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22 août 2011 1 22 /08 /août /2011 11:17

1222502843_img_5748.jpg   La Crète des bergers

 

 

 

 Septembre 2008   

 

 

Kaliméra, bonjour en grec moderne, puisque je rentre de Crète après 18 jours d'absence et un voyage qui m'a conduit vers le rivage souriant et ensoleillé de la terre la plus extrême de l'Europe : la Crète. La Crète, cette île belle et légendaire qui est, de par sa situation, le trait d'union entre la civilisation classique de l'aire méditerranéenne et celle millénaire de l'Egypte et de l'Asie mineure. L'île antique du roi Minos est donc un pont idéal jeté entre trois continents : l'Asie, l'Afrique et l'Europe, et fut de tout temps un territoire convoité qui eut à subir agressions et occupations de la part de ses oppresseurs, principalement des Vénitiens et Ottomans. Des douleurs de la Crète, maints poètes les ont chantées avec des accents émouvants :

 

Elle était comme une fleur épanouie,
comme un soleil radieux,
qui éclairait toutes les villes ;
de la terre elle était le joyau,
du monde entier.
Ses beautés n'étaient point matérielles :
c'étaient les ornements de l'esprit,
la culture et la pureté et toutes les autres vertus.
Mais voici qu'elle est tombée, comme un château s'écroule,
voici qu'elle s'est éteinte comme une bougie soufflée par le vent.

 

écrit Gérasime Palladas, évoquant le siège de Candie ( aujourd'hui Héraklion, capitale de la Crète actuelle) et les 25 ans de conflit, depuis le premier débarquement turc de 1645 jusqu'à la capitulation en 1669, poème qui rejoint celui épique d'un autre poète crétois Tzanès Boulianis, aristocrate de Rethymnon qui exalta, pour sa part, le courage de la résistance crétoise et les terribles souffrances que le peuple eut à endurer des occupants.

 
Si convoitée, en effet, que l'île traversa plusieurs périodes, comme des temps séparés, du paléolithique jusqu'à son rattachement à la Grèce en 1913, ainsi y eut-il la Crète minoenne ( 2700 à 1200 av. J.C. ), la Crète hellénique ( de 330 à 67 av. J.C. ), la Crète byzantine ( de 330 à 1204 de notre ère ), la Crète vénitienne ( 1204 - 1669 ), la Crète ottomane ( 1669 - 1898 ) et enfin, grâce à la puissante influence de Elefthérios Vénizélos - et après une courte période d'autonomie - la Crète redevint hellénique, renouant avec son passé légendaire et mythique.

 

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C'est peut-être parce que ses côtes découpées en une succession de baies et d'anses aisément accessibles que les navigateurs, qui sillonnaient la Méditerranée à la recherche de nouvelles terres à exploiter et conquérir, appréciaient de trouver ici des abris sûrs. L'histoire tourmentée de l'île témoigne de l'intérêt, pas toujours pacifique, hélas !, qu'elle inspira depuis la nuit des temps. Calanques, vallées, collines et hauts plateaux sont dominés par le mont Ida ( 2460 m ) visible de presque tous les coins de l'île, enneigé  4 ou 5 mois par an, et berceau de la mythologie.


Avec le roi Minos, le mythe rejoint l'histoire. Minos aurait régné vers 1500 av. J.C. et été un monarque vénéré, grand législateur, estimé pour sa sagesse. Il semble que, par la suite, le nom vénéré ait été donné à l'ensemble d'une dynastie. Il y eut ainsi, en Crète, une succession de Minos comme en Egypte une succession de pharaons. C'est vers 2000 av. J.C. que les premiers édifices importants s'élevèrent à Knossos, ainsi qu'à Festos, Malia, Kato Zokros, trois petits royaumes qui, d'après la légende, auraient été gouvernés par les trois fils de Zeus, le père des dieux et des hommes, dernier né de Cronos et de Rhéa, que Gaïa avait caché dans une grotte du mont Ida afin qu'il ne fût pas dévoré par son père. Pour séduire Europe, fille d'Agénor, roi de Phénicie, la mère de ses fils, Zeus avait eu recours à un stratagème : il s'était transformé en un taureau éclatant de blancheur et était apparu dans un champ où la jeune fille jouait avec des amies. Europe, frappée par la beauté de l'animal, s'était approchée et même enhardie jusqu'à monter sur son dos. Aussitôt le taureau en avait profité pour s'élancer au-dessus des flots jusqu'à la Crète où, retrouvant son apparence humaine, il s'était uni à elle.

 
Familière des dieux et des déesses, il semble que l'île ait mérité leurs faveurs : mer poissonneuse, ciel plus limpide que nulle part ailleurs en raison du faible taux d'humidité, terre aux 300 jours d'ensoleillement, aux 30 millions d'oliviers, aux 80 espèces d'orchidées sauvages, au miel et à l'huile incomparables, le royaume de la reine Pasiphaé, du minotaure, du labyrinthe de Dédale et d'Ariane dont le fil évita la mort à l'homme qu'elle aimait, Thésée, roi d'Athènes, la Crète est bien une terre bénie par eux. Ici les merles ne sont pas noirs mais du même bleu azur que la mer. Si les montagnes sont arides - la déforestation ayant engendré des dégâts irréversibles - les fleurs abondent dans les plaines et les jardins : hibiscus, lauriers, bougainvilliers qui courent le long des façades et y jettent leur éclat purpurin, tandis que les arbres prêtent leur ombre légère à la terre saturée de chaleur : arocarias, cyprès, palmiers, eucalyptus, chênes-lièges, pins et, bien entendu, oliviers dont certains sont plusieurs fois centenaires. Nombreux sont les écrivains qui, frappés par sa douceur, ses lumières, ses collines basses et son air parfumé, n'ont pas hésité à la comparer à une femme. Ainsi Henry Miller visitant l'acropole de Phaistos en 1939, écrivit ceci dans Le colosse de Marousssi, le livre que lui inspira sa rencontre avec le ciel crétois :

 

A mes pieds, se déroulant comme un tapis magique, à l'infini, s'étendait la plaine de la Messara, ceinte d'une chaîne majestueuse de montagnes. De ces hauteurs sublimes et sereines, elle a toute l'apparence du Jardin d'Eden. Aux portes mêmes du Paradis, les descendants de Zeus ont fait halte ici, sur la route de l'éternité, pour jeter un dernier regard sur la terre, et ils ont vu, avec les yeux de l'innocence, que la terre est en vérité telle qu'ils l'avaient toujours rêvée : un lieu de beauté, de joie et de paix. Au fond de son coeur, l'homme est uni au monde entier. Phaestos contient tous les éléments du coeur. Phaestos relève de la femme entièrement. Tout ce que l'homme a pu accomplir serait perdu, n'était ce stade final de la contrition, qui trouve ici son incarnation dans le séjour des reines célestes. 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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22 août 2011 1 22 /08 /août /2011 09:54
Venise et les îles de la lagune

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Comment imaginer Venise sans les îles de sa lagune, ce précieux collier qui l'enserre et qu'il faut prendre le temps de découvrir, tant chacune d'elles est une perle rare, riche d'un passé unique, d'une histoire particulière et d'une physionomie qui la singularise dans ce florilège de lumière et de beauté. S'éloigner de Venise au petit matin, dans une lumière lactescente, est déjà un enchantement car, alors, la ville n'est plus qu'une suite de dômes et de campaniles, une sorte d'échappée vers les hauteurs, une architecture qui semble un envol de pierre au-dessus du gris soyeux des eaux. Notre première visite sera pour Murano. Le vaparetto, qui nous y mène, est tenu de suivre les chenaux naturels ou creusés de main d'homme qui les relient entre eux et sont balisés par de gros poteaux goudronnés. Un court arrêt à San Michele, devenu cimetière municipal, champ de repos pour les riches Vénitiens auxquels on refuse dorénavant une sépulture dans les églises et qu'occupent également deux charmantes églises et le campanile de l'ancien monastère des Camaldules. Il est rare d'y débarquer un voyageur, car les morts ne reçoivent de visites qu'une fois l'an, d'où cette impression d'un sérail délaissé par les vivants qui s'étiole en paix dans la solitude et le silence.

 

Murano se dessine au loin, parmi le vol des oiseaux de mer, comme une banlieue très méridionale de Venise, avec ses maisons basses, peintes de couleurs claires, qui n'ont rien de commun avec l'entassement pressé de la Sérénissime, où, parfois, la lumière pénètre à peine dans les calli. On goûte ici, comme dans la plupart des autres, la plénitude du silence qui ennoblit les îles de la Lagune. Célèbre centre verrier depuis le XIIIe siècle, Murano fut fondée au Moyen-Age par les réfugiés fuyant l'avance des Lombards et connut très vite un bien-être d'autant plus enviable qu'elle bénéficiait d'une autonomie administrative. Les nobles Vénitiens ne tardèrent pas à en faire un lieu de villégiature, ce qui contribua à sa prospérité ; l'île était alors couverte de somptueux palais dont la plupart ont disparu de nos jours, remplacés par les fours et les fabriques des industriels du verre.


La naissance de l'art du verre remonte aux Byzantins de Grèce et d'Asie mineure qui étaient parvenus à donner à leurs productions la couleur des pierres précieuses. Longtemps importatrice de ces pièces rares, Venise s'inquiéta de les produire à son tour et fit venir des artisans de Constantinople. Mais la présence des fourneaux risquait de transformer la ville, où le bois est omniprésent, en un gigantesque brasier. Le Grand Conseil jugea prudent  d'éloigner les ateliers de verriers et de les transférer sur l'île de Murano. Aussi n'était-il pas question de poser le pied sur l'île sans entrer dans l'antre d'un souffleur de verre et de voir naître, sous nos yeux, quelque objet, aérien et évanescent, de la fusion de la pâte et du feu. Travail étonnant, où l'on constate que cette matière si ductile se prête aux fantaisies les plus audacieuses et aux ornements les plus recherchés. Nous en trouvons d'éloquents témoignages dans les galeries de Murano et, bien entendu, dans les innombrables et luxueuses boutiques de Venise. Mais le charme de l'île ne se découvre que peu à peu, lorsqu'on s'éloigne des centres verriers pour musarder le long des quais du grand canal et que l'on s'attarde un moment dans l'église Sainte Marie des Anges ou devant le palais Da Mula, le seul qui soit resté debout, avec ses décorations byzantines et son style gothique flamboyant.

 

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  TORCELLO  ( L'entrée de l'église San Fosca )

 

Le bateau repart en direction de Torcello sur ce lac somnolent où repose un paysage presque sans relief, comme celui des atolls polynésiens. Nous longeons l'île San Giacomo in Palude, minée par les eaux et le temps. Il y avait là, au XIIe siècle, un hospice réservé aux pèlerins qui revenaient de Terre sainte. Plus loin, on aperçoit une autre île, tout aussi abandonnée, et que les ans ont rongée inlassablement, l'île de la Madonna del Monte, qui abrita autrefois un monastère de bénédictins. La suivante est Torcello, que l'on atteint par un rio étroit et peu profond, ce qui oblige le vaparetto à débarquer ses passagers le long d'un sentier de berge qui conduit au seul centre habité de l'île : la place où se trouvent réunis la cathédrale Santa Maria Assenta, l'église de San Fosca, les dépendances, cinq ou six maisons paysannes et un petit musée aménagé dans deux bâtiments qui a charge de présenter des vestiges liés à l'histoire de Torcello ; enfin un hôtel pour voyageurs bien fournis en devises ou travellers'chèques, que fréquentèrent Hemingway, Ava Gardner, Giscard d'Estaing et quelques autres... et où la table a la réputation d'être la meilleure de Vénitie.


L'histoire de Torcello, célèbre pour les admirables mosaïques de ses églises, le pavement de son presbytère, aussi précieux qu'un tapis de mosquée, et la somptueuse ornementation de l'iconostase de Santa Maria Assenta, remonte à la nuit des temps. C'était alors des milliers d'hommes et de femmes qui peuplaient l'île, à l'aube de l'extraordinaire épopée vénitienne. Il faut remonter jusqu'à l'Iliade d'Homère pour tenter de retrouver les origines des Vénitiens. Nous y découvrons un peuple indo-européen accourant au secours de Priam lors de la guerre de Troie. Ils sont alors appelés Enètes, ce qui donnera Vénètes en latin. Ayant abandonnés leur terre natale, ils s'établissent en bordure de l'Adriatique, autour de l'actuel Padoue et fondent la future Altino (Mestre). C'est naturellement sur la terre ferme que ces peuplements s'accroissent et se soumettent sans peine à l'ordre romain. Sous l'Empire, la région est déjà appelée Venetia (Vénétie). Mais, à partir de l'an 168, les invasions de peuples barbares se multiplient et s'accompagnent de l'exode d'une partie de la population vers les îles de la Lagune, qui leur garantissent une plus grande sécurité. Les hasards de l'histoire vont faire dépendre cette région de l'Empire byzantin et établir Ravenne comme la capitale de l'Empire Occidental, ayant la responsabilité d'administrer les possessions italiennes de Constantinople. L'occupation des îles deviendra permanente avec le déferlement des Lombards qui s'emparent successivement des villes d'Aquilée, de Padoue et d'Altino. Les habitants de cette dernière jugent sages de se déplacer sur l'île la plus proche qui n'est autre que Torcello, où ne demeurent alors que quelques pêcheurs. En 639, ces nouveaux occupants érigent l'église et les fortifications, dont les tours auraient donné son nom à l'île ( torcello signifie " petite tour"). Le déclin s'amorcera vers le IXe siècle, le prestige grandissant de Venise causant le départ de nombreux habitants. Ruskin, George Sand, Musset se sont délectés de ses parfums rustiques et furent impressionnés par " le silence inconcevable qui régnait sur cette nature". Ruskin se plaisait à monter au sommet du campanile pour se pénétrer de la mélancolie de cette île-fantôme où seules les pierres témoignent encore de sa gloire passée.
 

 

  burano.jpg      Burano

 

 

Burano est son contraire. Nous accostons à l'heure méridienne, alors que l'air est devenu doux et la lumière intense, sur une place herbue plantée de jeunes arbres où sont exposées, sur des tréteaux, les fameuses dentelles de Venise qui sont, en définitive, les dentelles de Burano. Et on ne peut qu'être séduit par la gaieté du décor composé de maisons à un seul étage qui semblent avoir été peintes par des enfants épris de couleurs vives : vert-pomme, jaune-citron, rose-corail, bleu-ciel, les portes et fenêtres encadrées de blanc de chaux, à se croire tombé au coeur d'un pueblo mexicain. Le canal, qui se prélasse entre les rives, ouvre d'amusantes perspectives et tout ici respire l'insouciance : les restaurants ouvrant de larges terrasses sur les placettes et sur les rues, les boutiques regorgeant de vêtements aux broderies ravissantes et les pâtisseries vous proposant à l'envi les fameux biscuits de Burano, les bussota buranello, qui fleurent bon l'oranger. Une des caractéristiques de Burano est sa tour penchée comme à Pise. En effet, le campanile accuse une inclinaison de 1,85. "Tombera, tombera pas !" -  c'est le jeu auquel se prêtent volontiers les touristes et les habitants.

 

Il est déjà trop tard pour penser à déjeuner, alors qu'il aurait été si bon de s'attarder plus longuement sur la place inondée de soleil où quelques enfants jouent à la marelle. Mais on ne peut tout faire : et manger et visiter. Et nous avons opté pour la seconde solution : sacrifier le repas de midi pour avoir le maximum de temps à consacrer à la découverte des lieux. Maintenant nous longeons San Francesco del Deserto où - dit-on - à son retour de Terre sainte, saint François aurait fait escale quelques semaines. Un noviciat fut bâti, par la suite, qui prit le nom du fondateur de l'ordre des franciscains. L'île aurait été abandonnée lors d'une épidémie de malaria. Ici on peut presque parler de désert, un désert bucolique et délicieux, où l'on jouit d'une vue charmante sur Burano. Le vaporetto a pris le chemin du retour. La Lagune se peuple d'ombres et le soleil s'incline déjà sur les eaux. Au loin, on discerne les sommets enneigés des Dolomites. Il y a 3 ou 4 jours que la neige est tombée en abondance. Elle tapisse le ciel et se boursoufle comme un nuage immobile, tandis, qu'à l'opposé, Venise se profile avec ses lumières discrètes, tamisées de rose et de mauve, et que le soleil pose désormais sur l'onde pâlie les pleins feux de son sérénissime crépuscule. Cette journée dans les îles valait bien un repas.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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22 août 2011 1 22 /08 /août /2011 09:13
Delphes ou le royaume des dieux

 

Ce serait dommage de visiter la Grèce et d'oublier Delphes, ce sanctuaire panhellénitique dédié au dieu Apollon et dressé comme un amphithéâtre au pied du Mont Parnasse, tourné vers les eaux azurées de la baie d'Itéa.

 

" Et dès qu'on atteint le pied des deux Phédriades, on a en face de soi quelque chose qui a l'air d'être la faille des failles : les deux roches que sépare une gorge effrayante, étroite et inaccessible... C'est là, le long de la gorge, là où les deux roches se rejoignent que sort, de manière tout à fait imprévue, l'eau la plus cristalline : l'eau de Castalie, la célèbre fontaine où tous, prêtres et pèlerins, se lavaient avant d'entrer dans le temple."
Chr. Karouzos

  

 Le " nombril du monde ", ainsi fut baptisé le lieu à une certaine époque. Dès la plus haute antiquité, ce site escarpé qui se dresse à une altitude de 500 à 700 mètres, bénéficiant d'une situation panoramique exceptionnelle sur les flancs du mont Kirphis, la gorge de Pleistos, la plaine d'Amphissa, la mer presque toujours tranquille de la baie d'Itéa et, par delà le golfe de Corinthe, sur les montagnes infinies du Péloponnèse - fut un sanctuaire vers lequel accouraient des foules immenses, autant pour consulter l'oracle que pour participer aux jeux pythiques.


Delphes, déjà occupé à partir du troisième millénaire avant J.C., parce que ses montagnes et ses plaines arrosées par les sources permettaient à l'homme de subsister avec ses troupeaux, connut son apogée vers le VIIIème siècle avant notre ère. C'est à cette époque que l'on trouve les premiers témoignages sur le culte d'Apollon. Dans les vers d'Eschyle, nous apprenons de la bouche de la Pythie qu'à Gê, la mère des dieux, succéda sa fille Thémis, puis son autre fille Titanis Phoibè qui donna son nom à Phoibos Apollon, alors qu'un hymne homérique nous raconte comment Apollon fonda son premier temple, après s'être rendu maître des lieux, en tuant Pythô, le dragon femelle, qui veillait sur la source sacrée. Apollon rendait les oracles dans le sanctuaire de Gê par la bouche de la Pythie, assise au-dessus de l'ouverture d'une crevasse, d'où l'esprit s'exhalait. Les premiers prêtres d'Apollon furent des Crétois, originaires de Cnossos. L'oracle acquit très vite une grande réputation, non seulement dans le monde grec, mais dans tout le monde connu d'alors. Des nomades barbares envoyaient des émissaires pour consulter l'oracle et offraient de nombreux présents. Au début, l'oracle n'était rendu qu'une fois l'an ; ensuite, à la vue de l'affluence considérable de visiteurs, il fonctionna le septième jour de chaque mois.

 

Les Grecs aimaient les oracles. Peuple curieux et impatient, ils voulaient tout savoir, même l'avenir. L'énigme leur plaisait, elle exerçait la subtilité de leur esprit ; mais ils aimaient aussi la pompe et l'éclat des fêtes. Platon trouvait pour ces solennités un motif social : "Les dieux, disait-il, touchés de compassion pour le genre humain, que la nature condamne au travail, lui ont ménagé des intervalles de repos par la succession régulière des fêtes instituées en leur honneur." Les Grecs goûtaient si bien cette raison, qu'ils multiplièrent les intervalles au point que les temps de repos égalaient presque les temps de labeur. On comptait à Athènes plus de quatre-vingts jours de l'année consacrés aux  fêtes et aux spectacles. La Pythie était généralement une femme d'âge avancé qui, dès qu'elle entrait au service du dieu, abandonnait mari et enfants. Elle s'installait à l'intérieur de l'enceinte sacrée et se rendait, dès l'aurore, à la source Castalie pour s'y purifier, puis, en procession, les membres du culte se dirigeaient vers l'adyton du temple. Là, sur un trépied, qui était sensé être le trône d'Apollon, la Pythie s'asseyait et rendait ses oracles, tandis que les prêtres allumaient le feu qui servirait au sacrifice rituel. Les consultants formulaient leur demande oralement ou par écrit et l'un des officiants en donnait lecture à la Pythie, qui, le plus souvent, ne savait pas lire. Ses réponses dictées par l'esprit du dieu Apollon pouvaient être obscures ou ambiguës, si bien que chacun des destinataires les interprétaient ensuite selon sa convenance personnelle. L'un des exemples les plus fameux est la prédiction que l'oracle fit à Crésus, roi de Lydie. Celui-ci avait demandé s'il sortirait vainqueur d'une guerre contre les Perses. L'oracle répondit : " Si Crésus traverse l'Halys, il détruira un grand royaume ". Crésus interpréta la prophétie à son avantage, fit la guerre et fut vaincu. Tous comprirent alors ce que l'oracle voulait dire : qu'en déclarant la guerre aux Perses, Crésus détruirait son royaume. Et ils reconnurent qu'une fois encore l'oracle avait eu raison.

 


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      Delphes, vue d'ensemble 

 

La renommée de l'oracle fut bientôt telle dans le monde grec et barbare que la plupart des princes d'alors n'entreprenaient rien avant d'être venus à Delphes, par voie de terre ou de mer, pour le consulter. Le roi Midas alla jusqu'à envoyer son trône royal comme gage de sa vénération à Apollon. C'est ainsi que l'on commença d'édifier les trésors, petites constructions en forme de temple qui s'élevèrent le long de la Voie Sacrée conduisant au temple d'Apollon, et dans lesquelles les chefs ou les cités entreposaient leurs offrandes. Quant aux jeux pythiques, ils avaient lieu tous les huit ans et donnaient droit aux vainqueurs de faire élever leur statue et de la voir  figurer à l'intérieur de l'enceinte. Les festivités duraient sept jours. Le premier jour était consacré au sacrifice de trois taureaux ;  lors du deuxième se déroulait une procession et on offrait en sacrifice cent taureaux ; le troisième, on devait manger, lors d'un banquet, la chair des victimes de la veille ; le quatrième jour commençaient les concours lyriques et dramatiques ; le cinquième et le sixième étaient voués aux épreuves du stade (courses hippique et de chars, lutte, course de vitesse, lancement du disque, saut etc.), enfin les concours gymniques se tenaient le septième et dernier  jour.

 

Le site archéologique de Delphes continua de vivre, d'une certaine manière, à l'époque byzantine et à l'époque moderne. Un monastère de la Dormition de la Vierge s'élevait sur les ruines de la palestre du gymnase et fut détruit par les Français pour les besoins des fouilles. La zone sacrée était alors le village de Kastri qui fut transféré à son emplacement actuel et rebaptisé Delphes. Parmi les premiers archéologues qui effectuèrent des fouilles, il faut citer Otfrid Müller et son disciple Ernst Curtius. Les Américains et les Allemands demandèrent l'autorisation de fouiller, mais c'est finalement l'Ecole française d'Athènes, dirigée par Théophile Homolle, qui l'obtint en 1891 et les fouilles systématiques commencèrent en 1892. Par chance, le site et le musée n'eurent pas à souffrir de la guerre de 39-45, ni de l'occupation. Peu de lieu dont émane une telle impression de grandeur. Le paysage lui-même est majestueux, amphithéâtre de montagnes ouvert sur le large horizon de la mer, avec les pentes vert sombre des cyprès et des oliviers. La puissance qui se dégage, l'émotion que l'on éprouve sont intraduisibles.

 

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  Le temple d'Athéna Pronaia

  

Le génie de l'homme s'est inscrit au burin sur chacune des pierres, tatouage évocateur et sublime laissé par le temps sur la terre noire. Depuis l'emplacement du musée - qui rassemble des trésors, dont la statue en marbre d'Antinoos, le favori de l'empereur romain Hadrien, et l'Aurige (conducteur de char) l'un des chefs-d'oeuvre de l'art grec ancien, vêtu d'une longue tunique cérémonielle comme il seyait à ceux qui prenaient part à des rites solennels, car tous les concours  -dans les grands sanctuaires de l'Antiquité - avaient un caractère sacré. Dans son attitude, toute de noblesse, rien de concret n'exprime la joie de la victoire. Aucun sentiment fugitif, nul geste intempestif, mais la sérénité olympienne de l'immortalité - Donc, depuis l'emplacement du musée, on ne cesse de gravir les paliers successifs qui mènent au temple d'Apollon par la Voie Sacrée, puis au théâtre qui avait la capacité de recevoir 5000 spectateurs, enfin au stade.

 

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                         Le stade
 

C'est là que j'ai éprouvé l'impression la plus vive. Nous étions seuls mon mari et moi, le reste du groupe n'ayant pas souhaité, par la chaleur, affronter le sentier très escarpé et la dénivellation importante. Le silence régnait dans la lumière d'or de cette fin de matinée. Sur la longue piste sableuse bordée par les gradins, on pouvait imaginer les chars s'affrontant lors des courses, les cris des spectateurs massés de part et d'autre, et rarement lieu ne m'a émue à ce point. Il y a 28 siècles qu'ici des hommes commencèrent à écrire l'histoire du monde, dont nous leur sommes redevables aujourd'hui encore, une histoire qui a placé l'art et la culture au sommet des valeurs humaines, développé une réflexion profonde sur l'Etre et le Divin, vu naître la philosophie et les mythes qui ont fondé la culture occidentale actuelle et, à travers le temps, transmis un message d'intelligence et de civilité insurpassable.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Delphes ou le royaume des dieux
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22 août 2011 1 22 /08 /août /2011 09:05

1266336675_633596__wince_.jpg  Le Sphinx de Giseh  

 

 

Le voyage commence dès le survol, depuis Roissy via Le Caire, des Alpes, de la baie de Naples, de la Méditerranée. La vue des montagnes enneigées, des côtes découpées dans la lumière du soir assure la rupture avec le quotidien et, ce, dans une bienheureuse apesanteur. Naviguer au-dessus des nuages avant de naviguer sur les vagues, quelle meilleure transition ! Mais avant de rejoindre notre bateau à Sharm-el-Sheikh pour une croisière en mer Rouge, nous nous sommes accordés 3 journées au Caire, ville tentaculaire, bruyante, poussiéreuse, dont seuls le musée et les monuments environnants de Saqqarah et de Giseh sauront nous séduire. Cette mégapole semble la proie d’une constante effervescence, labyrinthe de rues et de ruelles qui s’entrechoquent, de quartiers poussés au hasard d’une démographie galopante, où l’on surprend à tous moments des scènes cocasses : des jeunes gens assis sur les capots des voitures quand la place vient à manquer à l’intérieur, cyclistes remontant les avenues et même les autoroutes à contresens, les ânes et leurs fardeaux mêlés aux voitures les plus modernes dans un bruit discordant de klaxons et, toujours, ce spectacle anachronique d’une femme voilée jusqu’aux yeux qui traverse les rues son portable à l’oreille. Aujourd’hui, il n’y a pas moins de 20 millions d’habitants au Caire, la plupart tassés dans les bidonvilles ou les immeubles insalubres aux façades lépreuses. Une grande misère y règne, sans nul doute, mais comment gérer un pays de 72 millions d’âmes quand 4% seulement du territoire est habitable - soit les abords du Nil - le reste étant occupé par le désert arabique, libyque et celui grandiose du Sinaï. On peut se poser la question de savoir s’il n’était pas préférable de vivre ici du temps d’Aménophis III ou de Ramsès II, il y a quelques 3600 ans plutôt que de nos jours dans une surpopulation, une pollution et une circulation qui enlèvent beaucoup d’attrait à cette capitale. Nous découvrirons plus tard que le long des canaux d’irrigation proches du Nil où vivent les agriculteurs qui possèdent tous, depuis Nasser, leur lopin de terre et bénéficient de 3 récoltes de céréales par an, la situation n’est guère plus enviable. Sans être malheureux, nous assure notre guide local, ils s’accommodent d’une existence incroyablement primitive au milieu de leurs bêtes, à même la terre battue et parmi leurs immondices qui jonchent chemins, villages, cours d’eau, le plastic étant parvenu jusqu’ici, hélas ! Ces images ne peuvent manquer de frapper le touriste éberlué à la vue des splendeurs des sites archéologiques et le charme indéniable des berges du Nil et stupéfait du contraste qui existe entre ces beautés insurpassables et la misère endémique, la violence rampante que l’on perçoit à tout instant, ce qui oblige la police a être omniprésente et le voyageur à se plier à des contrôles militaires permanents sur les routes. Il est compréhensible que le gouvernement égyptien tienne à veiller sur le tourisme, qui est l’une des ressources principales du pays avec le canal de Suez et le pétrole exploité dans le Sinaï, mais cela gâche un peu le plaisir de la visite.

 

Tout est différent en Jordanie, où nous nous rendrons au cours de notre croisière. Ce pays évolue dans une relative sérénité, bien qu’entouré de nations qui ne sont pas de tout repos, entre la Syrie au nord, l’Irak au nord-est, l’Arabie Saoudite au sud et sud-est, Israël et la Palestine à l'ouest, ce qui ne le met nullement à l’abri d’un embrasement mais qui, grâce à la politique pacifiste du roi Hussein poursuivie par son fils Abdallah, optant l’un et l’autre pour la neutralité, a fait d’Amman, sa capitale, un refuge propice aux investissements et assure à ce petit pays, sans ressources pétrolières, une existence honorable et l’éclosion d’une élite cultivée et assez francophone.
Il n’en reste pas moins vrai que Le Caire fascine, ne serait-ce que par les trésors que recèlent son musée, la nécropole de Saqqarah et l’ensemble funéraire de Zoser, enfin par l’énigmatique visage du Sphinx de Giseh et les trois pyramides de Kheops, Khephren et Mykérinos disposées en diagonale, de façon à ce qu’aucune ne cache le soleil aux deux autres. Le spectacle qui s’offre au visiteur est certainement l’un des plus beaux que la main de l’homme ait pu concevoir. Sans aucun doute, ces œuvres gigantesques ont été édifiées par une civilisation qui croyait en la permanence des choses, le contraire de la nôtre centrée sur le profit et l’éphémère. Le même émerveillement nous saisira, lorsque ayant embarqués sur notre bateau à Sharm-el-Sheikh, nous ferons escale au port de Safaga pour nous rendre, à travers le désert arabique, à Louxor, l’ancienne Thèbes, où s’étend le domaine monumental de Karnak, dont les dimensions sont stupéfiantes. Un monument qui pourrait contenir Notre-Dame de Paris toute entière et dont l’hypostyle continue à défier les siècles et à susciter les hypothèses les plus folles, car comment des hommes sont-ils parvenus à poser sur les colonnes de 23m de hauteur des travées de 450 tonnes ? On a cru, à tort, que les pharaons avaient eu recours à des esclaves. Cette thèse n’est plus retenue de nos jours, tant il est vrai que des hommes maltraités et humiliés n’auraient jamais été en mesure de réaliser des monuments pareils, des fresques, bas-reliefs, statues, frises etc. d’une telle perfection. Non, il s’agissait d’ouvriers, d’artisans, d’artistes, qui travaillaient sur les lieux plusieurs mois par an, en dehors des moments de crue du Nil, avaient leurs villages, y demeuraient avec leurs familles et bénéficièrent de leurs propres tombes, puisque l’on a retrouvé, proche de la vallée funéraire des rois et des reines, la vallée des ouvriers où ils étaient inhumés selon les rites en vigueur à leur époque.


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                 Une felouque sur le Nil

 

Revenus à Safaga, nous ré-embarquons pour nous rendre en Jordanie, très précisément au port d’Aqaba, le seul que possède ce pays, en longeant l’étroit golfe qui sépare l’Arabie Saoudite de la presqu’île du Sinaï. De part et d’autre, les berges sont superbes, abruptes ou sableuses puisque viennent y mourir des déserts et qu’au loin se dessinent les vagues minérales de roches couleur ocre qui ont donné à la mer son nom de «  mer Rouge ». Au coucher du soleil, les paysages flamboient, tandis que le bateau navigue dans une eau corallienne et cristalline, la plus salée et la plus chaude de la planète, ce qui a fait d’elle le paradis des amateurs de plongée sous-marine. Aqaba est lié au nom de Lawrence d’Arabie qui, à la tête d’une troupe de Bédouins, vint déloger les Ottomans réfugiés dans le Qasr - le Fort - construction massive datant du XVIe siècle qui avait pour fonction de protéger les pèlerins qui se rendaient à la Mecque. La défaite de la garnison, qui s’en suivit, marque le début de la marche victorieuse vers l’indépendance et la naissance de l’actuel royaume de Jordanie. L’intérêt principal de notre escale est de nous permettre de nous rendre sur les lieux les plus prestigieux du pays : le désert de Wadi Rum, considéré à juste titre comme le plus beau du globe, et à Petra, le complexe monumental plusieurs fois mentionné dans la Bible, qui abrita la civilisation disparue des Nabatéens.


Comment décrire Petra sans user de superlatifs, tant l'émotion est au rendez-vous, lorsque débouchant du Siq étroit qui y conduit, on découvre soudain le monument que l’on nomme le Trésor, un temple funéraire taillé dans la roche et sur la façade duquel le soleil fait chatoyer les couleurs. L’envoûtante beauté de ce monument et sa position scénographique laisse littéralement bouche bée et notre émerveillement est amplifié par son état de conservation presque parfait. Aujourd’hui encore quelques familles de Bédouins sont établies dans l’aire archéologique de Petra : ce sont eux les actuels habitants de la ville pourpre. Car l’antique capitale nabatéenne avec ses rochers multicolores, ses gorges profondes et ses extraordinaires structures sculptées dans le grès il y a deux mille ans, s’étend sur une zone très vaste, au croisement de plusieurs défilés. Elle fut élevée au rang de capitale pour des raisons de sécurité par ces peuples de marchands : bien cachée dans la montagne et difficilement accessible, elle constituait un refuge idéal. La possibilité de rejoindre rapidement la mer Rouge favorisait les échanges avec l’Arabie et la Mésopotamie, alors que la piste qui traversait le Néguev vers Gaza assurait l’accès à la Méditerranée.

 

 1266422854_498__wince_.jpg   Petra - le trésor                        

 

 

Après Petra, ce sera le lendemain, en jeep, une longue randonnée dans le désert de Wadi Rum, paysage féerique et étendue lunaire absolument grandiose, qui, durant des siècles, a permis de relier l’Arabie à la Palestine. Cela peut paraître incroyable, mais c’est une région où les sources abondent, si bien que ce désert était une étape obligée pour les caravanes qui transportaient les épices et l’encens du royaume de Saba aux portes de la Méditerranée. De nombreuses inscriptions rupestres témoignent d’une occupation humaine dès le paléolithique. Célèbre pour ses rochers aux formes surréelles, sculptés par le vent, le Wadi Rum est aussi un symbole de l’indépendance nationale jordanienne. En effet, pendant la Première Guerre mondiale, les troupes commandées par le colonel Lawrence ont planté ici leurs tentes avant de se lancer à l’assaut de la forteresse d’Aqaba occupée par les Turcs. C’est ici également que l’agent anglais écrivit ses mémoires «  Les sept piliers de la sagesse », où il dresse un tableau épique de la beauté sauvage de ces paysages parmi les plus beaux du monde, et que fut tourné le film de David Lean qui retrace son épopée. Les yeux emplis de ces visions exceptionnelles, et après une tasse de thé et quelques dattes offertes par des Bédouins, nous regagnons notre bateau pour une ultime navigation vers notre point de départ : Sharm-el-Sheikh.


Depuis cette station balnéaire sans autre intérêt que la plongée, nous avions programmé la visite d’un dernier haut lieu : le monastère Sainte Catherine dans le Sinaï. Le plus petit diocèse est en même temps le plus ancien monastère chrétien connu et aussi la plus riche collection d’icônes et de manuscrits précieux. Ce fut l’impératrice Hélène, mère de l’empereur Constantin, qui, impressionnée par la sacralité des lieux, commanda l’élévation d’une chapelle à l’endroit où se trouvaient le puits de Moïse et le buisson ardent. Plus tard l’empereur Justinien ordonna la construction d’une forteresse qui incluait l’édifice de Sainte Hélène. Le couvent est habité, de nos jours, par une trentaine de moines de confession grecque orthodoxe et abrite également une mosquée, car les moines avaient demandé au VIIe siècle la protection de Mahomet, alors simple bédouin ( on voit encore le manuscrit signé de sa paume de main ), face aux dangers que faisait peser sur eux la présence arabe dans la péninsule, si bien que cette Mosquée a eu comme avantage de les protéger de l’occupation ottomane des siècles suivants et de garantir leur indépendance. La grandeur solitaire du Sinaï se révèle d’une spectaculaire beauté. Peu d’êtres humains y vivent. A part les villes de la côte, la Péninsule n’est habitée que par une poignée de Bédouins qui subsistent grâce aux palmiers dattiers et au lait de leurs chèvres et de leurs brebis. Le désert appartient au loup et au renard, à l’aigle et à la gazelle, et aux touristes attirés par la grandeur de cette terre biblique. C’est ainsi que parvenus, après cette dernière visite, au terme de notre voyage, nous reprendrons l’avion à l’aube du lendemain afin de regagner une France sous la neige et livrée aux derniers frimas d'un long hiver.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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1266426964_jordanie-egypte-740__wince_.jpg    Le mont Moïse dans le Sinaï

 

 

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22 août 2011 1 22 /08 /août /2011 08:53

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La grandeur et la beauté de Saint-Pétersbourg, sauvées par la Providence des cataclysmes du XXe siècle, sont inséparables de la splendeur  des résidences d'été des empereurs de Russie proches de la capitale. Ces ensembles constituent des merveilles artistiques et personnalisent l'activité, les goûts, les prédilections des monarques qui avaient choisi d'y résider. L'ensemble de Peterhof, avec ses palais, ses fontaines, ses cascades et ses jardins est intimement lié à la personnalité hors du commun de Pierre le Grand qui avait élu ce lieu à cause de la proximité de la mer, face à la Suède son ennemi.


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En effet, Pierre le Grand avait décidé de faire construire Peterhof afin de surveiller les travaux de Cronstadt, son futur arsenal, sur l’île Kotline. Par la suite, il envisagea d’amplifier le projet d’origine et d’établir un domaine comparable à Versailles qui l’avait tant impressionné lors de son séjour en France en 1717. Il chargea d’ailleurs un français Jean-Baptiste Le Blond d’en élaborer les plans et ensuite de surveiller la construction du Grand Palais. La merveille, que représente le parc, le palais principal et les bâtiments annexes dont Marly, Monplaisir et le pavillon de l’Ermitage, eut à souffrir de la guerre de 39/45, du fait de sa proximité avec la ligne de front. En 1944, soixante dix mille arbres avaient été abattus dans le parc et seuls subsistaient les murs du Palais. Les travaux de restauration commencèrent dès la fin du conflit, à partir des documents, photos et dessins nombreux que l’URSS possédait toujours. Il fallut 20 ans pour redonner à Peterhof sa splendeur d’antan, mais le résultat est stupéfiant.

 

Il était une fois un tsar qui avait une haute idée de son pays pour lequel rien n’était ni trop grand, ni trop beau. Il fallait qu’à l’égal des autres rois et empereurs d’Europe, Pierre le Grand ait à offrir à son immense empire, non seulement une capitale - Saint-Pétersbourg - qui jetait un défi à la nature, mais un palais capable de rivaliser avec ceux qu’il avait admirés hors de ses frontières. Ce tsar bâtisseur, souverain omniprésent, marin infatigable, travailleur acharné, qu’aucune tâche ne rebutait, souhaitait présenter à ses visiteurs un monument en mesure d’incarner les transformations qui s’opéraient en Russie et une résidence maritime d’apparat. Car Peterhof est tourné vers la mer. Cette résidence est comme un balcon glorieux surplombant le golfe de Finlande et affrontant de loin l’ennemi d’alors : la Suède. A Peterhof, l’eau est le dominateur commun, celui qui conjugue les innombrables tours et détours de l’architecture paysagère et c’est à ses fontaines et à leur système hydraulique unique qu’il doit sa renommée. Le rêve est tout d’abord un rêve d’eau. Elles surgissent de partout et de nulle part, eaux scintillantes des cascades qui, ce jour-là, s’irisaient sous l’ardeur des rayons solaires en une apothéose aquatique.



Ici les eaux s’approprient l’espace en des formes et variations diverses, si bien que dans ce parc de 102 hectares elles jaillissent comme des soleils, des champignons, des gerbes de fleurs, des pyramides, tandis que leur bruit cristallin évoque le chuchotement d’une paisible conversation. Le clou est bien entendu la Grande Cascade ornée de statues et de bas-reliefs occupée en son centre par la fontaine de Samson déchirant la gueule du lion, allégorie en l’honneur de la célèbre bataille de Poltava, où l’armée commandée par Pierre Ier mit en déroute celle du roi de Suède Charles XII le 27 juin 1709, jour de la saint Samson l’Hospitalier.

 

Depuis le château, la vue est féerique et porte jusqu’à la mer en une succession de plans, l’eau se déversant de vasques en vasques pour composer un véritable spectacle, où le chant des fontaines et le murmure des flots s’unissent en un hymne solennel. Pour le tsar, la grandeur de son empire fut son unique souci, celui auquel il sacrifia toutes ses forces et s’obligea parfois à une dureté implacable. «  Lorsqu’on a assuré la sécurité de l’Etat face à ses ennemis, il convient de s’efforcer de conquérir pour lui la gloire par le moyen des arts et des sciences » - écrivait-il peu de temps avant de mourir. Initiateur de la Russie moderne, il porta ses efforts sur le maintien des positions russes en Baltique et eut à cœur de fonder une capitale - Saint-Pétersbourg - capable de rivaliser avec les grandes cités européennes. En même temps, il dotait son pays d’un port sur la Baltique destiné à contenir la menace suédoise et à devenir « une fenêtre sur l’Europe » correspondant à sa puissance.
 


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                         Monplaisir

 

Or cet homme, qui avait tant d’orgueil pour sa patrie, se plaisait à vivre simplement. Chez lui le marin et le guerrier l’emportaient sur le monarque. La rusticité lui convenait mieux. A Peterhof, il n’occupa que rarement le Grand Palais réservé aux fêtes commémoratives et aux réceptions. Il préférait se retirer à Monplaisir, une demeure aux proportions modestes dont le toit, en forme de tente, rappelle ses goûts hollandais, de même que les innombrables parterres de tulipes, qu’amoureux de ces fleurs découvertes lors de son voyage européen, il dispersa à l’envi dans ses jardins et qui étaient en pleine floraison fin mai lors de notre voyage. L’architecte Le Blond prit part à la construction de ce pavillon, ainsi que le sculpteur Bartoloméo Rastrelli et le peintre François Pillement. La galerie et les salles renferment une précieuse collection de peintures, on parle de 200 tableaux, une première en Russie initiée par le tsar en personne. On sait qu’il transmettra son goût de collectionneur à sa fille Elisabeth (1741 - 1761 ), cultivée et poète à ses heures et que, plus tard, Catherine II suivra son exemple et réunira, avec le soutien de son conseiller et favori Potemkine, la collection fabuleuse d’objets rares et de toiles de maîtres que l’on admire aujourd’hui au musée de l’Ermitage.

 

Où que l’on soit et d’où que l’on regarde, Peterhof éblouit. L’intimité et la grandeur s’y côtoient et l’on ne sait ce qu’il faut admirer le plus, de l’architecture des jardins ou de celle des palais, de la grâce des pavillons délicatement posés sur les eaux ou des parterres de fleurs aux teintes vives, de la paisible et grandiose ordonnance des lieux ou de l’immensité qui ne cesse de vous captiver. Quant au Grand Palais, qui fut profondément remanié sous le règne de Elisabeth par Rastrelli, il resplendissait de l’or de ses coupoles et de sa statuaire en cette matinée printanière. L’architecte et décorateur italien fit élargir l’édifice de Pierre en y ajoutant de chaque côté des galeries couvertes aboutissant à deux pavillons à étage : celui de la Chapelle et celui des Armoiries. A l’intérieur, de nombreuses salles furent transformées à leur tour par Catherine II qui entendait marquer son passage et dont on sait les goûts classiques alors en vogue dans toute l’Europe. A Peterhof règne sur 360° l’art, le luxe et la beauté et l’on ne peut que s’émerveiller de l’immense travail des restaurateurs qui surent retrouver les gestes, le savoir-faire et la patience des artistes et artisans de jadis. Belle preuve, qui aurait conforté Fedor Dostoïevski, que la beauté demeure et peut renaître ainsi des cendres et des larmes.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE


autres articles consacrés à la Russie :

 

Saint-Pétersbourg ou le songe de Pierre

 

La Russie au fil de l'eau, de Moscou à Saint-Pétersbourg

 

Pavlovsk ou le sourire d'une nuit d'été

 

Tsarskoïe Selo ou la splendeur impériale


Moscou : pleins feux sur la capitale russe


La Russie, de la Volga à la Neva

 

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Peterhof ou la maison de Pierre
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22 août 2011 1 22 /08 /août /2011 08:26
Olympie

Olympie

Corinthe

Corinthe

 

On ne se lasse jamais de rediriger ses pas vers la Grèce et le Péloponnèse, ces lieux qui ont vu la naissance de notre civilisation, ce pays dans lequel le passé se pare de toutes les grâces :

 

" La colline au pied de laquelle je me trouvais était donc la colline de la citadelle de Sparte, puisque le théâtre était adossé à la citadelle ; la ruine que je voyais sur cette colline était donc le temple de Minerve- Chalcioescos, puisque celui-ci était dans la citadelle ; les débris, et le long mur que j'avais passé plus bas, faisaient donc partie de la tribu des Cynosures, puisque cette tribu était au nord de la ville. Sparte était donc sous mes yeux ; et son théâtre que j'avais eu le bonheur de découvrir en arrivant, me donnait sur-le-champ les positions des quartiers et des monuments. Je mis pied à terre, et je montai en courant sur la colline de la citadelle.
Comme j'arrivais à son sommet, le soleil se levait derrière les monts Ménélaïons. Quel beau spectacle ! mais qu'il était triste ! L'Eurotas coulait solitaire sous les débris du pont Babyx ; des ruines de toutes parts, et pas un homme parmi ces ruines ! Je restai immobile, dans une espèce de stupeur, à contempler cette scène. Un mélange d'admiration et de douleur arrêtait mes pas et ma pensée ; le silence était profond autour de moi : je voulus du moins faire parler l'écho dans des lieux où la voix humaine ne se faisait plus entendre, et je criai de toute ma force : Léonidas ! Aucune ruine ne répéta ce grand nom, et Sparte même sembla l'avoir oublié."

 

Chateaubriand ( Itinéraire de Paris à Jérusalem )

 

De l'antique Lacédémone ( Sparte ), il est vrai qu'il ne reste plus grand chose. De ce peuple qui fit trembler les Athéniens, de la ville de Pausinias, de la maison de Ménélas, l'époux d'Hélène, du tombeau de Léonidas, rien d'autres ne subsiste que quelques colonnes, les vestiges de l'ancien sanctuaire d'Artémis Orphia, un lion rugissant, les assises du théâtre de l'époque romaine, cela enseveli dans une vaste étendue d'oliviers, au coeur de la vallée de la Laconie arrosée par l'Eurotas et dominée par les cimes du Taygète. Les lois qui furent instituées par Lycurgue, illustre législateur, et prévalurent sur la Cité de Sparte, en firent une ville austère, un lieu où l'éducation des jeunes et la coordination sociale s'appuyaient sur des critères essentiellement militaires. Cette organisation qu'imposa Lycurgue conduisit la ville à s'affirmer de façon autoritaire dans tout le Péloponnèse, puis peu à peu à instaurer son hégémonie sur l'ensemble de la Grèce, enfin à vaincre Athènes elle-même. Mais la gloire fut de courte durée et bientôt la ville fut supplantée par Thèbes, avant de plier sous le joug romain. Du grand commandant spartiate Léonidas, qui s'illustra par son courage et mourut vaillamment dans le défilé des Thermopyles ( portes chaudes ) en Thessalie, où il opposa une défense héroïque avec ses 300 guerriers contre l'armée perse de Xerxès Ier, il ne reste qu'une statue en marbre exposée dans le musée local et que l'on identifie romantiquement au héros, ainsi qu'un petit temple hellénique hors de l'acropole. Sparte s'est endormie pour toujours et c'est l'impression qu'elle donne. On s'y sent en état de veille comme devant un tombeau.


" Si des ruines où s'attachent des souvenirs illustres font bien voir la vanité de tout ici bas, il faut pourtant convenir que des noms qui survivent à des Empires et qui immortalisent des temps et des lieux, sont quelque chose. Après tout, ne dédaignons pas trop la gloire ; rien n'est plus beau qu'elle, si ce n'est la vertu."    ( Chateaubriand )

 

     

   MYCENES OU LE TEMPS LEGENDAIRE

 

La nécessité de convaincre avant de commander aiguisa l'esprit des Grecs dès les temps les plus reculés. Libres dans leur organisation politique, ils l'étaient plus encore dans leur organisation religieuse. Point de prêtres ou mieux pas de clergé constitué et point de livre saint, ce qui signifie pas de doctrines consacrées. Néanmoins, la superstition étant l'un des instincts les plus naturels de l'homme, ce peuple n'eut de cesse de se référer à des devins, des mages qui voyaient le monde invisible et interprétaient les signes célestes par des convulsions, des gémissements, des sentences, comme le faisait la Pythie de Delphes qui sentait le dieu remuer en elle et exprimait ainsi ses volontés. Les Grecs croyaient tellement en leurs prophètes qu'ils les consultaient en toute confiance.



Par ailleurs, il est curieux de constater que l'étude de l'histoire primitive du pays nous ramène constamment à l'Asie, où les Grecs semblent avoir découvert la plupart de leurs dieux. Une légende, celle du Crétois Minos, confirme le fait de ces relations étroites entre l'Asie et la Grèce. Peut-être venaient-ils de ces lointains pays ces mythiques cyclopes qui sont sensés avoir édifié les fondations de Mycènes, la ville de Persée, ce personnage légendaire né de l'union de Zeus et de Danaé. A sa suite, le pouvoir se transmit à Atrée et Thyeste qui se réfugièrent dans la ville, après avoir subi la malédiction paternelle, et y fondèrent la dynastie glorieuse et maudite des Atrides. Cette dynastie s'attira, en effet, les foudres divines après le funeste banquet qu'Atrée se crut devoir offrir à son frère, en lui servant la chair de ses propres enfants. On dit que le soleil se retira alors, pour ne pas éclairer un forfait aussi atroce.
Agamemnon, le héros d'Homère et d'Eschyle, chef de l'armée achéenne, n'était autre que le fils d'Atrée et résume à lui seul, au travers de sa fin tragique, le sort de cette famille. Après qu'il eût combattu à Troie pour venger l'honneur d'Hélène, épouse de Ménélas, enlevée par Pâris, sacrifié sa fille Iphigénie pour obtenir des vents favorables à sa flotte encalminée à Aulis, il revint à Mycènes pour y être assassiné par Egisthe, l'amant de sa femme Clytemnestre. A leur tour, huit ans plus tard, les amants périront de la main du fils de Clytemnestre, Oreste, qui  souffrira mille tourments pour avoir commis ce parricide. Avec lui disparaissaient la famille des Atrides et leur sombre destin.

 

J'étais d'autant plus curieuse de découvrir Mycènes, d'où le roi Agamemnon s'était embarqué pour Troie, que j'avais visité, il y a de cela une trentaine d'années, ce qui reste en Asie mineure de cette ville qui fut le théâtre d'une semblable épopée. Selon certains, mais cette hypothèse est par ailleurs controversée, nous devons à l'archéologue Schliemann, non seulement la découverte des ruines troyennes, mais les fouilles des glorieuses tombes de l'acropole mycénienne. Il rêvait depuis longtemps d'extraire, de cette accumulation de ruines, les vestiges des mythiques dynasties homériques et il y parvint en dégageant du sol de nombreux objets, dont le masque d'or que l'on pense être celui du roi Agamemnon et qui se trouve, aujoud'hui, au musée national d'Athènes.

 

 

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Tholos d'Atrée ou tombe supposée d'Agamemnon       

 

On pénètre dans la citadelle par la Porte des Lions, symbole de la puissance des Atrides. La porte est le seul exemple de  sculpture de l'époque ( 1400 à 1200 av. J. C. ), représentant  deux  fauves se faisant face et que sépare une colonne centrale. De la Porte des Lions, on monte ensuite, en empruntant la grande rampe, jusqu'au palais, dont l'intérieur s'articule autour d'une vaste cour. On peut alors se diriger vers la porte arrière, celle qu'avait franchi Oreste après qu'il eût tué sa mère, accomplissant ainsi le tragique destin de la maison royale d'Atrée.

 

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                       La porte des Lions 

 

Au-delà de la citadelle, qui domine la vallée de sa puissance, on accède aux tombes d'Egisthe et de Clytemnestre et on termine la visite de Mycènes par la Tholos d'Atrée, l'un des exemples les plus représentatifs de la sépulture royale d'âge antique. Autant Sparte inspire la mélancolie, autant Mycènes impressionne le visiteur par la force qu'elle dégage encore, volonté forcenée de ceux qui édifièrent ces murailles et assemblèrent ces pierres gigantesques comme pour défier le ciel et les dieux.

 

 .
    LA GRECE SOURIANTE
 

 

CORINTHE, située à l'ouest de l'isthme du même nom, est le chef-lieu de la Corinthie en Argolide. Les ruines se trouvent rassemblées au pied de l'Acrocorinthe, rocher de 575 mètres qui s'élève comme une imposante forteresse, témoignant de l'emplacement de la ville antique, une cité opulente qui contrôlait l'isthme, c'est -à -dire le trafic maritime de l'époque entre la mer Ionienne et la mer Egée. La tradition fait de Sisyphe le fondateur de la cité, qui se nommait alors Ephyre. Ce héros de la mythologie grecque était représenté comme le plus rusé des hommes et on alla jusqu'à lui donner pour fils Ulysse, tant il y avait de ressemblance entre eux. Ce fut lui qui dénonça au fleuve Asopos le rapt de sa fille Egine par Zeus. Furieux, Asopos lui envoya Thanatos, mais le rusé Sisyphe parvint à enchaîner le dieu des morts et il fallut l'intervention d'Arès pour le délivrer. Cette fois Sisyphe dut subir son destin, mais, avant de mourir, il recommanda à sa femme de ne pas lui rendre les honneurs funèbres. A peine arrivé aux Enfers, il s'empressa de dénoncer à Hadès la négligence de celle-ci et lui demanda de revenir un moment sur terre pour la punir. Rendu à la lumière et à la vie, Sisyphe se refusa à retourner au royaume des Ombres. Hermès dut se déplacer en personne pour ramener au bercail le mort récalcitrant. Pour pénitence, Sisyphe fut condamné à rouler sur la pente d'une montagne un énorme rocher qui redescendait chaque fois qu'il approchait du sommet. Bien entendu, ce rocher ne peut être, pour les habitant de l'Argolide, que l'Acrocorinthe.
C'est au VII et VIe siècle avant J.C. que la ville affirma sa puissance et fonda les colonies de Corcyre, Potidée et Syracuse. En perpétuelle compétition avec Athènes pour la maîtrise des mers, à laquelle elle dut renoncer lorsque Sparte s'assura l'hégémonie sur les Grecs, elle fut ensuite rasée et humiliée par les troupes romaines du consul Mummius. Rebâtie sous César cent ans plus tard, Corinthe redevint une cité florissante, dont la réputation de luxe et de plaisir était connue de tout l'Empire. Les anciens poètes, nous dit Thucydide, l'appelaient Corinthe la riche. Ce sont dans ses chantiers que fut construite la première trirème en l'an 700. Corinthe fut aussi la première ville à mouler des figures et elle précéda les autres cités grecques dans l'art du dessin. Plus tard, elle donnera son nom au plus riche des ordres d'architecture, cet art corinthien végétal qui exprime la grâce et l'insouciance.

 

Depuis Corinthe, quand le temps est serein - et c'était le cas pour nous ce jour-là - on découvre par-delà la mer de Crissa les cimes de l'Helicon et du Parnasse et, au nord, le mont Oneïus couvert de myrtes. Mais on ne voit pas de la ville antique la mer Saronique, il faut, pour l'apercevoir, monter sur l'Acrocorinthe. C'est - disait Spon - l'une des plus belles vues de l'univers. On sait que Paul l'Evangéliste y passa avec ses compagnons Crispus et Caïus et qu'il y prêcha ses célèbres Epitres, afin de ramener les habitants, perdus dans les effluves de vin et d'alcool, vers des préoccupations plus spirituelles. Il faut croire qu'il y réussit, car la Grèce est restée très profondément chrétienne, malgré quatre siècles de domination ottomane, et l'Argolide est couvert de monastères et de chapelles, comme ceux de Mistra et de Monemvassia.
Les ruines de Corinthe, dont le temple d'Apollon, sont majestueuses. Ce temple servit de modèle à celui d'Athéna sur l'acropole d'Athènes. Ensuite, on gagne l'agora en empruntant la route du Lechaion bordée de portiques, de boutiques et de bains publics qui, jadis, conduisait à l'ancien port. On peut imaginer ce que ce devait être, lorsque les voiles des trirèmes claquaient au vent... Plus loin encore se trouve l'un des plus beaux monuments de l'époque impériale : la fontaine Pirène. Elle  doit son nom à la jeune Pirène qui, ayant versé tellement de larmes à la mort de son fils, fut changée en fontaine.

 

     EPIDAURE

 

Le théâtre d'Epidaure est peut-être ce que j'ai vu de plus beau dans le Grèce antique, une merveille que l'on peut à peine décrire, car les mots manquent pour exprimer ce que l'on ressent, lorsque, presque seule au centre de cet amphithéâtre, ceint par un cirque de montagnes à l'abondante végétation, dans  le silence recueilli de la nature, à l' heure du soir où la lumière est blonde et rose, on le contemple dans sa splendeur intemporelle. On comprend que Pausanias, extasié à sa vue, le définit comme la construction la plus harmonieuse réalisée par les Grecs. Il fut élevé au IVe siècle avant notre ère par le même architecte que la tholos, Polyclète le jeune, et comprend un orchestre circulaire et 34 rangées de gradins. Ce théâtre bénéficiait, et bénéficie aujourd'hui encore, d'une acoustique exceptionnelle, au point que le moindre soupir est perçu du spectateur placé au plus haut des gradins.
D'une perfection absolue de par son architecture, il jouit d'autre part d'une parfaite insertion dans l'environnement naturel. Quel génie eurent les hommes de cette époque de savoir à ce point marier leur oeuvre de bâtisseur à l'oeuvre des dieux ! Le choix du lieu ne pouvait être meilleur, plus grandiose, mieux adapté à ce que l'on voulait y vivre et y représenter : ce compagnonnage intime avec les voix secrètes de l'univers.

 

Le théâtre avait beaucoup d'importance pour les Grecs, car, hormis le drame satirique et la comédie, il était, grâce aux oeuvres des grands auteurs tragiques, une école de morale. Les représentations dramatiques furent à l'origine des fêtes religieuses. On croyait la prospérité de la ville intéressée à ce que les solennités fussent célébrées avec une magnificence qui plût aux dieux. Du milieu des glorieuses manifestations de la pensée et de l'art qui se produisirent alors, la place d'honneur n'en revient pas moins à la poésie qui semble habiter le génie de ce peuple.
On peut établir deux périodes qui résument l'histoire générale du théâtre grec : dans la première les mystères ou drame religieux ; dans la seconde, le drame humain. Euripide appartenait à la seconde. Il a annoncé le théâtre moderne en portant sur la scène les passions de tous les temps. L'un des traits caractéristique de sa tragédie est la place qu'il réserve aux femmes et à l'amour.
Q
uant à la comédie, qui était née aux fêtes de Dionysos, elle fut dans les mains d'Aristophane une arme de combat avec laquelle il frappa surtout la philosophie et la science, les généraux les plus braves et les orateurs les plus éloquents. Il ne manqua à ce grand rieur devant l'éternel que de rire de lui-même. Il alla même jusqu'à malmener les prophètes et les devins, ce qui prouve l'avancée intellectuelle qu'avait effectuée la Grèce de l'époque.

 


La danse était aussi très présente dans les spectacles, parce qu'elle faisait partie des solennités religieuses. On attribuait au corps, à sa beauté, une grande importance et la danse était une façon d'exalter les perfections que les dieux avaient accordé aux hommes. L'art des choeurs comprenait le chant et la danse. Platon écrit à ce propos dans son Traité des lois : " Ces divinités qui président à nos solennités nous donnent le sentiment de l'ordre, de la mesure, de l'harmonie ; et ce sentiment qui, sous leur direction, règle nos mouvements, nous apprend à former par nos chants et nos danses une chaîne qui nous enlace et nous unit." Loin de craindre les exercices qui, en d'autres temps, ne servent qu'au plaisir, le philosophe les regarde comme nécessaires au bon ordre des cités et des âmes.

 

1153219684 g10    Le temple d'Hera à Olympie

                                  

  

     OLYMPIE

   

Si Epidaure représente l'harmonie à son plus haut degré de perfection, Olympie m'est apparue comme le sourire de la Grèce antique. Il y règne une paix à nulle autre pareille. On y voit partout des colombes, on y perçoit des roucoulements, on s'y sent dans une pastorale si pleinement sereine, comme si le temps s'arrêtait un moment pour écouter battre le coeur de la terre. Cette plénitude vous envahit dès que vous pénétrez dans ce site bucolique de l'Elide, baigné par le fleuve Alphée, et qui fut voué au culte de Zeus et d'Hera, son épouse. Fière de sa vertu, la reine de l'Olympe supportait mal les infidélités de Zeus, et ses vaines révoltes lui valurent de rudes châtiments. Parce que la fille de Laomédon, Antigone, s'était vantée d'avoir une chevelure plus belle que la sienne, Héra changea sa chevelure en serpents. De même qu'elle ne pardonna pas au Troyen Pâris de lui avoir préféré Aphrodite, lors du fameux concours des trois déesses sur l'Ida, et sa rancune ne fut satisfaite que lorsque toute la race des Troyens eut été anéantie.

 

Toujours selon la légende, les jeux furent créés par le mythique Pélops, qui, pour obtenir la main d'Hippodamie, usa d'un stratagème et tua le père de celle-ci lors d'une course de chars.  Les jeux Olympiques furent donc célébrés pour la première fois en l'honneur d'un roi mort. Ils furent ensuite abandonnés et rétablis plus tard par Héraclès. La date officielle du début des jeux se situe en 776 avant J.C. Cette année-là, Iphitos roi d'Elide, contemporain de Lycurgue, suivant les conseils de l'Oracle de Delphes, réorganisa les jeux pour mettre fin aux fléaux et aux divisions politiques qui dévastaient la Grèce. Cette grande fête sportive, dédiée à Zeus et à laquelle tous les hommes du pays pouvaient participer, avait lieu tous les quatre ans. Ces fêtes Olympiques commençaient avec la pleine lune. Les plaisirs pouvaient donc se poursuivre durant ces nuits de Grèce plus lumineuses que bien des jours nordiques. "Les dieux, disait Pindare, sont amis des jeux". Ceux de Delphes et d'Olympie éclipsaient tous les autres.

 

 

1153220813_g9.jpg  Entrée du stade à Olympie

                                                                    

 

Ni l'or, ni l'argent, ni l'airain ne récompensaient les victoires si vivement disputées. Une couronne de laurier ou d'olivier sauvage était la récompense du vainqueur. Mais, à quelque jeu que ce fût, c'était un insigne honneur de vaincre. Pour le vainqueur lui-même, mais également pour sa Cité. A son retour, on le recevait avec faste, ou lui donnait l'immunité d'impôt et le droit de s'asseoir aux premières places dans les spectacles ; les poètes le chantaient, les sculpteurs reproduisaient son image. Des pères moururent de joie en embrassant leur fils victorieux.

 

La zone sacrée, dite de l'Altis, est délimitée par deux enceintes, l'une datant du IV ème siècle av. J.C., l'autre de la période romaine. Hors de l'enceinte, on passe un portique et un gymnase, puis un palestre avec un portique à double colonnade, le Theokoléon construit pour accueillir les hauts fonctionnaires, un atelier ( ergasterion )où Phidias travailla avec ses élèves. Plus loin, le temple de Zeus, construit en 471 - 456 av. J.C., illustre l'apogée du style dorique. L'intérieur devait être dominé par la statue monumentale de Zeus, une oeuvre de Phidias. Une maquette, à l'entré du musée, permet de se représenter ce que devait être Olympie du temps des Jeux et de l'illustre Phidias. On peut admirer encore l'endroit où brûlait la flamme olympique et le stade où se déroulaient les épreuves. Dans le musée, parmi les magnifiques objets que les archéologues ont pu retrouver lors des fouilles, figure le célèbre Hermès tenant Dyonisos enfant sur son bras, oeuvre attribuée à Praxitèle et dont la beauté vous coupe le souffle. Me revenaient alors en mémoire dans ce site mémorable d'Olympie et après avoir eu la chance d'admirer tant de merveilles, cette phrase de Cicéron :


" Souvenez-vous, Quintius, que vous commandez à des Grecs qui ont civilisé tous les peuples, en leur enseignant la douceur et l'humanité, et à qui Rome doit les lumières qu'elle possède."

  

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Epidaure, le théâtre

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21 août 2011 7 21 /08 /août /2011 07:47
Profil de la nuit, un itinéraire en poésie

 

 

Il y a longtemps que je souhaitais réunir l'ensemble de mes poèmes depuis " Terre Promise"  jusqu'au " Coeur Révélé " dans la perspective vers laquelle ils tendent tous, sans que j'en ai été pleinement consciente au moment où je les rédigeais. J'étais alors motivée par une aspiration qui aimantait mon écriture, tout en provoquant, soit une tension, soit un certain abandon, car en poésie les choses sont toujours téléguidées par l'émotion. Le poète ne cherche nullement à expliquer sa démarche, moins encore à la justifier. Il laisse libre cours à son improvisation, à sa sensibilité, à cette ferveur qui l'invite sans cesse à défricher la nuit pour y découvrir des germes de clarté.

Baudelaire disait que " le poète est un enfant qui se souvient". Je serais plutôt tentée de dire qu'il est celui qui n'en finit pas - non de revisiter son enfance - mais de la ré-inventer. Tant il est vrai que la poésie me parait s'associer naturellement aux origines du monde. Avec elle, on revient en permanence aux sources.

 

Profil de la Nuit regroupe dans une édition soignée, sur papier velin, les poèmes de Terre Promise, du Chant de Malabata et de Je t'écris d'Atlantique, auxquels s'ajoutent ceux de Profil de la Nuit  et du Coeur Révélé avec, au final, une méditation sur la poésie et le pourquoi de la chose poétique.

Aujourd'hui, dans le monde déchiré et chaotique qui est le nôtre, le poète, dont la voix semble couverte par les bruits, a plus que jamais son importance. Supplions-le de vivre, réservons à celui qui se tient chancelant dans le temps fragile la place qui lui revient, ne laissons pas en déshérence un monde sensible que néglige volontiers une époque trop exclusivement guidée par l'essor des nouvelles techniques. Le poète parait, ô combien démuni ! face aux audacieuses convictions des hommes de sciences. Son avenir, si nous lui en accordons un, est d'oser assumer consciemment une fonction ontologique d'expérience de la personne et de réflexion sur l'être, afin de brancher nos lendemains sur une ligne à haute tension.

Mais n'attribuons pas à la poésie plus que ce qu'elle peut donner. Contentons-nous de voir dans le poète un témoin de l'attente et de la présence, un nautonier qui n'a pu assurer le passage, parce qu'il reste l'otage de ses illusions, de ses amours, de ses mirages, de ses doutes et du chant funèbre du désespoir. S'il sait dire la "merveille", c'est peut-être son non-dit qui touche l'âme au plus vif, ainsi que le fait un rêve jamais achevé, un désir jamais assouvi. Pareil à Icare, il prend son envol et se brise les ailes. Son seul don suprême, l'intuition créatrice, l'incite tout autant à s'élever vers les hauteurs qu'à s'incliner vers le sol nocturne et à partager, avec le chevalier à la triste figure, les affres et les douleurs de la condition humaine.

 

Extraits :

 

Le sommeil a posé sur moi son aile tiède,
l'oiseau déserté le chemin où j'avance en grelottant de fièvre.
Ce sont partout des cris éperdus de bêtes traquées dans leur nuit.
Rien ne viendra comme je l'appréhendais.
La vie fut si cruelle à apprendre, la réalité si difficile à accepter.
Je désignerai les emblèmes qui morcellent la terre
et m'installerai avec des gestes de jeune reine
dans la lumière de ce lieu élu.
Partout la voix des morts s'entend encore.
C'est un murmure qui monte et s'évapore avec la buée du clair matin.
Il n'y a plus de ligne pour raccorder le temps, épars comme les eaux.
Aucun reflet ne désigne l'ombre qui s'éloigne et se dissipe.
De la nuit à la nuit,
quelle couche étrangement humaine garde la forme imprécise de l'amour ?

( ... )

Ton ombre est restée prisonnière des saules
dans la nuit musicale où les ténèbres parlent à mon oreille.
Le temps a mis en gerbes ses moissons,
disjoint les pierres qui jaunissent au soleil.
Tout avait commencé, ainsi tout va finir,
le vent comme la pluie scelleront en nos mémoires de tragiques espoirs.
Nous saurons un matin nous éveiller ensemble,
sans rien attendre de l'empire des songes,
nous tisserons notre destin
qui nous fera aigle ou colombe.


 

  Pour se procurer l'ouvrage sur Internet, cliquer    ICI    

 
 

Ce qu'ils ont écrit sur "Profil de la Nuit"

 

" Lire la poésie d'Armelle Barguillet Hauteloire, c'est d'abord se surprendre à remuer les lèvres jusqu'à déclamer à haute voix des séquences de mots et de phrases. Impossible de se contenter de susurrer des textes d'une telle richesse de sonorité et d'images. Dans " Le Chant de Malabata", la grâce est au rendez-vous, la langue retrouve l' inspiration musicale du Cantique des Cantiques :

"Ma fiancée, mon amante, / plus douce à mes lèvres que pulpe de mangue, / plus belle à mes yeux que feuille d'acanthe, / à ma langue plus suave que grain de coriandre... "

Au-delà de" la parole incandescente" de cette musique océane, qui fait de chaque stance une aquarelle de la pensée-émotion, l'auteure nous livre sa vérité sur l'état de ce monde :

" Il y avait eu une fête / et les hommes n'avaient laissé / que des débris de regards et de voix... / ... Ne comptez pas sur moi / pour rire de l'infâme drôlerie des chosesavec déploiements de gorge / gloussements et borborygmes. / N'y comptez pas, l'heure est trop grave".

Imprégné d'une profonde spiritualité, le poète a senti et compris là où le philosophe ânonne et le théologien tâtonne :

" Voilà que le fleuve Espérance s'est tari. / Nos âmes sont sèches et l'eau de l'esprit vient à manquer".

Mais Armelle Hauteloire n'est jamais plus émouvante que lorsqu'elle célèbre l'amour :

" Deviner ton pas quand tu viens, / quand tu pars, le supporter qui s'éloigne, / à chaque instant te découvrir, / te rejoindre en chaque pensée, / dans l'aube qui se défroisse, / ô songeuse espérance, / ne point laisser place à l'angoisse."

Comme elle l'écrit elle-même à propos du poète en général, qui ne cherche pas à " décrire le réel, mais à le faire apparaître autrement", ainsi sa parole "creuse et oscille à la lisière mouvante du visible et de l'invisible". Cela s'appelle la grâce poétique.

 

     Jean-Yves BOULIC    ( Ecrivain, journaliste )

 

                                            Ouest- France du lundi 13 mars 2006


" Le démon ( dans le sens socratique du terme ) de l'écriture a tôt saisi Armelle Barguillet Hauteloire. Son premier recueil de poèmes " Terre Promise" date de ses vingt ans. Dans la suite, des spicilèges poétiques remarqués par la critique et couronnés de plusieurs prix : Incandescence, Le Chant de Malabata, Je t'écris d'Atlantique et Cantate pour un monde défunt. Sans compter, aux éditions Clovis des ouvrages pour la jeunesse et un essai sur Proust ( un second Proust et le miroir des eaux - joli titre ! - est annoncé aux éditions de Paris) .

Le présent recueil, sous-titré Un itinéraire en poésie, rassemble les textes les plus significatifs écrits entre 1956 et 2004. Il permet de mesurer l'élévation de la pensée et la profondeur de la quête, quête de soi, de l'autre ( des autres), de Dieu enfin qui lui donne son sens. Tout du long, un souffle, une vibration. Un rythme parfois haletant que permet l'usage du vers libre et qui rappelle parfois le verset claudélien. Une ferveur qui faisait écrire à Jean Guitton : " J'ai cru relire le Cantique des Cantiques que j'ai tant admiré, aimé. Avec des accents neufs, plus intimes encore."

Si la poésie contemporaine hésite entre pédantisme abscons et mièvrerie, si elle est, pour cela même, réduite à la portion congrue dans les catalogues d'éditeurs et boudée par le public, Armelle Barguillet Hauteloire a l'immense mérite de lui redonner une âme. Elle renoue avec la création au sens le plus noble, consciente que l'expérience poétique et l'expérience mystique entretiennent entre elles des liens de parenté. Car, dit-elle, "on crée moins pour faire une oeuvre que pour être dans la Création". Voilà pourquoi Profil de la nuit vaut d'être savouré et médité. "

 

        P.L. MOUDENC

 

                                     Rivarol du vendredi 28 avril 2006

 

 

Ou plus précisément sur "Le chant de Malabata", épuisé dans les autres collections et repris intégralement dans  Profil de la Nuit.

 

" Ce poème d'une soixantaine de pages, apprécié en 1986 par Pierre Seghers et Jean Guitton, couronné par l'Académie française, a été revu par son auteur. Poésie sans doute mûrie d'expériences - chaque jour Armelle peut écrire face à la mer, la mer inépuisable, passion de son mari breton - lissée, gommée d'échos culturels ou rhétoriques trop voyants. Et si l'on glisse encore sur certains, notre bonheur à lire, à chanter à mi-voix cet Oratorio est déjà là. Quel chant d'amour intense ! Et qui, sinon la Femme, pouvait s'écrier, Vénus cosmique et intime : " Ainsi serai-je sur ta couche, / comme une amphore sur les sables, / inépuisable de promesses. " Si Claudel avait connu Armelle, eût-il donc affirmé : " la femme est la promesse qui ne peut être tenue " ?
Et puisque l'oeil écoute, le texte prend alors toute sa respiration, sobre, suggestif, puissant, déployant son énergie spirituelle pour nous enlever, nous élever, nous ravir. On pense au Poème de l'été de Claudel, cette féminine Cantate à trois voix, plusieurs fois mise en scène en plein air, dans un cadre arboré, c'est-à-dire en situation.
Mais ici le conditionnel n'est pas de mise. Le chant de Malabata est une oeuvre de foi intense. On devine un long travail intérieur, comme d'un bâtisseur de temple. Face à l'auteur, le critique restera toujours profane. En effet, Malabata chante ( son ) épouse, (sa ) soeur. On ne saurait confondre cette "Tant aimée" avec la femme-enfant d'une Invitation au voyage. Une voix aux vibrations mystiques court sans interruption tout au long de ce Chant. Les consonances orientales du nom ( Malabata ) rappellent, avec d'autres occurences, le pathétique Sakountala que Camille Claudel puisa en 1888 d'une légende indienne. Mais :

 

" La voix de ma soeur monte profonde, suave, charnelle.
  Voix si longtemps attendue,douce comme une promesse,
  La folie me saisit et je pleure à l'appel simple de son coeur. "

 

Car le tragique multiplie ses variations : l'amer exil, la solitude... fer de lance sur ma chair, la rupture criée, l'attente d'une muse qui conduise et fleurisse le pas. On y rencontre la fiancée biblique du Cantique :

 

" Ma fiancée, mon amante,
  plus douce à mes lèvres que pulpe de mangue,
  plus belle à mes yeux que feuille d'acanthe,
  à ma langue plus suave que grain de coriandre ... "

 

Des images de sacre, de fête nuptiale, avec chants d'épithalame : " En toi est mon jardin, / en toi est mon enfance ". Puis Malabata se lamente : homme mutilé, il a rendu au Seigneur une épouse " dont la chair comblait sa chair très à vif ". Que reste-t-il au héros, sinon de s'accomplir en " mystiques fusions " ? On croit entendre la Muse qui est la Grâce. L'être féminin supplié n'est-il pas à la fois la Muse, la Grâce, la Sagesse, l'Epouse, la Soeur... l'âme même, cette anima incarnée dans la parabole claudélienne ? Au début était l'angoisse. Vinrent les épreuves, l'amour, la mort. Et voici, après le consentement à l'esprit-amour, où je ne sais quelle Grâce, l'apaisement suprême, dans une sorte d'euphorie finale : " La poésie est devenue ma terre promise. / Mon chant a sur mes lèvres un goût de miel. "
Les connotations le montrent à l'évidence. Armelle fait revivre la fiancée du Cantique des Cantiques. Claudel eût-il aimé cet accomplissement trop parfait, d'ailleurs trop chargé de possessifs ? La pratique poétique peut-elle servir de religion ? Délivrance aux âmes captives ! Oui, mais l'écriture y suffit-elle ? La terre promise, par définition, n'est-elle pas toujours à l'horizon, plus sur le seuil que sur les lèvres ? N'est-ce pas cette incessante épreuve que nous dicte la Fiancée initiatrice quand elle murmure le terrible envoi : " Fuis, mon bien-aimé, fuis " ?
Armelle n'ignore pas cette échelle de Jacob . Déjà, elle a franchi bien des écueils. Suivons-la et nous habiterons ensemble quelque chose - espaces, éléments, êtres... - de cosmique. Ici, nul placage des "Vents " ou des " Amers " d'un Saint-John-Perse. On perçoit le vécu d'une tonalité claudélienne, cette tension et extension de l'être - dans tous les sens du terme. La structure même, d'ailleurs, n'est pas sans rappeler la grande tragédie grecque, dans ses alternances : récitant, choeur, monologue des personnages, stances... Mais ce grec est baptisé. D'emblée le choeur introduit à la dimension primordiale ou biblique :

 

" L'homme leva son visage,
  vit le soleil à son zénith
  et cet éclat le blessa cruellement aux yeux."

 

L'aveugle, ni Oedipe, ni Icare, a compris la loi vitale : " l'essentiel est invisible pour les yeux ". C'est pourquoi il passe de midi - zénith - à minuit, en s'agenouillant sur le sol. C'est pourquoi on entend le chant exploser : " Eclatez frontières, / élargis-toi, terre, / arrondis tes flancs comme une mère puissante ... ". Très vite, le lecteur est entraîné dans la ronde des étoiles et au sein des eaux. Dans ces eaux primordiales où tiennent notre genèse et notre renouveau. L'espace se transforme alors en une énergitique.
Ces chants, éclaboussés parfois de termes exotiques, parfois précieux, font toutefois échapper à la rhétorique des versets, aux grandes houles systématiques. Du cosmique et de l'intimisme à la fois. Les images, les éléments, les mots lourds et charnels sont aussi portés par les creux, les attentes... et soulevés. Par là peut infuser l'Esprit. Par là je puis me laisser atteindre.
Poétesse inspirée et croyante, Armelle a pressenti pour nous l'accession à l'ultime langage. Ce chant, humblement, n'est qu'un seuil. Incessamment, au coeur, se tisse une question, l'essentielle interrogation de notre commune destinée : " vers quelle théophanie ? " 
Ceux qui, nombreux, recherchent la vraie vie, loin des médias, des surfaces - panem et circenses ! - vous remercient Armelle. Nous vous reli (e) rons au quotidien, si nous voulons scander le chant de l'angélus - quand il a résisté aux pétitions citoyennes et vertes de l'anti-bruit. Car votre Oratorio reste avec nous - il se fait tard - moins pour garder mémoire que pour vivre en mémoire.

 

Michel BRETHENOUX  ( Agrégé de lettres, professeur, membre de l'Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Caen, membre de la société Paul Claudel ) )

 

 

" Je dirai l'écho proprement musical qu'a laissé en moi la lecture de ces grands versets où me semble se déployer la genèse de l'homme tout autant que celle du poème. Je vois en MALABATA l'incarnation du Poète au sens grec, celui qui re-crée le monde en le célébrant ".


                                                    Pierre SEGHERS

" J'ai cru relire le Cantique des Cantiques que j'ai tant admiré, aimé. Avec des accents neufs, plus intimes encore " 

                                                   
                                                     Jean GUITTON


" L'auteur n'hésite pas à créer et animer un mythe, comme le fit autrefois Patrice de la Tour du Pin, pour mettre en scène une ascension spirituelle. Elle réussit à gagner ce difficile pari en évitant les écueils de l'emphase et de la sentimentalité. Armelle Hauteloire utilise une langue très musicale d'inspiration classique, sur un ton lyrique et chaleureux". 


                                                     Georges SEDIR

" L'auteur perpétue un lyrisme, un souffle, une anima qui tendent assurément à se perdre dans notre temps d'hyper-intellectualité. Mais j'ajouterai ceci : la qualité pour moi de ce texte n'est pas seulement dans son déroulement harmonieux, mais dans cette sorte de paradoxe que l'élévation de la pensée et du sentiment se garde de déboucher sur un langage trop philosophique et s'accompagne au contraire d'une expression limpide, simple, transparente. Le poète réussit l'équilibre entre la pulsion et l'ordre, la passion et la raison, l'écologie du coeur et l'économie du langage". 


                                                     Guy CHAMBELLAND

 

"Voici construit comme un office religieux avec Prologue, Graduel, Antienne, Stances, Final, le livre sacramentel de l'amour humain, transcendé, magnifié par le chant lyrique du don mutuel, prolongé bien au-delà du temps où il s'accomplit. Car il ne s'agit pas ici d'un recueil présentant des poèmes réunis pour constituer un ensemble, mais d'un ouvrage bâti dans sa totalité sur une ligne de pensée bien établie, sur des données terrestres et métaphysiques qui en constituent, de la première à la dernière page, la trame, l'armature, l'ossature... Ouvrant la porte à une vision plus vaste de l'amour, qui englobe à la fois le vouloir humain et le dessein divin, en une fresque lyrique où " les mots de la tribu " ont pris cette fois encore, leur sens le plus pur et le plus exaltant. "

 

                                                    Jehan DESPERT  ( Les nouvelles de Versailles )



" Il y a dans cette sorte de saga de l'âme quelque chose du souffle qui anime le Lamartine de " La chute d'un ange " mais aussi de la méditation du Vigny de " La maison du berger ", le tout baignant dans un lyrisme proche de St John Perse. Parfois, l'auteur a des accents de ferveur dignes du " Cantique des Cantiques " et il faut la louer à une époque où l'érotisme le plus vulgaire envahit tout, d'avoir su évoquer la rencontre de Malabata et de la Femme avec une admirable pudeur. C'est elle qui donne la vision d'un amour nouveau, en invitant l'homme et la femme à dépasser ensemble " leurs visions éphémères ". Et cela donne naissance à cette magnifique recréation de la salutation angélique que je tiens pour ma part pour un des points culminants du livre. Oui, ce poème révèle une grande élévation de pensée, une spiritualité profondément inspirée, servies par une sensibilité qui se traduit, à la fois, par la musique des vers et par le foisonnement des images, nouvelles et belles. "

 

                                                    Raoul BECOUSSE ( poète, écrivain et critique )



"Nous sommes très loin ici d'un divertissement léger ou précieux. LE CHANT DE MALABATA est parole inspirée, haute incandescence, rumeur de ciel entrouvert (... ) Par quelle intuition profonde, éblouissante, Armelle Hauteloire a-t-elle pu exhumer ce chant d'amour somptueux qui ressemble à une épopée de l'âme humaine ? La grâce est au rendez-vous de sa poésie. Sa langue rejoint celle du Cantique des Cantiques et du Château de l'âme de Thérèse d'Avila. Lisez ce grand texte à haute voix. Tendez l'oreille. Sa musique vient de très loin." 

 

                                    Jean-Yves BOULIC  ( journaliste à Ouest-France et écrivain )

 

"En main vos ouvrages. Restez personnelle si cela fait partie de votre inspiration. Surtout si cela doit donner d'aussi beaux fruits que LE CHANT DE MALABATA et CANTATE POUR UN MONDE DEFUNT. Ils sont parfaitement contenus par la mesure et l'élévation du ton, avec ces accents contemplatifs, ce mouvement inflexible - qui empruntent par moment à l'épique - les purifient du rauque accent personnel. Au demeurant, la poésie peut être élégiaque ou rester au bord de l'élégie, avec plus ou moins de saisons et d'oiseaux migrateurs. C'est un genre à part entière de grande mémoire. Nos joies et nos peines méritent d'être exhaussées. Par le rythme réglé sur le sentiment qui nous apprend à être triste. L'esprit dominant toujours comme un bon navire sur la vague. Par l'espérance aussi qui nous prépare à être des enfants de la Promesse. La poésie peut être prise de nostalgie pour reconstituer le mythe primitif, en deçà de la diaspora des formes culturelles. Affaire d'équilibre. Les dangers (dont vous êtes heureusement indemne)  : sans doute la confusion, la capture". 


                                                        Francis JACQUES

                                    (Professeur émérite à la Sorbonne - Philosophe )
 

" La nuit, les peurs enfantines, le vent, l'éclair, le foyer clos, la luxuriance des sèves, les parfums entêtants inspirent Armelle Hauteloire. Elle est le poète des sensations, des mouvements, des chuchotements à  " quelque oreille si réellement cosmique et attentive". De Terre Promise ( 1959 ) à Incandescence ( 1983 ) et Le Chant de Malabata ( 1986 ) un sens éveillé de l'accueil des choses dans un lyrisme envoûtant".  

 
                                                        Robert SABATIER

                              (  Histoire de la Poésie française - XXe siècle - Tome III )

  

Ce poème a fait l'objet d'une lecture sur Radio-Courtoisie dans l'émission de Pascal Payen-Appenzeller et d'un spectacle au château du Barry de Louveciennes en 1986

Poème cité dans l'oeuvre du philosophe Francis Jacques " L'arbre du texte " ( Vrin 2007 )

 

Profil de la Nuit - Collection L'Etoile du Berger - Ed. Atelier Fol'Fer - Novembre 2005 

 

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Profil de la nuit, un itinéraire en poésie
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25 juillet 2011 1 25 /07 /juillet /2011 09:48
La philosophie rend-t-elle sage ?

 

Avant même de nous poser la question : la philosophie rend-t-elle sage, demandons-nous d'abord : qu'est-ce que la philosophie ?  Le mot philosophie vient du mot grec philosophos qui signifie ami de la sagesse. Le philosophe est donc quelqu'un qui, sans  être à proprement parler un sage, aspire à la sagesse, car il y a un pas entre être sage et désirer le devenir. D'ailleurs Pythagore ne disait-il pas : il n'y a qu'un sage : Dieu. La recherche de la sagesse est donc à l'origine de la philosophie qui est l'art d'appréhender le monde et l'être par la voie de la raison. Les premiers philosophes ambitionnaient le savoir total. Démocrite écrivait non sans audace : "Je vais parler de tout ". Et Aristote lui-même n'avait-il pas inclus dans son oeuvre, la logique, la rhétorique, une théorie sur l'univers, une physique, un traité de l'âme, une morale, une poétique et une étude de l'être, sans oublier une histoire des animaux ? Cette prétention au savoir universel, qui pourrait nous sembler prétentieuse aujourd'hui où la connaissance s'est considérablement enrichie des acquisitions nouvelles des sciences et techniques, avait néanmoins une motivation respectable : la passion de s'informer et de comprendre afin de mieux éclairer sa conduite et de vivre, non dans l'illusion, mais à partir d'une conception exacte des biens et des maux et selon une attitude empreinte de raison et de réflexion.

 


La philosophie, contrairement à la science, s'intéresse donc principalement aux réalités qui ne sont pas d'ordre matériel, ne sont saisissables que par l'intelligence : le vrai, le bien, le juste - et en règle générale ne tombent pas sous le sens : à l'homme par la psychologie et la morale, à la transcendance par la métaphysique. Le philosophe s'est de tout temps consacré à la découverte de ce qui est au-delà des apparences. Il a voulu savoir ce que les choses sont en elles-mêmes et sa question fondatrice fut celle-ci : qui sommes-nous et pourquoi sommes-nous ?  Tant il est vrai que la philosophie est le lieu d'une réflexion, d'une interrogation sur le sens de la vie, les buts à atteindre, les situations à anticiper , les conséquences à prévoir, les solutions à trouver, les décisions à prendre, et, également, sur la valeur de nos actes, le bien et le mal, le droit, la liberté, la justice. Pourquoi la vie ? Pourquoi la mort ? En quoi consiste le bonheur ? Il est de notre dignité de les poser et de tenter d'y répondre ? Si Pascal a parfois dénoncé la vanité d'une certaine philosophie, il a su choisir les termes qui exaltent la grandeur de l'homme qui, se sachant mortel, s'interroge à ce sujet.

 

 

Instruit par les leçons du passé, le philosophe contemporain est plus que jamais conscient qu'il ne pourra jamais prétendre à la construction d'un système absolu. A ce propos Jaspers n'a pas hésité à écrire qu'en philosophie les questions étaient plus essentielles que les réponses, parce que chaque réponse était en quelque sorte une nouvelle question et comme aucune réponse ne pouvait s'octroyer le pouvoir de satisfaire tout le monde, elle ne devait en aucune façon s'imposer au terme d'une démonstration péremptoire. Pour philosopher, il est donc nécessaire de poser pour principe que tout n'est pas de l'ordre du démontrable et que, sans la sagesse, l'homme s'égare ou, pire, se perd et s'arroge ainsi le triste privilège de se faire le complice d'une défaite de l'intelligence, tant le domaine de l'évidence intellectuelle est étroit. S'arracher à la subjectivité pour atteindre l'objectivité est sans doute le seul moyen d'exercer notre jugement critique de la façon la plus probe. Mais l'objectivité est-elle possible ? Dans la pratique du jugement, il est important de distinguer ce qui sépare le croire du savoir, car ce que je crois n'est pas obligatoirement ce que je sais. Le savoir définit ce dont nous sommes intellectuellement certain, alors que le croire sous-entend une part de foi et de confiance. Or l'amour, qui conduit à la sagesse, n'est-il pas la démarche qui implique autant d'intelligence que de coeur, de discernement que d'intuition ? Nous voyons qu'il serait hasardeux de s'en remettre à  la seule raison, puisqu'à l'évidence il n'est pas nécessaire de comprendre pour croire et de croire pour comprendre...

 

 

Et puisque nous nous interrogeons sur la vérité, ne serions-nous pas avisés en supposant qu'en ce monde nous ne l'atteindrons jamais ? D'ailleurs l'enseignement commun de toutes les grandes philosophies est d'avoir placé la recherche de la vérité dans la vie terrestre, mais sa possession dans l'au-delà. Nous nous doutons bien que le meilleur des mondes proposé par Aldous Huxley est une utopie et que le bonheur n'est pas quantifiable, que ce souverain bien n'est accessible que dans l'ordre de l'amour. Or la sagesse procède de ce bonheur- là, c'est-à-dire d'une connaissance vraie, d'un affranchissement de la connaissance approximative et immédiate. Si l'intelligence ne doit jamais abdiquer, car ce serait indigne de l'homme, l'amour ne doit pas faillir, car ce serait indigne de l'espérance qui est au coeur de la plupart de nos actes.

 


Il est courant de dire de nos jours que le monde compte plus de savants que de sages, l'homme moderne s'étant peu à peu éloigné de ce qui est inhérent à la sagesse, la vertu. La philosophie de ce début de XXIe est davantage une philosophie du rationnel que du spirituel, de l'inquiétude que de la tranquillité, alors même que ce ne sera que dans une forme de vie contemplative que l'on parviendra tout ensemble au bien et au bonheur. A la quête de la sagesse, étroitement liée au bon usage des vertus, s'est substituée celle des plaisirs, de la consommation immédiate, des intérêts particuliers, du bien-être de l'individu plutôt que de la plénitude de la personne. Soyons-en conscients et n'attribuons pas à la raison tous les pouvoirs. Nous savons qu'il y a dans l'univers, autant qu'en nous-même, une part immense de mystère que notre intelligence seule ne parviendra jamais à dévoiler. Aussi posons-nous cette autre question : et si l'amour était l'intelligence suprême, autant que la sagesse suprême ? Ce ne serait donc pas l'exercice de la philosophie qui rendrait sage, mais l'amour, ce don invisible... C'est pourquoi la philosophie reste, comme on l'a dit souvent, un non-savoir, le désir d'une participation humble et partielle à une sagesse, dont la source est intime ( et approchable que dans cette intimité) et vers laquelle l'homme de bonne volonté ne cesse de tendre.

 

 

 Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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25 juillet 2011 1 25 /07 /juillet /2011 09:14

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Curieusement étiqueté "roman", C'est une chose étrange à la fin que le monde * n'a pas davantage le souci d'être un essai. Jean d'Ormesson nous livre, avec sa faconde habituelle, dans un style agréable, les réflexions d'un octogénaire sur la vie, la place de Dieu et la progression de la science. Comprendre, c'est remonter aux origines - explique-t-il d'emblée. On ne saurait lui donner tort. Il s'identifie à Thésée pour suivre "le fil du labyrinthe" et nous raconter, au final, une merveilleuse histoire : la disparition des dinosaures, les vallées fertiles des civilisations de l'Antiquité, l'astronomie, les idées platoniciennes et aristotéliciennes, les découvertes de Linné. L'auteur s'avère être un démiurge. Oui, en quelque sorte, il rédige le roman du monde, en explique la marche dans un ouvrage qui échappe aux conventions, reprenant le questionnement déjà en filigrane dans ses livres précédents : D'où venons-nous ? Où allons-nous ?  et, selon l'énoncé de Leibniz, "Pourquoi y a-t-il quelque chose au lieu de rien ?", titre de son second chapitre, jetant un regard non dénué d'aménité sur la vie qui l'a particulièrement choyé - reconnait-il - et sur la condition humaine capable de produire des êtres vils et cruels mais également des artistes incomparables et des savants en mesure de s'interroger sur l'univers qui les a engendrés.

 



Derrière l'historien et le philosophe, qui ne cesse de pointer son nez, il y a  le fin lettré, l'amoureux fou de la littérature. L'écrivain nous rappelle à bon escient qu'Homère fut le plus grand des poètes. Il a également la bonne idée d'opposer les découvreurs aux inventeurs. Dans le camp des premiers : Copernic, Newton, Einstein. Parmi les seconds : Virgile, Dante, Michel-Ange, Mozart, Baudelaire. Et Proust, bien sûr. Il cite Hamlet : Il y a plus de choses dans le ciel et sur la terre que n'en rêve votre philosophie. Mais, encore plus inépuisable, invraisemblable, que tous les romans, il y a le monde.  

 

 

Pour Jean d'Ormesson, seuls comptent l'art et la science. Et deux questions priment : Dieu existe-t-il ? Qu'y a-t-il après la mort ?  Il s'abandonne aussi aux sentiments qui lui sont les plus doux : admiration, gratitude, gaieté. Sa sagesse nous apaise. Le passé s'éclaire à mesure qu'il s'éloigne - écrit-il. Alors soyons patients. A la fin, les secrets du monde nous seront révélés. Pour procéder à cet interrogatoire sur les questions primordiales, l'auteur n'a pas hésité à convoquer Dieu, Lui-même, qu'il nomme le Vieux. La mort, un commencement ? - se demande-t-il - cédant à une longue réflexion sur la nature du temps. Quant à Dieu - écrit-il - s'il n'existait pas, personne ne croirait en une vie éternelle. D'autant que la cosmologie moderne nous donne des raisons d'envisager une transcendance, ayant découvert  que l'Univers avait été réglé d'une façon extrêmement précise qui favorise l'apparition des étoiles. Hors, par leur alchimie nucléaire - explique l'astrophysicien Trinh Xuan Thuan - ces étoiles ont ensuite fabriqué les éléments chimiques lourds, nécessaires à la vie et à la conscience. En d'autres termes, l'existence du vivant est inscrite dans les propriétés de chaque atome, étoile et galaxie, et de chacune des lois qui régissent le cosmos. Si certaines propriétés de l'Univers étaient un tant soit peu différentes, personne ne serait là pour en parler et s'interroger à ce propos, comme le fait Jean d'Ormesson pour notre plus grand plaisir.

 

 

Ainsi, dès le début, l'Univers contenait en germe les conditions requises pour l'émergence, non seulement de la vie, mais de la conscience. Ce réglage savant est-il dû au seul hasard ? Ou bien résulte-t-il d'une nécessité ?  La science, dans l'état actuel des choses, est dans l'incapacité de trancher entre ces deux propositions. Toutes deux sont également possibles bien qu'encore invérifiables. Dans l'hypothèse du hasard - précise Trinh Xuan Thuan - il faudrait postuler l'existence d'une infinité d'univers parallèles au nôtre, ce que l'on appelle un "multi-univers". Une majorité de ces univers parallèles ne posséderait pas les conditions physiques nécessaires pour héberger la vie et la conscience et serait vide et stérile, sauf le nôtre où, par hasard, la combinaison gagnante est sortie, et nous serions alors, en quelque sorte, le gros lot.

 



Par contre, si on écarte le hasard et la théorie des univers multiples, qui sont invérifiables par l'observation, il nous faut parier, comme Pascal, sur un principe créateur qui a réglé l'Univers dès son commencement. C'est cette seconde solution que choisit Jean d'Ormesson dans "C'est une chose étrange à la fin que le monde". Il parie sur Dieu car : " L'homme a besoin de sens et d'espérance comme il a besoin d'eau, de lumière ou d'air". On pourrait ajouter qu'en observant l'architecture majestueuse des galaxies, l'harmonie et la beauté qui règnent dans la nature, on se prend à douter que tout cela soit le fruit de ce seul hasard. L'écrivain confesse qu'il a écrit ce livre pour tenter "d'inverser le mouvement et de donner ses chances à Dieu dont il est aussi impossible de prouver l'existence que la non-existence". En cherchant cette illumination intérieure, il nous communique une sérénité qui nous est d'autant plus salutaire que le monde, en proie à ses doutes et à ses convulsions, ne nous y incite guère. Un livre à recommander à tous ceux en quête de sens et d'intelligence et que cette fresque, qui ne couvre pas moins de 13,7 milliards d'années, ne pourra manquer de séduire.

 

*  Ed. Robert Laffont - 318 pages - 21 euros

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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24 juillet 2011 7 24 /07 /juillet /2011 07:47
Saint-Barthélémy

Saint-Barthélémy

 

Juillet 1989

L'année dernière, je vous contais ma première Manche, cette année je vous écris d'Atlantique. Pas celui qui baigne les côtes de Belle-Ile, mais celui qui étreint Marie-Galante, à l'autre bout de l'horizon, dans ce semis d'îles dispersées comme un vol d'oiseaux dans l'immensité turquoise. La Guadeloupe, les Saintes, je connaissais déjà. J'y étais allée en 1982 ainsi que l'on va quelque part ( lorsque l'on parle de tourisme). Aujourd'hui, c'est autre chose : je pars ailleurs, car en bateau, à la voile, au grand largue, au grand large. Découvrir une île à pied, à cheval, en voiture, est une aventure tout autre que de l'approcher par mer, de la voir naître et se dessiner à la façon d'une esquisse, d'un mirage, ou d'une vision qui vous subjugue. On a l'impression non d'aller à elle mais de la voir venir à nous, frissonnante de toutes ses palmes, couronnée d'un dais de nuages, cerclée d'un anneau de sable blanc

        .
Notre First 325 nous attendait ce samedi 15 juillet à la Marina de Point-à-Pitre. Une journée au port pour l'avitaillement, mais à notre étonnement, notre agence de location ne se met guère en frais pour nous accueillir et nous familiariser avec le bateau. La marina n'offre, quant à elle, qu'un confort succinct. Des douches certes, mais une grande surface mal achalandée en fruits et légumes. Nous nous contentons de faire le plein en eaux minérales et en produits de base. Dès le surlendemain lundi, nous appareillons. Les amarres sont larguées, le quai s'éloigne. Dès la sortie de la passe, nous ratons une bouée rouge ( système B international inversé). La quille flirte quelques instants avec le sable à notre vive inquiétude car les fonds, ici, passent très vite de 7m50 à 1m20, aussi virement de bord sur la cardinale nord que nous n'avions pas vue afin de nous retrouver dans la bonne direction. Bientôt le chenal ouest s'ouvre, l'île Cochon sur tribord, Caye Plate et Mouchoir Carré sont en vue. Il est temps de stopper le moteur. Face au vent, la grande voile se hisse avec un plaisir retrouvé. La mer est assez formée. Nous prenons le foc n°2. Et soudain, c'est le silence, avec le seul  feulement de l'eau sur l'étrave. Cap sur les Saintes. Tandis que nous longeons la côte de Basseterre,  nous voyons au loin se profiler, radieuses dans la claire lumière, les croupes vertes et bosselées de l'archipel et, plus loin encore, devinons Marie-Galante, l'île au rhum. A éviter, les deux baleines mal signalées qui moussent entre l'île Cabrit et la Terre d'en Haut. Enfin nous approchons assez pour apercevoir le charmant bourg avec ses toits rouges entourant le clocher et le célèbre amer de la maison en proue de navire. Notre bateau contourne le Pain de Sucre pour mouiller dans l'anse à Cointe, entre la plage du Bois-Joli et celle autrefois sauvage ( elle l'est un peu moins aujourd'hui ) qui s'ouvre, ainsi qu'une porte à double vantaux, sur les deux côtés de la mer. Premier bain tant attendu, car je m'étais promis de revenir un jour ici. C'est chose faite. Quelques maisons supplémentaires trouent la verdure mais, malgré elles, les Saintes conservent leur beauté et leur charme. Même animation dans le village de poupée qui ressemble au royaume des sept nains de Blanche-Neige. On a le sentiment qu'il doit être plus facile ici qu'ailleurs de prier dans la petite église pimpante et que le cimetière - semblable à une plage de sable où se seraient rassemblés les plus beaux coquillages - doit vous assurer la paix pour l'éternité. 

 
20/7 - Départ à 9H - 16° nord - 63° ouest. Alizés force 4. Brise légère. Le soleil commence à monter. Nous levons l'ancre. Cap au 322. Nous nous dirigeons vers Vieux-Fort. En réalité nous irons mouiller à Rivière-Sens. La traversée sous voile s'effectuerait aisément si nous n'essuyions un grain blanc, qui nous procurera de fortes rafales (35-40 noeuds). Brutalement le nuage crève, la visibilité devient extrêmement réduite. Parler de grain blanc est une expression juste, car l'horizon sur 360° se crible de mitraille de pluie qui confond en une unité aquatique ciel et terre. Tout siffle, souffle, crépite durant quelques minutes  interminables. Après que nous ayons bagarré avec le réglage des voiles, les choses s'apaisent. Les nuages, qui déboulaient de la Soufrière, s'en vont porter leurs grains ailleurs. Il est 10h30. Nous sommes en vue de la passe de Rivière-Sens. Une jetée de pierres sombres, un phare à sa mesure nous indiquent la chicane à prendre pour entrer dans ce mouillage. Il est utile de viser le milieu du chenal, car les fonds sont réduits ( 2m50 à 3m environ ). La marina n'offre que deux places libres. Nous choisissons celle qui se trouve entre un vieux bateau de pêche et un cruiser redondant, hérissé d'antennes. Par chance, un branchement d'eau à quai, juste devant nous, nous permet de nous rafraîchir, car la chaleur est particulièrement torride et la bâche, sensée nous tenir lieu de taud, n'est pas adaptée au bateau.
Quelques minutes ont suffi pour que surgisse un nonchalant galonné. C'est sûrement le grand chef de la capitainerie... En effet, il nous donne les consignes à suivre pour passer au bureau du port remplir les formalités ( à l'évidence, ils ne sont pas encore mûrs pour le marché commun de 1993). Avons-nous des douches ? Oui, mais elles sont en panne. Y a-t-il du fuel ? Normalement oui, mais la première station est fermée aujourd'hui et la pompe du port a été dévalisée par un bateau américain qui, le matin, a pris plus de 1000 litres. Cela commence bien. A la capitainerie, après avoir rempli les formalités d'usage, nous devons revenir après le déjeuner pour payer, car la personne qui encaisse s'est...absentée. A 15 h, puis 16h, elle n'est toujours pas revenue. La sieste doit être bonne. Nous réglerons notre dû à un employé blasé qui condescendra à encaisser notre monnaie. Pas non plus de ravitaillement à la marina. Heureusement pour nous, le stop existe et trois jeunes gens nous embarquent à bord d'une vieille peugeot  bringuebalante avec notre jerrycan pour le plein à la station du Vieux-Fort. Puis ils nous déposeront devant le supermarché, nous attendront et nous reconduiront à la marina. Cela, c'est de la complaisance gratuite dans la bonne humeur. Il est réconfortant de rencontrer autant de gentillesse et de désintéressement. Aux Saintes, on nous avait dit que Rivière-Sens était l'une des meilleures marinas de la Guadeloupe. Nous restons sceptiques et nous demandons ce que doivent être les autres.  En vérité, vive les mouillages forains !


21/7 - 8h15, aidés de la bourrique, nous mettons en marche pour assurer la sortie. Nous prenons la route cap au 13 avec une vitesse de 5 à 6 noeuds sous grand voile et génois en direction de l'anse Deshaies. Vieux-Port s'éloigne. Nous longeons la côte sous le vent, donc peu de vent. Nous ferons pas mal de moteur sous grand voile, ce qui nous permettra de recharger batteries et frigidaire. 21 miles parcourus par temps de demoiselle avec de jolis paysages, de beaux reliefs d'un vert intense parsemés, ici et là, par les efflorescences purpurines des flamboyants. Il a beaucoup plu, nous a-t-on dit, cette année, d'où la luxuriance et l'éclat des fleurs. Nous sommes enclins à le croire car nous constatons que nous sommes gratifiés de pas mal d'ondées et de vent. A 13h45, nous obliquons sur l'anse, après avoir laissé loin à bâbord l'île Pigeon. Splendide spectacle que celui de ce village de pêcheurs typiquement africain, bordant la courbe douce de sa plage, avec des maisons claires encadrant son église telles que les dessinent les enfants de la maternelle. Quelques cotres et sloops se balancent au mouillage. Nous prenons le nôtre : 4m, 3m50, 3m, on jette l'ancre.
Le soir, nous décidons de nous offrir un dîner au bistrot du port. Une fringale de poissons et une pépie de ti-punchs nous ont saisis. Au retour, ciel criblé d'étoiles, clapotis mélodieux des vagues qui viennent mourir sur les carènes. Nuit admirablement lustrée où les astres voguent ainsi que des parcelles de lumières oubliées dans l'infini.


22/7 - Au réveil, surprise ! Notre annexe a disparu. Il est vrai que l'on a omis de nous remettre la chaîne et le cadenas que, prévoyants, nous avions demandés au départ. Par chance, le propriétaire d'un bateau voisin accepte de conduire l'un d'entre nous au village, d'où il téléphonera à notre agence de location. Nous ne sommes qu'à 43 km de Point-à-Pitre. Dans la journée une autre annexe nous est livrée qui, quant à elle, nous réserve un autre genre de surprise. L'un des boudins se dégonfle à vue d'oeil et on a simplement oublié de joindre les pagaies. Heureusement, il nous reste le moteur  et puis, comme nous le dira plus tard avec ironie le responsable de l'agence ( on comprend après cela l'engouement de nombreux plaisanciers français pour le sérieux des compagnies de location américaines), si le moteur était tombé en panne, vous pouviez toujours ramer avec les mains... Ah ces latins !

 

24 / 7 -  Réveil à 6h. La météo n'est pas mauvaise. Mer agitée et onde tropicale en formation. Houle annoncée de 2m-2m50. Nous quittons l'anse au moteur pour nous positionner au vent et hisser la voile. Parés pour la traversée. Test du bateau et de l'équipage. Là, nous prenons vraiment la mesure de la mer. Cap au 327-331 pour tenir compte du vent et de la houle 3/4 arrière. A peine avons-nous effectué quelques miles - nous en avons 33 jusqu'à Montserrat - que le vent force et que la mer, très formée, rend la barre dure mais toujours manoeuvrable (phénomène des canaux). Le bateau se comporte bien, le barreur négocie les vagues qui s'abattent par rangs de trois, avec adresse. Nous filons à la vitesse de 5 à 6 noeuds malgré un ris et vivons quelques belles émotions à tanguer ainsi, par cette allure grand largue, à la limite parfois du vent arrière. Montserrat nous apparaît aride après la verdoyante, la fastueuse Guadeloupe. Une île pelée sans attrait particulier, offrant pour mouillage l'abri d'un débarcadère qui porte le nom présomptueux de Plymouth. Une sorte de décharge ingrate où rien n'a été prévu pour l'accueil des bateaux de plaisance venant de la Guadeloupe et faisant route vers Nevis, St Kitts et surtout St Barthélémy. Quelques maisons sans grâce, une jetée faite d'un assemblage grossier de roches, des toits en tôle ondulée, une morne vision de ces Antilles qui ont bercé nos rêves. Il nous faut cependant rester un après-midi, une soirée et une nuit sur ce mouillage rouleur, en espérant que la météo de demain matin nous permettra de poursuivre notre route vers Nevis. A terre, nous nous acquittons des formalités sous une chaleur écrasante, dans la torpeur poussiéreuse des quais où, visiblement, on n'attend guère ceux qui, par malchance, y font escale.


25/7 - Bonne traversée jusqu'à Nevis qui signifie neige. Cette image s'étant imposée à Christophe Colomb lorsqu'il découvrit l'île avec son volcan éternellement encapuchonné de nuages blancs. Cap 330 en laissant sur tribord le gros rocher de Redonda d'environ 2km2,  aride et battu par les vents, revendiqué par un certain irlandais pour son fils qu'il avait déjà surnommé Felipe Ier. L'histoire n'eut pas de suite. On s'en doute. 35 miles en six heures, à une moyenne de 5 noeuds et un vent d'est moins fort que la veille, nous menant grand largue. Vue de loin, Montserrat prend une allure plus imposante, tandis que se profilent déjà les côtes de Nevis.  Après avoir contourné le Fort Charles, nous voyons apparaître le petit port de Charlestown et ses modestes installations : une seule jetée où se trouve amarré un splendide 4 mâts- école. A l'ouest de cette digue, réservée à l'usage des vedettes et des bateaux de commerce, le mouillage est laissé libre aux plaisanciers qui ont loisir de jeter l'ancre où bon leur semble dans cette baie assez bien protégée, face aux simples et typiques maisons de pêcheurs qui bordent le littoral.
Plus à gauche, au-delà d'un hôtel bleu turquoise d'un détestable mauvais goût, qui évoque le temps où les ladies anglaises venaient prendre les eaux à Nevis, s'étend à perte de vue une immense plage, frangée de plusieurs rangs de cocotiers, qui s'adosse à la montagne et va se perdre au loin dans un halo de palmes qu'agitent faiblement les alizés. Nous ancrons à quelques mètres du rivage, alors que des pélicans rasent les eaux de leur vol puissant, si différent de celui élégant et gracieux du paille-en-queue. A Charlestown, nous trouverons presque tout, une fois que nous aurons accompli consciencieusement aux douanes, puis à la police, les formalités obligatoires : du carburant, un marché pas trop mal achalandé en fruits et légumes, plusieurs superettes, enfin de l'eau - certainement pleine de propriétés extraordinaires - mais affligée d'une odeur d'oeuf pourris ( comme toutes les eaux sulfureuses) qui empoisonnera les 200 litres de notre réserve pour le restant de la croisière. A part cela, la ville a beaucoup de caractère, un charme désuet qui allie celui de la flibuste à un passé colonial encore proche. Alexander Hamilton, principal rédacteur de la Constitution américaine et proche collaborateur de George Washington, naquit ici en 1755 ainsi que l'épouse de Nelson, au temps d'une splendeur à jamais perdue et dont les traces, encore visibles par instant, entretiennent juste ce qu'il faut de nostalgie.

 

27/7 - Les plus belles heures se payent chères. C'est la rude loi de la navigation. Aux innombrables corvées, aux risques de vols, aux traversées mouvementées, aux incidents divers, aux coups de chien s'ajoute parfois une panne de moteur. C'est ce qui vient de survenir en ce début d'après-midi, alors que nous nous apprêtions à aller mouiller un peu plus loin, face à la montagne, au bord de la plage solitaire, dans ce décor d'où est absent tout signe de civilisation et où des ibis blancs s'ébattent dans un marigot. Demain, probablement, l'adorable île de Nevis ne sera plus ce qu'elle est encore aujourd'hui.... si vraie, si authentique. Ici et là, on construit, on échafaude. Le tourisme pointe son nez avec ce que cela suppose de facilités relatives et d'immenses désagréments. Mais voilà le moteur se refuse à démarrer. Batteries à plat. Aurions-nous trop abusé de la voile ? En fait non, les bateaux loués sont souvent révisés avec trop de légèreté et de plus le branchement de nos batteries a été inversé. Nous en sommes quitte pour le déplacement d'un mécanicien du cru et une journée de perdue.

 

29 / 7 -  Réveil à quatre heures et demi et départ à 6h. pour la plus longue traversée de notre voyage : Nevis - St Barthélémy. La météo difficilement captée ( cela arrivera souvent) sur le petit poste que nous avons eu la bonne idée d'emporter ( ainsi que des lampes torches et une lampe tempête) - nous annonce un temps sans surprise, une mer agitée et bien formée, ce qui s'avère exact. Quatre à cinq noeuds de moyenne puisque, par prudence,  Yves étant le seul homme opérationnel à bord, nous avons gardé un ris. Route par les Narrows, cap 352 sur Major Baie, puis 57 sur la pointe ( alignement sur Mosquito Bluff), ensuite 350 sur St Barth. Toujours vent d'est de travers balançant agréablement le bateau sous une pluie de feu entre 11 et 15 heures. Nous longeons la partie est de l'île de St Christopher( St Kitts). Sauvage et âpre au sud, elle devient sur son flanc nord-est verdoyante et grasse, rappelant davantage les côtes irlandaises et leurs verts pâturages que les Caraïbes. Belles prairies se lovant paresseusement au-dessus d'une côte rocheuse bien découpée. Puis, au loin apparaît à bâbord St Eustache et, devant l'étrave, l'ébauche de St Barth. L'approche est magnifique mais délicate. Joliment dessinée, elle est entourée de nombreux rochers, tels le Pain de Sucre et les Saintes, ce qui n'est pas sans évoquer des souvenirs - et c'est vrai que ces reliefs verdoyants, souplement arrondis, évoquent l'harmonieuse géographie du célèbre archipel. Fatigués par nos huit heures de mer et nos 40 miles, nous préférons, pour le premier soir, un ancrage tranquille dans la petite baie de Corossol.
On nous avait beaucoup parlé de St Barth. Des navigateurs rencontrés dans les ports nous répondaient, lorsque nous les questionnions sur cette île, d'un air blasé : ça pue le fric ! Ce n'est plus ce que cela a été ! Vraiment rien n'a été prévu au port pour les plaisanciers ! Je n'y avais encore jamais accosté, mais je tiens à donner mon humble témoignage. St Barthélémy est une île ravissante, parfaitement accueillante, qui fait honneur à la France. Ce que devait être autrefois, à quelques détails près, St Tropez au temps où Colette écrivait " La naissance du jour" et où son ami Dunoyer de Segonzac peignait les pinèdes qui n'étaient pas encore ravagées par les flammes. Quand on connaît Monte-Carlo ou Marbella, dire que St Barth pue le fric est à hurler de rire. Bien sûr, il y a quelques jolies boutiques, des maisons coquettes mais jamais tapageuses, de riches hôtels mais la plupart du temps discrets, un art de vivre bon enfant, un charme irrésistible. Non, St Barth n'est pas une femme fatale, seulement une belle fille saine qui a le souci de plaire.

 

30/7 - Dès notre lever, toujours de bon matin, nous décidons - puisqu'il y a beaucoup de places disponibles - d'aller nous mettre à quai dans la marina. C'est chose faite en une demi -heure et nous voilà bien placés dans le décor du port de Gustavia, tant célébré par les cartes postales, avec son harmonieuse succession de volumes, ses maisons aux toits verts et rouges, ses quais bordés de boutiques et de cafés et les voiles au large. Tout est serein et calme car nous sommes à la morte saison. Il nous semble que l'île nous appartient. Les restaurateurs sont aux petits soins et, par ailleurs, un plaisancier trouve en ce lieu béni tout ce qu'il peut souhaiter : ravitaillement en eau ( il suffit de demander la clé à la Capitainerie pour que le tuyau vienne emplir votre nable pour une somme dérisoire), carburant, choix important de fruits et légumes et même de viande, ce qui nous change de nos boîtes de corn-beef - installation sanitaire correcte et propre de surcroît. Puisque nous avons l'intention de séjourner ici quelques jours, nous louons une Susuki afin de faire le tour de l'île, car la chaleur ne permet pas de crapahuter à pied. Chaque tournant nous dévoile une vue pittoresque. Ce n'est qu'une suite de collines, de vallées, d'anses, de plages nacrées, le tout cerné par l'anneau émeraude de la mer. Un chef-d'oeuvre de la nature, une sorte de variation symphonique bien tempérée.

 

2/8 - L'onde tropicale, qui s'annonçait depuis plusieurs jours, se précise. En fait d'onde, on parle ce matin à la Capitainerie, où nous allons nous enquérir de la météo, de tornade cyclonique. Elle est prévue pour la nuit prochaine et le responsable du port nous suggère de partir dès maintenant, car Gustavia n'assure pas un ancrage suffisamment protégé en cas de tempête. Bonne route jusqu'à Simsonbaaï à l'île Saint-Martin où on nous a conseillé de nous réfugier. Ce conseil a dû être donné à beaucoup d'autres navigateurs car, à midi, ce sont déjà plusieurs dizaines de bateaux qui stationnent ou font des ronds dans l'eau, en pleine canicule, en attendant la levée du pont qui leur permettra d'entrer dans le lagoon. Nous jetons l'ancre et déjeunons, tandis que l'affluence s'accroît. Nous nous approchons pour prendre rang. C'est alors la grande pagaille. Dans ces cas-là, hélas ! la courtoisie marine ne paraît plus de mise. Quand le pont se lève enfin à 17 heures, c'est la ruée de 200 bateaux, un infernal entremêlement de coques, d'étraves qui se heurtent - certaines annexes sont littéralement broyées- et la panique est bientôt à son comble... car un bateau ne se manie pas comme une automobile. L'élément liquide ne permet pas de stopper net. De plus, le vent qui souffle nous fait dériver, soit sur les cailloux, soit sur les autres bateaux. Jacques, au moteur, a heureusement un bon réflexe. Il avance et force le passage, en repoussant doucement mais fermement les autres quilles, au lieu de se laisser entraîner à reculer et à s'éventrer sur les rochers. Patricia et moi nous chargeons - autant que faire se peut - d'amortir les chocs en courant d'un bord à l'autre. Enfin nous parvenons à nous dégager et à passer sans avoir rien abîmé, ni cassé. Un bateau fait même son entrée en marche arrière sous les applaudissements de la foule massée sur les rives pour ne pas manquer le spectacle... Nous mouillons vers le fond du lac, à l'abri d'un petit tertre verdoyant, sous une pluie soudain torrentielle. Le ciel a la couleur de l'encre, l'ambiance se fait menaçante. C'est une veillée étrange avec au-dessus de nos têtes une onde pathétique, un ciel plombé, lourd, traversé d'éclairs. Puis une paix comme si le ciel lui-même se mettait à l'écoute de ce qui allait survenir, tendait sa grande oreille cosmique. A la radio locale, on prévoit le cyclone pour minuit par 19° nord et 63° ouest. Il est demandé aux habitants ( alerte n° 2) de s'enfermer chez eux, d'éteindre électricité et batteries, de ne pas se promener sur les routes, de ne pas circuler en quelque endroit que ce soit. Puis, le ministre termine son allocution par : que Dieu protège nos familles ! Il n'y a plus qu'à attendre. Nous dînons en silence, rangeons, calons les objets, ne laissant rien traîner. A 21 heures, un léger souffle, comme si Poséidon s'amusait à nous agacer l'oreille. Mais la journée a été si fatigante, nous obligeant à une telle tension et vigilance, que je sombre dans un profond sommeil jusqu'à 6 heures le lendemain matin.

 

3/8 - DIN a finalement dévié de son trajet initial. Il est passé plus au nord et a épargné St Martin et St Barthélémy où on l'attendait sur le pied de guerre. Le vent a soufflé mais sans excès. La nature ne nous a offert qu'un décor de tragédie sans acteurs. C'est probablement mieux ainsi car, de l'avis des marins bretons qui viennent nous saluer dans la matinée en apercevant notre pavillon maloin, il y aurait eu beaucoup de casse. Mais nous voici néanmoins coincés pour un moment, si bien que le projet de se rendre à Anguilla s'anéantit au fil des heures. A nouveau le vent force. DIN laisse derrière lui quelques turbulences, que nous ressentirons  encore cinq jours plus tard, lors de notre retour en avion. Une journée complète de pluie tropicale rend cet étang plus mélancolique que ceux de la Sologne à la fin de l'automne.


Notre nuit du 4 août ? Pour nous, point de privilèges à abolir. Yves qui, chaque nuit, ne dort que d'un oeil est resté en alerte. Une intuition. Avec des rafales de 35 à 40 noeuds, ses craintes sont fondées. Le bateau tire sur les ancres, craque, s'agite comme s'il voulait se cabrer. Oh10, on dérape. Il faut reprendre les alignements. Pas de doute, nous filons vers la côte. Nous ne sommes plus qu'à une vingtaine de mètres d'un gros bateau blanc. Branle-bas ! Il faut secouer les endormis. Debout ! Moteur en marche. Yves relève les ancres, le vent force encore. Nous slalomons entre les bateaux ( environ 500 au lieu des 250 habituels). Nous reprenons un mouillage. Opération réussie. Nous laissons filer les chaînes au maximum, car nous sommes sur un fond de sable et d'algues. Tandis que l'équipage retourne aux bannettes, Yves poursuit son quart qui se transforme en quatre quart, son équipage ne s'étant pas proposé pour la relève... Deux heures -quarante- cinq, ça recommence. Les deux ancres décrochent. La tension est telle qu'il nous aurait fallu une ancre supplémentaire. Nous ferons sans. Cinq heures du matin, après une troisième alerte, nous tenons enfin. Le jour lève une pauvre face chiffonnée. Ouf ! le vent faiblit. Yves en aura été quitte pour une nuit blanche et quelques émotions.
Tant bien que mal, nous allons, durant quarante -huit heures, nous tenir informés de l'évolution du temps. C'est chose rendue difficile si par malheur vous ne comprenez pas l'anglais ou si vous êtes distrait, car la radio locale semble davantage affectionner la chansonnette et le reggae que l'information météorologique. C'est avec bien des difficultés que nous parvenons à capter quelques bribes sur une radio anglaise. Puisque nous n'avons plus guère de provisions, hormis des boîtes de corn-beef et des pâtes - le bateau étant à l'arrêt, ainsi que le moteur, le frigidaire ne fonctionne plus et nous devons jeter de la nourriture qui, au propre comme  au figuré, a déjà viré de bord. - il nous faut donc aller chercher à terre, ne serait-ce que quelques vivres. Mais impossible d'utiliser, pour un aussi long parcours et avec ce clapot,  notre annexe dégonflable. Une barque, hélée au passage, accepte d'emmener deux d'entre nous au bourg de Marigot. Il nous en coûtera 120FF. C'est payer cher la baguette de pain.
Le vent s'est apaisé. Le ciel se dégage, les oiseaux sont de retour. Autant de signes annonciateurs du beau temps. Demain matin, il nous faudra profiter de la levée du pont à 6 heures pour quitter cet étang où nous nous sentons prisonniers et gagner l'anse Marcelle, au nord de l'île, où il est convenu que nous laissions le bateau. Le passage sous le pont est moins encombré qu'à l'aller et s'effectue dans la sérénité. La mer reste agitée jusqu'à la pointe du Canonnier, puis elle s'apaise progressivement et nous longeons la côte sous un ciel redevenu clément, avec juste ce qu'il faut de brise pour gonfler le génois. Ce qui nous attend à l'arrivée au port de Lonvilliers est une surprise, de celle que l'on aimerait avoir souvent.

Une petite baie ravissante, nichée au creux de sa verte montagne, avec une plage corallienne ombrée de palmiers, un décor digne d'un film de James Bond. Hôtels de luxe, marina confortable au long de laquelle s'alignent quelques magnifiques yachts, jardins, boutiques, profusion de fleurs et de papillons et, qui plus est, ni foule, ni bruit, ni affluence, ni encombrement. Comme si le caméraman ébloui avait, un instant, stoppé le moteur. Deux jours ici pour nous reposer comme le font les milliardaires désoeuvrés : bains, farniente, p'ti-punchs, on oublie tout et on recommence. En fait, cela n'a pas si mal marché ! Point-à-Pitre / St Martin, ce n'était pas rien Yves pour ton baptême du feu ! Skippeur pour la première fois sur une mer que tu ne connaissais pas, avec un 10m40, le plus souvent par fort vent, et un équipage aussi peu reluisant , bravo ! Certes le First 325 est un bon bateau, ardent, rapide, qui a de l'influx. Mais tu as été presque seul pour tirer sur les winches, barrer jusqu'à six heures d'affilé, régler les voiles et veiller lors des ancrages forains. Ton visage a pris la patine des jours où tu as sué sous le soleil. Tu es heureux, car tu rends ton bateau " en l'état" et aucun bobo n'est à déplorer.
Salut, marin, depuis l'Atlantique sud !

 

                                         20 juillet- 10 août 1989

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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