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25 novembre 2016 5 25 /11 /novembre /2016 09:50
Plus rien ne sera jamais pareil

Plus rien ne sera jamais pareil.
Quelque chose d’indéfinissable a  tremblé
Et nous avons vu une lumière
Lentement naître des ténèbres.
Nos cœurs s’émerveillaient de son approche
Et que de ce tremblement, de cette onde,
Soudain naisse l’élan qui nous relèverait.
La nuit n’avait cheminé qu’un moment avec nous
Et nous en gardions une cécité passagère.
Après nous voyions comme nous n’avions jamais vu,
Les fluorescences de la lune redessiner l’ombre
Sur les fresques du ciel.
Tu caresses mes cheveux,
Je pose délicatement ma main sur la tienne,
nul geste ne peut être plus tendre, plus achevé.
Tu me dis  «écoute », car le monde nous reste  proche,
Je te murmure  « regarde »,
Car l’éternité nous adresse un salut royal.
Un dernier mouvement de foule trace un bref horizon.
Je perçois le choc sourd du jour
Qui heurte la pierre aimantée du temps.
Demain, tu inventeras un langage, tu me baiseras au front
Afin que je porte loin et haut notre amour.
Tes mots dureront. Ils formeront une enceinte,
Ils se doivent de nous garder.
Peut-être  dispenseront-ils  leurs bienfaits
Jusque dans les profondeurs des eaux ?
La résurrection des mondes en dépend.
Souviens-toi, il faut être habité d’une  présence infinie …
Pour se taire ensemble.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE  ( publié dans les Cahiers Froissart  N° 47 –Quatrième  trimestre 1988 )

 

 

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7 octobre 2016 5 07 /10 /octobre /2016 07:52
Chère tante Yvonne

 

Elle nous a quittés à l’âge de 94 ans, sans avoir  jamais été  malade, parfois seulement un peu lasse ou un peu distraite. Elle fut sans doute la vieille dame la plus charmante, après avoir été l’une des plus belles jeunes filles de Nantes, de ces êtres qui traînent tous les cœurs à leurs basques. On aurait pu écrire à son sujet un traité sur l’art de vieillir avec grâce. Il est vrai que la grâce, elle l’avait reçue à la naissance, ainsi que trois autres dons magnifiques : la beauté, la santé et la gaieté. Descendante d’une famille austère, elle avait le goût du bonheur, mais sut respecter deux principes essentiels de la tribu : être digne et jamais se plaindre. Le goût de la vie, elle l’avait tellement en elle, qu’elle ne fût jamais tentée de céder à l’ennui ou à la morosité.  Malgré les épreuves, qui ne l’ont pas plus épargnée qu’une autre, un divorce et deux veuvages, elle avait une fois pour toute peint son existence de couleurs éclatantes. Elle appartenait à cette espèce de gens rares qui font vibrer la lumière autour d’eux.  Ce qui ne l’empêchait nullement d’avoir du caractère. Indépendante, elle savait, comme ses ancêtres, décliner les verbes résister et durer.

 

Ma tante eut néanmoins la faiblesse de s’incliner devant deux passions – je ne parle pas  des passions amoureuses qu’elle suscita, ô combien ! – mais de celles qui sollicitent la curiosité et l’intérêt : la nature et les voyages. Il est vrai qu’en ce qui concerne la nature, elle avait été gâtée puisqu’elle avait eu – comme sa jeune soeur, ma mère – le privilège de naître au cœur d’un parc paysagé, l’un des plus beaux qui soit, dessiné par un père qui, en ce domaine, était un magicien.  N’avait-elle pas grandi au milieu des fleurs et des bosquets et, malgré la Grande Guerre, traversé son enfance sans être privée de grand-chose.

 

C’est à l’adolescence que ses parents, ayant eu la mauvaise idée de se séparer, les difficultés se succédèrent sans rien enlever de son appétit de vivre et de son énergie. Quant aux voyages, elle en fit beaucoup et jusqu’à un âge avancé, ayant osé aussitôt après la Seconde Guerre mondiale parcourir seule, et à vélo solex, une grande partie de l’Espagne encore sous le régime de Franco. C’est son goût de l’aventure et de la liberté, qu’elle avait chevillé au corps, qui lui fit commettre quelques folies, mais que serait une vie sans elles !

 

Elle s’est éteinte comme une petite bougie au bout de sa flamme dans la quiétude de son grand âge, sans avoir jamais connu le regret ou l’ennui et avoir pleinement savouré les lendemains qui chantent. Aussi était-il inévitable qu’un jour le désir lui prenne de programmer un voyage dans l’au-delà, elle qui avait usé plus d’une paire de souliers à parcourir la planète terre. Si bien qu’après le Maroc et ses palais, la Norvège et ses fjords, la Turquie et ses harems, la Hollande et ses tulipes, la Suisse et ses grasses prairies, elle a choisi pour destination l’éden, ce jardin qui, par ses innombrables beautés, surpasse encore ceux créés par son père, un jardin idyllique où l’on goûte aux béatitudes éternelles. Nul besoin d’avion ou de TGV pour s’y rendre, les anges s’en chargent d’un coup d’aile. Je l’imagine aujourd’hui toujours aussi optimiste et gracieuse, se promenant en paix dans un éther où volettent les colombes, où s’épanouissent les corolles, où les aubes se lèvent à tout moment et où les clartés du soir sont pareilles à des confidentes qui s’attardent. Cette femme, qui aimait la joie, est partie sans regret ; elle me disait : le bonheur s’apprend comme le reste.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Ma tante au mariage de sa fille. Ma mère est la dernière, au fond, à droite.

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21 septembre 2016 3 21 /09 /septembre /2016 07:41
Arrêt sur image - La traversée des apparences

Il avait fallu se rendre à l’évidence, Charles laissait des dettes. Le notaire de famille, avec lequel Marie-Liesse s’entretenait, ne cachait pas son inquiétude : la somme était d’importance et les délais octroyés par les créanciers ne permettaient pas d’épiloguer sans fin sur les désagréments que causait cette révélation. Marie-Liesse, qui avait toujours été tenue à l’écart des décisions maritales, se voyait plongée dans un imbroglio de tracasseries qu’autant que faire se peut Adeline Charme, sa dame de compagnie, s’employait à démêler. Mais tôt ou tard il faudrait rembourser et – hélas ! – les ressources des Chaumet s’étaient amenuisées au fil du temps. En effet, pour payer les embellissements de la demeure du Plessis, la vie fastueuse qu’ils y avaient menée depuis la disparition de Charlotte et ses coups de cœur de collectionneur, Charles avait vendu les fermes et la plupart des terres. Même l’enceinte, où Renée régnait en maîtresse absolue, n’avait pas été épargnée. Après l’installation du chauffage central, jugeant les anciennes cuisines démodées, Charles avait imposé à la vieille domestique un véritable laboratoire presse-bouton qui n’avait eu pour résultat que d’altérer son humeur et la pénétrer d’une nostalgie qui ne la quitterait plus. A moins de priver le Plessis de ses objets d’art, il n’y avait d’autre solution que de liquider les actions Amory que Marie-Liesse détenait depuis sa majorité et qui faisaient d’elle une actionnaire à ménager. Mais pareille décision lui répugnait. Son père, en lui offrant ces parts, l’avait bel et bien associée à ses biscuiteries et s’en défaire équivalait à rompre le lien qui la rattachait à l’industrie familiale et se priver du seul acquit que celui-ci avait eu à cœur de lui consentir. Son notaire comprenait ses réticences mais, comme on ne pouvait reculer l’échéance, mieux valait se couper un bras que de voir fondre sur le patrimoine une horde de greffiers et d’hommes de loi qui auraient tôt fait de répandre autour de la famille des relents de scandale. Un tel argument ne pouvait qu’ébranler l’épouse de Charles et l’inciter à prendre au plus vite une décision, celle de vendre ses actions qui, d’après ce que lui disait maître Lumel, avaient perdu de leur valeur et risquaient à l’avenir d’en perdre davantage.

 

(…)

 

Au Plessis, la gêne ne continuait pas moins à se faire sentir. Les actions ayant été vendues pour éponger les dettes, il ne restait pour vivre qu’un petit excédent que les dépenses courantes mettaient à mal plus vite que prévu. Par souci d’économie, on avait renoncé aux services de la femme de ménage et on ne recourait à ceux du jardinier que deux ou trois fois l’an, afin qu’il défriche les sous-bois et fauche la prairie, car on n’osait plus appeler pelouse les herbes folles qui proliféraient devant la maison. Anne-Clémence contemplait avec nostalgie les allées envahies de chiendent, les taillis en friche, la colonisation progressive du lierre qui, non content de s’épandre sur le sol et d’y former une natte épaisse, montait à l’assaut des troncs. Le Plessis s’était ensauvagé, ainsi que la forêt de Chantepleure abandonnée par la commune et livrée à la multiplication des rouettes et des drageons. Curieusement, c’est dans un décor à l’opposé de celui qu’il s’était plu à parachever, qu’Anne-Clémence évoquait le plus tendrement le souvenir de son père et ce sont dans les cahiers, qu’elle glissait dans ses poches, qu’elle lui prêtait une existence qu’il n’avait jamais eue, une chair désirante qu’il n’avait pas osé assumer. Comme elle aurait aimé cheminer à ses côtés, sentant avec l’âge fléchir sa taille, sa marche devenir plus hésitante, sa voix plus sourde et leur intimité plus grande d’être confrontés à ces infirmités. Elle l’imaginait s’avançant dans l’allée, appuyé à son bras, les rides ayant atténué les sévérités d’un visage volontiers solennel, tous deux s’attardant sous les frondaisons que la lumière de mars faisait revenir à la vie. La nature sortait de sa dormance végétale comme d’une extase prolongée. De ses pores, on sentait la vitalité sourdre, des frissons de sève passer sous l’écorce des bouleaux poudrés d’un blanc lunaire ou sous la livrée rousse des cyprès chauves. Bientôt la beauté graphique des bois serait remplacée par l’effusion des pousses printanières. Partout des gemmes croîtraient sur les membres décharnés des arbres, pareils à des mâtures sans voile. La touffeur des bois ne s’en refermerait que plus vivement sur elle. Ici se devinait encore palpable la peur imaginaire des enfants que leurs jeux invitaient à ces évasions. Aussi, à l’image de Charles, se superposait celle de Louis émergeant des eaux tranquilles pour la convier à l’un de ces exodes qu’ils aimaient à partager. Et c’était toujours la même émotion qu’elle éprouvait lorsque, remontant vers la maison, elle l’apercevait se dévoilant à peine dans l’enchevêtrement végétal et qu’elle voyait poindre une lumière venant de la chambre de Marie-Liesse comme une fragile étoile.

 

(…)

Arrêt sur image - La traversée des apparences

Au fil des années, les difficultés ne cessant de devenir plus alarmantes, Marie-Liesse avait cédé aux suggestions de sa dame de compagnie et convié un expert dans le but de liquider les collections de son mari et de récupérer un peu de l’argent qu’il avait inconsidérément dissipé. Ce dernier avait procédé à l’évaluation des œuvres dont l’estimation mettrait à l’abri du besoin la mère et la fille, à condition que le fruit de la vente soit géré avec compétence. A quelque temps de là, une entreprise spécialisée dans les manutentions délicates, recommandée par le commissaire-priseur, était venue enlever les livres, les tableaux, les objets d’art. C’est Anne-Clémence qui s’était chargée d’envelopper dans du papier kraft les deux mille trente-quatre volumes de la bibliothèque paternelle. Entre ses mains étaient passées les soixante-dix tomes de Voltaire, les douze de Plutarque, les vingt de Saint-Simon et de Rousseau, les trente de Sainte-Beuve. La jeune femme avait l’impression qu’en l’espace de quelques heures s’était établi le seul contact vivant qu’elle ait eu avec son père. En lisant à voix haute des paragraphes entiers, en s’attardant à contempler les pages jaunies par le temps, dont certaines étaient annotées par l’écrivain lui-même, elle se prenait à imaginer les regards successifs qui avaient parcouru ces lignes, les esprits qui s’y étaient attardés et subodorait la longue chaîne d’initiés qui descendait jusqu’à elle. C’était une forme d’intemporalité qu’elle tenait là, une longue mélopée de l’intelligence qui, depuis le fond des âges, l’assurait que l’esprit poursuit son adage bien au-delà de la vie terrestre. Puis, quand les livres avaient été emballés dans leur livrée de papier, les déménageurs avaient sorti des camions des caisses en bois, semblables à des cercueils. On avait déposé chaque exemplaire à l’intérieur et cloué les couvercles et Anne-Clémence avait vu les caisses quitter une à une la bibliothèque. Ainsi s’en allait, bien des années après la date de sa disparition officielle, le corps spirituel de Charles. C’est seulement ce jour-là que sa fille s’était sentie orpheline et d’autant plus désemparée que cette vente lui apparaissait comme un sacrilège.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE (extraits de « Le jardin d’incertitude » - roman)


 

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Arrêt sur image : Paris

 

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Arrêt sur image - La traversée des apparences
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4 mai 2016 3 04 /05 /mai /2016 07:58
Chopi, un ténériffe
Chopi, un ténériffe

Chopi, un ténériffe

J’ai eu deux chiens durant mon enfance et mon adolescence. Le premier ressemblait davantage à une peluche qu’à un chien d’arrêt, le second était plus proche du chien fou que du chien de salon. Deux opposés qui m’ont apporté des joies diverses et quelques soucis et n’ont eu qu’un seul point commun : tous deux ont été victimes de mort violente. Le premier était un ténériffe, plus connu sous l’appellation de « bichon frisé », petit chien qu’autrefois les femmes pouvaient cacher dans leur manchon et, que de nos jours, on peut faire voyager dans son sac à main. Je devais avoir cinq ans lorsqu’une voisine assez originale le proposa à ma mère parce que son mari venait d’être nommé consul de France en Inde et qu’elle ne pouvait l’emmener avec elle en raison des lois en vigueur à l’époque. Elle était désespérée à l'idée de se séparer de son gentil animal et se mouchait bruyamment en nous l’expliquant, aussi avait-elle tout de suite pensé à la petite fille solitaire que j’étais et auquel ce gentil toutou, affectueux et docile, pourrait être un précieux compagnon. L’affaire fut vite réglée ; cette originale au fort accent russe nous ayant donné l'un de ses mouchoirs en dentelle afin que Chopi, c’était le nom du chien, conserve durant le temps de l’adaptation le souvenir olfactif de son ancienne maîtresse. Et elle n’avait pas omis de joindre à ces paroles les certificats de Chopi en soulignant de trois traits rouges que nous faisions une affaire, car elle avait acheté à prix d’or l’ascendance prestigieuse du petit ténériffe, il y avait de cela quelques six années.

 

Chopi ne fit pas moins une entrée discrète dans notre foyer. Un panier déposé dans l’office, un coussin neuf, le mouchoir en dentelle jeté à la poubelle, l’animal eut tôt fait de trouver ses repères. Propre, silencieux, obéissant, affectueux, il avait, en effet, toutes les qualités pour ne troubler en aucune façon notre existence familiale. Mon entente avec  Chopi fut immédiate. La petite bête me suivait partout et acceptait, mais oui ! – de remplacer les poupées en celluloïd que je n’appréciais que modérément. Il était tellement plus drôle d’avoir auprès de soi un jouet vivant que je promenais sur le boulevard dans le landau de poupée, couché comme un baigneur, et qui, à mon grand amusement, suscitait la curiosité des passants.

 

La docilité de Chopi fut sans égale. La petite bête acceptait tout : d’avoir des bonnets, des brassières, des moufles, des barboteuses, je crois qu’elle a fait preuve à mon égard d’une patience angélique. Aux vacances, nous l’emmenions avec nous dans notre maison de campagne où elle se plaisait, mais où ses promenades n’excédaient guère la terrasse et la pelouse qui se trouvaient devant la demeure. Les longues balades la fatiguaient et, plutôt que de nous suivre à travers bois et champs, elle préférait rester au calme sur les coussins du canapé. Et puis elle vieillissait. Alors que j’atteignais mes 10 ans, elle en avait déjà 13 et sa vue baissait de façon inquiétante. C’est lors d’un séjour pascal au Rondonneau, qu’occupés à recevoir des amis, nous ne lui avons pas prêté d’attention. Lorsque ceux-ci furent partis, Chopi ne se trouvait nulle part dans la maison. Affolés, nous l’avons cherchée de pièce en pièce, puis dans le parc, l’appelant désespérément ; son absence se faisait de minute en minute plus angoissante. C’est ma mère qui, étant descendue jusqu'à la rivière, l’aperçut qui flottait sur la pièce d’eau. Aveugle et un peu sourde, elle avait dû croire qu’elle remontait vers notre logis, alors qu’elle descendait vers la rivière. Ce fut un chagrin immense. De sentir la pauvre petite bête raide et froide dans mes bras fut l’un des chocs de mon enfance. La mort me révélait son incontournable réalité. On l’enterra en grande pompe dans l’île voisine de notre cabane avec toutes les fleurs printanières que j’avais pu cueillir dans le jardin et dans les prés.

 

Pipo
Pipo

Pipo

Le chien que nous allions adopter, quelques mois après la disparition de Chopi, n’avait rien à voir avec cette dernière. Né dans une ferme voisine d’un ratier et d’un épagneul, cette portée – ce qui est rare – ne comprenait qu'un seul chiot, celui qui nous était destiné. Nous étions fin juillet lorsque mon père et moi allâmes chercher celui que nous avions déjà baptisé « Pipo » et qui venait d’être sevré. La mère était déjà repartie débusquer les rats et les souris et le père, qui demeurait dans un château voisin, continuait à accompagner, presque quotidiennement, son maître à la chasse aux perdreaux. Pour la première nuit, il avait été décidé que le petit chien dormirait dans l’arrière cuisine dont le carrelage ne craignait pas les pipis de la nuit et où ma mère avait disposé, sur des claies, une vingtaine des pêches fraîchement cueillies. Le lendemain matin, lorsque nous ouvrîmes la porte, quelle ne fût pas notre surprise de découvrir, bien rangés, les vingt noyaux de pêche qui, visiblement, avaient satisfait l’appétit nocturne de notre nouveau protégé.

 

Très vite, Pipo nous surprit par sa vitalité, sa drôlerie et son irrépressible besoin de courir après tout ce qui bouge. Il n’est pas un animal, canard, oiseau, chat, hérisson qui ne sollicitât, aussitôt qu’aperçu, son envie d’en découdre avec lui. Qu’il veille à éloigner les importuns de l’enceinte de la propriété pouvait encore s’expliquer, bien que Pipo n’était nullement un chien de garde, mais nous eûmes tôt fait de constater que, hors frontières, son comportement était le même, ou pire encore. Pipo était un chasseur surdoué mais d’autant plus redoutable qu’il n’était pas dressé – mon père n’ayant aucun goût pour la chasse – et qu’il usait de cet instinct à tort et à travers.

 

Heureusement que chaque animal a en lui les ressources nécessaires pour se défendre. Pour les hérissons, leurs piquants les mettaient à l’abri des rages impérieuses de Pipo qui revenait le soir la truffe en sang. Pour les canards, qui passaient nonchalamment sur la rivière, ils pouvaient narguer l’agressif animal qui aboyait de fureur à s’en rompre les cordes vocales tellement il avait la trouille de l’eau, mais alors une trouille terrible, à ne pas y risquer une patte. Quel dépit de les voir s'éloigner au loin sans pouvoir s'en saisir !

 

Pipo nous aura fait vivre toutes sortes d’émotions : au bois de Boulogne, brisant sa laisse, il avait un jour terrorisé des chevaux et leurs cavaliers qui se promenaient tranquillement dans les allées ; poursuivi, à en perdre haleine, des chats à travers un bâtiment en construction, dans un vacarme assourdissant ; coursé de malheureuses vaches en train de paître dans un champ et se suspendre à leurs pis ; oui, Pipo aura semé la panique dans le monde animal avec une frénésie inlassable, alors qu’il se montrait le plus amusant, le plus tendre des compagnons avec les humains. Son charme était irrésistible et il parvenait toujours à se faire pardonner ses bêtises nombreuses et foldingues.

 

Sa mort fut fatalement à l’image de sa vie : celle d’un aventurier fripon et canaille impossible à dompter. Lorsque nous étions au Rondonneau, il était impensable de l’attacher du matin au soir. Et lorsqu’il était petit, nous avions commis l’erreur de l’emmener en promenade avec nous dans les bois de la Touannes, proches de la chasse où, à l’automne, des gâchettes prestigieuses venaient tirer les faisans que l’on élevait à cette intention. Pipo avait reniflé tout le profit que pouvaient lui réserver ces lieux d’exception…Le garde-chasse avait d’ailleurs prévenu notre employée de maison : «  J’abattrai le chien sans état d’âme si je le surprends à lever mes poules faisanes en train de couver ». Et ce qui devait arriver, arriva. Un soir, Pipo ne revint pas. Ce devait être lors d’un week-end de printemps, époque où les bêtes à plumes pondent, puis couvent leurs œufs. Le garde-chasse était un honnête homme, il l’aura visé en pleine action. C’est du moins ce que nous avons espéré, puisque Pipo est parti sans tambour ni trompette et, comme à l'habitude, sans demander l’autorisation … pour ce long voyage.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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12 avril 2016 2 12 /04 /avril /2016 08:06
Les larmes de la mer

 

Si le ciel vire ses voiles,
vous saurez que les navires, partis à l'aube,
ont ouvert des voies d’eau sur l’infini,
que les hommes voguent vers la haute mer,
qu’ils reposent au fond des cales, sous des bâches,

la tête pleine de chimères.
Vous connaîtrez l’angoisse, l’obsession,
quand tout se tord et se tend,
que tout s’exaspère,
que les cordages lâchés se lovent sur les ponts.
L’air saturé d’étoiles est un miroitement sans fin.

 

Dans cette pénombre,
des signaux brefs nous disent
qu’ailleurs est un espace familier et meilleur,
au loin, alors qu’un cap se profile,
notre faim s’accroît d’un dernier désir.
Les marins, l’oreille en alerte,

surprennent le bruit sourd des vents qui remontent à leur base.
Désormais, n’y–t-il plus d’attente à espérer ?
Ce continent nous restera-t-il inconnu ?
Où mener notre course sans céder, sans faiblir trop vite ?

 

Ecoutons respirer les éléments,
voyons le ciel se mouvoir.
Qui s’avance, qui va dans la nuit ?
Il y a mieux à faire que de dormir. Veillons !
Tenons-nous à la proue, droit, le visage impérieux.
Force nous est de scruter, d’imaginer des contrées
où s’honoreraient des bêtes mythiques.
L’oiseau passe qui annonce un continent proche, une terre sauvage.

 

En Atlantique, rien ne meurt vraiment.
Il y a une vérité à comprendre,
un chemin de halage à emprunter.
J’ai soif ! Quel océan pour m’abreuver,
quelle terre pour, à son terme, accueillir mon voyage ?
Je ne connais que l’illusion de l’apparence,
que son destin tragique, ô larmes de la mer !

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE  ( Extraits de « Profil de la Nuit » )

 

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Les larmes de la mer
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26 mars 2016 6 26 /03 /mars /2016 09:28
La maison de famille proche de Meung-sur-Loire

La maison de famille proche de Meung-sur-Loire

Lorsque j’étais enfant, la fête que je préférais, en dehors de Noël, était la fête de Pâques. Je crois même que j’avais un faible pour elle. Bien que j’appréciais le sapin décoré et semé de flocons de coton, le feu dans la cheminée, les cadeaux étagés autour des souliers au petit matin et la crèche attendrissante, Pâques avait le privilège de correspondre avec le renouveau de la nature, le retour dans la maison de campagne, qui avait été fermée durant l’hiver, et que nous allions ouvrir grâce au retour du soleil printanier. Quitter Paris pour une dizaine ou une quinzaine de jours était  un événement que j’attendais depuis des mois et qui supposait une immersion totale dans ce que j’aimais le plus : le jardin, les fleurs, l’autorisation de vivre au gré de ma fantaisie, de retrouver le parc et ses arbres centenaires, la rivière des Mauves qui serpentait nonchalamment au pied de la demeure. Comment n’aurais-je pas été enthousiaste et ravie à la seule pensée de renouer avec ce monde végétal que j’appréciais plus qu’aucun autre, en compagnie des oiseaux qui préparaient patiemment leurs nids et accordaient leurs voix, avec les amples espaces qui ne cessaient de solliciter  mon regard, enfin avec cette bonne odeur de terre qui germait en silence. Le rendez-vous s’annonçait chaque année sous les meilleurs auspices.

 

Mes parents préparaient l’automobile la veille au soir et la chargeaient de l’indispensable, ce qui était suffisant pour que nous ayons l’air d’effectuer un véritable déménagement. Pour ma part, je n’emportais que peu de chose. J’avais laissé dans un placard les quelques vêtements nécessaires à mes vagabondages et les vacances de Pâques étaient trop courtes pour que je sois astreinte à des devoirs de vacances. N’était-ce pas la liberté à plein temps, l’assurance d’organiser mes journées selon les caprices de mon imagination ?

 

A peine le portail s’ouvrait-il sur le paysage bucolique que j’avais déjà oublié les rigueurs du collège, les rues parisiennes et leur agitation, le macadam qui privait la végétation de tout espace de liberté, les horaires strictes, les obligations scolaires et que la seule vue des coucous parsemant le gazon, de la grive musicienne répétant ses gammes, de la pie préparant laborieusement son nid, oui, je devenais autre, je n’avais plus rien en commun avec la petite élève appliquée et austère. Quelque chose d’irrépressible jaillissait soudain de moi, j’aurais voulu tout embrasser, tout étreindre : le ciel d’un bleu tendre, la rivière murmurante et discrète, les champs au loin qui portaient la promesse des moissons, l’éclat des bourgeons qui timidement venait ressusciter l’architecture dénudée des arbres et des bosquets. C’était un lien fusionnel qui s’établissait alors entre cette nature en train de se reconstruire et mon enfance qui progressivement s’éveillait au monde, en découvrait les mystères infinis, les ressources insoupçonnées, les sublimes réalisations.

Mes cousins et moi ( je suis devant) près de notre cabane.

Mes cousins et moi ( je suis devant) près de notre cabane.

Les ruines de l'abbaye du Rondonneau

Les ruines de l'abbaye du Rondonneau

Cette soudaine intimité rurale éveillait ma curiosité : les vaches à traire, le cheval à rentrer du labour – tous les paysans n’avaient pas encore de tracteurs – les premiers légumes à ramasser, les  plantations à prévoir, les arrosages à assurer, les végétaux à tailler ; oui, tout me séduisait de cette vie qui imposait ses rythmes, de cette nature qui ne cessait d’alterner ses spectacles. La maison de nouveau habitée et chauffée, les enfants avaient quartier libre. Nous pouvions gagner les bois pour d’interminables parties de cache-cache, sauter dans une barque pour se laisser glisser dans les méandres de la rivière, préparer un goûter dans la petite cabane où nous avions un vieux fourneau à notre disposition ou bien inventer un jeu de piste, partir à travers champs à la découverte de la tour fantomatique du château des Touannes  qui levait en moi toutes sortes de rêves de princesse oubliée et d’amours sacrifiés. Mes cousins et cousines étant plus âgés, je courais à leurs basques ne voulant pour rien au monde être exclue de leurs jeux, d’autant que mon imagination, plutôt féconde, me valait de les surprendre en maintes occasions. Je leur proposais de partir en quête de personnages de légende que les ruines voisines ne pouvaient manquer d’évoquer. N’avions-nous pas ici, au Rondonneau, le départ de plusieurs souterrains qui, jadis, reliaient la petite abbaye à Cléry et la guerre de cent ans n’avait-elle pas laissé des traces dans les environs tout proches d’Orléans et de Patay qui se rappelaient le passage de Jeanne d’Arc ? Et que dire du château de Meung-sur-Loire qui, en 1461, avait  compté le poète François Villon parmi ses prisonniers. Comme la propriété appartenait, à l’époque, à une famille, j’étais parfois conviée par la fille aînée qui, à l’aide d’une torche électrique, m’invitait à descendre visiter les prisons, ce qui provoquait en moi des frissons de terreur. On y voyait encore les chaînes des prisonniers, des outils de torture, de quoi nourrir pour plusieurs mois une imagination enfantine. On sait que la lugubre réputation de ces cachots n’a eu d’autre cause que la dureté des détentions qui provoqua la mort de nombreux prisonniers. On sait aussi que le passage du pont de Meung a marqué le début de la victoire définitive de la Pucelle sur l’occupant anglais. Elle est relatée comme suit par un chroniqueur de l’époque : « Et alors de Duc Jean II d’Alençon, comme lieutenant général de l’armée du roi, accompagné de la Pucelle, de messire Louis de Bourbon, comte de Vendôme, d’autres seigneurs, capitaines et gens en armes en grand nombre tant à pied qu’à cheval, partirent d’Orléans avec une importante quantité de vivres, de charrue et d’artillerie, le mercredi 15 du mois de juin, pour aller mettre le siège devant Beaugency mais en voyant le pont de Meung-sur-Loire combien les anglais l’avaient fortifié et fortement défendu par des  vaillants combattants, qui tentaient de le défendre. Malgré cette défense, le pont fut pris dans l’assaut, sans guère retarder l’armée. »

Le château de Meung-sur-Loire et ses fameuses prisons
Le château de Meung-sur-Loire et ses fameuses prisons

Le château de Meung-sur-Loire et ses fameuses prisons

Par ailleurs, ma familiarité avec les animaux s’est évidemment intensifiée à les côtoyer de si près. Ce fut néanmoins une initiation difficile avec ses joies et ses chagrins. Le premier de ces chagrins eut lieu alors que j’accompagnais Renée, notre employée de maison, qui venait de capturer une poule. Je ne comprenais pas très bien ce qu’elle allait faire et fut épouvantée lorsque je la vis suspendre dans la buanderie l’animal par les pattes, sortir un couteau et lui couper la gorge. Je me mis à hurler en voyant la pauvre bête battre des ailes avant de se raidir. Et bien quoi ? – me dit Renée, si tu aimes manger de la poule, il faut bien la tuer et la plumer. C’est seulement alors que j’ai fait la relation entre la souffrance de l’animal sacrifié et le plaisir que je prenais à savourer une aile ou une cuisse dorée à point. Cette prise de conscience fut un véritable choc. Bien entendu, lors du déjeuner du lendemain où la pauvre poule était servie sur un plateau, je susurrais que je n’avais pas faim. Tu n’as pas faim ? - s’étonna ma mère. Mais tu as couru toute la matinée, tu dois avoir de l’appétit ou bien tu es malade ? Je fis donc semblant d’être malade. Mais cela ne pouvait durer. Il fallut que je m’habitue à cette réalité brutale. La vie n’est faite que de cela. Et l’apprendre suscite autant d'affliction que de résignation. Ainsi les vacances de Pâques voyaient-elles alterner les effrois et les émerveillements. La nature si belle jouait de toutes ses féeries, les cloches carillonnaient  le retour de toutes les espérances, on ramassait des œufs en chocolat dans les buissons et un lapin manquait dans le clapier.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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La rivière des Mauves

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16 mars 2016 3 16 /03 /mars /2016 08:57
La primevère

Une primevère adressait au soleil
Chaque matin cette prière :
Soleil ! Soleil ! disait-elle,
Emporte-moi dans tes rayons,
Qu’au firmament je puisse
briller de même façon,
Telle une fleur de lumière.
Ne suis-je pas la première levée
De toutes les fleurs de la terre,
Et ne suis-je pas parée,
Dans le souci de te plaire,
D’un zeste d’éclat solaire ?
L’astre acquiesçait volontiers,
Car, vraiment, cette primevère
N’avait pas sa pareille
Pour l’honorer avec ferveur.
Si elle n’était pas la plus belle,
Sa fraîcheur ne faisait pas moins d’elle
La plus délicieuse des fleurs.
Pour cette raison, le soleil
Prenait plaisir à lui parler :
C’est dans le jardin des hommes
Qu’il te faut croître et prospérer.
Que ferais-tu au firmament
Où brûlent des feux trop ardents ?
Apprécie, jeune fleur,
Le chant plaintif du vent
Et la complainte du torrent.
Et quand vient le matin,
Aux fins de te désaltérer,
Goûte  l’incomparable rosée.

 

Cher soleil, lui répondit-elle,
Ce qui m’entoure est certes charmant,
Mais il me paraît qu’au firmament,
Tout l’est davantage encore.
On n’y connait pas le sort
Qu’inflige la froidure de l’hiver.
Et là-haut, eh bien ! je suppose,
Que la vie semble plus rose.

 

Grands dieux ! soupirait le soleil,
Petite fleur tu t’illusionnes trop.
Dis-toi que sur terre comme au ciel,
Chacun souffre les mêmes maux.
Et s’il est vrai que tu m’aimes un peu,
Sois sur la terre, si tu le veux,
Mon ambassadrice de lumière.
Mais surtout, je t’en prie,
Reste fidèle à toi-même.
Qui sait si un vent mutin,
Ne dispersera pas un matin,
Dans le vaste univers,
Un petit nuage de pollen !
Si bien que, lorsque je serai cendres,
Tu seras encore une reine
Dans une galaxie lointaine.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE  ( Extrait de « La ronde des fabliaux » )
 

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La primevère
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20 janvier 2016 3 20 /01 /janvier /2016 08:16
La société des abeilles - fable

Une abeille, d’avoir trop volé,
Loin de sa ruche, loin de son aire,
Perçut les bruits les plus divers,
Entre autres celui-ci
Qui lui tourneboula l’esprit.
Pensez qu’il lui revint aux oreilles
Que dans la société des humains,
On travaillait de moins en moins.
Ainsi, sur la planète Terre,
Quelques-uns s’arrogeaient le droit
De vivre sans rien faire ?
L’abeille en fut désappointée,
D’autant que dans sa société,
Les loisirs, en quelque sorte,
Etaient restés lettre morte.
Pas d’autre adage, Mesdames,
Que d’œuvrer davantage.
Quel fichu pays, se dit-elle,
Qui laisse coexister des régimes si contraires !
C’est l’humeur altérée,
Qu’elle alla, de son vol altier,
Prévenir sa voisine.
Pourquoi ce tapage, s’enquit celle-ci,
Et à quelle fin cette colère ?
A mon avis, cette affaire
Ne mérite pas de commentaire.
Croyez-en mon expérience,
Autant d’inconséquence ne mène qu’à l’échec.
Soyez rassérénée, ma chère,
Renchérit la demoiselle,
Les hommes n’ont-ils pas fait de l’abeille
Un emblème sans pareil ?

Fi de ces propos flatteurs !  - s’esclaffa sa consoeur,
Je ne saurais tolérer que mon travail, ici- bas,
Ne serve à engraisser qu’une bande d’ingrats.
Comme vous y allez !  - s’étonna la plus âgée.
Soyez plus accommodante,
D’être montrée en exemple
Devrait vous rendre tolérante.
Vous n’y songez pas ! - s’emportait la rebelle,
Qui s’enflammait de plus belle,
Comment accepter que des fainéants
Fassent leur miel tranquillement
A nos dépens ?
Si nous nous fâchions vraiment ?
Plus de miel, mes bons enfants !
La ruche, qui applique vos recettes,
S’accorde quelques jours de fête.
Ainsi pourrions-nous batifoler,
En butinant à leur santé
Fleurs d’aubépines et d’églantiers.

Pour clore cette altercation
Et dans le seul souci, en somme,
De ne déplaire à personne,
La prudente voisine proposa cette maxime :
Vous n’avez certes pas tort
Et pas raison davantage.
Car, en prenant le temps
De réfléchir posément,
Qui nous dit que les hommes
Tireront le meilleur avantage
D’une pareille leçon ?
Ce, d’autant que la rumeur propage,
Qu’ils font rarement bon usage
Des enseignements les plus sages.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE  ( Extraits  de « La ronde des fabliaux » )

 

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La société des abeilles - fable
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6 janvier 2016 3 06 /01 /janvier /2016 09:28
La coccinelle et l'éléphant - fable pour se dérider en ce début d'année
La coccinelle et l'éléphant - fable pour se dérider en ce début d'année

Une coccinelle gémissait
Contre le sort fatidique
Qui l’avait faite trop petite.
Que ma vie est donc cruelle !
Se plaignait-elle.
Un éléphant en faisait autant
Contre un sort désobligeant
Qui l’avait voulu trop grand.
La coccinelle disait :
Pourquoi ai-je une robe écarlate,
Parsemée de jolis pois noirs,
Puisque dans ce monde distrait,
Et plus cruel qu’il n’y parait,
Personne ne semble me voir ?
Si la coccinelle se désolait
Que l’on fasse si peu de cas
De ses appas,
De sa grâce juvénile
et de sa belle mise,
Pour sa part, l’éléphant s’affligeait
Que sa noble prestance n’attise
Que de sombres convoitises.
Contrairement à sa consoeur,
Mais avec le même cœur,
Il trompetait
Qu’il lui aurait davantage plu
De passer inaperçu.
Pour s’emparer de mon ivoire,
Et malgré mes cris d’alarme,
C’est sans état d’âme, croyez-moi,
Que l’on me sacrifie
Sur l’autel du profit,
Contait-il à ses amis,
Les fidèles hippopotames,
Qui s’apitoyaient au récit
De ses déboires et de ses drames.
Si bien que ce qui fit ma fierté
Ne sert à promouvoir
Que la malhonnêteté
De quelques financiers.

Tandis que la coccinelle déplorait
Que ses mérites et ses vertus
Restassent, en somme, trop méconnus,
L’humeur de notre éléphant s’altérait
Au point que sa bonhommie
Virait ni plus, ni moins, à la mélancolie.
Mélancolie ! Neurasthénie !
Allons, allons, mes amis,
Reprenez vos esprits,
La vie, qu’on se le dise,
N’est pas si difficile !
Petite coccinelle, sache que l’on t’admire.
On t’a prise pour emblème
Et, que tu le veuilles ou non,
Tu ornes plus d’un livre,
Anime plus d’un récit.
Et toi, noble éléphant,
Sais-tu que des savants,
Venus du monde entier,
Guettent des heures durant,
Sous l’auvent d’un banian,
Ta marche impériale,
Sans céder, pour autant,
A des pensées vénales !
Puis, au bord de l’étang
D’où s’envolent les flamants,
Ils te regardent boire.

Ne soyez pas tristes, mes amis,
On vous aime,
On vous traque, on vous filme,
On vous prend pour modèles,
La renommée le veut ainsi …
Alors, pardonnez-nous et soyez rassurés :
Notre curiosité ne nous est dictée
Que par l’amitié.

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE  ( extrait de « La ronde des fabliaux » )

 

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La coccinelle et l'éléphant - fable pour se dérider en ce début d'année
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5 septembre 2015 6 05 /09 /septembre /2015 08:50
Ma mère aurait eu cent ans

Lorsque j’étais enfant, l’autorité était exercée par ma mère. Dans le domaine de l’éducation et de la relation parentale, mon père s’en remettait à sa femme comme s’il souhaitait s’investir le moins possible dans ce rôle. Ne l’était-il pas tout entier dans celui d’époux ? Ma mère tenait ce privilège d’une main ferme et transigeait rarement lorsqu’elle avait pris une décision qui, souvent, était celle que je redoutais le plus. Parce que ma grand-mère s’était séparée assez tôt de son mari, ma mère considérait que l’autorité – qui lui avait manqué –devait s’appliquer pleinement à mon endroit. Fillette, puis adulte capricieuse, elle supportait mal ce défaut chez les autres et surtout chez sa fille, si bien que j’avais très vite cessé de me montrer exigeante tant j’avais besoin d’être appréciée de mes parents, leur estime étant ce qui me souciait le plus. Je les admirais si totalement que l’idée de leur déplaire m’était insupportable.

 

Ma mère était de taille moyenne, fine et élégante, avec un visage à l’ovale parfait, une abondante chevelure et un sourire empreint de charme. Autant elle pouvait me tétaniser par sa sévérité, autant elle savait me séduire dès qu’elle se montrait compréhensive et bienveillante à mon égard. Elle avait rencontré mon père lors d’une fête de famille à Nantes, celui-ci ayant été invité parce qu’il était le cousin à la mode de Bretagne du tout nouveau mari de ma tante, sœur aînée de ma mère. Les deux sœurs avaient toujours été très courtisées pour la simple raison qu’elles appartenaient à une famille en vue à Nantes et que, malgré le divorce de leurs parents, elles avaient un carnet d’adresses bien pourvu. Mon père était tombé sous le charme dès le premier regard et, ce, d’autant mieux, que l’on avait prié ma mère de chanter. Elève au conservatoire de Nantes, elle avait une voix délicieuse, fraîche et expressive qui avait achevé de le subjuguer. Mon père s’était immédiatement empressé auprès de ma grand-mère sachant qu’il était de bon aloi de gagner ses faveurs s’il voulait avoir quelque chance de figurer parmi les prétendants.

 

De famille modeste, mon père devait à l’obtention d’une bourse d’avoir poursuivi ses études et d’être diplômé de l’Ecole Supérieure de Commerce de Paris. Son diplôme sous le bras, il avait effectué son service militaire au Maroc et était entré ensuite dans un cabinet de courtiers en matières premières qui lui promettait un bel avenir. La vie lui souriait enfin après une enfance difficile auprès d’une mère veuve de guerre qui avait dû se mettre à travailler pour assurer leur quotidien.

 

Les jeunes gens s’étaient écrits, revus, et le sérieux de mon père, la ferveur de ses sentiments avaient su opérer et gagner les faveurs de la dulcinée, si bien qu’un an plus tard ils se mariaient. Tout allait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes si des bruits de bottes ne commençaient à se faire entendre, si bien que la belle lune de miel, ainsi que les deux premières années à Paris dans l’appartement que ma mère se plaisait à aménager, allaient se conclure par l’exode pour l’une et le départ à Vitry-le-François pour l’autre, mobilisé dans les transmissions. Les dés étaient jetés et ma malheureuse grand-mère pouvait trembler en imaginant que ce nouveau conflit avec l’Allemagne risquait de lui enlever son fils unique comme elle lui avait enlevé en 14 son mari et son frère. 

 

Mon père ayant regagné ses foyers après l’armistice, mes parents traversèrent les années de guerre à Paris, subissant les privations qui étaient celles de tous les citadins qui n’avaient pas la chance d’avoir un jardin, une vache, une chèvre, des poules et quelques arbres fruitiers. Les pommes de terre, le rutabaga, les navets et autres courges composaient leur menu journalier et, l’hiver, le froid était certainement ce qui était le plus difficile à supporter avec un seul poêle à sciure dans la chambre familiale. Mais, peu importait, le foyer était clos sur leur amour et celui d’avoir vu naître leur premier (et seul) enfant. Lors des alertes, qui étaient nombreuses, nous descendions dans la cave avec les autres résidents de l’immeuble, moi emmitouflée dans une couverture et tremblante encore d’avoir été réveillée en sursaut par le hurlement sinistre de la sirène.

 

Soucieux de me voir rachitique pour cause de privations alimentaires, mes parents me conduisirent en 1945 dans le Limousin rejoindre ma grand-mère maternelle chez des cousins qui avaient un potager et un verger, quelques poules et une chèvre, et nous étions descendus à bicyclette, moi assise sur le vélo de mon père, et en camions quand ceux-ci acceptaient de nous faire faire une partie de la route. La campagne m’avait enchantée. Bien que la nourriture fut encore sommaire, j’avais gagné quelques kilos et des joues roses et pris goût à entendre chanter les oiseaux et s’épanouir les fleurs car nous étions au printemps. Paris libéré, mes parents étaient venus me chercher toujours à vélo avec quelques trajets en camions et nous avions fait le parcours inverse de la même façon. Cela m’amusait beaucoup, n'était-ce pas une aventure où nous croisions beaucoup de monde, des gens qui regagnaient leurs foyers, des soldats, des prisonniers ! La France se réanimait, la vie reprenait, au fil des mois, une existence presque normale malgré les tickets d’alimentation et les nombreuses villes sinistrées.

 

Pour mes parents, qui avaient peu goûté aux années folles, ce furent certainement les années durant lesquelles ils furent les plus heureux. Ma mère avait repris la musique avec sa fidèle accompagnatrice et donnait parfois un concert ; ils avaient acheté « Le Rondonneau » une propriété où nous passions une partie des vacances et m’avaient inscrite chez les dominicaines, à 400 mètres de notre domicile, où j’allais effectuer une scolarité corsetée dans une implacable discipline qui laissait peu de loisir aux vagabondages de quelque nature qu’ils soient.

 

Ma mère a toujours été de santé fragile et petite fille la peur de la perdre ne cessait de me hanter. Elle me laissait assez souvent seule avec mon père et ma grand-mère pour faire des cures à Plombières-les-Bains, ce qui provoquait chez moi des chagrins incontrôlables. Il m’arrivait de sangloter dans sa garde-robe en respirant son parfum et les repas, pris seule avec mon père, avaient tout de veillées funèbres. Avec le recul, je crois que ma mère a été la victime des médecins qui lui préconisaient des régimes contraignants et probablement peu adaptés à son cas puisque, dès qu’il s’agissait de projeter un voyage ou de vivre un événement qui la captivait, elle était d’une résistance à toute épreuve. Néanmoins, cet état égrotant a contraint mon père à une sorte de religiosité à son égard, tant il redoutait qu’une contrariété ou un désagrément ne suscite une réaction néfaste et contraire à sa santé. C’est cependant lui qui a eu les plus gros pépins dans ce domaine : une sévère hépatite et un infarctus dont il s’est sorti de façon quasi miraculeuse. Curieux, qu'ayant en horreur les médications, il ait laissé sa femme vivre sous leur emprise, mais il était de ceux qui avaient un grand souci de la liberté d'autrui, si bien que pour rien au monde il ne se serait opposé à la volonté de son épouse et à ses décisions personnelles.  C’est ainsi que ma mère a souvent été rejoindre une amie en Sicile, en Grèce, en Italie, alors que mon père, plus casanier, préférait rester reclus dans sa bibliothèque. Son évasion, il la trouvait dans les livres, ma mère dans les voyages. C’était également une conductrice hors pair. Elle adorait s’évader en automobile et nous avons fait ensemble quelques charmantes cavales en France et en Italie.

 

Auprès de mes parents, les soirées étaient toujours culturelles. Je me souviens des moments inoubliables passés tous les trois à écouter les premiers 33 tours de musique classique ou les émissions de radio consacrées à l’interview d’écrivains comme Mauriac, Giono, Léautaud, moments inoubliables s’il en est. En effet, l’un comme l’autre n’admettaient pas que l’on puisse perdre son temps. Il était hors de question de traîner dans son lit tard le matin. Ainsi le dimanche partions-nous visiter une exposition ou un monument, le samedi soir il y avait la messe et en semaine les devoirs, sans compter le samedi matin la couture et l’enseignement religieux au collège. Peu de place pour le farniente. Cette éducation vous donnait le goût de la rigueur et une exigence naturelle. Le plaisir, c’était plutôt le samedi soir, une boum ou une sortie au cinéma. Lors des soirées dansantes, mon père arrivait à minuit pile pour me chercher, Cendrillon ayant l’obligation de rentrer au bercail sans atermoyer. Et vous pouviez être sûr, qu’après le passage du commandeur, la soirée avait du plomb dans l'aile. Par la suite, je fus moins invitée…

 

Est-ce la raison pour laquelle je me suis mariée tôt ? Sans doute ! Je m’ennuyais un peu à la maison. Mes parents vivaient l’un pour l’autre, j’étais l’élément perturbateur et un peu encombrant avec l’âge. Les disques yé-yé de « Salut les copains » n’étaient guère à leur goût et je réalisais qu’ils comprenaient mal la jeunesse d’alors qui commençait à s’émanciper. Ainsi, ai-je quitté le foyer parental pour créer le mien. Mal m’en a pris, trop jeune, trop inexpérimentée, je divorçais 3 ans plus tard. Mes parents se sont montrés alors très compréhensifs. Ils m’ont accueilli chez eux avec ma petite fille, ce qui m’a permis de reprendre mes études et de travailler un peu avant de refaire ma vie. Chers parents !

 

Il est vrai qu’ils auront toujours été au centre de mon existence, de mon amour. Lorsque j’habitais Annecy, nous nous écrivions trois fois par semaine, ensuite nous avons toujours été extrêmement proches. Lorsqu’ils furent âgés, ils ont demandé à mon mari et à moi de venir les rejoindre à Trouville et, comme cela était possible, ce fut chose faite et j’ai été à leur côté lors de leurs dernières années de vie. Les accompagner me semblait tellement naturel. Maman est partie la première d’une crise cardiaque. Souffrant d’angine de poitrine, elle est morte un soir dans les bras de mon père alors qu’ils dînaient. Ils avaient fêté quelques mois plus tôt leurs soixante ans de mariage. Papa l’a suivie quinze mois plus tard. Il ne pouvait envisager la vie sans elle, le veuvage n’est pas taillé à mes mesures, me disait-il.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Chère tante Yvonne

 

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Ma mère avec sa soeur aînée et lors de sa communion
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La maison familiale à Nantes et le mariage de mes parents
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avec ma mère lors d'un mariage.

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Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

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Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

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