / Yann Le Gwalc'h - N.R.H.   et   Geoffrey Ashe ( The Story of Glastonbury )

 

 http://www.isleofavalon.co.uk/avalon-intro-fr.html

 

 

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23 août 2011 2 23 /08 /août /2011 07:51

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Habituée des croisières maritimes à la voile, une escapade fluviale sur le Rhin était une première qui a su me convaincre du bien fondé de ces voyages au fil de l'eau et de ces parcours au coeur de grands pays que nous découvrons ainsi de façon originale et reposante. Une fois installé dans votre cabine, vous n'avez plus qu'à vous laisser envoûter par la contemplation de ces rivages inconnus qui se dévoilent à vous sous des angles peu habituels. C'est un enchantement d'autant plus appréciable qu'à bord tout est organisé pour votre bien-être et que des guides confirmés vous narrent en détails l'histoire des lieux, commentant les images qui défilent depuis les salons panoramiques au fur et à mesure de cette navigation lente et régulière.


Embarqués à Strasbourg, notre voyage commence véritablement à Mayence au moment où le fleuve nous propose la part la plus belle et la plus touristique de son cours. Ce n'est pas sans raison que cette partie a été baptisée " le Rhin romantique", bien que personnellement je préférerais " le Rhin légendaire", tant histoire et légende se mêlent étroitement, qu'il devient difficile de faire la part de l'une et de l'autre. Ce Rhin romantique n'est, en définitive, qu'une invention des poètes, peintres et artistes qui, enthousiasmés par les paysages magnifiques qu'ils découvraient, se plurent à en vanter les charmes. Les écrivains allemands Clemens von Brentano et Heinrich Heine allèrent jusqu'à créer le personnage de la sirène Lore von der Ley, appelée aujourd'hui Lorelei, qui pare le fleuve d'une aura romanesque. C'est ainsi qu'au 19e siècle, le romantisme rhénan s'affirma comme un courant d'art, ralliant à sa cause des personnalités comme Byron, Turner, Victor Hugo et Wagner. Et la raison pour laquelle autant de châteaux furent rénovés et parfois reconstruits n'est autre que les rêveries romantiques des aristocrates prussiens.

Si le Rhin est de nos jours la voie fluviale la plus importante d'Europe, arrosant un territoire de 252.000 km2 sur une longueur de 1320 km, son exploitation remonte à l'an 55 av. J.C., lorsque les Romains le découvrent et bâtissent des villes le long de ses rives pour favoriser les échanges commerciaux. Par la suite, des générations de commerçants, pécheurs, négociants, meuniers, douaniers vécurent au bord de ces eaux souvent enveloppées par les brumes. Les archevêques de Cologne, de Mayence et de Trèves furent chargés, pendant plusieurs siècles, de la sécurité des riverains. Or, la navigation était rendue difficile à cause des courants et hasardeuse en raison des chevaliers pillards qui se plaisaient à dévaliser les bateaux et à extorquer des rançons. A tel point que les rives, de part et d'autre du fleuve, ne cessèrent de retentir du tonnerre des canons et furent le théâtre d'innombrables combats, ce qui n'a rien de romantique, n'est-ce pas ?


1242547904_picture-0001.jpg    La cathédrale de Mayence


Notre première escale sera la ville de Mayence, capitale de la Rhénanie-Palatinat, qui fut, dès l'an 13 av. J.C. un camp militaire romain, puis une capitale de province, avant d'être détruite à l'époque des migrations barbares. A partir du XIIIe siècle, elle devint un centre important de l'empire des princes électeurs. Bien que détruite à 80% pendant la guerre de 39/45, elle est aujourd'hui une ville universitaire très plaisante avec ses places ombrées, ses ruelles et maisons imposantes, sa cathédrale St Martin au choeur double, consacrée en 1036, dont les voûtes furent le témoin de plusieurs sacres et le pilier de la chrétienté du nord des Alpes. La place est superbe avec sa fontaine renaissance, sa colonne monolithe commémorative du millième anniversaire de sa cathédrale, ses cafés où, ce jour-là, les visiteurs et habitants profitaient du soleil radieux et de la température clémente pour se rafraîchir sous l'auvent des terrasses, tandis que nous suivions, à travers le méandres des rues, les traces du personnage emblématique de la cité : le typographe de génie Johannes Gutenberg.


Revenus à notre bateau, amarré devant le château du prince électeur, imposant palais de grès rouge, la navigation peut reprendre son cours. Voici Wiesbaden où Goethe venait prendre les eaux et qui est, aujourd'hui encore, l'une des villes les plus élégantes du bord du Rhin. Wagner, après Goethe, l'apprécia et s'y reposa dans les jardins nombreux qui font de cette ville d'eau un univers de verdure. Des romains comme Plinius Secundus mentionnaient déjà les effets bienfaisants des sources thermales chaudes qui ont fait la réputation de Wiesbaden.
A partir de Niederwalluf, les rives s'ensauvagent. Ce ne sont plus que des abords festonnés d'arbres et arbrisseaux, des saules d'un vert tendre plongeant leurs arceaux dans les eaux sans doute moins limpides que jadis. Quelques jolies villas, des bourgs serrés autour de leur église et, au loin, les reliefs qui profilent les croupes arrondies de leurs vallonnements. Plus on avance, plus l'aspect des rives se fait  âpre, comme si la nature l'emportait enfin sur la civilisation, comme si nous remontions le cours de l'histoire et revenions au temps des mythes et des légendes, à l'époque où les Romains découvraient la beauté du fleuve. Nous passons devant Erbach, bourg moyenâgeux, datant du VIe siècle et illustre pour ses roses. Par moments les berges s'inclinent, les reliefs s'infléchissent, des îles se forment, tapissées d'une abondante végétation. On surprend dans la diversité des paysages des clochers en forme de bulbe, des petits ports, de jolis coteaux vinicoles et d'innombrables châteaux, les uns rudes forteresses, les autres gracieux palais. Ainsi, celui de Johannisberg érigé en 1715 sur ce qui avait été un cloître, est considéré comme le plus ancien domaine du riesling, pour la simple raison que l'on y cultive ce précieux breuvage depuis l'an 817. Plus loin, Rüdesheim, sa tour des aigles et sa ruelle, célèbre dans le monde entier, baptisée Drosselgasse, avec ses 144,5 mètres de long, qui offre au passant tout ce qu'il désire : aux uns une gaieté débordante dans les nombreuses tavernes où ils se plairont à boire, rire et chanter ; aux autres une atmosphère romantique à souhait, surtout à la tombée du soir, lorsque les lanternes confèrent à la rue un caractère médiéval rehaussé par son carillon.

Ainsi les châteaux s'égrennent-ils comme les grains d'un chapelet, certains piqués sur un éperon semblable à des oiseaux de proie ; les autres se dressant fièrement au bord des rives, tantôt refuges des chevaliers pillards, tantôt forteresses dont la mission était de protéger les populations des bandes organisées qui se chargeaient de piller la région. Et voici Bacharach qui séduit les visiteurs pour sa position pittoresque à l'entrée de la vallée de Steeg. Ici le temps semble s'être arrêté. Les véhicules motorisés sont priés de rester sur les parkings, afin de sauvegarder le calme intemporel du village avec ses tours, ses portes, ses escaliers, ses ruelles, ses remparts coiffés par le château de Stahleck, vestige d'un passé sombre et témoin de la persécution des juifs au XIIIe siècle. Quant à Pfalz, on pourrait le comparer à un bateau en pierre échoué par hasard sur une île du Rhin. En 1327, le roi Louis de Bavière le fit élever pour être un poste de péage. Ce qui ne plut pas aux bateliers : ils s'en plaignirent en haut lieu et entre autre au pape qui  rappela les seigneurs à un ordre non divin mais plus... humain. C'est à cet endroit que le général prussien Blücher traversa le fleuve avec son armée et mit en déroute celle de Napoléon.


La navigation se poursuit et nous approchons de St Goarhausen, le rocher massif qui semble s'opposer au passage de ce fleuve impétueux. En effet, le fleuve forme ici une boucle étroite surplombée d'à pics rocailleux et d'épaisses plaques de roches granitiques comme chargés de dramatiser le décor, d'autant que les courants sont forts. Passage qui était une véritable aventure pour les bateliers du Moyen-Age. Aussi l'écho qui s'y forme était-il considéré comme la voix des esprits. Ce sont les poètes du 19e qui ont imaginé le personnage de la sirène Lorelei; dont on voit plusieurs statues, l'une au bord du fleuve, l'autre en haut du rocher, d'où le panorama est stupéfiant de beauté. Notre bateau n'ira pas plus loin. Dans la nuit, alors que nous dormons, il fera demi tour et commencera sa remontée vers Strasbourg avec une ultime étape à Spire.


1242555889_0018a16a.jpg    La cathédrale de Spire


Cette ville est tout simplement splendide, surtout sous le soleil qui ne nous a pas quittés depuis cinq jours. Sa cathédrale est la plus ancienne du monde médieval et se dresse majestueuse et puissante au milieu des jardins, vigile et témoin de l'histoire de la vieille Europe, de sa grandeur et de son génie, cathédrale impériale qui comptait, à certaines époques, jusqu'à 70 ecclésiastiques et fut considérée par le poète Reinhold Schneider comme le bâtiment le plus sublime du sol allemand.. Sa construction remonte au Xe siècle et sa symétrie, sa structure, sa complexité architecturale de grande ampleur sont saisissantes. Sous la cathédrale, la crypte à plusieurs nefs suscite elle aussi l'admiration pour son étonnante harmonie. C'est ici que reposent une dizaine de rois et d'empereurs, ainsi que les impératrices Berthe et Béatrice et Agnès la fille de Frédéric Barberousse. Tout d'abord les empereurs saliques, puis les familles régnantes des Hohenstaufen, Habsbourg et Nassau, monuments qui étaient chargés d'une signification sacrale et attestaient de la pérennité du royaume et de l'empire. 
Maintenant notre bateau remonte vers Strasbourg et glisse dans l'éclat de la lumière printanière, alors que les paysages se succèdent au long des rives et que les châteaux semblent former une garde royale. Au loin, les collines se couvrent de vignobles et de bois et  les saules, qui bourgeonnent, plongent leurs ramures dans les eaux tranquilles. On comprend mieux que la beauté de cet environnement aient pu inspirer  Goethe, Victor Hugo et Henrich Heine et que le mythe de l'enchanteresse Lorelei y soit toujours vivant :


Je ne sais pas ce que veut dire en moi
Cette tristesse si grande
C'est une très vieille légende
Dont le souvenir me hante
L'air est frais et la nuit tombe
Paisiblement coule le Rhin
Le sommet de la montagne flamboie
Dans les reflets du soleil couchant.

  

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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1239013110_0000000915_1.jpg    Lorelei

 

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22 août 2011 1 22 /08 /août /2011 11:17

1222502843_img_5748.jpg   La Crète des bergers

 

 

 

 Septembre 2008   

 

 

Kaliméra, bonjour en grec moderne, puisque je rentre de Crète après 18 jours d'absence et un voyage qui m'a conduit vers le rivage souriant et ensoleillé de la terre la plus extrême de l'Europe : la Crète. La Crète, cette île belle et légendaire qui est, de par sa situation, le trait d'union entre la civilisation classique de l'aire méditerranéenne et celle millénaire de l'Egypte et de l'Asie mineure. L'île antique du roi Minos est donc un pont idéal jeté entre trois continents : l'Asie, l'Afrique et l'Europe, et fut de tout temps un territoire convoité qui eut à subir agressions et occupations de la part de ses oppresseurs, principalement des Vénitiens et Ottomans. Des douleurs de la Crète, maints poètes les ont chantées avec des accents émouvants :

 

Elle était comme une fleur épanouie,
comme un soleil radieux,
qui éclairait toutes les villes ;
de la terre elle était le joyau,
du monde entier.
Ses beautés n'étaient point matérielles :
c'étaient les ornements de l'esprit,
la culture et la pureté et toutes les autres vertus.
Mais voici qu'elle est tombée, comme un château s'écroule,
voici qu'elle s'est éteinte comme une bougie soufflée par le vent.

 

écrit Gérasime Palladas, évoquant le siège de Candie ( aujourd'hui Héraklion, capitale de la Crète actuelle) et les 25 ans de conflit, depuis le premier débarquement turc de 1645 jusqu'à la capitulation en 1669, poème qui rejoint celui épique d'un autre poète crétois Tzanès Boulianis, aristocrate de Rethymnon qui exalta, pour sa part, le courage de la résistance crétoise et les terribles souffrances que le peuple eut à endurer des occupants.

 
Si convoitée, en effet, que l'île traversa plusieurs périodes, comme des temps séparés, du paléolithique jusqu'à son rattachement à la Grèce en 1913, ainsi y eut-il la Crète minoenne ( 2700 à 1200 av. J.C. ), la Crète hellénique ( de 330 à 67 av. J.C. ), la Crète byzantine ( de 330 à 1204 de notre ère ), la Crète vénitienne ( 1204 - 1669 ), la Crète ottomane ( 1669 - 1898 ) et enfin, grâce à la puissante influence de Elefthérios Vénizélos - et après une courte période d'autonomie - la Crète redevint hellénique, renouant avec son passé légendaire et mythique.

 

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C'est peut-être parce que ses côtes découpées en une succession de baies et d'anses aisément accessibles que les navigateurs, qui sillonnaient la Méditerranée à la recherche de nouvelles terres à exploiter et conquérir, appréciaient de trouver ici des abris sûrs. L'histoire tourmentée de l'île témoigne de l'intérêt, pas toujours pacifique, hélas !, qu'elle inspira depuis la nuit des temps. Calanques, vallées, collines et hauts plateaux sont dominés par le mont Ida ( 2460 m ) visible de presque tous les coins de l'île, enneigé  4 ou 5 mois par an, et berceau de la mythologie.


Avec le roi Minos, le mythe rejoint l'histoire. Minos aurait régné vers 1500 av. J.C. et été un monarque vénéré, grand législateur, estimé pour sa sagesse. Il semble que, par la suite, le nom vénéré ait été donné à l'ensemble d'une dynastie. Il y eut ainsi, en Crète, une succession de Minos comme en Egypte une succession de pharaons. C'est vers 2000 av. J.C. que les premiers édifices importants s'élevèrent à Knossos, ainsi qu'à Festos, Malia, Kato Zokros, trois petits royaumes qui, d'après la légende, auraient été gouvernés par les trois fils de Zeus, le père des dieux et des hommes, dernier né de Cronos et de Rhéa, que Gaïa avait caché dans une grotte du mont Ida afin qu'il ne fût pas dévoré par son père. Pour séduire Europe, fille d'Agénor, roi de Phénicie, la mère de ses fils, Zeus avait eu recours à un stratagème : il s'était transformé en un taureau éclatant de blancheur et était apparu dans un champ où la jeune fille jouait avec des amies. Europe, frappée par la beauté de l'animal, s'était approchée et même enhardie jusqu'à monter sur son dos. Aussitôt le taureau en avait profité pour s'élancer au-dessus des flots jusqu'à la Crète où, retrouvant son apparence humaine, il s'était uni à elle.

 
Familière des dieux et des déesses, il semble que l'île ait mérité leurs faveurs : mer poissonneuse, ciel plus limpide que nulle part ailleurs en raison du faible taux d'humidité, terre aux 300 jours d'ensoleillement, aux 30 millions d'oliviers, aux 80 espèces d'orchidées sauvages, au miel et à l'huile incomparables, le royaume de la reine Pasiphaé, du minotaure, du labyrinthe de Dédale et d'Ariane dont le fil évita la mort à l'homme qu'elle aimait, Thésée, roi d'Athènes, la Crète est bien une terre bénie par eux. Ici les merles ne sont pas noirs mais du même bleu azur que la mer. Si les montagnes sont arides - la déforestation ayant engendré des dégâts irréversibles - les fleurs abondent dans les plaines et les jardins : hibiscus, lauriers, bougainvilliers qui courent le long des façades et y jettent leur éclat purpurin, tandis que les arbres prêtent leur ombre légère à la terre saturée de chaleur : arocarias, cyprès, palmiers, eucalyptus, chênes-lièges, pins et, bien entendu, oliviers dont certains sont plusieurs fois centenaires. Nombreux sont les écrivains qui, frappés par sa douceur, ses lumières, ses collines basses et son air parfumé, n'ont pas hésité à la comparer à une femme. Ainsi Henry Miller visitant l'acropole de Phaistos en 1939, écrivit ceci dans Le colosse de Marousssi, le livre que lui inspira sa rencontre avec le ciel crétois :

 

A mes pieds, se déroulant comme un tapis magique, à l'infini, s'étendait la plaine de la Messara, ceinte d'une chaîne majestueuse de montagnes. De ces hauteurs sublimes et sereines, elle a toute l'apparence du Jardin d'Eden. Aux portes mêmes du Paradis, les descendants de Zeus ont fait halte ici, sur la route de l'éternité, pour jeter un dernier regard sur la terre, et ils ont vu, avec les yeux de l'innocence, que la terre est en vérité telle qu'ils l'avaient toujours rêvée : un lieu de beauté, de joie et de paix. Au fond de son coeur, l'homme est uni au monde entier. Phaestos contient tous les éléments du coeur. Phaestos relève de la femme entièrement. Tout ce que l'homme a pu accomplir serait perdu, n'était ce stade final de la contrition, qui trouve ici son incarnation dans le séjour des reines célestes. 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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22 août 2011 1 22 /08 /août /2011 09:54
Venise et les îles de la lagune

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Comment imaginer Venise sans les îles de sa lagune, ce précieux collier qui l'enserre et qu'il faut prendre le temps de découvrir, tant chacune d'elles est une perle rare, riche d'un passé unique, d'une histoire particulière et d'une physionomie qui la singularise dans ce florilège de lumière et de beauté. S'éloigner de Venise au petit matin, dans une lumière lactescente, est déjà un enchantement car, alors, la ville n'est plus qu'une suite de dômes et de campaniles, une sorte d'échappée vers les hauteurs, une architecture qui semble un envol de pierre au-dessus du gris soyeux des eaux. Notre première visite sera pour Murano. Le vaparetto, qui nous y mène, est tenu de suivre les chenaux naturels ou creusés de main d'homme qui les relient entre eux et sont balisés par de gros poteaux goudronnés. Un court arrêt à San Michele, devenu cimetière municipal, champ de repos pour les riches Vénitiens auxquels on refuse dorénavant une sépulture dans les églises et qu'occupent également deux charmantes églises et le campanile de l'ancien monastère des Camaldules. Il est rare d'y débarquer un voyageur, car les morts ne reçoivent de visites qu'une fois l'an, d'où cette impression d'un sérail délaissé par les vivants qui s'étiole en paix dans la solitude et le silence.

 

Murano se dessine au loin, parmi le vol des oiseaux de mer, comme une banlieue très méridionale de Venise, avec ses maisons basses, peintes de couleurs claires, qui n'ont rien de commun avec l'entassement pressé de la Sérénissime, où, parfois, la lumière pénètre à peine dans les calli. On goûte ici, comme dans la plupart des autres, la plénitude du silence qui ennoblit les îles de la Lagune. Célèbre centre verrier depuis le XIIIe siècle, Murano fut fondée au Moyen-Age par les réfugiés fuyant l'avance des Lombards et connut très vite un bien-être d'autant plus enviable qu'elle bénéficiait d'une autonomie administrative. Les nobles Vénitiens ne tardèrent pas à en faire un lieu de villégiature, ce qui contribua à sa prospérité ; l'île était alors couverte de somptueux palais dont la plupart ont disparu de nos jours, remplacés par les fours et les fabriques des industriels du verre.


La naissance de l'art du verre remonte aux Byzantins de Grèce et d'Asie mineure qui étaient parvenus à donner à leurs productions la couleur des pierres précieuses. Longtemps importatrice de ces pièces rares, Venise s'inquiéta de les produire à son tour et fit venir des artisans de Constantinople. Mais la présence des fourneaux risquait de transformer la ville, où le bois est omniprésent, en un gigantesque brasier. Le Grand Conseil jugea prudent  d'éloigner les ateliers de verriers et de les transférer sur l'île de Murano. Aussi n'était-il pas question de poser le pied sur l'île sans entrer dans l'antre d'un souffleur de verre et de voir naître, sous nos yeux, quelque objet, aérien et évanescent, de la fusion de la pâte et du feu. Travail étonnant, où l'on constate que cette matière si ductile se prête aux fantaisies les plus audacieuses et aux ornements les plus recherchés. Nous en trouvons d'éloquents témoignages dans les galeries de Murano et, bien entendu, dans les innombrables et luxueuses boutiques de Venise. Mais le charme de l'île ne se découvre que peu à peu, lorsqu'on s'éloigne des centres verriers pour musarder le long des quais du grand canal et que l'on s'attarde un moment dans l'église Sainte Marie des Anges ou devant le palais Da Mula, le seul qui soit resté debout, avec ses décorations byzantines et son style gothique flamboyant.

 

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  TORCELLO  ( L'entrée de l'église San Fosca )

 

Le bateau repart en direction de Torcello sur ce lac somnolent où repose un paysage presque sans relief, comme celui des atolls polynésiens. Nous longeons l'île San Giacomo in Palude, minée par les eaux et le temps. Il y avait là, au XIIe siècle, un hospice réservé aux pèlerins qui revenaient de Terre sainte. Plus loin, on aperçoit une autre île, tout aussi abandonnée, et que les ans ont rongée inlassablement, l'île de la Madonna del Monte, qui abrita autrefois un monastère de bénédictins. La suivante est Torcello, que l'on atteint par un rio étroit et peu profond, ce qui oblige le vaparetto à débarquer ses passagers le long d'un sentier de berge qui conduit au seul centre habité de l'île : la place où se trouvent réunis la cathédrale Santa Maria Assenta, l'église de San Fosca, les dépendances, cinq ou six maisons paysannes et un petit musée aménagé dans deux bâtiments qui a charge de présenter des vestiges liés à l'histoire de Torcello ; enfin un hôtel pour voyageurs bien fournis en devises ou travellers'chèques, que fréquentèrent Hemingway, Ava Gardner, Giscard d'Estaing et quelques autres... et où la table a la réputation d'être la meilleure de Vénitie.


L'histoire de Torcello, célèbre pour les admirables mosaïques de ses églises, le pavement de son presbytère, aussi précieux qu'un tapis de mosquée, et la somptueuse ornementation de l'iconostase de Santa Maria Assenta, remonte à la nuit des temps. C'était alors des milliers d'hommes et de femmes qui peuplaient l'île, à l'aube de l'extraordinaire épopée vénitienne. Il faut remonter jusqu'à l'Iliade d'Homère pour tenter de retrouver les origines des Vénitiens. Nous y découvrons un peuple indo-européen accourant au secours de Priam lors de la guerre de Troie. Ils sont alors appelés Enètes, ce qui donnera Vénètes en latin. Ayant abandonnés leur terre natale, ils s'établissent en bordure de l'Adriatique, autour de l'actuel Padoue et fondent la future Altino (Mestre). C'est naturellement sur la terre ferme que ces peuplements s'accroissent et se soumettent sans peine à l'ordre romain. Sous l'Empire, la région est déjà appelée Venetia (Vénétie). Mais, à partir de l'an 168, les invasions de peuples barbares se multiplient et s'accompagnent de l'exode d'une partie de la population vers les îles de la Lagune, qui leur garantissent une plus grande sécurité. Les hasards de l'histoire vont faire dépendre cette région de l'Empire byzantin et établir Ravenne comme la capitale de l'Empire Occidental, ayant la responsabilité d'administrer les possessions italiennes de Constantinople. L'occupation des îles deviendra permanente avec le déferlement des Lombards qui s'emparent successivement des villes d'Aquilée, de Padoue et d'Altino. Les habitants de cette dernière jugent sages de se déplacer sur l'île la plus proche qui n'est autre que Torcello, où ne demeurent alors que quelques pêcheurs. En 639, ces nouveaux occupants érigent l'église et les fortifications, dont les tours auraient donné son nom à l'île ( torcello signifie " petite tour"). Le déclin s'amorcera vers le IXe siècle, le prestige grandissant de Venise causant le départ de nombreux habitants. Ruskin, George Sand, Musset se sont délectés de ses parfums rustiques et furent impressionnés par " le silence inconcevable qui régnait sur cette nature". Ruskin se plaisait à monter au sommet du campanile pour se pénétrer de la mélancolie de cette île-fantôme où seules les pierres témoignent encore de sa gloire passée.
 

 

  burano.jpg      Burano

 

 

Burano est son contraire. Nous accostons à l'heure méridienne, alors que l'air est devenu doux et la lumière intense, sur une place herbue plantée de jeunes arbres où sont exposées, sur des tréteaux, les fameuses dentelles de Venise qui sont, en définitive, les dentelles de Burano. Et on ne peut qu'être séduit par la gaieté du décor composé de maisons à un seul étage qui semblent avoir été peintes par des enfants épris de couleurs vives : vert-pomme, jaune-citron, rose-corail, bleu-ciel, les portes et fenêtres encadrées de blanc de chaux, à se croire tombé au coeur d'un pueblo mexicain. Le canal, qui se prélasse entre les rives, ouvre d'amusantes perspectives et tout ici respire l'insouciance : les restaurants ouvrant de larges terrasses sur les placettes et sur les rues, les boutiques regorgeant de vêtements aux broderies ravissantes et les pâtisseries vous proposant à l'envi les fameux biscuits de Burano, les bussota buranello, qui fleurent bon l'oranger. Une des caractéristiques de Burano est sa tour penchée comme à Pise. En effet, le campanile accuse une inclinaison de 1,85. "Tombera, tombera pas !" -  c'est le jeu auquel se prêtent volontiers les touristes et les habitants.

 

Il est déjà trop tard pour penser à déjeuner, alors qu'il aurait été si bon de s'attarder plus longuement sur la place inondée de soleil où quelques enfants jouent à la marelle. Mais on ne peut tout faire : et manger et visiter. Et nous avons opté pour la seconde solution : sacrifier le repas de midi pour avoir le maximum de temps à consacrer à la découverte des lieux. Maintenant nous longeons San Francesco del Deserto où - dit-on - à son retour de Terre sainte, saint François aurait fait escale quelques semaines. Un noviciat fut bâti, par la suite, qui prit le nom du fondateur de l'ordre des franciscains. L'île aurait été abandonnée lors d'une épidémie de malaria. Ici on peut presque parler de désert, un désert bucolique et délicieux, où l'on jouit d'une vue charmante sur Burano. Le vaporetto a pris le chemin du retour. La Lagune se peuple d'ombres et le soleil s'incline déjà sur les eaux. Au loin, on discerne les sommets enneigés des Dolomites. Il y a 3 ou 4 jours que la neige est tombée en abondance. Elle tapisse le ciel et se boursoufle comme un nuage immobile, tandis, qu'à l'opposé, Venise se profile avec ses lumières discrètes, tamisées de rose et de mauve, et que le soleil pose désormais sur l'onde pâlie les pleins feux de son sérénissime crépuscule. Cette journée dans les îles valait bien un repas.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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22 août 2011 1 22 /08 /août /2011 09:13
Delphes ou le royaume des dieux

 

Ce serait dommage de visiter la Grèce et d'oublier Delphes, ce sanctuaire panhellénitique dédié au dieu Apollon et dressé comme un amphithéâtre au pied du Mont Parnasse, tourné vers les eaux azurées de la baie d'Itéa.

 

" Et dès qu'on atteint le pied des deux Phédriades, on a en face de soi quelque chose qui a l'air d'être la faille des failles : les deux roches que sépare une gorge effrayante, étroite et inaccessible... C'est là, le long de la gorge, là où les deux roches se rejoignent que sort, de manière tout à fait imprévue, l'eau la plus cristalline : l'eau de Castalie, la célèbre fontaine où tous, prêtres et pèlerins, se lavaient avant d'entrer dans le temple."
Chr. Karouzos

  

 Le " nombril du monde ", ainsi fut baptisé le lieu à une certaine époque. Dès la plus haute antiquité, ce site escarpé qui se dresse à une altitude de 500 à 700 mètres, bénéficiant d'une situation panoramique exceptionnelle sur les flancs du mont Kirphis, la gorge de Pleistos, la plaine d'Amphissa, la mer presque toujours tranquille de la baie d'Itéa et, par delà le golfe de Corinthe, sur les montagnes infinies du Péloponnèse - fut un sanctuaire vers lequel accouraient des foules immenses, autant pour consulter l'oracle que pour participer aux jeux pythiques.


Delphes, déjà occupé à partir du troisième millénaire avant J.C., parce que ses montagnes et ses plaines arrosées par les sources permettaient à l'homme de subsister avec ses troupeaux, connut son apogée vers le VIIIème siècle avant notre ère. C'est à cette époque que l'on trouve les premiers témoignages sur le culte d'Apollon. Dans les vers d'Eschyle, nous apprenons de la bouche de la Pythie qu'à Gê, la mère des dieux, succéda sa fille Thémis, puis son autre fille Titanis Phoibè qui donna son nom à Phoibos Apollon, alors qu'un hymne homérique nous raconte comment Apollon fonda son premier temple, après s'être rendu maître des lieux, en tuant Pythô, le dragon femelle, qui veillait sur la source sacrée. Apollon rendait les oracles dans le sanctuaire de Gê par la bouche de la Pythie, assise au-dessus de l'ouverture d'une crevasse, d'où l'esprit s'exhalait. Les premiers prêtres d'Apollon furent des Crétois, originaires de Cnossos. L'oracle acquit très vite une grande réputation, non seulement dans le monde grec, mais dans tout le monde connu d'alors. Des nomades barbares envoyaient des émissaires pour consulter l'oracle et offraient de nombreux présents. Au début, l'oracle n'était rendu qu'une fois l'an ; ensuite, à la vue de l'affluence considérable de visiteurs, il fonctionna le septième jour de chaque mois.

 

Les Grecs aimaient les oracles. Peuple curieux et impatient, ils voulaient tout savoir, même l'avenir. L'énigme leur plaisait, elle exerçait la subtilité de leur esprit ; mais ils aimaient aussi la pompe et l'éclat des fêtes. Platon trouvait pour ces solennités un motif social : "Les dieux, disait-il, touchés de compassion pour le genre humain, que la nature condamne au travail, lui ont ménagé des intervalles de repos par la succession régulière des fêtes instituées en leur honneur." Les Grecs goûtaient si bien cette raison, qu'ils multiplièrent les intervalles au point que les temps de repos égalaient presque les temps de labeur. On comptait à Athènes plus de quatre-vingts jours de l'année consacrés aux  fêtes et aux spectacles. La Pythie était généralement une femme d'âge avancé qui, dès qu'elle entrait au service du dieu, abandonnait mari et enfants. Elle s'installait à l'intérieur de l'enceinte sacrée et se rendait, dès l'aurore, à la source Castalie pour s'y purifier, puis, en procession, les membres du culte se dirigeaient vers l'adyton du temple. Là, sur un trépied, qui était sensé être le trône d'Apollon, la Pythie s'asseyait et rendait ses oracles, tandis que les prêtres allumaient le feu qui servirait au sacrifice rituel. Les consultants formulaient leur demande oralement ou par écrit et l'un des officiants en donnait lecture à la Pythie, qui, le plus souvent, ne savait pas lire. Ses réponses dictées par l'esprit du dieu Apollon pouvaient être obscures ou ambiguës, si bien que chacun des destinataires les interprétaient ensuite selon sa convenance personnelle. L'un des exemples les plus fameux est la prédiction que l'oracle fit à Crésus, roi de Lydie. Celui-ci avait demandé s'il sortirait vainqueur d'une guerre contre les Perses. L'oracle répondit : " Si Crésus traverse l'Halys, il détruira un grand royaume ". Crésus interpréta la prophétie à son avantage, fit la guerre et fut vaincu. Tous comprirent alors ce que l'oracle voulait dire : qu'en déclarant la guerre aux Perses, Crésus détruirait son royaume. Et ils reconnurent qu'une fois encore l'oracle avait eu raison.

 


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      Delphes, vue d'ensemble 

 

La renommée de l'oracle fut bientôt telle dans le monde grec et barbare que la plupart des princes d'alors n'entreprenaient rien avant d'être venus à Delphes, par voie de terre ou de mer, pour le consulter. Le roi Midas alla jusqu'à envoyer son trône royal comme gage de sa vénération à Apollon. C'est ainsi que l'on commença d'édifier les trésors, petites constructions en forme de temple qui s'élevèrent le long de la Voie Sacrée conduisant au temple d'Apollon, et dans lesquelles les chefs ou les cités entreposaient leurs offrandes. Quant aux jeux pythiques, ils avaient lieu tous les huit ans et donnaient droit aux vainqueurs de faire élever leur statue et de la voir  figurer à l'intérieur de l'enceinte. Les festivités duraient sept jours. Le premier jour était consacré au sacrifice de trois taureaux ;  lors du deuxième se déroulait une procession et on offrait en sacrifice cent taureaux ; le troisième, on devait manger, lors d'un banquet, la chair des victimes de la veille ; le quatrième jour commençaient les concours lyriques et dramatiques ; le cinquième et le sixième étaient voués aux épreuves du stade (courses hippique et de chars, lutte, course de vitesse, lancement du disque, saut etc.), enfin les concours gymniques se tenaient le septième et dernier  jour.

 

Le site archéologique de Delphes continua de vivre, d'une certaine manière, à l'époque byzantine et à l'époque moderne. Un monastère de la Dormition de la Vierge s'élevait sur les ruines de la palestre du gymnase et fut détruit par les Français pour les besoins des fouilles. La zone sacrée était alors le village de Kastri qui fut transféré à son emplacement actuel et rebaptisé Delphes. Parmi les premiers archéologues qui effectuèrent des fouilles, il faut citer Otfrid Müller et son disciple Ernst Curtius. Les Américains et les Allemands demandèrent l'autorisation de fouiller, mais c'est finalement l'Ecole française d'Athènes, dirigée par Théophile Homolle, qui l'obtint en 1891 et les fouilles systématiques commencèrent en 1892. Par chance, le site et le musée n'eurent pas à souffrir de la guerre de 39-45, ni de l'occupation. Peu de lieu dont émane une telle impression de grandeur. Le paysage lui-même est majestueux, amphithéâtre de montagnes ouvert sur le large horizon de la mer, avec les pentes vert sombre des cyprès et des oliviers. La puissance qui se dégage, l'émotion que l'on éprouve sont intraduisibles.

 

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  Le temple d'Athéna Pronaia

  

Le génie de l'homme s'est inscrit au burin sur chacune des pierres, tatouage évocateur et sublime laissé par le temps sur la terre noire. Depuis l'emplacement du musée - qui rassemble des trésors, dont la statue en marbre d'Antinoos, le favori de l'empereur romain Hadrien, et l'Aurige (conducteur de char) l'un des chefs-d'oeuvre de l'art grec ancien, vêtu d'une longue tunique cérémonielle comme il seyait à ceux qui prenaient part à des rites solennels, car tous les concours  -dans les grands sanctuaires de l'Antiquité - avaient un caractère sacré. Dans son attitude, toute de noblesse, rien de concret n'exprime la joie de la victoire. Aucun sentiment fugitif, nul geste intempestif, mais la sérénité olympienne de l'immortalité - Donc, depuis l'emplacement du musée, on ne cesse de gravir les paliers successifs qui mènent au temple d'Apollon par la Voie Sacrée, puis au théâtre qui avait la capacité de recevoir 5000 spectateurs, enfin au stade.

 

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                         Le stade
 

C'est là que j'ai éprouvé l'impression la plus vive. Nous étions seuls mon mari et moi, le reste du groupe n'ayant pas souhaité, par la chaleur, affronter le sentier très escarpé et la dénivellation importante. Le silence régnait dans la lumière d'or de cette fin de matinée. Sur la longue piste sableuse bordée par les gradins, on pouvait imaginer les chars s'affrontant lors des courses, les cris des spectateurs massés de part et d'autre, et rarement lieu ne m'a émue à ce point. Il y a 28 siècles qu'ici des hommes commencèrent à écrire l'histoire du monde, dont nous leur sommes redevables aujourd'hui encore, une histoire qui a placé l'art et la culture au sommet des valeurs humaines, développé une réflexion profonde sur l'Etre et le Divin, vu naître la philosophie et les mythes qui ont fondé la culture occidentale actuelle et, à travers le temps, transmis un message d'intelligence et de civilité insurpassable.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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22 août 2011 1 22 /08 /août /2011 09:05

1266336675_633596__wince_.jpg  Le Sphinx de Giseh  

 

 

Le voyage commence dès le survol, depuis Roissy via Le Caire, des Alpes, de la baie de Naples, de la Méditerranée. La vue des montagnes enneigées, des côtes découpées dans la lumière du soir assure la rupture avec le quotidien et, ce, dans une bienheureuse apesanteur. Naviguer au-dessus des nuages avant de naviguer sur les vagues, quelle meilleure transition ! Mais avant de rejoindre notre bateau à Sharm-el-Sheikh pour une croisière en mer Rouge, nous nous sommes accordés 3 journées au Caire, ville tentaculaire, bruyante, poussiéreuse, dont seuls le musée et les monuments environnants de Saqqarah et de Giseh sauront nous séduire. Cette mégapole semble la proie d’une constante effervescence, labyrinthe de rues et de ruelles qui s’entrechoquent, de quartiers poussés au hasard d’une démographie galopante, où l’on surprend à tous moments des scènes cocasses : des jeunes gens assis sur les capots des voitures quand la place vient à manquer à l’intérieur, cyclistes remontant les avenues et même les autoroutes à contresens, les ânes et leurs fardeaux mêlés aux voitures les plus modernes dans un bruit discordant de klaxons et, toujours, ce spectacle anachronique d’une femme voilée jusqu’aux yeux qui traverse les rues son portable à l’oreille. Aujourd’hui, il n’y a pas moins de 20 millions d’habitants au Caire, la plupart tassés dans les bidonvilles ou les immeubles insalubres aux façades lépreuses. Une grande misère y règne, sans nul doute, mais comment gérer un pays de 72 millions d’âmes quand 4% seulement du territoire est habitable - soit les abords du Nil - le reste étant occupé par le désert arabique, libyque et celui grandiose du Sinaï. On peut se poser la question de savoir s’il n’était pas préférable de vivre ici du temps d’Aménophis III ou de Ramsès II, il y a quelques 3600 ans plutôt que de nos jours dans une surpopulation, une pollution et une circulation qui enlèvent beaucoup d’attrait à cette capitale. Nous découvrirons plus tard que le long des canaux d’irrigation proches du Nil où vivent les agriculteurs qui possèdent tous, depuis Nasser, leur lopin de terre et bénéficient de 3 récoltes de céréales par an, la situation n’est guère plus enviable. Sans être malheureux, nous assure notre guide local, ils s’accommodent d’une existence incroyablement primitive au milieu de leurs bêtes, à même la terre battue et parmi leurs immondices qui jonchent chemins, villages, cours d’eau, le plastic étant parvenu jusqu’ici, hélas ! Ces images ne peuvent manquer de frapper le touriste éberlué à la vue des splendeurs des sites archéologiques et le charme indéniable des berges du Nil et stupéfait du contraste qui existe entre ces beautés insurpassables et la misère endémique, la violence rampante que l’on perçoit à tout instant, ce qui oblige la police a être omniprésente et le voyageur à se plier à des contrôles militaires permanents sur les routes. Il est compréhensible que le gouvernement égyptien tienne à veiller sur le tourisme, qui est l’une des ressources principales du pays avec le canal de Suez et le pétrole exploité dans le Sinaï, mais cela gâche un peu le plaisir de la visite.

 

Tout est différent en Jordanie, où nous nous rendrons au cours de notre croisière. Ce pays évolue dans une relative sérénité, bien qu’entouré de nations qui ne sont pas de tout repos, entre la Syrie au nord, l’Irak au nord-est, l’Arabie Saoudite au sud et sud-est, Israël et la Palestine à l'ouest, ce qui ne le met nullement à l’abri d’un embrasement mais qui, grâce à la politique pacifiste du roi Hussein poursuivie par son fils Abdallah, optant l’un et l’autre pour la neutralité, a fait d’Amman, sa capitale, un refuge propice aux investissements et assure à ce petit pays, sans ressources pétrolières, une existence honorable et l’éclosion d’une élite cultivée et assez francophone.
Il n’en reste pas moins vrai que Le Caire fascine, ne serait-ce que par les trésors que recèlent son musée, la nécropole de Saqqarah et l’ensemble funéraire de Zoser, enfin par l’énigmatique visage du Sphinx de Giseh et les trois pyramides de Kheops, Khephren et Mykérinos disposées en diagonale, de façon à ce qu’aucune ne cache le soleil aux deux autres. Le spectacle qui s’offre au visiteur est certainement l’un des plus beaux que la main de l’homme ait pu concevoir. Sans aucun doute, ces œuvres gigantesques ont été édifiées par une civilisation qui croyait en la permanence des choses, le contraire de la nôtre centrée sur le profit et l’éphémère. Le même émerveillement nous saisira, lorsque ayant embarqués sur notre bateau à Sharm-el-Sheikh, nous ferons escale au port de Safaga pour nous rendre, à travers le désert arabique, à Louxor, l’ancienne Thèbes, où s’étend le domaine monumental de Karnak, dont les dimensions sont stupéfiantes. Un monument qui pourrait contenir Notre-Dame de Paris toute entière et dont l’hypostyle continue à défier les siècles et à susciter les hypothèses les plus folles, car comment des hommes sont-ils parvenus à poser sur les colonnes de 23m de hauteur des travées de 450 tonnes ? On a cru, à tort, que les pharaons avaient eu recours à des esclaves. Cette thèse n’est plus retenue de nos jours, tant il est vrai que des hommes maltraités et humiliés n’auraient jamais été en mesure de réaliser des monuments pareils, des fresques, bas-reliefs, statues, frises etc. d’une telle perfection. Non, il s’agissait d’ouvriers, d’artisans, d’artistes, qui travaillaient sur les lieux plusieurs mois par an, en dehors des moments de crue du Nil, avaient leurs villages, y demeuraient avec leurs familles et bénéficièrent de leurs propres tombes, puisque l’on a retrouvé, proche de la vallée funéraire des rois et des reines, la vallée des ouvriers où ils étaient inhumés selon les rites en vigueur à leur époque.


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                 Une felouque sur le Nil

 

Revenus à Safaga, nous ré-embarquons pour nous rendre en Jordanie, très précisément au port d’Aqaba, le seul que possède ce pays, en longeant l’étroit golfe qui sépare l’Arabie Saoudite de la presqu’île du Sinaï. De part et d’autre, les berges sont superbes, abruptes ou sableuses puisque viennent y mourir des déserts et qu’au loin se dessinent les vagues minérales de roches couleur ocre qui ont donné à la mer son nom de «  mer Rouge ». Au coucher du soleil, les paysages flamboient, tandis que le bateau navigue dans une eau corallienne et cristalline, la plus salée et la plus chaude de la planète, ce qui a fait d’elle le paradis des amateurs de plongée sous-marine. Aqaba est lié au nom de Lawrence d’Arabie qui, à la tête d’une troupe de Bédouins, vint déloger les Ottomans réfugiés dans le Qasr - le Fort - construction massive datant du XVIe siècle qui avait pour fonction de protéger les pèlerins qui se rendaient à la Mecque. La défaite de la garnison, qui s’en suivit, marque le début de la marche victorieuse vers l’indépendance et la naissance de l’actuel royaume de Jordanie. L’intérêt principal de notre escale est de nous permettre de nous rendre sur les lieux les plus prestigieux du pays : le désert de Wadi Rum, considéré à juste titre comme le plus beau du globe, et à Petra, le complexe monumental plusieurs fois mentionné dans la Bible, qui abrita la civilisation disparue des Nabatéens.


Comment décrire Petra sans user de superlatifs, tant l'émotion est au rendez-vous, lorsque débouchant du Siq étroit qui y conduit, on découvre soudain le monument que l’on nomme le Trésor, un temple funéraire taillé dans la roche et sur la façade duquel le soleil fait chatoyer les couleurs. L’envoûtante beauté de ce monument et sa position scénographique laisse littéralement bouche bée et notre émerveillement est amplifié par son état de conservation presque parfait. Aujourd’hui encore quelques familles de Bédouins sont établies dans l’aire archéologique de Petra : ce sont eux les actuels habitants de la ville pourpre. Car l’antique capitale nabatéenne avec ses rochers multicolores, ses gorges profondes et ses extraordinaires structures sculptées dans le grès il y a deux mille ans, s’étend sur une zone très vaste, au croisement de plusieurs défilés. Elle fut élevée au rang de capitale pour des raisons de sécurité par ces peuples de marchands : bien cachée dans la montagne et difficilement accessible, elle constituait un refuge idéal. La possibilité de rejoindre rapidement la mer Rouge favorisait les échanges avec l’Arabie et la Mésopotamie, alors que la piste qui traversait le Néguev vers Gaza assurait l’accès à la Méditerranée.

 

 1266422854_498__wince_.jpg   Petra - le trésor                        

 

 

Après Petra, ce sera le lendemain, en jeep, une longue randonnée dans le désert de Wadi Rum, paysage féerique et étendue lunaire absolument grandiose, qui, durant des siècles, a permis de relier l’Arabie à la Palestine. Cela peut paraître incroyable, mais c’est une région où les sources abondent, si bien que ce désert était une étape obligée pour les caravanes qui transportaient les épices et l’encens du royaume de Saba aux portes de la Méditerranée. De nombreuses inscriptions rupestres témoignent d’une occupation humaine dès le paléolithique. Célèbre pour ses rochers aux formes surréelles, sculptés par le vent, le Wadi Rum est aussi un symbole de l’indépendance nationale jordanienne. En effet, pendant la Première Guerre mondiale, les troupes commandées par le colonel Lawrence ont planté ici leurs tentes avant de se lancer à l’assaut de la forteresse d’Aqaba occupée par les Turcs. C’est ici également que l’agent anglais écrivit ses mémoires «  Les sept piliers de la sagesse », où il dresse un tableau épique de la beauté sauvage de ces paysages parmi les plus beaux du monde, et que fut tourné le film de David Lean qui retrace son épopée. Les yeux emplis de ces visions exceptionnelles, et après une tasse de thé et quelques dattes offertes par des Bédouins, nous regagnons notre bateau pour une ultime navigation vers notre point de départ : Sharm-el-Sheikh.


Depuis cette station balnéaire sans autre intérêt que la plongée, nous avions programmé la visite d’un dernier haut lieu : le monastère Sainte Catherine dans le Sinaï. Le plus petit diocèse est en même temps le plus ancien monastère chrétien connu et aussi la plus riche collection d’icônes et de manuscrits précieux. Ce fut l’impératrice Hélène, mère de l’empereur Constantin, qui, impressionnée par la sacralité des lieux, commanda l’élévation d’une chapelle à l’endroit où se trouvaient le puits de Moïse et le buisson ardent. Plus tard l’empereur Justinien ordonna la construction d’une forteresse qui incluait l’édifice de Sainte Hélène. Le couvent est habité, de nos jours, par une trentaine de moines de confession grecque orthodoxe et abrite également une mosquée, car les moines avaient demandé au VIIe siècle la protection de Mahomet, alors simple bédouin ( on voit encore le manuscrit signé de sa paume de main ), face aux dangers que faisait peser sur eux la présence arabe dans la péninsule, si bien que cette Mosquée a eu comme avantage de les protéger de l’occupation ottomane des siècles suivants et de garantir leur indépendance. La grandeur solitaire du Sinaï se révèle d’une spectaculaire beauté. Peu d’êtres humains y vivent. A part les villes de la côte, la Péninsule n’est habitée que par une poignée de Bédouins qui subsistent grâce aux palmiers dattiers et au lait de leurs chèvres et de leurs brebis. Le désert appartient au loup et au renard, à l’aigle et à la gazelle, et aux touristes attirés par la grandeur de cette terre biblique. C’est ainsi que parvenus, après cette dernière visite, au terme de notre voyage, nous reprendrons l’avion à l’aube du lendemain afin de regagner une France sous la neige et livrée aux derniers frimas d'un long hiver.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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1266426964_jordanie-egypte-740__wince_.jpg    Le mont Moïse dans le Sinaï

 

 

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22 août 2011 1 22 /08 /août /2011 08:53

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La grandeur et la beauté de Saint-Pétersbourg, sauvées par la Providence des cataclysmes du XXe siècle, sont inséparables de la splendeur  des résidences d'été des empereurs de Russie proches de la capitale. Ces ensembles constituent des merveilles artistiques et personnalisent l'activité, les goûts, les prédilections des monarques qui avaient choisi d'y résider. L'ensemble de Peterhof, avec ses palais, ses fontaines, ses cascades et ses jardins est intimement lié à la personnalité hors du commun de Pierre le Grand qui avait élu ce lieu à cause de la proximité de la mer, face à la Suède son ennemi.


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En effet, Pierre le Grand avait décidé de faire construire Peterhof afin de surveiller les travaux de Cronstadt, son futur arsenal, sur l’île Kotline. Par la suite, il envisagea d’amplifier le projet d’origine et d’établir un domaine comparable à Versailles qui l’avait tant impressionné lors de son séjour en France en 1717. Il chargea d’ailleurs un français Jean-Baptiste Le Blond d’en élaborer les plans et ensuite de surveiller la construction du Grand Palais. La merveille, que représente le parc, le palais principal et les bâtiments annexes dont Marly, Monplaisir et le pavillon de l’Ermitage, eut à souffrir de la guerre de 39/45, du fait de sa proximité avec la ligne de front. En 1944, soixante dix mille arbres avaient été abattus dans le parc et seuls subsistaient les murs du Palais. Les travaux de restauration commencèrent dès la fin du conflit, à partir des documents, photos et dessins nombreux que l’URSS possédait toujours. Il fallut 20 ans pour redonner à Peterhof sa splendeur d’antan, mais le résultat est stupéfiant.

 

Il était une fois un tsar qui avait une haute idée de son pays pour lequel rien n’était ni trop grand, ni trop beau. Il fallait qu’à l’égal des autres rois et empereurs d’Europe, Pierre le Grand ait à offrir à son immense empire, non seulement une capitale - Saint-Pétersbourg - qui jetait un défi à la nature, mais un palais capable de rivaliser avec ceux qu’il avait admirés hors de ses frontières. Ce tsar bâtisseur, souverain omniprésent, marin infatigable, travailleur acharné, qu’aucune tâche ne rebutait, souhaitait présenter à ses visiteurs un monument en mesure d’incarner les transformations qui s’opéraient en Russie et une résidence maritime d’apparat. Car Peterhof est tourné vers la mer. Cette résidence est comme un balcon glorieux surplombant le golfe de Finlande et affrontant de loin l’ennemi d’alors : la Suède. A Peterhof, l’eau est le dominateur commun, celui qui conjugue les innombrables tours et détours de l’architecture paysagère et c’est à ses fontaines et à leur système hydraulique unique qu’il doit sa renommée. Le rêve est tout d’abord un rêve d’eau. Elles surgissent de partout et de nulle part, eaux scintillantes des cascades qui, ce jour-là, s’irisaient sous l’ardeur des rayons solaires en une apothéose aquatique.



Ici les eaux s’approprient l’espace en des formes et variations diverses, si bien que dans ce parc de 102 hectares elles jaillissent comme des soleils, des champignons, des gerbes de fleurs, des pyramides, tandis que leur bruit cristallin évoque le chuchotement d’une paisible conversation. Le clou est bien entendu la Grande Cascade ornée de statues et de bas-reliefs occupée en son centre par la fontaine de Samson déchirant la gueule du lion, allégorie en l’honneur de la célèbre bataille de Poltava, où l’armée commandée par Pierre Ier mit en déroute celle du roi de Suède Charles XII le 27 juin 1709, jour de la saint Samson l’Hospitalier.

 

Depuis le château, la vue est féerique et porte jusqu’à la mer en une succession de plans, l’eau se déversant de vasques en vasques pour composer un véritable spectacle, où le chant des fontaines et le murmure des flots s’unissent en un hymne solennel. Pour le tsar, la grandeur de son empire fut son unique souci, celui auquel il sacrifia toutes ses forces et s’obligea parfois à une dureté implacable. «  Lorsqu’on a assuré la sécurité de l’Etat face à ses ennemis, il convient de s’efforcer de conquérir pour lui la gloire par le moyen des arts et des sciences » - écrivait-il peu de temps avant de mourir. Initiateur de la Russie moderne, il porta ses efforts sur le maintien des positions russes en Baltique et eut à cœur de fonder une capitale - Saint-Pétersbourg - capable de rivaliser avec les grandes cités européennes. En même temps, il dotait son pays d’un port sur la Baltique destiné à contenir la menace suédoise et à devenir « une fenêtre sur l’Europe » correspondant à sa puissance.
 


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                         Monplaisir

 

Or cet homme, qui avait tant d’orgueil pour sa patrie, se plaisait à vivre simplement. Chez lui le marin et le guerrier l’emportaient sur le monarque. La rusticité lui convenait mieux. A Peterhof, il n’occupa que rarement le Grand Palais réservé aux fêtes commémoratives et aux réceptions. Il préférait se retirer à Monplaisir, une demeure aux proportions modestes dont le toit, en forme de tente, rappelle ses goûts hollandais, de même que les innombrables parterres de tulipes, qu’amoureux de ces fleurs découvertes lors de son voyage européen, il dispersa à l’envi dans ses jardins et qui étaient en pleine floraison fin mai lors de notre voyage. L’architecte Le Blond prit part à la construction de ce pavillon, ainsi que le sculpteur Bartoloméo Rastrelli et le peintre François Pillement. La galerie et les salles renferment une précieuse collection de peintures, on parle de 200 tableaux, une première en Russie initiée par le tsar en personne. On sait qu’il transmettra son goût de collectionneur à sa fille Elisabeth (1741 - 1761 ), cultivée et poète à ses heures et que, plus tard, Catherine II suivra son exemple et réunira, avec le soutien de son conseiller et favori Potemkine, la collection fabuleuse d’objets rares et de toiles de maîtres que l’on admire aujourd’hui au musée de l’Ermitage.

 

Où que l’on soit et d’où que l’on regarde, Peterhof éblouit. L’intimité et la grandeur s’y côtoient et l’on ne sait ce qu’il faut admirer le plus, de l’architecture des jardins ou de celle des palais, de la grâce des pavillons délicatement posés sur les eaux ou des parterres de fleurs aux teintes vives, de la paisible et grandiose ordonnance des lieux ou de l’immensité qui ne cesse de vous captiver. Quant au Grand Palais, qui fut profondément remanié sous le règne de Elisabeth par Rastrelli, il resplendissait de l’or de ses coupoles et de sa statuaire en cette matinée printanière. L’architecte et décorateur italien fit élargir l’édifice de Pierre en y ajoutant de chaque côté des galeries couvertes aboutissant à deux pavillons à étage : celui de la Chapelle et celui des Armoiries. A l’intérieur, de nombreuses salles furent transformées à leur tour par Catherine II qui entendait marquer son passage et dont on sait les goûts classiques alors en vogue dans toute l’Europe. A Peterhof règne sur 360° l’art, le luxe et la beauté et l’on ne peut que s’émerveiller de l’immense travail des restaurateurs qui surent retrouver les gestes, le savoir-faire et la patience des artistes et artisans de jadis. Belle preuve, qui aurait conforté Fedor Dostoïevski, que la beauté demeure et peut renaître ainsi des cendres et des larmes.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE


autres articles consacrés à la Russie :

 

Saint-Pétersbourg ou le songe de Pierre

 

La Russie au fil de l'eau, de Moscou à Saint-Pétersbourg

 

Pavlovsk ou le sourire d'une nuit d'été

 

Tsarskoïe Selo ou la splendeur impériale


Moscou : pleins feux sur la capitale russe


La Russie, de la Volga à la Neva

 

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Peterhof ou la maison de Pierre
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22 août 2011 1 22 /08 /août /2011 08:26
Olympie

Olympie

Corinthe

Corinthe

 

On ne se lasse jamais de rediriger ses pas vers la Grèce et le Péloponnèse, ces lieux qui ont vu la naissance de notre civilisation, ce pays dans lequel le passé se pare de toutes les grâces :

 

" La colline au pied de laquelle je me trouvais était donc la colline de la citadelle de Sparte, puisque le théâtre était adossé à la citadelle ; la ruine que je voyais sur cette colline était donc le temple de Minerve- Chalcioescos, puisque celui-ci était dans la citadelle ; les débris, et le long mur que j'avais passé plus bas, faisaient donc partie de la tribu des Cynosures, puisque cette tribu était au nord de la ville. Sparte était donc sous mes yeux ; et son théâtre que j'avais eu le bonheur de découvrir en arrivant, me donnait sur-le-champ les positions des quartiers et des monuments. Je mis pied à terre, et je montai en courant sur la colline de la citadelle.
Comme j'arrivais à son sommet, le soleil se levait derrière les monts Ménélaïons. Quel beau spectacle ! mais qu'il était triste ! L'Eurotas coulait solitaire sous les débris du pont Babyx ; des ruines de toutes parts, et pas un homme parmi ces ruines ! Je restai immobile, dans une espèce de stupeur, à contempler cette scène. Un mélange d'admiration et de douleur arrêtait mes pas et ma pensée ; le silence était profond autour de moi : je voulus du moins faire parler l'écho dans des lieux où la voix humaine ne se faisait plus entendre, et je criai de toute ma force : Léonidas ! Aucune ruine ne répéta ce grand nom, et Sparte même sembla l'avoir oublié."

 

Chateaubriand ( Itinéraire de Paris à Jérusalem )

 

De l'antique Lacédémone ( Sparte ), il est vrai qu'il ne reste plus grand chose. De ce peuple qui fit trembler les Athéniens, de la ville de Pausinias, de la maison de Ménélas, l'époux d'Hélène, du tombeau de Léonidas, rien d'autres ne subsiste que quelques colonnes, les vestiges de l'ancien sanctuaire d'Artémis Orphia, un lion rugissant, les assises du théâtre de l'époque romaine, cela enseveli dans une vaste étendue d'oliviers, au coeur de la vallée de la Laconie arrosée par l'Eurotas et dominée par les cimes du Taygète. Les lois qui furent instituées par Lycurgue, illustre législateur, et prévalurent sur la Cité de Sparte, en firent une ville austère, un lieu où l'éducation des jeunes et la coordination sociale s'appuyaient sur des critères essentiellement militaires. Cette organisation qu'imposa Lycurgue conduisit la ville à s'affirmer de façon autoritaire dans tout le Péloponnèse, puis peu à peu à instaurer son hégémonie sur l'ensemble de la Grèce, enfin à vaincre Athènes elle-même. Mais la gloire fut de courte durée et bientôt la ville fut supplantée par Thèbes, avant de plier sous le joug romain. Du grand commandant spartiate Léonidas, qui s'illustra par son courage et mourut vaillamment dans le défilé des Thermopyles ( portes chaudes ) en Thessalie, où il opposa une défense héroïque avec ses 300 guerriers contre l'armée perse de Xerxès Ier, il ne reste qu'une statue en marbre exposée dans le musée local et que l'on identifie romantiquement au héros, ainsi qu'un petit temple hellénique hors de l'acropole. Sparte s'est endormie pour toujours et c'est l'impression qu'elle donne. On s'y sent en état de veille comme devant un tombeau.


" Si des ruines où s'attachent des souvenirs illustres font bien voir la vanité de tout ici bas, il faut pourtant convenir que des noms qui survivent à des Empires et qui immortalisent des temps et des lieux, sont quelque chose. Après tout, ne dédaignons pas trop la gloire ; rien n'est plus beau qu'elle, si ce n'est la vertu."    ( Chateaubriand )

 

     

   MYCENES OU LE TEMPS LEGENDAIRE

 

La nécessité de convaincre avant de commander aiguisa l'esprit des Grecs dès les temps les plus reculés. Libres dans leur organisation politique, ils l'étaient plus encore dans leur organisation religieuse. Point de prêtres ou mieux pas de clergé constitué et point de livre saint, ce qui signifie pas de doctrines consacrées. Néanmoins, la superstition étant l'un des instincts les plus naturels de l'homme, ce peuple n'eut de cesse de se référer à des devins, des mages qui voyaient le monde invisible et interprétaient les signes célestes par des convulsions, des gémissements, des sentences, comme le faisait la Pythie de Delphes qui sentait le dieu remuer en elle et exprimait ainsi ses volontés. Les Grecs croyaient tellement en leurs prophètes qu'ils les consultaient en toute confiance.



Par ailleurs, il est curieux de constater que l'étude de l'histoire primitive du pays nous ramène constamment à l'Asie, où les Grecs semblent avoir découvert la plupart de leurs dieux. Une légende, celle du Crétois Minos, confirme le fait de ces relations étroites entre l'Asie et la Grèce. Peut-être venaient-ils de ces lointains pays ces mythiques cyclopes qui sont sensés avoir édifié les fondations de Mycènes, la ville de Persée, ce personnage légendaire né de l'union de Zeus et de Danaé. A sa suite, le pouvoir se transmit à Atrée et Thyeste qui se réfugièrent dans la ville, après avoir subi la malédiction paternelle, et y fondèrent la dynastie glorieuse et maudite des Atrides. Cette dynastie s'attira, en effet, les foudres divines après le funeste banquet qu'Atrée se crut devoir offrir à son frère, en lui servant la chair de ses propres enfants. On dit que le soleil se retira alors, pour ne pas éclairer un forfait aussi atroce.
Agamemnon, le héros d'Homère et d'Eschyle, chef de l'armée achéenne, n'était autre que le fils d'Atrée et résume à lui seul, au travers de sa fin tragique, le sort de cette famille. Après qu'il eût combattu à Troie pour venger l'honneur d'Hélène, épouse de Ménélas, enlevée par Pâris, sacrifié sa fille Iphigénie pour obtenir des vents favorables à sa flotte encalminée à Aulis, il revint à Mycènes pour y être assassiné par Egisthe, l'amant de sa femme Clytemnestre. A leur tour, huit ans plus tard, les amants périront de la main du fils de Clytemnestre, Oreste, qui  souffrira mille tourments pour avoir commis ce parricide. Avec lui disparaissaient la famille des Atrides et leur sombre destin.

 

J'étais d'autant plus curieuse de découvrir Mycènes, d'où le roi Agamemnon s'était embarqué pour Troie, que j'avais visité, il y a de cela une trentaine d'années, ce qui reste en Asie mineure de cette ville qui fut le théâtre d'une semblable épopée. Selon certains, mais cette hypothèse est par ailleurs controversée, nous devons à l'archéologue Schliemann, non seulement la découverte des ruines troyennes, mais les fouilles des glorieuses tombes de l'acropole mycénienne. Il rêvait depuis longtemps d'extraire, de cette accumulation de ruines, les vestiges des mythiques dynasties homériques et il y parvint en dégageant du sol de nombreux objets, dont le masque d'or que l'on pense être celui du roi Agamemnon et qui se trouve, aujoud'hui, au musée national d'Athènes.

 

 

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Tholos d'Atrée ou tombe supposée d'Agamemnon       

 

On pénètre dans la citadelle par la Porte des Lions, symbole de la puissance des Atrides. La porte est le seul exemple de  sculpture de l'époque ( 1400 à 1200 av. J. C. ), représentant  deux  fauves se faisant face et que sépare une colonne centrale. De la Porte des Lions, on monte ensuite, en empruntant la grande rampe, jusqu'au palais, dont l'intérieur s'articule autour d'une vaste cour. On peut alors se diriger vers la porte arrière, celle qu'avait franchi Oreste après qu'il eût tué sa mère, accomplissant ainsi le tragique destin de la maison royale d'Atrée.

 

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                       La porte des Lions 

 

Au-delà de la citadelle, qui domine la vallée de sa puissance, on accède aux tombes d'Egisthe et de Clytemnestre et on termine la visite de Mycènes par la Tholos d'Atrée, l'un des exemples les plus représentatifs de la sépulture royale d'âge antique. Autant Sparte inspire la mélancolie, autant Mycènes impressionne le visiteur par la force qu'elle dégage encore, volonté forcenée de ceux qui édifièrent ces murailles et assemblèrent ces pierres gigantesques comme pour défier le ciel et les dieux.

 

 .
    LA GRECE SOURIANTE
 

 

CORINTHE, située à l'ouest de l'isthme du même nom, est le chef-lieu de la Corinthie en Argolide. Les ruines se trouvent rassemblées au pied de l'Acrocorinthe, rocher de 575 mètres qui s'élève comme une imposante forteresse, témoignant de l'emplacement de la ville antique, une cité opulente qui contrôlait l'isthme, c'est -à -dire le trafic maritime de l'époque entre la mer Ionienne et la mer Egée. La tradition fait de Sisyphe le fondateur de la cité, qui se nommait alors Ephyre. Ce héros de la mythologie grecque était représenté comme le plus rusé des hommes et on alla jusqu'à lui donner pour fils Ulysse, tant il y avait de ressemblance entre eux. Ce fut lui qui dénonça au fleuve Asopos le rapt de sa fille Egine par Zeus. Furieux, Asopos lui envoya Thanatos, mais le rusé Sisyphe parvint à enchaîner le dieu des morts et il fallut l'intervention d'Arès pour le délivrer. Cette fois Sisyphe dut subir son destin, mais, avant de mourir, il recommanda à sa femme de ne pas lui rendre les honneurs funèbres. A peine arrivé aux Enfers, il s'empressa de dénoncer à Hadès la négligence de celle-ci et lui demanda de revenir un moment sur terre pour la punir. Rendu à la lumière et à la vie, Sisyphe se refusa à retourner au royaume des Ombres. Hermès dut se déplacer en personne pour ramener au bercail le mort récalcitrant. Pour pénitence, Sisyphe fut condamné à rouler sur la pente d'une montagne un énorme rocher qui redescendait chaque fois qu'il approchait du sommet. Bien entendu, ce rocher ne peut être, pour les habitant de l'Argolide, que l'Acrocorinthe.
C'est au VII et VIe siècle avant J.C. que la ville affirma sa puissance et fonda les colonies de Corcyre, Potidée et Syracuse. En perpétuelle compétition avec Athènes pour la maîtrise des mers, à laquelle elle dut renoncer lorsque Sparte s'assura l'hégémonie sur les Grecs, elle fut ensuite rasée et humiliée par les troupes romaines du consul Mummius. Rebâtie sous César cent ans plus tard, Corinthe redevint une cité florissante, dont la réputation de luxe et de plaisir était connue de tout l'Empire. Les anciens poètes, nous dit Thucydide, l'appelaient Corinthe la riche. Ce sont dans ses chantiers que fut construite la première trirème en l'an 700. Corinthe fut aussi la première ville à mouler des figures et elle précéda les autres cités grecques dans l'art du dessin. Plus tard, elle donnera son nom au plus riche des ordres d'architecture, cet art corinthien végétal qui exprime la grâce et l'insouciance.

 

Depuis Corinthe, quand le temps est serein - et c'était le cas pour nous ce jour-là - on découvre par-delà la mer de Crissa les cimes de l'Helicon et du Parnasse et, au nord, le mont Oneïus couvert de myrtes. Mais on ne voit pas de la ville antique la mer Saronique, il faut, pour l'apercevoir, monter sur l'Acrocorinthe. C'est - disait Spon - l'une des plus belles vues de l'univers. On sait que Paul l'Evangéliste y passa avec ses compagnons Crispus et Caïus et qu'il y prêcha ses célèbres Epitres, afin de ramener les habitants, perdus dans les effluves de vin et d'alcool, vers des préoccupations plus spirituelles. Il faut croire qu'il y réussit, car la Grèce est restée très profondément chrétienne, malgré quatre siècles de domination ottomane, et l'Argolide est couvert de monastères et de chapelles, comme ceux de Mistra et de Monemvassia.
Les ruines de Corinthe, dont le temple d'Apollon, sont majestueuses. Ce temple servit de modèle à celui d'Athéna sur l'acropole d'Athènes. Ensuite, on gagne l'agora en empruntant la route du Lechaion bordée de portiques, de boutiques et de bains publics qui, jadis, conduisait à l'ancien port. On peut imaginer ce que ce devait être, lorsque les voiles des trirèmes claquaient au vent... Plus loin encore se trouve l'un des plus beaux monuments de l'époque impériale : la fontaine Pirène. Elle  doit son nom à la jeune Pirène qui, ayant versé tellement de larmes à la mort de son fils, fut changée en fontaine.

 

     EPIDAURE

 

Le théâtre d'Epidaure est peut-être ce que j'ai vu de plus beau dans le Grèce antique, une merveille que l'on peut à peine décrire, car les mots manquent pour exprimer ce que l'on ressent, lorsque, presque seule au centre de cet amphithéâtre, ceint par un cirque de montagnes à l'abondante végétation, dans  le silence recueilli de la nature, à l' heure du soir où la lumière est blonde et rose, on le contemple dans sa splendeur intemporelle. On comprend que Pausanias, extasié à sa vue, le définit comme la construction la plus harmonieuse réalisée par les Grecs. Il fut élevé au IVe siècle avant notre ère par le même architecte que la tholos, Polyclète le jeune, et comprend un orchestre circulaire et 34 rangées de gradins. Ce théâtre bénéficiait, et bénéficie aujourd'hui encore, d'une acoustique exceptionnelle, au point que le moindre soupir est perçu du spectateur placé au plus haut des gradins.
D'une perfection absolue de par son architecture, il jouit d'autre part d'une parfaite insertion dans l'environnement naturel. Quel génie eurent les hommes de cette époque de savoir à ce point marier leur oeuvre de bâtisseur à l'oeuvre des dieux ! Le choix du lieu ne pouvait être meilleur, plus grandiose, mieux adapté à ce que l'on voulait y vivre et y représenter : ce compagnonnage intime avec les voix secrètes de l'univers.

 

Le théâtre avait beaucoup d'importance pour les Grecs, car, hormis le drame satirique et la comédie, il était, grâce aux oeuvres des grands auteurs tragiques, une école de morale. Les représentations dramatiques furent à l'origine des fêtes religieuses. On croyait la prospérité de la ville intéressée à ce que les solennités fussent célébrées avec une magnificence qui plût aux dieux. Du milieu des glorieuses manifestations de la pensée et de l'art qui se produisirent alors, la place d'honneur n'en revient pas moins à la poésie qui semble habiter le génie de ce peuple.
On peut établir deux périodes qui résument l'histoire générale du théâtre grec : dans la première les mystères ou drame religieux ; dans la seconde, le drame humain. Euripide appartenait à la seconde. Il a annoncé le théâtre moderne en portant sur la scène les passions de tous les temps. L'un des traits caractéristique de sa tragédie est la place qu'il réserve aux femmes et à l'amour.
Q
uant à la comédie, qui était née aux fêtes de Dionysos, elle fut dans les mains d'Aristophane une arme de combat avec laquelle il frappa surtout la philosophie et la science, les généraux les plus braves et les orateurs les plus éloquents. Il ne manqua à ce grand rieur devant l'éternel que de rire de lui-même. Il alla même jusqu'à malmener les prophètes et les devins, ce qui prouve l'avancée intellectuelle qu'avait effectuée la Grèce de l'époque.

 


La danse était aussi très présente dans les spectacles, parce qu'elle faisait partie des solennités religieuses. On attribuait au corps, à sa beauté, une grande importance et la danse était une façon d'exalter les perfections que les dieux avaient accordé aux hommes. L'art des choeurs comprenait le chant et la danse. Platon écrit à ce propos dans son Traité des lois : " Ces divinités qui président à nos solennités nous donnent le sentiment de l'ordre, de la mesure, de l'harmonie ; et ce sentiment qui, sous leur direction, règle nos mouvements, nous apprend à former par nos chants et nos danses une chaîne qui nous enlace et nous unit." Loin de craindre les exercices qui, en d'autres temps, ne servent qu'au plaisir, le philosophe les regarde comme nécessaires au bon ordre des cités et des âmes.

 

1153219684 g10    Le temple d'Hera à Olympie

                                  

  

     OLYMPIE

   

Si Epidaure représente l'harmonie à son plus haut degré de perfection, Olympie m'est apparue comme le sourire de la Grèce antique. Il y règne une paix à nulle autre pareille. On y voit partout des colombes, on y perçoit des roucoulements, on s'y sent dans une pastorale si pleinement sereine, comme si le temps s'arrêtait un moment pour écouter battre le coeur de la terre. Cette plénitude vous envahit dès que vous pénétrez dans ce site bucolique de l'Elide, baigné par le fleuve Alphée, et qui fut voué au culte de Zeus et d'Hera, son épouse. Fière de sa vertu, la reine de l'Olympe supportait mal les infidélités de Zeus, et ses vaines révoltes lui valurent de rudes châtiments. Parce que la fille de Laomédon, Antigone, s'était vantée d'avoir une chevelure plus belle que la sienne, Héra changea sa chevelure en serpents. De même qu'elle ne pardonna pas au Troyen Pâris de lui avoir préféré Aphrodite, lors du fameux concours des trois déesses sur l'Ida, et sa rancune ne fut satisfaite que lorsque toute la race des Troyens eut été anéantie.

 

Toujours selon la légende, les jeux furent créés par le mythique Pélops, qui, pour obtenir la main d'Hippodamie, usa d'un stratagème et tua le père de celle-ci lors d'une course de chars.  Les jeux Olympiques furent donc célébrés pour la première fois en l'honneur d'un roi mort. Ils furent ensuite abandonnés et rétablis plus tard par Héraclès. La date officielle du début des jeux se situe en 776 avant J.C. Cette année-là, Iphitos roi d'Elide, contemporain de Lycurgue, suivant les conseils de l'Oracle de Delphes, réorganisa les jeux pour mettre fin aux fléaux et aux divisions politiques qui dévastaient la Grèce. Cette grande fête sportive, dédiée à Zeus et à laquelle tous les hommes du pays pouvaient participer, avait lieu tous les quatre ans. Ces fêtes Olympiques commençaient avec la pleine lune. Les plaisirs pouvaient donc se poursuivre durant ces nuits de Grèce plus lumineuses que bien des jours nordiques. "Les dieux, disait Pindare, sont amis des jeux". Ceux de Delphes et d'Olympie éclipsaient tous les autres.

 

 

1153220813_g9.jpg  Entrée du stade à Olympie

                                                                    

 

Ni l'or, ni l'argent, ni l'airain ne récompensaient les victoires si vivement disputées. Une couronne de laurier ou d'olivier sauvage était la récompense du vainqueur. Mais, à quelque jeu que ce fût, c'était un insigne honneur de vaincre. Pour le vainqueur lui-même, mais également pour sa Cité. A son retour, on le recevait avec faste, ou lui donnait l'immunité d'impôt et le droit de s'asseoir aux premières places dans les spectacles ; les poètes le chantaient, les sculpteurs reproduisaient son image. Des pères moururent de joie en embrassant leur fils victorieux.

 

La zone sacrée, dite de l'Altis, est délimitée par deux enceintes, l'une datant du IV ème siècle av. J.C., l'autre de la période romaine. Hors de l'enceinte, on passe un portique et un gymnase, puis un palestre avec un portique à double colonnade, le Theokoléon construit pour accueillir les hauts fonctionnaires, un atelier ( ergasterion )où Phidias travailla avec ses élèves. Plus loin, le temple de Zeus, construit en 471 - 456 av. J.C., illustre l'apogée du style dorique. L'intérieur devait être dominé par la statue monumentale de Zeus, une oeuvre de Phidias. Une maquette, à l'entré du musée, permet de se représenter ce que devait être Olympie du temps des Jeux et de l'illustre Phidias. On peut admirer encore l'endroit où brûlait la flamme olympique et le stade où se déroulaient les épreuves. Dans le musée, parmi les magnifiques objets que les archéologues ont pu retrouver lors des fouilles, figure le célèbre Hermès tenant Dyonisos enfant sur son bras, oeuvre attribuée à Praxitèle et dont la beauté vous coupe le souffle. Me revenaient alors en mémoire dans ce site mémorable d'Olympie et après avoir eu la chance d'admirer tant de merveilles, cette phrase de Cicéron :


" Souvenez-vous, Quintius, que vous commandez à des Grecs qui ont civilisé tous les peuples, en leur enseignant la douceur et l'humanité, et à qui Rome doit les lumières qu'elle possède."

  

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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21 août 2011 7 21 /08 /août /2011 07:47
Profil de la nuit, un itinéraire en poésie

 

 

Il y a longtemps que je souhaitais réunir l'ensemble de mes poèmes depuis " Terre Promise"  jusqu'au " Coeur Révélé " dans la perspective vers laquelle ils tendent tous, sans que j'en ai été pleinement consciente au moment où je les rédigeais. J'étais alors motivée par une aspiration qui aimantait mon écriture, tout en provoquant, soit une tension, soit un certain abandon, car en poésie les choses sont toujours téléguidées par l'émotion. Le poète ne cherche nullement à expliquer sa démarche, moins encore à la justifier. Il laisse libre cours à son improvisation, à sa sensibilité, à cette ferveur qui l'invite sans cesse à défricher la nuit pour y découvrir des germes de clarté.

Baudelaire disait que " le poète est un enfant qui se souvient". Je serais plutôt tentée de dire qu'il est celui qui n'en finit pas - non de revisiter son enfance - mais de la ré-inventer. Tant il est vrai que la poésie me parait s'associer naturellement aux origines du monde. Avec elle, on revient en permanence aux sources.

 

Profil de la Nuit regroupe dans une édition soignée, sur papier velin, les poèmes de Terre Promise, du Chant de Malabata et de Je t'écris d'Atlantique, auxquels s'ajoutent ceux de Profil de la Nuit  et du Coeur Révélé avec, au final, une méditation sur la poésie et le pourquoi de la chose poétique.

Aujourd'hui, dans le monde déchiré et chaotique qui est le nôtre, le poète, dont la voix semble couverte par les bruits, a plus que jamais son importance. Supplions-le de vivre, réservons à celui qui se tient chancelant dans le temps fragile la place qui lui revient, ne laissons pas en déshérence un monde sensible que néglige volontiers une époque trop exclusivement guidée par l'essor des nouvelles techniques. Le poète parait, ô combien démuni ! face aux audacieuses convictions des hommes de sciences. Son avenir, si nous lui en accordons un, est d'oser assumer consciemment une fonction ontologique d'expérience de la personne et de réflexion sur l'être, afin de brancher nos lendemains sur une ligne à haute tension.

Mais n'attribuons pas à la poésie plus que ce qu'elle peut donner. Contentons-nous de voir dans le poète un témoin de l'attente et de la présence, un nautonier qui n'a pu assurer le passage, parce qu'il reste l'otage de ses illusions, de ses amours, de ses mirages, de ses doutes et du chant funèbre du désespoir. S'il sait dire la "merveille", c'est peut-être son non-dit qui touche l'âme au plus vif, ainsi que le fait un rêve jamais achevé, un désir jamais assouvi. Pareil à Icare, il prend son envol et se brise les ailes. Son seul don suprême, l'intuition créatrice, l'incite tout autant à s'élever vers les hauteurs qu'à s'incliner vers le sol nocturne et à partager, avec le chevalier à la triste figure, les affres et les douleurs de la condition humaine.

 

Extraits :

 

Le sommeil a posé sur moi son aile tiède,
l'oiseau déserté le chemin où j'avance en grelottant de fièvre.
Ce sont partout des cris éperdus de bêtes traquées dans leur nuit.
Rien ne viendra comme je l'appréhendais.
La vie fut si cruelle à apprendre, la réalité si difficile à accepter.
Je désignerai les emblèmes qui morcellent la terre
et m'installerai avec des gestes de jeune reine
dans la lumière de ce lieu élu.
Partout la voix des morts s'entend encore.
C'est un murmure qui monte et s'évapore avec la buée du clair matin.
Il n'y a plus de ligne pour raccorder le temps, épars comme les eaux.
Aucun reflet ne désigne l'ombre qui s'éloigne et se dissipe.
De la nuit à la nuit,
quelle couche étrangement humaine garde la forme imprécise de l'amour ?

( ... )

Ton ombre est restée prisonnière des saules
dans la nuit musicale où les ténèbres parlent à mon oreille.
Le temps a mis en gerbes ses moissons,
disjoint les pierres qui jaunissent au soleil.
Tout avait commencé, ainsi tout va finir,
le vent comme la pluie scelleront en nos mémoires de tragiques espoirs.
Nous saurons un matin nous éveiller ensemble,
sans rien attendre de l'empire des songes,
nous tisserons notre destin
qui nous fera aigle ou colombe.


 

  Pour se procurer l'ouvrage sur Internet, cliquer    ICI    

 
 

Ce qu'ils ont écrit sur "Profil de la Nuit"

 

" Lire la poésie d'Armelle Barguillet Hauteloire, c'est d'abord se surprendre à remuer les lèvres jusqu'à déclamer à haute voix des séquences de mots et de phrases. Impossible de se contenter de susurrer des textes d'une telle richesse de sonorité et d'images. Dans " Le Chant de Malabata", la grâce est au rendez-vous, la langue retrouve l' inspiration musicale du Cantique des Cantiques :

"Ma fiancée, mon amante, / plus douce à mes lèvres que pulpe de mangue, / plus belle à mes yeux que feuille d'acanthe, / à ma langue plus suave que grain de coriandre... "

Au-delà de" la parole incandescente" de cette musique océane, qui fait de chaque stance une aquarelle de la pensée-émotion, l'auteure nous livre sa vérité sur l'état de ce monde :

" Il y avait eu une fête / et les hommes n'avaient laissé / que des débris de regards et de voix... / ... Ne comptez pas sur moi / pour rire de l'infâme drôlerie des chosesavec déploiements de gorge / gloussements et borborygmes. / N'y comptez pas, l'heure est trop grave".

Imprégné d'une profonde spiritualité, le poète a senti et compris là où le philosophe ânonne et le théologien tâtonne :

" Voilà que le fleuve Espérance s'est tari. / Nos âmes sont sèches et l'eau de l'esprit vient à manquer".

Mais Armelle Hauteloire n'est jamais plus émouvante que lorsqu'elle célèbre l'amour :

" Deviner ton pas quand tu viens, / quand tu pars, le supporter qui s'éloigne, / à chaque instant te découvrir, / te rejoindre en chaque pensée, / dans l'aube qui se défroisse, / ô songeuse espérance, / ne point laisser place à l'angoisse."

Comme elle l'écrit elle-même à propos du poète en général, qui ne cherche pas à " décrire le réel, mais à le faire apparaître autrement", ainsi sa parole "creuse et oscille à la lisière mouvante du visible et de l'invisible". Cela s'appelle la grâce poétique.

 

     Jean-Yves BOULIC    ( Ecrivain, journaliste )

 

                                            Ouest- France du lundi 13 mars 2006


" Le démon ( dans le sens socratique du terme ) de l'écriture a tôt saisi Armelle Barguillet Hauteloire. Son premier recueil de poèmes " Terre Promise" date de ses vingt ans. Dans la suite, des spicilèges poétiques remarqués par la critique et couronnés de plusieurs prix : Incandescence, Le Chant de Malabata, Je t'écris d'Atlantique et Cantate pour un monde défunt. Sans compter, aux éditions Clovis des ouvrages pour la jeunesse et un essai sur Proust ( un second Proust et le miroir des eaux - joli titre ! - est annoncé aux éditions de Paris) .

Le présent recueil, sous-titré Un itinéraire en poésie, rassemble les textes les plus significatifs écrits entre 1956 et 2004. Il permet de mesurer l'élévation de la pensée et la profondeur de la quête, quête de soi, de l'autre ( des autres), de Dieu enfin qui lui donne son sens. Tout du long, un souffle, une vibration. Un rythme parfois haletant que permet l'usage du vers libre et qui rappelle parfois le verset claudélien. Une ferveur qui faisait écrire à Jean Guitton : " J'ai cru relire le Cantique des Cantiques que j'ai tant admiré, aimé. Avec des accents neufs, plus intimes encore."

Si la poésie contemporaine hésite entre pédantisme abscons et mièvrerie, si elle est, pour cela même, réduite à la portion congrue dans les catalogues d'éditeurs et boudée par le public, Armelle Barguillet Hauteloire a l'immense mérite de lui redonner une âme. Elle renoue avec la création au sens le plus noble, consciente que l'expérience poétique et l'expérience mystique entretiennent entre elles des liens de parenté. Car, dit-elle, "on crée moins pour faire une oeuvre que pour être dans la Création". Voilà pourquoi Profil de la nuit vaut d'être savouré et médité. "

 

        P.L. MOUDENC

 

                                     Rivarol du vendredi 28 avril 2006

 

 

Ou plus précisément sur "Le chant de Malabata", épuisé dans les autres collections et repris intégralement dans  Profil de la Nuit.

 

" Ce poème d'une soixantaine de pages, apprécié en 1986 par Pierre Seghers et Jean Guitton, couronné par l'Académie française, a été revu par son auteur. Poésie sans doute mûrie d'expériences - chaque jour Armelle peut écrire face à la mer, la mer inépuisable, passion de son mari breton - lissée, gommée d'échos culturels ou rhétoriques trop voyants. Et si l'on glisse encore sur certains, notre bonheur à lire, à chanter à mi-voix cet Oratorio est déjà là. Quel chant d'amour intense ! Et qui, sinon la Femme, pouvait s'écrier, Vénus cosmique et intime : " Ainsi serai-je sur ta couche, / comme une amphore sur les sables, / inépuisable de promesses. " Si Claudel avait connu Armelle, eût-il donc affirmé : " la femme est la promesse qui ne peut être tenue " ?
Et puisque l'oeil écoute, le texte prend alors toute sa respiration, sobre, suggestif, puissant, déployant son énergie spirituelle pour nous enlever, nous élever, nous ravir. On pense au Poème de l'été de Claudel, cette féminine Cantate à trois voix, plusieurs fois mise en scène en plein air, dans un cadre arboré, c'est-à-dire en situation.
Mais ici le conditionnel n'est pas de mise. Le chant de Malabata est une oeuvre de foi intense. On devine un long travail intérieur, comme d'un bâtisseur de temple. Face à l'auteur, le critique restera toujours profane. En effet, Malabata chante ( son ) épouse, (sa ) soeur. On ne saurait confondre cette "Tant aimée" avec la femme-enfant d'une Invitation au voyage. Une voix aux vibrations mystiques court sans interruption tout au long de ce Chant. Les consonances orientales du nom ( Malabata ) rappellent, avec d'autres occurences, le pathétique Sakountala que Camille Claudel puisa en 1888 d'une légende indienne. Mais :

 

" La voix de ma soeur monte profonde, suave, charnelle.
  Voix si longtemps attendue,douce comme une promesse,
  La folie me saisit et je pleure à l'appel simple de son coeur. "

 

Car le tragique multiplie ses variations : l'amer exil, la solitude... fer de lance sur ma chair, la rupture criée, l'attente d'une muse qui conduise et fleurisse le pas. On y rencontre la fiancée biblique du Cantique :

 

" Ma fiancée, mon amante,
  plus douce à mes lèvres que pulpe de mangue,
  plus belle à mes yeux que feuille d'acanthe,
  à ma langue plus suave que grain de coriandre ... "

 

Des images de sacre, de fête nuptiale, avec chants d'épithalame : " En toi est mon jardin, / en toi est mon enfance ". Puis Malabata se lamente : homme mutilé, il a rendu au Seigneur une épouse " dont la chair comblait sa chair très à vif ". Que reste-t-il au héros, sinon de s'accomplir en " mystiques fusions " ? On croit entendre la Muse qui est la Grâce. L'être féminin supplié n'est-il pas à la fois la Muse, la Grâce, la Sagesse, l'Epouse, la Soeur... l'âme même, cette anima incarnée dans la parabole claudélienne ? Au début était l'angoisse. Vinrent les épreuves, l'amour, la mort. Et voici, après le consentement à l'esprit-amour, où je ne sais quelle Grâce, l'apaisement suprême, dans une sorte d'euphorie finale : " La poésie est devenue ma terre promise. / Mon chant a sur mes lèvres un goût de miel. "
Les connotations le montrent à l'évidence. Armelle fait revivre la fiancée du Cantique des Cantiques. Claudel eût-il aimé cet accomplissement trop parfait, d'ailleurs trop chargé de possessifs ? La pratique poétique peut-elle servir de religion ? Délivrance aux âmes captives ! Oui, mais l'écriture y suffit-elle ? La terre promise, par définition, n'est-elle pas toujours à l'horizon, plus sur le seuil que sur les lèvres ? N'est-ce pas cette incessante épreuve que nous dicte la Fiancée initiatrice quand elle murmure le terrible envoi : " Fuis, mon bien-aimé, fuis " ?
Armelle n'ignore pas cette échelle de Jacob . Déjà, elle a franchi bien des écueils. Suivons-la et nous habiterons ensemble quelque chose - espaces, éléments, êtres... - de cosmique. Ici, nul placage des "Vents " ou des " Amers " d'un Saint-John-Perse. On perçoit le vécu d'une tonalité claudélienne, cette tension et extension de l'être - dans tous les sens du terme. La structure même, d'ailleurs, n'est pas sans rappeler la grande tragédie grecque, dans ses alternances : récitant, choeur, monologue des personnages, stances... Mais ce grec est baptisé. D'emblée le choeur introduit à la dimension primordiale ou biblique :

 

" L'homme leva son visage,
  vit le soleil à son zénith
  et cet éclat le blessa cruellement aux yeux."

 

L'aveugle, ni Oedipe, ni Icare, a compris la loi vitale : " l'essentiel est invisible pour les yeux ". C'est pourquoi il passe de midi - zénith - à minuit, en s'agenouillant sur le sol. C'est pourquoi on entend le chant exploser : " Eclatez frontières, / élargis-toi, terre, / arrondis tes flancs comme une mère puissante ... ". Très vite, le lecteur est entraîné dans la ronde des étoiles et au sein des eaux. Dans ces eaux primordiales où tiennent notre genèse et notre renouveau. L'espace se transforme alors en une énergitique.
Ces chants, éclaboussés parfois de termes exotiques, parfois précieux, font toutefois échapper à la rhétorique des versets, aux grandes houles systématiques. Du cosmique et de l'intimisme à la fois. Les images, les éléments, les mots lourds et charnels sont aussi portés par les creux, les attentes... et soulevés. Par là peut infuser l'Esprit. Par là je puis me laisser atteindre.
Poétesse inspirée et croyante, Armelle a pressenti pour nous l'accession à l'ultime langage. Ce chant, humblement, n'est qu'un seuil. Incessamment, au coeur, se tisse une question, l'essentielle interrogation de notre commune destinée : " vers quelle théophanie ? " 
Ceux qui, nombreux, recherchent la vraie vie, loin des médias, des surfaces - panem et circenses ! - vous remercient Armelle. Nous vous reli (e) rons au quotidien, si nous voulons scander le chant de l'angélus - quand il a résisté aux pétitions citoyennes et vertes de l'anti-bruit. Car votre Oratorio reste avec nous - il se fait tard - moins pour garder mémoire que pour vivre en mémoire.

 

Michel BRETHENOUX  ( Agrégé de lettres, professeur, membre de l'Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Caen, membre de la société Paul Claudel ) )

 

 

" Je dirai l'écho proprement musical qu'a laissé en moi la lecture de ces grands versets où me semble se déployer la genèse de l'homme tout autant que celle du poème. Je vois en MALABATA l'incarnation du Poète au sens grec, celui qui re-crée le monde en le célébrant ".


                                                    Pierre SEGHERS

" J'ai cru relire le Cantique des Cantiques que j'ai tant admiré, aimé. Avec des accents neufs, plus intimes encore " 

                                                   
                                                     Jean GUITTON


" L'auteur n'hésite pas à créer et animer un mythe, comme le fit autrefois Patrice de la Tour du Pin, pour mettre en scène une ascension spirituelle. Elle réussit à gagner ce difficile pari en évitant les écueils de l'emphase et de la sentimentalité. Armelle Hauteloire utilise une langue très musicale d'inspiration classique, sur un ton lyrique et chaleureux". 


                                                     Georges SEDIR

" L'auteur perpétue un lyrisme, un souffle, une anima qui tendent assurément à se perdre dans notre temps d'hyper-intellectualité. Mais j'ajouterai ceci : la qualité pour moi de ce texte n'est pas seulement dans son déroulement harmonieux, mais dans cette sorte de paradoxe que l'élévation de la pensée et du sentiment se garde de déboucher sur un langage trop philosophique et s'accompagne au contraire d'une expression limpide, simple, transparente. Le poète réussit l'équilibre entre la pulsion et l'ordre, la passion et la raison, l'écologie du coeur et l'économie du langage". 


                                                     Guy CHAMBELLAND

 

"Voici construit comme un office religieux avec Prologue, Graduel, Antienne, Stances, Final, le livre sacramentel de l'amour humain, transcendé, magnifié par le chant lyrique du don mutuel, prolongé bien au-delà du temps où il s'accomplit. Car il ne s'agit pas ici d'un recueil présentant des poèmes réunis pour constituer un ensemble, mais d'un ouvrage bâti dans sa totalité sur une ligne de pensée bien établie, sur des données terrestres et métaphysiques qui en constituent, de la première à la dernière page, la trame, l'armature, l'ossature... Ouvrant la porte à une vision plus vaste de l'amour, qui englobe à la fois le vouloir humain et le dessein divin, en une fresque lyrique où " les mots de la tribu " ont pris cette fois encore, leur sens le plus pur et le plus exaltant. "

 

                                                    Jehan DESPERT  ( Les nouvelles de Versailles )



" Il y a dans cette sorte de saga de l'âme quelque chose du souffle qui anime le Lamartine de " La chute d'un ange " mais aussi de la méditation du Vigny de " La maison du berger ", le tout baignant dans un lyrisme proche de St John Perse. Parfois, l'auteur a des accents de ferveur dignes du " Cantique des Cantiques " et il faut la louer à une époque où l'érotisme le plus vulgaire envahit tout, d'avoir su évoquer la rencontre de Malabata et de la Femme avec une admirable pudeur. C'est elle qui donne la vision d'un amour nouveau, en invitant l'homme et la femme à dépasser ensemble " leurs visions éphémères ". Et cela donne naissance à cette magnifique recréation de la salutation angélique que je tiens pour ma part pour un des points culminants du livre. Oui, ce poème révèle une grande élévation de pensée, une spiritualité profondément inspirée, servies par une sensibilité qui se traduit, à la fois, par la musique des vers et par le foisonnement des images, nouvelles et belles. "

 

                                                    Raoul BECOUSSE ( poète, écrivain et critique )



"Nous sommes très loin ici d'un divertissement léger ou précieux. LE CHANT DE MALABATA est parole inspirée, haute incandescence, rumeur de ciel entrouvert (... ) Par quelle intuition profonde, éblouissante, Armelle Hauteloire a-t-elle pu exhumer ce chant d'amour somptueux qui ressemble à une épopée de l'âme humaine ? La grâce est au rendez-vous de sa poésie. Sa langue rejoint celle du Cantique des Cantiques et du Château de l'âme de Thérèse d'Avila. Lisez ce grand texte à haute voix. Tendez l'oreille. Sa musique vient de très loin." 

 

                                    Jean-Yves BOULIC  ( journaliste à Ouest-France et écrivain )

 

"En main vos ouvrages. Restez personnelle si cela fait partie de votre inspiration. Surtout si cela doit donner d'aussi beaux fruits que LE CHANT DE MALABATA et CANTATE POUR UN MONDE DEFUNT. Ils sont parfaitement contenus par la mesure et l'élévation du ton, avec ces accents contemplatifs, ce mouvement inflexible - qui empruntent par moment à l'épique - les purifient du rauque accent personnel. Au demeurant, la poésie peut être élégiaque ou rester au bord de l'élégie, avec plus ou moins de saisons et d'oiseaux migrateurs. C'est un genre à part entière de grande mémoire. Nos joies et nos peines méritent d'être exhaussées. Par le rythme réglé sur le sentiment qui nous apprend à être triste. L'esprit dominant toujours comme un bon navire sur la vague. Par l'espérance aussi qui nous prépare à être des enfants de la Promesse. La poésie peut être prise de nostalgie pour reconstituer le mythe primitif, en deçà de la diaspora des formes culturelles. Affaire d'équilibre. Les dangers (dont vous êtes heureusement indemne)  : sans doute la confusion, la capture". 


                                                        Francis JACQUES

                                    (Professeur émérite à la Sorbonne - Philosophe )
 

" La nuit, les peurs enfantines, le vent, l'éclair, le foyer clos, la luxuriance des sèves, les parfums entêtants inspirent Armelle Hauteloire. Elle est le poète des sensations, des mouvements, des chuchotements à  " quelque oreille si réellement cosmique et attentive". De Terre Promise ( 1959 ) à Incandescence ( 1983 ) et Le Chant de Malabata ( 1986 ) un sens éveillé de l'accueil des choses dans un lyrisme envoûtant".  

 
                                                        Robert SABATIER

                              (  Histoire de la Poésie française - XXe siècle - Tome III )

  

Ce poème a fait l'objet d'une lecture sur Radio-Courtoisie dans l'émission de Pascal Payen-Appenzeller et d'un spectacle au château du Barry de Louveciennes en 1986

Poème cité dans l'oeuvre du philosophe Francis Jacques " L'arbre du texte " ( Vrin 2007 )

 

Profil de la Nuit - Collection L'Etoile du Berger - Ed. Atelier Fol'Fer - Novembre 2005 

 

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