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23 août 2015 7 23 /08 /août /2015 08:54
Le Haut Pays - Jusqu'où aller ?

Jusqu’où aller ?
Aucune route qui n’aille plus loin que nous !
La mer s’oppose, tronque la marche,
La terre s’éprend du relief des vagues,
De l’audace de l’arbre qui croît,
Du cheval qui s’arrime au vent.
Une lueur accentue l’écart du silence,
Une conque marine souffre du même infini,
Nous sommes à la dérive jusqu’à l’écorchure des mondes.

 

D’autres eaux plus vivantes nous emporteront.
Nous baisserons les yeux
Et la rive laissera gémir ses ronces.
Nous y poserons le pied
Sachant que nous n’arrêterons plus de marcher.
Avec le temps, nous composerons un tissage,
Dont la trame guerroiera avec les éclairs dans le vent.

 

Ne restons pas à pleurer ce qui n’est plus.
Sur nos épaules, prenons ce restant de lumière.
Rafraîchissons-nous de cette eau de cendre
Que le désert exsude encore.
L’horizon s’oblitère. Il n’est plus qu’un vestige
Au fond de l’esprit.
De l’avoir trop contemplé nous rendit aveugles.

 

Nous avançons et nos rêves
Sont comme des faucons sur nos poings.
Ils savent mieux que nous où nous allons.
En nos terres de chasse ils nous précèdent.
Ils ont inventorié nos appeaux,
Ils ont l’œil que nous n’avons pas,
La force que nous n’osons libérer.
Nous pourrions les suivre
Mais, au-delà du seuil, est l’inconnaissable
Que nous n’osons nommer…

 

A l’heure où le ciel glane ses derniers épis,
Mettons le feu aux miroirs,
Afin que la gloire y soit présente.
Et pour que l’illusion soit complète,
Parlons d’amour à nos doubles
Qui riront de nos déguisements.
Venu du haut pays,
Un adolescent lira les tables du désir
Et la peine s’assoupira avec l’effraie.

 

Les pluies ne nous apaiseront pas.
Nous nous laisserons mener par elles
Vers des pays de lacs et de brumes.
On y vendange un vin noir que nous boirons,
On y moissonne des chagrins d’hiver
Et nous vieillirons parmi les arbres aux anxieuses ramures.

 

Quand nous aurons cessé d’aimer,
Une félicité curieuse nous gagnera.
Nous aurons lavé jusqu’au revers de nos mémoires,
Et l’enfant, sans bruit, au jardin,
Ira ensevelir nos ombres.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE  ( Extraits de « Profil de la Nuit » )

 

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16 août 2015 7 16 /08 /août /2015 09:05
avec mon mari et Adèle - Photos Edmée de Xhavée
avec mon mari et Adèle - Photos Edmée de Xhavée

avec mon mari et Adèle - Photos Edmée de Xhavée

Il y a des moments de la vie qui sont inscrits dans notre mémoire sans qu’ils aient pour autant été exceptionnels, des moments comme en suspens par leur grâce et leur harmonie et que nous nous plaisons à évoquer parce qu’ils nous apaisent, nous réconfortent, nous assurent que la vie est belle lorsqu’elle est ainsi simple et tranquille. L’hiver, ces moments se passent souvent devant un feu de cheminée à griller des châtaignes, à écouter un conteur ami, à partager une soirée crêpes ; l’été, dans un jardin, à l’ombre d’une charmille, par une journée douce et ensoleillée enivrée de parfums végétaux, auprès de l’oiseau qui chante, des insectes qui bourdonnent, dans l’éclat d’une lumière filtrée par les feuilles ; oui, des moments semblables à des récréations parce qu’ils savent dénouer les tensions, apaiser, encourager, se présenter pareils à des parenthèses dans l’accélération du temps.

 

 

 

C’était hier, ce sera demain, qu’importe !, ces moments sont nos havres de paix que l’on se plaît à évoquer, à marquer d’une pierre blanche comme des instantanés de bonheur où n’intervient aucun intérêt général ou particulier. Etre là, ensemble, dans une aura de convivialité où l’écheveau des mots se démêle, où les regards confluent, où les gestes s’allient miraculeusement, des moments que nous avons tous connus pour leur transparence, leur rayonnement, leur sérénité. Nous pourrions les nommer nos « heures exquises » parce que lumineuses, paisibles, mélodieuses parmi les bruits trop souvent heurtés et inutilement accélérés de nos existences quotidiennes. Le poète écrivait « Ô temps, suspends ton vol ! ». Et c’est bien de cela qu’il s’agit, de cette heure, de ces heures comme enchâssées, hors d’atteinte, dans nos mémoires et nos cœurs !

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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avec Edmée de Xhavée, mon amie écrivain

avec Edmée de Xhavée, mon amie écrivain

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29 juillet 2015 3 29 /07 /juillet /2015 09:12
On l'appelle TERRE

Terre,
Il était écrit dans le livre sacré
A la page où se lèvent les aurores
Que tu serais pour le promeneur attardé
Un havre de repos et de paix, un lieu privilégié
Un  jardin où les fleurs, par grappes, s’épandent
Où agenouillés dans l’intensité de nos prières
Nous accordons nos cœurs à nos pensées.
Laissez-nous marcher dans la sueur de nos souliers,
Dix millénaires n’ont pas rendu l’homme plus sage.

 

Terre,
Tu es la mesure  immesurable,
Le sablier géant aux pieds de la plus haute investiture,
Tu es et n’es plus tant de fois désavouée
Que poids qui roule
Dans le voile bleu des nuits sans lune.

 

Terre,
Trop de fois tu as gémi sous la contrainte
L’homme a trop de fois jeté sur toi sa semence
Trop de fois creusé le sillon
Où l’âge aspire le temps
En un souffle éperdu.

 

Terre
Que ravinent fleuves et affluents
Cluses profondes et rides altières à ton front
Tu fermentes les germes de tes phantasmes
Et tes marnes te font l’haleine mauvaise.
Tu as l’âge de tes fièvres et de tes cancers.

 

Homme, ô homme
sauve-toi de ton humanité.
Ce vêtement étroit te rend le coeur amer.
La terre te fut donnée
Comme un poste avancé aux confins des déserts,
Au centre le plus au centre du cosmos ramassé
Sur cette seule pierre.
Ton esprit sur les flots se devait de souffler
Et les villes naissaient comme autant de sanctuaires.
Des prières savantes aux lèvres pharisiennes
Se brodaient d'adjectifs et de superlatifs.
Les pauvres se taisaient.


 

Midi sonne à l’horloge
La terre et l’océan
Suspendent un instant
Leur duel millénaire.
Les prophètes sont morts
Les dieux sont profanés
Le monde a trop de fois
Sombré dans le péché
O destin, ô douleur,
Vous voilà écoutant la parole sacrée !
Le champ reçoit la sueur et l’homme son salaire
La moisson est ailleurs.
La terre ne fut jamais
Pour ton humanité
Homme investi d’une haute destinée
Qu’une escale précaire entre deux infinis.

 

Peuple, il n'est plus de larmes
Pour pouvoir te pleurer
Il n'est plus de révolte
Pour vouloir te venger.
Les semailles formeront
De grandes gerbes d'or
Les épis moissonnés feront vide le champ
Et le grand chant du monde
Ne sera pas chanté...
Car le monde fait silence.
Poète, lève-toi
Il est temps de parler
Rends ta voix plus tonnante
Que l'airain, plus sonnante
Dis-leur la vérité.

 

La mesure du temps
Une fois mesurée
Arrête le pendulier.
La roue tourne au moulin
Regarde-la tourner
La roue qui moud le grain.

 

 

Armelle Barguillet Hauteloire - Extraits de « Incandescence » Ed. Saint-Germain-Des-Prés (1983)

 

 

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On l'appelle TERRE
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22 juillet 2015 3 22 /07 /juillet /2015 09:21
LES COULEURS DE L'ENFANCE OU LE BEL ETE

Si les souvenirs m’assaillent,
Je ne m’en détourne pas. Je les prends
Afin que dans mon cœur ils flambent,
Ils y fassent un bel été.
Ton visage ne cesse pas de se recomposer.
L’onde y inscrit un sourire, y ébauche un pli.
Ainsi es-tu, présent ô combien ! Pacifié.
Si différent d’autrefois.
Je me rappelle que tu marchais
Avec cette retenue que, parfois,
Ont les femmes, les gens qui,
A leurs sépulcres, conduisent leurs défunts.
Mais, dans cet aujourd’hui,
Plein de sel et d’embrun, quelle douceur ombre
Ton visage, quel amour libère enfin ses secrets ?

 

 

Naguère, j’aimais à te voir venir parmi les haies de lauriers et de symphorines. Tu ressemblais à un pèlerin.

Les senteurs printanières se ramassaient sous les branches, on s’enivrait d’un chant de tourterelle, d’un baiser.

La vie avait les mêmes couleurs que l’enfance. Lentement elle nous envahissait. Nous passions des heures à deviner ce que le monde oubliait de nous montrer, des heures à surprendre l’irréalité.

Le soir s’allongeait contre la hanche d’une colline. Des murmures nous laissaient croire qu’autour de nous dansaient quelques anges candides. Paix à ceux qui entendent. Nos paroles se mêlaient au soliloque des blés.

 

 

Il faut que tu le saches : je marche dans ce pays depuis toujours. J’en fais le tour maintes fois. La nature y sort de sa dormance végétale comme d’une extase prolongée. De ses pores, on sent la vie sourdre, des frissons de sève passer sous l’écorce des bouleaux poudrés d’un blanc lunaire ou sous la livrée rousse des cyprès chauves.

C’est là que poussent les caroubiers, les marronniers rouges, que la mésange nonnette, le sansonnet et le rossignol des murailles, les sittelles et les troglodytes abritent leurs amours.

C’est là que les champs s’émaillent de coquelicots et de chrysanthèmes des près, que les talus se fleurissent de stellaires et de centaurées.

Dans l’étang roselier, les lueurs s’épanouissent comme des jaunets d’eau.

 

 

Alors qu’à la fourche d’un arbre mort
Un oiseau aiguise son cri,
Que dans un ciel marbré de gris
Une lueur ancienne se profile.
Demain, peut-être,
Des paroles donneront sens
A ce qui s’achève…

 

Armelle BARGUILLET  HAUTELOIRE  ( Extraits de « Profil de la NUIT » 

 

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LES COULEURS DE L'ENFANCE OU LE BEL ETE
LES COULEURS DE L'ENFANCE OU LE BEL ETE
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26 juin 2015 5 26 /06 /juin /2015 08:12
LE LIEU DE REMINISCENCE

 

Souvent, aux premières heures de la nuit,
On entendait gronder la colère du monde.
Alors, la vie se retirait, se mettait en attente,
Oiseau prolongeant en rêve sa volée.

 

Lorsque la souffrance se défroissait,
Les bambins, un à un, venaient se coucher dans ses plis.
Ils avaient oublié leurs visages dans les feuilles
Et ne savaient quel voyage poursuivre ;
Dans quel château hanté s’ébattent les licornes,
Vers quel contre-jour on navigue.

 

C’était un temps délicieusement lent.
On se tenait serré comme une meute d’enfants.
Nous avions des refuges, des territoires
Pour braconner les songes,
Des goélettes ancrées en des ports défunts.

 

 

Sans hâte, nous approchions de la terre qui nous ressemble.
On y vendange le vin de l’ivresse mystique.
Est-ce si loin en nos mémoires
Que nous n’osions en franchir le seuil ?
L’homme de toutes les soifs marche en quête d’eau vive,
Alors que le temps saigne encor de quelque mal.

 

 

Nous douterons. Ce sera notre dernière sueur.
Viendra le remords taillé dans le vieux tissu du jour.
On ne poursuit sa route
Que la tête tournée vers le couchant.
Nous avons pris ce siècle à bras-le-corps
Et c'est tant pis si nos désirs
Ne forment plus qu'une croix sur la terre dure.
Demain, l'un de nous dessinera une lampe
Et nous serons oublieux de la lumière.

 

 

Ce chemin, à l’orée, est celui où, sans fin, nous revenons.
Il y aurait mille possibilités de nous perdre.
Passez votre route, dit le sage.
Ne vous inquiétez pas de savoir où elle conduit.
Ailleurs n’est jamais autre part qu’en soi.

 

 

D'autres eaux plus vivantes nous emporteront,
Nous baisserons les yeux et la rive laissera gémir ses ronces.
Nous y poserons le pied,
Sachant que nous n'arrêterons plus de marcher.
Avec le temps, nous composerons un tissage,
Dont la trame guerroiera avec les éclairs dans le vent.

 


Ne restons pas à pleurer ce qui n'est plus.
Sur nos épaules, prenons ce restant de lumière.
Rafraîchissons-nous de cette eau de cendre que le désert exsude encore.
L'horizon s'oblitère. Il n'est plus qu'un vestige au fond de l'esprit.
De l'avoir trop contemplé nous rendit aveugles.

 


Les pluies ne nous apaiseront pas.
Nous nous laisserons mener par elles
Vers des pays de lacs et de brumes.
On y vendange un vin noir que nous boirons,
On y moissonne des chagrins d'hiver
Et nous y vieillirons parmi des arbres aux anxieuses ramures.


 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE ( Extraits de « Profil de la Nuit » )

 

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5 juin 2015 5 05 /06 /juin /2015 08:23
Désert

Je reviens d’un pays
Où ne moutonne que le sable
Où la grande vague levée
Est d’or et de sang éclatée.
Je reviens d’un pays
Où la raison parfois divague
Et l’espérance belle et fatale
Entre les bras du vent
Se meurt.

 

Voici l’heure où s’avance
Venue du large horizon
Où ne repose plus le temps
L’éternité plane et totale
Et la terrible exigence
Et l’absence redoutable
Ici, il n’y a plus de marge
Qui se calcule et s’aménage
Rien d’autre que l’infini du sable.

 

Je reviens d’un pays
Où le bonheur parfois se voile
Léger comme le plus léger nuage
Et où  le doute et la tristesse
Comme autant de lointains mirages
S’estompent en fluides vagues.


 

Je marche dans un désert
Aussi vaste que mon avidité
Tout est clair
Je trace une ligne
Qui s’efface au fur et à mesure de mes pas
Rien ne rappellera mon passage
Ici, il n’y a pas d’écriture
Pas de pierre dure à la main
Seulement la coulée du sable
Cette solitude dans le désert
Ne me choque pas
La misère n’y a pas de regard
Le feu absorbe tout
L’homme y devient un géant
Dans le gigantesque espace.

 

Au-dessus de lui, le ciel,
lavé par la houle des vents
Devant lui, la terre, dévorée de silence,
Mouvante et tendre à son pied
Point de tour pour guetter l’ennemi
Les ennemis sont la faim et la soif
Des ennemis naturels qui vous  font divaguer
Et que l’on ne saisit jamais
Et l’on se couche et l’on s’endort
Un peu las dans ses membres
Délivré des désirs
Avec des rondes de lumière dans les yeux
Et le seul souvenir d’une marche
Longue et pénétrante comme une attente.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE ( extraits de « INCANDESCENCE »  Ed. Saint-Germain-des-Prés 1983 )

 

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Désert
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27 mai 2015 3 27 /05 /mai /2015 10:12
Goélands

Goélands blancs
Comme de blanches frégates
Vous tracez entre ciel et terre
Des reliefs de vent
Et des spirales de nuages
Entre l'aube mauve
Et les crépuscules brisés
Vous menez aux termes
De lentes envolées
Vos chemins d'espace
Eclaboussés par l'or défaillant
Des soleils d'été.


Péninsules isolées
Au large de grands caps ensombrés
Je vous regarde planer
Tels des fantômes de langoureuse beauté

Au-dessus des océans célés
Où vos élégantes voilures

Flottent à quelques encablures
Des éléments réconciliés.

 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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7 janvier 2015 3 07 /01 /janvier /2015 09:54

tortue_steppesld.jpg goeland-a-bec-cercle.jpg

 

 

On sait que les tortues sont lentes de nature.
Qu'à cela ne tienne, disent-elles,
Si les oiseaux vont à tire d'aile,
Il arrive que nous-mêmes fassions fortune autrement.
Il était donc une tortue qui vivait discrètement.
Son voisin de palier n'était autre qu'un flambeur de goéland.
Tout ce qui lui passait sous le bec, il l'avalait d'un coup sec,
Et se souciait comme d'une guigne des lendemains difficiles.

 

Il arriva qu'une famine tomba inopinément.
Aussitôt notre goéland de se vanter étourdiment
Qu'il irait tenter ailleurs une aventure meilleure.
Dame Tortue s'était tue. Bien lui prit. Voyez comment,
De son pas égal et lent, elle se mit à amasser
Ce qui risquait de lui manquer.
Le goéland, pour sa part, s'usait en mille voyages.
Mais, nenni, de près ou de loin, 
il n'y avait  en vue,  
Pas le moindre festin.

 

Le bougre s'en revint contrit loger auprès de sa voisine,
Espérant, que le destin, lui permettrait de mettre à mal,
Les économies de la dame.

Mais, supputant ces avanies, sous quelques arpents de gazon,
La tortue avait mis à l'abri les précieux fruits de sa moisson.
Elle avait engrangé tant de biens et mené une vie si rangée,
Qu'apprenez qu'elle vécut plus d'une centaine d'années.
Et le goéland ? Pauvre de lui ! Quand la famine fut finie,
Il banqueta tout à loisir et plus que de raison, semble-t-il.
C'est dans un état alarmant que dame Tortue le surprit.
Le soir, le mal s'aggravant, il se coucha sur le côté
Pour ne jamais plus s'envoler.

Ainsi fut-il la victime de son ultime goinfrerie.

 

Pour terminer ce récit, sur une note plus optimiste,
Osons cette conclusion : que ce ne fut pas sans raison,
Mais dans un souci de partage et pour sauver la morale,
Que l'oiseau eut à coeur d'assurer 
Le banquet de son semblable.
Si bien qu'un corbeau qui se trouvait là,
En fit, sans plus d'embarras, son menu de gala.

 


Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 


Cette fable est extraite de mon ouvrage pour enfants : "La ronde des fabliaux"

 

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La tortue et le goéland - fable
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17 septembre 2014 3 17 /09 /septembre /2014 09:35

automne-quais-de-seine.jpg

 

 

Paris rayonnait en cet après-midi d’automne. Une clarté, où se mêlaient quelques touches de rose et de violet, pailletait le ciel d’un fugace éclat. Ce qu’Anne-Clémence apercevait, au fil de sa promenade, qui la menait de la Sorbonne aux quais de la Seine, après qu’elle soit passée par Notre-Dame, le Pont-Neuf, le palais de Justice, était des sites, des points de vue qui avaient su concilier les tons artistement dissous et satinés de l’aquarelle. Paris avait son beau visage. La quiétude émanait des monuments sur lesquels le temps ne pesait plus. Transfigurée par l’éclat de ce nuancier, la capitale lui apparaissait comme une symphonie de volumes d’une inégalable beauté. Il faisait bon musarder en s’arrêtant, ici et là, à feuilleter les livres qu’offraient à la curiosité des passants les étals des bouquinistes, à scruter un lointain qui d’ébauche devient forme, à observer un pan de mur à demi enfoui sous le lierre, à surprendre l’onde ardoisée, la déclivité d’un toit ou la luisance d’un pavement. Anne-Clémence éprouvait un sentiment intense de liberté. Elle se sentait pareille à ces péniches qui s’attardent sur l’eau, en suivent l’écoulement et parcourent la ville dont les édifices les accompagneront un moment, tant la capitale est accouplée à son fleuve au point que son architecture s’inscrit dans ses méandres. La jeune fille s’était assise dans le square du Vert Galant qui occupe l’étrave de cette île-vaisseau engravée dans son port. Sur la gauche, elle voyait l’Institut et sa coupole ; sur la droite, l’imposant édifice du Louvre. Quant aux ponts, ils ressemblaient à des haussières qui maintenaient le vaisseau à égale distance des rives.

 

L’étudiante découvrait Paris avec ravissement, en appréciant l’atmosphère, la diversité des quartiers dont l’aspect bon enfant de certains lui rappelaient sa province, dont d’autres la frappaient par leur étrangeté et ce que le passé y a accumulé et y cache derrière des porches moulurés ou à l’abri de ruelles tortueuses. Enfin, elle se laissait séduire par les parcs, les ambassades, les ministères, les avenues bordées par quatre rangées d’arbres, les places aussi vastes que des arènes et autour desquelles s’ouvrent les grandes artères qui vont déverser au loin leur flot sonore. Ici, la vie est autre. Le passage du temps a déposé ses  empreintes et inscrit un cheminement qui trahit une conquête, une usure, un défi. Si bien que l’histoire se lit à l’œil nu et que jamais, peut-être, plus fugitives n’y sont apparues les choses. Toutes y reflètent l’homme, ainsi que les eaux réfléchissent son œuvre. Anne-Clémence aimait ce que cette ville lui en contait. Elle aimait le langage de la pierre taillée par ses soins, ce qu’elle lui a coûté de labeur, ce qu’il a tenté d’édifier pour que la mort recule un peu devant lui. Mais ce qui la touchait le plus étaient les palpitations sourdes, les remuements confus, cette circulation de vie qui traverse les lieux, leur impulsant une infatigable vitalité.

 

Le jour commençait de décroître et il semblait que les pierres aient acquis une patine à baigner dans cette lumière pré-crépusculaire. Anne-Clémence avait repris sa marche le long des quais, en direction de la Concorde. L’eau coulait paisible, le cœur de la ville battait avec calme. Elle venait de s’engager sur le pont des Arts et s’apprêtait à traverser le jardin des Tuileries. Les bassins, les arbres s’y agençaient avec ordre, tandis que la perspective offerte par les Champs-Elysées semblait se dissoudre dans une douce somnolence. La jeune fille avait accéléré le pas. Elle retrouvait le rythme, qui était le sien, lorsqu’elle parcourait la plaine. La ville commençait de s’illuminer et vous donnait le sentiment d’être en proie à un mirage, au point que la jeune fille se sentait comme immergée dans une terrestre voie lactée. N’était-ce pas l’heure entre chien et loup ? A la campagne elle se charge d’angoisse ; ici elle triomphait comme un feu en attente qui couve et qui court, allumé en même temps par d’innombrables brandons.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE     ( extraits de mon roman " Le jardin d'incertitude" )

 

Pour prendre connaissance des précédents chapitres, cliquer sur leurs titres :

 

Arrêt sur image : l'enfance

Arrêt sur image - La collégienne

Arrêt sur image : l'aïeule

 

Arrêt sur image : Paris
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10 septembre 2014 3 10 /09 /septembre /2014 08:25

chapeau-de-jeune-fille-de-1902-et-regulateur-2610958.jpg

 

 

C’est donc chez cette grand-mère qu’Anne-Clémence se rendait en cet après-midi de février. Un vent vif lui rougissait le nez, une lumière plombée aiguisait les façades, l’angle des rues, le relief des pierres. Emilie habitait dans le XVe, non loin du métro aérien, une petite rue qui formait une boucle entre deux squares exigus. C’était l’un de ces quartiers parisiens dénué de caractère qui alignait ses rues avec monotonie. Les gosses, qui écrasaient leurs frimousses contre les vitrines, dessinaient avec leur souffle des ronds de buée qui effaçaient l’apparition  et les obligeaient à se déplacer afin de la revoir un peu plus loin et avant que ne se forment à nouveau, sur la surface de la glace, ces curieux soleils blancs. Anne-Clémence connaissait peu de choses d’Emilie. Il pesait sur elle une chape de plomb qui en disait long sur la distance que l’on avait toujours maintenue à son égard. Elle était le genre de personne que les Amory jugeaient prudent de tenir éloignée, parce que, comme le disait sa mère, elle ne faisait pas bien dans le paysage. On ne l’évoquait qu’à mots couverts et le moins souvent possible. D’ailleurs, pas plus Charles que Marie-Liesse ne s’étaient chargés de lui recommander : - surtout ne manque pas d’aller rendre visite à ta grand-mère  - ou - prends régulièrement de ses nouvelles  - ainsi qu’ils l’auraient fait pour n’importe qui d’autre. Et il est vrai que la femme, qui lui ouvrait la porte de son cinquième étage, avait dans son expression quelque chose de railleur et d’irrévérencieux de vieille dame un peu indigne et enchantée de l’être. Pour accueillir sa petite-fille, Emilie s’était mise en frais : robe à imitation  soie, violemment chamarrée, qui avait le tort de la boudiner et dont elle était la première à rire :

- J’ai dû passer trois jours à me poser la question. Est-ce que je joue les mères grand ou est-ce que je triche un chouïa ? C’est suffisamment désagréable de regarder sa bobine chaque matin dans la glace et de constater que ça va décidément de mal en pis. Ah ! mais que tu es donc mignonne ! Entre mon petit, entre ! Ce n’est pas grand chez moi, bien sûr, mais je n’y suis jamais. Cela se voyait. Au choix des meubles, à la disposition des objets, on devinait que cette femme n’avait jamais aimé son intérieur.

- Ce qui me plait, vois-tu, c’est que je n’ai pas de vis-à-vis. Regarde ! Elle avait tiré les rideaux et découvert la lame massive des cheminées. Le reflet métallique des toits vous donnait l’étrange impression d’être en plein cœur de la capitale mais au-dessus de la mêlée. Le ciel se découpait comme un pavage dans les dégradés de gris. Dans cet appartement citadin, la nature avait été évincée et les seules fleurs qui épanouissaient leurs corolles sans grâce et sans parfum étaient des fleurs artificielles, une sorte de pied de nez à la splendeur florale qui régnait une grande partie de l’année au Plessis.

 

Tandis qu’Emilie lui présentait les lieux, Anne-Clémence pensait : finalement elle est plutôt mieux que je ne l’imaginais. Trop clinquante sans doute, mais le geste est naturel. La bouche un peu vulgaire. Jadis, elle devait être mutine. Mais ce genre de bouche vieillit mal. Un soupçon de défi dans le regard qui a dû être plein de convoitise. Teint éclatant, yeux à fleur de tête, dommage ! Mais le sourire est resté jeune. La silhouette un peu épaisse : le résultat du manque d’exercice et des grignotages intempestifs. Dans le même temps, Emilie, avec une semblable rapidité rétinienne, détaillait la jeune fille qui lui faisait face. Vraiment elle n’a rien pris de ma bru. C’est une Chaumet. Un beau visage grave, un peu sévère comme son père. Ah les yeux ! Admirable liqueur d’un brun profond. Ils me rappellent ceux d’Arthur. Arthur était le père d’Emilie, un homme qui avait été si beau que les peintres de son époque se disputaient l’honneur de le portraiturer.

- Quelle agréable surprise de voir que tu es devenue une jolie jeune fille ! Ah ! Je suis sûre que ce n’est pas Charles qui t’aura incitée à me rendre visite, mais ta curiosité. On est donc venu voir cette grand-mère qui, chez les Amory, a si mauvaise réputation. Non, non, ne te défends pas ! Je suis trop contente de te voir. Assieds-toi que je puisse te contempler à loisir et raconte-moi ta vie parisienne. Anne-Clémence avait sauté sur l’occasion. Voilà qui lui offrait un sujet de conversation sans risque. En l’enjolivant de quelques digressions, il pourrait les mener jusqu’à l’heure du thé. Alors qu’Anne-Clémence contait sa vie d’étudiante, Emilie poursuivait son adage : cette petite n’est pas gaie. J’ai toujours pensé que la campagne rendait neurasthénique. C’est bien là l’idée d’un mari ombrageux que de s’enfermer avec sa femme dans un trou pareil. Ce que je n’ai jamais compris, c’est que sa femme se soit accommodée de cette situation car, enfin, cette Marie-Liesse est aussi peu faite pour la campagne que moi ! Elle qui aime les boutiques, les spectacles, la mode, que peut-elle faire de ses journées au Plessis avec un mari absent les trois-quarts du temps et en compagnie d’une domestique aussi revêche qu’une brosse à chiendent ? Oui, vraiment, cette petite a pris de son père. A n’en pas douter, elle cherchera à expliquer la vie au lieu de la vivre, tentera de refaire le monde au lieu de le parcourir, se demandera le pourquoi des choses sans prendre le temps de les apprécier. Après lui avoir servi le thé avec des biscuits, Emilie avait ouvert un tiroir :

- Je pense que cela te fera plaisir de voir les photos de tes oncles, tantes, grands-parents Chaumet ? La jeune fille avait acquiescé avec empressement. Tandis qu’Emilie sortait les albums et les disposait sur la table, Anne-Clémence contemplait le visage de sa grand-mère, ses pommettes hautes - sans doute le grand-oncle russe -  ses yeux globuleux qu’une expression rieuse rafraîchissait. Il semblait que cette femme, que les épreuves n’avaient pas épargnée, les eût traversées dans un éclat de rire. Nulle aigreur, pas la plus légère mélancolie qui ne viennent affleurer sur ce visage, comme il arrivait qu’une onde douloureuse ombrât celui de Charles, pas davantage que ne se découpait quelque sévérité semblable à celle qui imprégnait le noble profil de Charlotte.

- Une femme qui travaille est toujours assez mal perçue par une bourgeoisie provinciale qui apprécie que chaque chose soit à sa place et que, surtout, chaque être ne bouge pas de la sienne - disait Emilie, qui subodorait sans peine les questions qui se pressaient dans la tête de sa petite-fille. Oh les Amory se sont toujours montrés courtois envers moi ! Ta grand-mère maternelle, parce qu’elle était d’une extrême bienveillance, ton grand-père, parce qu’adorant les femmes, il se montrait affable envers elles, mais il n’en est pas moins vrai que je devinais leur hostilité. Tiens, voici ton grand-père et moi le jour de nos noces ! Cela se passait en ce printemps 1900 qui avait transformé Paris en capitale du monde. Il n’était pas nécessaire de partir en voyage ; en faisant le tour de la ville, nous avions l’impression d’avoir fait le tour de la planète. Tu ne peux imaginer ce que c’était : l’élégance, les fêtes, l’ambiance, les feux d’artifice, les bals dans tous les quartiers. Paris pétillait à longueur de jour et de nuit sous l’effet de la fée électricité. Ah ! une telle insouciance, des lumières qui ruisselaient de partout, des choses si incroyables, si inattendues à découvrir, comme un trottoir roulant, les projections sur écran géant des premiers films de Louis Lumière, notre capitale était devenue le centre  artistique, culturel et scientifique du monde et toutes les espérances étaient permises ! Quelle belle année pour se marier ! Il n’y en eut jamais de plus belle.

 

(...) 

 

 

Les festivités de l’exposition universelle inaugurée le 14 avril par le président Emile Loubet venaient de s’achever. Paris s’arrachait à de longs mois de frénésie pour retrouver des plaisirs plus discrets. Dans les rues, on ne s’interpellait plus avec la même hâblerie, on ne s’autorisait plus les mêmes privautés, pas plus qu’on ne croisait ces étranges peuplades qui migraient depuis cinq continents. La capitale se ramassait dans ses frontières. Un moment, on avait cru que le temps avait été pris de folie. Il est vrai qu’en l’espace de quelques mois, on était remonté jusqu’aux origines de l’homme  et, descendu si loin, qu’on lui avait supposé une descendance d’extra-terrestres. Tout avait été envisagé, au point d’inventer une nouvelle forme d’espoir, de tentation et de bonheur. Bien que dégrisé, il arrivait que l’on cédât à la désillusion, parce qu’un moment on avait supposé sans limite le pouvoir des hommes. A nouveau, certains quartiers s’étaient mis à ressembler à des petites villes de province. En faisant son marché rue Mouffetard ou rue de Grenelle, en se rendant aux bals du samedi soir sous les marronniers ou les grappes mauves des paulownias, on soupirait un peu et des nostalgies s’implantaient dans les mémoires.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

( extraits de mon roman " Le jardin d'incertitude - chapitre 9 )

 

à suivre 

 

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Arrêt sur image : l'enfance


Arrêt sur image - La collégienne

 

Arrêt sur image : Paris


 

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Arrêt sur image : l'aïeule
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